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The Affair, une série de Sarah Treem et Hagai Levi : Critique de la saison 3

Alors que Showtime a annoncé le développement d’une quatrième saison, on peut se demander si le network n’a pas les yeux plus gros que le ventre. En effet, The Affair se délite progressivement sous le poids de son concept narratif qui ne fait plus recette et s’essouffle péniblement avec une saison 3 qui n’est plus à la hauteur des attentes.

Synopsis : Après avoir passé plusieurs années en prison pour un crime qu’il n’a pas commis, Noah sort de derrière les barreaux brisé et fragilisé, traînant avec lui un grave traumatisme et vivant avec le poids d’un passé refoulé qu’il n’a jamais surmonté. Il peine à sortir la tête de l’eau : entre Alison qui souhaite divorcer pour récupérer la garde de sa fille et prendre un nouveau départ, et Helen qui coule désormais des jours tranquilles avec son nouveau compagnon, Noah entame une liaison avec sa collègue Juliette pour tenter de trouver du réconfort.

The Affair, comme l’indique son titre, c’est au départ l’histoire d’une liaison adultérine entre Noah, un écrivain trouble, et Alison, une paumée en deuil. Amant, maîtresse, mari cocu, femme bafouée, enfants dépassés et foyers éclatés, tels étaient les ingrédients de la série dont la pierre angulaire reposait sur l’exploration des dégâts et des conséquences d’une relation extra-conjugale dans les destins et les vies de ceux qui la commettent, mais également de ceux qui la subissent. Innovante grâce à sa narration multiple qui adoptait les points de vue successifs des quatre protagonistes majeurs, la fiction diffusée sur Showtime utilisait comme fil rouge une vague intrigue policière qui servait davantage à instaurer du lien entre les héros plutôt the-affair-saison-3-noah-alisonqu’à installer un réel mystère, même si le « whodunnit » était relativement réussi. Mais forcément, plus on force, plus le concept s’use. Dommage. Alors que la fin de la saison 2 faisait déjà craindre le pire avec un changement de cap trop radical et l’apparition du thriller dans l’intime, la suite ne fait pas mieux. Tiraillée entre l’exploration des traumatismes enfouis d’un Noah décomposé qui lutte avec les fantômes de son passé, la quête de rédemption d’une Alison rangée, les regrets et la frustration d’un Cole qui s’est recasé par dépit et le sentiment de culpabilité d’une Helen qui perd le contrôle de son quotidien, la série construit progressivement un climat anxiogène pour orchestrer la révélation d’un secret. Mais le scénario s’éparpille inévitablement et le récit, qui fait la part belle à de nouveaux héros totalement inutiles, s’achève sur un final grotesque aussi caricatural que moralisateur qui fait de The Affair un show faussement audacieux à cause d’un dénouement donneur de leçons qui nous fait comprendre à gros sabots que l’adultère c’est mal et que les « méchants » finissent toujours par payer leurs méfaits. Regrettable et décevant.

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Noah le naufragé

Il faut bien avouer que la troisième saison de The Affair n’est pas totalement ratée, loin de là. Preuve en est avec la trajectoire et l’arche dramatique de Noah, dont la psychologie torturée est au cœur de l’intrigue. Si le scénario se focalise en grande partie sur les tourments de l’écrivain à la dérive, c’est avant tout pour approfondir la personnalité de ses héros, qui conservent encore bien des zones d’ombre pour les spectateurs. De fait, on apprécie d’en découvrir davantage sur le passé et la jeunesse de ce « brun ténébreux » sombre et contrasté, à la fois attachant et exécrable. Mais le geste et la démarche ne sont pas arbitraires : en explorant les traumatismes antérieurs de Noah, la série amorce une belle réflexion sur les questions d’errance, de construction identitaire, de déni, de refoulement, d’euthanasie, d’égoïsme et de culpabilité. Fraîchement sorti de prison, Noah n’est pas libre, au contraire : pris au piège de ses démons qui ressurgissent et harcelé par un étrange individu, le personnage s’enferme dans la folie et s’enlise dans une spirale de solitude autodestructrice. A mi-chemin entre le fantastique et le thriller psychologique, la première partie de cette saison se joue de notre perception de la réalité et brouille les pistes grâce à une construction labyrinthique qui navigue entre passé et présent, pour nous distiller des indices qui pourraient nous aider à mieux comprendre ce qui arrive à Noah, complètement largué. Toujours mystérieuse, toujours intrigante, The Affair réinvestit les constituants de son ADN scénaristique de départ au service d’une quête quasi-initiatique qui va forcer Noah à se the-affair-saison-3-Noah-prisonconfronter enfin à lui-même et à admettre l’indicible pour briser ses chaînes, se repentir et aller de l’avant. Ce cheminement et ce travail éprouvant vont plonger Noah dans une grave dépression avec le total-look : attention la barbe, la coupe hirsute, les vêtements sales, l’addiction aux médicaments et à l’alcool, les hallucinations, les accès de violence et les blackouts ! Même si le trait est légèrement forcé (reconnaissons l’évidence), cette crise existentielle rend le héros profondément attachant et renforce efficacement notre empathie envers lui, mais pas seulement. En se regardant enfin en face, Noah endosse la responsabilité de ses actes et réalise que ses décisions ont souvent été guidées par son inconscient : l’étrange Gunther (Brendan Fraser) est là pour le lui faire comprendre. Et s’il s’était volontairement jeté derrière les barreaux pour se punir d’un acte qu’il ne s’est jamais pardonné ? Pire, et si la nature de sa relation avec Alison était malsaine, parasitée par leurs problématiques respectives ? Était-ce de l’amour, ou bien une relation pansement qui a atteint ses limites ? Noah et Alison se sont-ils mis ensemble pour les bonnes raisons ? Tant d’interrogations qui remettent en cause le fondement même de la série, et c’est ici que le bât blesse.

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Une identité reniée

The Affair nous avait vendu du rêve avec la passion incendiaire et la pulsion de désir érotique farouche qui avaient fait tourner la tête à Noah et Alison, lancés à corps perdus dans une aventure aussi charnelle qu’émotionnellement intense. Coup de foudre, amour fou : leur couple était incontestablement excitant. Et voilà que la troisième saison nous ternit soudain le tableau, en arguant que l’histoire fougueuse et libératrice de ces deux héros n’a jamais réellement existé ! Du moins, il faut comprendre que les personnages se sont trompés et se sont dévoyés, éloignés du droit chemin pour des raisons qui les dépassaient. Forcément, c’est le choc.  Le début de la fin. Les amants se retrouvent confrontés à leurs erreurs et au mal qu’ils ont causé autour d’eux, et ils vont payer pour leurs méfaits. Oui, vraiment. A partir de là, Alison, taxée d’irresponsable, de folle, d’instable et de paumée à qui il est impossible de se fier entame une rédemption qui s’apparente à un chemin de croix, à base d’exil, d’isolement, de douleur. Après avoir perdu son premier enfant dans des circonstances tragiques, le sort s’acharne sur elle et la sépare de sa fillette, dont elle est privée. Reniée par Cole, calomniée par les tribunaux, détestée par sa rivale Louisa, contrainte à divorcer, elle fait pénitence et s’investit même dthe-affair-saison-3-Alison-et-sa-filleans une démarche de reconstruction charitable en aidant les femmes qui elles aussi, ont dû gérer la mort d’un enfant. En l’espace de quelques épisodes, la rebelle imprévisible et la séductrice incandescente se transforme en sainte, et cherche l’absolution : elle paye. Pareil pour Noah, qui paye son infidélité au centuple : désavoué par ses enfants et haï par sa fille aînée, il touche le fond et se voit rejeté par tout le monde, mis à la porte de ses deux foyers pour finir seul, dehors, dans le froid, le soir de Noël : il paye. Alors, que veut-on nous faire comprendre ? Faut-il y voir un message moralisateur fustigeant et condamnant sévèrement l’adultère ? On a du moins ce sentiment, surtout que même les personnages secondaires en font les frais, comme Juliette, l’universitaire française qui trompe son mari grabataire avec Noah : sermonnée par sa fille, humiliée par sa corporation, renvoyée de son travail, raillée par ses amies et veuve, elle paye. Tout le monde paye. Et ça finit par devenir trop sérieux : c’est grave. C’est moraliste.   

Un segment parisien qui frise le ridicule

Symptomatique d’une série qui refuse de s’immobiliser dans son concept, le chapitre parisien de cette fin de saison prouve malheureusement que The Affair a voulu sortir de sa zone de confort sans y être parvenu efficacement. L’intrigue, qui flirte déjà avec le fantastique grâce au personnage de Gunther, lorgne du côté de l’aventure française à grand renfort de clichés éculés. En introduisant le personnage de Juliette, une professeure de littérature médiévale à la Sorbonne (originalité bonjour) installée aux États-Unis, la série expérimente et plonge dans un registre faussement galant et courtois, entre marivaudage et libertinage. Libérée et légère, cette quadragénaire aux mœurs débridées parle de sexe et de séduction en toutes occasions autour d’un bon coq-au-vin (si, si) et trompe allègrement son mari grabataire avec ses étudiants, ses collègues, etc. Inutile au possible, cette femme nous apparaît comme une pièce rapportée créée artificiellement pour apporter un regain d’enjeux à l’action, ce qui tombe totalement à plat. On a même le droit à son arc narratif personnel, ennuyeux au possible, entre son vieil époux qui délire, sa fille qui fait sa crise, ses amies ringardes qui se baladent sur les marchés de Noël de Saint-Michel… Pour couronner le tout, les deux derniers épisodes, qui se déroulent à Paris, sont grotesques. On voit Noah bien heureux déambuler dans les rues de la capitale comme un bon touriste : il chine des vieux manuscrits dans des libraires typiques du Quartier Latin, se promène sur les bords du Canal Saint-Martin, retrouve sa fille artiste dans une galerie du Marais et la poursuit sur les quais de Seine, la nuit, avec les lumières de la ville qui se reflètent dans l’eau. Il fait l’amour dans des hôtels, boit du vin dans des bistrots en grignotant une planchette. Ah, la vie parisienne et son charme désuet ! Il est dur de comprendre comment un show si finement ciselé et intelligemment écrit puisse tomber dans des travers aussi risibles. Force est de constater que le ridicule de ce « season finale »  annihile toutes les qualités précédemment citées puisque l’on termine sur une note affligeante qui laisse un goût amer en bouche, tant cela rompt avec toute cohérence. On a le sentiment que les auteurs ont fait du remplissage et ont trahi l’identité même de leur série : c’est triste et révoltant.

Pour conclure, on a l’impression d’être face à une série dont le concept est en perte de vitesse : l’inventivité s’amenuise, la morale s’invite, les personnages tournent en rond et répètent les mêmes erreurs (Cole recouche avec Alison, Alison recouche avec Noah), et les nouveautés sont comme des greffes qui ne prennent pas. La machine s’enraye, la faute à un show qui s’étale et qui étire son intrigue indéfiniment. Il faudrait arrêter de tirer sur la corde et s’arrêter là. La saison 4 va-t-elle définitivement porter le coup de grâce fatal à cette fiction qui s’étiole ou va-t-elle relancer l’histoire de manière habile et inattendue ? On l’espère, car au final, il n’est pas aisé de tourner le dos à The Affair, aventure télévisuelle novatrice et accrocheuse qui nous aura tout de même fait passer des moments inoubliables, émouvants, parfois osés mais toujours savamment orchestrés.

 

The Affair : Bande Annonce VO

https://www.youtube.com/watch?v=Eof5D3noPZE&t=3s

The Affair : Fiche Technique

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisation : Jeffrey Reiner, John Dahl, Agnieszka Holland
Scénario : Sarah Treem, Anya Epstein, David Henry Hwang, Stuart Zicherman, Sharr White, Alena Smith, Sarah Sutherland
Interprétation : Dominic West (Noah Solloway) ; Ruth Wilson (Alison Bailey) ; Maura Tierney (Helen Solloway) ; Joshua Jackson (Cole Lockhart) ; Julia Goldani Telles (Whitney Solloway) ; Catalina Sandino Moreno (Luisa Lèon) ; Omar Metwally (Dr. Vic Ullah) ; Irène Jacob (Juliette Le Gall) ; Jonathan Cake (Furkat) ; Brendan Fraser (John Gunther)
Image : Steven Fierberg, Tod Campbell, Joe Collins
Musique : Marcelo Zarvos
Production : Sarah Treem, Hagai Levi, Jeffrey Reiner, Andrea P. Stilgenbauer, Sharr White, Alena Smith
Genres : Drame, thriller
Format : 10 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Showtime
Diffusion aux USA : Depuis le 20 novembre 2016

Etats-Unis – 2016

Cessez-le-feu, un film d’Emmanuel Courcol : critique

Avec Cessez-le-feu, Emmanuel Courcol s’intéresse à l’après-guerre et à ses traumatismes dans un premier film sensible et brillamment interprété.

Synopsis : 1923. Georges, héros de 14 fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu’il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d’Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée…

Comment  ne pas devenir fou ? Le retour à la vie de ces soldats, ces combattants presque encombrants tant ils sont les revenants d’une guerre à oublier au plus vite, est compliqué. Emmanuel Courcol l’a bien compris dans ce Cessez-le-feu qui commence pourtant dans une tranchée dirigée par un Romain Duris débarrassé (ou presque) des oripeaux de féminité d’Une Nouvelle amie. Cette première séquence est très belle, éprouvante aussi. C’est un long plan séquence entêtant qui s’attache à des gestes. Ainsi, Georges reçoit-il de la cervelle d’un camarade dans son cou et ne cessera plus dès lors durant tout le film de le nettoyer, même propre. Après cette tranchée, nous quittons le combat pour retrouver un autre front, celui des soldats revenus presque entiers. Georges a un frère qui lui est revenu, mais sans entendre et sans parler. Il sourit pourtant, danse. Il tente d’aimer. Il attend surtout le retour de son frère. Dans sa quête de vie, il est entouré de trois femmes : sa mère, celle qui voudrait devenir sa femme et son professeur de langue des signes. Elles sont respectivement interprétées par Maryvonne Schiltz, Julie-Marie Parmentier, Céline Sallette, toutes trois formidables. A ces femmes répondent au moins trois soldats : les trois fils jamais tout à fait revenus de la guerre, voire pas du tout pour au moins l’un d’entre eux.

A la silhouette torse bombé (parfois c’est un peu trop, mais Duris sait s’emparer de cet être fragile et fort à la fois) de Georges répond le long corps fin et apaisant d’Hélène. La voilà qui rit, qui veut apprendre à conduire, qui ne se laisse pas si facilement attraper. Cette femme libérée vient remettre en question la fuite en avant de Georges. Ce dernier a en effet, et c’est un des autres atouts du film, fuit ses responsabilités pendant 5 années passées en Afrique. L’intrigue se passe donc en 1923 quand on veut oublier, mais que c’est encore là sur les visages des revenants. D’ailleurs « revenant » c’est le geste qui veut dire Georges dans le langage des signes que son frère s’invente. Georges est revenu parce que là-bas non plus il ne pouvait pas échapper à la guerre (d’où la presque ironie du titre). Il mélange ses souvenirs de guerre à ses souvenirs d’évasion, de négociation. Nous voilà plongés dans un passé colonial assez peu abordé au cinéma. L’acteur Wabinlé Nabié interprète le guide et ami de Georges, qui rejoue comme un conte chaque soir la guerre devant des assemblées de villageois. Il se croit protégé par une tour Eiffel de pacotille qu’il porte autour du cou.

Avec de très belles images, une attention aux corps, aux gestes et aux êtres, sans chercher à ériger des héros, Emmanuel Courcol réussit un film sensible et attachant. Un film où une femme apprend à conduire une voiture en 1923, faisant écho à sa sœur de cinéma de 2017 qui conduit aux côtés de son père dans le désert israélien dans Tempête de sable. Ici, la tempête est intérieure. A l’impossible nul n’est tenu et survivre à la guerre quand ce n’est pas la mort qui est venue chercher le soldat relève de l’impossible. Pourtant avec pudeur, honnêteté et même une certaine douceur, Emmanuel Courcol rend hommage à ceux qui firent l’impossible. Ils le font encore aujourd’hui et Of men and war nous l’a rappelé très justement l’an dernier. Ici, tout est affaire de contraste : c’est le colosse Grégory Gadebois qui se mure dans le silence, c’est le doux Romain Duris qui joue des durs, c’est la fêle Céline Sallette qui prend sa vie en main, refuse le malheur. Peut-être entraînera-t-elle avec elle d’autres retours à la vie. La guerre a certes effacé les vies, pas la possibilité pour les caractères de se déployer à nouveau et de faire l’impossible.

Cessez-le-feu : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YinlRyyYVl0

Cessez-le-feu : fiche technique

Réalisation : Emmanuel Courcol
Scénario : Emmanuel Courcol
Interprètes : Romain Duris, Gregory Gadebois, Céline Sallette, Julie-Marie Parmentier, Maryvonne Schiltz, Wabinlé Nabié
Photographie : Tom Stern
Décors : Mathieu Menut
Montage : Géraldine Retif, Guerric Catala
Musique : Jerôme Lemonnier
Producteur : Christophe Mazodier
Sociétés de production : Polaris Film Production & Finance, Umedia, Fontana
Distribution : Le Pacte
Durée : 103 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 19 avril 2017

France-2016

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The Lost City of Z, un film de James Gray : Critique

Fresque vertigineuse sur la quête d’accomplissement de l’Homme, The Lost City of Z est une oeuvre mémorable qui plus que de s’inscrire comme une simple référence aux grands classiques, trouve sa propre voix et en devient un.

Synopsis : Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

Voyage en terres inconnues

Jusqu’à aujourd’hui, James Gray nous a habitués à un cinéma citadin. Passionné par New York, et plus précisément l’arrondissement de Brooklyn, il l’a magnifié dans son fabuleux triptyque sur le crime (composé de Little Odessa, The Yards et La nuit nous appartient) et avait continué à en faire le centre de son récit dans son puissant drame Two Lovers. Même dans son The Immigrant, il venait aborder la ville avec un regard étranger la symbolisant comme le cœur de son cinéma. Avec The Lost City of Z, il a pour ambition de sortir de sa zone de confort pour se mettre dans la même position que son personnage principal. Un explorateur en quête de territoires nouveaux. Pour la première fois de sa carrière, le cinéaste s’intéresse à des faits réels plutôt qu’à un scénario original et il quitte le confort de New York pour l’épaisseur ardente de la jungle. Beaucoup pourraient y voir une envie de marcher dans les pas de ses prestigieux confrères. On pense à Herzog et son Aguirre, la colère de Dieu mais aussi au Lawrence d’Arabie de David Lean, des œuvres aux qualités reconnues. James Gray n’a jamais caché ses influences mais il possède sa propre voix et vient apporter ici sa pierre à ce fabuleux édifice.

The-Lost-City-of-Z-Charlie-HunnamL’essence même du cinéma de Gray vient d’une envie de reconnaissance, d’être considéré comme l’égal de ses pairs et plus encore de prospérer au-delà des entraves de la famille. Tous ces personnages jusque-là, que ce soit dans le crime, dans l’amour ou dans les fausses promesses d’un monde meilleur; cherchent à s’extirper de ce que leur nom ou leurs origines représentent pour prouver leur valeur. Avec le temps, c’est une obsession qui est presque devenue méta pour le cinéaste qui a toujours eu du mal à trouver le succès auprès des critiques souvent injustes à son égard. Même The Immigrant, son film le moins exaltant et le plus statique conserve de beaux arguments de cinéma. Pourtant, depuis toujours il eu aussi beaucoup de mal à trouver une estime auprès du public, ses films étant souvent des échecs commerciaux cuisants. Entre Percy Fawcett, le héros de The Lost City of Z, et le cinéaste se tisse donc un lien étrange et saisissant, tellement les ambitions des deux hommes coïncident. Tirant son récit d’un fait réel, Gray arrive néanmoins à en faire son oeuvre la plus intime, malgré les dimensions épiques du propos, et aussi celle qui pour lui est la plus personnelle. Retranscrivant avec ferveur le parcours de ses personnages, il ne part pas comme eux en quête de mystification ou de cités d’or, ce que Gray cherche c’est l’humain. Malgré les mystères enivrants de l’intrigue, qui vire par moments dans l’onirisme, le cinéaste offre la prouesse formidable de trouver la sensibilité dans cette quête de gloire et de rédemption.

The-Lost-City-of-Z-Robert-PattinsonAvec l’aide d’acteurs impliqués et talentueux, il arrive à donner vie à ses incarnations romancées de personnes ayant existé. Ils parviennent tous à les rendre terriblement authentiques et touchants. Charlie Hunnam irradie d’intensité et de charisme soutenu à merveille par la sensibilité déchirante de Sienna Miller qui prouve encore être une des actrices la plus sous-estimées de sa génération. Cependant, on retiendra surtout la transformation éblouissante de Robert Pattinson, méconnaissable et d’une justesse sidérante. Un acteur tout bonnement phénoménal. The Lost City of Z ne se repose pourtant pas sur ses acteurs, quand bien même ceux-ci valent à eux seuls le détour, mais le film impressionne aussi par la finesse et la densité de son écriture. Plus que de parler d’hommes en quête d’un eldorado impossible et d’une gloire illusoire, c’est une oeuvre qui trouve souvent les mots justes pour parler du monde tel qu’on le connaît aujourd’hui. Tel qu’il a commencé à être façonné à l’époque. Fawcett nous est présenté comme un personnage humble, rêvant d’égalité et d’un monde meilleur à offrir à ses enfants. Sans jamais tomber dans le pathos ou la manichéisme, Fawcett étant par moments injuste et égoïste, Gray nous montre le parcours d’un homme à travers ses rêves, ses échecs et les préjugés de son temps. De ce que le personnage a hérité de son père et de ce qu’il lègue à son fils, Gray y trouve une façon poétique et tragique de parler de transmission, de paternité et de paix. Au final, le film nous raconte l’histoire la plus simple qu’il soit, un homme qui cherche la paix intérieure pour la trouver dans l’amour de son fils.

The-Lost-City-of-Z-Charlie-Hunnam-Tom-HollandDe par son sujet, James Gray aurait pu facilement tomber dans la recherche froide de la prouesse technique mais décide au contraire de rester proche de l’humain. Avec sa mise en scène faussement classique, il pioche dans des mécaniques traditionnelles du cinéma pour en tirer une oeuvre aussi moderne qu’intemporelle. La photographie de Darius Khondji apporte un grain vieilli à l’image, accentué par le traitement très saturé des couleurs et de la lumière. On a parfois du mal à dater le film, qui pourrait bien être un film d’époque retrouvé que maintenant. Un tel travail sur l’image en est remarquable, chose très courante dans le cinéma de Gray qui brouille toujours la ligne du temps avec son imagerie résolument rétro pour un langage cinématographique néanmoins très moderne. Sauf qu’avec The Lost City of Z, ce rendu n’avait jamais paru aussi authentique et formidable. Couplé avec un montage d’une rare intelligence, qui dans son découpage entre deux scènes arrive à faire ressortir des pépites d’émotivité comme lorsque le héros manque d’être frappé par une flèche et que l’on nous montre en même temps la naissance de son premier enfant. Le film jongle souvent avec des parallèles de ce genre et symbolise avec brio le poids du temps et des regrets. Avec son rythme lent et posé, Gray parvient toujours à éviter avec brio l’ennui car il insuffle à ses scènes un vrai souffle épique. Au détour d’une rencontre avec une tribu cannibale, d’une scène de bataille ou de chasse, il offre une mise en scène ample et majestueuse qui donne une dimension homérique à ses séquences et à son oeuvre dans sa globalité.

Avec The Lost City of Z, James Gray signe une épopée tragique tout aussi épique qu’intime dans la psyché humaine. Le fil étriqué de la vie prend ici la forme tortueuse du cours d’un fleuve inexploré, où entre les éternels recommencements, les attentes et les mirages se révèle à nous un voyage métaphysique bouleversant. Par la perfection de son casting, la finesse de son écriture et la majesté de sa réalisation, Gray signe un chef d’oeuvre magnifique et mémorable qui touche les sentiments humains comme un film ne l’avait pas fait depuis longtemps. Trouvant dans ce récit son incarnation la plus personnelle, il transcende son cinéma pour donner naissance à ce qui pourrait bien être un des films les plus importants du 21ème siècle, et que même si il prend place dans une autre époque il s’impose comme une très belle réflexion sur son temps. Une oeuvre universelle, intemporelle, et un classique instantané.

The Lost City of Z : Bande annonce

The Lost City of Z : Fiche technique

Réalisation : James Gray
Scénario : James Gray, d’après le roman La Cité perdue de Z de David Grann
Interprétation : Charlie Hunnam (Percy Fawcett), Robert Pattinson (Henry Costin), Sienna Miller (Nina Fawcett), Tom Holland (Jack Fawcett), Angus MacFadyen (James Murray),…
Image : Darius Khondji
Montage : John Axelrad
Musique : Christopher Spelman
Décors : Jean-Vincent Puzos
Costume : Sonia Grande
Producteur : Brad Pitt, Dede Gardner, Jeremy Kleiner, Anthony Katagas et Dale Armin Johnson
Société de production : MICA Entertainment, MadRiver Pictures, Paramount Pictures et Plan B Entertainment
Distributeur : StudioCanal
Durée : 140 minutes
Genre : Aventure
Date de sortie : 15 mars 2017

Etats-Unis – 2017

Courts-métrages : notre top 5

Dans un temps, où l’art de la vidéo courte est de plus en plus vulgarisé par des vidéos pullulantes sur le web, il est nécessaire de rappeler l’existence de courts-métrages intemporels, de par leur contenu, de leur mise en scène ou encore des techniques utilisées.

Il y a de ces courts-métrages qui en disent plus longs que d’autres, mais qui sont toutefois peu connus du grand public. En voici donc une sélection.

Top 5 des courts-métrages

5 – Logorama, 2009

On commence donc ce classement avec un petit court métrage d’animation qui a demandé bien du travail à ses réalisateurs vu qu’il détourne à peu près 3500 logos. 6 ans de sélection parmi 40 000 Logos pour que les réalisateurs François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain arrivent à peindre cette critique de la société de consommation.

De l’effort non pas vain au vu des prix et des distinctions remportés.

https://www.youtube.com/watch?v=FYC01QN5KTE&t=22s

4 – Paperman, 2012

Récompensé aux oscars, nous avons été séduits par les dessins qui viennent conter cette histoire d’amour naissante entre un employé et une inconnue de l’immeuble d’en face. En noir et blanc, et sans dialogues, c’est sans doute l’un des courts-métrages d’animation de Walt Disney qui nous a le plus séduit au vu de sa singularité et de sa composition.

3 – L’utopique controversé

Crise d’empathie, 2015 

Les Parasites sont sans doute la révélation de ces dernières années. Plusieurs fois titrés des 48HPF, notre préféré reste crise d’empathie. Tout y est, une critique bien tournée de notre société égocentrique, des plans bien réfléchis, une ambiance sonore appropriée.

Nous recommandons vivement et apprécions le travail des Parasites !

2 – «I am just a copy of a copy of a copy » 

Copy Shop, 2001

La particularité de ce court métrage ? Tout est une copie d’une copie jusqu’à ce que la copie s’empare de la réalité. Plusieurs nominations, pas moins de 35 prix, pour une sorte d’expérimentalisme qui laisse sans voix une fois que l’on saisit la technique qui se cache derrière.

Plus de 18,000 plans ont été photocopiés puis assemblés pour donner l’illusion du film.

1 – « J’aime bien repérer le petit détail que personne ne verra jamais. » 

Foutaises, 1990. 

On se rappelle évidement tous du succès qu’a eut Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain auprès du grand public. Ce film de Jean-Pierre Jeunet qui est devenu un emblème de la vie parisienne, un symbole brut de la baguette et du béret. Toutefois, peu savent qu’à l’origine de ce film-ci Jean Pierre Jeunet s’était inspiré de son propre court-métrage Foutaises, sorti en 1990, César de 1991 et Prix de plusieurs festivals.

Bercé par une bande originale de Marc Caro, Dominique Pinon, acteur du film culte liste les petits détails qui l’enchantent ou lui déplaisent.

Ils auraient pu y être : Manoman de Simon Cartwright, Monde de Gloire … 

Matrix : un reboot…avec ou sans Keanu Reeves ?!

Un quatrième opus pour la saga est en préparation mais, pour le moment, les sœurs Lana et Lilly Wachowski, à l’origine des Matrix, ne sont pas encore impliquées dans le projet. C’est pourtant leur participation qui fera pencher la balance quant au retour de Keanu Reeves dans le rôle de Neo !

The Hollywood Reporter a annoncé mardi la relance de la franchise Matrix dans un reboot digne des autres films. La participation de Keanu Reeves aka Neo dans les trois opus, est encore une question ouverte qui dépendra du retour des soeurs Wachowski. En effet, Keanu avait annoncé en février à Yahoo Movies qu’il tournerait dans un autre Matrix si l’occasion se présentait et si les Wachowski étaient impliqués :

The Wachowskis devront être de la partie ! Elles devront écrire et réaliser [le film]. Ensuite, on verra ce que donne l’histoire mais…ouais, je ne sais pas, ce serait bizarre mais pourquoi pas ? Les gens meurent ; les histoires ne meurent pas. Et les personnages des histoires non plus !

Le cas échéant, le studio aurait des vues sur Michael B. Jordan (Creed – L’Héritage de Rocky Balboa, Les 4 Fantastiques et prochainement Black Panther) pour le rôle principal. Quant au script, Zak Penn, cocréateur de la série Alphas qui a travaillé sur des scénarios pour des films, y compris L’Incroyable Hulk,  Avengers et X-Men : l’affrontement final, est actuellement en pourparlers. Enfin, le producteur initial de la trilogie, Joel Silver, a aussi été approché par la Warner.

Les Wachowskis ont abordé plusieurs projets ambitieux depuis Matrix, y compris Sense8, la série Netflix sur des êtres humains liés par une force psychique mystérieuse ainsi qu’une adaptation cinématographique du roman fantastique tentaculaire Cloud Atlas.

Rappelons enfin que le final du dernier Matrix Revolutions laissait déjà présager du retour de Neo. Après le cessez- le-feu, Sati demandait à l’Oracle “Le reverrons-nous un jour ?”, ce à quoi elle répondait : “Je le suspecte. Un jour.”

Fin janvier, Keanu Reeves, Carrie Anne Moss et Laurence Fishburne étaient réunis pour la première de John Wick Chapitre 2 et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils avaient l’air plutôt motivé !

How To Get Away With Murder, une série de Peter Nowalk : Critique de la saison 3

How To Get Away With Murder, le meilleur soap judiciaire de cette dernière décennie signe une troisième saison plus intelligente que divertissante tout en pressant sur la gâchette de nos attentes pour une saison 4 qui continuera de creuser au sein de la Keating Five…

Synopsis : Après que l’incendie ravageur qui a détruit la maison d’Annalise Keating, brûlant en partie le corps de Wes Gibbins, absolument tous les moyens sont bons pour retrouver le ou les auteurs. Frank s’est littéralement sacrifié pour regagner la confiance de l’avocate qui a passé plusieurs semaines en prison, jusqu’à provoquer sa camarade de cellule pour en sortir. Le procureur Denver continue quant à lui de s’acharner sur Annalise pour faire la lumière sur les meurtres de Sam, Rebecca et Sinclair…

Toucher le fond…

karla-souza-laurel-hopital-HTGAWM-saison-3On dit qu’une fois six pieds sous terre, il est difficile de creuser plus profond. Sauf si l’énergie nous le permet… Métaphore sur le fait de sombrer et ici Annalise ne peut pas aller plus mal. Elle a perdu son emploi à l’université, sa famille, sa maison, sa réputation et maintenant le fils qu’elle n’a jamais eu, Wes ! Et pourtant, on continue de la soupçonner, tout comme Connor qui ne semble pas pâtir de la disparition de l’étudiant qu’il nommait « Wait List » (liste d’attente). La première partie de cette nouvelle saison se poursuit habilement sur la reprise des cours tandis que la professeure est accusée de meurtre et que Frank, toujours disparu, ne sait pas comment reprendre contact avec elle. L’arc narratif Laurel/Wes gagne progressivement en crédibilité tandis que celui de Connor/Oliver perd toute vraisemblance à des fins de « rallonger la sauce » comme on dit dans le jargon. Pourquoi peut-on cependant tout excuser? Car nous avons atteint un tel niveau d’empathie à ce stade de l’aventure que les blancs en neige peuvent se permettre de redescendre. Désolé pour l’image culinaire, Laurel est enceinte et Annalise alcoolique. Tous les ingrédients des Feux de l’amour sont réunis. Des troubles de paternité jusqu’aux faux aveux… A la différence que le traitement cinématographique, plus mâture, avec une bande sonore toujours autant alternative électrique aérienne et diablement sexy (encore IAMX ou Zola Jesus, Woodkid, Essaie PasChromatics, Perfume Genius, Mating Ritual…) couplé à un sens de la révélation au compte goutte permet de réunir un plus large public que la ménagère de plus de quarante ans (et pourtant cœur de cible de départ). On connait le procédé, on est habitué à l’opposition chromatique passé/présent ainsi qu’aux fausses pistes et au transfert de culpabilité. Cela ne nous empêche pas de pleurer la mort de Wes, de crier de surprise au cliffhanger, ou de nous attendrir à l’arrivée de Mama jouée par Cicely Tyson dont le CV est plus étoffé que celui de Meryl Streep et Isabelle Huppert réunies, pourtant méconnue !

La première partie ne s’articule cette fois-ci non pas sur un « Whodunnit » viola-davis-HTGAWM-saison-3(qui est le tueur ?), mais sur un « whosgone » (qui est mort ?) dans l’incendie de la maison principale, mais aussi comment ? Les étudiants font partie à présent d’une clinique de droit pénal où chacun est en compétition pour décrocher des affaires pro bono*, créée par Annalise qui a anticipé sa démission, car sa réputation à la fin de la saison 2 commençait à être salie par des problèmes d’alcoolisme notamment. Elle y a rencontré la doyenne Hargrove de l’université de Middleton. Toujours au 9ème épisode des premières révélations, les fans appréhendent la trêve hivernale comme la peste. Pour ceux qui n’ont pas commencé cette troisième saison, il est temps de faire demi tour. SPOILER ALERTS

Qui a tué Wes ? Accepter le suicide pour effacer du tableau les crimes précédents est un compromis relativement acceptable. Le tour de force est remarquable. Faire de ce personnage clé, un axe majeur de la seconde saison pour davantage surprendre était « presque » prévisible. D’autant plus que nous avons à ceci près épuisé tout son historique. Quoique, que s’est-il passé avant son entrée à l’université ? Tous les regards sont rivés sur Laurel, car rappelez-vous, Annalise lui assène pour qu’elle lui tire dessus :: « tu as vécu bien pire avec ton père ! » (Revoir la scène finale). La magie des scénaristes est de nous détourner l’attention sur chaque nouvel arc narratif à la manière d’un laser pointé au mur qu’un chien ou un chat pourrait suivre jusqu’à vouloir l’attraper. La liaison de Nate et Atwood, payée par Denver; la culpabilité de Frank sur l’incendie; la présence de Connor; la paternité de Christophe/Wes et les Mahoney que l’on veut responsables (Wallace a tout même commandité l’accident qui a tué l’enfant qu’Annalise portait!) ; le couple Asher/Michaela vs Oliver/Connor; la sénilité de Mama; ce qui unit Frank à Bonnie…  Plus d’une corde à leurs arcs et pardonnez le jeu de mot quand l’écriture permet de tels niveaux d’exigence, on peut se le permettre. Moins d’humour certes pour davantage d’émotion. On aura jamais vu Viola Davis pleurer autant par épisode. Mais de cette évolution des personnages naît un véritable amour porté à chacun d’entre eux. Par ailleurs, il semblerait que rien ne soit laissé au hasard ou abandonné gratuitement. Ce n’est pas du recyclage, mais de l’économie intelligente, rendre toute chose, toute interrogation, chacun des personnages, chaque geste, situation, dialogues ou relations utiles à l’avancée en puissance. Et bien que le personnage de Nate soit dans cette saison, une carapace vide agissant sans grande réelle motivation, d’autres ne sont pas en reste et ainsi l’actrice jouant Laurel Castillo (Karla Souza) n’est pas toujours au meilleur de sa forme. Il est profondément intéressant de voir à quel point Frank est capable de se sacrifier pour aider celle qui l’a recueilli. Entre petit chiot maladroit, apeuré et bras droit toujours de confiance, le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît et le trio de dispute (Bonnie, Annalise, Frank/révolver) est saisissant. Et à ce titre, on se pose des questions sur les réelles motivations du personnage joué par Liza Weil. Est-elle aussi un pantin agissant ou toujours dans l’abandon de soi pour suivre celle qui l’a sauvée des griffes de son père violeur? Seul défaut au tableau, les convictions des personnages se lançant à coeur perdu dans leur propre survie deviennent des automatismes.

Si la rupture d’Oliver et Connor n’était pas nécessaire, voire à éviter (du moins pour les raisons énoncées), d’autres évolutions sont appréciables, témoins de la réelle et intime passion des scénaristes pour ce qu’ils racontent. Asher de bête de foire, fils à papa, il est devenu un petit ami bienveillant n’hésitant pas à montrer son attachement et sa loyauté suite à la mort de Wes. Michaela de fille à marier friquée est devenue une jeune femme relativement fragile, adoptée par des parents blancs égoïstes, elle se montre vindicative et reprend les rênes du groupe, détenues par Laurel dans la précédente saison. Celle-ci est présentement  bien faible, endeuillée (le jeu est un peu inconsistant ou surfait), mais prête à tout pour se venger. D’autres interrogations entravent partiellement la compréhension, mais nullement l’empathie : pourquoi Annalise appelle-t-elle Wes, Laurel, Connor pour les retrouver à la maison?

* Pour le bien public : volontairement, gratuitement ou pour des honoraires modiques, à faire reconnaître ou protéger les droits de personnes défavorisées

How To Get Away With Murder saison 3 : Extrait 1

https://www.youtube.com/watch?v=sE5eUYqyLZ8

L’atmosphère musicale se résume par ce titre remix de Cody Crump – Burn qui allie macabre, élégance et chagrin (l’originale). Telle une marche funèbre burtonesque montant crescendo et redescendant dans un murmure à la sortie de Keyser Söze à la fin de Usual Suspect. Car l’hommage est bel et bien là, dans la surprise des faux coupables tandis que la principale victime sort du commissariat à la fin de cet extrait.

Cette nouvelle saison creuse encore plus dans chacun des personnages dévoilant leurs sacrifices, leurs limites. La rédemption de Frank, le deuil d’Annalise, le mal-être de Connor, les sentiments de Laurel et de Michaela… Autant d’éléments qui donnent presque l’impression d’avoir affaire à de nouveaux personnages. Les nouveaux ici sont l’ex-petite amie de Wes, Meggy, étudiante infirmière, l’assistante du procureur Rene Atwood qui a couché avec Nate, la mère adoptive de Michaela qu’elle héberge et nous retrouvons le fils et la mère Mahoney (autre révélation: le père de Christophe ne serait pas le père, mais le fils, Charles Mahoney, alors que les deux acteurs ont seulement quatre ans d’écart..!). Autre « ancien », le père de Laurel (qui entre la saison 1 et 2 a changé de tête bref!), les parents d’Annalise, mais on regrette l’absence de la soeur vengeresse Hannah Keating ou encore plus de Eve, l’amie lesbienne avocate!

How To Get Away With Murder saison 3 : Extrait 2

Tandis qu’Asher s’est montré plus humanisant suite aux différents événements, Connor réagit de manière diamétralement opposée. Il est devenu insensible, « brisé et malade (tout cela doit s’arrêter) ». Rappelons ce par quoi ils en sont tous passés : un premier crime passant pour de la légitime défense, puis Annalise qui leur demande de lui tirer dessus, le meurtre de Sinclair à cacher sans oublier la culpabilité sans cesse remise en question des Hapstall et toutes les affaires qu’ils doivent prendre en charge en trouvant de quoi disculper les différents clients… Le traitement psychologique peut être lourd. Surtout pour Wes qui en plus d’avoir vu mourir sa mère, tombé amoureux d’une possible meurtrière, ayant tué Sam, tiré sur Annalise, voit mourir des années plus tard son « père » dans la rue. On se demande si le garçon n’était pas « dérangé » déjà arrivé à l’université. Malgré tout, il est resté le parfait gendre, dissimulé et droit. Selon l’acteur lui-même, sa participation à la série n’est pas terminée et l’on s’en réjouit d’avance. Le personnage de Laurel également se renferme sur lui-même et est sur le point de diamétralement changer. Prête à tirer à bout portant sur Charles Mahoney en pleine rue dans le dernier épisode, décidant d’avorter comme pour rejeter tout souvenir possiblement heureux ou trace d’une féminité passive.

How To Get Away With Murder saison 3 : Promo des deux derniers épisodes

https://www.youtube.com/watch?v=QRxKiOSysaA

Les cartes sont redistribuées pour permettre à presque tous les personnages d’évoluer. Au travers d’un incendie, le décès d’un proche de la Keating Five, l’emprisonnement d’Annalise, les quinze épisodes savent nous tenir en haleine et pourtant ce n’était pas chose promise dès le pilote. Première déception, on nous promettait un personnage important pour Mary J.Blige, ce n’est autre que la coiffeuse d’Annalise. Reviendra-t-elle? Mais le talent d’HTGAWM est de toujours ouvrir en conclusion. Lorsque l’on ne savait pas qui avait tué Rebecca à la fin de la 1, le père Mahoney à la 2, là ce sont les liens unissant le procureur Denver à Dominik (ami d’enfance de Laurel) qui a tué Wes sur les ordres du père Castillo, tout comme la réponse de Connor à la demande en mariage, mais cet arc narratif a perdu notre intérêt. Une quatrième saison est prévue pour l’automne 2017, malgré des chutes d’audience significatives, plus de 3 millions par saison. La première frôlait les 10 en moyenne, la deuxième 7 et la troisième a réalisé sa pire audience lors du treizième épisode qui a rassemblé 4,53 millions d’américains un jeudi soir devant ABC. Si la quatrième continue de voir chuter les fidèles, ce sera probablement la dernière. A notre plus grand regret !

How To Get Away With Murder saison 3 : Fiche Technique

Réalisateur: Bill D’Elia (1, 9, 15), Zetna Fuentes (2), Stephen Cragg (3), Kevin Rodney Sullivan (4), Jann Turner (5), Sharat Raju (6), Mike Smith (7), Morenike Balogun (8), Jennifer Getzinger (10), Nicole Rubio (11), Cherie Nowlan (12), Hanelle Culpepper (13), Jet Wilkinson (14).
Scénaristes: Peter Nowalk (1, 15), Angela Robinson (2), Joe Fazzio (3, 14), Erika Green Swafford (4), J.C. Lee (5), Fernanda Coppel (6), Erica Harrison (7), Jet Wilkinson (8), Michael Foley (9),Sarah L. Thompson (10), Abby Ajayi (11), Daniel Robinson (12), Brendan Kelly (13).
Interprétation: Viola Davis (Annalise Keating), Billy Brown II (Nate Leahy), Alfred Enoch (Wes Gibbins), Jack Falahee (Connor Walsh), Aja Naomi King (Michaela Pratt), Matt McGorry (Asher Millstone), Karla Souza (Laurel Castillo), Charlie Weber (Franck Delfino), Liza Weil (Bonnie Winterbottom), Conrad Ricamora (Oliver Hampton), Benito Martinez (le procureur Todd Denver), L. Scott Caldwell (Jasmine), Cicely Tyson (Ophelia Harkness), Roger Robinson (Mac Harkness), Milauna Jackson (Rene Atwood), Corbin Reid (Meggy Travers), Jacqueline Hahn (Juge Barbara Jacobs), Gloria Garayua (Detective Brianna Davis), Behzad Dabu (l’étudiant Simon Drake)…

Musique : Photek, IAMX…
Producteurs délégués: Shonda Rhimes, Peter Nowalk, Betsy Beers, Bill D’Elia
Studios de productions : ABC Studios et Shondaland Productions
Format : 15 épisodes de 42 minutes

How To Get Away With Murder saison 3 : Petit Bonus

Nous avons traduit pour vous un entretien du créateur Peter Nowalk donné à The Hollywood Reporter. Enjoy! (Lire ici l’original de l’article) SPOILER ALERTS

peter-nowalkJusqu’à quel point Laurel a-t-elle connaissance des affaires de son père? 

Elle en sait déjà beaucoup, des magouilles et mauvaises tournures qu’on pris certaines, comme n’importe quel enfant qui voit bien que ses parents font le bien ou le mal. Peut-être qu’elle a essayé de s’en échapper, de fermer les yeux, car elle ne pouvait rien y faire pour changer cela. Mais son père ne le lui a pas laissé le choix et elle y a participé… La performance de Karla Souza est superbe. On arrive à voir toute cette évolution sur son visage muet en une seconde. Vous la voyez se dire « Attends, c’est bizarre. Attends, suis-je une mauvaise personne? Oh mon dieu, mon père est-il derrière tout ça? ». Elle est tellement intelligente et a conscience de combien son père est dangereux et que c’est maintenant possible.

Est-ce qu’on doit donc s’attendre à voir l’univers de HTGAWM s’étendre au-delà de la Keating 5 dans la 4ème saison?

Je ne pourrais pas vous en dire autant, mais nous avons ouvert une porte et nous devons aux spectateurs des réponses aux questions, donc oui. Nous avions laissé des indices, mais je pense que nous devons maintenant leur dire ce qu’il se passe réellement. Comment Dominic connaît le procureur Denver ? Est-ce que cela sous-entend que le père de Laurel le connaît ? Est-ce possible qu’ils en sachent plus sur les Mahoney ? C’est bien plus compliqué que ce que vous pouvez imaginer.

Va-t-on en voir plus sur les Mahoney? 

C’est envisageable. Il y a un lourd passif entre Annalise et Silvia et si Laurel se demande si son père connaissait les Mahoney – je pense tout cela possible, mais ce sera du côté de la famille Castillo qu’il faudra se tourner principalement dans la 4ème saison.

Et quant à Dominic?

Bien sûr ! C’est une grande question qui nécessite qu’on y réponde. Il semblait très amical vis-à-vis de Laurel, donc nous connaîtrons ce qu’elle pense à son sujet, leur historique et s’il y a un futur possible. Il y a beaucoup à creuser là-dedans.

La structure sera-t-elle identique à la saison 3?

Je me fais beaucoup de souci sur comment ouvrir avec quelque chose qui fonctionne à la manière des 10 Petits Nègres [d’Agatha Christie] à l’envers. Mais chaque saison a été un peu différente. La série a trouvé cette particularité et parfois je me demande si pour une fois on ne ferait pas les choses de la même manière. Ce qui m’importe est que les arcs narratifs doivent être résolus. Et je ne sais pas encore ce que l’on va raconter…

keating-5-HTGAWM-saison-3Les fantômes que se faisait Wes des meurtres de Sam et Rebecca vont-ils disparaître avec lui, le groupe en est-il éloigné ou vont-ils revenir les hanter? 

Ce sera de l’histoire ancienne aussi longtemps que Denver ne sentira plus de menace pesant sur ces crimes dits « résolus ». Mais ça veut pas dire qu’un autre ne reprendra pas les investigations. Mais Annalise n’avait pas d’autre choix que de mettre cela sur la tête de Wes. C’était intelligent de sa part. Pour son propre bien et celui du groupe, j’espère que ça fonctionne, mais on en verra plus sur ce choix. Je pense que ça va leur permettre une petite coupure dans tout ce qu’ils ont vécu et leur permettre de continuer à vivre différemment.

Annalise a appelé Wes « mon fils » lorsqu’elle s’effondre au dernier épisode aux Alcooliques Anonymes . Qu’est-ce que cela va signifier? 

C’est très porteur d’espoir – du moins comme je le perçois – parce qu’elle prend conscience de sa douleur. C’est probablement la première étape. Il faut beaucoup de courage pour avouer devant un groupe d’inconnus des choses que l’on ne se dirait pas à soi-même. Je ne me prononcerai pas davantage, car la performance de Viola est 100 fois plus explicite que tout ce que je pourrais dire à ce sujet, mais ça montre qu’elle veut aller de l’avant.

Comment Connor va-t-il faire face à sa culpabilité au sujet de la mort de Wes, puis de son enlèvement, et maintenant la demande en mariage?

Je ne sais pas si c’est le meilleur moment pour Oliver de demander sa main, mais ça montre comment ces personnes vivent. Ils essayent tout juste de survivre. Connor ne pouvait pas répondre sur le fait. Il a besoin de davantage de temps pour encaisser et procéder, mais je pense qu’il est en train de mûrir. Il est tellement méfiant et il en a conscience, mais je pense que les deux derniers épisodes lui ont vraiment montré qu’essayer de faire « bien » les choses n’a pas eu l’effet escompté. Je suis excité parce que je sens que tous les personnages grandissent. Même Michaela disant «Je t’aime» à Asher, c’est sa manière de grandir. Je pense qu’ils ont dû grandir très vite, et je pense que c’est ce que cette finale a vraiment été pour moi – grandir pour le meilleur et le pire.

1:54, un film de Yan England : critique

1:54 décrit la descente en enfer d’un ado homosexuel confronté à l’homophobie et au harcèlement. Ce premier film de Yan England est filmé comme une course folle contre le temps, contre ces deux secondes qui peuvent changer toute une vie.

Course contre la montre

1-54-film-Sophie-Nelisse-antoine-olivier-pilonIl y a une erreur à ne pas commettre en visionnant 1:54, ce n’est pas un film sur la course, ni spécifiquement un film sur le harcèlement. 1:54 relève plutôt de l’emballement, de ces deux secondes les plus dures de sa vie, celles qu’il faut aller chercher à n’importe quel prix. La question n’est pas seulement sportive, elle est viscérale. Tim court après le temps, après le désir de parvenir à prendre sa vie en main. Il ne s’agit pas pour lui d’échapper à ses bourreaux, mais de les massacrer en quelque sorte sur leur propre terrain. On voit donc la peur autant que la détermination dans les yeux d’Antoine Olivier Pilon qui après Mommy se révèle de nouveau très habile à interpréter un jeune homme en souffrance. Tout commence par de petites brimades, tout s’emballe très vite aussi. La chronique de Yan England est souvent d’une grande justesse, il ose frontalement nous montrer les conséquences des actes de ceux qui ne les mesurent pas. Il montre donc un quotidien banalisé où la souffrance est rentrée dans les habitudes. Les corps chutent, mais personne ne semble s’en émouvoir. Quand il filme les scènes d’athlétisme, England est volontiers aérien, mais plus terre-à-terre quand il colle aux baskets de Tim dans son quotidien ravagé et ravageur. La figure du professeur gourou et du père désorienté viennent représenter les adultes de cette histoire, bien à côté de la plaque. La loi du silence balancée à la figure du professeur de sciences-coach lui revient comme un boomerang alors qu’il tente de tendre la main. C’est que face à la détresse d’un de ses camarades, la philosophie de Tim est simple « soit on se tait, on ne dit rien, on fait rien, soit on dit rien et on règle ses problèmes soi-même. Je suis plutôt de la 2e catégorie ».

La mort leur va si bien

L’emploi de la musique, en surabondance, sur-dramatise le propos déjà très lourd. Mais le regard sur l’école est ici désabusé, l’engrenage très bien mené, avec une grande justesse du discours sur l’utilisation des réseaux sociaux. On déplorera simplement quelques ralentis un peu trop présents. Le sport devient un duel, un désir d’aller de l’avant. Quand vient le temps des larmes, on comprend un peu trop vite les échecs de relations restées trop superficielles. Et nous restent en mémoire les derniers mots du bourreau « c’était juste une blague ». La perversité mise là-dedans choque, le film est un coup de poing. Certainement fallait-il cela pour redonner de la voix à ceux qui n’osent pas parler, qui restent terrés et qui tentent seulement de prendre leur vie en main, seuls, d’aller à la recherche de ces deux secondes qui peuvent tout changer dans une vie… jusqu’à la mort elle-même.

1:54 : Bande annonce

1:54 : Fiche technique

Réalisation : Yan England
Scénario : Yan England
Interprètes : Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay, David Boutin, Patrice Godin, Robert Naylor
Production : Denise Robert, Diane England
Distribution : ARP Sélection
Durée : 106 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 15 mars 2017

Canada-2017

Fantastic Birthday, un film de Rosemary Myers : critique

Avec Fantastic Birthday, Rosemary Myers livre un film plein d’humour et de fantaisie aux allures fantastiques sur un âge pourtant canonique : l’adolescence.

L’adolescence, cette chevauchée fantastique 

Devant Fantastic Birthday, on pense tout de suite à Wes Anderson. Tous les éléments sont présents : personnages un brin fous-fous, hauts en couleurs, décors remplis de petits détails et cette enfance (enfin ici adolescence) traitée sur le ton de l’humour presque noir à l’image de Moonrise Kingdom. Greta est une jeune fille introvertie. Tout juste arrivée dans sa nouvelle école, elle fait la connaissance d’Elliott, garçon solitaire et décalé dont elle quémande l’amitié, mais aussi de trois petits monstres-filles qui tentent de s’emparer d’elle, pour mieux la moquer. Greta n’a donc pas vraiment prévu de fêter ses 15 ans en grande pompe, mais c’est sans compter sur ses parents et leur folle envie de faire une grande fête. Les voilà donc qui invitent toute l’école, dont les trois jeunes « biatch » du collège. Greta angoisse à l’idée d’être transformée en petite poupée par sa mère le jour J. Et il y a de quoi. Tout semble donc tourner au cauchemar. Et c’est là le tour de force du premier film de Rosemary Myers, offrir à Greta une virée fantastique, onirique. Elle fait de ce film aux allures initiatiques, un conte peuplé de créatures que Greta devra affronter : ses parents, son unique ami et aussi ses pires ennemies. Tous les clichés de l’adolescence dans les films, particulièrement américains, sont ici détournés avec habileté. Les personnages ont donc un double plus ou moins maléfique qui poursuit la jeune Greta la faisant courir après des choix aux allures radicales. Elle y apprendra à s’accepter mais surtout à oser reconnaître et appréhender ses sentiments.

L’indomptée

fantastic-birthday-movie-rosemary-myers-harrison-feldmanDe l’humour à l’esthétique, Fantastic Birthday se distingue par un ton vif et souvent drôle. Toute situation tourne au bizarre, à la fantaisie. Et les acteurs y sont pour beaucoup, notamment le visage de la jeune Bethany Whithmore qui peut dire mille émotions en une expression. Les dialogues sont souvent savoureux, mais jamais trop envahissants. Dans ce véritable théâtre (c’est de là que vient la réalisatrice avant tout) des curiosités, tout s’enchaîne en musique (B.O. impeccable) et en danse parfois aussi. On y savoure le vent du changement. Quelque chose dans la résolution du film manque pourtant et laisse le spectateur un peu sur sa fin. Même si Rosemary Myers, avec ses deux adolescents Elliott (qui se révèle dans sa gaucherie être comme un double du petit ami de Juno, du film de Jason Reitmann) et Greta nous dit bien une chose : l’identité n’est jamais figée, les lignes bougent. Il suffit seulement d’assumer ce que l’on est, qui on veut être et de se reconnaître voire s’affirmer dans le regard de ceux auprès de qui nous grandissions. Le personnage féminin se révèle plus fort qu’il n’y paraît, s’émancipant de l’enfance, de ses peurs pour aller vers l’avenir.  On quitte Greta telle une indomptée, prête à conquérir son petit monde intérieur !

Fantastic Birthday : Bande annonce

Fantastic Birthday : Fiche technique

Synopsis : Greta, jeune fille introvertie, est en passe de franchir le cap de ses 15 ans. Seule ombre au tableau : elle ne veut pas quitter le monde douillet et rassurant de l’enfance, une bulle dans laquelle elle s’enferme avec son seul ami au collège, Elliott. Quand ses parents lui annoncent l’organisation d’une grande fête pour son anniversaire, elle est prise de panique. Le grand soir, elle va basculer dans un univers un peu effrayant et complètement absurde. 

Réalisatrice : Rosemary Myers
Scénariste : Matthew Whittet
Interprètes : Bethany Whitmore, Harrison Feldman, Matthew Whittet, Amber Mc Mahon, Eamon Farren, Tilda Cobham-Hervey, Imogen Archer, Maiah Stewardson
Producteur : Joe Dyer
Directeur de la photographie : Andrew Commis
Directeur artistique : Jonathon Oxlade
Superviseur de la musique : Jemma Burns
Ingénieur du son : Luke Smiles
Monteuse : Karryn de Cinque
Distribution (France) : Ufo Distribution
Récompenses : Grand prix du public au Adelaide Film Festival
Durée : 80 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie :  22 mars 2017

Australie – 2017

Brimstone, un film de Martin Koolhoven : Critique

Après Blackthorne et The Salvation, les coproductions européennes continuent de renouveler le genre western avec Brimstone. Le film de Martin Koolhoven est un pari audacieux mais qui souffre d’un manque de finesse et d’une surcharge de références.

Synopsis : Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Brimstone-Guy-Pearce-Dakota-Fanning-Koolhoven-Harrington-affiche-2017A la réalisation depuis plus de vingt-cinq ans, Martin Koolhoven est un cinéaste néerlandais déjà confirmé avec dix films à son actif (en plus d’une série TV et de quelques téléfilms). Ses œuvres ont été sélectionnées dans des festivals prestigieux (la Berlinale, Rome, Londres, etc.) et les Pays-Bas l’honorent régulièrement lors du Netherlands Film Festival (Sept films présentés, deux prix obtenus, huit nominations). Mais aucun de ces films n’avait jusque-là trouvé le chemin des salles hexagonales et encore moins trouvé un écho à l’international. L’homme est discret, son cinéma est indiscernable, tout juste sait-on qu’il est régulièrement amené à traiter de l’Histoire de son pays natal. Pour son onzième film, il s’est lancé dans un projet titanesque qui a duré sept ans (trois ans et demi d’écriture) avec l’aide d’une coproduction européenne (Pays-Bas, Allemagne, Belgique, France, Suisse) qui a monté ce film doté d’un casting international. Si la quasi-totalité du casting est anglo-saxonne, Martin Koolhoven a néanmoins tenu à conserver une équipe technique entièrement néerlandaise, quand bien même le tournage a eu lieu à travers toute l’Europe (Autriche, Hongrie, Espagne, Allemagne). A ce sujet, il faut savoir que Brimstone est le film le plus coûteux des Pays-Bas, après Black Book de Paul Verhoeven. Des moyens plus conséquents donc qui ont permis au réalisateur et à son film de s’enorgueillir d’une nouvelle visibilité qui l’a amené jusqu’à la compétition officielle de la Mostra de Venise en septembre 2016. Si Martin Koolhoven a déjà sa réputation toute faite aux Pays-Bas, il reste méconnu dans le reste du monde. Mais le bonhomme fait déjà preuve d’une belle présomption et d’un style qu’il estime singulier, comme en témoigne l’ouverture de son film par l’encart « Koolhoven’s Brimstone ». Une indication claire sur la mégalomanie saisissante du réalisateur qui invoque déjà son nom comme une marque au style inédit. C’est pourtant bien dans la surenchère de références que Martin Koolhoven se vautre, ne faisant de Brimstone qu’une œuvre hybride audacieuse et intéressante mais pesante et vide de toute personnalité, entre La Nuit du Chasseur et le cinéma fiévreux de Tarantino.

La Nuit du Prêcheur

Pourtant en amorçant son récit par une narration non chronologique en quatre chapitres déstructurés, Martin Koolhoven injecte une dose d’audace bienvenue qui donne toute son essence au récit. Car une construction linéaire aurait été un fardeau pour le film qui n’aurait pu se reposer que sur son dénouement aux allures de duel final. Ici, Martin Koolhoven a l’ingéniosité de laisser planer un voile de mystère et de révéler ses informations au compte-gouttes. Ce qui laisse l’opportunité à l’intrigue de surprendre relativement souvent son spectateur et permet aux personnages de se révéler plus complexes qu’il n’y paraît. Si les scènes d’horreur graphiques marquent les esprits, la violence de Brimstone est avant tout psychologique. Martin Koolhoven soigne le calvaire de son personnage féminin à plusieurs âges de sa vie, elle qui ne cesse d’être traquée par un énigmatique prêcheur, dévoré par sa croyance et ses pulsions. La fureur qui anime les hommes est bel et bien représentée par la relation malsaine entre Dakota Fanning et son bourreau diabolique, et n’est jamais affichée à l’écran, laissant le spectateur imaginer les pires sévices. Le western est l’apanage de la violence et du machisme et Brimstone en montre clairement l’impact viscéral sur cette femme mutique dont la cavale est vaine puisqu’elle est constamment rattrapée par son tourmenteur, obligée de devenir une esclave sexuelle ou de se confiner à sa condition de bonne femme. Son mutisme empêche au premier abord de comprendre sa fuite et ses intentions mais la construction du récit amène les réponses qu’il faut aux moments phares. Dès lors qu’un personnage féminin amène autant de complexité et de force, il n’est pas étonnant d’attribuer l’étiquette de « film féministe ». Ce ne serait pas faux mais réducteur face à la charge anti-religion et à la primitivité des hommes dans le Grand Ouest dont le cinéaste fait preuve. En ce sens, Brimstone dépoussière un genre et lui apporte une radicalité bienvenue, confirmant que les cinéastes européens ont tout aussi bien saisi l’essence du western que leurs homologues américains.

Brimstone renoue effectivement avec les grandes heures du western crépusculaire mais s’enlise dans un récit interminable et excessif.

Brimstone-Guy-Pearce-Dakota-Fanning-Martin-Koolhoven-2017Mais conscient de son talent et de l’hommage qu’il semble vouloir rendre aux films qui ont construit sa culture, Martin Koolhoven se perd dans des considérations outrancières, entre l’intitulé biblique pompeux des chapitres (Apocalypse, Exode, Genèse, Châtiment) et la représentation surlignée de symboles de l’Ancien Testament. L’hypothèse religieuse sera bien présente, plus appuyée que jamais et dont Martin Koolhoven se fait le Créateur, confirmant la mégalomanie du bonhomme. Il ira jusqu’à tomber dans l’abus en représentant Kit Harrington doté d’ailes d’anges dans une plan en contre-lumière. La mise en scène se révèle d’une lourdeur dans ces moments décisifs, contrebalançant paradoxalement avec la juste mesure dans les moments plus contemplatifs. A vouloir trop bien faire, Martin Koolhoven accentue à l’excès le lyrisme de son récit et appuie l’émotion alors qu’il aurait fallu laisser le charme opérer par lui-même. Les violences à outrance, les scènes étirées de plans fixes sur les visages débordants d’émotions rendent vite agaçant le film aux yeux du spectateur, lassé d’être autant tenu par la main alors que le calvaire vécu par le personnage principal est déjà suffisamment insoutenable et bouleversant. Côté casting, Dakota Fanning et Carice Van Houten magnifient heureusement le film par leur grâce et leur aisance à créer des personnages féminins forts. En revanche, Kit Harrington est trop anecdotique pour qu’on s’y attarde et Guy Pearce s’embourbe dans une caricature de prêcheur pédophile loin de toute la subtilité de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur. D’une durée conséquente (2h25), Brimstone a aussi le défaut d’étirer son récit et de le rendre interminable. Il en devient presque comique de voir à quel point il est facile pour Guy Pearce de retrouver son objet de désir à travers tout l’Ouest américain. C’est d’autant plus frustrant que le film offre de grands moments qui s’opposent à des moments inconfortables dont un final boursouflé dont on ne demande qu’à en voir la fin. A l’issue de la projection, des interrogations nous étranglent et l’on se demande si un second visionnage ne rendrait pas la construction non chronologique incohérente (lorsque Dakota Fanning (re)voit pour la première fois Guy Pearce). Dès lors, il y a cet étrange sentiment qui nous anime et nous fait dire que le film a beau être réussi dans d’intenses séquences, il est raté lorsqu’il veut assumer son jusqu’au-boutisme. Brimstone n’est pas un mauvais film, il est une claque qui ne laissera pas insensible mais dont la finalité laisse un sentiment d’inachevé frustrant face à un western comme on n’en a jamais vu.

Difficile donc de ne pas avoir d’estime pour un tel projet dont l’existence repose entièrement sur les épaules d’un néerlandais inconnu au bataillon qui s’est battu pour monter son projet. Brimstone avait toutes les cartes en main pour être le fer de lance d’un genre atypique  (que Koolhoven avait déjà surnommé le « Dutch Western »). Le film renoue effectivement avec les grandes heures du western spaghetti et crépusculaire mais s’enlise dans un récit interminable, un casting  qui va de la grâce (puissante Dakota Fanning) au cabotinage (caricature lourdingue de Guy Pierce) et une surcharge de références boursouflées qui empêchent d’éprouver un véritable plaisir. N’est pas Leone, Laughton ou Tarantino qui veut.

Brimstone : Bande annonce VOST

Brimstone : Fiche Technique

Réalisation : Martin Koolhoven
Scénario : Martin Koolhoven
Interprétation : Dakota Fanning (Liz), Guy Pearce (Le Révérend), Kit Harington (Samuel), Carice van Houten (Anna), Paul Anderson (Frank)
Photographie : Rogie Stoffers
Montage : Job ter Burg
Musique : Junkie XL
Costume : Ellen Lens
Décors : Zoltán Frank, Heike Wolf
Producteurs : Jean-Baptiste Babin, Violaine Barbaroux, Stephan Barth, Manuel Chiche, David Claikens, Sheryl Crown, Hugo Grumbar, Tim Haslam, Nicki Hattingh, Peter Hiltunen, Antonino Lombardo, Simon Perry, Niko Post, Nik Powell, Uwe Schott, Anne Sheehan, Joel Thibout, Paul Trijbits, Els Vandevorst, Alex Verbaere
Sociétés de Production : N279 Entertainment, Backup Media, Film i Väst, FilmWave, Illusion Film & Television
Prime Time, X-Filme Creative Pool
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers
Budget : 12 000 000 €
Festival et Récompenses : Sélection Mostra de Venise 2016 et London Film Festival 2016
Genre : Western, Thriller, Drame
Durée : 145 minutes
Date de sortie : 22 mars 2017

Pays-Bas, France, Allemagne, Belgique, Suède, Royaume-Uni – 2016

La saison 2 des Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire confirmée par Neil Patrick Harris

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Le succès Netflix va avoir le droit à sa suite. L’interprète du comte Olaf a confirmé une seconde saison pour la série Les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire.

C’est officiel, on retrouvera les Désastreuses aventures des  Orphelins Baudelaire pour une seconde saison. La première saison adapte les quatre premiers romans de la saga littéraire éponyme de Daniel Handler. Ainsi on peut attendre de la prochaine saison de n’adapter qu’une partie de la saga (peut-être pour s’arrêter à The Hostile Hospital, le 8ème roman). Avant la diffusion de la série, Neil Patrick Harris révélait à Première « Il reste à traiter du tome 5 au tome 13 ! J’ai cru comprendre que Netflix voulait attendre la fin du mois de janvier, pour prendre une décision. Si la série n’est pas bien reçue, ils ne voudront probablement plus continuer. Mais le but, pour nous tous, c’est clairement d’adapter tous les livres. Donc potentiellement, de faire une série en trois ou quatre saisons. Mais pas plus. »  Résultat ? La série est un véritable succès critique ravissant  à la fois les fans de la saga et les néophytes.

Les amateurs de la première saison peuvent donc se ravir. L’interprète du maléfique Comte Olaf, Neil Patrick Harris a tweeté avec humour  » Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire a été renouvelée pour une seconde saison. Excitant ! Sauf, bien sûr, si vous êtes un Baudelaire.. » Le tweet est accompagné d’une vidéo mystérieuse, qui devra être décryptée par les fans.

Il a ensuite ajouté « Nous avons été confirmé pour une seconde saison des Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. Je me suis fait ça pour le fêter. »  Il a accompagné le tweet d’une photographie d’un tatouage rappelant fortement le comte Olaf..

On retrouvera avec joie Neil Patrick Harris ( Comte Olaf ), Malina Weissmann (Violette Baudelaire),  Louis Hynes ( Klaus Baudelaire) et le bébé Presley Smith (Prunille Baudelaire). Aucune date n’a été dévoilée, on sait seulement que la seconde saison est attendue pour l’année 2018.

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Bande-annonce de la saison 1 :

Love, une série créée par Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin : Critique Saison 2

Il y a un an, nous quittions Gus et Mickey sur un fougueux baiser en suspension. Passé par des hauts, des bas et des très très bas, le duo de Love semblait promis à un nouveau (premier vrai?) départ. Quid donc de la suite de leurs aventures ? Autant tuer d’emblée le suspense, la saison 2 de Love est supérieure à la première.

D’abord au profit d’un allongement du nombre d’épisodes (12 contre 10 la saison précédente) et du format qui glisse, tout au long de cette seconde fournée, de 25 minutes à près de 40. Cela peut ne paraître rien et, pourtant, ces changements embrassent totalement l’ambition et la qualité d’écriture d’un show qui oscille entre sitcom et drama, romcom et aléas.

Là où la première saison se chargeait des préliminaires et des présentations d’usage, la saison 2 de Love entre de plein pied dans la construction d’un couple et l’exploration sous de nombreuses coutures de ce rapport humain complexe. A l’image de ce que Man Seeking Woman s’est chargée de construire dans sa saison 3, Love ne cherche plus à mettre ensemble ses protagonistes mais à les voir main dans la main, les faire évoluer côte à côte. Et ça marche carrément.

 

D’une part parce que Judd Apatow a prouvé maintes fois son expérience en la matière, capable de dresser avec tendresse et justesse des portraits de couples « malgré eux » sans jamais en exclure les sérieuses difficultés et la trivialité. D’autre part car Paul Rust (qui interprète Gus) et Lesley Arfin, couple à la ville, semble mettre beaucoup d’eux-même dans cette peinture de la relation amoureuse.

Les trois créateurs, également scénaristes, densifient considérablement leur écriture par un schéma de plus en plus proche des créations FX. A la manière de Louie, Atlanta ou Baskets, Love cherche moins à conduire un fil narratif qu’à passer du temps avec les personnages et éprouver plusieurs aspects de leur situation. En cela, au même titre que les hang out movies (ces films qu’on regarde pour passer du temps avec les personnages) chers à Quentin Tarantino, Love est une hang out series. Son duo profondément attachant (et la clique qui gravite autour) est la principale raison de traîner six petites heures avec eux, comme l’on prendrait des nouvelles de vieux potes.

Mais ça, c’est un constat effectif depuis la première saison. La grande nouveauté de cette seconde partie, c’est de proposer des épisodes plus construits, charpentés pour la plupart autour d’une idée principale (deux soirées parallèles, un dogsitting, une journée ensemble,…) de laquelle va surgir nombre de surprises, qu’elles soient gaguesques, tonales ou simplement thématiques. C’est souvent extrêmement drôle, toujours tendre, parfois très gênant et farci de situations qui dégénèrent avec parfois une inexorable bêtise de la part de ses protagonistes.

Autant dire que l’identification spectatorielle marche encore plein tube, comme c’est quasi-toujours le cas chez Judd Apatow. Par son absence de pudeur et sa profonde humanité, le réalisateur (et par extension nombre de ses collaborateurs) à imposé ce modèle unique d’une comédie qui ose n’être pas drôle mais s’impose d’être juste et sincère. Si, comme nous le disions, le modèle a depuis fait de nombreux petits, la saison 2 de Love prouve encore l’efficacité de ce style. Capturer beaucoup de la vie de ses instigateurs (après tout, Apatow fait tourner sa famille et ses potes) pour la faire entrer en résonance avec le public, éclats de rires et petites dépressions en sus. D’où la logique universalité d’une série dont le pitch est, à l’origine, le plus fainéant du monde.

Tous les atouts de la saison 1 sont de nouveau présents, le casting est génial notamment Gillian Jacobs et Claudia O’Doherty, duo de copines craquantes souvent bien plus drôles que leurs homologues masculins. Par Iris Apatow, c’est une croustillante satire du milieu de l’entertainment qui continue aussi de se développer, à base de parodies de séries-télés merdiques et de films d’actions décérébrés. Tout cet aspect du show, avec un Gus maladroit au milieu d’une industrie de requins, offre de francs éclats de rire et des moments outrancièrement gênants. La galerie de seconds-rôles, encore étoffée, n’en finit plus de créer le rire et d’amusants décalages typiques du cinéma du frat-pack.

Venons-en cependant, puisque il le faut, au point noir de la série. Une ombre au tableau depuis la saison 1 qui ne sera malheureusement pas corrigée ici. A savoir le personnage de Mickey où plutôt l’idéologie véhiculée par ce personnage. Pour mémoire, Apatow s’est souvent fait taper sur les doigts par les féministes pour sa représentation d’un monde où l’immaturité attachante des hommes ne pouvait être contrebalancée que par des femmes castratrices et rabats-joies. Si la chose est forcément plus nuancée que cette attaque dégoulinante de bêtise, il apparaît cependant peu anodin que Crazy Amy et Love mettent en scène des femmes immatures, comme pour donner le change des productions précédentes.

Or, c’est là que la série commet une grosse erreur et s’embourbe un peu. Car les problèmes traversés par le couple dans cette saison vont être quasi-exclusivement apportés par une Mickey sex-addict, alcoolique anonyme et ancienne droguée. Forcément, face à un Gus coincé, Mickey détonne et la série choisit de se focaliser sur ses problèmes. Mais en transformant ses problèmes personnels en embûches pour le couple. D’où ce désagréable sentiment qu’un des amants fait tout correctement quand l’autre ne cesse de provoquer des galères. Et n’était-ce pas déjà Mickey qui s’excusait platement à l’issue de la saison 1 ?

A côté de ça, les défauts de Gus, eux, ne pèsent pas bien lourds et Love échoue encore un peu à traiter également ses deux personnages principaux. Ce qui est pourtant l’un des moteurs principaux des comédies romantiques, à savoir que les contraires s’attirent. Ici, la balance est déséquilibrée et un soupçon conservateur (autre reproche fait à Judd Apatow) plane sur le personnage de Mickey comme l’être qui doit forcément changer pour que le couple fonctionne. Couple qui semble sa seule issue pour s’en sortir.

Dit comme ça, Love perd un peu de son charme et peut faire grincer des dents mais, il faut le dire, nombreuses sont les scènes qui démontent ce point de vue et nuancent cette constatation. Constatation qui pourrait, de plus, être remise en cause par une surprenante et plus que probable saison 3. En attendant, malgré ses quelques défauts, on vous conseille chaudement de découvrir Love, série générationnelle s’il en est dans laquelle il y a forcément un peu de toi, de toi ou de toi.

Love : Bande-annonce

Synopsis : À Los Angeles, deux trentenaires, Gus, professeur particulier sur le tournage d’une série télévisée et Mickey, programmatrice dans une radio par satellite, ressortent chacun d’une relation difficile. Leur rencontre va être mouvementée.

Love : Saison 2 : Fiche technique

Créateurs : Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin
Réalisateur : Dean Holland (1-2-9-10), Maggie Carey (3-4), Lynn Shelton (5-8), John Slattery (6), Ben Forrester (7), Joe Swanberg (11-12)
Distribution : Gillian Jacobs (Mickey), Paul Rust (Gus), Claudia O’Doherty (Bertie),…
Production : Apatow Productions / Legendary Television
Format : 30 minutes
Nombre d’épisodes : 12
Chaînes d’origine : Netflix
Nationalité : Américaine
Genre : Comédie, Drame, Romance
Premier épisode : 19 février 2016

États-Unis – 2015

Auteur : Adrien Beltoise

Printemps du cinéma 2017 : Trois jours de séances magiques du 19 au 21 mars

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L’opération exceptionnelle du Printemps du cinéma va se dérouler du dimanche 19 mars au mardi 21 mars. Le clip promotionnel diffusé depuis plusieurs semaines dans les salles obscures a été réalisé par le comédien et jeune cinéaste Félix Moati.

Les amoureux du cinéma ont coché ces trois jours précieux sur leur calendrier. L’opération exceptionnelle du Printemps du cinéma va débuter dimanche prochain. Toutes les séances  (hormis les projections 3D et les avant-premières) seront au prix avantageux de quatre euros dans toutes les salles partenaires de l’opération. La manifestation culturelle va donc commencer le dimanche 19 mars, se poursuivre le lundi 20 mars et se terminer à la fin de la journée du mardi 21 mars. Le tarif de quatre euros sera accessible dès la première séance.

Cette manifestation mise en place par la Fédération Nationale des Cinémas Français risque de connaître un franc succès cette année encore. La météo et la qualité des films accessibles sont la principale loterie des salles de cinéma pour réaliser un véritable carton sur les trois jours.

Un court-métrage a été réalisé par Félix Moati  afin de promouvoir l’événement. Guillaume Gouix et Anaïs Demoustier sont plongés dans la magie du cinéma. Une mise en abyme assez habile témoigne de la fascination et du coup de foudre du personnage interprété par Guillaume Gouix pour la jeune femme, incarnée par Anaïs Demoustier, qui arrive dans une salle de cinéma quelques instants avant le début d’un film. L’an dernier, les acteurs Medi Sadoun et Barbara Cabrita couraient l’un vers l’autre sur une plage dans le clip promotionnel.

Le Printemps du cinéma est une bonne occasion de découvrir les derniers blockbusters américains entre amis à un coût modéré (Logan, Kong : Skull Island, Traque à Boston, Split, John Wick 2, 50 Nuances plus sombres). Les films qui ont été au cœur de la dernière cérémonie des Oscars ne devraient plus avoir de secrets pour vous non plus (Moonlight, La La Land, Lion, Les Figures de l’ombre, Fences, Manchester by the Sea).

Le Printemps du cinéma peut être également une belle occasion de rattraper ses séances de retard pour les comédies françaises (RAID Dingue, Alibi.com, Baby Phone, Rock’ N Roll, L’AscensionIl a déjà tes yeux, Si j’étais un homme). Les films français à la tonalité un peu plus dramatique et sensible pourraient notamment trouver leur public durant ces trois jours (De plus Belle, Patients, Chez Nous, Monsieur et Madame Adelman).

Les longs-métrages boudés par le public devraient également retrouver des couleurs (Trainspotting 2, Les Oubliés, A ceux qui nous ont offensé, Paula, 20th Century Woman).

Même chose pour des films de qualité, un peu plus intimistes, qui pourraient avoir des difficultés à mobiliser les foules en temps normal (Le secret de la chambre noire, La confession, Citoyen d’honneur, Noces, Certaines femmes).

Les sorties du Mercredi 15 mars risquent aussi de rencontrer un franc succès durant ces trois jours de fête. Les long-métrages suivants sont programmés : The Lost City Of Z de James Gray, Chacun sa vie, le nouveau Claude Lelouch avec notamment Johnny Hallyday qui risque d’émouvoir les Français, L’Embarras du choix d’Eric Lavaine avec Alexandra Lamy et Arnaud Ducret, le film qui risque de retourner l’estomac de nombreux spectateurs, Grave, de Julia Ducournau, 1:54 de Yan England, après Le HavreL’autre côté de l’espoir, le nouveau long-métrage de Aki Kaurismäki, Jours de France de Jérôme Reybaud, Mate-me por favor de Anita Rocha da Silveira, Zoologie de Ivan I. Tverdovsky, Tombé du ciel de Wissam Charaf, Bienvenue à Madagascar de Franssou Prenant ainsi qu’El Sonador d’Adrian Saba.

Le Printemps du cinéma va donc célébrer sa 18ème édition cette année. D’après des chiffres relayés par la rédaction d’Allocine, l’édition 2016 a généré plus de 2,5 millions d’entrées.

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Le Printemps du cinéma 2017 – court-métrage promotionnel réalisé par Félix Moati :