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Le Bonhomme de neige de Tomas Alfredson : un polar enneigé dans sa médiocrité

Avec sa trame digne d’un roman de gare et sa production bâclée, Le Bonhomme de neige de Tomas Alfredson est un naufrage complet. A travers ce polar bien pâle, aux enjeux minimes dans l’univers enneigé d’une Norvège inerte, le réalisateur de Morse ne connait malheureusement pas la réussite de ses débuts.

Un certain nombre de scènes n’auraient pas été tournées, soit par choix de la production, soit par manque de temps durant un tournage qui s’est avéré très court. Ceci explique peut-être cela mais il n’empêche, que malgré les déboires de ce projet cinématographique, le résultat est d’une calamité sans nom. Tomas Alfredson, Michael Fassbender, J. K. Simmons, Val Kilmer et même Charlotte Gainsbourg, tout ce beau monde pour un film de genre qui manque clairement de liant et de personnalité afin de pouvoir attiser la moindre parcelle de curiosité. Sous cette couche épaisse de médiocrité, Le Bonhomme de Neige est un film hybride, à la rythmique qui n’est pas celle de Tomas Alfredson, et qui fait bizarrement penser à Suicide Squad. Le point de vue artistique est écrasé d’un côté par l’aspérité artistique d’un cinéaste et de l’autre, par la rationalisation faussement rentable d’une production qui veut avoir la main mise sur son projet.

Cette histoire de sérial killer de jeunes femmes est tiré d’un roman, celui de Jo Nesbø. Dès la première séquence, qui est un flash-back sur l’enfance du tueur, on comprend vite la galère dans laquelle on est tombé : montage ubuesque et désarticulé dans son découpage spatio-temporel, enjeu mal amené et thématique égorgée de force. Tout sonne faux. Et c’est bien le problème d’un film qui peinera à trouver sa respiration. Pourtant, la recette est classique : un flic alcoolique aux traumas existentialistes divorcé d’une femme qui ne demande qu’à être cajolée, une équipe de jeunes loups autour de lui, un tueur sournois, un environnement froid et brumeux, une enquête policière qui mêle vie personnelle et rebondissements scénaristiques. Mais l’enchevêtrement entre toutes ces données n’est pas assez solidifié, faute à un récit qui n’impose pas assez d’ampleur à son champ d’action : rien n’est travaillé et on se croirait face au téléfilm du vendredi soir sur France 2.

Le flic, joué par Michael Fassbender, ancienne légende de la police, est en pleine dépression. Pourquoi ? Difficile de l’expliquer. Son alcoolisme ? Inexpliqué. Le principal souci provient du fait que Tomas Alfredson semble éloigné de son film : où est passé le réalisateur de Morse, qui réinventait le film de vampire ? Là où Dennis Villeneuve se servait du polar dans Prisoners pour amener son récit dans les soubresauts des thèmes vénéneux de la vengeance personnelle, Tomas Alfredson ne fait rien de tout cela et délaisse toute thématique à son œuvre. Là où David Fincher dans Millenium, filmait la Suède comme une antre froide à la dialectique inquiétante et mystérieuse, Le Bonhomme de neige n’utilise à aucun moment son décor pour mélanger son cadre à son histoire. Là où Bong Joon-ho dans Memories of Murders se servait du film de genre pour recentrer son récit vers une dénonciation sociale sur la société campagnarde de la Corée du Sud, le cinéaste n’arrive pas à rendre palpable les possibilités sociétales de son matériel, à propos des sorts des femmes à notre époque ou à propos de la représentation du visage de la famille contemporaine.

Le film de genre, peut paraître aussi souple que rachitique : et quand bien même le récit serait restreint ou cloîtré sur ses positions de Série B, le réalisateur semble perdu, aux abonnés absents, tout comme le reste de son casting. Le Bonhomme de neige n’est ni un film tendu qui base tout sur les qualités de mise en scène et le graphisme de ses mises à mort, ni un film policier lent et mutique voulant accentuer son montage sur les modalités de l’enquête, ni un polar suintant la peur et le suspense, voire ni un portrait de personnages nihilistes comme pouvait l’être True Detective. Deux choses symbolisent le fiasco du projet : les intentions du tueur, qui est le seul à ne pas comprendre l’incohérence de ses actes et surtout les rares mais drolatiques (à son insu) apparitions d’un Val Kilmer cabotinant comme un gros porc. Et dire que ce film est composé du meilleur acteur de sa génération et de l’un des réalisateurs les plus talentueux du XXIème siècle.

Synopsis: Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, et ce, avant la tombée des prochaines neiges.

Bande annonce : Le Bonhomme de neige

https://www.youtube.com/watch?v=T0qtGMUObBs

Fiche technique : le Bonhomme de neige

Réalisateur : Tomas Alfredson
Scénario : Soren Sveistrup
Interprètes : Michael Fassbender, Charlotte Gainsbourg, Val Kilmer
Montage : Claire Simpson
Sociétés de production : Working Title Films
Distribution : Universal Pictures International France
Durée : 119 minutes
Genre : Polar
Date de sortie : 29 novembre 2017

Festival Séquence Court Métrage : bilan de la 26ème édition

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Comme chaque année à Toulouse, l’association Séquence Court-Métrage organise un festival afin de diffuser le plus largement possible l’art du format court. Durant ces quelques jours, le public a l’occasion de découvrir des court-métrages venus du monde entier,  certains, déjà reconnus et primés, d’autres ne font que débuter mais sont pleins de promesses. À travers sa sélection de 130 films sur les 1300 reçus par les organisateurs, l’équipe de Séquence propose des thèmes aussi riches que variés et des techniques aussi originales que surprenantes pour divertir son public.

De l’animation à la fiction, le format court se renouvelle et ne fait que marquer de plus en plus les esprits avec une originalité et une technique assez incroyable. La programmation a su saisir ses qualités pour faire du Festival Séquence Court Métrage quelque chose de singulier. Ajoutant aux cinq compétitions, des séances spéciales telles que comédies musicales, humour et même une nuit entière consacrée aux courts avec pour thème l’amour, le festival propose une variété de découvertes qui ne peut que séduire le public et en sortir quelques uns de leur zone de confort. Captivés ou non par les projections, les spectateurs en sortent forcément enrichis de cette expérience qui intrigue ou passionne. Au total, 32 pays étaient représentés, ce qui donne un aperçu de la diversité des programmes ; aussi bien sur le fond que sur la forme.

une-robe-d-ete-françois-ozonEn plein mois de novembre et alors que l’hiver commence à se faire sentir, l’équipe de Séquence choisit de placer sa soirée d’ouverture sous le thème de la plage. Avec des projections qui font honneur au sujet, le public découvre ou redécouvre un court métrage de François Ozon par exemple : Une robe d’été qui montrait déjà toute l’étendue du talent du réalisateur pour saisir les images et parler de sexualité dans les années 1990. De films d’animation étonnants aux fictions dont les images sont captivantes, les court-métrages font parler. Épatants de technique mais aussi de qualité, certains animés convainquent par la réussite de leur dessins pendant que d’autres laissent perplexes sur leur sens, que l’on trouverait sans doute après plusieurs visionnages. Le message n’est pas toujours clair et c’est en cela toute la difficulté des court-métrages qui ont un temps réduit pour dire ce qu’un long peut prendre le temps de développer. Cette exigence, elle est aussi dans les choix esthétiques des metteurs en scène qui doivent se montrer bien plus rigoureux sur ce type de création pour toucher le spectateur. Beaucoup sont d’ailleurs bien plus dans la contemplation que dans le dialogue et, lorsqu’à ce moment là, cela reste efficace, on saisit alors l’ampleur du talent d’un cinéaste. La soirée d’ouverture exploite alors le court sous toutes ses formes et propose plusieurs styles qui ont chacun leur propos à tenir. Des premiers pas d’Oulaya Amamra (Divines) dans Belle Gueule,  à La révolution des crabes qui finit la soirée en beauté, la programmation séduit par ses images et son humour pour cette première soirée.

Du côté de la compétition…en-cordee-matthieu-vigneau

Tout au long de l’année, l’association a proposé des soirées de présélection où étaient présentés 21 films. Il ne restait alors plus qu’au jury d’élire le grand vainqueur parmi les six finalistes. Et c’est la réalisation de Matthieu Vigneau qui a été primée : court métrage noir et blanc qui interpelle et attise la curiosité du spectateur. L’oeuvre a semblé conquérir le coeur du jury composé de professionnels du cinéma. Parfois insaisissable, parfois comique par son décalage, En Cordée a autant de qualités scénaristiques que de mystères dans sa réalisation.  Le public a, quant à lui, choisit un film aux abords plus politiques avec Kapitalistis, dénonçant le capitalisme de Noël de manière décalée et humoristique. L’accent belge est à son meilleur jour dans ce court-métrage qui divertit gentiment en plaçant tout de mêmes quelques doux messages provocateurs. Côté compétition internationale, c’est Timecode qui l’emporte. Palme d’or du Festival de Cannes en 2016, revoir ce court métrage ne fait que confirmer la poésie qui s’en émane malgré un cadre qui n’apparaît pourtant pas comme facilitateur. Le court-métrage espagnol de Juanjo Gimenez Pena convainc par ses pas de danse divins, ses suggestions habiles et la tendresse qu’il parvient à faire passer à travers simplement des post-it et des caméras de surveillance.

L’animation a également brillé pendant ce festival et offrait beaucoup de magie au jeune public comme aux plus grands, qui se laissaient facilement emportés par des histoires loufoques parfois, mais souvent très jolies. En parlant des plus jeunes, Séquence Court Métrage organisait également une compétition Collèges/Lycées pour laquelle des classes ont réalisés des films à l’aide de professionnels. Les deux vainqueurs pour cette catégorie montrent la grande surprise quant à la qualité des œuvres présentées. Un film d’animation totalement envoûtant pour le collège et un court-métrage à la qualité cinématographique quasiment irréprochable sur le thème de l’homophobie pour le lycée. À l’image du Festival en entier, ces deux réalisations étaient étonnantes mais surtout ravissantes.

Le palmarès : timecode-Juanjo Gimenez-Pena

Compétition Française Prix du Jury : En Cordée, réalisé par Matthieu Vigneau

Compétition Française, Prix du Public :  Kapitalistis, réalisé par Pablo Muñoz Gomez

Compétitions Internationales : Timecode, réalisé par Juanjo Giménez Peña

Compétition Animation 1ers films : Des résidus analytiques, réalisé par Jon Boutin

Prix des Collèges/Lycées : Le Secret (collège) / Under Pressure (lycée)

Les sept samourais : Kurosawa passe sur le billard numérique

On ne voyait pas trop quoi ajouter au chapitre de la vie des Sept Samouraïs en haute définition depuis que Wild Side et La Rabbia avaient clôturé les débats avec leur superbe coffret de 2014. La Rabbia non plus, visiblement, qui ressort sans Wild Side mais avec M6 vidéo le chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa dans une édition qui reprend peu ou prou le contenu de la précédente.

Un temps annoncé avec de nouveaux bonus (dont un entretien avec Jean Douchet aux abonnés absents), le millésime DVD 2017 de Les Sept Samouraïs colle à la lettre à son prédécesseur en termes d’interactivité. Sans surprise, vous pourrez donc retrouver l’excellent documentaire « Kurosawa, la voie » de Catherine Cadou. La traductrice d’Akira Kurosawa depuis Kagemusha est partie à la rencontre de cinéastes aux quatre coins de la Terre pour parler de l’influence qu’a pu exercer le maître japonais sur leurs vies de spectateurs, ainsi que leurs pratiques de cinéastes. Un module indispensable pour appréhender l’extraordinaire aura qui continue d’envelopper un réalisateur comptant parmi la poignée d’artistes (aux côtés de Hitchcock, Ford, Lean, Leone et Kubrick) qui ont largement contribué à façonner le langage cinématographique moderne. Vous retrouverez également un making-of d’époque ainsi qu’une rencontre avec certains membres de l’équipe de tournage.

Du pas neuf avec du vieux

les7samourais-sortie-dvd-bluray-m6-larabbiafilms-akira-kurosawaAutant de bonus réjouissants mais déjà présents dans la précédente édition. De quoi s’interroger franchement sur l’utilité du coffret, d’autant que La Rabbia et SND ne se donnent pas vraiment la peine d’habiller la légèreté de la démarche. Même les menus d’entrées reprennent à quelques détails près l’interface de la précédente ! Au final, la seule nouveauté que compte cette édition par rapport à la précédente…est l’absence d’un supplément justement, à savoir le livret écrit par Catherine Cadou qui était intégré au coffret de 2014.

Botox Haute définition pour les sept magnifiques 

Difficile de trouver une raison d’être à cette ressortie, si ce n’est la remasterisation qui semble avoir été opérée sur le master précédent, qui était déjà le produit d’un complément de restauration que la Rabbia avait effectué à l’occasion de la ressortie en salles du film en 2013. Reprenant la répartition du film sur deux disques opérée par le coffret Wild Side/ La Rabbia, le résultat est un véritable lifting numérique qui gomme tous les marqueurs d’époque que le blu ray de 2014 avait conservés. Le grain en premier lieu, porté disparu ici et première victime d’un abus de réducteur de bruit qui fait certes disparaître les traces de rayures ou de défauts de la pellicule qui subsistaient, mais accuse également une fâcheuse tendance à plastifier les visages sur certains plans. Donner l’impression que le film a été tourné hier d’accord, à condition de ne pas oublier son âge durant le processus ! On y déplore également un effet de saccade dès que le cadre s’anime et que l’action s’emballe, au point que l’image semble parfois passer en mode accéléré. De fait, bien qu’il soit présenté dans sa version intégrale et doté d’un chapitrage identique à l’édition précédente, le film ne comptabilise au total que 198 minutes, contre 205 en 2014 !

Version « livre de poche » de l’édition sortie il y a trois ans ou tentative grossière de grappiller quelques sous des portefeuilles des cinéphiles à l’approche des fêtes de Noël, difficile de juger en l’état. Mais une chose est sûre : si vous possédez déjà le coffret Wild Side, rien ne vous oblige à repasser à la caisse, à moins d’être un collectionneur compulsif d’Akira Kurosawa…

Thirteen : retour d’une disparue parmi les siens

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France 2 a récemment misé sur Thirteen, une brillante mini-série britannique en cinq épisodes traitant d’un sujet délicat : le retour d’une victime de kidnapping chez elle.

Synopsis : Ivy Moxam, 26 ans, parvient à s’échapper de la cave où elle était retenue prisonnière depuis treize ans. La jeune femme va devoir aider les enquêteurs à retrouver son ravisseur, qui en a profité pour enlever une autre petite fille. Elle va aussi apprendre à avoir une vie normale entourée des siens…

thirteen-serie-bbc-jodie-comer-aneurin-barnard-critiqueUne semaine après avoir diffusé le tout dernier épisode de la magnifique série Broadchurch, qui a certainement bouleversé le paysage télévisuel (les séries, de tous pays confondus, qui se sont inspirées de cette dernière, sont désormais nombreuses !), France 2 a misé de nouveau sur un autre excellent objet télévisuel britannique. Produite par la BBC, Thirteen est une bouleversante mini-série composée de cinq épisodes uniquement (et il n’y aura pas de saison 2 comme l’a affirmé la créatrice Marnie Dickens). Elle rappelle évidemment la terrible histoire très médiatisée de Natascha Kampusch. Ainsi, Ivy Moxam est une jeune femme de 26 ans qui est restée en captivité dans une cave, suite à un enlèvement, pendant 13 ans. Elle parvient un jour à s’en échapper. La série part alors sur deux axes qui finissent par se rejoindre : d’un côté, un axe autour de la psychologie des personnages (tentant de se reconstruire après un tel traumatisme), de l’autre, l’enquête autour du ravisseur Mark White, toujours en liberté et ayant kidnappé par la suite une petite fille (et cela doit aussi permettre de résoudre les zones d’ombre autour de l’enlèvement d’Ivy).

13 : le signe d’un malheur éternel ?

Le chiffre 13 peut être un élément clé intéressant pour appréhender la série. Ivy avait 13 ans quand elle a été enlevée et y est restée 13 ans. Physiquement, le spectateur aura toujours l’impression d’observer une jeune fille de 13 ans et non celle d’une vingtaine d’années désormais. 13 est aussi un chiffre symbolique, souvent associé à du malheur ou au bonheur : cette ambivalence est donc proposée, même si la série penche vers la fin sur l’une des deux possibilités. En sortant de sa cave, en retrouvant les siens, on ne peut que souhaiter à Ivy d’aller de l’avant même si sa vie sera brisée pour toujours. Mais justement, à cause de l’inimaginable, les choses ne seront plus comme avant, que ce soit pour elle ou ses proches, eux-mêmes bouleversés par cette nouvelle littéralement inattendue. La série propose donc un sujet puissant : contrairement à de nombreuses séries (comme dans Broadchurch – décidément, on y revient toujours !), l’enfant disparu est vivant et revient parmi les siens. A priori, il s’agit d’une « bonne » nouvelle, le signe d’un espoir possible. Cela dit, contrairement à Unbreakable Kimmy Schmidt (qui reprend un sujet similaire mais sur un ton bien plus optimiste), on se demande si cette « liberté » concrète, notamment en retrouvant le foyer initial et sa famille, peut vraiment exister ou si elle ne devient pas rapidement illusoire. Comment se réintégrer dans sa propre famille éclatée ? Au cœur de son petit groupe d’anciens amis ? Dans la société qui a considérablement évolué ?

Une série à regarder aussi pour la formidable Jodie Comer

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Thirteen est une série sombre aux tons grisâtres exposant des personnages aux visages fatigués, confrontés aux fantômes du passé, tentant de survivre au présent. Et le futur ? Est-il envisageable ? C’est certainement aussi pour cette raison qu’une saison 2 ne semble pas être envisagée par la créatrice : comment peut-on imaginer un quelconque avenir ? La mini-série a beau être poignante, extrêmement difficile par moments (même si on n’assiste pas à des actes de violence), elle ne se veut pas tire-larmes à tout prix. Les réactions des personnages, tous complexes et fragilisés par tant d’épreuves, sont crédibles. Ils sont incarnés par des comédiens fantastiques, notamment par Jodie Comer dans le rôle principal, vue notamment dans les séries Doctor Foster et Journal d’une ado hors norme (My Mad Fat Diary). Retenez le nom de cette jeune actrice talentueuse qui ne devrait pas rester totalement méconnue dans les années à venir. 

Thirteen : bande-annonce

Thirteen : fiche technique

Créée par Marnie Dickens
Casting : Jodie Comer, Richard Rankin, Valene Kane, Natasha Little, Stuart Graham, Aneurin Barnard…
Genre : Drame
Format : 60 mn
Premier épisode  : 28 février 2016
Chaîne d’origine : BBC Three

Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina : Que viva Pixar !

Il est parfois bien difficile de devoir écrire une critique. Comment partager avec un lecteur/spectateur l’expérience d’un film Pixar quand on a usé tous les superlatifs possibles et imaginables sur les précédentes œuvres du studio ? Comment retranscrire l’expérience profonde et intime vécue sans en briser la magie ? Et surtout, que dire de neuf sur des créateurs qui depuis des années incarnent la quintessence de ce que le 7ème art est capable de proposer ? La réponse est finalement très simple, cette critique n’en est pas une, c’est un éloge. Celui dressé à la gloire de Coco, authentique (et énième) chef d’œuvre du studio à la lampe.

Ainsi, serions-nous tentés de dire, cette critique ne servira à rien. Elle ne sera qu’un papier de plus dans le mérité océan de louanges que vous aurez déjà lues ou entendues à l’heure où ces lignes défileront sous votre regard. Et comme souvent dans ce cas, on vous enjoindra à franchir directement les portes de votre cinéma plutôt que lire jusqu’à l’écœurement ce que d’autres en pensent. Il n’y a aucun intérêt à se remplir le crâne de mon avis quand vous pouvez vous faire le vôtre dès maintenant. Et Pixar a suffisamment fait ses preuves pour ne pas hésiter une seconde à courir voir son dernier rejeton séance tenante.

D’autant plus quand votre serviteur répétera les mêmes choses que la sphère médiatique : Oui, Coco est d’une beauté visuelle effarante, autant dans sa fabuleuse direction artistique que dans sa mise en scène virtuose. Oui il est encore la preuve que l’exigence de fabrication est la clé de voûte du cinéma. Oui, son discours est passionnant et offre de vertigineux niveaux de lecture. Oui, les personnages sont attachants. Oui, c’est blindé jusqu’à la gueule d’idées. Oui, c’est drôle. Oui, c’est bouleversant. Oui, oui, cent fois oui.

Mais tout ça vous le savez déjà depuis Toy Story !

Alors plutôt que répéter jusqu’à plus soif pourquoi Pixar est la perle la plus précieuse du monde culturel, il semble plus intéressant d’aborder la singularité profonde de ce Coco, une singularité qui, comme toujours, s’exerce dans le même champ que les précédentes œuvres du studio.

C’est en premier lieu le contexte, organiquement connecté à ce que le film construit dramaturgiquement. Nous sommes au Mexique (qui fera de Coco, à n’en pas douter, un trésor national), un pays où la notion de famille est généalogique et concomitante (pour le pire et le meilleur) de la vie de ses membres. Le respect dû aux ancêtres, vivants comme morts, est une valeur constitutive de cette culture et le Jour des Morts une date pivot dans cet état de fait. Le noeud dramatique en jeu, ainsi que la place de chaque protagoniste, résulte donc avant tout de l’univers dans lequel le film prend place et prépare en cela la fluidité absolue du récit, à l’image de ce que Ratatouille opérait avec la France. Les 20 premières minutes, déjà une pépite au sein du joyau, délivrent en cela authentiquement et avec une maîtrise absolue toutes les informations nécessaires à ce qui sera une totale implication spectatorielle puisque liant ici plus qu’étroitement l’histoire à la culture mise en jeu. Nul besoin, en sus, de souligner l’évidente virtuosité de cette introduction qui rappelle le récent Kubo et l’armure magique.

Explorant toujours les thématiques de filiation et de famille, le studio franchit ici un cap puisque avant que le film ne se trouve un délicieux grand méchant (dans un hommage inattendu aux telenovelas), c’est bel et bien la famille qui se constituera antagoniste de notre héros, le petit Miguel. Or, si Le Monde de Nemo l’amorçait un peu en son temps, Coco fonce dans cette voie, opposant une juvénile figure d’artiste à sa famille empesée par son héritage déterministe et ses absurdes secrets jusqu’à un point de rupture qui en formera l’enjeu principal (et double). Si, en premier lieu, le film semble adopter la voie fascinante d’un retour impossible du rêveur chez soi, il choisit finalement (et de façon organiquement Pixarienne) la nécessité d’une réconciliation qui s’exercera à différentes strates et dans une cohérence qui laisse pantois. On en garde bien entendu la surprise mais le mono-mythe Campbellien est encore une fois servi de la plus belle des manières.

Après avoir offert l’étonnant Voyage d’Arlo, une suite au Monde de Nemo et un troisième opus à Cars, Pixar revient aussi à un film d’univers en ceci qu’il donne vie à un monde inédit, dense et construit. Cette nouvelle mythologie à explorer, au-delà de son faste graphique, ouvre les vannes d’un imaginaire foisonnant, fourmillant d’idées passionnantes sans jamais perdre de vue son potentiel ludique. La facilité d’appréhension et de compréhension des règles et codes formant le Monde des Morts en remontre à 80% de la production actuelle, incapable d’atteindre cette virtuose évidence dans la construction de sa mythologie.

Autre défi du film, aborder la thématique de la mort dans ce qui reste une œuvre grand public. Forcément, Pixar offre encore un modèle d’intelligence et de pédagogie, rattachant sa vision du deuil à cette célébration enjouée qu’est la Fête des Morts et abattant, de facto, la barrière entre morts et vivants. Ce comme un appel très latin à ne pas opposer les deux mais bel et bien à les lier. Ce qui permet au film de viser droit au cœur quant à la question du souvenir, et de ce qui reste après un deuil, dans une croyance et une adéquation si absolue avec la philosophie de l’auteur de ses lignes qu’il peine encore à s’en remettre. Vice-Versa reste encore le mètre étalon de l’émotion traumatique chez Pixar mais Coco, dans son genre, se défend plus que bien et s’avère d’utilité publique.

Enfin, et c’est loin d’être un détail, Coco boucle une très grande année pour le film musical, genre qui nous aura livré pas moins de trois sublimes itérations en 2017 avec La La Land et Baby Driver. Au-delà d’user de la musique avec maestria, aussi bien dans le score d’un Michael Giacchino investi que dans les chansons des Lopez (La Reine des Neiges, Avenue Q, The Book of Mormons,…), Coco franchit une étape supplémentaire dans la jonction des styles Disney et Pixar au point d’inverser une tendance jusqu’ici plus profitable à Mickey qu’à Luxo. Pour son premier film musical, Pixar fait donc une prodigieuse entrée en matière.

Il y aurait encore tant à dire sur Coco. Mais plutôt que prolonger cet (inutile, rappelons-le) papier, allez-y immédiatement. Seul, à deux, en famille, en groupe, allez-y ! Il y a tant à voir, à entendre, à aimer, à vivre, à ressentir ici qu’on se demande si Pixar a encore quelque chose à voir avec le cinéma ou a définitivement muté en l’expression sur grand écran du meilleur de nous-mêmes. La réponse se trouve peut-être dans la question.

Coco : Bande-annonce

Coco : Fiche technique

Réalisation : Lee Unkrich et Adrian Molina
Scénario : Adrian Molina et Matthew Aldrich
Interprétation : Anthony Gonzalez (Miguel), Gael Garcia Bernal (Hector), Benjamin Bratt (Ernesto De La Cruz),…
Photographie : Matt Aspury et Danielle Feinberg
Montage : Steve Bloom et Lee Unkrich
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Darla K.Anderson
Sociétés de Production : Walt Disney Pictures et Pixar Animation Studios
Distributeur : Walt Diseny Pictures
Budget : 175 000 000 USD
Genre : Animation, Fantastique, Comédie, Musical
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 29 novembre 2017

Etats-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise

Le Flingueur vous assassine en Blu-ray + DVD + Livret chez Wild Side

Ce mercredi 15 novembre est ressorti en vidéo Le Flingueur (The Mechanic). Édité dans un coffret Blu-ray + DVD + Livret chez Wild Side, le film de Michael Winner suit Charles Bronson en tueur à gage vieillissant mais loin d’être dépassé. Un thriller implacable pour un assassin redoutable.

Synopsis : Arthur Bishop est un tueur à gages pour le compte de la mafia. Sa rapidité, son professionnalisme et son perfectionnisme lui ont valu d’être surnommé « le flingueur ». Mais Bishop vieillit, et ne semble plus être en mesure d’assurer seul ses contrats. Il décide de prendre sous son aile Steve McKenna, un jeune chien fou arrogant et sûr de lui, et de lui apprendre ce qu’il sait du métier…

Bishop, un tueur taiseux et solitaire

Le réalisateur anglais Michael Winner ne filme pas le tueur Arthur Bishop comme une brute sanguinaire. Le personnage n’en est pas une. Dans la brillante introduction du film, il cadre méticuleusement tous les détails du travail de l’homme. Ainsi sont exposés les actes précis – presque mécaniques dans le sens de routiniers – de cet assassin silencieux, oeuvrant à la tâche comme un artisan travaille son métier. Une forme de quotidien est visible dans cette introduction. Bronson n’incarne pas un commando explosif ou un action hero débitant une punchline après chacun de ses exploits spectaculairement mortels, à l’image de Jason Statham dans le remake homonyme et sa suite Mechanic : Ressurection. C’est justement tout le contraire ici : le personnage est un taiseux invisible au service d’une organisation tout aussi occulte.

Le réalisateur du Justicier dans la Ville I, II & III ainsi que des Collines de la terreur, tous avec Charles Bronson, travaille la persona de l’acteur vieillissant. Winner aime filmer son visage ridé qui permet de suggérer simplement et efficacement au public des personnages marqués par la vie. La star n’a pas la gueule séduisante d’un Yul Brynner quinquagénaire. Mais il a ses tactiques de charmes : sa petite moustache, son regard perçant et son silence qu’il ne cessera d’exercer. Dans Le Flingueur, Bronson interprète un personnage âgé de quarante-quatre ans, alors qu’il a en réalité atteint la cinquantaine. Si son personnage est plus vieux de deux ans que l’acteur Steve McQueen en 1972, Winner exploite le visage marqué de Bronson vieillissant pour suggérer une longue et pénible vie pour Arthur Bishop. Le personnage a une splendide demeure, mais il s’est usé dans une vie solitaire avec un emploi fort particulier.

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Charles Bronson est Arthur Bishop, un tueur à gages implacable surnommé « le flingueur »

Winner va plus loin : Bronson joue un tueur qui se sent vieillir. Bishop est conscient d’atteindre un certain âge. Il ne rejette pas le malaise qu’il subit. Au contraire, il accepte le fait qu’il perdra de plus en plus d’énergie et de capacité au fur et à mesure qu’il prendra de l’âge. Justement, Bishop intéresse Steve McKenna, un jeune homme dont il vient d’assassiner le père. L’intérêt est double : d’abord crypto-gay ; puis, de façon plus explicite, dans le potentiel d’action que peut lui apporter cette voie. Le jeune homme a soif d’aventure et n’a pas peur de la mort qui semble au contraire le fasciner. S’ensuit un récit de transmission qui avancera au fur et à mesure des contrats, et qui devra faire face au retournement de l’organisation contre Bishop et son jeune étudiant. Mais une autre question sera posée au cours de ce débordement de violence : enseigner à son apprenti l’art de l’assassinat ne nécessite-t-il pas d’accepter l’ultime épreuve du meurtre du maître par l’élève ? Suspense ! Le reste de l’intrigue ne sera dévoilé, nul doute que vous la dévorerez avec un immense et jouissif plaisir.

Tuerie de Blu-ray

L’édition proposée par Wild Side est comme d’habitude soignée. Comme souvent, on aurait apprécié obtenir davantage de compléments audiovisuels, et comme à l’accoutumée, le livret vient compléter le manque de bonus video. Quant au film, malgré quelques plans nocturnes où le grain est fortement présent, l’image est soignée et même resplendissante (il n’est pas nécessaire de revoir le carnage video du DVD proposé par MGM il y a déjà plus de dix ans pour s’en rendre compte) à l’image du son. Ainsi Le Flingueur (The Mechanic) s’en sort avec une très belle ressortie video.

EXTRAIT – Le Flingueur

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CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 –

Format son : Anglais DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h34

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio – Sous-titres : Français – Durée : 1h38

COMPLÉMENTS

– American Samourai (30’) : entretien avec Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de Charles Bronson

– Hired Hand : l’homme de main (10’), ou comment le cinéaste Monte Hellman a failli réaliser Le Flingueur

+ un livret de 86 pages, avec un texte écrit par Samuel Blumenfeld, accompagné de photos d’archives

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Mazinger Z Infinity de Junji Shimizu : fête de méchas endiablés

Avec ses combats titanesques et ses interrogations existentielles, Mazinger Z Infinity plaira aux inconditionnels du genre et pourrait permettre à certains profanes du genre de découvrir un monde animé à la grandiloquence épanouie.

Au regard de Mazinger Z Infinity, dont le personnage de Mazinger Z fête les 45 ans de création, les spectateurs que nous sommes se croiraient sur le canapé de la maison familiale en train de regarder un épisode de Goldorak durant le club Dorothée. Tout cela ne nous rajeunit pas mais le plaisir reste intact. Certes, avec ses personnages déjà caractérisés, son univers ample, ses enjeux mondiaux et son dialecte technologique qui lui sont propres, le film de Junji Shimizu pourrait parler à un public de connaisseurs, notamment ceux de Goldorak et de Mazinger Z. Sauf que derrière cette mécanique, déjà plus ou moins bien huilée, Mazinger Z Infinity ne révolutionne pas le genre et s’inscrit dans cette veine héroïque des films d’animations mettant en scène des combats entre méchants.

Loin d’avoir l’atmosphère crépusculaire et dépressive d’un Neon Genesis Evangelion, Mazinger a un parfum des années 1980 tant dans ses dessins et le découpage de ses scènes d’actions aériennes et explosives que durant ses plages d’expositions où les personnages dérivent sur eux-mêmes. Même si parfois, le contexte peut parfois paraître inconnu pour les néophytes, voire brouillon avec ses multiples strates de récit (les multiples dimensions etc…), le film traite de nombreux sujets et brasse un éventail assez large de combats pour que l’intrigue devienne rapidement limpide : le duel entre ceux qui veulent protéger la Terre et ceux qui veulent la détruire ou s’en emparer, le questionnement sur l’être humain et sa place face à la science, l’héroïsme de tout à chacun et le plaisir d’une vie, les traumatismes japonais .

Dès lors Junji Shimizu arrive à rendre lisible mais complexe un récit qui aurait pu être très vite incompréhensible pour un film qui prend les allures de conclusion d’une saga. Les rouages du film sont à la portée de tous mais les antécédents entre les personnages et le background de chacun nous sont plus ou moins méconnus : à ce moment-là, la barrière du langage cinématographique devient forte et l’empathie se rapproche du zéro. De ce postulat, on peut se demander à qui s’adresse la distribution d’un tel film ? Notamment avec cette exploitation en salle de manière totalement isolée.

La réponse n’est pas évidente : et à l’image du film, qui, si on n’est pas fin connaisseur de la saga, voit l’intérêt du spectateur  décroître au fur et à mesure des minutes. Mazinger Z ne démérite pas et offre un spectacle qui pourrait ravir au plus grand nombre, aux petits comme aux grands, avec ces batailles épiques et ses « robots géants » à l’iconisation guerrière terrassante. Malgré ses personnages un peu transparents et ses sous-couches de récit, Junji Shimizu arrive à joindre les deux bouts avec une œuvre généreuse.

Synopsis : Dix ans sont passés depuis que Kôji Kabuto (Alcor), aux commandes du super robot Mazinger Z, créé par son grand-père, a ramené la paix en combattant l’Empire des Ténèbres et le maléfique Dr Hell. Aujourd’hui, Kôji Kabuto n’est plus pilote, il a pris le chemin de son père et grand-père en devenant scientifique. A l’occasion de ses recherches, il découvre une structure gigantesque profondément enterrée sous le mont Fuji. Il détecte de mystérieux signes de vie. Il s’en suit de nouvelles rencontres, de nouvelles menaces et bientôt, un nouveau destin pour l’humanité. Kôji Kabuto doit prendre une décision pour l’avenir : Dieu ou Démon, il lui faut choisir. Une nouvelle fois, c’est à MAZINGER Z que revient la lourde charge de sauver le monde.

Bande Annonce : Mazinger Z Infinity

Fiche Technique : Mazinger Z Infinity

Titre original : Mazinger Z Infinity
Réalisateur : Junji Schimizu
Scénario : Takahiro Ozawa
Musique : Toshiyuki Watanabe
Distribution (France) : Eurozoom
Durée : 90 min.
Genre : film animation
Date de sortie : 22 Novembre 2017

PIFFF 2017 : Le cinéma de genre s’invite au Max Linder du 05 au 10 décembre

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La septième édition du Paris International Fantastic Film Festival va se dérouler du mardi 05 au dimanche 10 décembre 2017. Toutes les séances seront programmées dans l’écrin du Max Linder Panorama. Cette nouvelle édition regorge de longs-métrages attendus de pied ferme par les passionnés de cinéma de genre.

Si la séance de Jigsaw n’a pas été suffisante pour étancher votre soif de films d’horreur pour Halloween et que vous attendez désespérément la réunion des légendes du genre dans les années 1980 et 1990 avec Death House, le cinéma Max Linder Panorama et les organisateurs du PIFFF ont pensé à vous !

Les cinéphiles, qui ont une passion inavouable pour le cinéma de genre, vont en effet pouvoir profiter de séances exceptionnelles dans la magnifique salle des Grands Boulevards durant la folle semaine du mardi 05 jusqu’au dimanche 10 décembre 2017. Le PIFFF propose, depuis sa création en 2011, une sélection de courts et de longs-métrages fantastiques inédits. Une rétrospective est dédiée chaque année aux classiques et aux raretés. Le PIFFF milite donc courageusement pour la reconnaissance et l’exposition du cinéma de genre. Le festival offre l’opportunité au public de découvrir le meilleur de la production fantastique dans un cadre et dans des conditions exceptionnelles. Les équipes des films et de nombreux invités sont présents pour la plupart des projections.

L’édition 2017 de ce festival est attendue avec beaucoup d’impatience par tous les lecteurs de Mad Movies. La programmation de cette septième cuvée du PIFFF est en effet particulièrement alléchante. Entre le tout dernier Godzilla, une nouvelle adaptation barrée de manga signée Takshi Miike, le survival du réalisateur japonais Ryûhei Kitamura (Versus, Godzilla Final Wars), ou les origines de ce bon vieux Leatherface (Massacre à la tronçonneuse), proposées par les frenchies  Alexandre Bustillo et Julien Maury, les spectateurs auront l’embarras du choix pour célébrer le cinéma de genre et expérimenter des séances cultes. Des courts-métrages français et internationaux seront également projetés dans le cadre du festival.

Comme chaque année un système de pass est proposé afin d’assister à toutes les séances. Les places à l’unité sont accessibles depuis le site de l’événement ou sur la billetterie du Max Linder Panorama. Le lundi 11 et le mardi 12 décembre, des projections supplémentaires de films en compétition sont orchestrées. Le PIFFF est notamment organisé en association avec le magazine Mad Movies et en partenariat avec Ciné + Frisson et Sens Critique.

Cérémonie d’ouverture :

Ghost Story, A de David Lowery

En Compétition :

68 Kill de Trent Haaga

Ajin : Demi-humain de Katsuyuki Motohiro

Dave Made a Maze de Bill Watterson

Endlesss, The de Justin Benson et Aaron Moorhead

Golem, le tueur de Londres de Juan Carlos Medina

Matar A Dios de Caye Casas et Albert Pintó

Revenge de Coralie Fargeat

Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza

Tigers are not Afraid de Issa López

Tragedy Girls de Tyler MacIntyre

Hors-Compétition :

Blade of the Immortal de Takashi Miike

Bodied de Joseph Kahn

Jojo’s Bizarre Adventures : Diamond Is Unbreakbale Chapter 1 de Takashi Miike

Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury

Mayhem de Joe Lynch

Mutafukaz de Shōjirō Nishimi et Guillaume Renard

Survival Family de Shinobu Yaguchi

La séance interdite (séance de minuit) :

Downrange de Ryûhei Kitamura

La séance culte :

36 15 Code Père Noël de René Manzor

Aventures de Jack Burton, Les de John Carpenter

Maître des illusions, Le de Clive Barker

Cérémonie de clôture :

Shin Godzilla de Hideaki Anno et Shinji Higuchi

Lien pour découvrir la programmation complète et le planning des séances :

http://www.pifff.fr/2017/planning-fr

Bande-annonce du PIFFF 2017 :

Affiche PIFFF 2017

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Joachim Trier se frotte au genre avec Thelma

En restant dans la veine du film sombre et imprégné des fantômes du passé, le norvégien Joachim Trier s’essaye au thriller teinté d’horreur dans une version très personnelle. Verdict.

Synopsis : Thelma, une jeune et timide étudiante, vient de quitter la maison de ses très dévots parents, située sur la côte ouest de Norvège, pour aller étudier dans une université d’Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement et secrètement attirée par la très belle Anja. Tout semble se passer plutôt bien mais elle fait un jour à la bibliothèque une crise d’épilepsie d’une violence inouïe. Peu à peu, Thelma se sent submergée par l’intensité de ses sentiments pour Anja, qu’elle n’ose avouer – pas même à elle-même – et devient la proie de crises de plus en plus fréquentes et paroxystiques. Il devient bientôt évident que ces attaques sont en réalité le symptôme de facultés surnaturelles et dangereuses. Thelma se retrouve alors confrontée à son passé, lourd des tragiques implications de ces pouvoirs…. 

Chemin de croix

Que le distributeur du film livre un synopsis d’une telle longueur est une indication quant à la nature du film : l’intrigue n’est pas le plus important, puisqu’on la dévoile beaucoup dans ledit synopsis, mais la manière de faire du réalisateur qu’on a appris à apprécier depuis le culte Oslo, 31 Août

Et pourtant, le film commence par une très belle séquence enveloppée d’un mystère prometteur. Un homme et sa fillette partent à la chasse en traversant un lac gelé sous la surface duquel circulent des poissons. Une très belle scène qui débouche sur une autre bien plus inquiétante lorsque l’homme détourne son fusil de la biche qu’il était en train de viser pour le pointer vers la petite fille.

thelma-2017-film-Eili-Harboe-Okay-Kaya-critique-cinemaCette ambiance de mystère est cependant assez vite mise de côté, car Joachim Trier revient vers une réalité plus terre-à-terre où Thelma (Eili Harboe), la fille de Trond (Henrik Rafaelsen), l’homme au fusil, est à l’université pour la première fois, très réservée et très timide, rencontrant peu, voire pas d’amis le jour et, le soir, racontant par le menu sa journée assez vide à ses parents. La famille est ultra-chrétienne et Thelma semble traverser sa vie sans aucun élan ni aucune passion, entre les prières et l’obéissance filiale. Très vite pourtant, sa vie change. Elle rencontre la belle Anja (Okay Kaya), dont la présence l’hypnotise et lui provoque des crises semblables à l’épilepsie. Thelma est en proie à un désir violent et interdit pour Anja. Anja quitte son petit copain, et semble happée par le même désir. A moins que…

Le spectateur est emmené vers un univers métaphorique au centre duquel se dressent, telles des bûches, tous les refoulements possibles et imaginables d’une Thelma conditionnée par des parents qui appliquent à la lettre les paroles de leur bible. Quand on découvre que les crises ne sont pas épileptiques et qu’en plus elles déclenchent des « facultés surnaturelles et dangereuses » chez Thelma (dixit le synopsis) on se dit qu’à nouveau le réalisateur n’a pas les mots pour décrire l’indicible, pour décrire ce que la jeune femme semble vivre : hier quand elle était une petite fille inquiétée et inquiétante, aujourd’hui comme jeune adulte torturée percluse de traumatismes, ce contre quoi elle se bat de manière littéralement surhumaine.  Il n’avait pas non plus les mots pour exprimer la souffrance du taiseux Anders (Anders Danielsen Lie) dans Oslo 31 Août, recroquevillé dans un mutisme fatal, ni le désarroi de cette famille que le personnage d’Isabelle Huppert a laissée endeuillée. Joachim Trier aime les personnages sobres en surface, scandinaves au fond, mais bâillonnés par la mort jusqu’à l’obsession.

thelma-joachim-trier-film-critique-eili-harboe-hospitTous les personnages du film présentent d’ailleurs cette façade de glace nordique, impassible, illisible. Les voix ne sont que murmures, et tout est incroyablement effacé, de manière presque fascinante, sauf bien sûr les fantaisies de Thelma à propos d’Anja, enveloppées là d’une couleur chaude et d’une musique caressante.

thelma-2017-film-incendie-lac-critique-cinema-reviewLe film est un maëlstrom de genres. Le genre initiatique tout d’abord pour cette jeune fille qui expérimente la première gorgée d’alcool, la première bouffée de cigarette et surtout ses premiers émois sexuels à l’université. Loin de ses parents castrateurs d’ego, Thelma s’essaie à l’interdit. Le genre onirique ensuite qui met en scène des serpents malfaisants et des oiseaux de mauvais augure dans les rêves de Thelma, des symboles pseudo-mystiques tout en étant hyper-sexualisés. Mais surtout le cinéaste invente un film d’horreur très low key et sans beaucoup de budget, où des disparitions de personnes se règlent à coups de champ/contrechamp et où l’ennemi prend bêtement feu au milieu d’un lac, sans aucune esbroufe. C’est ce mélange, plutôt bien mis en scène et joliment filmé, qui fait la réussite de Thelma, un métrage viscéralement mélancolique et dont le côté un peu programmatique de la réalisation très léchée ne nuit pas à son attrait. Joachim Trier et son co-scénariste Eksil Vogt (Blind) ont trouvé le bon dosage pour leur cinéma très particulier, infiniment triste sans être plombant et dont la beauté nous reste longtemps après. Le sourire et la scène de la fin ont beau faire une référence appuyée à certains films de Brian de Palma, Thelma n’en reste pas moins un film très personnel et Joachim Trier s’impose comme un cinéaste singulier qu’on espère pouvoir suivre encore longtemps.

Thelma : Bande-annonce  

Thelma : Fiche technique

Titre original : Thelma
Réalisateur : Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eksil Vogt
Interprétation : Eili Harboe (Thelma), Okay Kaya (Anja), Henrik Rafaelsen (Trond), Ellen Dorrit Petersen (Unni), Grethe Eltervåg (Thelma à 6 ans), Vanessa (Vilde la mère de Anja)
Musique : Ola Fløttum
Photographie : Jakob Ihre
Montage : Olivier Bugge Coutté
Producteurs : Thomas Robsahm, Coproducteurs : Eksil Vogt, Stephan Apelgren, Tomas Eskilsson, Fredrik Heinig, Eva Jakobsen, Mikkel Jersin, Jean Labadie, Mattias Nohrborg, Thomas Pibarot, Katrin Pors
Maisons de production : ProductionMotlys, Eurimages (Fonds du Conseil de l’Europe), Film i Väst, Le Pacte, Snowglobe Films
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : NOK 47 500 000
Durée : 116 min.
Genre : Drame, Science-fiction
Date de sortie : 22 Novembre 2017

Norvège, France, Danemark, Suède – 2017

Marvin ou la belle éducation : un film d’émancipation

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Le nouveau long-métrage d’Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, divise les téléspectateurs. S’agit-il d’un film moralisateur à l’égard d’une classe sociale défavorisée ou bien simplement d’une œuvre pleine de cœur?

Synopsis: l’histoire de Marvin Bijoux et sa volonté de quitter son petit village des Vosges ainsi que sa famille dysfonctionnelle. Fuir l’intolérance et le rejet dont il est victime, lui qui est « différent ».  Plus tard, devenu Martin Clément, il décide de créer sa propre pièce de théâtre racontant son histoire.

Précédemment annoncé comme l’adaptation du roman d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, le long-métrage d’Anne Fontaine ne s’inspire en vérité que partiellement de cette histoire, le statut d’adaptation propre ayant été retiré du générique. Cela  dit, les deux histoires sont tout de même similaires.

Une sensation d’étouffement

Le cadre est très serré, tant pour montrer l’étau dans lequel est pris le jeune Marvin, collégien, que pour faire partager son ressenti intérieur. Lui qui rêve de s’en aller, de se laisser aller à être comme il est au fond de lui, homosexuel. Mais dans son village, les habitants sont du genre à taguer sur les abribus des insultes aux « pédés ». Alors il voudrait trouver du réconfort auprès de sa famille, mais on ne l’accepte pas non plus. Constamment pris entre son intériorité et la vérité à laquelle il est confronté, il est également victime du rejet de son grand-frère violent, de son père au chômage et sa mère qui a du mal à joindre les deux bouts. Au collège, il n’a pas d’amis et est la tête de turc d’une bande de gamins qui, eux, savent ce qu’il a en lui. Alors comment s’épanouir dans de telles conditions? Quand la violence des autres fait taire ce que l’on a en soi?

Anne Fontaine n’hésite pas à nous confronter à des images crues pour montrer qu’une telle réalité existe. Elle appuie d’autant plus la souffrance et le questionnement intérieur de Marvin en confrontant le spectateur à des dialogues simples mais vraisemblables et parfois incompréhensibles. Toutefois, le film n’échappe pas à quelques clichés, celui de la famille campagnarde arriérée par exemple. L’on pourrait s’interroger sur la qualité d’écriture du film, qui présente un Marvin adulte, devenu Martin qui ne semble pas épanoui par sa liberté pourtant retrouvée. Le film montre le cheminement intérieur complexe de l’enfant qui grandit et ne s’accepte pas pour autant. Sans doute brisé par ce qu’il a vécu. L’histoire ne se fait pas moralisatrice : la caméra de la réalisatrice choisit de nous montrer les personnages tels qu’ils sont, sans jugement de valeur. C’est au spectateur de se faire sa propre idée.

Un rêve d’émancipation

C’est au travers d’autres personnages que Marvin ou Martin va trouver son salut. Tout d’abord, par hasard, grâce à la directrice de son collège qui lui présente des cours de théâtre. Ou bien plus tard, quand il  commence enfin à accepter son homosexualité, à travers le personnage d’Abel Pinto, joué par Vincent Macaigne, toujours très juste. La réalisatrice décide de nous livrer avec cette œuvre une histoire d’émancipation, dans laquelle le personnage essaie de s’extirper de sa condition sociale défavorisée jusqu’à arriver dans les hautes sphères de la société. Mais il n’en est pas heureux pour autant. Lui qui vient de la campagne ne se trouve pourtant pas à sa place au sein des classes aisées.

Trois scènes particulièrement fortes retiennent notre intention: celle où le collégien attend que le train le percute mais qui le rate, montrant sa détresse intérieure, et filmée avec brio de dos par Anne Fontaine. Celle où Martin adulte arrive finalement à trouver un modèle auquel se rattacher, lors de sa première rencontre avec Abel. Et enfin, la dernière scène, celle du spectacle avec la magnifique Isabelle Huppert, où la caméra demeure en retrait. La réalisation choisit de se trouver au plus près des personnages, avec des couleurs parfois ternes (dans la maison familiale) ce qui rappelle également de, par son cadre, le film de Xavier Dolan, Mommy.

D’ailleurs les acteurs sont tous  justes et pertinents dans leurs rôles. A commencer par le jeune Jules Porier dont le regard voilé tout au long du film reste saisissant. L’interprète de Marvin (Finnegan Oldfield), devenu Martin une fois adulte confirme quant à lui son talent. Les autres acteurs, livrent aussi une performance correcte (Catherine Salée dans le rôle de la mère dépassée, Grégory Gadebois dans le rôle du père…), seul le personnage de Charles Berling est peut-être un peu caricatural, en tant qu’homme d’affaires aux nombreuses liaisons.

Le bémol du long-métrage est cependant d’être un peu trop long, et comme il est assez éprouvant aussi bien au niveau sensationnel qu’émotionnel, il peut paraître trop étouffant. Ceci  prouve aussi sa valeur car il ne laisse pas indifférent.

Marvin ou la belle éducation, donc, livre une histoire intéressante, sous le prisme du parcours atypique d’un personnage désireux de s’extirper de sa condition première. Et on n’en ressort pas indemne.

Marvin ou la belle éducation : Bande-Annonce

Marvin ou la belle éducation : Fiche Technique

Titre : Marvin ou la belle éducation
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine et Pierre Trividic
Interprétation : Jules Porier, Finnigan Oldfield, Vincent Macaigne, Grégory Gadebois, Catherine Salée, Catherine Mouchet, Charles Berling…
Photographie : Yves Angelo
Décors : Emmanuel de Chauvigny
Costumes : Elise Ancion
Produteurs : Philippe Carcassonne, Jeans-Louis Livi, Pierre-Alexandre Schwab, Christophe Spadone, Stéphane Célérier, Valérie Garcia (Coproducteurs)
Sociétés de Production : Ciné@, P.A.S Productions, F comme Film
Distributeur : Mars Films
Durée : 113 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 novembre 2017

France – 2017

Le Brio : une joute verbale filmée par Yvan Attal

Le Brio est le 7e film d’Yvan Attal en tant que réalisateur et son 1er sans Yvan Attal comme acteur. C’est une histoire de contraires qui s’attirent et finissent par adorer se détester. Rien de bien nouveau sous le soleil du cinéma français, mais de quoi passer un moment plutôt agréable à rêver d’ascension sociale et de cynique au grand cœur.

Salaud, on t’aime

Cette semaine chez CineseriesMag, on a décidé de faire un jeu. Le principe est de changer nos habitudes. Les films ont donc été attribués « au hasard » à une plume et si possible en éloignant chaque critique de son univers habituel. En quelque sorte, nous avons décidé que le film ne fait pas le critique. Et c’est aussi un peu, tiens tiens, le sujet du dernier film en date d’Yvan Attal, Le Brio. Dans le film, Neïla se demande si l’habit fait ou non le moine au cours d’un des tours du concours d’éloquence auquel elle est inscrite pour sa « fac de fachos » (en apparence), Assas. Le jeu du film, est de tenter de déconstruire les clichés. Comment ? A coup de mots, et d’une petite dose (mais quand même!) de bons sentiments. Si le film donc ne fait pas le critique, et que le cinéphile peut tout autant s’extasier avec Justice League, Faute d’amour ou encore Jalouse pour prétendre aimer le cinéma, le critique peut-il faire le film ? Non, nous ne tentons pas de raviver ici la vieille polémique sur le critique aigri car il n’a pas pu faire de film/ou autre oeuvre d’art et passe donc sa vie à critiquer (le terme est ici forcément négatif et sans nuance) l’œuvre d’un autre (et le plus souvent s’il vous plait, un génie incompris). Ici, nous nous demandons plutôt si le critique peut faire la réputation du film. Là encore Le Brio se prête assez facilement à la réponse, ou du moins au questionnement, puisqu’il est partout (sans chercher à parodier le titre du précédent film d’Yvan Attal). Oui, littéralement partout dans la presse télévisuelle et écrite, mais aussi à la radio à tel point que l’on peut finir par croire qu’un seul film seulement sort cette semaine au cinéma. Il ne sera donc pas ici question de vous convaincre ou non que Le Brio est un bon film, qui peut-être remplit bien son contrat et vaudrait alors le déplacement dans une salle obscure.

Quand l’élève dépasse le maître

Un contrat rempli d’abord en apparence grâce à celle que la presse qualifie d’ores et déjà de « révélation » (mais la semaine dernière c’était la Maryline de Galienne interprétée par Adeline d’Hermy), Camelia Jordana. La jeune actrice de 25 ans fait bien le job, sans surprise cependant, devenant peu à peu au cours du film, un peu comme son personnage, plus sûre d’elle, plus sereine. Elle parvient à bien parler et à faire passer des émotions. A ses côtés se trouve la parfaite antinomie en la personne de Daniel Auteuil qui, n’ayant plus rien à prouver à personne, se contente de faire ce qu’on attend de lui, à savoir jouer le salaud, mais au cœur tendre. Bref, Daniel Auteuil est le paradoxe du film, la figure forte, soit le prof d’Assas provocateur Pierre Mazard, qui se fait dépasser par son élève, la lumineuse et banlieusarde Neïla Salah. Le tout est saupoudré d’une rencontre houleuse et pour le moins fracassante qui laissera place à une belle amitié. Nous ne sommes pas là face à une « bataille des sexes », comme celle qui se joue dans le film de Jonathan Dayton et Valerie Faris, mais plutôt à une lutte des classes où il s’agit de se détacher de son passé pour de se donner un avenir. Coïncidence ou non, la même semaine Marvin (ou la belle éducation, le sous-titre a de l’importance) se bat lui aussi pour s’extirper de son milieu d’origine. Il est le petit frère de cinéma du personnage aussi fictif que réel qu’Edouard Louis a dépeint, se dépeignant ainsi lui-même, dans En finir avec Eddy Bellegueule, faisant naître la polémique sur le dédain avec lequel il traitait sa famille dans ses pages. Pour en revenir au Brio, c’est aussi en quelque sorte « l’amende honorable » (comme Neïla l’est et ne veut pas l’être pour Pierre) d’Yvan Attal qui se relève un peu de l’échec critique que fût Ils sont partout. Pour cela, il vante des valeurs aussi simples que le pouvoir des mots, la force de l’éducation. Et son film s’ouvre sur des mots justement prononcés par des figures majeures qui s’opposent à la paresse, à leur époque (et si c’était elle qui avait tort?), et qui disent que ce sont les mots qui font l’idée et pas le contraire. Cette dernière formulation, on la tient d’une apparition furtive de Gainsbourg dans Le Brio, non pas celle qu’on attend, mais plutôt son père, oui le père de la femme d’Yvan Attal qui est une actrice. Serge nous prouve donc dans une image d’archive, la force du mot qui va véhiculer l’idée. Au final, Le Brio vaudra quelques mauvais jeux de mots aux critiques sur sa mise en scène réalisée « avec brio ». Ici, on est plus nuancés sur cette mise en scène :  il y a quelques belles idées, notamment dans le métro, sinon c’est l’opposition classique entre le vieux solitaire qui mange seul et la jeune fille aimée qui s’amuse avec ses amis. Puis il y a les scènes de « foule » où Neïla fait entendre sa voix, promet de dire la vérité, même si celle-ci n’existe finalement que le temps qu’elle parle. Au final, Le Brio est ivre de mots, tente sans cesse de faire évoluer ses personnages, de les sortir des sentiers battus, quitte à forcer le trait. Pierre est ainsi dans les mots de Neïla un cynique qui a trop de mots, de passions. Le Brio lui aussi est un produit un peu trop beau, un poil trop calibré pour nous convaincre complètement.

Le Brio : Bande annonce

Le brio : Fiche technique

Réalisateur : Yvan Attal
Scénario : Yaël Langmann, Victor Saint Macary, Yvan Attal
Photographie : Remy Chevrin
Montage : Cécile Lafite-Dupont
Sociétés de production : Chapter 2, Moonshaker, Pathé Production, France 2 Cinema, CN6 Productions
Distributeur : Pathé Distribution
Genre : Comédie
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 22 novembre 2017

France – 2017

La Lune de Jupiter, beaucoup d’acrobaties pour pas grand chose

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Avec La Lune de Jupiter, le réalisateur hongrois Kornél Mundruczó réutilise la recette qui avait marché avec son précédent film White God, à savoir mélanger un récit réaliste et social avec une dimension fantastique. Un exercice pour lequel le cinéaste préfère s’attarder sur la forme plutôt que le fond.

Depuis quelques années, le formaliste Kornél Mundruczó devient petit à petit une coqueluche des festivals internationaux. Ayant marqué les esprits avec White God en 2014 qui faisait miroiter les maux de la société au travers des yeux d’un chien, il était reparti de Cannes avec le prix de la sélection un Certain Regard et du Festival Européen du film Fantastique de Strasbourg avec l’Octopus d’or. Rebelote 3 ans après, avec La Lune de Jupiter le voilà en compétition officielle à Cannes, en compétition au FEFFS et à l’Étrange Festival d’où il repartira avec le Grand Prix. Une nouvelle fois, le cinéaste hongrois va utiliser le cinéma de genre afin de faire passer un message sociétal. Comme le titre l’indique, c’est l’Europe qui sera cette-fois ci prise pour cible par Mundruczó. En effet, Europe est l’un des 69 satellites (ou lunes) de la gigantesque planète Jupiter. S’intéressant à la crise migratoire qui secoue le continent depuis quelques années, Mundruczó  va conter le destin d’un jeune immigrant qui se retrouve, après s’être fait tirer dessus, avec la faculté de léviter.

la-lune-de-jupiter-merab-ninidzeDès le départ, Mundruczó plante le contexte particulièrement dur dans lequel va se dérouler son histoire. L’ouverture du film est certainement la séquence la plus réussie, et la plus impressionnante du film. Nous suivons un groupe de migrants à leur arrivée en Hongrie qui commence à se faire prendre en chasse par les autorités. Ce long plan-séquence résume à lui tout seul la situation actuelle que l’on retrouve en Europe, et la difficile condition de migrants. L’un d’eux, le jeune Aryan, se fait tirer dessus et se découvre la capacité de léviter. La mise en scène de Mundruczó  va alors s’envoler en compagnie du jeune homme afin d’en mettre plein les yeux aux spectateurs, incorporant avec aisance son imagerie fantastique dans un récit des plus réalistes. Malheureusement malgré ce départ saisissant, le reste de l’affaire ne sera pas aussi reluisant. En effet, Mundruczó  va accumuler de nombreux faux pas et cela va clairement atténuer le message de son entreprise.

Ce genre de projet est assez casse-gueule, et l’on peut très vite tomber dans du misérabilisme ou du manichéisme. Après que le pouvoir particulier de Aryan ait été découvert par le docteur Stern, celui-ci va alors transformer son patient en véritable bête de foire, le faisant exécuter ses tours mirobolants devant la petite bourgeoisie. À côté de cela, un inspecteur de la police se met en chasse de Aryan, le pensant relié à une série d’attentats qui ont été commis. Rien qu’à lire ces petites descriptions de l’histoire, on voit les facilités dans lesquelles va tomber Mundruczó. Si la façon dont Stern utilise Aryan arrive à mettre en avant un certain égoïsme et opportunisme de la société européenne (même si ironiquement, c’est un peu ce que fait Mundruczó lui-même), le manichéisme à peine dilué du film rend le tout assez lourd. Hormis le personnage de Stern, qui semble être un bienfaiteur mais qui ne manque pas de se faire un peu d’oseille sur le dos du pauvre Aryan, le reste des personnages manque clairement de nuance. Entre l’inspecteur très méchant qui pense que tous les migrants sont des terroristes et le jeune migrant innocent qui n’a rien demandé à personne et qui se fait mener en bateau, Mundruczó n’a pas cherché très longtemps à développer ses personnages. Cette subtilité inexistante amoindrit clairement le message du film, d’autant plus que Mundruczó  y incorpore une dimension christique qui semble être la seule issue pour le migrant.

la-lune-de-jupiter-film-zsombor-jeger-critique-cinema-movie-2017-jupiters-moonMalgré tout cela, La Lune de Jupiter est loin d’être un film honteux. S’il pêche sur le fond, il peut se rattraper au niveau de la forme. Mundruczó avait déjà démontré dans ses précédentes œuvres tout l’intérêt qu’il portait à la mise en scène et ici il va s’en donner à cœur joie. Outre le plan séquence d’ouverture déjà évoqué, ce sont bien évidemment toutes ces séquences de lévitation qui marqueront les esprits. Avec sa caméra qui s’envole, qui tourne sur son axe, qui se retrouve à l’envers, Mundruczó multiplie les acrobaties. Le cinéaste hongrois en fait peut-être même un peu trop, quitte à se regarder filmer et préférant enchaîner les tours de forces formels plutôt que d’approfondir son récit. Plutôt amusant d’ailleurs de voir la facilité avec laquelle Mundruczó arrive à enchaîner les plans ahurissants, mais galère à synchroniser le doublage de Merab Ninidze, au point de se demander parfois s’il ne s’agit pas d’une voix off qui  parle pour le docteur Stern.

Bilan mitigé donc pour La Lune de Jupiter qui n’arrive pas à transcender son sujet en or, Mundruczó accumulant les démonstrations techniques plutôt que d’offrir une véritable densité à son histoire. Reste que les fameuses séquences de lévitations s’imprimeront sur la rétine du spectateur à défaut de retenir quelque chose d’autre.

La Lune de Jupiter – Bande-Annonce

La Lune de Jupiter – Fiche Technique

Réalisateur : Kornél Mundruczó
Avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi, Monika Balsai
Scénariste : Kornél Mundruczó  et Kata Weber
Compositeur : Jed Kurzel
Directeur de la photographie : Marcell Rév
Monteur : David Jancso
Genres : Drame, Fantastique
Date de sortie : 22 novembre 2017
Durée : 2h 03 min

Hongrie – 2017