The Strange ones est un film d’ambiance, de Christopher Radcliff & Lauren Wolkstein, qui ne se laisse pas si facilement attraper. Au cœur de la ville ou de la forêt, les secrets ne résistent pas longtemps à l’éclatement de la vérité, le tout au sein d’un montage éclaté et plutôt confus.
Deux frères
Il faut d’emblée accepter que The Strange ones est un film d’ambiance, de ressentis et de non-dits. Une micro-épopée au cœur d’un drame familial, un lent retour aux sources qui s’apparente aussi à un chemin de croix pour le personnage principal, un jeune garçon mystérieux et un brin flippant à la Sixième sens. Les deux réalisateurs s’attachent à donner corps à leur thriller en proposant un montage fait de réminiscences de l’acte originel, celui à l’origine de la chute, un feu qu’une silhouette d’enfant observe. Au fur et à mesure, ce côté fantastique s’imbrique dans une intrigue plus terre à terre faite d’un road movie au cours duquel nos protagonistes croisent la route de personnages qui les accueillent, leur viennent en aide. Tout cela fascine alors qu’un certain malaise persiste, et n’est jamais levé, quant à la relation entre les deux frères, presque incestueuse.
L’intérêt du film reposerait donc sur la révélation, sa capacité à nous satisfaire d’avoir observé la fuite en avant de deux corps projetés dans le chaos du monde. Or, cette révélation importe finalement assez peu, tant elle semble venir justifier les silences, les regards, le travestissement de la vérité qui donnent sa saveur au film. Tout y est feutré, inconnu, les personnages y avancent à tâtons avec comme objectif visuel la forêt qu’ils sont censés rejoindre et cette grotte dans laquelle disparaître à jamais, se retirer du monde. L’apprentissage aurait pu être aussi foutraque que dans Captain Fantastic, mais ici point de père joyeux baroudeur, un brin tyrannique. Juste deux frères paumés et un monde sombre qui happe les âmes en quête d’un ailleurs qui s’éloigne toujours un peu plus à mesure que le film se déroule sous nos yeux. Il faut donc se laisser prendre au jeu, accepter de ne pas savoir, de ne pas comprendre, et observer ces deux corps qui deviennent peu à peu immatériels, s’extrayant par leurs actes de l’humanité telle qu’elle se construit dans la moiteur des villes américaines en été.
The Strange ones : Bande-annonce
Synopsis : A bord de leur voiture, Sam et Nick sillonnent les routes de campagne américaine. Pour certains qu’ils croisent, ils sont deux frères partis camper, pour d’autres, des fugitifs. Durant ce road-trip, de mystérieux événements surviennent, faisant peu à peu éclater la vérité au grand jour…
The Strange ones : Fiche technique
Réalisateur : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Scénario : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Interprètes : Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus, Gene Jones, Owen Campbell
Photographie : Todd Banhalz
Montage : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Sociétés de production : Adastra Films, Relic Pictures
Distributeur : Epicentre Films
Durée : 81 minutes
Date de sortie : 11 juillet 2018
Genre : Thriller
Etats-Unis – 2018











Autour de Zoé gravitent de nombreux autres « jeunes » tous un peu catégorisés, mais qui s’émancipent aussi dans leurs choix, ceux qui les mènent peu à peu vers l’âge adulte avec l’idée d’en découdre avec la vie. Les comédiens s’investissent à fond dans leurs rôles et cela paye puisqu’ils sont souvent touchants et drôles à la fois. Nous assistons donc à une chronique parfois cocasse des petits déboires de la jeunesse et de cette croyance que l’on va tout changer alors que l’on reproduit bien souvent les mêmes schémas que nos aînés. Cependant, ils manquent certainement tous de relief et de profondeur, on meurt d’envie de gratter sous la surface pour comprendre ce qu’ils ambitionnent réellement. Pour Zoé, c’est un peu pareil, même si elle tâtonne, son personnage peine à trouver toute sa profondeur et semble répéter en boucle des slogans auxquels elle ne croit pas vraiment. Au final, une petite comédie sympathique, sans plus, sur fond de lutte sociale et qui se voudrait un réveil pour la jeunesse. Utopie peut-être un brin trop sage pour vraiment éveiller les consciences, la mise en scène peinant bien trop souvent à épouser l’esprit de lutte que Les Affamés tente de distiller. Dommage.
Ici, il rempile également avec Charlize Theron qu’on avait laissée hagarde dans Young Adult, dans le rôle d’une jolie trentenaire dépressive qui ne trouve pas sa place dans un monde misant sur la sécurité et certainement pas sur la fantaisie. C’est comme si cette jeune femme s’était retrouvée de l’autre côté du miroir, celui de la vie de famille établie, car la voilà devenue Marlo, énormissime ventre en avant, à quelques jours du terme de sa troisième grossesse. La voilà, bouffie (cette capacité de transformation physique qu’elle engage dans ses rôles est étonnante), débordée entre une grande de 7 ans avide de connaissance et un plus jeune de 4 ans, adorable mais « singulier » comme ils disent, montrant tous les signes de l’autisme. Son mari Drew (Ron Livingston) est bien gentil, mais peu présent et peu coopératif. Et lorsque son frère Craig (Mark Duplass), un bobo techo à millions vaguement imbuvable lui offre, pour son anniversaire, de lui payer une nounou de nuit pour la soulager dans ses tâches ménagères, Marlo craque, met un mouchoir par dessus ses principes d’éducation, et finit par accepter. C’est ainsi que la sémillante Tully (Macckenzie Davis) entre en scène.
Tully est une belle jeune femme pétillante et mystérieuse, qui apparaît la nuit et disparaît au petit jour tel un vampire, un vampire très bienveillant. Elle s’occupe du bébé, mais aussi de Marlo, la féminité en friche et le moral en berne. Une jeune femme que Marlo regarde avec envie (« A 26 ans, tout vous est possible » lui lance-t-elle un jour de grande discussion), peut-être avec nostalgie, comme le personnage de Sandrine Kiberlain regardait celui d’Agathe Bonitzer dans La Belle et la Belle de Sophie Fillières. Quand le soir, elle rejoint Drew son mari, après l’habituel échange galvanisateur qu’elle a avec Tully, c’est pour le retrouver avec la manette de sa console aux mains, le casque sur les oreilles, abruti de travail et inconscient de la charge physique et mentale que sa femme supporte, se réfugiant derrière l’aide récente que Tully apporte.
Critiqué lors de sa sortie américaine par certaines personnes qui reprochent à Jason Reitman de ne pas nommer la dépression postpartum de Marlo comme une sorte de maladie qu’il convient de faire soigner, Tully est pourtant un très beau film sur la maternité comme très peu, voire rarement de films le font : loin du glamour qu’Hollywood s’obstine à peindre, surtout quand la mère est une jeune quadra, mais engluée plutôt entre les tire-laits et le désordre d’une maison et d’une vie qui la dépassent un peu. C’est un bel hommage aux mères qui besognent en silence, une œuvre piquante et émouvante.
