Penny Dreadful saison 3, une série de John Logan : critique

Penny dreadful continue sa route à travers une saison 3 aussi bien construite que les deux précédentes. Après avoir vaincu les sorcières de Lucifer, son frère, le Maître des vampires annonce son retour dès le premier épisode, dans le but de séduire Vanessa pour accomplir son destin.

Synopsis : De retour aux Etats-Unis, Ethan Chandler s’apprête à affronter son père, alors que Malcolm Murray est retourné en Afrique enterrer Sembene, Vanessa Ives vit recluse dans le manoir depuis leur départ. Pendant ce temps, Frankenstein retrouve un vieil ami dans l’espoir de ramener Lily à la raison, qui espère créer son armée d’immortels accompagnée de Dorian Gray…

Retour des vampires, et nouveaux horizons

Par conséquent, les showrunners ont choisi d’amener pleinement le mythe de Dracula en intégrant officiellement son personnage dans la série, alors qu’il n’était mentionné que sous l’appellation du « maître » jusqu’à présent. Le suspense ne dure pas plus de deux épisodes avant que le spectateur ne découvre l’identité du vampire sous les traits du docteur Alexander Sweet, interprété par le mystérieux Christian Camargo. Vanessa cherchera à mieux comprendre les démons qui l’habitent en faisant une thérapie avec le docteur Seward, descendante de Joan Clayton, jouée par la même actrice Patti LuPone. Toute l’intrigue de la saison nous montrera Vanessa, seule et vulnérable, tombant peu à peu amoureuse de l’homme qu’elle espère détruire.

La photographie reste toujours impeccable et représente parfaitement l’ambiance sombre et gothique de l’Angleterre Victorienne. Mais les déserts d’Amérique où se trouve Ethan apportent une nouvelle atmosphère. Ainsi, nous découvrons d’autres lieux et cultures, ajoutant une tonalité différente mais qui approfondit l’univers déjà bien fourni de la série.

Par son histoire, cette saison 3 a séparé nos héros, d’un côté Vanessa se rapprochant dangereusement des ténèbres, et de l’autre Ethan affrontant son paternel qu’il a fuit depuis plusieurs années. Nous en apprenons davantage sur ses origines et comprenons pourquoi il hait tant son père tyrannique qui le force à devenir le digne fils de son père. Le rôle (très secondaire) d’Hécate constitue la part obscure du loup garou, elle espère l’amener dans les ténèbres, au même titre que Dracula qui séduit à sa manière Eva Green. Nous avons un effet miroir sur ces deux personnages principaux à la différence que Vanessa succombe aux forces maléfiques contrairement à Ethan qui accepte le monstre qui est en lui.
Malcolm voit en eux les deux enfants qu’il a perdu. Après avoir protégé sa fille de substitution, il part à la recherche d’Ethan avec l’apache Kaetenay, qu’ils considèrent tout les deux comme leur « fils ». L’apparition de ce nouveau protagoniste dans cet environnement désertique donne une touche de spiritualité supplémentaire qui contrebalance à la sorcellerie que l’on connait suffisamment depuis le pilote.

En parallèle à cette storyline principale, nous continuons de suivre les aventures propres au reste de la distribution.

John Clare, la première créature de Frankenstein, finit par récupérer quelques souvenirs de son ancienne vie et cherchera par tous les moyens à retrouver sa femme et son enfant. De plus nous avons eu la bonne surprise à ce que les scénaristes développent encore plus la relation entre John et Vanessa, qui est la seule à l’accepter tel qu’il est. Le traditionnel épisode flash-back de Vanessa (que l’on retrouve chaque saison) nous surprend quand on constate que ces deux personnages ont un passé commun antérieur à la série, et se connaissaient avant la mort de John, prouvant qu’ils sont tous liés d’une manière ou d’une autre.

De ce fait, Frankenstein connait le docteur Jekyll, un nouveau venu, dont on abordera trop discrètement son histoire de double personnalité. Ce mythe réadapté dans Penny Dreadful présente un très fort potentiel en choisissant de donner des origines indiennes au personnage, subissant constamment des injures racistes. Ensemble ils font le pacte de ramener Lily en occultant le mal qui la ronge.

Dorian Gray, toujours aussi charismatique, sera malheureusement le maillon faible de la saison. Peu présent, Billie Piper, lui vole la vedette en ralliant à sa cause une armée de prostitués. Alors que Dorian rêvait de conquérir cette terre avec des semblables, il se perd dans une quête vengeresse menée par Lily, ne supportant plus le souvenir de sa vie passée. Son discours féministe à l’extrême lors de l’épisode 7 nous attrape et nous montre tous le talent de son interprète. Dorian réalise perdre son influence et choisira finalement de s’allier à son rival Frankenstein pour stopper la femme qu’ils aiment.

Le créateur, John Logan, a toujours su replacer, intelligemment, le contexte et les activités londoniennes dans sa série, et nous pouvons voir d’une certaine manière, à travers Billie Piper, les prémices des suffragettes qui s’organiseront au tout début du 20ème siècle. De même, la mise en scène de l’asile psychiatrique renvoie aux peurs de cette époque, des malades mentaux illuminés par les voix qu’ils entendaient. Toutes ces questions de possessions, du malin dans un corps humain, sont toujours aussi bien traitées et expliquées depuis la première saison.

« The End » vraiment ???

Ce double épisode final nous laisse sans voix. Il rattrape la déception de l’année dernière, dont la résolution était beaucoup trop simple. Cette fois, il nous faut deux épisodes pour clore proprement tout le récit de Vanessa, Ethan et Dracula. Le créateur et son équipe artistique ont vraiment fait les choses en grand pour cette ultime bataille.

L’Apocalypse est en marche, et nos héros sont les seuls à pouvoir arrêter la Bête. La série a toujours joué sur la suggestion en apportant beaucoup de nuances. La mise en scène équilibre parfaitement l’ambiance pour donner une énergie particulière aux « enfants de la nuit » qui s’éveillent. Par conséquent, nous effleurons tout le long les dangers du chaos, à travers un brouillard qui emprisonne tous les habitants londoniens et des animaux en alertes face au pouvoir du démon.
Nous sommes satisfait de voir autant de détail sur la fin des temps, on ressent toute la détresse des personnages, et nous gardons toujours espoir de voir nos héros sauver Miss Ives.

Néanmoins, cet épilogue laisse une profonde frustration. Le sacrifice de Vanessa, tuée par son grand amour pour sauver le monde, est assez logique, presque nécessaire. De cette façon, l’intrigue principale portée par Eva Green, Josh Hartnett et Timothy Dalton nous offre un dénouement royal, compréhensible et réussi.
Mais le problème reste l’antagoniste de Penny Dreadful qui finit par s’échapper, tout comme Lucifer qui n’a probablement pas été réellement vaincu en saison 2, les forces du mal sont donc toujours présentes.
De plus, les autres protagonistes montre une résolution incomplète en ce qui les concerne. On se demande ce que va devenir Lily maintenant qu’elle s’est libérée de Dorian Gray et Frankenstein (on aurait aimé voir au moins une fois Ethan face à son ancien amour après sa résurrection). Le destin des deux hommes reste, par ailleurs, mystérieux à la fin de la saison. Enfin, John Clare espère retrouver Vanessa après la mort de son fils, mais trop tard vu qu’il assiste démuni à l’enterrement de la jeune femme.

Le montage de la seconde partie du final, entre un nouveau générique et un « The End » sur fond noir, nous fait comprendre que la série ne reviendra pas pour une saison 4, ce qui est fort regrettable.

John Logan a toujours misé sur ses personnages bien écrits, luttant contre leurs propres démons (au sens propre comme au figuré). Ils vivaient et luttaient autour de trois mythes horrifiques : Dracula, Le Monstre de Frankenstein, et Le portrait de Dorian Gray. Le show a réussi a modernisé ces personnalités, et les faire cohabiter dans le même univers, chaque saison a toujours su se renouveler.

Après trois saisons fantastiques, nous avons dit adieu à ce merveilleux casting.
Peut-être que Penny Dreadful saison 3 devait s’arrêter ainsi, mais on ne peut s’empêcher de penser ces événements précipités et inachevés pour certains personnages…

Penny Dreadful a commencé le 11 mai 2014 sur Showtime, et s’est achevé ce 19 juin 2016, avec une moyenne de 600 000 téléspectateurs et un taux de 0,19 sur les 18/49 ans pour sa troisième saison.

Penny Dreadful saison 3 : Bande-annonce

Penny Dreadful saison 3 : Fiche Technique

Créateur : John Logan
Réalisation : J.A. Bayona, Coky Giedroyc, James Hawes, Dearbhla Walsh
Scénario : John Logan
Interprétation : Eva Green (Vanessa Ives), Josh Hartnett (Ethan Chandler), Timothy Dalton (Malcolm Murray), Rory Kinnear (John Clare), Billie Piper (Lily), Harry Treadaway (Victor Frankenstein), Reeve Carney (Dorian Gray), Patti LuPone (Docteur Seward), Wes Studi (Kaetenay)
Direction artistique : Jonathan McKinstry, Colman Corish, Conor Dennison, John King, Adam O’Neill
Décors : Philip Murphy
Costumes : Gabriella Pescucci
Photographie : Owen McPolin, P. J. Dillon, Xavi Giménez
Montage : Michele Conroy, Jaume Martí, Bernat Vilaplana
Musique : Abel Korzeniowski
Casting : Karen Lindsay-Stewart, Frank Moiselle, Nuala Moiselle
Producteurs : James Flynn, Chris W. King, Morgan O’Sullivan, Nicholas Brown, Sheila Hockin, Pippa Harris, Sam Mendes, John Logan, Karen Richards, Belén Atienza
Société de production : Desert Wolf Productions, Neal Street Productions
Diffusion : Showtime
Genre : dramatique, horreur, fantastique
Format : 9 épisodes de 55 minutes
Etats-Unis – 2014

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Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

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