Life : Origine inconnue, un film de Daniel Espinosa : Critique

Sur le papier, Life ne semblait qu’être une pale copie d’Alien coupé au Gravity d’Alfonso Cuaron. Sauf qu’en rameutant un casting all-star (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds et Rebecca Ferguson) tout en prenant de front la violence forcément hardcore du sujet, Daniel Espinosa emballe un survival SF horrifique particulièrement tendu et plutôt réjouissant.

Sony et l’espace : 2ème. Après le transparent Passengers, la firme japonaise persiste et signe dans le divertissement spatial avec Life. Exit donc les tourtereaux photoshopés Chris Pratt et Jennifer Lawrence et place à une fine équipe de scientifiques de la station spatiale internationale (ISS), qui vont avoir le toupet de réveiller un organisme tout droit venu de Mars, qui sans surprise va se la jouer bébête tueuse et tenter de décimer tout l’équipage.

Dans l’espace, personne ne vous entendra crier

Des scientifiques désœuvrés, qui plus est parqués dans un lieu unique – ici l’ISS – et qui partent à la chasse d’un monstre à l’appétit vorace : les plus attentifs ne manqueront pas d’y voir là l’histoire du premier Alien (R. Scott). Difficile de leur en vouloir en soi car Life ne se cache jamais de cette (grosse) référence et pour cause : il est conscient de ne pas réinventer le genre. Mieux encore, il s’en fout. Une indifférence qui semble guère étonnante dès lors qu’on sait qui se cache derrière le scénario du film : le tandem Paul Wernick / Rhett Reese. Déjà à l’oeuvre sur Deadpool, ce petit film où Ryan Reynolds parle comme un charretier et se sape en rouge pour dézinguer du pourri sur fond de Wham, les deux comparses se sont forgés une petite réputation de trublions infusés à la pop-culture et à l’impertinence. Les voir donc reprendre le film d’horreur spatial le plus emblématique du 7ème art, et le coupler avec l’atmosphère très « réaliste » de Gravity pour leur nouveau projet n’avait rien d’anodin : les deux compères souhaitant simplement ici sortir leur version 2.0 d’Alien. Et il n’y a pas à dire : ils y mettent les formes d’entrée de jeu. A peine le temps de voir un formidable plan-séquence introductif (encore un emprunt à Gravity) que le scénario se met en branle : les scientifiques sont sur le qui-vive, prêt à analyser des morceaux de roches martiennes dans lesquelles ils constatent la présence d’une forme de vie. Très vite, cette entité, que l’on surnommera Calvin, montre les crocs, prête à répandre l’hémoglobine dans la station spatiale internationale, qui se transforme en un dédale bleuâtre où nos gentils scientifiques essayent de survivre.

Un scénario à la noirceur sournoise. 

Et là, le jeu de massacre commence. Ne cachant jamais ses références (Alien ou encore The Thing de John Carpenter), le film se mue alors en un survival ultra sanglant & même gore. Mains broyés, corps qui explosent de l’intérieur, gerbes de sang flottant en gravité 0, tout s’enchaîne à une telle vitesse que l’on n’a guère le temps de se soucier des nombreuses incohérences qui jalonnent les images. Tout au plus sommes nous happés devant le spectacle macabre dont l’ingéniosité n’a d’égal que l’efficacité de la mise en scène. Car bien que le budget soit faible pour le tout-venant des blockbusters (59 millions de $), Life jouit de deux éléments, qui une fois combinés, rendent appréciable cette série B qui mène sa barque sans prétention : la mise en scène et le scénario. Si la première, fonctionnelle et, qu’on se le dise, efficace permet de maintenir la tension, surtout grâce à la photographie ouatée de Seamus McGarvey (Avengers), c’est bien le deuxième, noir en diable qui est à l’aune de tout le succès de l’ensemble. Une noirceur inhabituelle pour ce genre de production, d’autant plus surprenante qu’elle n’hésite pas à sacrifier ses stars sous les coups d’une bête diablement habile et dont l’acharnement à vouloir éliminer les membres d’équipages relève de l’exploit. A l’arrivée, on retiendra un divertissement horrifique de bonne tenue qui se conclut par une fin pessimiste en diable, mais totalement cohérente, tant à l’instar de deux compères qui l’ont écrite, elle incarne l’amère ironie propre aux films ou des scientifiques jouent à Dieu.

A mi-chemin entre la SF et l’horreur, et fort d’une mise en scène efficace, Life est une série B horrifique de plutôt bonne facture, bien aidée par sa tension omniprésente et sa fin délicieusement cruelle.

Life : Bande-annonce

Synopsis : À bord de la Station Spatiale Internationale, les six membres d’équipage font l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité : la toute première preuve d’une vie extraterrestre sur Mars. Alors qu’ils approfondissent leurs recherches, leurs expériences vont avoir des conséquences inattendues, et la forme de vie révélée va s’avérer bien plus intelligente que ce qu’ils pensaient…

[irp]

Life: Origine inconnue : Fiche Technique

Titre original : Life
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : Rhett Reese et Paul Wernick
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Dr David Jordan), Rebecca Ferguson (Miranda North), Ryan Reynolds (Rory « Roy » Adams), Hiroyuki Sanada (Sho Kendo), Ariyon Bakare (Hugh Derry), Olga Dihovichnaya (Katerina Golovkin), Naoko Mori (Kazumi)
Direction artistique : Marc Homes et Nigel Phelps
Costumes : Jenny Beavan
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Paul Tothill
Production : David Ellison, Dana Goldberg, Bonnie Curtis et Julie Lynn
Sociétés de production : Columbia Pictures, Skydance Productions et Sony Pictures Entertainment
Sociétés de distribution : Sony Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Budget : 58 000 000 $
Genre : Horreur, science-fiction, thriller
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 19 avril 2017
Interdit aux moins de 12 ans

Etats-Unis – 2017

[irp]

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.