Retour sur la série « culte » créée par Jenji Kohan (Orange Is the New Black), Weeds, ou comment on est passé de l’herbe fraîche à des plantations asséchées.
Effritées même. Car Weeds, la fameuse série créée par Jenji Kohan, est passée d’alternative légère – mais efficace – à Breaking Bad au soap comico-romantico-narco-policier-aventurier-etcetera – comprenez ici au n’importe quoi longuet – en très peu de temps. Il faut le dire : garder une certaine qualité tout au long de huit saisons n’est pas une tâche évidente. Mais, allons au delà du terme « qualité » qui peut être remis en question ou qui sera remis en question par les fan-atiques de Weeds qui liront peut-être cet écrit. Je parlerai surtout de cohérence, et de développement et progression.
La cohérence est, selon le rédacteur de cet écrit, le minimum syndical de toute création. Elle exige un énorme travail de création, d’écriture. Mais aujourd’hui, à l’heure d’Internet et de la volonté d’immédiateté – presque capricieuse –, la cohérence, dans divers médias créatifs, souffre beaucoup.
Dans le genre de la comédie, la cohérence est parfois mise à mal, dans certains cas, à cause d’un manque de travail bien conscient par les auteurs, qui se plaisent à se reposer sur les codes comiques pour maquiller des incohérences, ou des éllipses qui s’apparentent plus à des trous monstrueux dans le récit.
Et puis, on peut remarquer que Showtime a du mal à terminer comme il se doit ses séries à succès. On peut penser à Californication, une formidable et rafraichissante série ; The L Word, série très intéressante sur une communauté lesbienne de Los Angeles ; ou encore à Dexter, qui suit les péripéties d’un expert scientifique de la police aussi tueur en série. Quel est le point commun de ces shows ? Ils n’arrivent pas à se terminer au bon moment. Il faut qu’ils étirent leur succès jusqu’à plus soif. Des problèmes surviennent assez rapidement : les séries deviennent interminables, répétitives, et foutraques. Il est tout de même intéressant de noter que cela a lieu alors que les créateurs bossent encore ces séries. Mais même le meilleur des druides, exploité jusqu’au bout, peut perdre de sa force magique, ici créatrice. Weeds, lancée en 2005 et terminée en 2012 sur la chaîne Showtime, n’échappe pas à la règle.
Ainsi démarre la série…
Nancy Botwin, une mère de famille qui vient de perdre son mari, et qui se retrouve alors sans le sou, est devenue une dealeuse de drogue douce. En effet, elle deale de l’herbe. Elle doit ainsi s’occuper de ses fils Sylas et Shane, tous deux en « crise » (en situation de mal-être) depuis la mort de leur père nommé Judas. La famille vit à Agrestic, une de ces villes neuves et tranquilles où chaque maison et individu se ressemblent… Ou presque. Car Nancy a des clients et amis tous un peu excentriques dans leur genre malgré leur important statut au sein de la communauté. L’un d’eux est Doug Wilson (voir photographie ci-dessous à droite), conseiller à la mairie du patelin, un salaud plein de répartie avec toutefois un bon fond. Nancy a aussi parmi ses clients, Dean Hodes, un avocat important, vivant un mariage difficile avec l’égoïste et vile Célia. La dame s’avérera être une ennemie de Nancy, notamment à cause de sa lutte anti-drogue, puis à cause de son sale caractère dangereux et de ses folles capacités à mettre tout le monde dans l’embarras, et à plonger dans un enfer en en entraînant d’autres avec elle. Aussi Nancy rencontre assez tôt dans le récit un homme avec qui elle s’est lancée dans une relation. Problème : l’individu est de la DEA, le service anti-drogue du FBI. Arrive très tôt aussi son génial beau-frère Andy, un homme au grand cœur, un peu borderline mais plein de bonté.
La série démarrait sous la forme d’une comédie dramatique aux événements parfois très réalistes et crédibles, et parfois très absurdes. On suivait aussi le quotidien ou presque d’un groupe d’individus, ses espoirs et tragédies, sans jamais tomber dans le soap.
Weeds se présentait donc comme une chouette alternative à la brillante série Breaking Bad. Puis le mot « développement » vint à l’esprit.
Vince Gillighan, créateur de Breaking Bad, et Peter Could, créatif et réalisateur conséquent de la série citée, connaissaient au moment de la production de celle-ci un terme et ses implications : « développement ». Un mot important autant dans le processus créatif que dans la progression narrative.
Parce qu’à partir de la saison 4 de Weeds, les événements s’enchaînent vite, de manière souvent surprenamment saugrenue que « What the fuck ? » sortira souvent de votre bouche. Et par conséquent les trous narratifs aussi, de telle manière que la série semble ne reposer que sur d’éternelles actions coincées dans un présent uni-latéral, sans impact sur le futur, et jamais à l’écoute du passé.
Oui dans les précédentes saisons, tout n’était pas parfait, il y avait parfois une certaine rapidité dans l’enchaînement des actions, mais le récit était cohérent, les individus étaient développés, le contexte aussi, il y avait une vraie fondation sur laquelle progressait justement – lisez logiquement et humainement – le récit. Ainsi il n’y avait pas de surprises incongrues, ou d’énormités inattendues, à vous de choisir.

Nancy était joyeuse lors de ses succès, puis en panique et terrifiée pendant la saison 3, et elle se retrouvait rassurée et accomplie à la fin de saison. Sans spoiler, une période se terminait, et Nancy semblait avoir compris que toute cette histoire d’herbe, ainsi que leur habitat à Agrestic, devaient disparaître, afin que la famille puisse dépasser le deuil, et recréer de nouvelles bases stables – qui ne seront donc plus celles découvertes dès la saison 1, ces bases cassées par le décès de Judas et de plus en plus gangrenées par le marché de la drogue et son univers. On aurait pu rester sur la très bonne fin de la saison 3, augmentée de quelques images sur leur avenir plus joyeux, ainsi que quelques autres sur le devenir de certains personnages qui disparaîtront jusqu’aux saisons 7 et 8. La justification de leur disparition passera par une phrase de dialogue balancée « vite fait bien fait » dans la saison 4. Une action à l’image de la suite de la série.
Justement, dans chaque saison à partir de la 4ème et ce jusqu’à la 8ème, la famille se déplace d’un décor à un autre (la frontière, le Danemark, New York), d’un contexte à un autre, touché plus ou moins par les conséquences du précédent. Oui il y a de nouveaux décors, oui il y a de nouveaux arcs narratifs, une nouvelle ambiance (chaude, campagnarde, ou urbaine)… D’ailleurs il y a les anciens qui ne cessent de revenir, ainsi que de nouveaux personnages présentés et lancés dans des récits qui ne seront parfois jamais terminés (je pense à Célia, ainsi qu’au personnage interprété par la talentueuse Julie Bowen dans la saison 4). À quoi bon les auteurs lancent de multiples intrigues secondaires si ils les oublient par la suite ? On peut poser la même question pour les personnages et même la préciser : à quoi bon les auteurs (re)lancent des (anciens) personnages s’ils les abandonnent en cours de route pour parfois balancer plus tard une petite phrase de ce type : « Il est mort » (plusieurs personnages y goûteront) ; ou un dialogue non moins artificiel : « Qu’est-il devenu ? » – « Elle a changé de sexe » ? À quoi bon si ce n’est pour habiller la suite d’une série qui trouvait déjà sa fin lors du final de la saison 3 et dont la raison d’être des saisons suivantes n’est autre que l’argent ?
Du reboot en série, ou l’usine à reboots
Chaque saison à partir de la 4ème semble être un reboot, un éternel recommencement pour la famille Botwin et ses camarades. Nancy est à nouveau la maman sexy en galère et aventurière qui se fourre dans des affaires obscures pour ensuite avoir un moment de rédemption – ou moment de conscience de sa connerie finie –, et finalement recommencer à « merder ». Et cela se répétera jusqu’à la huitième saison. C’est un cycle. Les nouveautés perçues dans les changements de décors et d’ambiances se révélent ainsi être des des modifications d’environnements inconséquentes et alors superflues tandis que les mêmes actions s’y répètent sans cesse. Il est intéressant de noter que la fin de la saison 6 amène une nouvelle conclusion plus ou moins correcte à la série. Les fins des saisons 5 et 7 sont de pures transitions avec leur lot de twists et de créations d’attentes pour la suite. Les deux derniers épisodes de la 8 – soit de la série – viendront mettre un terme à la série d’une manière artificielle sentant le savon (soap). Car la série s’enfonce sûrement dans le soap opera et la saison 8 en est boursouflée.

De gauche à droite : Célia, Doug, Heylia, Nancy, Andy, Sylas, Conrad
Les personnages comme figurines animées de la famille Botwin et Cie.
Revenons maintenant sur, ce que j’ai appelé : les actions coincées dans un présent uni-latéral. Un exemple : dans les deux dernières saisons, Doug devient comptable dans une boite cotée en bourse. Un problème survient : il a profité de fonds caritatifs servant normalement à financer un foyer pour SDF. Il va alors devoir s’en occuper. Plus tard, il se rend compte qu’il peut monter une arnaque religieuse. Il le fait. Problème, on ne le voit jamais gérer son métier de comptable tout en devant se démêler avec le soucis du foyer. Et cela, on peut le reprocher à quasiment tous les personnages, à partir de la 4ème saison, jusqu’à la fin de la série, ou presque, car il y a parfois heureusement des événements qui vont les obliger à penser à se multiplier, ou les faire se paniquer quant à l’impossibilité d’être sur deux lieux au même moment. Mais sur la majorité du récit, à partir de la 4ème saison, les personnages ne semblent plus qu’être des figures/figurines avec deux ou trois actions possibles, et quelques grimaces : Nancy couche, trafique, et panique ; Doug joue le blaireau, se lance dans des combines, et n’en fout pas une ; Andy a des rêves, il s’occupe des enfants, se lance dans des plans, rêve d’un avenir familial impossible avec Nancy, puis prend conscience du poison qu’elle représente pour ensuite reprendre espoir, et il cuisine… Ainsi les personnages ne se démènent plus, ne se dépensent plus dans de multiples actions qui prennent lieu simultanément, à part lors de brefs moments, par ailleurs agréables par leur tension, leur émotion ou par leur intrigue déjantée.
Weeds, ou comment l’herbe a pris feu
On note toutefois dans les saisons 4 à 8 de vraies pistes pour des moments à la fois drôles et reflexifs sur la religion, la police, les anti-mexicains à la frontière, le judaïsme, la paternité… Ainsi que de vraies idées formelles telles que les mises en image du titre et du nom de la créatrice au début de chaque épisode à partir de la saison 4. Mais malgré son formidable casting, l’ensemble, avec la rapidité et le phénomène d’action de figurines, reste majoritairement à stagner en surface. Ce qui est véritablement regrettable, quand on voit à quel point les trois premières saisons prenaient le temps de développer et de travailler en profondeur le récit…
Weeds s’apparente finalement à un éternel recommencement, virant au n’importe quoi très facilement, au brouhaha porté par le manque de cohérence, les nombreux problèmes narratifs – tels que les trous ou les oublis de fin de récits secondaires, ou encore les petits mots pour justifier l’absence de personnages relativement importants –, ou encore les facilités saugrenues mises en place sous couvert du postulat de la comédie – genre qui mérite plus de respect.
La série rejoint alors la liste déjà très riche des séries qui ont trop duré. Et l’herbe fraîche qui nous faisait tant envie dans les premières saisons est devenue de plus en plus sèche à partir de la 4ème. On aura au moins vécu les trois premières saisons.
Weeds : Bande-Annonce de la saison 8
Weeds : Fiche Technique
Créateur/trice : Jenji Kohan
Scénaristes : Jenji Kohan, Victoria Morrow, Ron Fitzgerald, Dave Holstein, Brendan Kelly, Carly Mensch, Roberto Benabib, Matthew Salsberg, Stephen Falk, Rolin Jones, Blair Singer, Barry Safchik…
Réalisateurs : Craig Zisk, Michael Trim, Scott Ellis, Julie Anne Robinson, Eric Jewett, Paul Feig, Lev L. Spiro, Tucker Gates, Brian Dannelly, Perry Lang, Ernest R. Dickerson, Michael Pressman…
Casting : Mary-Louise Parker, Elizabeth Perkins, Tonye Patano, Romany Malco, Hunter Parrish, Alexander Gould, Kevin Nealon, Justin Kirk, Andy Milder, Allie Grant, Jennifer Jason Leigh, Demian Bichir, Martin Donovan, Maulik Pancholi, Albert Brookes, Matthew Modine, Jeffrey Dean Morgan…
Chefs opérateurs : Michael Trim, Steven H. Smith, Bobby Bukowski, Feliks Parnell, Ethan Philips
Montage : David Helfand, Bill Turro, Scott J. Wallace, Lisa Bromwell, Debra F. Simone, Brian Barr, Pamela Martin, Lance Luckey, W. Kale Whorton
Musique : John Dragonetti, Joey Santiago, Gwendolyn Sandford, Brandon Jay
Chaîne d’origine : Showtime
Genre : comédie dramatique
Première diffusion : 2005 – 2012
États-Unis


Mais Kurosawa n’en oublie pas le cinéma, précisément son cinéma et alors tous les éléments qui lui tiennent à cœur, des mouvements amples de caméra suivant les personnages au réalisme des actions aux décors et costumes filmés dans des conditions météorologiques loin d’être idéales pour la majorité des cinéastes, mais intelligemment utilisées par le maître pour travailler la représentation du japon féodal. À noter que le château sur le mont Fuji a été construit spécialement pour le film à la demande de Kurosawa. On retrouvera aussi un travail pictural des images ainsi qu’un noir et blanc expressionniste dans les séquences d’intérieur.
Il se fait de plus en plus rare, au point que chacun de ses films est désormais un petit événement. Aki Kaurismäki est l’un des rares auteurs dont le style est à ce point affirmé et inimitable qu’il ne suffit que de quelques secondes face à l’une de ses réalisations pour savoir que nous sommes en terrain connu. Que l’on apprécie ou non sa mise en scène austère et son humour pince-sans-rire, il faut au moins lui reconnaitre cette indéfectible constance. Cette touche personnelle, on la retrouve évidemment dans L’Autre Côté de l’Espoir, mais avec un équilibre entre un esprit burlesque et la gravité de son sujet que l’on n’avait plus trouvé depuis fort longtemps. Le traitement est donc sans réelle surprise, mais se révèle néanmoins particulièrement insolite et efficace, marque d’un engagement politique que l’on pourra regretter qu’il n’ait commencé à être aussi ouvertement assumé que si tard dans sa carrière.
direction artistique, qui mélange allègrement des éléments de décors modernes et plus anciens – à commencer par les téléphones vintage –, souligne l’intemporalité de ce drame humain.
Même s’il apparait comme un appel à la résistance, un film de Kaurismäki ne peut s’empêcher d’être caractérisé par une terrible mélancolie. En plus des décors grisonnants que la photographie de Timo Salminen transforme – comme il l’a fait dans tous les films du réalisateur – en ambiance superficielle similaire à celle d’une sitcom, le désenchantement de L’Autre Côté de l’Espoir nait essentiellement de sa bande originale. Une fois de plus, la musique est similaire à celle de ses précédents long-métrages, à savoir entièrement diégétique et rock’n roll. Les rockeurs qu’il convoque chantent leur vision désespérée de la Finlande. Cette morosité ambiante, à laquelle les gueules cassées qui composent le casting n’arrangent rien, permet de dépeindre un pays qui n’a rien d’un Eldorado pour les expatriés. C’est donc l’empathie de certains de ses habitants, et uniquement elle, qui fait de la Finlande une potentielle terre d’accueil chaleureuse. Et même si cette bien-pensance apparait comme chargée d’une candeur contre-productive, l’intention est finalement moins de nous imposer des modèles éthiques que nous culpabiliser par rapport à l’état d’esprit égoïste qui pèse sur toute l’Europe.
La mort, cette finalité par laquelle toute vie s’achève. Notre société s’efforce de l’oublier, mais quand elle surgit, toujours trop tôt et imprévisible, cette réalité nous frappe durement, nous ramenant à notre solitude et notre condition de mortel…nous rappelant que la mort nous attend tous au bout du chemin, et qu’elle peut frapper nos proches, à tout instant.
La quête du bonheur est une route tortueuse faite d’imprévus, de doutes, de joies, de souffrances, d’espoirs, d’inquiétudes, d’accidents, de maladies, et de guérisons. Dans d’autres séries de soap opera, certains thèmes ont souvent tendance à agacer (Desperate housewives) mais, la série évite cet écueil parce que ses personnages et ses histoires sonnent vraie. Avec un rythme lent et posé, pas besoin d’histoires improbables ou d’intrigues de remplissage pour susciter l’adhésion et l’attachement aux personnages en est renforcé.
Chaque épisode de Six feet under débute avec une mort, parfois absurde et insolite, souvent tragique. Il n’est hélas pas donné à tout le monde de mourir de vieillesse sans douleur. Il arrive que le défunt ou les conditions du décès fassent écho à un membre de la famille qui ne peut plus rester indifférent. Des conversations s’amorcent alors avec le défunt, traduisant ces troubles intérieurs, où mort et vivant échangent sur le sens de la vie. « La vie c’est comme un jeu de poker où tu mises tout ».
La série n’évite toutefois pas totalement les défauts du soap opéra. Certaines situations s’étalent un peu trop, ou paraissent un peu trop appuyées. Certains personnages sont un peu trop bizarres pour qu’on les comprenne et qu’on y adhère. Ils peuvent même être énervants à force de se disputer tout le temps, par leur égoïsme ou leur comportement injuste. C’est probablement une attitude plus réaliste mais qui ne passe pas toujours bien dans une fiction. Enfin, le rythme lent, certes judicieux, devient parfois pesant.
1/ Metropolis (Fritz Lang, 1927) : Véritable chef d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis est un incontournable. Le film, décrié à sa sortie est loin d’être parfait. L’œuvre est empreinte de l’idéologie nazie, Fritz Lang et sa femme scénariste Thea von Harbou ayant été très proche de la sphère nazie, pendant la production du film. Ainsi le message collaborationniste du film aura du mal à passer. Néanmoins, si Metropolis a marqué l’histoire, c’est grâce à la virtuosité et à l’imagination de son créateur. Metropolis est un monument visuel hors-norme, représentant la quintessence de l’expressionnisme allemand. Encore aujourd’hui le visionnage est bluffant et exprime à chaque instant l’ambition démesurée du réalisateur. L’œuvre de Fritz Lang hante par son excellente musique, composée par Gottfried Huppertz. Car il faut se le dire, Metropolis ne brille par son histoire naïve et politisée, ni par ses acteurs, la plupart étant amateurs. Metropolis est un témoignage historique qu’il faut voir autant pour ses défauts que ses qualités.
2/ Le cuirassé Potemkine (Sergueï Eisenstein, 1925) :
3/ Le mécano de la Général (Buster Keaton, 1926) : Johnnie Gray (Keaton) se voit refuser l’accès à l’engagement militaire durant la guerre civile. Avance rapide d’une année ; sa fiancée, Annabelle Lee (Marion Clark), est prise en otage par les espions de la Union, à bord de la « General ». Johnnie, seul contre tous, dans un enchaînement semi-burlesque à la Keaton, décide de lui venir en aide. Ce long-métrage, qui contient la scène d’action la plus chère de l’époque du muet (l’effondrement du pont en feu), est un bijou d’humour et de vérité comme seul Keaton savait le faire à l’époque. Si de nos jours, The General, fait partie des films cultes de l’époque du muet, il ne fut que très peu accueilli lors de sa sortie en 1926. Réévalué depuis, cette oeuvre polémique fait partie du fragile patrimoine cinématographique américain, précédent la grande dépression.
4/ Un chien andalou (S. Dali, L. Bunuel 1928) : Lorsqu’on parle de surréalisme, un nom (et une moustache) sont très rapidement évoqués, il s’agit de Salvador Dali. Principalement connu pour ses peintures, l’artiste a en 1928, une conversation avec Luis Buñuel, et discutent de leurs rêves respectifs. Alors que le peintre raconte avoir vu des fourmis lui courir sur les mains, le réalisateur lui rétorque avoir vu l’œil de quelqu’un se faire trancher. Le scenario d’Un Chien Andalou était né. Il serait idiot de vouloir l’expliquer, comme il serait inutile d’essayer d’en comprendre la signification profonde. Un Chien Andalou est avant tout une expérience unique. Un quart d’heure dans les rêves d’un autre que soi avec une logique propre, certaines scènes restent toujours aussi marquantes quelque que soit le nombre de visionnages et en ont fait un classique du cinéma, on pourra d’ailleurs y voir des références dans de nombreux autres films, notamment Old Boy de Park Chan-Wok. Un véritable monument du cinéma donc.
5/ L’aurore (Friedrich-Wilhelm Murnau, 1927) : Premier film américain du cinéaste expressionniste allemand Friedrich Murnau, déjà connu en Europe pour ses nombreux succès tels que son Nosferatu, l’œuvre n’adopte toutefois pas l’esprit hollywoodien dans son traitement. Murnau a voulu dépeindre une situation commune avec des personnages universels. Ainsi, L’histoire nous montre la puissance et la fragilité des relations amoureuses avec une crédibilité hallucinante, et la symbiose de ces deux êtres vient offrir au spectateur un florilège d’émotions auxquelles il peut s’identifier. Par ailleurs, Murnau a travaillé particulièrement sa photographie dans les scènes nocturnes qui constituent l’essentiel du film. Il réussit à créer une atmosphère fantasmagorique qui touche au gothique avec ses détours de brumes qui stagnent sur les lacs, et ses branches d’arbres qui surgissent dans le cadre. L’Aurore est sans conteste l’un des films les plus intemporels de la période du cinéma muet, véhiculant une force singulière. François Truffaut ira même jusqu’à le considérer comme « le plus beau film du monde ».
bande-dessinée, vieille de 112 ans, a déjà failli connaître une adaptation sur grand écran. Un projet a été porté pendant plusieurs années par l’actrice Isabelle Nanty et le scénariste et dramaturge Fabrice Roger-Lacan. Malheureusement, le projet est passé sous une autre équipe. Isabelle Nanty s’est confiée sur la perte du projet à Allociné : « J’avais écrit une adaptation de Bécassine qui ne s’est pas montée (…) C’est passé à quelqu’un d’autre. Il n’est plus question que ce soit moi qui le joue. » Sans dramatiser, elle ajoute : « Mais, il faut être détendu. Ça va, ça vient, ce n’est pas très grave ! ». En 2011, le personnage avait déjà connu une adaptation à travers le film d’animation Bécassine, le trésor viking réalisé par Philippe Vidal, avec les voix de Muriel Robin et Zabou Breitman.
Dorothea vit dans une grande et belle maison de la Californie du Sud, qu’elle rentabilise avec deux locataires tout aussi azimutés qu’elle. D’abord Abbie (Greta Gerwig), une jeune artiste punk qui récupère d’une longue maladie, qui aime écouter ses albums punks à plein volume en dansant comme Siouxsie Sioux, et comme si sa vie en dépendait. Tout aussi complexe, le personnage d’Abbie est richement caractérisé, et en aucun cas cantonné dans le cliché de la punk no future qui ne saurait que détruire. Sollicitée par Dorothea pour l’aider à élever Jamie, Abbie prendra sa mission à cœur et s’occupera du jeune Jamie à sa manière toute personnelle. Il est très agréable de voir Greta Gerwig s’extirper enfin de ce rôle de neurasthénique rigolote dans lequel elle s’est (joliment certes) laissée enfermer, avec les films de son époux Noah Baumbach (Frances Ha, Mistress America), dont elle est la scénariste. Ce virage vers des rôles différents, on a déjà pu le constater avec plaisir dans Jackie de Pablo Larrain.
Si on parle de trois femmes, c’est parce que Elle Fanning vient compléter ce trio de femmes du 20ème siècle avec le personnage de Julie. A peine plus âgée que Jamie, elle est sa meilleure amie, passe ses jours (et ses nuits) plus souvent chez les Fields que dans sa propre maison, où sa psychothérapeute de mère l’oblige à participer à des thérapies de groupes d’adolescents. Une mère déstabilisante qui amène Julie à coucher avec tout le monde sauf avec Jamie, la personne qui lui est la plus chère et qui la chérit de tout son cœur et souhaite la chérir de tout son corps, celui avec qui « trop de proximité empêche le sexe ».
En tant que réalisateur de nombreux clips, Mike Mills a su installer une ambiance musicale aux petits oignons, avec des morceaux aussi variés que In a Sentimental Mood de Benny Goodman, le magnifique The Big Country des Talking Heads ou encore et surtout différents morceaux punk allant de Buzzcocks à Souxsie & the Banshees en passant par le groupe punk féministe des Raincoats ou encore les célébrités locales des Black Flag. Un score éclectique et pourtant très cohérent, un vrai régal pour les oreilles si on peut dire.