Alors que Showtime a annoncé le développement d’une quatrième saison, on peut se demander si le network n’a pas les yeux plus gros que le ventre. En effet, The Affair se délite progressivement sous le poids de son concept narratif qui ne fait plus recette et s’essouffle péniblement avec une saison 3 qui n’est plus à la hauteur des attentes.
Synopsis : Après avoir passé plusieurs années en prison pour un crime qu’il n’a pas commis, Noah sort de derrière les barreaux brisé et fragilisé, traînant avec lui un grave traumatisme et vivant avec le poids d’un passé refoulé qu’il n’a jamais surmonté. Il peine à sortir la tête de l’eau : entre Alison qui souhaite divorcer pour récupérer la garde de sa fille et prendre un nouveau départ, et Helen qui coule désormais des jours tranquilles avec son nouveau compagnon, Noah entame une liaison avec sa collègue Juliette pour tenter de trouver du réconfort.
The Affair, comme l’indique son titre, c’est au départ l’histoire d’une liaison adultérine entre Noah, un écrivain trouble, et Alison, une paumée en deuil. Amant, maîtresse, mari cocu, femme bafouée, enfants dépassés et foyers éclatés, tels étaient les ingrédients de la série dont la pierre angulaire reposait sur l’exploration des dégâts et des conséquences d’une relation extra-conjugale dans les destins et les vies de ceux qui la commettent, mais également de ceux qui la subissent. Innovante grâce à sa narration multiple qui adoptait les points de vue successifs des quatre protagonistes majeurs, la fiction diffusée sur Showtime utilisait comme fil rouge une vague intrigue policière qui servait davantage à instaurer du lien entre les héros plutôt
qu’à installer un réel mystère, même si le « whodunnit » était relativement réussi. Mais forcément, plus on force, plus le concept s’use. Dommage. Alors que la fin de la saison 2 faisait déjà craindre le pire avec un changement de cap trop radical et l’apparition du thriller dans l’intime, la suite ne fait pas mieux. Tiraillée entre l’exploration des traumatismes enfouis d’un Noah décomposé qui lutte avec les fantômes de son passé, la quête de rédemption d’une Alison rangée, les regrets et la frustration d’un Cole qui s’est recasé par dépit et le sentiment de culpabilité d’une Helen qui perd le contrôle de son quotidien, la série construit progressivement un climat anxiogène pour orchestrer la révélation d’un secret. Mais le scénario s’éparpille inévitablement et le récit, qui fait la part belle à de nouveaux héros totalement inutiles, s’achève sur un final grotesque aussi caricatural que moralisateur qui fait de The Affair un show faussement audacieux à cause d’un dénouement donneur de leçons qui nous fait comprendre à gros sabots que l’adultère c’est mal et que les « méchants » finissent toujours par payer leurs méfaits. Regrettable et décevant.
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Noah le naufragé
Il faut bien avouer que la troisième saison de The Affair n’est pas totalement ratée, loin de là. Preuve en est avec la trajectoire et l’arche dramatique de Noah, dont la psychologie torturée est au cœur de l’intrigue. Si le scénario se focalise en grande partie sur les tourments de l’écrivain à la dérive, c’est avant tout pour approfondir la personnalité de ses héros, qui conservent encore bien des zones d’ombre pour les spectateurs. De fait, on apprécie d’en découvrir davantage sur le passé et la jeunesse de ce « brun ténébreux » sombre et contrasté, à la fois attachant et exécrable. Mais le geste et la démarche ne sont pas arbitraires : en explorant les traumatismes antérieurs de Noah, la série amorce une belle réflexion sur les questions d’errance, de construction identitaire, de déni, de refoulement, d’euthanasie, d’égoïsme et de culpabilité. Fraîchement sorti de prison, Noah n’est pas libre, au contraire : pris au piège de ses démons qui ressurgissent et harcelé par un étrange individu, le personnage s’enferme dans la folie et s’enlise dans une spirale de solitude autodestructrice. A mi-chemin entre le fantastique et le thriller psychologique, la première partie de cette saison se joue de notre perception de la réalité et brouille les pistes grâce à une construction labyrinthique qui navigue entre passé et présent, pour nous distiller des indices qui pourraient nous aider à mieux comprendre ce qui arrive à Noah, complètement largué. Toujours mystérieuse, toujours intrigante, The Affair réinvestit les constituants de son ADN scénaristique de départ au service d’une quête quasi-initiatique qui va forcer Noah à se
confronter enfin à lui-même et à admettre l’indicible pour briser ses chaînes, se repentir et aller de l’avant. Ce cheminement et ce travail éprouvant vont plonger Noah dans une grave dépression avec le total-look : attention la barbe, la coupe hirsute, les vêtements sales, l’addiction aux médicaments et à l’alcool, les hallucinations, les accès de violence et les blackouts ! Même si le trait est légèrement forcé (reconnaissons l’évidence), cette crise existentielle rend le héros profondément attachant et renforce efficacement notre empathie envers lui, mais pas seulement. En se regardant enfin en face, Noah endosse la responsabilité de ses actes et réalise que ses décisions ont souvent été guidées par son inconscient : l’étrange Gunther (Brendan Fraser) est là pour le lui faire comprendre. Et s’il s’était volontairement jeté derrière les barreaux pour se punir d’un acte qu’il ne s’est jamais pardonné ? Pire, et si la nature de sa relation avec Alison était malsaine, parasitée par leurs problématiques respectives ? Était-ce de l’amour, ou bien une relation pansement qui a atteint ses limites ? Noah et Alison se sont-ils mis ensemble pour les bonnes raisons ? Tant d’interrogations qui remettent en cause le fondement même de la série, et c’est ici que le bât blesse.
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Une identité reniée
The Affair nous avait vendu du rêve avec la passion incendiaire et la pulsion de désir érotique farouche qui avaient fait tourner la tête à Noah et Alison, lancés à corps perdus dans une aventure aussi charnelle qu’émotionnellement intense. Coup de foudre, amour fou : leur couple était incontestablement excitant. Et voilà que la troisième saison nous ternit soudain le tableau, en arguant que l’histoire fougueuse et libératrice de ces deux héros n’a jamais réellement existé ! Du moins, il faut comprendre que les personnages se sont trompés et se sont dévoyés, éloignés du droit chemin pour des raisons qui les dépassaient. Forcément, c’est le choc. Le début de la fin. Les amants se retrouvent confrontés à leurs erreurs et au mal qu’ils ont causé autour d’eux, et ils vont payer pour leurs méfaits. Oui, vraiment. A partir de là, Alison, taxée d’irresponsable, de folle, d’instable et de paumée à qui il est impossible de se fier entame une rédemption qui s’apparente à un chemin de croix, à base d’exil, d’isolement, de douleur. Après avoir perdu son premier enfant dans des circonstances tragiques, le sort s’acharne sur elle et la sépare de sa fillette, dont elle est privée. Reniée par Cole, calomniée par les tribunaux, détestée par sa rivale Louisa, contrainte à divorcer, elle fait pénitence et s’investit même d
ans une démarche de reconstruction charitable en aidant les femmes qui elles aussi, ont dû gérer la mort d’un enfant. En l’espace de quelques épisodes, la rebelle imprévisible et la séductrice incandescente se transforme en sainte, et cherche l’absolution : elle paye. Pareil pour Noah, qui paye son infidélité au centuple : désavoué par ses enfants et haï par sa fille aînée, il touche le fond et se voit rejeté par tout le monde, mis à la porte de ses deux foyers pour finir seul, dehors, dans le froid, le soir de Noël : il paye. Alors, que veut-on nous faire comprendre ? Faut-il y voir un message moralisateur fustigeant et condamnant sévèrement l’adultère ? On a du moins ce sentiment, surtout que même les personnages secondaires en font les frais, comme Juliette, l’universitaire française qui trompe son mari grabataire avec Noah : sermonnée par sa fille, humiliée par sa corporation, renvoyée de son travail, raillée par ses amies et veuve, elle paye. Tout le monde paye. Et ça finit par devenir trop sérieux : c’est grave. C’est moraliste.
Un segment parisien qui frise le ridicule
Symptomatique d’une série qui refuse de s’immobiliser dans son concept, le chapitre parisien de cette fin de saison prouve malheureusement que The Affair a voulu sortir de sa zone de confort sans y être parvenu efficacement. L’intrigue, qui flirte déjà avec le fantastique grâce au personnage de Gunther, lorgne du côté de l’aventure française à grand renfort de clichés éculés. En introduisant le personnage de Juliette, une professeure de littérature médiévale à la Sorbonne (originalité bonjour) installée aux États-Unis, la série expérimente et plonge dans un registre faussement galant et courtois, entre marivaudage et libertinage. Libérée et légère, cette quadragénaire aux mœurs débridées parle de sexe et de séduction en toutes occasions autour d’un bon coq-au-vin (si, si) et trompe allègrement son mari grabataire avec ses étudiants, ses collègues, etc. Inutile au possible, cette femme nous apparaît comme une pièce rapportée créée artificiellement pour apporter un regain d’enjeux à l’action, ce qui tombe totalement à plat. On a même le droit à son arc narratif personnel, ennuyeux au possible, entre son vieil époux qui délire, sa fille qui fait sa crise, ses amies ringardes qui se baladent sur les marchés de Noël de Saint-Michel… Pour couronner le tout, les deux derniers épisodes, qui se déroulent à Paris, sont grotesques. On voit Noah bien heureux déambuler dans les rues de la capitale comme un bon touriste : il chine des vieux manuscrits dans des libraires typiques du Quartier Latin, se promène sur les bords du Canal Saint-Martin, retrouve sa fille artiste dans une galerie du Marais et la poursuit sur les quais de Seine, la nuit, avec les lumières de la ville qui se reflètent dans l’eau. Il fait l’amour dans des hôtels, boit du vin dans des bistrots en grignotant une planchette. Ah, la vie parisienne et son charme désuet ! Il est dur de comprendre comment un show si finement ciselé et intelligemment écrit puisse tomber dans des travers aussi risibles. Force est de constater que le ridicule de ce « season finale » annihile toutes les qualités précédemment citées puisque l’on termine sur une note affligeante qui laisse un goût amer en bouche, tant cela rompt avec toute cohérence. On a le sentiment que les auteurs ont fait du remplissage et ont trahi l’identité même de leur série : c’est triste et révoltant.
Pour conclure, on a l’impression d’être face à une série dont le concept est en perte de vitesse : l’inventivité s’amenuise, la morale s’invite, les personnages tournent en rond et répètent les mêmes erreurs (Cole recouche avec Alison, Alison recouche avec Noah), et les nouveautés sont comme des greffes qui ne prennent pas. La machine s’enraye, la faute à un show qui s’étale et qui étire son intrigue indéfiniment. Il faudrait arrêter de tirer sur la corde et s’arrêter là. La saison 4 va-t-elle définitivement porter le coup de grâce fatal à cette fiction qui s’étiole ou va-t-elle relancer l’histoire de manière habile et inattendue ? On l’espère, car au final, il n’est pas aisé de tourner le dos à The Affair, aventure télévisuelle novatrice et accrocheuse qui nous aura tout de même fait passer des moments inoubliables, émouvants, parfois osés mais toujours savamment orchestrés.
The Affair : Bande Annonce VO
https://www.youtube.com/watch?v=Eof5D3noPZE&t=3s
The Affair : Fiche Technique
Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisation : Jeffrey Reiner, John Dahl, Agnieszka Holland
Scénario : Sarah Treem, Anya Epstein, David Henry Hwang, Stuart Zicherman, Sharr White, Alena Smith, Sarah Sutherland
Interprétation : Dominic West (Noah Solloway) ; Ruth Wilson (Alison Bailey) ; Maura Tierney (Helen Solloway) ; Joshua Jackson (Cole Lockhart) ; Julia Goldani Telles (Whitney Solloway) ; Catalina Sandino Moreno (Luisa Lèon) ; Omar Metwally (Dr. Vic Ullah) ; Irène Jacob (Juliette Le Gall) ; Jonathan Cake (Furkat) ; Brendan Fraser (John Gunther)
Image : Steven Fierberg, Tod Campbell, Joe Collins
Musique : Marcelo Zarvos
Production : Sarah Treem, Hagai Levi, Jeffrey Reiner, Andrea P. Stilgenbauer, Sharr White, Alena Smith
Genres : Drame, thriller
Format : 10 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Showtime
Diffusion aux USA : Depuis le 20 novembre 2016
Etats-Unis – 2016
Comment ne pas devenir fou ? Le retour à la vie de ces soldats, ces combattants presque encombrants tant ils sont les revenants d’une guerre à oublier au plus vite, est compliqué. Emmanuel Courcol l’a bien compris dans ce Cessez-le-feu qui commence pourtant dans une tranchée dirigée par un Romain Duris débarrassé (ou presque) des oripeaux de féminité d’
A la silhouette torse bombé (parfois c’est un peu trop, mais Duris sait s’emparer de cet être fragile et fort à la fois) de Georges répond le long corps fin et apaisant d’Hélène. La voilà qui rit, qui veut apprendre à conduire, qui ne se laisse pas si facilement attraper. Cette femme libérée vient remettre en question la fuite en avant de Georges. Ce dernier a en effet, et c’est un des autres atouts du film, fuit ses responsabilités pendant 5 années passées en Afrique. L’intrigue se passe donc en 1923 quand on veut oublier, mais que c’est encore là sur les visages des revenants. D’ailleurs « revenant » c’est le geste qui veut dire Georges dans le langage des signes que son frère s’invente. Georges est revenu parce que là-bas non plus il ne pouvait pas échapper à la guerre (d’où la presque ironie du titre). Il mélange ses souvenirs de guerre à ses souvenirs d’évasion, de négociation. Nous voilà plongés dans un passé colonial assez peu abordé au cinéma. L’acteur Wabinlé Nabié interprète le guide et ami de Georges, qui rejoue comme un conte chaque soir la guerre devant des assemblées de villageois. Il se croit protégé par une tour Eiffel de pacotille qu’il porte autour du cou.
Avec de très belles images, une attention aux corps, aux gestes et aux êtres, sans chercher à ériger des héros, Emmanuel Courcol réussit un film sensible et attachant. Un film où une femme apprend à conduire une voiture en 1923, faisant écho à sa sœur de cinéma de 2017 qui conduit aux côtés de son père dans le désert israélien dans Tempête de sable. Ici, la tempête est intérieure. A l’impossible nul n’est tenu et survivre à la guerre quand ce n’est pas la mort qui est venue chercher le soldat relève de l’impossible. Pourtant avec pudeur, honnêteté et même une certaine douceur, Emmanuel Courcol rend hommage à ceux qui firent l’impossible. Ils le font encore aujourd’hui et Of men and war nous l’a rappelé très justement l’an dernier. Ici, tout est affaire de contraste : c’est le colosse Grégory Gadebois qui se mure dans le silence, c’est le doux Romain Duris qui joue des durs, c’est la fêle Céline Sallette qui prend sa vie en main, refuse le malheur. Peut-être entraînera-t-elle avec elle d’autres retours à la vie. La guerre a certes effacé les vies, pas la possibilité pour les caractères de se déployer à nouveau et de faire l’impossible.
L’essence même du cinéma de Gray vient d’une envie de reconnaissance, d’être considéré comme l’égal de ses pairs et plus encore de prospérer au-delà des entraves de la famille. Tous ces personnages jusque-là, que ce soit dans le crime, dans l’amour ou dans les fausses promesses d’un monde meilleur; cherchent à s’extirper de ce que leur nom ou leurs origines représentent pour prouver leur valeur. Avec le temps, c’est une obsession qui est presque devenue méta pour le cinéaste qui a toujours eu du mal à trouver le succès auprès des critiques souvent injustes à son égard. Même The Immigrant, son film le moins exaltant et le plus statique conserve de beaux arguments de cinéma. Pourtant, depuis toujours il eu aussi beaucoup de mal à trouver une estime auprès du public, ses films étant souvent des échecs commerciaux cuisants. Entre Percy Fawcett, le héros de The Lost City of Z, et le cinéaste se tisse donc un lien étrange et saisissant, tellement les ambitions des deux hommes coïncident. Tirant son récit d’un fait réel, Gray arrive néanmoins à en faire son oeuvre la plus intime, malgré les dimensions épiques du propos, et aussi celle qui pour lui est la plus personnelle. Retranscrivant avec ferveur le parcours de ses personnages, il ne part pas comme eux en quête de mystification ou de cités d’or, ce que Gray cherche c’est l’humain. Malgré les mystères enivrants de l’intrigue, qui vire par moments dans l’onirisme, le cinéaste offre la prouesse formidable de trouver la sensibilité dans cette quête de gloire et de rédemption.
Avec l’aide d’acteurs impliqués et talentueux, il arrive à donner vie à ses incarnations romancées de personnes ayant existé. Ils parviennent tous à les rendre terriblement authentiques et touchants. Charlie Hunnam irradie d’intensité et de charisme soutenu à merveille par la sensibilité déchirante de Sienna Miller qui prouve encore être une des actrices la plus sous-estimées de sa génération. Cependant, on retiendra surtout la transformation éblouissante de Robert Pattinson, méconnaissable et d’une justesse sidérante. Un acteur tout bonnement phénoménal. The Lost City of Z ne se repose pourtant pas sur ses acteurs, quand bien même ceux-ci valent à eux seuls le détour, mais le film impressionne aussi par la finesse et la densité de son écriture. Plus que de parler d’hommes en quête d’un eldorado impossible et d’une gloire illusoire, c’est une oeuvre qui trouve souvent les mots justes pour parler du monde tel qu’on le connaît aujourd’hui. Tel qu’il a commencé à être façonné à l’époque. Fawcett nous est présenté comme un personnage humble, rêvant d’égalité et d’un monde meilleur à offrir à ses enfants. Sans jamais tomber dans le pathos ou la manichéisme, Fawcett étant par moments injuste et égoïste, Gray nous montre le parcours d’un homme à travers ses rêves, ses échecs et les préjugés de son temps. De ce que le personnage a hérité de son père et de ce qu’il lègue à son fils, Gray y trouve une façon poétique et tragique de parler de transmission, de paternité et de paix. Au final, le film nous raconte l’histoire la plus simple qu’il soit, un homme qui cherche la paix intérieure pour la trouver dans l’amour de son fils.
De par son sujet, James Gray aurait pu facilement tomber dans la recherche froide de la prouesse technique mais décide au contraire de rester proche de l’humain. Avec sa mise en scène faussement classique, il pioche dans des mécaniques traditionnelles du cinéma pour en tirer une oeuvre aussi moderne qu’intemporelle. La photographie de Darius Khondji apporte un grain vieilli à l’image, accentué par le traitement très saturé des couleurs et de la lumière. On a parfois du mal à dater le film, qui pourrait bien être un film d’époque retrouvé que maintenant. Un tel travail sur l’image en est remarquable, chose très courante dans le cinéma de Gray qui brouille toujours la ligne du temps avec son imagerie résolument rétro pour un langage cinématographique néanmoins très moderne. Sauf qu’avec The Lost City of Z, ce rendu n’avait jamais paru aussi authentique et formidable. Couplé avec un montage d’une rare intelligence, qui dans son découpage entre deux scènes arrive à faire ressortir des pépites d’émotivité comme lorsque le héros manque d’être frappé par une flèche et que l’on nous montre en même temps la naissance de son premier enfant. Le film jongle souvent avec des parallèles de ce genre et symbolise avec brio le poids du temps et des regrets. Avec son rythme lent et posé, Gray parvient toujours à éviter avec brio l’ennui car il insuffle à ses scènes un vrai souffle épique. Au détour d’une rencontre avec une tribu cannibale, d’une scène de bataille ou de chasse, il offre une mise en scène ample et majestueuse qui donne une dimension homérique à ses séquences et à son oeuvre dans sa globalité.
Le cas échéant, le studio aurait des vues sur Michael B. Jordan (
On dit qu’une fois six pieds sous terre, il est difficile de creuser plus profond. Sauf si l’énergie nous le permet… Métaphore sur le fait de sombrer et ici Annalise ne peut pas aller plus mal. Elle a perdu son emploi à l’université, sa famille, sa maison, sa réputation et maintenant le fils qu’elle n’a jamais eu, Wes ! Et pourtant, on continue de la soupçonner, tout comme Connor qui ne semble pas pâtir de la disparition de l’étudiant qu’il nommait « Wait List » (liste d’attente). La première partie de cette nouvelle saison se poursuit habilement sur la reprise des cours tandis que la professeure est accusée de meurtre et que Frank, toujours disparu, ne sait pas comment reprendre contact avec elle. L’arc narratif Laurel/Wes gagne progressivement en crédibilité tandis que celui de Connor/Oliver perd toute vraisemblance à des fins de « rallonger la sauce » comme on dit dans le jargon. Pourquoi peut-on cependant tout excuser? Car nous avons atteint un tel niveau d’empathie à ce stade de l’aventure que les blancs en neige peuvent se permettre de redescendre. Désolé pour l’image culinaire, Laurel est enceinte et Annalise alcoolique. Tous les ingrédients des Feux de l’amour sont réunis. Des troubles de paternité jusqu’aux faux aveux… A la différence que le traitement cinématographique, plus mâture, avec une bande sonore toujours autant alternative électrique aérienne et diablement sexy (encore IAMX ou Zola Jesus,
(qui est le tueur ?), mais sur un « whosgone » (qui est mort ?) dans l’incendie de la maison principale, mais aussi comment ? Les étudiants font partie à présent d’une clinique de droit pénal où chacun est en compétition pour décrocher des affaires pro bono*, créée par Annalise qui a anticipé sa démission, car sa réputation à la fin de la saison 2 commençait à être salie par des problèmes d’alcoolisme notamment. Elle y a rencontré la doyenne Hargrove de l’université de Middleton. Toujours au 9ème épisode des premières révélations, les fans appréhendent la trêve hivernale comme la peste. Pour ceux qui n’ont pas commencé cette troisième saison, il est temps de faire demi tour. SPOILER ALERTS
aider celle qui l’a recueilli. Entre petit chiot maladroit, apeuré et bras droit toujours de confiance, le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît et le trio de dispute (Bonnie, Annalise, Frank/révolver) est saisissant. Et à ce titre, on se pose des questions sur les réelles motivations du personnage joué par Liza Weil. Est-elle aussi un pantin agissant ou toujours dans l’abandon de soi pour suivre celle qui l’a sauvée des griffes de son père violeur? Seul défaut au tableau, les convictions des personnages se lançant à coeur perdu dans leur propre survie deviennent des automatismes.
Jusqu’à quel point Laurel a-t-elle connaissance des affaires de son père?
Les fantômes que se faisait Wes des meurtres de Sam et Rebecca vont-ils disparaître avec lui, le groupe en est-il éloigné ou vont-ils revenir les hanter?


A la réalisation depuis plus de vingt-cinq ans, Martin Koolhoven est un cinéaste néerlandais déjà confirmé avec dix films à son actif (en plus d’une série TV et de quelques téléfilms). Ses œuvres ont été sélectionnées dans des festivals prestigieux (la Berlinale, Rome, Londres, etc.) et les Pays-Bas l’honorent régulièrement lors du Netherlands Film Festival (Sept films présentés, deux prix obtenus, huit nominations). Mais aucun de ces films n’avait jusque-là trouvé le chemin des salles hexagonales et encore moins trouvé un écho à l’international. L’homme est discret, son cinéma est indiscernable, tout juste sait-on qu’il est régulièrement amené à traiter de l’Histoire de son pays natal. Pour son onzième film, il s’est lancé dans un projet titanesque qui a duré sept ans (trois ans et demi d’écriture) avec l’aide d’une coproduction européenne (Pays-Bas, Allemagne, Belgique, France, Suisse) qui a monté ce film doté d’un casting international. Si la quasi-totalité du casting est anglo-saxonne, Martin Koolhoven a néanmoins tenu à conserver une équipe technique entièrement néerlandaise, quand bien même le tournage a eu lieu à travers toute l’Europe (Autriche, Hongrie, Espagne, Allemagne). A ce sujet, il faut savoir que Brimstone est le film le plus coûteux des Pays-Bas, après
Pourtant en amorçant son récit par une narration non chronologique en quatre chapitres déstructurés, Martin Koolhoven injecte une dose d’audace bienvenue qui donne toute son essence au récit. Car une construction linéaire aurait été un fardeau pour le film qui n’aurait pu se reposer que sur son dénouement aux allures de duel final. Ici, Martin Koolhoven a l’ingéniosité de laisser planer un voile de mystère et de révéler ses informations au compte-gouttes. Ce qui laisse l’opportunité à l’intrigue de surprendre relativement souvent son spectateur et permet aux personnages de se révéler plus complexes qu’il n’y paraît. Si les scènes d’horreur graphiques marquent les esprits, la violence de Brimstone est avant tout psychologique. Martin Koolhoven soigne le calvaire de son personnage féminin à plusieurs âges de sa vie, elle qui ne cesse d’être traquée par un énigmatique prêcheur, dévoré par sa croyance et ses pulsions. La fureur qui anime les hommes est bel et bien représentée par la relation malsaine entre Dakota Fanning et son bourreau diabolique, et n’est jamais affichée à l’écran, laissant le spectateur imaginer les pires sévices. Le western est l’apanage de la violence et du machisme et Brimstone en montre clairement l’impact viscéral sur cette femme mutique dont la cavale est vaine puisqu’elle est constamment rattrapée par son tourmenteur, obligée de devenir une esclave sexuelle ou de se confiner à sa condition de bonne femme. Son mutisme empêche au premier abord de comprendre sa fuite et ses intentions mais la construction du récit amène les réponses qu’il faut aux moments phares. Dès lors qu’un personnage féminin amène autant de complexité et de force, il n’est pas étonnant d’attribuer l’étiquette de « film féministe ». Ce ne serait pas faux mais réducteur face à la charge anti-religion et à la primitivité des hommes dans le Grand Ouest dont le cinéaste fait preuve. En ce sens, Brimstone dépoussière un genre et lui apporte une radicalité bienvenue, confirmant que les cinéastes européens ont tout aussi bien saisi l’essence du western que leurs homologues américains.
Mais conscient de son talent et de l’hommage qu’il semble vouloir rendre aux films qui ont construit sa culture, Martin Koolhoven se perd dans des considérations outrancières, entre l’intitulé biblique pompeux des chapitres (Apocalypse, Exode, Genèse, Châtiment) et la représentation surlignée de symboles de l’Ancien Testament. L’hypothèse religieuse sera bien présente, plus appuyée que jamais et dont Martin Koolhoven se fait le Créateur, confirmant la mégalomanie du bonhomme. Il ira jusqu’à tomber dans l’abus en représentant Kit Harrington doté d’ailes d’anges dans une plan en contre-lumière. La mise en scène se révèle d’une lourdeur dans ces moments décisifs, contrebalançant paradoxalement avec la juste mesure dans les moments plus contemplatifs. A vouloir trop bien faire, Martin Koolhoven accentue à l’excès le lyrisme de son récit et appuie l’émotion alors qu’il aurait fallu laisser le charme opérer par lui-même. Les violences à outrance, les scènes étirées de plans fixes sur les visages débordants d’émotions rendent vite agaçant le film aux yeux du spectateur, lassé d’être autant tenu par la main alors que le calvaire vécu par le personnage principal est déjà suffisamment insoutenable et bouleversant. Côté casting, Dakota Fanning et Carice Van Houten magnifient heureusement le film par leur grâce et leur aisance à créer des personnages féminins forts. En revanche, Kit Harrington est trop anecdotique pour qu’on s’y attarde et Guy Pearce s’embourbe dans une caricature de prêcheur pédophile loin de toute la subtilité de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur. D’une durée conséquente (2h25), Brimstone a aussi le défaut d’étirer son récit et de le rendre interminable. Il en devient presque comique de voir à quel point il est facile pour Guy Pearce de retrouver son objet de désir à travers tout l’Ouest américain. C’est d’autant plus frustrant que le film offre de grands moments qui s’opposent à des moments inconfortables dont un final boursouflé dont on ne demande qu’à en voir la fin. A l’issue de la projection, des interrogations nous étranglent et l’on se demande si un second visionnage ne rendrait pas la construction non chronologique incohérente (lorsque Dakota Fanning (re)voit pour la première fois Guy Pearce). Dès lors, il y a cet étrange sentiment qui nous anime et nous fait dire que le film a beau être réussi dans d’intenses séquences, il est raté lorsqu’il veut assumer son jusqu’au-boutisme. Brimstone n’est pas un mauvais film, il est une claque qui ne laissera pas insensible mais dont la finalité laisse un sentiment d’inachevé frustrant face à un western comme on n’en a jamais vu.