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Django, un film d’Etienne Comar : Critique

Le titre laissait présager un biopic hagiographique de Django Reinhardt. Il n’en est rien. Le premier film d’Etienne Colmar nous raconte un épisode peu connu de la vie du célèbre guitariste tzigane en pleine seconde guerre mondiale.

Synopsis : Paris, 1943. Django Reinhardt est au sommet de sa gloire. Les occupants allemands lui proposent alors de faire un concert évènement à Berlin. Ne désirant pas s’acoquiner avec ceux qui massacrent son peuple, il demande à une de ses anciennes maitresses de le faire fuir en Suisse. Leur escapade s’arrête à la frontière où il n’a d’autre choix que de se cacher dans un camp tzigane dans la crainte d’être repéré par les nazis.

Une mélodie bien mal accordée

django-reda-kateb-a-la-guitareDjango commence comme il finit : par des prestations musicales d’une qualité irréprochable. Entre ces deux bornes, on retiendra tout particulièrement deux scènes de concert, deux passages obligés : la première servant à introduire le personnage principal, la seconde, près d’une heure et demi plus tard, en guise de climax. On est donc loin d’une comédie musicale qui donnerait envie de se lever pour danser dans la salle. L’ambiance est à l’inverse plutôt maussade puisqu’il apparait rapidement (dès la scène d’ouverture en fait) que le véritable sujet du film n’est pas le jazz manouche qui a rendu Django Reinhardt célèbre dans le monde entier, mais plutôt le génocide qu’a subi la communauté tzigane pendant l’Occupation. De quoi interroger sur le bien-fondé de consacrer un film à un musicien pour effectuer un tel devoir de mémoire.

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Bien qu’il s’agisse de sa première réalisation, Etienne Comar n’est pas un inconnu dans le milieu. Il a commencé sa carrière en tant que producteur au début des années 2000, avant de signer les scénarios de notamment, deux films qui connurent un certain succès : Des hommes et des dieux en 2010 et Mon Roi en 2015. A-t-il tenu à réaliser personnellement Django ou l’a-t-il fait par défaut ? La question reste en suspens, mais toujours est-il que le manque flagrant de fulgurance de sa mise en scène éloigne le résultat final de ce qu’aurait pu en faire des cinéaste de la trempe de, pour reprendre les exemples susnommés, Maïwenn ou Xavier Beauvois (par ailleurs présent dans le film, comme quoi le copinage a la dent dure). Son dispositif scénaristique est un avatar évident de Le Pianiste, consistant à voir les exactions nazies par les yeux d’un musicien qui n’est sauvé de l’Holocauste que par sa musique. Du coup, le fruit du manque de suspense qui émane de ce récit et de django-reda-kateb-dans-la-neigecette réalisation est que le seul et unique enjeu est la fuite en avant de Django Reinhardt. Or, puisque quiconque connait un minimum l’artiste sait qu’il a survécu à la guerre, le parti-pris de concentrer le scénario sur lui devient parfaitement futile.

Au-delà du jeu incarné de Reda Kateb, le premier film d’Etienne Comar n’a pas grand-chose à offrir. Il ne faut surtout pas compter sur lui pour rendre compte de ce que Django Reinhardt a su apporter à son art. A défaut d’un biopic musical, le résultat s’apparente davantage à une fresque historique convenue et inaboutie.

De ce parcours à la finalité connue d’avance et dont la réalisation plate peine à dégager la moindre émotion, on se plait toutefois à observer ce guitariste de légende. Cet intérêt on le doit évidemment à l’interprétation de Reda Kateb. Celui que l’on a découvert dans la peau de Jordi le Gitan dans Un Prophète, livre là une prestation remarquable, jouant au diapason sur les contradictions d’un homme lunatique et passionné. Et pourtant, ces tourments psychologiques, dont on ressent que l’acteur les a intégrés, seront constamment étouffés sous le poids d’une mise en scène désincarnée et démonstrative (quand il est triste, couleurs froides ; quand il est content, couleurs chaudes… c’est réglé !). Sa justesse de jeu ne se mesure finalement qu’à la sensibilité, par défaut très intériorisé, de la transformation qu’effectue son personnage au cours de cette année 1943, passant de l’état de star antisociale à celui de porte-étendard de son peuple. Une métamorphose que le scénario voudrait, encore une fois, mettre au profit d’un grand discours universaliste et larmoyant digne d’un film aussi putassier que La Rafle.

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django-cecile-de-franceA ces côtés, la belle Cécile de France est dans le registre qui est le sien, à savoir un mélange de charme solaire et de froideur altière. Le problème est, là encore, à reprocher à l’écriture : son personnage fictif est une pure facilité de scénario, utilisée dans un premier temps pour ouvrir les yeux à Django (et au public) que les tziganes souffrent, puis servant de deus ex machina chaque fois qu’il en a besoin. Cet artifice qui se voudrait romanesque empêche de plus à d’autres personnages d’exister. C’est notamment le cas des deux autres femmes de Django, à savoir sa femme et sa mère, dont le sort a si peu d’impact dramatique que cela en devient indécent. Etienne Comar semble n’avoir en tête que sa volonté de nous amener à cette scène de fin, certes musicalement brillante, mais qui n’est en fait qu’une odieuse prise d’otage émotionnelle. Il faut savoir que clore sur un hommage aux victimes inévitablement tire-larmes ne fait pas un bon film, c’est même plus souvent un constat d’échec.

Le génie musical du « king of swing », les tourments d’une communauté oppressée, la création artistique, la résistance… Django voudrait exploiter de nombreux sujets mais n’en traite finalement aucun. Son scénario et sa réalisation sont loin d’être aussi inspirés que les partitions de Django Reinhardt, et le film s’effondre littéralement sous sa propre ambition. On reste dans l’attente d’un film qui sache rendre un meilleur hommage à cette légende du jazz.

Django : Bande annonce

Django : Fiche technique

Réalisation : Etienne Comar
Scénario : Etienne Comar et Alexis Salatko d’après son roman « Folles de Django »
Interprétation : Reda Kateb (Django Reinhardt), Cécile de France (Louise de Klerk), Beata Palya (Naguine Reinhardt), Bimbam Merstein (Négros Reinhardt), Patrick Mille (Charles Delaunay)…
Image : Christophe Beaucarne
Montage : Monica Coleman
Décors : Olivier Radot
Costumes : Pascaline Chavanne
Productions : Olivier Delbosc, Marc Missonnier, Roamin Le Grand, Étienne Comar…
Sociétés de production : Arches Films, Curiosa Films, Moana Films, Pathé, France 2 Cinéma
Distribution : Pathé
Durée : 115 minutes
Genre : Biopic, drame historique
Date de sortie : 26 avril 2017
France – 2017

Jeff Goldblum rejoint le casting de Jurassic World 2

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Surprise : Jeff Goldblum rempile dans le rôle du séduisant Ian Malcolm dans Jurassic World 2, 20 ans après sa dernière apparition dans la peau du personnage.

« La vie trouve toujours un chemin » si cette réplique vous dit quelque chose, vous allez être ravis. Jeff Goldblum, icône de l’univers Jurassic Park, rejoint le casting de Jurassic World 2. Son personnage Ian Malcolm a fait sa première apparition dans Jurassic Park en 1993.  Il a tout de suite séduit les spectateurs à travers sa nonchalance et son humour impertinent. Goldblum avait réitéré l’expérience dans Le Monde perdu : Jurassic Park, où il était le protagoniste. Néanmoins le film reçoit à l’époque, en 1997, un accueil critique mitigé. Ainsi, l’acteur reprendra le rôle plus de 20 ans après. Il rejoindra B.D.Wong (Dr. Henry Wu) seul acteur de la trilogie originale à avoir repris son rôle, Sam Neil ayant refusé de remettre sa tenue d’archéologue. Jeff Goldblum rejoint le duo Chris Pratt (Les Gardiens de la Galaxie 2, Passengers…) et Bryce Dallas Howard (Peter et Elliott le dragon), déjà présent dans Jurassic World. Dans ce second opus, on retrouvera également Toby Jones (Captain America), Rafe Spall (Prometheus), James Cromwell (American Horror Story) et Ted Levine (Monk).

Si on ne connait pas encore l’importance du personnage de Ian Malcolm, on en sait déjà un peu sur l’intrigue du film. Réalisé par Juan Antonio Bayona, Jurassic World 2 devrait aborder la militarisation des dinosaures au sein du parc d’attraction. Ce concept est déjà introduit dans le premier volet. Deux noms de domaines ont été déposés allant dans ce sens : IslaNublarRescueMission.com et AllCreaturesHaveRights.com. De plus, Chris Pratt, interprète du dresseur de raptors Owen Gardy, a parlé d’une suite « plus sombre et plus effrayante » et qu’il « continuera à développer et à porter l’histoire d’une manière vraiment inattendue et que vous n’auriez pas imaginé ». Jurassic World 2 pourrait emmener la saga cinématographique de Spielberg dans une direction surprenante, inscrivant le film dans des enjeux contemporains. Avant même la sortie du premier Jurassic World, le réalisateur Colin Trevorrow annonçait le ton de cette nouvelle trilogie « Nous avons effectivement beaucoup discuté des épisodes ultérieurs. Nous voulions créer quelque chose qui serait un peu moins arbitraire et épisodique, un arc qui pourrait s’étendre sur plusieurs volets afin de former une histoire complète. »

Le long-métrage est prévu pour une sortie en juin 2018. Quant à Jeff Goldblum, on le retrouve dans la peau du Grand Maître dans Thor : Ragnarok en automne 2017.

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Les Gardiens de la Galaxie Vol.2, un film de James Gunn : Critique

Non content il y a 3 ans d’avoir fait de ses losers de l’espace la bouffée d’air du Marvel Cinematic Universe, James Gunn persiste et signe dans son délire avec Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 ! Une suite redoutée qui à l’arrivée est (heureusement) bien plus que ça : plus profonde, plus déjantée & plus fun. Bref, la suite hollywoodienne dans ce qu’elle a de mieux et accessoirement l’un des meilleurs opus du M.C.U.

Autant dire une surprise qui n’a d’ailleurs d’égal que les deux scènes jalonnant l’ouverture du film. Si la première semble faire écho au professionnalisme de Gunn qui, en substance, dit avoir su garder les pieds sur terre malgré le succès du premier volet ; c’est bien la seconde qui a son importance. La faisant se nicher en plein milieu d’une baston entre nos misfits et un poulpe crachant des gerbes multicolores, Gunn fait le pari de se focaliser sur un élément n’ayant en soit aucun rapport avec la scène qui se déroule sous nos yeux. Ce qui ne manquera pas de nous faire rire, car là où certains pourraient y voir de la frustration que d’être écartés de la scène et nourris seulement de ces bribes, d’autres (dont nous) y voient de l’audace :  l’audace de réussir à coucher dans une scène, qu’on se le dise obligée dans le tout venant du blockbuster, la véritable note d’intention du projet…

Better, Faster, Deeper

Puisque en mettant l’accent sur ses personnages et ce au détriment de l’action, James Gunn ne feint même plus de cacher son jeu. Pas question pour lui de sombrer dans la suite clinquante qui appelle de tout son être le grand spectacle ou la surenchère (typique lorsqu’on parle de suite) ; ni d’incarner une énième œuvre intercalaire glissée entre deux briques (Marvel appelle ça film) du MCU. Non, son truc à lui, ce n’est pas l’action et le gigantisme ; c’est l’émotion et l’intime. En clair, toucher du doigt l’éternelle bête noire des films où Stan Lee touche son 13ème mois : la profondeur. Voilà, on l’a dit. On pourrait le répéter, encore qu’on serait à nouveau surpris de l’écrire tant la maison à Idées n’a jamais vraiment brillé dans ce domaine, et ce depuis ses débuts. Douce ironie quand on y pense puisque c’est finalement à son artificier le moins enclin à participer au gigantesque multiverse, que Marvel doit d’enfin pouvoir compter sur un film à la densité folle. Et si on insiste autant la-dessus, ce n’est pas parce qu’on aime Marvel ou les pitreries de Gunn. C’est surtout parce que rien ne le laissait présager ; la promotion ayant su maximiser ses effets et bombarder les mêmes 15 minutes à chaque bande-annonce. La surprise est donc d’autant plus grande en ce qu’elle substitue l’action qu’on attendait à un versant humain, amer limite mélancolique qui n’a jamais été la priorité de la bande à Kevin Feige. Une révolution qui entraine tout son lot de surprises sur un film, bien aidé par un script, qui s’il perd beaucoup dans son intrigue, n’en demeure pas moins mieux loti dès lors qu’on parle sincérité, justesse & âme.

Freud, LSD et David Hasselhoff

Mais la surprise n’est pas qu’à créditer à cette veine très portée sur le spleen et la mélancolie. Non, les gardiens de la galaxie, avant le plaisir jubilatoire qu’ils sèment dans leur sillage, c’est une recette. Une formule. Prenez des gentils crétins au sourire Colgate, une palette de couleurs infusées au LSD, de l’humour & une playlist de musiques censée taper au cœur du chaland. Parlons en de la playlist d’ailleurs. On se gardera d’en révéler les titres mais là ou Gunn fait fort, c’est de toujours les inscrire dans une finalité logique. Fini en effet de balancer du David Bowie par pur effet de manche ou volonté de se faire remarquer. Ici, les musiques ont un but : amener l’émotion, distiller l’esprit d’équipe, le spleen (encore lui) ou même faire couler les larmes. Car oui, on s’en doutait un peu mais le dernier acte le confirme : le deuxième opus des Gardiens n’a plus rien à voir avec Marvel. Plus du tout. Même l’humour, pourtant caution historique de la firme, est ici dosé à merveille. Entre la condition humaine d’Ego (Kurt Russell) à l’aune de plusieurs blagues où les capacités de Mantis (Pom Klementieff) qui la font s’ouvrir au monde, le rire est partout et paradoxalement nulle part, constamment buté en touche par la gravité et le drame. Une ambivalence qui s’en ressent surtout à l’approche du grand bouquet final. Montant crescendo, le film se paie en effet le luxe de s’offrir une fin faisant cohabiter dans un joyeux bordel psychédélique, les affres et les questionnements inhérents à ce que représente la famille, les difficultés à la maintenir, Freud, Pac-Man, du fun et de la folie. Tout ça pour qu’au final, Gunn propose un plan final dont l’émotion n’a d’égal que sa pureté : celle d’une famille, un peu comme celle de Fast and Furious, qui nous a touché en plein cœur et dont le capital sympathie est désormais gravé dans le marbre du MCU.

Jouissif, fun et étonnamment sombre, Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 est bien la suite tant espérée aux aventures de Star-Lord, Gamora et consorts. Mieux encore, elle sait faire fi de son statut de suite et prendre le temps de s’intéresser à ses personnages, ce qui dans le tout venant marvelien suffit pour l’imposer comme l’œuvre la plus ambitieuse et fatalement sincère de Marvel.

Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 : Bande-Annonce

Synopsis : Musicalement accompagné de la « Awesome Mixtape n°2 » (la musique qu’écoute Star-Lord dans le film), Les Gardiens de la galaxie 2 poursuit les aventures de l’équipe alors qu’elle traverse les confins du cosmos. Les gardiens doivent combattre pour rester unis alors qu’ils découvrent les mystères de la filiation de Peter Quill. Les vieux ennemis vont devenir de nouveaux alliés et des personnages bien connus des fans de comics vont venir aider nos héros et continuer à étendre l’univers Marvel.

Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 : Fiche Technique

Titre original : Guardians of the Galaxy Vol. 21
Titre français : Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2
Réalisation : James Gunn
Scénario : James Gunn, d’après la série de comics Gardiens de la Galaxie
Interprétation : Chris Pratt  (Peter Jason Quill / Star-Lord) ; Zoe Saldana (Gamora) ; David Bautista  (Drax le Destructeur) ; Vin Diesel (Groot) ; Bradley Cooper (Rocket) ; Sean Gunn (Kraglin Obfonteri) ; Michael Rooker (Yondu Udonta) ; Karen Gillan (Nébula) ; Pom Klementieff (Mantis) ; Elizabeth Debicki (Ayesha) ; Kurt Russell (Ego) ; Nathan Fillion (Simon Williams) ; Sylvester Stallone (Stakar Vaughn / Starhawk)
Musique : Tyler Bates
Société de production : Marvel Studios
Société de distribution : The Walt Disney Company France
Genre : super-héros, action, science-fiction, space opera
Dates de sortie : 26 avril 2017

États-Unis – 2017

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Bates Motel, une série de Anthony Cipriano : critique

La série Bates Motel vient de s’achever lundi aux États-Unis après cinq saisons riches en rebondissements et meurtres divers. Que vaut-elle en comparaison de l’illustre Psychose d’Hitchcock lui ayant servi de modèle ?

Synopsis : Après la mort de son mari (qui n’a de mystère que pour le téléspectateur), Norma Bates décide de refaire sa vie loin de l’Arizona, dans la petite ville de White Pine Bay dans l’Oregon. Elle emmène avec elle son fils Norman, âgé de 17 ans, avec qui elle partage une relation fusionnelle compliquée, presque incestueuse.

En 1960, la sortie de Psychose, si elle essuie quelques critiques lui reprochant sa violence et sa noirceur, est un réel succès public. Comme toujours, succès rimant avec suites, l’original de Sir Alfred Hitchcock finira, plus de vingt ans après, par voir trois suites sortir (en 1983, 1986 et 1990) avec le toujours excellent Anthony Perkins dans le rôle de Norman Bates. Un remake plan pour plan de Gus Van Sant, où Vince Vaughn reprend le rôle du célèbre tueur, voit le jour en 1998. Le succès n’étant pas au rendez-vous, c’est à la télévision que reviendra Norman dans la série Bates Motel de 2012 à 2017. La série choisit non pas d’étendre l’histoire vue dans les films, mais de développer les relations d’un Norman Bates jeune et de sa mère. Si cette tentative de décrire la naissance d’un monstre populaire est louable, qu’en est-il réellement après cinq ans ?

La première saison pose l’essentiel : l’historique des Bates mère et fils et leurs relations fusionnelles mais houleuses. L’interprétation de Vera Farmiga, en mère au lourd passé et au tempérament de feu, est parfaitement contrebalancée par celle de Freddie Highmore dans la défroque de Norman. Malgré cela, il faudra attendre la deuxième saison pour voir le récit décoller réellement et se laisser prendre au jeu. Car autour de ces deux acteurs gravitent une pléiade de personnages plus ou moins bien croqués. Si le personnage du frère de Norman est plutôt bon, difficile d’accrocher, en revanche, au côté gravure de mode teen du reste du casting. C’est en cela que Bates Motel pêche un peu. Les rôles secondaires ne sont pas tous excellents, la pauvre Emma qui éprouve des sentiments forts pour Norman pour céder ensuite à son bellâtre de frère ne sert clairement à rien si ce n’est à ajouter une couche de pathos plus que dispensable. La pauvre se trimbale quand même, trois saisons durant une bonbonne d’air et un masque à oxygène dus à sa maladie, un look ringard et une mère alcoolique l’ayant abandonnée à un père strict. Tout ça pour au final ne voir que la pauvre mère apparaître furtivement lors d’un épisode de la saison quatre pour être liquidée par notre Norma/Norman préféré.

Tout au long de ces cinq saisons se greffent donc des axes narratifs, ni très intéressants, ni très utiles qui, sans nuire totalement à l’ensemble, l’allongent de façon artificielle. Heureusement malgré ces scories, la plongée dans la folie de Norman est, elle, lentement et intelligemment amenée. Grâce à la description minutieuse de l’étouffement de sa mère, le duel qui se joue à l’écran est souvent intense. Cette mère possessive, capable de passer d’une douceur angélique à une froideur ou une violence glaçante, va pousser petit à petit, saisons après saisons, le jeune Norman à la folie la plus totale. Les scènes de meurtres basées sur la possession du corps de Norman par sa mère, qui devient une des deux personnalités de notre jeune assassin, sont brèves, mais renforcent l’ensemble sans verser dans la violence gratuite. Aucun rapprochement avec une autre femme ne sera dès lors possible pour Bates sans voir Norma prendre le dessus et laisser, après chaque crime, un trou noir dans sa tête. En cela la série réussit à expliquer la perte d’identité (accentuée par la performance impeccable de Highmore dans un rôle difficile surtout après l’immense Perkins dans le rôle) de Bates.

Après quatre premières saisons culminant par le meurtre de Norma par son fils, le film rejoint la série dans cette cinquième et ultime saison via quelques clins d’œil habilement détournés. La fameuse scène de douche, si elle n’atteint pas le génie de celle d’Hitchcock en termes de mise en scène, permet toutefois un changement majeur, Bates étant, pour cette seule et unique fois, en pleine possession de ses moyens au moment du meurtre et non guidé par son autre personnalité. C’est d’ailleurs ce nouveau trauma qui va le faire dérailler, non plus vers la psychose, mais dans la folie totale.

La censure et les mœurs de l’époque ayant changé, la tendance étant à une ambiance sombre, le final de Bates Motel s’éloigne de ceux du film et du livre sur lesquels la série est basée.

Si le génie de l’œuvre d’Hitchcock reste indemne, saluons tout de même une série qui aura su atteindre son objectif, à savoir dépeindre la naissance d’un psychopathe, pour, au final, nous laisser avec un spectacle télévisuel de bonne facture à défaut d’égaler son chef d’œuvre de modèle.

Bates Motel : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=bMWyYtz0AaA

Bates Motel : Fiche Technique

Créée par Anthony Cipriano (2013)
Casting : Vera Farmiga, Freddie Highmore, Max Thieriot, Olivia Cooke, Kenny Johnson, Brooke Smith…
Genre : Drame, Policier, Thriller
Format  : 42 minutes
Premier épisode : 18 mars 2013
Épisode final : 24 avril 2017
Chaîne d’origine : A&E
Nb. de saisons : 5
Nb. d’épisodes : 50
Nationalité : Américaine

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Portrait : Kim Jee-Woon, le coréen fou et violent

Kim Jee-Woon : portrait d’un des plus grands auteurs de la nouvelle vague coréenne sans concession qui brasse les genres avec maestria et ambition depuis près de vingt ans.

A l’heure où les États-Unis nous servent la même formule à tour de bras et où notre vieille France ne voit que peu de films ambitieux sortir, la Corée du Sud est en plein essor. Parmi les très nombreux cinéastes intéressants à être arrivé ces dernières années, deux tiennent particulièrement le haut du podium : d’un côté Park Chan-Wook, dont la réputation depuis son Old Boy n’est plus à faire, renforcé l’année dernière par son magnifique Mademoiselle, et de l’autre, un électron libre passant avec aisance d’un genre à l’autre, mais marquant de son style chacune de ses claques filmiques, j’ai nommé, le bon, le brutal et cinglé Kim Jee-Woon.

A Quiet Family

Kim Jee-Woon débute sa carrière en 1998  avec la comédie déjantée The Quiet Family. Il enchaîne en variant les genres et en jouant de ses influences dans le drôle et touchant The Foul King racontant l’itinéraire d’un employé de banque malmené par son directeur désirant devenir catcheur. Changeant ensuite pour le film d’épouvante avec Deux sœurs, ce n’est vraiment que pour A bittersweet life en 2005 que notre ami KJW prend vraiment son envol.

« J’ai toujours aimé voir des films. J’ai commencé à en réaliser après avoir rompu avec ma copine. J’ai causé un accident de voiture, j’avais besoin d’argent. J’ai alors écrit un scénario. On l’a jugé tellement bizarre qu’on m’a proposé ensuite de le filmer moi-même. Aujourd’hui, le cinéma est aussi important pour moi que l’air que je respire. C’est comme un bouclier contre mon envie de me suicider. »

Débutant comme un drame tout ce qu’il y a de plus classique, A bittersweet life bifurque en cours de route vers le thriller dopé aux amphétamines avec punch-lines et coups de lattes dans tous les coins de l’écran. Le coréen affine sa maîtrise visuelle en enchaînant les cadrages soignés dans un montage rapide et lisible n’ayant rien à envier aux meilleurs films de Scorsese et de De Palma dont KJW est clairement l’héritier. L’élève se montre à la hauteur de ses ambitions folles et de ses références n’ayant pas à rougir non plus devant l’habileté du nouveau venu british Matthew Vaughn jouant sur le même terrain.

« Pour moi, un bon réalisateur cherche toujours les problèmes. C’est une façon de stimuler la créativité. »

De là, KJW s’essaye au western spaghetti (Qui a dit western-nem ?) façon Leone dans Le bon la brute et le cinglé. Si le métrage n’est pas exempt de quelques lourdeurs ou maladresses, le spectacle, lui, est complet.

Brassant aventures, actions, humour et rebondissements à gogo, Kim en fait des tonnes dans un pop-corn trépidant et délirant. Ce n’est pourtant que dans son film suivant qu’il devient célèbre un peu partout. En montrant le jeu du chat et de la souris entre un tueur en série en tout point monstrueux et le mari d’une de ses victimes, KJW repousse les limites de la violence sur grand écran. Refusant de prendre parti pour l’un ou pour l’autre, il préfère montrer la descente aux enfers d’un jeune veuf rendu obsédé par la vengeance de celle qu’il a perdue. Duel au sommet entre Lee Byung-Hun (déjà présent dans les deux précédents films du cinéaste) et Choi Min-Sik (vu également dans A quiet Family) au meilleur de leur forme et hommage au personnage de forçat incarné par Robert De Niro dans Les nerfs à vifs via une chemise de bûcheron rouge à carreaux témoignant encore une fois, s’il en était, de l’amour du réalisateur pour le cinéma de Scorsese.

« J’ai rencontré le Diable existe en réaction aux films de vengeance qui, à mes yeux, ne vont pas jusqu’au bout de leur propos, freinés par la morale. Ici il n’y a aucun salut de l’âme, jusqu’à ce que le héros devienne lui-même un monstre. Sur J’ai rencontré le Diable, j’ai pensé aux propos de William Friedkin au sujet de L’Exorciste, sur sa volonté de faire un film où il serait impossible pour le spectateur de détourner les yeux de l’écran. »

Le film est un électrochoc et confirme KJW sur la scène mondiale. Repéré par l’ex-gouvernator Schwarzenegger himself, le coréen fou débarque aux States pour shooter le retour d’Arnold dans la peau d’un shérif vieillissant ayant à faire face à un taulard évadé devant passer la frontière mexicaine en traversant son bled paumé. Si le script de The Last Stand n’est pas des plus originaux, la mise en scène de Kim Jee-Woon fait une nouvelle fois fureur en enchaînant les plans séquences et les scènes d’action violentes et décomplexées. Pourtant public et critique boudent le film et KJW de repartir dans sa Corée natale.

Il faut attendre 2016 pour le voir revenir avec cette fois un film d’époque sur l’occupation japonaise face à la résistance coréenne dans The Age of Shadows. Kim Jee-Woon brouille encore les pistes avec ses personnages, multiplie les plans et montages rigoureux pour mieux nous perdre dans une toile fascinante. Le grand oublié de 2016, c’est bien lui, car entre le choc cannois mérité de Park Chan-Wook, les errements zombiesque rythmés, mais bien trop surestimés de Yeon Sang-ho (Dernier Train pour Busan) et l’ambitieux, beau, mais un peu brouillon The Strangers, le nouveau Kim Jee-Woon est passé presque inaperçu en  France squattant rapidement le Festival du Film Coréen à la fin octobre. Aux États-Unis, le film produit par la Warner Bros (premier film en coréen à être produit par la vieille enseigne) est nominé dans la catégorie du meilleur film étranger. Espérons que la sortie Blu-ray française ne se fera pas attendre comme les premiers films du réalisateur et prions que son prochain film ait enfin les honneurs d’une sortie en salles digne de ce nom.

« La Nouvelle Vague a débuté en 1998 et j’ai débuté au même moment. Je pense que ce qui se passe en ce moment dans le cinéma coréen est véritablement important pour le futur de cet art dans notre pays… Tout ceci n’est pas vraiment mon opinion personnelle, mais plutôt ce que je retrouve régulièrement dans la critique… C’est bien plus poli de le présenter comme ça que de dire que je suis effectivement l’un des réalisateurs les plus important de la nouvelles vague (rires). »

Filmographie Kim Jee-Woon

1998 : The Quiet Family (조용한 가족)
2000 : The Foul King (반칙왕)
2003 : Deux sœurs (장화, 홍련)
2005 : A Bittersweet Life (달콤한인생)
2008 : Le Bon, la Brute et le Cinglé (좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈)
2010 : J’ai rencontré le Diable (악마를 보았다)
2013 : Le Dernier Rempart (The Last Stand) (également directeur de la photographie)
2016 : The Age of Shadows (밀정)

La série Taboo est enfin diffusée en France sur Canal + Séries !

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La série événement Taboo, avec le comédien britannique Tom Hardy dans le rôle-titre, est diffusée chaque samedi depuis le 15 avril sur les antennes de Canal + Séries. Les huit épisodes de la série sont également accessibles à la demande et sans aucun frais supplémentaires sur la plateforme et l’application My Canal pour tous les abonnés.

L’une des séries les plus attendues de 2017 est enfin accessible en France grâce au groupe Canal + ! Taboo est une œuvre totalement hors norme. Le scénario est basé sur une idée originale de Steven Knight, du comédien Tom Hardy et de son père, le romancier Edward John « Chips » Hardy. Ce programme mêle habilement reconstitution historique et l’étrange. Les passionnés de la filmographie de Tom Hardy vont être aux anges avec cette série exigeante. Le pitch prometteur entraîne les téléspectateurs dans un voyage vers l’occulte et le mystère au cœur de la vie londonienne du début du XIXème siècle.

1814. L’aventurier James Keziah Delaney revient à Londres, diamants volés en poche, afin d’assister à l’enterrement de son père décédé de maladie mentale. Alors que tout le monde le croyait mort depuis plus de dix ans, James réapparaît, fidèle à sa légende sulfureuse d’homme violent que son exil africain a nourri de sorcellerie. Les intentions de cet aventurier énigmatique, violent et détenteur de pouvoirs occultes, restent obscures. Pourquoi est-il revenu ? Quelle est l’odeur de soufre qu’il traîne derrière lui ? Homme tourmenté et changé, il constate que son pays, l’Angleterre, est en guerre avec la France et les États-Unis. Le retour de James menace de perturber les aspirations de sa demi-sœur Zilpha et de son époux Throne, ainsi que les ambitions de la Compagnie des Indes orientales, présidée par Sir Stuart Strange. Suite au décès de son père, James hérite d’un lopin de terre stérile du nom de Nootka, situé entre les États-Unis et le Canada. James mettra sa vie en danger face aux plans de la Compagnie des Indes Orientales et de la Couronne d’Angleterre pour défendre cet héritage.

Taboo dispose d’une distribution des rôles exceptionnelle. Le casting regroupe notamment Tom Hardy, Jonathan Pryce, Marina Hands, Oona Chaplin, Jessie Buckley, David Hayman et Stephen Graham. Ce programme est coproduit par Ridley Scott. Les quatre premiers épisodes ont été réalisés par Kristoffer Nyholm. La seconde partie de la saison (les épisodes 5 à 8) ont été tournés par Anders Engström.

La série événement Taboo est diffusée en France chaque samedi, depuis le 15 avril dernier, en prime time sur les antennes de Canal + Séries. La chaîne cryptée diffuse deux épisodes à chaque fois. L’intégralité de la première saison de Taboo est accessible sans frais supplémentaires via l’interface et l’application My Canal et Canal + à la demande.

La noirceur de la série, la qualité de la bande-son, la performance de Tom Hardy, le soin apporté à la reconstitution historique et la richesse des images font partie des atouts indéniables du programme diffusé en exclusivité par le groupe Canal + en ce mois d’avril en France.

En mars dernier, la confirmation d’une saison 2 a été officialisée. Cette série phare de la BBC dispose de plans ambitieux comme le dévoilait la rédaction de Première il y a quelques mois déjà. Le showrunner Steven Knight (Les Promesses de l’ombre, Peaky Blinders) table sur une base solide de trois saisons pour Taboo.

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24 City, un film de Jia Zhang-ke : critique

Après Still Life et avant A Touch of Sin, 24 City démontre à la fois la maîtrise technique et l’inventivité d’un des grands cinéastes actuels, Jia Zhang-ke.

Synopsis : Dans la ville de Chengdu, l’usine d’armement 420 va fermer et son site sera employé pour construire un complexe de luxe. D’anciens ouvriers se souviennent et témoignent de leur vie à l’ombre de cette usine monumentale.

Après trois films qui, en Occident, n’ont connu que des sorties confidentielles, Jia Zhang-ke s’est fait connaître d’un public plus large avec The World, puis Still Life, qui obtiendra le Lion d’or à Venise en 2006. Le film imposait un « style Jia Zhang-ke », fait d’un équilibre entre ultra-réalisme documentaire et contemplation poétique.

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C’est après cette grande réussite que le cinéaste réalise 24 City, film dans lequel il pousse encore plus loin cet équilibre perturbant. En effet, là où Still Life restait une oeuvre de fiction inspirée de la réalité sociale, 24 City abolit complètement la frontière entre fiction et documentaire. L’usine 420 existe bel et bien et Jia filme son inexorable démantèlement. Et parmi les personnes qui sont interrogées, certaines sont vraiment d’anciens ouvriers qui racontent ce qu’ils ont vécu, et d’autres sont des acteurs qui jouent des rôles. Mais ces rôles sont eux-mêmes inspirés de faits réels.

24 City s’impose donc, d’abord, comme une œuvre hybride, qui cherche à transcender les genres classiques du cinéma. La réalité est sublimée par l’impressionnante maîtrise technique et les splendides plans contemplatifs qui émaillent le film et, d’un autre côté, l’art se met au service de la vie quotidienne la plus triviale. Jia Zhang-ke a une capacité unique à mêler les deux pour transformer la vie banale en une œuvre poétique intense.

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Le spectateur pourrait être en droit de se demander pourquoi le cinéaste choisit un tel procédé. Jia ne se contente pas d’en faire une coquille vide. Son but est double.

Il s’agit d’abord de faire la description de personnages attachants et de leur rapport à l’usine en particulier et au travail en général. L’immense manufacture ne se contentait pas de donner du travail à des milliers d’employés, elle assurait aussi une certaine protection sociale. Travailler là-bas, c’était bénéficier d’avantages sur de la nourriture, par exemple. Et l’usine assurait une vie confortable à des familles entières ; des ouvriers venant des campagnes pouvaient se permettre d’envoyer de l’argent à leurs proches.

En fait, lorsque l’on recoupe les différents témoignages, on se rend compte que l’usine recouvrait tous les aspects de la vie de ses employés : espaces culturels, terrains de sports, dortoirs, cantines, écoles… Les ouvriers pouvaient passer toute leur vie dans l’ombre bienveillante de la manufacture.

Il y a un autre aspect au projet de Jia Zhang-ke. Les premières scènes du film nous montrent une foule immense qui passe les porte de l’usine. Une chorale chante un hymne à la gloire de l’État chinois. Les ouvriers sont tous assis dans une immense salle alors que, sur la scène, se tient le comité directeur. Les images ne sont pas choisies au hasard : on se croirait en plein congrès du Parti Communiste Chinois. Et Jia va filer sa métaphore durant tout le film : l’usine 420 est à l’image de la Chine elle-même.

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Le réalisateur reprend alors le thème qui traverse toute son œuvre, de The World à A Touch of Sin : la description de la Chine contemporaine. Une Chine en pleine transformation, faisant table rase de son passé sans un regard en arrière et sans s’inquiéter un seul instant du sort de ceux qu’elle laisse sur le bord de la route. Le cadavre de l’usine en ruines offre une image saisissante du pays ; les bâtiments s’effondrent alors que résonne l’Internationale : le symbole est fort.

La stabilité sociale représentée par l’usine fait place à la précarité liée à l’ultra-libéralisme. Une nouvelle génération est au pouvoir, plus ambitieuse. La Chine est un immense chantier à ciel ouvert où, comme dans l’usine 420, on récupère tout ce que l’on peut recycler du passé avant de le raser. Et la fumée issue de l’effondrement des bâtiments se confond avec le nuage de pollution qui inonde la ville en permanence.

Jia Zhang-ke ne se contente pas de chercher vainement à transcender les genres, il emploie les moyens du cinéma, qu’il maîtrise à la perfection, au profit d’un portrait de la Chine contemporaine loin des images officielles données par les dirigeants. Ce mélange unique de documentaire nostalgique et émouvant et de cinéma poétique, servi par des images splendides, donne un résultat surprenant mais remarquable.

24 City : Bande annonce

24 City : fiche technique

Titre original : Er shi si cheng ji
Réalisateur : Jia Zhang-ke
Scénario : Jia Zhang-ke, Zhai Yongming
Interprètes : Joan Chen (Gu Minhua), Zhao Tao (Su Na), Liping Lu (Da-li).
Photographie : Yu Likwai, Wang Yu
Musique : Yoshihiro Hanno, Lim Giong
Montage : Lin Xudong, Kong Jinlei
Production : Jia Zhang-ke, Shozo Ichiyama, Wang Hong
Sociétés de production : bandai Visual Company, Bitters End, China Resources, Office Kitano, Shanghai Film Group, Xstream Pictures.
Sociétés de distribution : Ad Vitam Distribution, MK2 Diffusion.
Date de sortie en France : 17 mai 2008
Genre : documentaire, drame
Durée : 112 minutes

Chine-2008

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Aurore, un film de Blandine Lenoir : critique

Aurore est un film léger qui se veut cependant militant. Il représente une femme de 50 ans qui prouve à la société qu’elle est encore bien vivante. Porté par Agnès Jaoui, le film s’en sort grâce à son humour, malgré un côté très théorique sur le féminisme et ses combats d’aujourd’hui.

Invisible, mais pas résignée

Aurore, portrait réalisé par Blandine Lenoir (assistée par de nombreux co-scénaristes ou consultants dont Jean-Luc Caget qui formait autrefois un duo avec Solveig Anspach), est le récit d’émancipation d’une femme de 50 ans. L’objectif majeur du film est de la rendre visible et la plus proche possible des femmes de son âge, quitte à revenir un peu trop souvent sur cette question d’âge. Aurore va donc voir ses enfants quitter le nid, la ménopause pointer le bout de son nez (à grands coups de bouffées de chaleur) et la reconversion professionnelle lui retirer son statut de serveuse au profit de celui de femme de ménage. Le récit est très souvent militant, on peut ainsi croiser l’amie de la fondatrice d’une maison de retraite collaborative dans un rôle parfait pour elle ou encore le discours de Françoise Héritier. On y voit aussi des conseillères Pôle Emploi revendicatrices. Tous ces propos sont fort bienvenus sauf qu’ils donnent l’impression d’un discours un poil revanchard et pas toujours justifié ou du moins bien amené. La faute à un personnage certes impeccablement interprété par Agnès Jaoui, mais bien trop lisse. Blandine Lenoir s’amuse pourtant à la mettre dans des situations burlesques qui font comprendre qu’elle vit comme une seconde adolescence, voyant son corps changer et les portes ne plus s’ouvrir devant elle (image utilisée à plusieurs reprises) aussi métaphoriquement que réellement (les portes automatiques ne s’ouvrent pas quand elle les approche). Les acteurs qui entourent Jaoui sont eux aussi formidables, ils font partie de la « troupe » de Blandine Lenoir selon ses propres mots et les rôles ont été écrits sur-mesure pour eux, ça se sent, d’où les rires qui fusent dans la salle. Hommes ou femmes sont ici des êtres un peu gauches, qui refusent de subir, veulent agir ou en tout cas essayent de s’en sortir comme ils peuvent. Plusieurs femmes sont présentées, et à travers elles plusieurs générations qui font l’expérience de la vie et des choix qu’elles devront faire pour se sentir aussi libres qu’aimées, entourées.

Une question de représentation

Le ton volontairement léger ne cache qu’en surface la volonté militante du projet, très soulignée dans les discours des personnages, parfois très programmatiques. La revanche se distille et quand Aurore explique à une conseillère pôle emploi qu’elle a travaillé pour son mari pendant 15 ans, sans être véritablement déclarée, l’indignation reçue en retour tombe presque à l’eau tant cela ne semble pas avoir été subie par Aurore elle-même. Quand elle le reproche ensuite à son mari incrédule (en plus joué par l’inoffensif et génial Philippe Rebbot) qui, lui, pense « on » a fait une connerie, Aurore n’est presque pas convaincante tant ce sont les mots d’une autre qui entrent dans sa bouche. Ajouter à cela, le côté comédie romantique qui consistera pour Aurore à reconquérir son amour de jeunesse qu’elle avait quitté pour son meilleur ami, le propos fini par se perdre dans mille pérégrinations. On manque en plus parfois de recul ou d’approfondissement. Ainsi, quand Aurore séduit, elle se pare de vêtements (que sa fille l’aide à choisir), se maquille, joue donc de son corps (qui d’ailleurs est sifflé par un homme qu’elle rembare, scène assez jouissive comme quelques autres). Or, ce rapport au corps, à la séduction, n’est que survolé alors qu’il est pourtant central. Blandine Lenoir dit elle-même « on a choisi les vêtements d’Aurore avec Agnès, je les voulais colorés, près du corps, qu’on voit tout, les formes, sans fard ». Le plus embêtant est surtout que Blandine Lenoir (rencontrée à l’occasion d’une projection du film) semble vouloir défendre une vision unique du cinéma par lequel la représentation des femmes à l’écran devrait répondre à un certain canevas, comprenez ressembler à tout le monde et à personne à la fois. La question qui se pose est donc la suivante : qu’est-ce que le cinéma doit-être finalement : un vecteur de rêve, une usine à millions (représentée par les blockbusters, peu inquiétés par les questions de représentativité qui se règlent avec deux-trois règles de parité vite digérées et détournées) ou encore une image de nous, une représentation fidèle au pourcentage près (à savoir que les femmes de plus de 50 ans représentent 51% de la population des majeurs en France) ? Le cinéma est en effet un formidable outil de représentation (depuis ses origines devant les usines Lumières), de lutte et permet de véhiculer des messages, mais pas seulement. Les femmes au cinéma ne sont pas toujours assez présentes ou souvent cantonnées à des rôles de mères surtout après 50 ans (le dernier Telle mère telle fille qui voit s’embourber Juliette Binoche ne dira pas le contraire). La véritable question, que le film aborde finalement assez peu, à part peut-être à travers les personnages dans leur maison de retraite collaborative, est celle de la place que nous sommes prêts à accorder à ces femmes-là, à leurs liens aux hommes, au travail, au monde et à leur élan de vie, de vivacité qui devrait être possible à tout âge. Aurore est donc un film qui se veut nécessaire mais qui risque par sa forme et son fond de ne prêcher finalement que pour sa propre paroisse, au risque de perdre en chemin ceux qu’il voudrait ou devrait convaincre d’une nécessaire solidarité humaine et cela en menant une lutte commune contre les discriminations subies (la question de l’intersectionnalité est ainsi rapidement abordée par le film).


Focus : la place des femmes dans les films français sortis entre janvier et avril en 2017 

Depuis janvier, 74 films français sont sortis en salles dont 25 réalisés par des femmes. 24 de ces 74 films mettent en avant un personnage féminin (ici on parle de personnage principal) dont trois ont 50 ans ou plus avec Paris la blanche, Sage femme et Aurore.


Aurore : Bande annonce

Synopsis : Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ?

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Aurore : Fiche technique

Réalisation : Blandine Lenoir
Scénario : Blandine Lenoir, Jean-Luc Gaget
Interprétation : Agnès Jaoui, Thibaut de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Suco, Lou Roy Lecollinet!
Photographie : Pierre Milon
Montage : Stéphanie Araud
Musique : Bertrand Belin
Producteurs : Antoine Rein,Fabrice Goldstein
Société de production : Karé production
Distribution : Diaphana Distribution
Genre : comédie
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 26 avril 2017

France – 2017

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Interview de Damien Leblanc, Les Révolutions de Mad Men

Pendant le festival Séries Mania, rencontre avec Damien Leblanc, auteur d’un essai conséquent sur Mad Men, nommé Les Révolutions de Mad Men.

Les Révolutions de Mad Men, disponible depuis le 28 mars 2017, réfléchit ainsi la série de Matthew Weiner diffusée entre 2007 et 2015 sur AMC. La note de l’éditeur : « Durant sept saisons, elle a montré l’Amérique des années 1960 à travers le regard de personnages évoluant dans la publicité, façonnant le rêve américain. Entre élégance visuelle, univers narratif original, héros mélancolique et évolutions politiques, elle s’impose comme un grand portrait de la société américaine passée et actuelle. »

Attention, si vous n’avez pas terminé la série, l’écrit comme l’interview vous dévoileront des éléments conséquents de l’intrigue. Vous voilà prévenus, maintenant, place à la rencontre.

Damien Leblanc, qui êtes-vous ?

« Je m’appelle Damien Leblanc, j’ai 34 ans. Je suis à la base fan de cinéma et de séries, et critique de cinéma depuis 10 ans. J’ai commencé pendant mes études à écrire dans des magazines étudiants, et puis il y a dix ans, de façon professionnelle. Petit à petit les séries télévisées sont devenues de plus en plus importantes. J’ai commencé à écrire sur des shows comme Un Village Français, Mad Men. Et je travaille pour Première depuis quatre ans. »

Écrire un essai sur l’ensemble de Mad Men n’avait pas encore été fait jusqu’ici. La série avait été évoquée ici et là, à l’image de son héros plus ou moins travaillé et théorisé.

« Au départ, pendant la diffusion de la série, j’ai écrit différents articles à son sujet. Et j’ai vu que pas mal de sites, de blogs français faisaient des comptes rendus de saisons et d’épisodes, donc c’était une vision de Mad Men un peu partielle à chaque fois. Un livre est sorti en France en 2011, mais c’était vraiment un livre photo, avec les coulisses de la série, la production… »

C’était plutôt promotionnel. 

« Oui, c’était un peu promotionnel. C’était un « beau livre » comme on dit. Et donc, Les Révolutions de Mad Men est le premier essai en français. Il y en a eu quelques-uns en anglais, dont Mad Men, Death and the American Dream, publié l’an dernier par Elisabeth Bronfen. Et les articles de la presse française sur la série ont été nombreux, je m’en suis rendu compte en écrivant le livre. Mais c’est vrai que des analyses sur l’ensemble de la série, sur les sept saisons qui permettent d’avoir une vision d’ensemble, il n’y en a pas vraiment. Et puis ça demande du temps. Analyser une série dans son intégralité pour en écrire plus de dix pages, ça demande beaucoup de temps. Même un article pour internet ou un journal sur une série, ça prend déjà plusieurs jours, plusieurs semaines pour l’analyse. Il faut déjà le temps de revoir le show. Je ne trouve pas ça évident.

Je trouve ça très dur et très plaisant en même temps. Parce qu’une série a tellement de choses à dire, c’est tellement long… Si on veut s’arrêter sur chaque scène d’un pilote, par exemple celui de Twin Peaks, on peut faire un article de quarante pages, parce que c’est sans fin, ça peut être très long.

Mon idée était vraiment d’attendre la fin de la série pour avoir du recul sur cette passionnante série. Je pense que tant qu’on ne connaît pas la fin d’une série, on ne peut pas totalement avoir un discours complet sur les personnages, notamment sur Don Draper, totalement énigmatique. Il faut vraiment attendre la dernière image de la série pour commencer à savoir quoi penser de ses agissements. »

Les Révolutions de Mad Men sont celles du récit de la série : sociales, historiques, et celles propres aux personnages ?

« Oui, c’était l’idée. J’aime beaucoup cette série depuis le début, mais c’est vraiment à la saison 4 – d’ailleurs la première que j’ai regardée en direct –, que la série change vraiment. Elle devient plus légère, plus drôle. Elle rentre plus dans les années 60 avec la libération des mœurs. Même le style de la série, avec ses couleurs, devient plus moderne. Il y a plus d’humour, de décontraction. Et en fait je suis parti de ça : une série qui arrive autant à changer en plein milieu. Vraiment la saison 4 est la saison centrale. Du coup, je me suis interrogé, et je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement une série nostalgique ou critique des années 60, mais une réflexion sur une décennie entière de changements, d’évolution. Don Draper notamment, toute la première saison tourne autour du vol d’identité, et c’est déjà l’idée du changement. Avant même que la série commence, il a changé d’identité, de classe sociale. La question est alors : à quel point est-il prêt à changer pour être bien dans sa peau ?

Voilà, l’idée de changement dans Mad Men est narrative, politique, esthétique, et elle concerne ces personnages qui se sentent tous obligés de devoir évoluer pour s’adapter et ne pas être largués. Au cours de la série, certains personnages disparaissent. Il y a cette impression que Mad Men présente un univers dans lequel il faut s’accrocher pour avoir le droit d’aller au bout de la série, soit dix ans de vraies mutations sociales et politiques décrites de façon précise je trouve. Même si ça n’a pas l’air d’être le sujet principal au début. On a plus l’impression que c’est une série sur le machisme et sur des hommes qui fument et créent des pubs. Mais, c’est une réflexion sur l’Amérique, comme mythe du changement permanent. Je pense que le créateur s’interroge là-dessus : qu’est-ce que ce pays où il faut se réinventer pour survivre ? »

Justement, vous l’écrivez dans l’épilogue du livre (page 126). Et aussi que Weiner capte un cycle qui pourrait revenir au présent.

« Il y a des retours en arrière dans la série. Par exemple, Don Draper dans certains épisodes de la dernière saison ressemble au Draper du début. Weiner dit lui même que toute révolution se termine par une espèce de retour à l’ordre. Il cite Mai 68, mais aussi la révolution française. Il explique qu’après chaque révolution, il y a la menace du retour d’un ordre ancien. Ce qui est assez intéressant avec Mad Men, de nos jours, c’est que la diffusion a commencé quand George W. Bush était président. Puis Obama a été élu une semaine après la saison 2 (2008). Et la série s’est terminée en 2015 à un moment où on pensait qu’Hillary Clinton serait élue. Finalement on se rend compte qu’après la fin de la série, c’est Trump qui est élu. C’est facile à dire, mais c’est d’une certaine façon un retour en arrière de l’Amérique dans le sens où il s’est beaucoup référé aux années 80. Trump est un peu une créature des années 80. On doit reconnaître que c’est une sorte de retour du machisme. Justement je trouve que Mad Men arrive inconsciemment à traiter ça, c’est-à-dire du fait que toute révolution n’est jamais définitive et que tout progrès peut cacher de profonds conflits… Dans le livre, je fais un lien entre la façon dont la série parle du Vietnam, et celle dont le 11 septembre (2001) a été traité aux États-Unis. Et je me demande : est-ce que les guerres de l’Amérique ne sont pas des choses qui reviennent ? Une forme de cycle donc ? »

Le générique de Mad Men : chute d’un personnage et de son espace et de ses affaires dans les mensonges qu’il a créés, et qui le constituent.

Vous avez écrit que Weiner fait avec Mad Men un voyage fantasmatique dans le passé. Et en même temps, il n’hésite pas à représenter les mensonges et façades de la société américaine, que vous réfléchissez au début du livre. Même le quotidien de Don Draper est un mensonge parce qu’il trompe sa femme et possède une identité qui n’est pas la sienne. Et son travail consiste à créer du mensonge et à en vendre.

« Effectivement, la position de Weiner par rapport à sa série est assez ambiguë. Il veut à la fois prendre une distance sur ces années-là, et en même temps, il ne peut pas s’empêcher d’être fasciné par ce monde. Et du coup, il décrit ce monde comme un univers du mensonge et de l’illusion. Weiner est né en 1965, et son idée était de prendre un recul sur la génération de ses parents. Et en même temps, je pense qu’il a beaucoup fantasmé ces années 60. La mort de Kennedy, lui n’était pas encore né et ne l’a pas vécue. Et même si c’est une série extrêmement précise, extrêmement documentée, je pense qu’il met beaucoup de lui-même. En choisissant le milieu de la pub, il sait qu’il va insérer une part d’illusion, de fantasme, de duperie, tout en parlant de lui adulte.

Weiner a l’air de critiquer le monde de la publicité, celui du mensonge, et en même temps il finit la série sur une publicité Coca Cola très connue dont il dit qu’elle est selon lui extraordinaire et fascinante. C’est comme si il aimait bien le mensonge, finalement. »

Ne peut-on pas retrouver cette fascination mêlée à un recul avec le personnage de Bert Cooper face à l’événement des premiers pas de l’homme sur la lune (saison 7 – épisode 7 : « Waterloo ») ? Alors qu’il vient d’entendre le fameux « un petit pas pour l’homme, un grand pour l’humanité » de Neil Armstrong, il dit à voix haute « bravo ». Il a ainsi cette fascination pour la technologie, et même temps, vous avez noté que c’était des félicitations pour le meilleur slogan jamais inventé.

« Oui. Bert Cooper meurt ce soir là. Le soir de sa mort est le soir où il découvre les premiers pas de l’homme sur la lune. Et il a surtout l’air émerveillé par le slogan. Il se dit : oh c’est génial, ils ont réussi à résumer ce moment en une phrase que tout le monde retiendra. Et là, par contre, je ne pense pas que c’est cynique. Je pense que Matthew Weiner est vraiment ému. D’ailleurs c’est quelqu’un de très ému par ses personnages. Je pense qu’il a un vrai amour pour ses personnages. Et je pense que cette séquence où Bert Cooper décède est une séquence dans laquelle Matthew Weiner a mis beaucoup d’intensité émotionnelle en se disant qu’il voulait lui donner une belle mort. Et en gros, une fois qu’il a entendu un slogan publicitaire sublime et qu’il salue la façon dont on vend l’Amérique, et la conquête spatiale américaine. »

C’est hyper fédérateur.

« Oui, c’est ça. Il parle de l’humanité donc du monde entier. C’est une bonne question, je n’y avais pas pensé, ce passage de l’homme sur la lune peut annoncer la fin avec la publicité Coca Cola, dans laquelle on parle du monde entier, de l’humanité, de la planète entière, alors qu’en fait c’est quand même l’Amérique qui est vendue. Coca Cola est une marque américaine, quand on en achète, l’argent revient à l’Amérique. Et le premier pas sur la lune est une mission américaine. Donc effectivement dans la série, et cette scène de Cooper en est l’exemple, il y a l’idée de vendre l’Amérique avec des slogans qui semblent s’adresser à la planète entière. Mais là, il y a peut-être une toute petite critique de Weiner. Il a ce recul par rapport aux États-Unis dans le sens où il adore le cinéma européen, la France… Il parle de l’Amérique, mais il a quand même conscience qu’elle a beaucoup emprunté aux autres cultures, et que ça reste un pays jeune. Il a conscience que les États-Unis ne sont pas le centre du monde. D’ailleurs sa prochaine série, The Romanoffs, parlera plutôt de la Russie. »

« Mad Men est la quête d’un homme qui essaie de comprendre quelle est sa place dans le monde. »

– Damien Leblanc –

La fin de Mad Men donne l’impression d’assister à la fin d’une quête épique.

« On a l’impression qu’à la fin, il se reproche moins d’avoir volé l’identité de quelqu’un que de ne pas avoir réussi à en faire une œuvre digne de ce nom. La fin reste ambiguë. Finalement c’est peut-être dans le tout dernier plan que Don accepte d’être Don Draper le publicitaire, un mauvais père… La série met donc sept saisons à ce que Don accepte d’être un imposteur, et ça se fait par étapes et différentes strates : le travail, la famille.

Dans le dernier plan, on entend une petite sonnette, ce qui veut dire que « paf » : l’idée ultime arrive dans la tête de Draper. Ce qui est ambigu est que cette publicité a été créée par quelqu’un d’autre que Draper dans la vraie vie, mais elle a été effectivement créée par la véritable agence McCann-Erickson qui achète Sterling-Cooper à la fin de série. Donc, ça pourrait être l’inspirateur de cette pub, tout comme ça pourrait ne pas l’être. Je parle notamment de l’idée d’« un paradis ». C’est comme si les personnages recherchaient un paradis, un lieu, une espèce d’Eldorado, d’utopie ultime. La saison 1 parle d’ailleurs de l’utopie. Je pense que Cooper avec le voyage sur la lune, et Don Draper à la fin sur cette colline entourée de hippies avec la mer derrière lui… Ces personnages ont atteint leur propre paradis. Cooper peut mourir quand il a vu la lune à la télévision, c’est son paradis. Don Draper ne meurt pas à la fin de la série, mais la série peut s’arrêter parce qu’il a trouvé son Eldorado. D’ailleurs au début de la saison 7, il regarde un film chez Megan, Les Horizons Perdus (Frank Capra, 1937) qui parle d’un lieu paradisiaque. »

Ci-dessous, Don Draper trouve son « paradis ».

Vous avez écrit que Mad Men portait les fantômes des années 50.

« Pour Matthew Weiner, les films situés au début des années 60 parlent en fait de l’ancien monde des années 50, c’est-à-dire une époque très pesante où il y avait le Maccarthysme… Les mœurs n’étaient pas encore libérées. Il y avait le poids des règles morales. Pour lui, cette libération n’intervient que dans le milieu des années 60. Le début de la décennie est encore pesant, on essaye de s’extraire des règles sociétales, de l’atmosphère pesante, sans y arriver. C’est comme s’il y avait des fantômes qui nous tiraient en arrière en permanence. Toute la série parle de comment les spectres et les souvenirs du passé constituent une référence dont on ne peut pas totalement s’extraire. On ne peut pas uniquement vivre sans penser à des choses traumatisantes du passé. Don Draper est un personnage hanté par son propre fantôme. Il y a presque une culpabilité à être quelqu’un d’autre. L’Amérique demande en permanence à se réinventer, à être nouveau, moderne… Mais il y a une culpabilité dans le fait de se réinventer. D’ailleurs l’épisode « The Phantom » (saison 5 – épisode 13) est hanté par le suicide de Lane Pryce. C’est comme si le suicide du demi-frère de Don Draper dans la saison 1 et celui de Lane Pryce se répondaient, et montraient que le passé menaçait toujours de revenir afin qu’on s’interroge sur qui on est vraiment. »

On a d’ailleurs le personnage de Bert Cooper qui va revenir en tant que spectre dans un moment de comédie musicale (saison 7 – épisode 7 encore). Et il faut rappeler que son interprète Robert Morse est un ancien acteur-chanteur-danseur de comédie musicale (How to Succeed in Business Without Really Trying, entre autres).

« Oui c’est ça. Beaucoup des personnages de Mad Men voient leurs doubles ou une version ancienne d’eux-mêmes frapper à la porte. Jusqu’au bout, on évoque les morts et les parcours. Même Peggy, personnage le plus moderne, dans un des derniers épisodes, son collègue Stan lui reparle de l’enfant qu’elle a abandonné et de la condition des mères. Et elle doit repenser à cet enfant qu’elle a abandonné, à ce spectre qui la poursuit. Tous ces personnages, qui ont l’air de faire un bond en avant, de finir dans la lumière avec un sourire radieux… On nous rappelle qu’ils ont laissé derrière eux des perdants, sortes de doubles qu’ils ont eus à un moment donné. Et on a Betty Draper qui meurt à la fin, comme si les années 70 allaient être hantées par cette image de femme au foyer des années 50, qui ne disparaitra jamais complètement. »

Bert Cooper, spectre bienveillant, chantonnant et dansant.

Elle n’a d’ailleurs pas eu le temps de s’épanouir en tant que femme et individu comme elle le voulait. Elle désirait obtenir un diplôme de psychologie à l’université, elle perd un amour avec le départ du jeune Glen au Vietnam. Tous ses désirs meurent dans cette décennie, avec elle.

« Oui. Betty Draper est un peu le seul personnage dont le destin est inachevé. Elle n’a pas le droit de rentrer dans les années 70, ni de gouter au nouvel hédonisme qui libère les personnages. L’idée des fantômes, c’est aussi l’idée de ce qui est inachevé. Je le dis dans le livre à propos des femmes dans la série : beaucoup de femmes s’émancipent, se libèrent ; d’autres restent prisonnières comme Betty qui meurt, ou l’ancienne amante de Pete Campbell qui a subi des électrochocs et dont le souvenir pourrait peser sur la conscience de Pete, qui de son côté réussit. »

Les Révolutions de Mad Men est disponible depuis le 28 mars 2017 chez les éditions Playlist Society. Prix indicatif : 14 euros.

Mad Men est disponible en DVD et Blu-ray chez Metropolitan Video.

Fiche Technique : Mad Men

Création : Matthew Weiner
Réalisation : Phil Abraham, Michael Uppendahl, Jennifer Getzinger, Matthew Weiner, Scott Hornbacher, Alan Taylor, John Slattery, Tim Hunter…
Scénario : Matthew Weiner, Jonathan Igla, Kater Gordon, André Jacquemetton, Maria Jacquemetton, Erin Levy, Carly Wray, Lisa Albert, Semi Chellas…
Interprétation : Jon Hamm, Elisabeth Moss, Vincent Kartheiser, January Jones, Christina Hendricks, Aaron Staton, Rich Sommer, John Slattery, Robert Morse, Kiernan Shipka…
Musique : David Carbonara
Producteurs : Jack Lechner, Todd London, Greg Schultz, Scott Hornbacher, André Jacquemetton, Maria Jacquemetton, Lisa Albert, Blake McCormick, Dwayne L. Shattuck
Production : AMC
Diffusion : AMC (Etats-Unis)

États-Unis – 2007 – 2015

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Main Basse sur Pepys Road, une série de Matt Strevens : critique

Avec la mini-série Main Basse sur Pepys Road, la BBC montre une fois de plus son savoir-faire en matière de production télévisuelle.

Synopsis : tous les habitants de Pepys Road, une petit rue résidentielle de Londres, reçoivent quotidiennement une étrange carte avec une photo de leur maison et le texte : « Nous voulons ce que vous avez ». Très vite, ce courrier journalier devient menaçant.

Une fois de plus, c’est à Arte que nous devons la découverte d’une très bonne série venant du nord de l’Europe, en l’occurrence du Royaume-Uni. Main Basse sur Pepys Road (titre original : Capital) nous plonge dans le quotidien d’une poignée d’habitants d’une petite rue de Londres.

Une série chorale donc, procédé qui se révèle être le meilleur moyen pour faire le portrait d’une ville chorale comme Londres. Nous avons donc Petunia, femme âgée et veuve, qui vit dans cette rue depuis 60 ans maintenant et qui a été la témoin de toutes les transformations sociales qui ont modifié la ville, depuis l’arrivée de l’immigration jusqu’à l’embourgeoisement lié à la hausse spectaculaire des prix de l’immobilier.

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A ses côtés, on trouve la famille Kamal, des immigrés d’origine pakistanaise, Roger, un trader qui a l’air de faire partie des vainqueurs de la mondialisation et qui espère un bonus à sept chiffres en cette fin d’année, ou encore Quentina, une réfugiée zimbabwéenne qui travaille illégalement et qui est menacée d’expulsion.

La vie quotidienne de ces personnages permet de dresser un portrait critique de la Londres moderne. La ville y est montrée, certes, dans son aspect cosmopolite, mais le voisinage de personnes d’origines et de milieux aussi divers ne suffit pas à créer une unité. Au contraire, les communautés sont constamment en train de se replier sur elles-mêmes. Les musulmans se plaignent d’être considérés comme des citoyens de second ordre, les immigrés sont facilement suspectés dès que quelque chose ne va pas, les plus riches pensent être les victimes privilégiées des différents criminels, etc.

Les rapports sociaux, quand ils existent, sont marqués par le conflit. Conflit entre une mère et sa fille, entre un mari et sa femme, entre les immigrés et l’administration, etc. Le monde moderne est un monde inhumain, dans le sens que les relations humaines disparaissent, remplacées par le repli sur soi. « Avant, quand j’ai commencé ce travail, affirme Roger, c’étaient les relations qui primaient. Maintenant, ce sont les mathématiques. » On a peur des relations avec les autres, on s’excuse presque de devoir adresser la parole à quelqu’un et on n’ose pas engager de conversations. Mashinko, le petit ami de Quentina, remarque qu’à Londres, tout le monde est renfermé.

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Finalement, on pourrait affirmer que Main Basse sur Pepys Road montre le paradoxe urbain : plus on vit entouré de monde, plus on est seul.

Le titre original de la série, Capital, peut être vu comme un jeu de mots. D’un côté, la capitale, c’est-à-dire Londres. Mais aussi le capital, c’est-à-dire l’argent. Pour faire la transition entre les différents mois où se déroule l’action, nous voyons à l’écran un compteur qui affiche plus de deux millions de livres sterling, et dont la somme augmente sans cesse.

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C’est bien autour de cela que se situe l’action « policière » de la série. Les habitants de la rue sont littéralement harcelés par des cartes (puis par d’autres colis plus menaçants) où ils peuvent lire toujours le même message : « We want what you have ». Ce que Petunia prenait, au début du premier épisode, pour la publicité d’un agent immobilier, tourne progressivement à l’obsession. La tension, d’abord assez faible, monte d’un cran avec la fin spectaculaire du premier épisode. Et ces incidents montrent à quel point l’argent a de l’influence sur les relations humaines.

C’est ce que découvre Roger, qui travaillait dur pour pouvoir obtenir sa prime de fin d’année, et dont le salaire très élevé permettait de maintenir une certaine paix dans son ménage.

Petunia en fait aussi l’amère expérience, en voyant revenir sa fille, Mary, avec laquelle elle est brouillée depuis des années, et qui semble surtout appâtée par l’objectif de revendre la maison familiale qui, désormais, vaut une fortune.

Mais ce constat amer, celui d’une déshumanisation des rapports sociaux au profit de rapports comptables, cède la place à des scènes plus émouvantes montrant les personnages s’ouvrir finalement à leur entourage. La série parvient ainsi à nous capter par ces caractères bien dessinés, ces personnages attachants, évitant tout manichéisme et toute réduction caricaturale.

Finalement, Main basse sur Pepys Road, c’est tour à tour drôle, triste, inquiétant, émouvant, révoltant, nostalgique. Une très belle série que nous offre la télévision britannique.

Main Basse sur Pepys Road : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=wg3KYt9c0T4

Main Basse sur Pepys Road : Fiche Technique

Titre original : Capital
Réalisation : Euros Lyn
Scénario : Peter Bowker, d’après le roman The Capital, de John Lanchester
Interprétation : Gemma Jones (Petunia), Danny Ashok (Shahid), Toby Jones (Roger), Rachael Stirling (Arabella), Wunmi Mosaku (Quentina), Rad Kaim (Bogdan)…
Photographie : Zac Nicholson
Montage : Philip Kloss
Musique : Dru Masters
Producteur : Matt Strevens
Sociétés de production : BBC, Kudos Productions Ltd.
Distribution : Arte
Genre: drame, comédie, suspense
Diffusion en France : 20 avril 2017
Nombre d’épisodes : 3
Durée d’un épisode : 60 minutes.

Royaume-Uni-2015

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Cannes 2017 : D’Agnès Jaoui à Will Smith, le jury cannois enfin révélé

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À trois semaines du début des festivités, le jury du festival de Cannes 2017 vient d’être annoncé

Depuis janvier, on savait que Pedro Almodóvar allait tenir les rênes de la Présidence du jury du 70ème Festival de Cannes, on sait désormais qui composera son jury. Parité respectée puisque quatre femmes et quatre hommes plus le Président délibéreront à l’issue du Festival pour établir un palmarès des films de la compétition, dont la sélection a été dévoilée il y a une dizaine de jours. Deux jurés étaient présents l’an passé dans la compétition officielle, à savoir Maren Ade et le plébiscité Toni Erdmann et Park Chan-Wook qui avait habilement su jouer avec les nerfs des spectateurs avec Mademoiselle. Jessica Chastain sera également chargée de voir les films de la compétition, l’actrice dont la remarquable carrière et l’engagement féministe en font l’une des femmes actuelles les plus influentes d’Hollywood. Elle a récemment été vue dans Miss Sloane. Fan Bingbing est une actrice et productrice chinoise reconnue dans son pays et dont elle a pu jouir pour participer au blockbuster X-Men : Days of Future Past.  La star de cette édition sera le toujours aussi adulé Will Smith dont la carrière d’acteur a retrouvé un souffle avec son rôle dans le décrié Suicide Squad. Paolo Sorrentino, le plus talentueux des cinéastes italiens actuels se joindra aux précédents, après avoir offert à la Croisette des oeuvres comme La Grande Bellezza ou Youth et quelques mois après la fin de la diffusion de la série The Young Pope. Côté français, Agnès Jaoui, dont on ne présente plus la carrière ou l’impact qu’elle a eu sur la comédie française, complétera ce jury. Elle a obtenu le Prix du Scénario en 2004 au Festival de Cannes pour Comme une image avec Jean-Pierre Bacri. Enfin, le compositeur Gabriel Yared représentera l’hexagone avec Agnès Jaoui dans ce jury. Il a notamment collaboré avec Jean-Luc Godard, Jean-Jacques Annaud ou encore récemment Xavier Dolan avec Juste la fin du monde.

Pour rappel, le Festival de Cannes démarrera le mercredi 17 mai avec la projection du film d’ouverture Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin et s’achèvera le dimanche 28 mai avec le palmarès et le film de clôture qui sera le lauréat de la Palme d’Or.

Jury de la Compétition Officielle du Festival de Cannes 2017 :

Pedro ALMODÓVAR – Président (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Espagne)

Maren ADE (Réalisatrice, Scénariste, Productrice – Allemagne)
Jessica CHASTAIN (Actrice, Productrice – États-Unis)
Fan BINGBING (Actrice, Productrice – Chine)
Agnès JAOUI (Actrice, Scénariste, Réalisatrice, Artiste-interprète – France)
Park CHAN-WOOK (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Corée du sud)
Will SMITH (Acteur, Producteur, Musicien – États-Unis)
Paolo SORRENTINO (Réalisateur, Scénariste – Italie)
Gabriel YARED (Compositeur – France)

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Séries Mania : Fleabag, une série de Phoebe Waller-Bridge

Découverte au festival Séries Mania 2017 des trois premiers épisodes de Fleabag, un show de et avec Phoebe Waller-Bridge, qui suit le quotidien d’une jeune femme pince-sans-rire, professionnellement et émotionnellement instable, et touchée par le deuil.

Synopsis : La vie mouvementée d’une jeune femme nommée Fleabag qui essaye de remonter la pente après une récente tragédie.

Fleabag est l’adaptation de la pièce de théâtre éponyme à succès, créée et interprétée par Phoebe Waller-Bridge. La série a notamment gardé de la pièce l’adresse au public. En effet, le protagoniste féminin nommé Fleabag communique Directement avec le public au fil des événements qu’elle vit. Cette adresse se fait par des regards-caméra qui sont des coupes dans l’espace-temps, dans le sens où personne d’autre que les spectateurs ne peut capter ces moments.

Ces adresses contribuent à l’humour parfaitement maîtrisé de la série. Un exemple : alors qu’un gars va arriver chez elle pour un rencard, et tandis qu’elle se prépare, la jeune femme saura exactement à quoi s’attendre, et va nous expliquer au fur et à mesure de la soirée ce qui va se passer. Elle ne saura pas toujours anticiper. Parfois elle nous expliquera ce qui aura lieu sans que nous le voyions, tel que le fait que l’homme, en plein acte sexuel, va se déplacer lentement mais sûrement pour arriver à la sodomie. Autre moment ayant provoqué l’hilarité du public : Fleabag est dans un sex-shop avec un ancien rencard raté pour acheter un cadeau à sa sœur sexuellement frustrée. Tout va partir de ceci : l’homme touche un vagin en plastique de manière nerveuse et dit à notre héroïne qu’elle devrait s’en acheter un ; elle répondra qu’elle en a un et qu’elle l’a toujours sur elle. L’homme ne comprendra pas la blague, tandis que Fleabag parlera avec le public : « Vous allez voir… » ; « Il n’a pas saisi » (voir extrait ci-dessous).

L’humour sera aussi ironique, cynique, loufoque et absurde par bien des façons. Que ce soit par des dialogues satiriques (comme ci-dessous) ou de manière plus visuelle : on peut penser à la « danse » dans le métro, complètement absurde, où les gens se contractent violemment, se pliant puis se reconduisant normalement au rythme d’une musique. Fleabag paraît interrogative, puis en déduit ceci : « je crois que j’ai mes règles ».

– « 24 livres… »

– « Ah… Londres. »

Échange – running-gag – entre Fleabag et sa sœur Claire,

qui veut lui acheter quatre malheureux sandwiches.

Mais la série n’est pas qu’une comédied’ailleurs l’une des plus drôles depuis un certain temps, à la télévision comme au cinéma. Le show, sorte de Journal de Bridget Jones sans filtre et moins romancé, traite aussi du deuil. Fleabag a perdu sa meilleure amie avec qui elle a créé un petit lieu de restauration. La jeune femme est à la fois en colère, effondrée et rieuse face à ce décès absurde : son amie voulait avoir un petit accident, un « poignet cassé » explique Fleabag, pour culpabiliser son copain qui l’a trompée. Le plan tourne mal : elle est renversée par des vélos et un bus ou poids lourd.

Fleabag est ainsi la chronique d’une jeune femme pince-sans-rire, hilarante et douce-amère, tentant de subvenir à ses besoins comme elle peut, sa boutique n’étant pas une réussite, à l’image de ses amants, qui ne savent pas la combler. Car la jeune femme veut être comblée sexuellement, et aussi aimerait plus ou moins consciemment qu’on l’aide à traverser ce deuil ; enfin elle souhaiterait trouver quelqu’un qui puisse vraiment la comprendre, et non un bouffon psychologue de comptoir, encore moins une bête de sexe complètement déconnectée de la réalité.

Le show déjà multi-récompensé, servi par un casting impeccable – de Phoebe Waller-Bridge à Brett Gelman, marié pervers et alcoolique ici, salop égocentrique dans Love –, est une véritable surprise. Les trois premiers épisodes d’une maîtrise absolue annoncent une série à ne pas rater.

Bande-Annonce : Fleabag

Fiche Technique : Fleabag

Création et scénario : Phoebe Waller-Bridge
Réalisation : Harry Bradbeer, Tim Kirkby
Interprétation : Phoebe Waller-Bridge, Sian Clifford, Jenny Rainsford, Brett Gelman, Bill Paterson, Olivia Colman
Production : Two Brothers Pictures
Distribution : All3Media
Diffusion : BBC Three (R.-U) ; Amazon Prime Video (France)

Royaume-Uni – 2016

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