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Rencontre avec Kasper Barfoed, le créateur de Below The Surface : Séries Mania

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Ce jeudi 20 avril au festival Séries Mania nous avons eu l’occasion de voir Below The Surface, une nouvelle série danoise produite par Adam Price (Borgen) et Søren Sveistrup (The Killing). Kasper Barfoed, le créateur (co-scénariste et réalisateur des deux premiers épisodes) de la série est venu nous présenter son œuvre.

Synopsis : Copenhague, octobre 2016. La vie de 15 personnes est mise en péril lorsqu’une rame de métro est prise d’assaut par un groupe terroriste. Ils réclament une rançon conséquente en échange de leur libération. Philip Nørgaard, ancien otage de guerre, est chargé des opérations des forces spéciales.

L’idée de départ vient d’Adam Price et de Søren Sveistrup, venu la soumettre à Kasper Barfoed. Ce dernier a tout de suite été attiré par cette idée, conscient que depuis ces dernières années le terrorisme est dans les esprits de chacun et que tous ont conscience que cela peut arriver à n’importe quel moment. Partant de ce constat là, Barfoed trouvait important de ne pas ignorer la question et alors d’oser faire une série sur le sujet. Après des recherches approfondies avec des négociateurs et agents des forces spéciales, l’équipe choisit de se centrer sur l’aspect psychologique, s’interrogeant sur les comportements que nous pourrions avoir dans une telle situation, se focalisant alors sur la psychologie des personnages mais aussi sur le travail des forces spéciales.

Kasper Barfoed nous précise que la relation entre le preneur d’otage et Philip, en charge des forces spéciales, va s’approfondir et se dévoiler au fil des épisodes. Il était important pour lui de ne pas avoir une vision manichéenne des choses, le bien contre le mal, mais plutôt d’aborder cela de manière nuancée. Nous montrant alors le côté sombre des “good guys” et, sans pour autant justifier les actes des criminels, essayer de comprendre comment une personne peut arriver à la conclusion qu’un tel acte est nécessaire.

Peut-on alors parler de série politique ? Kasper Barfoed répond que oui et non. Oui, parce que la série pose des questions sensibles, difficiles à répondre. Notamment la question au centre de ces deux premiers épisodes : “doit-on payer la rançon ?” (Il faut savoir que le Danemark ne paie pas de rançons dans ce genre de situations). Dans la série, ce sont alors les proches des victimes et une journaliste qui vont tenter de mobiliser le peuple danois pour lever des fonds et payer la rançon que le gouvernement se refuse à donner.
Lorsqu’on aborde la question de l’auto-censure, et qu’on lui demande s’il s’est interdit de dire certaines choses de peur de froisser ou choquer le public, Kasper Barfoed déclare ne pas s’être réellement posé la question, cela n’a jamais été véritablement un problème puisqu’il a surtout privilégié l’aspect psychologique en dépit de l’aspect politique et religieux. En tentant tout de même d’amener le sujet de manière sobre, en évitant les clichés du genre d’action et surtout en essayant de raconter les choses avec véracité puisque le créateur s’intéresse avant tout aux mécanismes qui se cachent derrière d’un tel évènement.

Below The Surface est un thriller réussi, qui sait efficacement créer une atmosphère sous tension. Kasper Barfoed, qui a “voulu inverser les attentes des spectateurs” assume ce côté plus thriller psychologique que série politique mais dans un pays où l’on a connu, et continue de connaitre, des attaques terroristes, cette approche a dérangé plus d’un spectateur. Certains s’attendaient à une réflexion plus poussée sur la religion et à une série bien plus politique. Difficile pour certains de s’identifier à cette prise d’otage lorsqu’on a connu dernièrement des attaques d’un autre type. Mais Kasper Barfoed insiste en disant que se pencher sur ces thématiques aurait empiété sur ses intentions de départ et n’aurait alors pas donné la série qu’il désirait.

Below The Surface : Bande-annonce

Below The Surface : Fiche Technique

Créateur : Kasper Barfoed
Scénaristes : Kasper Barfoed, Astrid Øye, Per Daumiller, Michael W.Horsten, Lars K. Andersen
Interprétation : Johannes Lassen, Paprika Steen, Sara Hjort Ditlevsen, Dar Salim, Henning Jensen
Réalisateurs : Kasper Barfoed, Christian E. Christiansen, Roni Ezra
Producteurs : Morten Kjems Hytten Juhl, Sam Productions, zdf_neo
Producteurs exécutifs : Adam Price, Søren Sveistrup & Meta Louise Foldager Sørensen
Vendeur international : STUDIOCANAL
Diffuseurs : Kanal 5 (Danemark), Discovery Networks Denmark (Danemark)
Format : 8×44 min

Danemark – 2017

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Cannes 2017 : La sélection de la Quinzaine des réalisateurs est tombée

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Ce jeudi 20 avril, soit à quatre semaines de son ouverture, la Quinzaine des Réalisateurs, organisée annuellement par la Société des Réalisateurs de Films en marge du Festival de Cannes, a dévoilé les 19 films de sa 49ème édition.

Une sélection éclectique, faites de 5 films français, 5 films américains, 3 films italiens et 6 venus d’autres pays. On retrouve notamment, I am not a Witch, un film zambien, un pays dont le cinéma est rarement visible dans les festivals internationaux.

Au-delà de cette volonté de choisir des œuvres issues d’horizons divers et variés, une tendance se dessine dans cette sélection, celle de vouloir dépeindre les conflits qui déchirent le monde moderne, sous différentes formes. Qu’il s’agisse d’un documentaire sur le conflit israélo-palestinien, d’une fable dystopique imaginant Brooklyn en proie à une guerre civile ou bien encore de la thématique des tensions sociales qui semble commune aux 3 long-métrages italiens, il semblerait à première vue que l’heure ne soit pas à la franche rigolade.

Ceci aurait été sans compter sur des films plus légers, et en particulier ceux venus de France. Comédies populaires, telle que celle de Corine Tardieu, ou œuvres plus anticonformistes,  puisqu’une des œuvres qui s’annonce d’ores et déjà comme l’une des plus clivantes de cette sélection est la comédie musicale signée par Bruno Dumont.

À noter aussi la présence de plusieurs documentaires dont deux partagent un sujet commun : un cinéaste, et donc à travers eux leur art respectif. L’un d’eux est en effet un autoportrait d’Abel Ferrara fait à l’occasion de sa tournée  musicale en France, tandis que le second suit un célèbre réalisateur afghan.

En parallèle à cette sélection de longs-métrages, deux programmes de 5 courts-métrages ont également été choisis.

La Quinzaine des réalisateurs débutera le jeudi 18 mai par un hommage à Werner Herzog à qui sera décerné le Carrosse d’Or et dont le film Bad Lieutenant sera diffusé. Après quoi, le film d’ouverture sera Un beau soleil intérieur, une réalisation de Claire Denis qui s’essaie à la comédie avec, parmi son casting, on retrouve Juliette Binoche, Gérard Depardieu ou encore Josiane Balasko.

10 jours plus tard, le film de clôture sera lui aussi, et à sa façon, musical puisqu’il s’agit de Patti Cake$, un drame social américain avec Danielle Macdonald en rappeuse.

Pour rappel, celles et ceux d’entre vous qui n’auront pas la chance de voir ces films à Cannes pourront les rattraper, à commencer, comme chaque année dès le début du mois de juin, par des programmations à l’Alhambra à Marseille et au Forum des Images à Paris.

La sélection complète de la Quinzaine des Réalisateurs :

Un beau soleil intérieur, de Claire Denis (film d’ouverture)

A Ciambra, de Jonas Carpignano

Alive in France, d’Abel Ferrara

L’Amant d’un Jour, de Philippe Garrel

Bushwick, de Cary Murnion & Jonathan Milott

Cuori Puri, de Roberto De Paolis (1er film)

The Florida Project, de Sean Baker

Frost, de Sharunas Bartas

I am not a Witch, de Rungano Nyoni (1er film)

Jeannette, l’enfance de Jeanne D’Arc, de Bruno Dumont

L’Intrusa, de Leonardo Di Costanzo

La Denfensa Del Dragon, de Natalia Santa (1er film)

Marlina si Pembunuh Dalam Empat Babak, de Mouly Surya

Mobile Home,s de Vladimir de Fontenay

Nothingwood, de Sonia Kronlund (1er film)

Ôtez-moi d’un Doute, de Carine Tardieu

The Rider, de Chloé Zhao

West of the Jordan River (Field Diary Revisited), d’Amos Gitai

Patti Cake$, de Geremy Jasper (1er film), (film de clôture)

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Séries Mania : 13 Commandments ou Seven en Belgique

Découverte en exclusivité mondiale au festival Séries Mania 2017 des deux premiers épisodes de 13 Commandments, une série policière belge inspirée par Seven qui suit des enquêteurs sur la piste d’un sérial tortureur ou « ange de la mort aussi salvateur ».

Synopsis : S’inspirant des dix commandements, un serial-killer commet plusieurs meurtres afin de rétablir un nouvel ordre moral. Un agent proche de la retraite nommé Peter Devriendt et sa jeune coéquipière, Vicky Degraeve, se lancent dans une chasse à l’homme, afin de faire cesser les crimes punitifs de ce nouveau prophète…

« Inspiré par Seven »¹

¹ note à propos de la série dans le livret Séries Mania, page 28

Disons-le de suite : 13 Commandments ne propose pas une intrigue fichtrement originale ou novatrice. La série reprend les poncifs du genre : un protagoniste (Peter) qui a du mal à vivre son quotidien de solitude et qui s’inquiète pour sa fille et son avenir ; une héroïne (Vicky) abimée et toujours rongée par un vieil accident ; un tueur aux revendications étranges et citant des passages de la Bible, assassin mais pas que. En effet, le tueur surnommé Moïse a d’abord commis un meurtre et a torturé ses deux autres victimes (brûlée pour l’une ; l’autre a eu la langue coupée) et les a laissées en vie (en appelant même les secours dans un cas). Si l’un des collègues de Peter, Simon Roelandts, note qu’il pourrait s’agir d’un « ange exterminateur aussi salvateur », on notera qu’il s’agit surtout de messages destinés à tous, notamment à la police. Le protagoniste recevra en effet des SMS étranges, connotant des punitions divines qui seront infligées peu après aux victimes élues par Moïse. Rien de nouveau sous l’horizon du thriller, mais tout de même, la question doit être posée : quel est donc le lien entre notre héros policier et le tueur ? Où ce dernier veut-il en venir ?

Un casting et une réalisation au service de l’efficacité

Poser ces deux dernières questions expose un fait : la série, même si elle n’est pas novatrice, est particulièrement efficace. Servi par un casting formidable, le mystère saura vous draguer, et l’intrigue, capter votre attention. Car 13 Commandments est excellemment exécuté, de sa construction visuelle à son travail sonore. L’image de la série belge est à la fois classique mais maîtrisée (on pense à la silhouette et au regard d’une adolescente tenue au silence, observant les policiers partir depuis sa fenêtre tel un fantôme), et élaborée : on note le travail du cadre qui joue avec les vitres transparentes et les fenêtres. Ce jeu appelle au travail du regard des policiers et des spectateurs qui essayent de distinguer le vrai du faux, mais qui sont aussi des êtres observés par Moïse (rappelons les envois de SMS).

La caméra est ainsi une fenêtre, un regard – que l’on s’appropriera en tant que spectateurs – qui donne sur d’autres ouvertures qui permettent à notre vision de s’accroitre, mais permet aussi de nous observer depuis l’extérieur. En cela, 13 Commandments est un véritable jeu d’ombres et de silhouettes, de vérités alternatives et de faux-semblants, dans une Belgique fatiguée où la violence règne, et s’inscrit jusque dans les corps des personnages de la série.

Inspirée par ‘Seven’, ’13 Commandments’ est une série du regard.

Des corps en désagrégation

La Belgique est présentée comme pays en souffrance, où les regards peuvent être à la fois révélateurs et ouvertures au danger. Peter Devriendt, souffrant de sa solitude, se rend pendant le premier épisode dans une maison close. L’intérieur du bâtiment est rendu visible par de grandes fenêtres transparentes donnant sur un décor aux couleurs rose/rouge et surtout sur les corps marchandés présentés tels des objets en vitrine comme dans bien des boutiques.

Car la réalisation de 13 Commandments donne aussi à voir des corps. Des corps déshumanisés et vendus tels des objets, des corps torturés ; d’autres accidentés : celui de Vicky est en perpétuelle souffrance ; quant à Peter, ce dernier est vieillissant mais ne cherche qu’à retrouver une passion, une flamme pour réanimer ce corps bientôt à la retraite professionnelle qui l’enfermerait dans une solitude presque complète. La fille de Peter, Sara, qui ne cesse de se chercher en changeant de formations, mais aussi de looks, voit son corps se métamorphoser au fur et à mesure de ses modes et de sa quête existentielle (elle testera les drogues légères, par exemple). Sara est un ainsi un corps en construction mais en proie au doute, dans un pays touché par de nombreuses crises – parlementaire, économique, communautaire – et par le terrorisme.

Les agents Marnix Santermans (à gauche) et Simon Roelandts (à droite).

Mais la Belgique ne saurait être pleinement corporalisée si on oubliait sa force humoristique. Nouveau collègue de Simon Roelandts, Marnix Santermans est un policier dont l’incompétence et les maladresses sont des sources de comédie. Car 13 Commandments possède de l’humour. Marnix a un bon embonpoint, et ne possède aucun masque quant à ses émotions ou ses réflexions. Cet inspecteur Clouseau belge – en plus allégé –, exposera son dégout face à la première victime, n’hésitera pas à poser naïvement des questions évidentes, ou encore à jouer au mauvais flic, pire même, le devenir lors d’une séquence d’interrogatoire déjà culte. Dans cette scène, Marnix est déterminé à obtenir des aveux du petit-ami de la première victime, qui ne peut être que le tueur selon lui, alors que le jeune homme est pleinement innocent – preuves à l’appui. Le policier joue de sa grosse voix et de ses bonnes joues pour acculer le gosse déjà terrorisé par la mort de celle qu’il aime, en frôlant le harcèlement moral. Absurde, loufoque, grotesque sont les qualificatifs les plus aptes à définir cette séquence, et de manière générale, ce policier qui semble toutefois bienveillant.

« Tu t’es pris pour Brad Pitt dans Seven ? »

– Simon à Peter dans l’épisode 1 –

13 Commandments se présente ainsi comme un récit classique mais intriguant. Une série efficace exécutée excellemment et intelligemment, qui filme la fiction d’une réalité ; les corps comme figures des douleurs, meurtrissures, et ténèbres de la Belgique, qui n’a toutefois pas perdu son humour. Une série de treize épisodes à découvrir et à suivre, sans aucun doute.

Fiche Technique : 13 Commandments

Titre original : De Geboden
Création : Rita Bossaer, Mathieu Depuydt, Dirk Nielandt, Lieven Scheerlinck, Ed Vanderweyden
Réalisation : Maarten Moerkerke
Scénaristes : Nele Meirhaeghe, Maarten Moerkerke, Geert Verbanck, Koen Sonck, Frauke Heyde
Interprétation : Dirk Van Dijck, Marie Vinck, Karlijn Sileghem, Berth Halvoet, Tom Ternest, Koen Van Impe, Ella Leyers, Line Pillet
Production : Menuet
Distribution : Attraction Distribution (International)
Diffusion : VTM (Belgique)
13 x 45 minutes

Belgique – 2017

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Séries Mania : Born To Kill, une série de Tracey Malone et Kate Ashfield

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Nous avons découvert en avant-première mondiale Born To Kill, la mini-série noire venue de Grande-Bretagne, faisant partie de la compétition officielle du festival Séries Mania 2017.

Born To Kill est une troublante exploration de la psyché d’un adolescent en proie à des pulsions meurtrières. Si la trame de l’histoire reste assez banale – un jeune serial killer en devenir dont on comprend rapidement que le père partage les mêmes pulsions – le personnage de Sam est assez complexe pour piquer notre curiosité. Ayant un charme indéniable, Sam est beau, poli et un petit peu maladroit dans les interactions sociales. Faisant partie de l’équipe de natation, Sam n’a pourtant pas beaucoup d’amis selon la principale du lycée, l’adolescent préférant passer son temps libre à l’hôpital, où sa mère travaille, et faire la lecture aux patients. Dans sa chambre, il se filme en train de réciter les histoires qu’il invente sur la mort de son père puis analyse ses propres expressions. Dès lors, on ne sait plus quand est-ce que Sam joue ou non la comédie. A-t-il des sentiments sincères pour Chrissy, la nouvelle venue en ville ? Ressent-il une quelconque empathie ou est-il un pur psychopathe ? Lors de sa rencontre avec Oscar, (un garçon qu’il a défendu contre des élèves qui le brutalisaient), il lui demande ce qu’il a ressenti lorsqu’il se faisait humilier et malmener en public. Lorsqu’Oscar lui avoue avoir été terrifié et qu’il lui décrit sa peur, “d’abord tout était noir, puis tout est devenu blanc”, Sam semble fasciné par ces émotions qu’il ne parait pas pleinement comprendre.

Si Born To Kill arrive à nous captiver, c’est aussi grâce à sa photographie : l’image à dominante verte nous plonge dans l’esprit sinistre et glauque d’un adolescent en proie à de sombres et violentes pulsions. Les couleurs primaires s’additionnent dans les mêmes plans, un mélange de teintes agressives qui nous donne une impression d’enfermement, l’impression d’être à l’intérieur d’un esprit à la fois beau et fascinant mais aussi malsain et extrême qui nous met mal à l’aise. Sam balance entre le froid et la distance du bleu de son manteau à une violente rage représentée par exemple par les néons rouges flamboyants des vestiaires dans lesquels il finit par se déchainer sur Oscar. L’adolescent est clairement traumatisé par l’absence de son père (et ce qu’il se rappelle de lui dans de vagues souvenirs). Il est d’ailleurs intéressant de voir une figure du serial killer autre que celle d’un trentenaire habitant dans un sous-sol. Sam n’est qu’un enfant (même si cela l’irrite terriblement qu’on le lui rappelle), ici la présence des parents est primordiale et on peut observer les interactions entre adolescents et géniteurs aussi bien pour Oscar, Chrissy que Sam. La mère de Sam, qui refuse de lui parler de son père, est souvent filmée en contre-plongée ; ne faisant que rappeler à Sam son manque de contrôle. On se rappelle alors sa discussion avec Oscar qui lui demandait s’il avait peur de plonger, Sam lui confiait que lorsqu’il était tout en haut, au-dessus de tous ces gens, personne ne pouvait l’atteindre. Lorsque, plus tard, il s’apprête à tuer sa deuxième victime, la trainant jusque dans la salle de bain, la caméra tombe et se renverse : Sam contrôle désormais la situation, personne à ce moment-là ne le regarde de haut. Le réalisateur Bruce Goodison exile parfois ses personnages sur les côtés du cadre, les isolant et accentuant d’autant plus la distance entre les deux interlocuteurs, comme lorsque la mère de Sam peine à comprendre le comportement de son fils, pensant qu’il vole des objets par simple esprit provocateur adolescent alors que ce dernier commence en fait sa collection d’effets personnels de ses victimes.

La série comptera en tout 4 épisodes qui seront diffusés à partir du 20 avril au Royaume-Uni sur Channel 4.

Born To Kill : Bande-annonce

Synopsis : Sam, adolescent à la personnalité complexe, vit avec sa mère infirmière, et pense que son père est mort dans un accident. Il passe son temps entre le lycée et l’hôpital où il tient compagnie à des personnes âgées. « Born to kill » explore la psyché d’un ado en proie aux pulsions meurtrières qui l’habitent. Une radioscopie dérangeante et élégante d’un serial-killer en devenir.

Born To Kill : Fiche Technique

Créateurs : Tracey Malone, Kate Ashfield
Scénaristes : Tracey Malone, Kate Ashfield
Interprétation : Romola Garai, Danny Mays, Lara Peake, Elizabeth Counsell, Jack Rowan
Réalisateur : Bruce Goodison
Producteur : World Productions
Vendeur international : BBC Worldwide
Diffuseur : Channel 4

Royaume-Uni – 2017

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Life : Origine inconnue, un film de Daniel Espinosa : Critique

Sur le papier, Life ne semblait qu’être une pale copie d’Alien coupé au Gravity d’Alfonso Cuaron. Sauf qu’en rameutant un casting all-star (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds et Rebecca Ferguson) tout en prenant de front la violence forcément hardcore du sujet, Daniel Espinosa emballe un survival SF horrifique particulièrement tendu et plutôt réjouissant.

Sony et l’espace : 2ème. Après le transparent Passengers, la firme japonaise persiste et signe dans le divertissement spatial avec Life. Exit donc les tourtereaux photoshopés Chris Pratt et Jennifer Lawrence et place à une fine équipe de scientifiques de la station spatiale internationale (ISS), qui vont avoir le toupet de réveiller un organisme tout droit venu de Mars, qui sans surprise va se la jouer bébête tueuse et tenter de décimer tout l’équipage.

Dans l’espace, personne ne vous entendra crier

Des scientifiques désœuvrés, qui plus est parqués dans un lieu unique – ici l’ISS – et qui partent à la chasse d’un monstre à l’appétit vorace : les plus attentifs ne manqueront pas d’y voir là l’histoire du premier Alien (R. Scott). Difficile de leur en vouloir en soi car Life ne se cache jamais de cette (grosse) référence et pour cause : il est conscient de ne pas réinventer le genre. Mieux encore, il s’en fout. Une indifférence qui semble guère étonnante dès lors qu’on sait qui se cache derrière le scénario du film : le tandem Paul Wernick / Rhett Reese. Déjà à l’oeuvre sur Deadpool, ce petit film où Ryan Reynolds parle comme un charretier et se sape en rouge pour dézinguer du pourri sur fond de Wham, les deux comparses se sont forgés une petite réputation de trublions infusés à la pop-culture et à l’impertinence. Les voir donc reprendre le film d’horreur spatial le plus emblématique du 7ème art, et le coupler avec l’atmosphère très « réaliste » de Gravity pour leur nouveau projet n’avait rien d’anodin : les deux compères souhaitant simplement ici sortir leur version 2.0 d’Alien. Et il n’y a pas à dire : ils y mettent les formes d’entrée de jeu. A peine le temps de voir un formidable plan-séquence introductif (encore un emprunt à Gravity) que le scénario se met en branle : les scientifiques sont sur le qui-vive, prêt à analyser des morceaux de roches martiennes dans lesquelles ils constatent la présence d’une forme de vie. Très vite, cette entité, que l’on surnommera Calvin, montre les crocs, prête à répandre l’hémoglobine dans la station spatiale internationale, qui se transforme en un dédale bleuâtre où nos gentils scientifiques essayent de survivre.

Un scénario à la noirceur sournoise. 

Et là, le jeu de massacre commence. Ne cachant jamais ses références (Alien ou encore The Thing de John Carpenter), le film se mue alors en un survival ultra sanglant & même gore. Mains broyés, corps qui explosent de l’intérieur, gerbes de sang flottant en gravité 0, tout s’enchaîne à une telle vitesse que l’on n’a guère le temps de se soucier des nombreuses incohérences qui jalonnent les images. Tout au plus sommes nous happés devant le spectacle macabre dont l’ingéniosité n’a d’égal que l’efficacité de la mise en scène. Car bien que le budget soit faible pour le tout-venant des blockbusters (59 millions de $), Life jouit de deux éléments, qui une fois combinés, rendent appréciable cette série B qui mène sa barque sans prétention : la mise en scène et le scénario. Si la première, fonctionnelle et, qu’on se le dise, efficace permet de maintenir la tension, surtout grâce à la photographie ouatée de Seamus McGarvey (Avengers), c’est bien le deuxième, noir en diable qui est à l’aune de tout le succès de l’ensemble. Une noirceur inhabituelle pour ce genre de production, d’autant plus surprenante qu’elle n’hésite pas à sacrifier ses stars sous les coups d’une bête diablement habile et dont l’acharnement à vouloir éliminer les membres d’équipages relève de l’exploit. A l’arrivée, on retiendra un divertissement horrifique de bonne tenue qui se conclut par une fin pessimiste en diable, mais totalement cohérente, tant à l’instar de deux compères qui l’ont écrite, elle incarne l’amère ironie propre aux films ou des scientifiques jouent à Dieu.

A mi-chemin entre la SF et l’horreur, et fort d’une mise en scène efficace, Life est une série B horrifique de plutôt bonne facture, bien aidée par sa tension omniprésente et sa fin délicieusement cruelle.

Life : Bande-annonce

Synopsis : À bord de la Station Spatiale Internationale, les six membres d’équipage font l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité : la toute première preuve d’une vie extraterrestre sur Mars. Alors qu’ils approfondissent leurs recherches, leurs expériences vont avoir des conséquences inattendues, et la forme de vie révélée va s’avérer bien plus intelligente que ce qu’ils pensaient…

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Life: Origine inconnue : Fiche Technique

Titre original : Life
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : Rhett Reese et Paul Wernick
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Dr David Jordan), Rebecca Ferguson (Miranda North), Ryan Reynolds (Rory « Roy » Adams), Hiroyuki Sanada (Sho Kendo), Ariyon Bakare (Hugh Derry), Olga Dihovichnaya (Katerina Golovkin), Naoko Mori (Kazumi)
Direction artistique : Marc Homes et Nigel Phelps
Costumes : Jenny Beavan
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Paul Tothill
Production : David Ellison, Dana Goldberg, Bonnie Curtis et Julie Lynn
Sociétés de production : Columbia Pictures, Skydance Productions et Sony Pictures Entertainment
Sociétés de distribution : Sony Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Budget : 58 000 000 $
Genre : Horreur, science-fiction, thriller
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 19 avril 2017
Interdit aux moins de 12 ans

Etats-Unis – 2017

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Séries Mania 2017: Dumb et Before We Die

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Au panorama international, la série caustique israélienne Dumb est un concentré de cris, pleurs et d’actes manqués tandis que la série suédoise Before We Die vacille entre policier et drame psychologique. Des portraits contemporains intimes qui finissent par lasser…

Dumb – Plus bête qu’il n’en faut

Synopsis : Actrice frustrée au fort caractère, Shiri a trente ans mais paraît bien plus jeune, ce que tout le monde ne manque pas de lui rappeler dans sa vie professionnelle comme personnelle. Un concours de circonstances transforme ce désavantage en atout. Une série bien menée, caustique et originale, portée par une galerie de personnages réalistes et représentatifs de l’Israël d’aujourd’hui.

Le duo de créateurs Bat Hen Sabag et Shay Capon de la série Dumb, aussi corrosif que ses deux personnages principaux raconte l’histoire d’un gaillard qui ne mâche pas ses mots, mais atténue le travail de sa camarade, une fine fille aux cheveux courts post punk et très féminine qui ne manque pas de le rappeler à l’ordre quand besoin. Le ton rock, un peu suranné et frais, Dumb nous plonge directement dans la frustration d’un destin d’une femme combative et fragile. Mais rapidement les coups de gueule s’enchaînent laissant peu de répit au spectateur de moins en moins curieux. La mise en scène immersive semblable à un film d’auteur « dramédique » sur les méandres de la conjugalité réduit le rythme pourtant convaincant du départ. Les figures proches de l’emblématique frôle sensiblement le déjà vu et les personnages qui nous amusaient sur les premières minutes sombrent dans une routine de « je gueule plus que toi » et de reconquête perdue d’avance. La B.O. qui accompagne ce premier épisode est international et entraînant, mais l’on ressort rapidement de la salle que moyennement captivé.

Before we die – Avant de dormir surtout

Synopsis : Hanna, brillante officier de police, tente de renouer le dialogue avec son fils. Mais toute réconciliation semble impossible depuis qu’elle l’a fait arrêter pour trafic de drogue. Sa vie professionnelle et personnelle bascule lorsque Sven, son ami, collègue et amant, disparaît.

Si le réalisateur avait déjà gagné les faveurs en 2013 du public de Séries Mania avec Don’t Ever Wipe Your Tears Without Gloves, il n’a pas le même traitement de faveur pour ce pilote droit, mais sans grand intérêt. Est-ce par cumul successif d’histoires du même acabit et de genres semblables déjà traités mille fois sur le petit écran, en unitaires, séries ou même longs métrages que Before We Die –au générique simplissime rappelant Sons of Anarchy (en effet, les bikers sont prétextes à conflits scénaristiques)- ne décolle jamais au-delà d’une simple histoire de traîtrise sans grande émotion. Malgré une construction impeccable et des acteurs quasi-irréprochables, la série suédoise qui a fait un carton sur STV finit néanmoins par endormir les moins récalcitrants. A tel point qu’il nous est impossible de nous rappeler de la fin… La salle 4 d’UGC s’est vidée de moitié avant le deuxième épisode, est-ce un hasard ?

11 Minutes, un film de Jerzy Skolimowski : Critique

Ce mercredi 19 avril est sorti dans les salles le nouveau thriller polonais intitulé 11 Minutes. En remodelant le schéma narratif de son film, Jerzy Skolimowski prend le risque de laisser le spectateur… dubitatif !

Synopsis : Un mari jaloux hors de contrôle, une actrice sexy, un réalisateur carnassier, un vendeur de drogue incontrôlable, une jeune femme désorientée, un ex-taulard devenu vendeur de hot-dog, un laveur de vitres en pause 5 à 7, un peintre âgé, un étudiant qui a une mission secrète, une équipe d’auxiliaires médicaux sous pression et un groupe de nonnes affamées. 11 moments de vie de citadins contemporains qui vont s’entrecroiser et s’entrelacer.

Un exercice vain

11-minutes-paulina-chapkoPrésenté à la sélection officielle du Mostra de Venise en 2015, 11 Minutes s’annonçait comme un drame d’un genre nouveau. Pourtant, nous nous retrouvons plongés pendant 1h20, au centre d’un scénario complètement éclaté. En jouant à déconstruire et reconstruire les classiques de la réalisation, Jerzy Skolimowski immerge son œuvre cinématographique dans un amas de confusions. À l’honneur, pas moins d’une dizaine de personnages se succédant, s’entremêlant et se déchainant dans un thriller quelque peu soporifique. Nous attendons impatiemment le dénouement, annoncé comme un twist final efficace, profond et surprenant. Pourtant, à l’arrivée de cette dernière séquence, le jugement reste le même : 11 Minutes est un puzzle qui s’emboite difficilement. Et si l’erreur de ce film se trouvait dans son originalité même ? Éternels retours en arrière, d’innombrables temporalités (accélérations, ralentis) ou encore de nombreux mouvements et angles de vues… Bref, en s’affranchissant des codes cinématographiques, Jerzy Skolimowski a étouffé son film par une accumulation d’exercices de style. Entre une mise en scène stéréotypée et des effets visuels et sonores artificieux, 11 Minutes se révèle n’être qu’un drame prétentieux et clinquant.

L’effet papillon

« On ne comprend que la vie est précieuse que lorsqu’on la perd. Alors faisons-en le meilleur usage possible tant que nous sommes vivants. » Jerzy Skolimowski

11-minutes-david-ogrodnik11 Minutes se présentait pourtant comme un drame alarmant. En construisant son scénario autour de la thématique de l’irréversibilité du temps, Jerzy Skolimowski semblait ancrer son œuvre dans le présent. En effet, nous vivons actuellement dans une société en éternel mouvement. Métro-boulot-dodo, cela est schématique mais pourtant notre quotidien se résume à ce cycle, parfaitement défini de manière innocente et futile. À travers son scénario démantelé, Jerzy Skolimowski souhaite nous faire prendre conscience de l’irrévocable sort de la vie… 11 minutes, 11 moments, 11 vies que tout oppose, ou presque. Même si 11 Minutes est loin d’être le thriller de l’année 2017, il a pourtant le mérite de réveiller en nous une question existentielle : Et si un seul élément déclencheur pouvait provoquer votre disparition ? Cette théorie de l’effet papillon, mis à l’honneur dans ce film, était-elle peut-être un sujet cinématographique déjà épuisé ?

Ce scénario schématisé autour d’un puzzle narratif n’aura pas eu l’effet escompté. 11 Minutes restera un thriller ambitieux, au goût de déjà vu.

11 Minutes : Bande Annonce

11 Minutes : Fiche Technique

Réalisation : Jerzy Skolimowski
Scénario : Jerzy Skolimowski
Interprétation:Richard Dormer, Paulina Chapko, Wojciech Mecwaldowski, Andrzej Chyra…                              Producteurs executifs : Jeremy Thomas, Ed Guiney, Andrew Lowe, Marek Zydowicz
Producteurs: Jerzy Skolimowski, Ewa Piaskoska
Directeurs de la Photo: Bernard Walsh, Mikolaj Lebkowski
Son : Alan Scully
Musique : Pawel Mykietyn
Montage: Agnieszka Glinska       
Scénario : Jerzy Skolimowski
Durée : 1hh21
Genre : Thriller
Date de sortie : 19 avril 2017

Pays : Pologne-2015
                                                           

Séries Mania : I Love Dick, la nouvelle série signée Jill Soloway

Découverte au festival Séries Mania 2017 d’I Love Dick, la nouvelle série de Jill Soloway (Transparent) suit avec humour et bienveillance une quarantenaire paumée trouver un nouveau point de repère et une nouvelle passion en la personne d’un certain Richard, surnommé Dick.

Synopsis : Chris (Kathryn Hahn) est une réalisatrice, mais est-elle une bonne réalisatrice et surtout une cinéaste accomplie et reconnue ? Chris est mariée, mais son couple fonctionne-t-il réellement ou est-il en délitement ? Autant de questions qui travaillent la quadragénaire paumée alors qu’on la découvre suivre son mari Sylvère dans la petite ville texane ultra culturelle de Marfa. Celui-ci y démarre une résidence pour “penser l’holocauste”. Cela sous la responsable d’un certain Richard (Kevin Bacon), surnommé Dick, un artiste et surtout un homme pour lequel Chris va se passionner.

« Dear Dick »

Le show signé par Jill Soloway suit la passion peu de commune de Chris pour Dick, qui va se matérialiser sous la forme d’une correspondance épistolaire, et d’une perception fantasmée par Chris de la réalité.

Cette dernière écrit, beaucoup. Des idées, des désirs, des aveux, le tout étant destiné à Dick. Les lettres sont d’abord des écrits cathartiques, certes pour Dick, mais elles permettent à Chris de vider son sac, d’exprimer ses fantasmes, ses envies à un homme qui ne semble en aucun cas la désirer et même la considérer. Toutefois cette passion secrète pour Dick ne le sera plus quand elle en parlera à Sylvère. Étrangement, leur couple va retrouver leur sexualité mise de côté et leur flamme grâce au fantasme qu’incarne Dick.

Kevin Bacon est Dick.

Et pourtant, l’homme est loin d’être un samaritain. Alors que Dick, Sylvère et Chris sont réunis lors d’un dîner à un restaurant, l’événement organisé par cette dernière va prendre une toute autre tournure. L’artiste se moquera du nouveau film de Chris qui a à peine présenté son sujet : « un couple, ou plutôt une femme dans un couple qui représente toutes les femmes écrasées par les attentes sociétales ». Il demande alors à Sylvère, en chuchotant, et sur un ton moqueur, si elle est douée. Chris ne sait déjà plus comment réagir, paralysée face au comportement bête et méchant des deux hommes. Mais ça c’est fini, le personnage incarné par Kevin Bacon déclare alors sûrement : « Les femmes font de mauvais films parce qu’elles sont dans une position de victimisation. » Comme le note Iris Brey (dans son retour du pilote sur le site des Inrocks) : « Le beau gosse devient alors clairement un “real dick”. Un vrai connard. » Chris a tenté de répondre au machisme de Richard, en sortant, désespérée, des noms de grandes cinéastes : Jane Campion, Chantal Akerman. Mais rien n’y fait, et Chris part aux toilettes, où sa folle passion n’a en rien été éreintée par la conversation, au contraire.

Plus tard, alors que Chris lit sa première lettre à son compagnon Sylvère, elle dévoile sa vision fantasmée de ce moment au restaurant, mise en scène par ses désirs : le pied droit de Dick caressant le sien sous la table occultant le regard naïf de Sylvère, entre autres choses – ; mais frustrée par ses attentes non comblées : elle aurait aimé qu’il la rejoigne aux toilettes, par exemple.

Le cinéma/la télévision pour inventer ; révéler ; et lire

La mise en scène de fantasmes représente de véritables moments visuels dans la série. Ces derniers travaillent le portrait sublime – imaginé par Chris rappelons-le – de Dick, alors véritable déité ; et présenté comme une figure de sex-symbol ; aussi Dick se voit être filmé tel le cowboy, mâle hégémonique ; ou encore, certains de ses gestes deviennent de véritables mouvements de beauté pure pour Chris, comme lorsqu’il allume une cigarette. Les fantasmes contribuent à nuancer la passion de Chris pour Dick, qui n’est pas juste sexuelle, ou juste celle d’une femme désespérée dans son foyer, ou encore juste celle d’une cinéaste face à sa muse. Justement, la série va tenter de révéler par différents moyens – tels que le fantasme comme invention/réinvention d’une réalité alors alternative – ces bouleversements passionnels que connaît Chris.

À l’écran, des mots, des morceaux de phrases des lettres, apparaissent souvent en caractères blancs sur un fond rouge. Car il s’agit de lire Chris Kraus, personnage de la série, mais aussi le matériau d’origine, ouvrage éponyme qui la prend la forme d’une autobiographie fictionnalisée dans un échange de lettres. Cette forme est aussi un hommage, et plus que ça, la reconnaissance d’un héritage au cinéma de femmes. Notamment de Chantal Ackerman, remémorée et remerciée par d’autres femmes.

« Dans I Love Dick, le livre, Chris Kraus cite l’artiste Sophie Calle pour contextualiser sa démarche. Le XXème siècle a été le moment où les plumes féminines ont été considérées, le XXIème sera celui où les réalisatrices le seront. C’est le message que Soloway met en scène (…) »

– Iris Brey, Ibid.

En effet, I Love Dick est une série certes signée par Jill Soloway, mais surtout construite par un groupe de femmes réunies par celle-ci. Un groupe au féminin dans lequel on trouve Sarah Gubbins, dramaturge qui a adapté le roman avec Soloway ; Mandy Hoffman à la musique ; Catherine Haight, Julie Cohen et Christal Khatib au montage ; et notamment Kimberly Peirce (Boys Don’t Cry ; Carrie, la vengeance) et Andréa Arnold (Fish Tank ; American Honey) à la réalisation d’épisodes.

Les trois épisodes projetés ont révélé une nouvelle série à suivre absolument. Servie par un casting formidable (Kathryn Hahn, l’une des stars de Crossing Jordan, est éblouissante), I Love Dick annonce un nouveau souffle pour les femmes dans le milieu du cinéma/de la télévision qu’elle marquera certainement.

Bande-Annonce : I Love Dick

https://www.youtube.com/watch?v=N7m8Xu2iwOk

Fiche Technique : I Love Dick – 3 premiers épisodes

Création : Jill Soloway, Sarah Gubbins
Réalisation : Jill Soloway, Andrea Arnold, Kimberley Peirce
Interprétation : Kathryn Hahn, Kevin Bacon, Bruce Gilbert, Meshell Ndegeocello
Production : Amazon Studios, Topple Productions
Producteurs exécutifs : Jill Soloway, Sarah Gubbins, Andrea Sperling, Victor Hsu
Distribution : Amazon Studios
Diffusion : Amazon Prime Vidéo (États-Unis & France)

États-Unis – 2017

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Séries Mania 2017: When We Rise

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Le scénariste d’Harvey Milk, Dustin Lance Blake, collabore à nouveau avec Gus Van Sant pour son propre projet de série co-produit et diffusé en première partie de soirée sur ABC. When We Rise (éponyme à l’autobiographie du célèbre militant LGBT Cleve Jones) sur un pilote découpé en deux dresse le portrait de 3 destins hors-du-commun.

Après The Foster et HTGAWM, ABC prend le risque méritant d’éclairer, certes une énième fois, le combat historique de millions d’homosexuel(le)s et trans pour la reconnaissance, non pas en tant que communauté (le politique est complémentaire et inévitable), mais en tant qu’êtres humains « sains » comme la majorité. Avec ce projet de série audacieuse, Dustin Lance Blake, en réunissant d’innombrables réels récits de vies, construit sur plus de 40 ans et 6 épisodes de 52 minutes la formidable et admirable histoire de 4 personnages en proie directement à ces problématiques sociologiques historiques. Malheureusement, la chaîne câblée Canal + pour des raisons marketing liées à la VOD, découpe le pilote de 83 minutes en deux parties égales. La poire n’avait nullement besoin d’être coupée en deux et le plaisir n’en est que plus maltraité.

Dès la première minute, nous sommes plongés au cœur d’une épopée que nous savons retentissante. Sur un navire de la NAVY, le marin Ken Jones participe à des tirs sur des montagnes. Il ouvre une bouteille de rosé et propose un verre à un des jumeaux Scavo (Charles Carver dans Desperate Housewives) qui s’éloigne aussitôt. On comprend quelques scènes plus tard qu’ils sont amants dans une scène érotique que l’intervenant Romain Burrel, journaliste aux Inrock et Têtu, juge trop discrète. Le personnage joué par Jonathan Majors (on ne voit que les jeunes dans ce demi-pilote) est tiraillé entre le désir de bien faire et la curiosité de cette nouvelle ville dans laquelle il est affectée. Le jeune Cleve Jones, fils de psychanalyste est très vite confronté aux violences faites par les policiers machos et conservateurs, même si ces premières 42 minutes s’attache à montrer son départ du foyer familial et son arrivée bien entourée. Roma quitte le Togo et sa compagne Diane pour Boston et rejoint le mouvement de libération des femmes. Elle finira à San Francisco auprès d’un groupe de femmes. L’écriture est somme toute banale pour une musique par moments grandiloquente, mais la mise en scène sensible et les acteurs investis comme jamais (Guy Pierce en Cleve Jones vieillissant, Whoopi Goldberg etc.) comblent toutes les imperfections. Il y en a peu cependant…

Un quatrième personnage/destin s’ajoutera aux trois déjà complets, alors que des spectateurs américains LGBT se seraient plaint du manque de représentativité. Cette réaction a fait réagir le créateur Dustin Lance Blake qui avait déjà éprouvé ce sentiment sur Harvey Milk. Les audiences en février lors de la diffusion sur ABC auraient atteints un petit score, soit plus de 3,5 millions pour le pilote et une perte d’un million aux suivants. Il n’empêche que l’audace est à applaudir et souligner. ABC, première chaîne familiale diffusant à 20h cette série tous les jours sur une semaine, fait le pari déjà perdu de toucher le plus grand nombre. Avec Danny Elfman à la musique et Gus Van Sant à la réalisation du pilote, sans compter la présence de talents déjà remarqués tels que Rachel Griffiths (Six Feet Under), Mary-Louise Parker (Weeds) et Michael K. Williams (Broadwalk Empire, The Night of), When We Rise a touché l’ensemble des spectateurs qui ont voté en majorité « pour » lors du vote du public… Réponse samedi 22 avril à 20h et toujours en VOD sur Canal Play.

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Fiche Technique : When We Rise

Création : Dustin Lance Blake
Réalisation : Gus Van Sant +  Dee Rees, Thomas Schlamme et Dustin Lance Blake
Distribution : Guy Pearce : Cleve Jones, Austin P. McKenzie : Cleve Jones jeune, Emily Skeggs : Roma Guy jeune, Fiona Dourif : Diane jeune, Jonathan Majors : Ken Jones jeune, David Hyde Pierce : Dr Jones, père de Cleve, Whoopi Goldberg : Pat Norman, Charlie Carver : Michael Smith…
+ Mary-Louise Parker : Roma Guy, Rachel Griffiths : Diane, femme de Roma, Carrie Preston : Sally Gearhart, Michael K. Williams : Ken Jones…
Musique : Chris Bacon et Danny Elfman
Société de production : Hungry Jackal Productions, Laurence Mark Productions, ABC Studios
Durée des épisodes : 8×42 minutes
Mini-série (non-renouvelée)

Séries Mania : Salaam, Moscou !, une série de Pavel Bardine

Découverte ce mardi 18 avril 2017 au festival Séries Mania de Salaam, Moscou !, qui suit la lutte d’agents russes presque secrets face à la criminalité des migrants : deux premiers épisodes en dent de scie entre travail documentaire, comédie absurde, et bouffonnerie.

Synopsis : Les agents Sania et Roustam travaillent dans un département spécial de la police de Moscou dédié à la criminalité des migrants, que les moscovites appellent « les arrivants ».

Salaam, Moscou ! s’est dévoilée au festival Séries Mania avec la projection de ses deux premiers épisodes. Deux volets en dent-de-scie pour la série russe créée et réalisée par Pavel Bardine. En effet, le premier épisode s’est révélé être intéressant dans son jeu des tons – de l’aspect documentaire à la comédie absurde et loufoque. Mais il est tiré vers le bas par le manque de clarté dans le déroulement du récit et la mise en place des personnages et de leurs actions dans celui-ci. Toutefois, le résultat était plutôt positif. Drôle, étrange, et réaliste, Salaam, Moscou ! n’est pas sans rappeler les séries Fargo et Au Service de la France. Aussi le rapport de Moscou à l’immigration était justement traité, et cela de manière à la fois grave et légère.

Le deuxième épisode vire toutefois à la bouffonnerie complète, perdant le charme de la rencontre de la violence saisissante et de l’« image documentaire » mêlées à une loufoquerie absurde. Il semble que la bouffonnerie a permis au créateur de se décharger de la construction de son récit, dans lequel les rencontres entre les différents personnages – différents milieux et groupes – ne sont plus amenées par leurs intrigues respectives. Ainsi retrouve-t-on des personnages dans un même plan sans justification de cette rencontre. Pire, un événement important à la fin du premier épisode lie puis devrait délier le duo d’agents – digne d’un buddy, où l’un et l’autre doivent dépasser leurs différences –, mais il n’y aura aucun écho de cela dans le deuxième épisode. Ça n’est pas fini : alors que le bad guy de la série est présenté comme un tueur sans pitié dans l’épisode un – dans lequel il est traqué par le déterminé et détraqué agent Sania –, l’agent Roustam accepte ici une partie de lutte avec le criminel. Pourquoi ? Parce qu’il est armé, et que son ennemi ne l’est, proposant d’ailleurs ce duel « plus équitable ».

Le criminel propose à l’agent Roustam une partie de lutte pour décider ou non de son arrestation.

La victoire ou la défaite de Roustam déterminera l’arrestation du criminel ou non. Bien sûr, il perd, et il laisse le bad guy s’en aller tranquillement comme si rien n’était. Sania le rejoindra rapidement, et ne se lancera pas à la poursuite de l’individu en fuite, qui devrait être à une vingtaine de mètres de sa position. La situation est bouffonne, mais le gag, lui, est de trop, et expose à quel point la cohérence de la série a été mise de côté pour favoriser le rire à tout va. D’ailleurs, la musique accompagne ce mouvement vers la bouffonnerie en étant légère et drolatique pendant une grande partie de ce deuxième épisode.

Ainsi, on regrettera le clair manque de tenue entre les deux premiers épisodes, où la cohérence (que ce soit au niveau du récit ou de l’univers) et les partis pris sont très vite mis à mal. On espère toutefois que les quatorze autres épisodes sauront retrouver et véritablement établir un cap pour le show, loin d’être une mauvaise surprise.

Fiche Technique : Salaam, Moscou !

Créateur et réalisateur : Pavel Bardine
Scénaristes : Pavel Bardine, Maria Sarpikina, Alexandre Moltchanov
Interprètes : Alexander Golubklov, Ali Aliyev, Maria Belyaeva, Alexander Polyaev
Composition : Vassia Oblomov
Production : Red Square Group, Konstantin Ernst, Denis Yevstigneyev
Distribution : IZYM, LLC (international)
Diffusion : Channel One (Russie)

Russie – 2016

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Séries Mania 2017 : l’intégrale de la saison 2 de Dix pour cent

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Nous découvrons en binge watching l’intégrale de la saison 2 de la série Dix pour cent qui sera diffusée mercredi 19 avril sur France 2…

Cette 8ème édition promet tellement de belles surprises que l’impossibilité d’assister à l’intégralité des séances assure un picorage nécessairement frustrant. On rate le spectacle interactif de Benoît Lagane (critique et journaliste culturel à France Inter) L’Homme aux yeux carrés pour prendre le métro jusqu’aux Champs. Même l’intégrale de Dix pour cent ne peut être couverte jusqu’au bout au risque de ne plus avoir de quoi rentrer chez soi. Et l’idée d’enchaîner, dans une salle pleine de 865 festivaliers gonflés à bloc, cinq heures d’une comédie somme toute bien écrite, mais au jeux inégaux, provoque migraine et bouffés de chaleur!

« Ils reviennent et ils sont à 100% »

Ne nous attardons guère sur l’intervention éclaire de l’équipe artistique qui ne propose que leur présence sur la scène d’une vingtaine de mètres de long de l’UGC Normandie habillé aux couleurs cathodiques du festival. Tandis que la première saison n’avait que relativement convaincue par une certaine artificialité (il n’y a qu’à regarder les classeurs vides) et des situations qui se voulaient cocasses, mais sans grandes réelles ampleurs dramatiques, la seconde creuse en profondeur grâce à des dialogues percutants et beaucoup de tendresse. Si l’on persévère sur l’incongruité de certaines situations à des fins sitcom/ ou soap-operaesque, ce n’est au fond que pour servir une écriture dramatique bien ficelée.

On ne croit à aucun moment au couple Elfira/Ramzy, créé de toutes pièces certes, mais dont leurs péripéties nous laissent de glace. Heureusement que Andréa (Camille Cottin) rentre dans sa famille pour retrouver un vieil ami d’enfance au look de footballeur milliardaire. Puis la rivalité avec l’agence Star Média et les déficits budgétaires de l’agence ASK impose quelques conflits scénaristiques divertissants. Lucchini devient la cible à récupérer chez la concurrence. Norman Thavaud et Julien Doré amusent plus qu’ils ne convainquent. D’autant plus que l’écriture de ce troisième épisode exaspère par de grossières situations. Ensuite Isabelle Adjani cherche à rencontrer le dernier jeune talent consacré à Cannes, alors que Matthias et sa fille Camille feront tout pour les empêcher de se rencontrer. Enfin Guy Marchand, qui commence à manquer de lucidité sur un tournage, retrouve son amour d’enfance Arlette et son chien Jean Gabin. En parallèle, Sofia, la standardiste et nouvelle compagne de Gabriel, cherche à percer, Andréa se démène contre son nouveau « patron » tout en cherchant à reconquérir un des amours de sa vie. Matthias enchaîne les emmerdes conjugaux alors qu’il entame un nouvel idylle avec Noémie son assistante, délurée et émotive. L’amitié entre Camille et Hervé sera remis en question lorsqu’un poste d’agent junior est à pourvoir…

Très bon enfant, avec un ton comique à la Ally McBeal, cette deuxième saison fait moins de surplace que la première qui peinant à s’extraire d’inutiles déambulations, au profit de répliques plus « trash ». Le dernier épisode promet une conclusion en apothéose au festival de Cannes selon le producteur (scènes tournées comme des reportages au sein du réel festival). Reste à voir comment Juliette Binoche prend autant de plaisir à jouer son propre rôle en tant que maîtresse de cérémonie… La saison 3 étant en écriture, nous devrions la voir l’année prochaine.

https://www.youtube.com/watch?v=DSO4Lb63_gE

Fiche Technique : Dix pour cent

Création : Fanny Herrero
Sur une idée originale de : Dominique Besnehard
Réalisation : Antoine Garceau, Jeanne Herry, Laurent Tirard
Distribution : Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rover, Fanny Sidney, Stéfi Celma, Nicolas Maury, Assaâd Bouab…
Directeur artistique : Cédric Klaspisch
Société de production : Mon voisin Productions, Mother Production
Durée des épisodes : 52 minutes
Saison : 2 (renouvelée)

Gold, un film de Stephen Gaghan : Critique

Gold est typiquement ce genre d’histoire dont raffolent les américains, celle d’un quidam dont l’obstination va permettre de voir ses rêves devenir réalité. Avec un peu de recul, il s’agit en fait des magouilles d’un fils-à-papa disgracieux et quelque peu ahuri. Un ersatz de Donald Trump, en somme. Le pouvoir d’adhésion n’est donc lié qu’à son interprète. Peut-être en faudra-t-il un peu plus.

Synopsis : 1988. Kenny Wells, un beau-parleur plein de rêves, a mené à la faillite la société minière qu’il a héritée de son père. Dos au mur, il décide de faire équipe avec Michael Acosta, un géologue qui, lui aussi, est la risée de ses pairs. Leur projet de chercher de l’or au fin fond la jungle indonésienne se révèle vite fructueux. La côte de la société explose aussitôt, mais plutôt que profiter pleinement de la belle vie, Wells tient à garder le contrôle de ses affaires.

Un Rise and fall en plaqué or

Gold-matthew-mcconaughey-chauveDepuis Dallas Buyers Club et la première saison de True Detective, Matthew McConaughey s’est imposé, aux yeux des spectateurs, comme un excellent transformiste. Que son image de jeune premier qu’il cultivait dans ses premiers films, et même son physique avantageux tel qu’il en jouait dans Magic Mike, paraissent loin aujourd’hui ! Dès les premières images de son tournage, Gold a fait sa réputation sur son nouveau look anti-glamour, identifiable à sa calvitie avancée et à sa silhouette bedonnante. Croire qu’il s’agit là d’un atout suffisant pour faire le succès du film serait oublier que, avant lui, Christian Bale (American Bluff), Johnny Depp (Strictly Criminal) mais aussi Tom Cruise (Tempêtes sous les tropiques) ont adopté un physique comparable sans que cela attire massivement le public. Qu’a alors à proposer ce long-métrage ? Son autre argument est d’être inspiré d’une histoire vraie. En l’occurrence, celle de l’affaire dite de la mine d’or de Bre-X Busang. En dire plus sur celle-ci reviendrait à spolier sévèrement le scénario, pourtant il est légitime de dire que celui-ci n’en garde que peu d’éléments pour aboutir un récit tristement convenu.

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Son auteur est pourtant bien connu pour son talent à recycler des histoires vraies et s’en servir pour bâtir une dramaturgie solide, puisque Stephen Gaghan a rédigé les scénarios de Traffic et de Syriana. Or, comme pour ce dernier, sa mauvaise idée a été de le réaliser lui-même alors qu’il est loin de posséder le talent d’autres cinéastes qui s’étaient dits intéressés par le projet, à savoir Paul Haggis, Michael Mann ou bien encore Spike Lee. Autant dire que les sujets abordés dans cette histoire avaient de quoi faire un grand film, mais se retrouvent en fin de Gold-matthew-mcconaughey-edgar-ramirezcompte étouffés par la mise en scène bien trop démonstrative de Gaghan. Tel qu’il les filme, il ne parvient ni à faire vivre l’émotion qui anime cette variation, pourtant dramatique, du rêve américain ni à insuffler un souffle épique à la partie consacrée aux voyages en Indonésie ni moins encore à rendre cinglant son discours sur le cynisme des marchés financiers.

Gold est finalement à l’image de son personnage principal : Bavard, vulgaire et futilement tape-à-l’œil. Il aurait pu s’agir d’un parti-pris payant si le réalisateur avait le savoir-faire des frères Coen ou de David O. Russell. Entre les mains de Stephen Gaghan, le résultat ne relève que de la maladresse, pour ne pas dire de la ringardise.

A aucun moment l’arc narratif de Kenneth Wells ne s’éloigne du schéma classique qui consiste à voir à suivre le parcours d’un homme vers des sommets et sa déchéance. Une fois le dispositif en place, le storytelling n’a aucune surprise à offrir. C’est donc indubitablement la prestation de Matthew McConaughey, et elle seule, qui rend ce personnage intéressant à suivre. Le moindre de ses sourires en coin s’avère ainsi un moment bien plus étonnant que ses relations si prévisibles avec ses partenaires. Parmi eux, on n’en dénombre d’ailleurs que deux qui soient un minimum développés. La première est sa femme, incarnée par Bryce Dallas Howard qui, elle aussi, fait preuve d’une belle transformation puisque, même si elle n’est présente que dans la première moitié du film, elle semble y grossir à vue d’œil. Le second est l’expert incarné par Edgar Ramirez, dont on regrettera que le jeu assez placide ne rende pas compte de toute l’ambiguïté du personnage.

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Gold-matthew-mcconaughey-Bryce-Dallas-HowardDès la première scène, le dialogue et la voix-off, tous deux lourdement explicatifs, posent les bases de ce qui sera l’un des plus gros défauts de l’écriture : une tendance à se montrer bien trop expansif. Les effets de montage iront d’ailleurs dans le même sens, appuyant bien davantage sur cette volonté d’étaler le déroulement des évènements que sur l’installation d’un tant soit peu de tension. Même le rebondissement, à une demi-heure de la fin, n’arrive pas à générer l’intensité que l’on peut attendre d’un tel retournement de situation. Le parcours de ce prospecteur exubérant et antipathique se retrouve à se dérouler sous nos yeux, sans que jamais ni le thriller financier ni la fresque historique qu’il voudrait être ne parviennent à exister. N’en reste que le portrait d’un homme haut en couleur, un résultat certes honorable mais bien plus anecdotique. Définitivement, son seul atout reste la transformation de son acteur principal, de quoi en venir à espérer que McConaughey pourra retrouver le succès sans avoir systématiquement recours à de tels artifices.

Gold : Bande-annonce

Gold : Fiche technique

Réalisation : Stephen Gaghan
Scénario : Patrick Massett et John Zinman
Interprétation : Matthew McConaughey (Kenny Wells), Edgar Ramírez (Michael Acosta), Bryce Dallas Howard (Kay), Corey Stoll (Brian Woolf), Toby Kebbell (Paul Jennings), Bruce Greenwood (Mark Hancock), Stacy Keach (Clive Coleman)…
Image : Robert Elswit
Montage : Douglas Crise
Direction artistique : Peter Rogness
Décors : Maria Djurkovic
Costumes : Danny Glicker
Productions : Patrick Massett, John Zinman, Teddy Schwarzman, Michael Nozik, Matthew McConaughey
Sociétés de production : Black Bear Pictures, Living Films
Distribution : StudioCanal
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 19 avril 2017

Etats-Unis – 2017

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