Le Dernier Face-à-face de Sergio Sollima en DVD et Blu-Ray

Le Dernier Face-à-face, une des références du western européen, sort en coffret DVD et Blu-Ray chez Wild Side.

La première bonne nouvelle concernant cette très belle édition du Dernier Face-à-face, c’est qu’elle nous permet de voir ou revoir ce petit bijou d’ « euro-western » (pour reprendre l’expression employée par Alain Petit dans le livre qui accompagne le film, expression beaucoup plus belle que le fameux et méprisant « western spaghetti »). Le film de Sergio Sollima s’inscrit dans une trilogie débutée par Colorado et terminée avec Saludos Hombre, les trois films ayant en commun d’être interprétés par l’excellent acteur d’origine cubaine Tomas Milian.

dernier-face-a-face-sergio-sollima-gian-maria-volonte-tomas-milian-sortie-dvd

Outre de rendre enfin visible ce film trop méconnu, l’édition de Wild Side nous le restitue dans une version longue de 110 minutes. Alain Petit nous explique l’histoire des différentes coupures, essentiellement dues à des raisons économiques (il fallait calibrer le film à 90 minutes pour faire plus de séances). Il nous apprend aussi qu’il aurait existé une version intégrale encore plus longue (peut-être 150 minutes). En tout cas, cette version longue inédite nous permet de savourer un très grand film, sans le moindre temps mort, aussi passionnant qu’intelligent.

Le Dernier Face-à-face commence en nous présentant le personnage de Brett Fletcher, professeur d’histoire qui doit abandonner son travail et sa Nouvelle-Angleterre dont il ne peut plus supporter le climat pluvieux. Homme faible et maladif, il correspond parfaitement à l’image stéréotypée de l’intellectuel idéaliste qui va débarquer, d’un coup, dans un Texas décrit, en quelques images, comme un monde de violence et de brutalité bestiale.

Le film va alors se dérouler autour de tout un système d’oppositions : Nord contre Sud, civilisation contre barbarie, le droit contre la violence. Cette opposition va s’incarner à l’écran en deux personnages, Fletcher d’un côté, et Solomon Beauregard Bennet de l’autre. Là où le premier est un homme d’idées et d’idéaux, un intellectuel du nord des États-Unis, le second est un brigand à la tête d’une « Horde Sauvage » qui décime les banques du Texas.

A partir de la rencontre improbable entre les deux personnages, le film va constamment demeurer imprévisible, changeant régulièrement de voie. Sollima réalise un grand western, un grand film d’action qui n’oublie pas d’être intelligent.

Car par les thèmes qu’il convoque, Le Dernier Face-à-face rappelle un peu L’Homme qui tua Liberty Valance, le classique de John Ford. Nous assistons ici, d’un certain côté, à la création d’un pays, d’un état de droit qui tente d’émerger de la bestialité la plus violente. Cependant, à la différence du film de John Ford, celui de Sollima se révèle plus sombre, plus pessimiste. Le parcours de Fletcher montre que la civilisation n’est bien souvent qu’un mince vernis qui se craquelle facilement pour laisser libre cours à la barbarie.

dernier-face-a-face-sergio-sollima-gian-maria-volonte-sortie-dvd-tomas-milian

L’édition que nous propose Wild Side rend bien hommage à ce grand film. Le Dernier Face-à-face est présenté dans un nouveau master restauré (qui, par une certaine différence de qualité, laisse voir les scènes inédites qui ont été rajoutées pour cette édition). Le Blu-Ray présente les deux versions.

Agrémenté de nombreuses photos, le livre qui accompagne cette édition fait une introduction complète du film, depuis sa genèse jusqu’à sa réception, en passant par une présentation des interprètes.

La sortie de ce très beau coffret reste une excellente nouvelle pour les cinéphiles en général, et en particulier pour les amateurs d’un « cinéma de quartier » (pour reprendre le titre de l’émission dirigée par Jean-Pierre Dionnet, qui avait diffusé Le Dernier Face-à-face). C’est un très grand film.

Le Dernier Face-à-face : bande-annonce

Caractéristiques DVD :

dernier-face-a-face-sortie-dvd-jacquette-sergio-sollima

Master restauré
Format image : 2.35, 16/9ème compatible 4/3
Format son : français & italien Dolby Digital & DTS Mono (version longue)
Sous-titres : français
Durée : 108 minutes (version longue)

Caractéristiques Blu-Ray :

Master restauré
Format image : 2.35
Résolution film : 1080 24p
Format son : anglais, français & italien DTS HD Master Audio Mono (version cinéma), Français & italien DTS HD Master Audio Mono (version longue)
Sous-titres : français
Durée : 94 minutes (version cinéma) – 112 minutes (version longue)

Compléments :

Entretien avec Jean-François Giré, spécialiste du western européen (13 minutes)
Focus sur le montage de la Version Longue
Livret exclusif de 80 pages, écrit par Alain petit, illustré de photos d’archives rares.

Sortie le 4 juillet 2018

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.