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Resident Evil : Vendetta, un film de Takanori Tsujimoto : Critique

Sans jamais aller au-delà de son statut de série B et de DTV commercial, Resident Evil : Vendetta reste une adaptation divertissante et mieux maîtrisée que les nanars de Paul W.S. Anderson.

Synopsis : Alors que l’agent du BSAA Chris Redfield infiltre un manoir pour affronter Glenn Arias, le criminel le plus recherché du moment, Rebecca Chambers, ancienne membre des STARS devenue professeur à l’université, va aider la police dans une enquête impliquant une mort mystérieuse. Sans le savoir, elle va découvrir un nouveau genre de virus, qui ramène les morts à la vie pour les transformer en créatures assoiffées de sang…

Bien plus posé et maîtrisé que chez Paul W.S. Anderson

Resident Evil en film, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Et pour cause, beaucoup pensent que l’adaptation cinématographique s’arrête à la saga de maintenant six films, signée par Paul W.S. Anderson. Un ensemble de bousins débiles au possible qui se veulent être des hommages aux jeux sans pour autant avoir l’air de longs-métrages dignes de ce nom. Mais en y regardant de plus près, ils découvriront que la société génitrice de la franchise vidéoludique, Capcom, est à l’origine de films d’animation (Degeneration en 2008 et Damnation en 2012). Des DTV purement commerciaux et adressés exclusivement aux fans de la première heure, qui ont toutefois le mérite d’être bien plus regardables et appréciables que les tâcherons vomitifs d’Anderson. Pour comprendre à quel point le fossé est immense entre ces derniers et les divertissements de Capcom, il suffit de s’arrêter en cette année 2017 et de comparer le dernier film live (Resident Evil : Chapitre final) ainsi que le troisième opus fait par ordinateur qui nous intéresse ici, à savoir, Resident Evil : Vendetta.

Le premier atout dont peut se vanter d’avoir Vendetta comparé au film d’Anderson, c’est d’avoir un scénario. Non pas que celui-ci soit extraordinaire, ayant tout d’une série B de bas étage : nos héros devant sauver le monde d’un psychopathe prêt à contaminer la Terre entière. C’est tout aussi cliché et ridicule, d’autant plus que le script n’a pas peur des ellipses et autres facilités d’écriture, donnant l’impression de sauter bien des étapes de l’intrigue pour respecter une durée rachitique de 1h30. Mais quelque part, comme les opus précédents, Vendetta prend le temps de poser les bases de son histoire. De proposer des personnages bien plus attachants et charismatiques le temps de quelques scènes. Et surtout, de livrer un scénario qui soit cohérent de bout en bout, s’imbriquant dans la saga vidéoludique sans faire défaut à ses prédécesseurs ni aux nombreux jeux existants. Bien qu’il soit conseillé de connaître ces derniers ne serait-ce qu’un minimum pour connaître les personnages et l’univers Resident Evil (le film étant un chouïa hermétique aux profanes), Vendetta parvient sans mal à raconter son histoire convenablement et à tenir le rythme jusqu’au générique de fin… à défaut d’innover et de se sortir de son statut de série B.

Là où Vendetta se démarque également par rapport au Chapitre final d’Anderson, c’est par ses séquences d’action. Loin d’être spectaculaires et ambitieuses, elles sont pourtant bien plus abordables que dans les films live. Un constat que nous devons principalement à un montage beaucoup plus posé et à une utilisation de ralentis sans abus, rendant le long-métrage non pas clipesque mais lisible. Et grâce à cela, quelques-unes de ces scènes gagnent même en jouissance car jouant à fond la carte de l’iconisation des personnages cultes de la franchise (Chris Redfield et Leon S. Kennedy filmés comme des héros à part entière) et les faisant se déchaîner face aux zombies (on croirait voir des ersatzs de John Wick défourailler du mort-vivant). Certes, nous sommes à des années-lumière de l’essence même Resident Evil, à savoir, de l’action dans une atmosphère tendue et angoissante (malgré une introduction plutôt réussie dans un manoir, clin d’œil au tout premier jeu). Mais le tout reste agréable à suivre si l’on veut éviter de se prendre la tête… et de se taper une migraine épileptique avec le Chapitre final !

Et il est impossible de conclure cette critique sans parler de l’animation ! Pour ceux qui suivent la trilogie de Capcom, ils ont remarqué que chaque film adoptait le visuel des jeux de leur époque : Degeneration s’accorde avec Resident Evil 5 et Damnation au spin-off vidéoludique intitulé Révélations. Il est donc normal qu’en termes d’évolution graphique Vendetta se rapproche de Resident Evil 6 et se montre bien plus agréable pour la rétine que ses aînés. En effet, le film se permet des jeux de lumière plus convaincants, créant pour l’introduction une ambiance angoissante efficace, et un visuel bien plus détaillé qu’à l’accoutumée (notamment pour ce qui est des décors et accessoires). Cependant, à cause d’un budget plus restreint que les autres films d’animation sortant en salles, Vendetta n’arrive toujours pas à se défaire des carences techniques de ses prédécesseurs. Comme des textures graphiques négligées, se remarquant lors des gros plans ou bien des instants gores (le sang donnant un côté cartoonesque), conférant à l’ensemble une animation assez glaciale. Ou bien la performance capture, toujours exploitée au minimum de ses capacités et livrant pour le coup des personnages inexpressifs, à la gestuelle des plus approximatives. En clair, comme pour Degeneration et Damnation, Vendetta ne donne nullement l’impression d’être un film. Mais plutôt un banal montage enchaînant les cinématiques d’un jeu vidéo. Et pour quelqu’un n’étant pas un mordu de la console, le visionnage de ce long-métrage peut s’avérer très frustrant et hermétique.

À l’instar de ses prédécesseurs, Vendetta n’est qu’une série B d’animation sans ambition, qui n’a pour but que de compléter la saga vidéoludique sans toutefois lui apporter quoi que ce soit. Cependant, cet opus reste également une bien meilleure adaptation que les films de Paul W.S. Anderson. Sachant se montrer regardable, divertissante et surtout respectueuse du matériau d’origine. Le minimum syndical pour intéresser les aficionados des jeux. Mais il en faut tout de même bien plus pour attirer l’attention des profanes, qui passeront à côté de ce titre sans jamais en entendre parler de leur vie. Pouvons-nous le leur reprocher ? Non, cela va sans dire…

Resident Evil – Vendetta : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=X3zgQFne_Vg

Resident Evil – Vendetta : Fiche technique

Titre original : Resident Evil – Vendetta
Réalisation : Takanori Tsujimoto
Scénario : Makoto Fukami et Joe McClean, d’après la série vidéoludique de Capcom
Doublage : Kevin Dorman (Chris Redfield), Matthew Mercer (Leon S. Kennedy), Erin Cahill (Rebecca Chambers), Kari Wahlgren (Nadia), Arif S. Kinchen (D.C.), Arnie Pantoja (Damian), John DeMita (Glenn Arias), Cristina Vee (Maria)…
Direction artistique : Hiroaki Ueno
Musique : Kenji Kawai
Producteur : Hiroyasu Shinohara
Productions : Capcom Company et Marza Animation Planet
Distribution : Sony Pictures Releasing
Durée : 97 minutes
Genre : Animation
Date de sortie : 6 septembre 2017

Japon – 2017

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Clown, sortie en DVD et Blu-ray du film de Jon Watts chez Wild Side

Ce mercredi 28 juin est sorti en DVD et Blu-ray chez Wild Side Clown, un long métrage de Jon Watts (réalisateur de Cop Car et du prochain Spider-Man Homecoming). Le film propose une nouvelle vision horrifique du clown, en s’inspirant notamment du terrifiant La Mouche, de David Cronenberg. Au programme : une légende foldingue mais amusante ; une transformation cauchemardesque ; et des gosses en souffrance.

Synopsis : Lorsque le clown engagé pour animer l’anniversaire de son fils lui fait faux bond, un père de famille doit prendre la relève et lui-même revêtir un déguisement de clown pour assurer le spectacle. Mais très vite, il réalise que le costume est devenu une seconde peau dont il ne peut se débarrasser et il se transforme peu à peu en véritable monstre…

La Mouche, version clown

Dans Clown, un père sauve la fête d’anniversaire de son fils en devenant son clown. Problème, il a trouvé et porté un costume maléfique qu’il ne peut plus quitter. Et petit à petit, alors qu’il se transforme en une créature monstrueuse clownesque, la faim de petits enfants se fait de plus en plus ressentir. Le récit de Jon Watts fait écho – consciemment ou inconsciemment – à La Mouche de Cronenberg, dans lequel un scientifique réussissait à se téléporter. Hélas, une mouche était présente dans l’un des pods de téléportation, et leur ADN fut croisé dans l’exploit scientifique. Le scientifique se transformait alors en mouche…

Le père se transforme petit à petit.

Le Clown de Watts reprend de nombreux éléments du long métrage de Cronenberg : la transformation au quotidien ; l’individu en pleine métamorphose, se sachant dangereux et rebutant, s’isole ; plus tard, transformé, il assume sa nouvelle nature. En se rapprochant du film de monstre, le métrage du réalisateur du nouveau Spidey se distingue clairement de Ça (It) de Stephen King, où le clown est une des apparences d’une entité surnaturelle et dangereuse. En effet, le film présente l’origine du concept du clown comme étant un être monstrueux et démoniaque. Le « clöyne » (non original du clown, dans l’univers du long métrage) a ainsi diverses caractéristiques : peau couleur neige ; nez rouge à cause du froid ; dévoreur d’enfant pendant l’hiver… Le clown selon Watts, malgré tout ce formidable processus de transformation monstrueuse, est finalement un croque mitaine légendaire de plus.

Boogeyman, again and again

Réalisé en 2014, Clown est donc un énième « boogeyman movie », avec ses règles de fonctionnement de son élément horrifique, sa légende allumée, ses codes de destruction de l’entité maléfique. Et surtout, cette fin ouverte comme on en voit dans tous les films d’épouvante/horreur d’aujourd’hui tel que dans le récent The Autopsy of Jane Doe. Ainsi, malgré un travail intéressant et inspiré sur la transformation, avec ses effets spéciaux formidables concernant sa figure monstrueuse, Clown reste convenu dans son récit. Toutefois, on remarquera le travail visuel de Watts parfois éclatant : on pense notamment à l’espace de jeu d’enfant où les tubes sont filmés comme les couloirs et sas de ventilation d’Alien ; et où la pièce au décor enchanté devient un véritable lieu d’enfance cauchemardesque.

D’une blague au Blu-ray

Rappelons que le film est né d’une fausse bande-annonce de Watts sur Youtube où l’on pouvait d’ailleurs noter : « Par le maître de l’horreur Eli Roth ». Justement, la vidéo, devenue un petit phénomène viral, a attiré la curiosité de Roth qui a décidé de produire le film de Watts.

Ci-dessous, la fameuse fausse bande-annonce de Clown.

Sorti ce mercredi en DVD, Blu-ray et VOD chez Wild Side, Clown bénéficie d’une édition à l’image et au son impeccables. On regrettera cependant que ses bonus comptent seulement un making of d’une durée de six minutes, la bande annonce du film et celles des prochaines sorties Wild Side en Blu-ray, ainsi que les crédits.

Bande-Annonce : Clown, de Jon Watts

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CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3

Format son : Anglais DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Français

Durée : 1h37

Prix public indicatif : 14,99€ le DVD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Format image : 2.40 – Résolution film : 1080 24p

Format son : Anglais & Français DTS Master Audio 5.1

Sous-titres : Français

Durée : 1h39

Prix public indicatif : 19,99€ le Blu-ray

COMPLÉMENS (communs aux deux éditions)

– Le making-of du film

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K.O. un film de Fabrice Gobert : Critique

Descendu ou mitigé par la critique à tort, K.O. transforme Paris de nuit tout en nous proposant une plongée identitaire cauchemardesque. Subtilement onirique, ce récit initiatique moderne est porté par Laurent Lafitte, au meilleur de sa forme, mais toujours enfermé dans des manières de jouer semblables…

Synopsis : Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée. Au terme d’une journée particulière oppressante, il est plongé dans le coma. À son réveil, plus rien n’est comme avant : Rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ?…  Il est K.O. 

Le Faux Coupable

En se réveillant d’un coma, Antoine, puissant et arrogant directeur des programmes dans une chaîne qui ressemble au groupe France Télévisions, se retrouve à faire la météo et la femme qui partage sa vie ne le reconnaît plus. Il a tout perdu, son hotel particulier somptueux, son statut et même ses ennemis. Difficile de ne pas songer au complot et le songe est présent dès le synopsis. Plongé dans ce cauchemar identitaire créé par Fabrice Gobert, à qui l’on doit Les Revenants, et Valentine Arnaud, le spectateur assiste impuissant aux tourments d’un nouveau personnage hitchcockien. Le tendre et désarmé Henry Fonda du Faux Coupable devra lutter ici pour recouvrer la raison. Qui est réellement Antoine Leconte ? Un homme de pouvoir arrogant et dominateur ? Un salarié menacé de licenciement ? Un ami sur qui on peut compter ? Un mari infidèle ?

« Ce n’est pas moi [qui ai créé un pauvre loser pour me sentir mieux dans ma peau] » et déjà les références s’entrecroisent. Brad Pitt s’attaque en ces termes à Edward Norton dans Fight Club et les combats sous-terrains clandestins remplacent le ring officiel sur lequel l’impétueux Antoine misait de grosses sommes d’argent sur un dénommé Baya. Il doit passer sous le pont de Bercy pour regagner son domicile, mais la Capitale est transcendée par la photographie de Patrick Bloissier déjà froide et contrastée dans Mafiosa ou l’ancienne série la plus exportée à l’étranger (après Le Bureau des Légendes saison 3 en cours) Les Revenants. C’est ce maniement de l’étrange cher au réalisateur qui fait du doute une maxime intemporelle et universelle.

La Soif du mal

Inquiétante étrangeté que l’on retrouve dans l’oeuvre de David Lynch et précisément dans Mulholland Drive qui se joue des frontières entre fantasme et réalité. La structure de K.O. en trois parties est plus académique et peut-être dépréciée, mais fonctionne parfaitement. Le piège dans lequel est pris l’acteur principal n’est pas entre la police corrompue et les gangs locaux et Chiara Mastroianni n’a rien de la candeur hollywoodienne de Janet Leigh dans le film d’Orson Welles cité en titre de paragraphe, bien au contraire, trop effacée pour incarner la bien-aimée perdue. Les rôles secondaires sont de parfaits pions d’un échiquier renversé pour permettre au « méchant » de devenir « prince charmant ».

Il faut creuser au plus profond de soi et particulièrement au sein de l’œuvre de Christian Metz sur le rêve éveillé et l’expérience cinématographique. « Le rêveur ne sait pas qu’il rêve, le spectateur du film sait qu’il est au cinéma : première et principale différence entre situation filmique et situation onirique. On parle parfois d’illusion de réalité pour l’une et l’autre, mais l’illusion vraie est propre au rêve et à lui seul. Pour le cinéma, il vaut mieux s’en tenir à noter l’existence d’une certaine impression de réalité. » On ne saurait être plus au cœur de l’expérience avec K.O. Le personnage principal,! qui malheureusement n’égale en rien le charisme de James Stewart dans Sueurs Froides et tristement l’antipathie d’Orson Welles dans le film cité précédemment, devient spectateur de sa vie, recul nécessaire à la compréhension empirique. Antoine est un prénom qui sied bien au sociétaire de la Comédie Française. Depuis Les Petits Mouchoirs (avec la suite en préparation) de Canet et Boomerang aux côtés de Mélanie Laurent, l’acteur/humoriste excelle dans des registres plus dramatiques. Il confirme ici son talent en condescendant directeur des programmes, bien qu’un peu trop tiré, qui prend conscience de ce qu’il a, une fois perdu. Le doute appelant à la folie, est appuyé à la fois par une très bonne direction d’acteur, mais aussi par une mise en scène suspendue qui confère à l’onirisme, un point d’ancrage certain, sans oublier la musique de Jean-Benoît Dunckel aux résonances électroniques et grinçantes, loin certes de Bernard Herrmann, mais proche de Brian Reitzell à qui l’on doit la bande originale de Lost In Translation, Hannibal, le jeu vidéo Watch Dogs (cliquez sur le lien pour comparer les sonorités) et dernièrement American Gods… . C’est d’ailleurs sur le film de Sofia Coppola en 2003 qu’ils ont dû se rencontrer puisque le compositeur français a travaillé sur « Alone in Kyoto » également, du groupe Air. 

Sueurs Froides

Affectionnant les plongées zénithales, Fabrice Gobert installe un climat plus acerbe et déliquescent que brumeux et solaire dans l’adaptation cinématographique D’entre les morts de Boileau-Narcejac par le ventripotent Maître du suspense. Et d’ailleurs, il doit être familier de l’oeuvre des deux romanciers français, car il a revu Diaboliques en citant pour nos confrères à Libération le carton final du film de Henri-Georges Clouzot «Ne gâchez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu».  Il y a beaucoup de sincérité dans la courte filmographie du jeune réalisateur (Simon Werner a disparu) qui en est seulement à son deuxième long-métrage, après avoir débuté dans les séries françaises teenage comme Âge sensible en 2002 ou Coeur océan quatre ans plus tard.

Le tournis est à la fois visuel et diégétique pour K.O., à l’intérieur comme à l’extérieur de la fiction. Auréolé d’un bleu électrique derrière des rideaux de voiles blancs, les amants se retrouvent au salon qui n’a rien de l’hôtel de Vertigo et pourtant la lumière surréaliste discrète vient baigner la scène d’une atmosphère fantasmagorique. D’autant plus que les déplacements des personnages traînent tels les Revenants de la série Canal. La suée est nocturne, sans extravagances, aux abords d’une tension ici non-policière comme Ne le dis à personne, mais existentielle, alors que le budget semble bien lourd à en croire les six co-productions qui entourent 2.4.7 Films sans oublier les participations diverses. Cluzet incarne des facettes nuancées et plurielles, à la différence de Lafitte qui survole, par un jeu statique et froid peu crédible, les caractéristiques du parfait connard. Ce n’est que dans la deuxième partie que son jeu explose et se révèle admirable, par un déséquilibre, voire vertige, progressif.

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K.O. est la parfaite métaphore du spectateur de cinéma, qui devrait plus souvent se remettre en question, car oui l’expérience dans la salle obscure est aussi, en plus du simple divertissement, une étrange plongée en nous-même. Par une atmosphère pesante entre réalisme et doute irréel, réalité/ fiction sous couvert de rêve, Fabrice Gobert arrive à nous faire perdre connaissance, sonné par l’ego surdimensionné ou les aspirations grandissantes qui nous font perdre tout objectivité de vue. Plus, toujours plus, argent ou pouvoir, le moule de la société est un fléau pernicieux qui, bien qu’inévitable, une fois réduit à son plus simple appareil (loyer, emploi, amour), permet la compréhension d’autres idéaux encore plus nobles. Un conte moderne qui rehausse la production cinématographique française en ce qu’elle sait faire de mieux.

K.O. : Bande Annonce

K.O. : Fiche Technique

Réalisation : Fabrice Gobert
Scénario : Fabrice Gobert et Valentine Arnaud
Interprétation : Laurent Lafitte (Antoine), Chiara Mastroianni (Solange), Pio Marmaï (Boris), Clotilde Hesme (Ingrid), Zita Hanrot (Dina), Jean-Charles Clichet (Jeff), Sylvain Dieuaide (Edgar Limo), Jean-François Sivadier (Benezer),  Phareelle Onoyan (Ines)… Image : Patrick Bloissier
Son : Martin Boissau
Montage : Bertrand Nail
Musique : JB Dunckel
Décors : Fred et Frédérique Lapierre
Producteurs : Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert
Société de production : France 2 Cinéma (co-production), Panache Productions (co-production), Compagnie Cinématographique, La (co-production), VOO (co-production), BE TV (co-production), Canal+ (participation), Ciné+ (participation), France Télévisions (participation), Indéfilms 5 (en association avec), La Banque Postale Image 10 (en association avec), Palatine Étoile 14 (en association avec)
Distributeur : Wild Bunch
Durée : 155 minutes
Genre : Thriller dramatique
Date de sortie : 21 juin 2017

France – 2017

 

Tuez Charley Varrick ! débarque en DVD et Blu-ray chez Wild Side

Ce mercredi a débarqué en DVD et Blu-ray le « dernier des indépendants ». Son nom : Charley Varrick. Qu’a accompli le Gusse ? Il vient de braquer 765 000 dollars à la mafia par erreur. Suspense, corps meurtris et jeu de chat et souris dans une Amérique décadente.

Synopsis : Charley Varrick (Walter Matthau) dévalise une petite banque de campagne avec l’aide de sa femme et de deux acolytes. Mais le braquage ne se passe pas comme prévu… Et il comprend rapidement que l’important magot qu’il a dérobé appartient en réalité à la mafia, qui fera tout pour le récupérer…

Double survival pour Charley Varrick dans l’Amérique des seventies

Charley Varrick est un survivant, et par deux fois même. Pilote pulvérisateur, il est « le dernier des indépendants », qui vit tant bien que mal de son activité de plus en plus monopolisée par les grandes firmes. Aussi il braque une petite banque, pensant récolter un butin aussi léger que le bâtiment. Il n’en est rien, il braque près de 765 000 dollars, appartenant à la mafia. Ainsi, Varrick doit à survivre à une deuxième grosse entreprise, l’une des plus mortelles d’ailleurs. Don Siegel filme ici la chronique de l’échec de l’« american way of life ». Légalement ou illégalement, l’audace américaine ne peut plus être. Le sourire de la réussite entrepreneuriale a laissé place au visage retenu et silencieux de l’interprète de Varrick, Walter Matthau. Quand au petit blondin complice de Charley jouant au gangster, il ne connaît ni son heure de gloire, ni sa descente aux enfers ; il meurt dans un mobil-home miteux sous les coups d’un agent mafieux.

D’ailleurs ces hommes de l’ombre ne sont plus sensibles au charme de leurs propres prostituées. Aussi l’un d’entre eux porte le costard et travaille dans des bureaux aux grandes fenêtres, soit ouverts à tous les regards. Un autre, tueur à gage, s’appelle non pas Michael Corleone ou Tony ‘Scarface’ Montana, mais Sally. Ce dernier, interprété par l’immense Joe Don Baker (que l’on a pu adorer dans Les Nerfs à Vifs / Cape Fear de Martin Scorsese), sourit d’ailleurs beaucoup. Pervers, probablement, mais pas psychopathe. Méticuleux, et challenger prêt à tous les défis, même les plus mortels, indubitablement. Alors que les grands pontes mafieux soupçonnent l’un des leurs d’être un traître en cause du braquage, Sally n’a pas à abattre tout le monde. Le directeur de la petite banque a du soucis à se faire. Il se fait braquer alors que c’est la première fois qu’il gère le transit d’une aussi grosse somme. « Pur hasard » répond-il paniqué. En effet, ça l’est. Mais la grande famille mafieuse ne croit jamais au hasard. Le directeur, qui était satisfait de sa nouvelle et petite situation de vie au Nouveau Mexique, dans le coin d’Albuquerque, doit prouver son innocence. Il se suicide. À l’inverse de Charley Varrick, le directeur a cédé son indépendance, et échoué sous le poids de l’entreprise.

Walter Matthau interprète Charley Varrick.

Charley lui, expose à peine ses émotions. Tout en retenue, Walter Matthau interprète un homme qui vit et perçoit les éléments et événements avec recul. Non dénué d’émotions (on verra l’homme subtilement abattu par la perte de sa femme), ni d’instinct (Charley n’hésitera pas à draguer et coucher avec la secrétaire du costard mafieux), Varrick est davantage un personnage intelligent et concentré. Il envisage la possibilité de rendre l’argent, se considérant lui-même comme une cible mouvante après le braquage. Il prépare sa fuite et celle de son camarade, tout en anticipant la possibilité que ce dernier meure, et en réfléchissant à ce que sa mort pourrait lui apporter. Varrick est un survivant assagi, non pas parce qu’il serait prêt à mourir, ou préparé à sa chute face aux firmes, mais parce qu’il est prêt à continuer de vivre dans l’anonymat, qui lui a tant fait de mal en tant qu’entrepreneur indépendant, mais qui par la suite, va lui être salvateur face à la grande main noire mafieuse. Quant à la police, pas d’inquiétude, elle est aussi dégourdie que ridicule et burlesque. Même la vieille et délurée voisine casanière de Varrick est mieux renseignée que les policiers qui s’agitent dans tous les sens.

Braquage en DVD et Blu-ray

Cet autre portrait glauque de l’Amérique signé Siegel a eu le droit à une belle restauration que ce soit au niveau visuel ou sonore. On regrettera à nouveau qu’il n’y ait qu’un unique bonus toutefois très riche. Et comme d’habitude, le livre écrit pour l’occasion par Doug Headline viendra compléter et dépasser ce manque en proposant notamment une analyse plutôt conséquence de l’œuvre du génial Don Siegel. Wild Side livre ainsi à nouveau une belle édition pour un film à la (re)découverte incontournable.

Extrait – Tuez Charley Varrick ! (Charley Varrick)

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CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français Dolby Digital 2.0, Anglais DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h47

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h50

COMPLÉMENTS :

– Le Dernier des Indépendants (72’) : entretien avec l’équipe de tournage sur la conception du film.

+ « Le premier des indépendants » le livre de 180 pages, écrit spécialement par Doug Headline, illustré de photos d’archives rares.

Prix public indicatif : 29,99€ le Coffret Blu-ray+DVD+Livre

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Dream Boat, un film de Tristan Ferland Milewski : Critique

En ce début de saison estivale, le spécialiste du documentaire, Tristan Ferland Milewski, s’est invité à bord d’une croisière exclusive, rythmée par les couleurs de l’arc-en-ciel : le Dream Boat. Une excursion en autarcie face au monde extérieur.

Synopsis : Pendant une semaine, 3 000 hommes se retrouvent à bord d’une croisière exclusivement gay. C’est l’occasion pour eux de se laisser porter par la vie, loin des regards inquisiteurs et des contraintes du monde extérieur.

Une vague de liberté

« On devrait peut-être se construire une île pour y vivre. » Dream Boat.

dream-boat-drapeauxDepuis plusieurs semaines a lieu dans la plupart des grandes villes françaises, la marche des fiertés, communément appelée la Gay Pride. Loin de la dimension populaire de cet évènement, Tristan Ferland Milewski dépeint avec un profond dynamisme, un portrait journalier de cinq homosexuels, venus se divertir lors d’une croisière leur étant exclusivement réservée.

Dream Boat, c’est avant tout un rendez-vous.  C’est un lieu de festivités, bien loin des préjugés et autres critiques homophobes. C’est un endroit de rencontres, sentimentales ou amicales. C’est un coin, au beau milieu de la Méditerranée, où sommeille un brin de liberté. Mais Dream Boat, c’est surtout une croisière cosmopolite. Que ce soit sur l’apparence de ces hommes ou sur les motivations qui les ont amenés à prendre le large, la diversité dans l’unité apparaît comme étant le maître mot de ce voyage. Cinq hommes, cinq nationalités et cinq personnalités : Marek, un Polonais à l’apparence superficielle, Dipankar, un Indien à la personnalité marquée par la solitude, Philippe, un Français s’excluant socialement en raison de son handicap, Ramzi, un Palestinien devenu Belge, suite aux persécutions liées à son homosexualité, et enfin, Martin, un Autrichien éperdument habité par la soif de vivre. Leurs histoires personnelles les opposent, et pourtant, tous rêvent du même mot : liberté. En insistant sur la diversité culturelle de ces hommes, Tristan Ferland Milewski a tenté de montrer que chaque pays construit son propre regard face à la question de l’homosexualité. De la tolérance à l’intransigeance, ce documentaire dresse l’état de la situation de nos jours, c’est-à-dire dans un monde qui se dit pourtant évolué. Dream Boat, se révèle être un huis clos pailleté, loin des diktats perpétrés par la société. 

De la fête à la confidence 

« Je suis gay, j’ai pas eu le choix, j’ai eu de la chance. » Dream Boat.

dream-boat-afficheDans ce documentaire coproduit par Arte, Tristan Ferland Milewski s’est intéressé à la question des microcosmes. Pendant sept jours, ces hommes s’excluant volontairement du monde extérieur, espèrent une chose : former le temps d’une semaine, un groupe social détaché du reste de la société. Mais quelles conclusions espèrent-ils en tirer ?

À en croire la bande-annonce, on pourrait s’attendre à ce que Dream Boat soit une réalisation principalement centrée sur la thématique de l’excès, c’est-à-dire festif et sexuel. Le trailer est pourtant trompeur puisque cet aspect est, en réalité, volontairement relégué au second plan. À travers son documentaire, Tristan Ferland Milewski n’a pas souhaité s’attarder sur le quotidien à proprement parler de la communauté gay. Son principal objectif a été d’aborder, avec finesse, des sujets intimement liés à la question de l’homosexualité. La séropositivité, la religion, le rapport à la famille, ou encore l’affirmation de soi, apparaissent comme des questionnements centraux. Personnels et universels, ils sont révélateurs des inégalités constantes et des préjugés qui persistent à l’intérieur de notre société. Même si ces sujets sont appréhendés de manières différentes chez chacun de ces cinq hommes, il est indéniable que ces derniers renforcent leur sentiment d’isolement. Dream Boat apparaît dès lors comme un voyage formateur, une odyssée permettant de sonder le cœur de chacun.

À la fin de ce documentaire, une morale se dévoile : même au sein d’un groupe en apparence en harmonie, la solitude peut survenir.

« Je veux profiter de la vie. Et c’est ça que j’appelle l’amour. L’amour de la vie. » Dream Boat.

Dream Boat : Bande-annonce

Dream Boat : Fiche technique

Réalisateur : Tristan Ferland Milewski
Genre : Documentaire
Distributeur : KMBO
Producteur : Christian Beetz
Nominations : Teddy Award for Best Documentary
Date de sortie : 28 juin 2017
Durée : 95 min

Allemagne – 2017

 

Transformers : The Last Knight, un film de Michael Bay : Critique

Michael Bay montre qu’il en a encore sous le capot ! Dynamisant la saga qu’il a lui-même créée à grand coups d’idées nouvelles, et bien entendu d’effets pyrotechniques en tout genre, il propose avec Transformers : The Last Knight une aventure assumant à 100% son délire SF, créant ainsi en filigrane un univers, voire une véritable mythologie, autour desdits robots.

Synopsis : Humains et Transformers sont en guerre. Optimus Prime n’est plus là… La clé de notre salut est enfouie dans les secrets du passé, dans l’histoire cachée des Transformers sur Terre. Sauver notre monde sera la mission d’une alliance inattendue : Cade Yeager, Bumblebee, un Lord anglais et un professeur d’Oxford. Il arrive un moment, dans la vie de chacun, où l’on se doit de faire la différence. Les victimes deviendront les héros. Les héros deviendront les méchants. Un seul monde survivra : le leur… ou le nôtre.

Aventures explosives et créatives pour les uns, divertissements décérébrés affligeants de bêtise pour les autres, la saga Transformers laisse rarement indifférent. Et il serait de mauvaise foi que de nier que le bashing l’entourant croît d’opus en opus. Il suffit de voir, lors des premières bandes annonces et retours de projections de presse, la déferlante de critiques négatives accompagnant Michael Bay et ses robots, les assimilant à un cancer cinématographique. Ce dernier volet n’échappe pas à la règle. A tel point que défendre la saga et chercher en elle sa moelle qui la rend si particulière n’est pas réellement pris au sérieux. Mais osons le dire : non, Michael Bay n’est pas un cancer cinématographique. Et oui, Transformers : The Last Knight est réussi!

Une mécanique bien huilée et plus originale…

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Bien qu’il reste fidèle à lui-même, nous sommes tout d’abord étonnés de voir à quel point Bay s’est assagi au niveau de sa réalisation au fil de la saga. Tombant souvent dans les travers de la suite bigger and lounder, dont Bad Boys II et justement Transformers : La Revanche en sont les dignes représentants, il poursuit ici une relative accalmie en adoptant un ton résolument plus sérieux, voire mature. Amorce déjà présente dans le quatrième volet, L’Age de l’extinction, qui malgré des scènes d’action disproportionnées confirmant que le bonhomme prend toujours autant de plaisir à détruire des villes entières, nous avait séduit par ce tournant, cherchant à s’éloigner des codes de la trilogie originale. Poursuivant l’histoire avec ces nouveaux personnages, Marc Wahlberg en tête, bien que les récurrents soient de retour pour des prestations plus ou moins importantes (John Turturro et Josh Duhamel), le réalisateur avec The Last Knight affiche donc de nouveau un caractère plus modéré au niveau de ses scènes d’actions. Certes, nous avons toujours un quota de combats au ralenti ravissant la rétine et courses poursuite automobiles, mais qui affichent une certaine sobriété face à l’action débridée et au potentiel de destruction qu’a connu la saga. Pas d’immeubles qui s’effondrent, ni de villes détruites au centre de combats entre Transformers. Cet aspect plutôt novateur n’empêche pas d’être impressionné face à la maestria visuelle de Bay. En témoigne cette dernière demi-heure éblouissante et épique au possible, où la Terre se fait littéralement absorbée par la planète Cybertron. Réussissant là où Emmerich a échoué avec son Independance Day : Resurgence, la démesure est toujours visible et identifiable à l’écran, renforçant l’immersion du spectateur.

Et si des nouveautés se trouvent du côté action, il en est de même question humour, second fer de lance de l’ami Bay. Car une autre bonne surprise se pointe : l’absence d’humour résolument gras et graveleux, à majorité constitué de blagues sous la ceinture. Certes, à deux ou trois exceptions près, le naturel revient au galop, notamment un quiproquo impliquant des femmes quinquas de l’aristocratie londonienne. Mais on se surprend à rire franchement devant le postulat de certaines situations, qui passe essentiellement par les personnages. Ils sont plutôt nombreux, que ce soit l’abattage d’Anthony Hopkins, visiblement très content d’être là, et loin du cabotinage outrancier qu’il peut parfois nous servir (coucou Red 2 !), son majordome robotique, adepte de la répartie qui fait mouche, ou encore Laura Haddock, nouvel atout charme de la saga, mais très loin de l’hyper sexualisation un brin vulgaire de Megan Fox. Pourtant, les frayeurs se pressentaient, notamment face à des Decepticons caricaturés sous forme de prisonniers dangereux, et présentés de manière expéditive se résumant à des arrêts sur image avec apparition en gros caractère de leur nom. Procédé plutôt ringard et humour lourdingue, faisant instantanément disparaître le peu de terreur qu’ils réussissaient encore à dégager auparavant. Fort heureusement, ils sont rapidement mis de côté, car ils ne seront ici pas la menace principale (désolé Megatron !).

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… pour un résultat des plus jouissifs !

En découvrant le nouvel antagoniste d’Optimus Prime et consorts (dont nous tairons l’identité), le film creuse davantage l’origine et l’histoire des Transformers … tout en réécrivant notre propre Histoire. En effet, le scénario va encore plus loin en démontrant qu’en plus d’être présents sur Terre depuis fort longtemps, ils ont participé et alimenté les principales légendes et faits historique de notre temps. Ainsi, on apprend que la légende du roi Arthur ne serait rien sans les chevaliers, non pas de la Table Ronde mais bien de Cybertron, ou encore que la victoire face au nazisme est en grande partie due à Bumblebee. Certes, le scénario n’est pas parfait, certains points étant passé rapidement au crible. On aurait par exemple davantage voulu voir la montée de la colère de Prime, dont le point d’orgue est sa confrontation avec Bumblebee, plutôt qu’un retournement aussi facile. Mais si la quête d’un nouveau McGuffin reste la trame principale (ici, le bâton de Merlin), elle est rejointe par des intrigues parallèles aboutissant à ce tout cohérent qu’est le développement de l’univers des Transformers, et non un scénario sans queue ni tête. Et ce développement permet à The Last Knight, plus qu’à n’importe quel autre opus de la saga, de faire un pas plus prononcé dans l’univers de la science-fiction. Le résultat n’en est que plus jouissif : au-delà du final démentiel s’apparentant à une bataille spatiale, une véritable mythologie s’installe autour des robots, et on n’est pas surpris des futurs projets de Paramount de créer un univers entier basé sur des spin off et origins stories.

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Reste à savoir si ce nouvel horizon conviendra au public. Car les premières retombées en matière de chiffres sont plutôt catastrophiques outre Atlantique. On dénote un week-end de lancement US à 69 millions de dollars, soit nettement moins que le précédent volet. Le public se lasserait il de ces aventures robotiques justement au moment où la saga amorce un nouveau tournant ? Ou est-ce ce tournant qui n’emporte pas l’adhésion ? L’intention aura eu le mérite d’être présente, louable, sincère et réussie !

Avis donc à tous ses détracteurs : Michael Bay est de retour et en grande forme ! Fermement décidé à ne laisser ses jouets robotiques à personne, bien que des rumeurs affirment le contraire pour la suite prévue en 2019 (à titre informatif, il devait arrêter depuis le numéro trois…), l’artisan dopé au carnage planétaire et à l’action mécanique offre avec Transformers : The Last Knight un nouveau visage à la franchise, tout en en assumant son héritage et sa profonde débilité. Sincère et jouissif, il ne réconciliera pas les détracteurs de la saga, mais constitue ce qui se fait de mieux en blockbuster parfaitement calibré pour l’été.

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Transformers : The Last Knight: Bande-annonce

Transformers : The Last Knight: Fiche technique

Réalisation : Michael Bay
Scénario : Art Macum, Matt Holloway, Ken Nolan, Akiva Goldsman
Interprétation : Mark Wahlberg (Cade Yeager), Isabela Moner (Izabella), Anthony Hopkins (Sir Edmund Burton), Laura Haddock (Vivien Wembley), Stanley Tucci (Joshua Joyce), Josh Duhamel (lieutenant-colonel William Lennox), John Turturro (agent Simmons)…
Doublages (VO) : Peter Cullen (Optimus Prime), John Goodman (Hound), Ken Watanabe (Drift), Franck Welker (Megatron), John DiMaggio (Crosshairs), Jess Harnell (Barricade), Omar Sy (Hot Rod)…
Photographie : Jonathan Sela
Montage : Roger Barton, Adam Gerstel, John Refoua, Mark Sanger
Direction artistique : Jason Knox-Johnston
Costumes : Lisa Lovaas
Décors : Jeffrey Beecroft, Karen Frick, Andrew McCarthy, Richard Roberts
Musique : Steve Jablonsky
Producteurs : Tom DeSanto, Akiva Goldsman, Lorenzo di Bonaventura, Ian Bryce, Don Murphy, Michael Bay et Steven Spielberg
Sociétés de production : Paramount Pictures
Distribution (France) : Paramount Pictures France
Durée : 149 minutes
Genre : Action, science-fiction
Date de sortie : 28 Juin 2017
États-Unis – 2017

Eli Roth et Jack Black remettent leur pendule à l’heure pour Halloween

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Le réalisateur américain de Knock Knock, Green Inferno et Hostel devrait s’atteler à un nouveau film dans les mois à venir d’après des informations de nombreux médias américains. Eli Roth va travailler aux côtés du comédien et musicien déjanté Jack Black pour les besoins de The House With a Clock in its Walls.

Selon des informations de la rédaction du Hollywood Reporter, Eli Roth aurait un nouveau projet cinématographique en tête. Le réalisateur va travailler prochainement sur l’adaptation du premier tome de la saga des aventures de Kévin et les magiciens, de l’auteur américain John Bellairs, La Pendule d’Halloween (The House With a Clock in its Walls). L’intrigue de ce roman, destiné à un jeune public, plonge les lecteurs dans un univers fantastique.

Kévin Barnavelt aurait pu mal tomber. Après la mort de ses parents, à dix ans, dans un accident de voiture, il est recueilli par son oncle Jonathan, à New Zebedee, une petite ville du Michigan. Un oncle qui a la réputation d’être « un peu bizarre », dans une vieille maison hantée par une pendule et encombrée d’un bric-à-brac hétéroclite… Bizarre, c’est le moins que l’on puisse dire de cet homme, toujours accompagné de sa voisine, madame Zimmermann. Tous deux sont magiciens à leurs heures perdues. Peu à peu, Kévin va apprendre à vivre à leurs côtés, à jouer au poker, imaginer et s’émerveiller des jeux et des évocations de l’oncle Jonathan, capable de provoquer une éclipse, de faire renaître la bataille de Waterloo ou la défaite de l’Armada espagnole. C’est tout un monde magique, plein de mystères et d’amitié, qui s’ouvre alors devant les yeux de Kévin. Mme Zimmermann et l’oncle Jonathan sont tous les deux membres de l’Association des Magiciens du comté de Capharnaum. Alors quand un étrange tic-tac se fait entendre à travers les murs de sa nouvelle maison, Kévin est bien résolu à percer le mystère… Il est même prêt à faire n’importe quoi pour impressionner Tarby, son nouveau copain d’école. Mais attention : si les bons magiciens existent, les méchants sorciers également ! En pleine nuit d’Halloween, Kévin va déclencher une incontrôlable malédiction…

Selon des informations du Hollywood Reporter, relayées par Mad Movies, Jack Black va donc incarner l’oncle de Kévin. La société de production Amblin est attachée à ce projet. Le scénario du film a été confié à Eric Kripke (Supernatural). Avec ce long-métrage en développement, Eli Roth et Jack Black ont vraisemblablement l’intention de surfer sur le succès d’une autre adaptation cinématographique récente d’une série de livres pour enfants assez similaire. Les ouvrages Chair de Poule de R. L. Stine font un véritable carton depuis de nombreuses années chez les jeunes lecteurs amateurs du genre fantastique et fascinés par des monstres terrifiants. Jack Black interprétait d’ailleurs le rôle du célèbre écrivain dans le film de Rob Letterman sorti en 2015. Jack Black, de son côté, sera bientôt de retour sur les écrans pour le plus grand bonheur de ses fans dans le nouveau film de la franchise Jumanji.

Le nom du réalisateur de Cabin Fever reviendra également sur le devant de la scène avec la sortie cet hiver (le 22 novembre aux USA) du remake du film culte et controversé Un Justicier dans la ville (Death Wish) avec Bruce Willis en tête d’affiche. Le long-métrage d’origine, signé Michael Winner en 1974, avait permis à Charles Bronson d’inscrire son rôle de Paul Kersey au panthéon des nanars. La franchise Death Wish s’est en effet déclinée en cinq films.

Peu d’informations ont en revanche filtré ces derniers mois sur l’autre projet cinématographique d’Eli Roth, dévoilé il y a presque un an déjà et qui pouvait potentiellement ravir les fans d’horreur. Le cinéaste devait en effet s’atteler à l’adaptation du comics Aleister Arcane de  Steve Niles. Jim Carrey était annoncé dans le rôle-titre. La controverse  et les terribles accusations ces derniers mois sur la responsabilité éventuelle du comédien dans le suicide de la femme avec laquelle il partageait sa vie, Cathriona White, pourraient-ils compromettre ce long-métrage toujours en développement ? Verdict donc dans les prochains mois pour la version cinématographique d’Aleister Arcane.

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It Comes at Night, un film de Trey Edward Shults : Critique

Trey Edward Shults confirme être un cinéaste à suivre avec ce It Comes at Night, thriller psychologique aussi passionnant que frustrant dans sa démarche qui ne parvient pas toujours à donner corps à ses belles idées, malgré une mise en forme éclatante.

Synopsis : Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

Enfermés

Il n’y a rien de pire pour un film qu’une campagne marketing qui le vend mal. C’est une des principales choses qui va faire préjudice au nouveau long métrage de Trey Edward Shults. Car son It Comes at Night n’a rien d’un film d’horreur comme le laisse penser sa bande-annonce, du moins pas dans le sens dont pourrait l’entendre certains spectateurs. On navigue ici vers quelque chose qui tient plus du thriller psychologique même si il s’approche d’une certaine mouvance du cinéma d’horreur. Il est difficile de ne pas voir une parenté entre ce dernier et des œuvres comme The Witch sortie l’année dernière ou encore It Follows qui avait marqué 2015. Issus d’un horreur plus diffus, avant tout basé sur l’ambiance plus que sur le jumpscare facile, ce sont des films aux ambitions artistiques plus assumées, des récits qui cherchent à marquer un propos et qui s’imposent comme des miroirs déstructurés sur l’Amérique et ses dérives avec en prime un sous-texte sur la sexualité.

It-Comes-at-Night-Kelvin-Harrison-JrLà où It Follows trouvait son efficacité dans le regard nouveau qu’il portait sur son genre, assumant sa dimension de slasher et s’appropriant l’horreur de manière frontale, It Comes at Night souffre quant à lui d’avoir une approche plus prétentieuse sur son propre récit. Comme The Witch, il cache les contours les plus prévisibles de son récit sous une couche de développements « arty ». C’est une chose principalement visuelle, qui passe par un soin apporté sur l’ambiance et un maniérisme des plans qui impressionne par sa maîtrise mais qui subit le contrecoup d’une froideur trop technique. Il est évident que Trey Edward Shults est un metteur en scène consciencieux qui, accompagné d’une photographie somptueuse, construit une ambiance pesante avec habilité grâce à un travail sur l’obscurité et les jeux de lumières rarement vu dans le domaine. Les scènes de nuit, que ce soit dans les déambulations de la caméra dans une maison inquiétante sous une faible lumière ou encore les expéditions oniriques dans une forêt insondable, ont une force picturale assez impressionnante virant presque vers l’expressionnisme. It Comes at Night est magnifique, bourré d’idées de mise en scène qui permettent de faire monter une tension souvent insoutenable et qui montre que l’horreur n’est jamais aussi bien que lorsqu’elle se focalise sur une ambiance. Mais malheureusement on aura du mal à ressentir quoique ce soit face à une œuvre plus rhétorique que vraiment sensorielle et qui aligne surtout les symboliques pour jouer sur le doute plutôt qu’elle ne cherche à nous troubler à travers la psyché de ses personnages.

It-Comes-at-Night-Joel-EdgertonUn constat qui frappe dès la scène d’ouverture qui se veut brute et marquante, mais qui est dénuée d’émotions et dont on a du mal à s’y impliquer. S’ensuivent peu après des plans sur un tableau de Pieter Brueghel, Le Triomphe de la Mort, inspiré de l’époque de La Grande Peste et qui met l’Homme face à son égalité dans la mort. Avec ça, It Comes at Night expose ses enjeux et thématiques sans grande subtilité car, même si le spectateur n’est pas familiarisé avec le tableau, il s’attarde suffisamment dessus pour qu’on voit ce que signifie ce dernier. Surtout qu’au cours de son intrigue, il réemploie beaucoup d’éléments visuels issus de cette oeuvre d’art. Laissant le doute sur l’épidémie qui a frappé le monde, et qui d’ailleurs prend la forme de la peste, pour se recentrer sur les deux familles qui vont être amenées à cohabiter, le film va jouer sur la paranoïa et le doute qui jonchent de telles situations. La peur de l’autre, les frontières – symbolisées par la porte rouge qui permet l’accès à la maison – etc. Tout ça finit par prendre la forme d’une fresque pertinente sur l’Amérique notamment sous le gouvernement Trump, mais ce n’est jamais vraiment dans sa dimension politique que le film révèle ses plus belles fulgurances. C’est autour de la fièvre adolescente du fils que It Comes at Night trouvera ses réflexions les plus passionnantes. Faisant entrevoir le surnaturel et l’onirisme, il plonge dans une horreur plus psychologique et fascinante qui donne toute la liberté d’interprétation du film notamment sur sa conclusion. Malheureusement cet aspect de l’histoire rentre maladroitement en collision avec l’aspect plus terre à terre de la cohabitation entre les deux familles. L’enchaînement entre l’un et l’autre est souvent didactique, c’est d’autant plus dommage que c’est la partie la plus prévisible qui prend les devants de la scène. En particulier lorsque cela aboutit à un dernier acte qui joue maladroitement ses cartes et peine à confronter ses personnages à l’horreur malgré des acteurs vraiment très convaincants, surtout un Joel Edgerton impeccable en patriarche prêt à tout et Kelvin Harrison Jr. très juste dans le rôle de son fils.

It-Comes-at-Night-Riley-Keough-Christopher-AbbottIt Comes at Night est un thriller psychologique aussi passionnant que terriblement frustrant. Le film n’est jamais à court d’idées mais ne les exploite que très maladroitement. C’est d’autant plus dommage que visuellement on a affaire à des propositions de cinéma audacieuses, Trey Edward Shults prouve clairement qu’il est un cinéaste de talent. Mais son erreur est de ne pas avoir su choisir entre l’horreur pure ou le thriller plus retors, ce qui fait que son récit a constamment le cul entre deux chaises et n’aboutit dans aucune des deux directions. Il est trop souvent au-dessus de son sujet et malgré ses réflexions politiques loin d’être inintéressantes, il loupe le coche de l’émotion et du malaise adolescent qui aurait été bien plus troubles. Plus encore, c’est de lui que provient l’interprétation la plus enrichissante du récit et du titre It Comes at Night, et qui sied parfaitement à l’épais mystère de son contexte. D’où vient vraiment cette étrange épidémie ?

It Comes at Night : Bande-annonce

It Comes at Night : Fiche technique

Réalisation et scénario : Trey Edward Shults
Interprétation : Joel Edgerton (Paul), Christopher Abbott (Will), Carmen Ejogo (Sarah), Kelvin Harrison Jr. (Travis), Riley Keough (Kim),…
Image : Drew Daniels
Montage : Trey Edward Shults et Matthew Hannam
Musique : Brian McOmber
Décors : Sally Levi
Costume : Meghan Kasperlik
Producteur : David Kaplan et Andrea Roa
Société de production : A24 Films et Animal Kingdom
Distributeur : Mars Films
Durée : 97 minutes
Genre : Thriller, horreur
Date de sortie : 21 juin 2017

États-Unis – 2017

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Bad Buzz, un film de Stéphane Kazandjian : Critique

Bad Buzz n’est pas un film. C’est le fouillis sans nom – se voulant trash mais faisant plus pitié qu’autre chose – d’un duo télévisuel surfant sur sa simili célébrité pour se vanter d’être à la hauteur des Inconnus ou des Nuls sans y parvenir une seule seconde.

Synopsis : Éric et Quentin sont deux animateurs stars d’une émission pour enfants diffusée chaque matin à la télévision. Alors qu’ils sont au sommet de leur carrière, une photo prise lors d’une soirée va souiller leur réputation, créant un buzz monstrueux sur les réseaux sociaux. Pour inverser la tendance et se sortir de cette situation, ils vont devoir créer un second buzz, positif, et cela en moins de 48 heures…

Bad au possible ! Mais de là à ce que cela fasse le buzz…

Lorsque l’on s’attaque à la rédaction d’une critique, il est préférable de laisser couler quelques jours avant de tout écrire. Le temps d’assimiler le visionnage du film ciblé. Ses atouts. Ses défauts. Ce qu’il veut dire ou faire au public. C’est pour cela qu’il nous arrive de pondre des articles pouvant paraître interminables et proposant des arguments parfois en surdose. Mais dans d’autres cas, il n’est vraiment pas nécessaire de s’éterniser de la sorte au risque de perdre du temps. Aussi bien pour nous, qui n’avons franchement pas grand chose à raconter, que pour vous, qui n’avez pas envie de lire des pseudos figures de styles pour savoir que le long-métrage est tout simplement mauvais. Avec Bad Buzz, cela va se passer comme ça : directement à l’essentiel, sans chichi ni détour. Car cette comédie française ne mérite vraiment pas qu’on lui dédie tout un papier pour en parler !

badbuzz-film-2017-Stephane-KazandjianBad Buzz, qu’est-ce que c’est exactement ? Il s’agit juste de la lubie d’un duo télévisuel (Éric et Quentin) qui, sur un coup de tête et fier de sa simili célébrité, décide de se lancer dans le cinéma. Quelque part, nous n’allons pas les blâmer de tenter l’aventure ! D’autant que des comiques livrant un bon divertissement, le cinéma français a déjà su en proposer quelques exemples pour le moins mémorables : les Inconnus avec Les Trois Frères (d’ailleurs, le tandem revendique s’être inspiré du mythique trio), les Nuls avec La Cité de la Peur, la Bande à Fifi avec Babysitting… Mais le talent, on l’a ou on ne l’a pas ! Ou peut-être pas tout de suite, devenant judicieux de prendre son temps à gagner en expérience et en notoriété. Éric et Quentin ? Juste un duo qui s’est fait connaître dès 2009 dans Le Petit Journal de Yann Barthès par le biais de petits sketchs, et qui continue d’opérer dans la nouvelle émission de l’animateur (le Quotidien). Autant dire que question notoriété, on est encore bien loin des Inconnus ou encore des Nuls ! Pourtant, ça ne l’a pas empêché de s’y croire un maximum pour se mettre autant en avant.

Et tout ce narcissisme pour quoi ? Un fouillis sans nom ! Juste un enchaînement de sketchs très mal écrits, se résumant à de banales disputes d’enfants de moins de 4 ans au point que cela en devient insupportable (voir les deux se chamailler en battant des mains comme des Minions, franchement…) et à des blagues de très mauvais goûts. Le duo voulait faire quelque chose de trash ? Balancer à la figure du spectateur du nazisme, de l’antisémitisme, du gros sexe, de la morve dégoulinante et du touché rectal sans aucune raison apparente (le scénario partant dans tous les sens possibles car n’ayant pas de véritable fil conducteur digne de ce nom), cela ne s’appelle pas du trash mais plutôt de la gêne. Du mal-être qui fait incroyablement pitié, essayant de se rattraper par le biais de délires incompréhensibles ne faisant rire que les acteurs (le coup du chat, du duel de danse…) ou par des sujets d’actualités singés plutôt qu’autre chose (le passage dans le camp des immigrés). Rajoutez à cela une absence totale de mise en scène et une interprétation désastreuses de la part des comédiens, vous ferez comme la plupart des spectateurs de la salle : vous partirez de la séance bien avant le milieu du long-métrage ! Il est même probable que peu de gens soient restés après le générique pour voir « la surprise » réservée par l’équipe du film, la salle s’étant déjà vidée en un quart de seconde.

Bad Buzz n’est pas un film, et encore moins une comédie. Mais une sorte de spectacle de primaires sous acides qui ont voulu se lâcher et se faire plaisir avec du scabreux et du non sens. Sans prendre la peine de s’assurer que le public suivrait. Après avoir vu ce film, il est clair que le duo d’Éric et Quentin devrait rester encore à la télévision et attendre de gagner du galon pour retenter l’expérience. Si possible dans plusieurs décennies, car il y a encore du travail, et pas qu’un peu ! En tout cas, avec Gangsterdam et À bras ouverts, autant dire que l’année 2017 ne vole pas haut question humour. Juste du gentillet divertissant avec Alibi.com de – tiens tiens ! – la Bande à Fifi.

Bad Buzz : Bande-annonce

Bad Buzz : Fiche technique

Titre original : Bad Buzz
Réalisation : Stéphane Kazandjian
Scénario : Éric Metzger, Quentin Margot, Stéphane Kazandjian et Flora Desprats-Colonna
Interprétation : Éric Metzger (Éric), Quentin Margot (Quentin), Bérengère Krief (Sophie), Razane Jammal (Salayadinya), Marie-Anne Chazel (la mère de Quentin / Chantal), Olivier Broche (Philippe), Fabian Le Gouallec (Hugo), Paco Falgas (Mathias)…
Décors : Matthieu Beutter
Costumes : Valérie Artiges-Corno
Montage : Christine Lucas Navarro
Musique : Fred Avril
Producteur : Abel Nahmias
Productions : Echos Films, EuropaCorp., TF1 Films Production et Scope Pictures
Distribution : EuropaCorp. Distribution
Durée : 77 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 21 juin 2017

France – 2017

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Ana mon amour, un film de Cãlin Peter Netzer : Critique

Ana mon amour, le nouveau film du roumain Cãlin Peter Netzer est une sorte de pépite entourée d’un voile d’austérité qui pourrait rebuter. Pourtant, il est tout en subtilités pour raconter la relation complexe entre deux personnes amoureuses mais à la psyché trouble. Chronique d’un désamour annoncé.

Synopsis : L’histoire d’amour d’Ana et Toma commence dans une chambre d’étudiant. Ils sont jeunes, beaux, sensibles et exaltés ; ils s’aiment furieusement et rêvent de refaire le monde. Mais quand vient le temps d’affronter leurs démons, réels ou imaginaires, les amoureux s’accrochent désespérément l’un à l’autre, au risque de tout faire voler en éclats.…

A dangerous method

Le roumain  Cãlin Peter Netzer a marqué des points avec son précédent film, Mère et fils, une peinture peu ragoûtante du milieu bourgeois roumain, où la pourriture de la corruption post-soviétique est loin d’être asséchée, et continue d’infecter les relations humaines et sociales du pays. Un film fort par son traitement et par son sujet, dont l’absence de complaisance fut récompensée de l’Ours d’Or à Berlin.

Le cinéaste récidive avec son dernier opus, Ana mon amour, en restant dans le sillon du film qui ne recule devant quasi rien. La forme, originale, est à base de séquences chronologiques anti-linéaires, procédé assez galvaudé certes de nos jours, mais dont le petit plus différentiel est qu’on ne distingue pas vraiment ce qui est flash-back de ce qui est flash-forward. Chaque moment peut finalement être l’instant T dans l’histoire d’Ana (Diana Cavaliotti) et de Toma (Mircea Postelnicu), le début, tout comme le milieu, tout comme la fin qui en plus, n’est peut-être pas la fin. Un changement inopiné d’époque toujours plutôt bien amené par des raccords plus ou moins audacieux. L’histoire se déroule sur une petite dizaine d’années, et l’évolution capillaire du protagoniste, tout comme des détails tels que le look des téléphones sont les seuls indices qui permettent au spectateur de s’y retrouver…

Mais au-delà de la forme, le fond de l’histoire est également jusqu’au-boutiste. Très roumain en cela (car pas forcément pour les autres aspects), Ana mon amour est bavard. Mais par moments, quand les protagonistes ne bavardent plus, ils ne font vraiment pas semblant…On pense aux scènes de sexe bien sûr, mais à d’autres scènes également. On pourrait croire à de la provocation facile, mais les scènes explicites soulignent la force de ce qui se passe entre Ana et Toma.

Le film met en scène une histoire d’amour complexe, psychanalytique même, où la jeune femme est en proie à des profondes crises d’angoisse, et où son soupirant lui aussi doit gérer des insécurités intenses qui le poussent à vouloir prendre le contrôle d’Ana. Commençant par une scène qui les cueille au beau milieu d’une phrase faisant partie d’un échange philosophique sur Nietzsche, le film capte ces délicieux moments du début où l’on boit les paroles de l’autre et où l’incandescence de l’attraction physique se voit à mille lieues. Et pourtant, dès cette première scène, la maladie est là entre eux, car c’est elle véritablement qui attire littéralement Toma à Ana. C’est au travers de la crise d’angoisse que le désir s’est frayé un chemin, posant déjà toutes les prémices de l’ambiguïté qui va régner dans leur couple.

Ana mon amour est un titre assez significatif de ce qui se trame dans ce couple. Ce possessif qui rend Toma serein tant qu’Ana est dépendante de lui, ce possessif qui lui donne, croit-il, la légitimité de parler à sa place, de médecin en médecin, qu’il s’agisse d’une gynécologue ou d’un psychiatre. Ce possessif qui accroche la jeune femme en demande de soutien constant, ou peut-être pas, le sait-elle vraiment, et qui rend Toma indispensable à ses yeux, qui finit peut-être par valoir amour. Ana est « son » amour, l’objet de son désir plutôt que sujet. La répétition dans une bonne partie du film de situations assez identiques ponctuées par les crises d’Ana aurait pu lasser à la longue, mais elle montre avec beaucoup d’habileté les impasses de cette relation toxique, pour ne pas dire perverse.

Comme dans Mère et Fils, Cãlin Peter Netzer introduit les parents de chacun des protagonistes pour mettre en relief leur chemin difficile, des couples vivant dans une violence relationnelle stupéfiante, de marqueurs supplémentaires de la société roumaine qui décidément ne trouve pas trop de grâce aux yeux du cinéaste. Ainsi arrive-t-il à mêler de manière plutôt factuelle cette histoire de l’intime à son environnement social et familial.

Filmé avec force et finesse à la fois, le métrage est également servi par deux interprètes qui jouent l’écoulement du temps qui passe et de l’amour qui se désagrège avec beaucoup de conviction. Depuis certaines scènes difficiles à jouer (sexuelles ou encore scatologiques, passionnelles dans tous les cas) jusqu’aux subtiles évolutions du langage corporel (les incessants tics d’Ana), Diana Cavaliotti et Mircea Postelnicu passent avec brio de leurs personnages d’étudiants fougueux à ceux d’adultes fatigués, sans plus aucune illusion mais décillés, aguerris. Ana mon amour est un beau film injustement écarté (ou presque) du palmarès berlinois, celui-là même qui a honoré son précédent opus ; c’est un film exigeant qui risque de passer à côté de son public en raison d’une certaine torpeur qui se dégage malgré tout du film.

Ana mon amour : Bande-annonce

Ana mon amour : Fiche technique

Réalisateur : Cãlin Peter Netzer
Scénario : Cãlin Peter Netzer, Cezar Paul-Badescu & Iulia Lumânare, d’après le roman de Cezar Paul-Badescu Luminita, mon amour
Interprétation : Diana Cavaliotti (Ana), Mircea Postelnicu (Toma), Carmen Tanase (La mère de Toma), Vasile Muraru (Le père de Toma), Adrian Titieni (Psychologue), Tania Popa (La mère d’Ana), Igor Caras-Romanov (Igor), Ionut Caras (Bogdan), Vlad Ivanov (Adrian le prêtre), Iulia Lumânare (Gynécologue)
Photographie : Andrei Butica
Montage : Dana Bunescu
Producteurs : Cãlin Peter Netzer, Oana Iancu, Coproducteurs : Jonas Katzenstein, Maximilian Leo, Sophie Dulac, Michel Zana, Laurentiu Damian,
Codin Maticiuc
Maisons de production : Parada Film, Augenschein Filmproduktion, Sophie Dulac Productions
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution
Budget : 2 000 000 EUR
Durée : 125 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Juin 2017

Roumanie, Allemagne, France – 2017

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Critique du film The Last Girl : Celle qui a tous les dons de Colm McCarthy

Auréolé du prix du public de Gérardmer, The Last Girl : Celle qui a tous les dons, ajoute une pierre au gigantesque édifice du film de zombies. Sauf que là où d’autres reprennent des codes usés jusqu’à la moelle, Colm McCarthy apporte une nouvelle dimension des plus rafraîchissantes.

Synopsis : Dans un monde où la végétation a repris la main sur la civilisation, un champignon pathogène transforme les humains en zombies avides de chaire humaine. Une base militaire semble pourtant avoir trouvé  une solution au travers d’enfants infectés par le pathogène. Parmi eux, la jeune Mélanie va très vite se retrouver maîtresse du destin de l’humanité toute entière.

the-last-girl-celle-qui-a-tous-les-dons-gemma-arterton-Sennia-NanuaDans un genre tellement vu et revu que celui du film de zombies ou d’infectés, il est difficile de marquer les esprits. D’autant plus que la comparaison avec des œuvres classiques même plus de 40 ans après, se fait encore et toujours. Malgré tout cela, chaque année un nouveau film de zombies vient pointer le bout de son nez et 2017 ne fera pas exception. C’est donc le réalisateur anglais, Colm McCarthy qui nous propose cette année sa vision du genre. McCarthy, plus connu pour son travail à la télévision – comme par exemple la réalisation d’un épisode de Sherlock ou de l’intégralité de la saison 2 de Peaky Blinders – a pour son entrée dans le milieu, adapté le roman de Mick Garey, The Girl with all the gifts.

The Last Girl nous plonge dans une Angleterre post-apocalyptique où la nature a repris son droit sur la civilisation. Les grands immeubles se retrouvent entrecoupés de gigantesques arbres dont les branches zigzaguent entre les fenêtres. Une épidémie engendrée par un champignon a très vite décimé la population en la transformant en zombie dont la seule préoccupation est de dévorer de la chair fraîche. À l’extérieur de la capitale subsiste cependant une base militaire. C’est d’ailleurs à l’intérieur de cette base que repose le seul salut du genre humain, des enfants hybrides humains-zombies.

Il ne faut pas attendre longtemps pour rapprocher The Last Girl de films comme 28 jours plus tard, mais l’œuvre frappe encore plus par sa ressemblance avec le phénomène vidéoludique de 2013, The Last of Us. Paysages similaires, champignon pathogène, groupes de survivants et bien évidemment jeune fille érigée en remède aux maux de l’humanité en sont les ingrédients. The Last Girl va donc nous faire suivre la jeune Mélanie, un de ces enfants hybrides particulièrement doués, et qui va ainsi se retrouver propulsée après une attaque de la base, au rôle de dernier espoir de l’humanité.the-last-girl-celle-qui-a-tous-les-dons-sennia-nanua-glenn-close

Comme la plupart des oeuvres du genre, The Last Girl est un film de survie. Le petit groupe composé de Mélanie, de la jeune enseignante Helen Justineau, du Dr. Caroline Caldwell, biologiste persuadée que la solution à l’épidémie se situe à l’intérieur de Mélanie et d’une mini troupe de militaire menée par le sergent Eddie Parks va de fait entreprendre une expédition afin de pouvoir joindre une autre base militaire. À ce niveau, The Last Girl est un long-métrage des plus efficaces. McCarthy alterne moments de tension remarquables comme les séquences où le groupe, grâce à un gel, peut masquer leurs odeurs, et s’infiltrer entre des hordes d’infectés de façon silencieuse ou, à l’opposé, des scènes plus brutales comme celle particulièrement impressionnante de l’attaque du centre de recherche tournée en plan séquence. Sachant manier très efficacement son rythme, Colm McCarthy arrive à tenir le spectateur en haleine tout au long de son oeuvre.

Il serait toutefois dommage de réduire The Last Girl à un simple « survival »  avec des infectés, car le film offre des pistes intéressantes sur la place de l’homme dans son écosystème. Le personnage du Dr. Caldwell campé par une excellente Glenn Close est l’expression parfaite de la supériorité de l’homme sur le reste de la nature. Elle semble être la seule décisionnaire de l’avenir de la planète. À ses côtés se développe cependant une nouvelle espèce, cet hybride incarné par Mélanie, enfant dont les pulsions liées à la présence de l’agent pathogène explose à certains moments. Et c’est véritablement cette jeune fille qui fait tout le sel de The Last Girl. Symbole d’une ère naissante, Mélanie, interprétée par une Sennia Nanua impressionnante arrive à alterner l’espoir et la terreur dans son jeu. Sous son masque à la Hannibal Lecter, c’est elle qui tient finalement les rênes de toute l’entreprise. Certains la craignent comme les soldats, d’autre comme l’enseignante Helen la prenne en empathie. Ces enfants de seconde génération, comme ils sont dénommés, imposent très facilement leur pouvoir aux humains. Il suffit de voir cette séquence où une bande de gamins arrivent à piéger un soldat, rappelant un peu les enfants perdus d’un Neverland post-apocalyptique. L’être humain n’est plus le maître, il n’est plus l’espèce qui contrôle le monde. Et ça, Mélanie va le démontrer clairement.

Cette approche de la place de l’homme dans la nature n’est pas forcément amenée de la manièe la plus subtile, mais elle offre des points de réflexion particulièrement intéressants et donne une certaine dimension dans un genre où les messages sont plutôt politiques. Les zombies étant très souvent des peintures du capitalisme ou de la société de consommation qui transforme les humains. Ici, c’est un message écologique qui émane de The Last Girl, qui montre que l’homme peut à tout moment être dépassé par cette nature qu’il prend pour acquise. Le final est particulièrement réussi et McCarthy s’amuse du concept du chat de Schrödinger pour donner naissance à un nouveau commencement dans son monde.

the-last-girl-celle-qui-a-tous-les-dons-paddy-considineThe Last Girl sous ses traits au départ plutôt classique de « survival », offre donc un nouveau souffle au genre ultra référencé du film de zombie. Le long-métrage bénéficie en outre d’une esthétique soignée. Que cela soit son empreinte visuelle qui malgré son faible budget arrive à offrir un univers saisissant avec des effets spéciaux des plus convaincants, mais également au niveau sonore avec un très beau travail de Cristobal Tapia de Veer. Le compositeur chilien qui avait déjà marqué les esprits en offrant une ambiance sonore des plus troublantes à la série Utopia, réitère ici son coup en donnant à The Last Girl une composition qui lui vaudra un prix de la meilleure musique originale à Gérardmer.

The Last Girl : Celle qui a tous les dons – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=tMOdDOEKCrQ

The Last Girl : Celle qui a tous les dons : Fiche Technique

Réalisation : Colm McCarthy
Scénario : M.R Carey, d’après son roman The Girl with all the Gifts
Interprétation : Sennia Nanua ( Melanie), Gemma Arterton (Helen Justineau), Glenn Close ( Dr Caroline Caldwell), Paddy Considine ( Sergent Eddie Parks), Anamaria Marinca ( Dr Selkirk), Dominique Tipper ( Devani)…
Photographie : Simon Denis
Montage : Matthew Cannings
Musique : Cristobal Tapia de Veer
Producteurs : Will Clarke, Camille Gattin, Angus Lamont
Sociétés de production : Attitudes Film Sales, BFI Film Fund, Poison Chef
Durée : 111 minutes
Genre : Post-apocalyptique, horreur
Date de sortie : 28 Juin 2017

Royaume-Uni – 2017

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Ava, un film de Léa Mysius : critique

Avec Ava, son tout premier film sur les palpitations d’une adolescente fougueuse, Léa Mysius s’inscrit dans les pas de ses grandes sœurs de cinéma, elles aussi passées par la Fémis : Julia Ducournau et Céline Sciamma. Elle livre une œuvre sensible et habitée, portée par la mine boudeuse et alerte de Noée Abita.

« On dirait une aventure dans l’esprit d’Ava avec tout ce qu’il y a de fantasmagorique, de romanesque et de réel »

Ava veut dire, d’après son héroïne, « je désire ». Mais que désirer à 13 ans, quand la vue disparaît peu à peu, quand notre corps ne nous appartient pas encore tout à fait, quand on cherche à devenir quelqu’un ? C’est la question que se pose Ava à travers le regard de la réalisatrice Léa Mysius. Ce regard se veut d’abord social, très réaliste et bascule peu à peu du conte initiatique à la fougue des sens en éveil, de la découverte amoureuse et de l’évasion. En s’émancipant des codes attendus des films sur l’adolescence et en donnant à son héroïne la capacité de faire confiance à l’autre, Léa Mysius livre un film surprenant et passionnant porté par de superbes interprètes. Tout commence sur une plage par une vision mi-paradisiaque, mi-cauchemardesque. Sur le sable, des vacanciers paisibles se reposent, quand tout à coup débarque un chien noir qui rejoint notre héroïne, Ava, 13 ans. La jeune fille n’en n’est pas à sa première vision noire puisqu’elle perd progressivement la vue. Et ce plus vite que prévu. Elle l’apprend en compagnie de sa mère, foutraque, libérée et très émotive, ce qu’Ava n’est pas. Elle est toute en retenue, difficilement reliée à son corps, à ses sentiments. On gardera longtemps en mémoire une scène de son cauchemar qui apparaît comme une continuité – et qui pourtant est une rupture avec la réalité – au cœur du film, vision étrangement très floue entre rêve et fiction. Ava est une jeune fille puissamment liée aux éléments : eau, sable, ciel, elle défie la vie qui veut la rattraper en la privant de la vue. Elle découvre l’amour aussi, sans le dire vraiment, sans le comprendre d’abord. Juan est un garçon qui représente le danger, l’inattendu, l’aventure. Et toujours  ce grand chien noir qui va d’Ava à Juan et de Juan à Ava.

« C’est bientôt la fin de notre civilisation, lis les journaux, regarde autour de toi, tu n’y verras que du noir »

Le film de Léa Mysius surprend par un rythme rondement mené, un scénario porté par la surprise, une BO électrisante et réjouissante qui mêle mille sonorités, offrant de nouvelles couleurs au personnage d’Ava. Sortie tout droit de la Fémis, Léa Mysius prend le chemin de certaines autres de ses grandes sœurs de cinéma : Céline Sciamma ou plus récemment Julia Ducournau. Chaque fois il est question d’identité, de construction et d’acceptation de soi, de son corps. Mais comme les deux réalisatrices citées, Léa Mysisus trouve sa voie, sa singularité et nous donne à voir une vision du monde entre noirceur et espoir, car si Ava a l’avenir devant elle, elle est aussi pressée par le temps. A l’image des minutes de soleil peu à peu perdues au cours de l’été qu’Ava décrit dans son journal intime. Pour en porter le contenu à l’écran, la réalisatrice a une idée toute simple mais très belle : elle filme le visage de son actrice, l’excellente et touchante Noée Abita, seule sur une chaise avec simplement le texte en bouche. Ce texte si littéraire et assez dur, cru (le filme ose aussi la dureté), fixe la volonté d’Ava, ses craintes, ses espoirs. Ce qui se lit à se moment-là sur le visage d’Ava-Noée vaut toutes les images du monde. Son corps sera passé par mille étapes (la nudité, la sexualité, la sensualité, et même recouvert d’argile pour jouer à Calamity Jane) pour trouver le courage de se lancer dans la vie, tout simplement. Des étapes très joliment mises en scène et en couleurs d’été dans ce paysage filmé en 35 mm. Ava a toutes les qualités d’un premier film : balbutiements, tentatives, hésitations, jolis défauts et surtout fougue des toutes toutes premières fois derrière et devant la caméra.

Ava : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=lLi0IRm-hBw

Ava : Fiche technique

Réalisation : Léa Mysius
Scénario : Léa Mysius et Paul Guilhaume
Interprètes : Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano
Photographie : Paul Guilhaume
Montage : Pierre Deschamps (images), Alexis Menet (son)
Compositeur: Florencia Di Concilio
Producteurs: Jean-Louis Livi et Fanny Yvonnet
Sociétés de production: F comme Film et Trois Brigands Productions
Distributeur : Bac Films
Durée: 105 minutes
Genre: drame
Date de sortie : 21 juin 2017

France-2017

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