Les Affamés : quand la jeunesse s’empare du grand écran

Les Affamés est le premier film réalisé par Léa Frédeval. Il met notamment en scène la chanteuse et actrice Louane Emera découverte dans La Famille Bélier. Son ambition est d’être un hymne pour la jeunesse, son besoin de reconnaissance et son ambition. Pari réussi ?

les-affames-film-Agnes-Hurstel-Louane-EmeraPari à moitié réussi. En effet, Les Affamés bénéficie d’une certaine fraîcheur de ton due à ses interprètes et à son sujet, combatif, mais ce sont les mêmes atouts qui deviennent des travers quand il est un brin didactique, voulant à tout prix faire passer certains messages quitte à prendre de gros sabots et à faire « réciter » sa comédienne principale, Louane, qui donne absolument tout ce qu’elle a pour rendre crédible son personnage. Un personnage de jeune fille un peu perdue, parce qu’elle n’a pas grand chose pour démarrer dans la vie : un diplôme auquel elle ne croit pas trop pour s’insérer sur le marché du travail, un petit ami qu’elle vient de quitter et sur lequel elle comptait pour organiser sa vie et l’impression d’être exploitée, bloquée. Elle va mettre son énergie dans une lutte pour la reconnaissance de la jeunesse et de ses atouts, en refusant l’oppression. Son rêve est celui d’un monde déserté par sa jeunesse, qui ne fonctionne plus et prenne alors enfin conscience de sa valeur. Cependant Zoé va se perdre dans sa quête, parce qu’elle ne verra plus que ça et refusera de sortir de ses ornières, refusant tout dialogue. Or, elle découvre (mais un peu tard, et c’est vraiment dommage parce que l’on se sent un peu bernés) que la lutte réelle ne peut se faire que dans une convergence des luttes. Elle voit donc un peu tard le concept d’intersectionnalité, mais l’intérêt est peut-être ailleurs dans la capacité de l’héroïne à apprendre à se construire seule sans demeurer égoïste, tout un art. 

les-affames-un-film-de-lea-fedeval-critiqueAutour de Zoé gravitent de nombreux autres « jeunes » tous un peu catégorisés, mais qui s’émancipent aussi dans leurs choix, ceux qui les mènent peu à peu vers l’âge adulte avec l’idée d’en découdre avec la vie. Les comédiens s’investissent à fond dans leurs rôles et cela paye puisqu’ils sont souvent touchants et drôles à la fois. Nous assistons donc à une chronique parfois cocasse des petits déboires de la jeunesse et de cette croyance que l’on va tout changer alors que l’on reproduit bien souvent les mêmes schémas que nos aînés. Cependant, ils manquent certainement tous de relief et de profondeur, on meurt d’envie de gratter sous la surface pour comprendre ce qu’ils ambitionnent réellement. Pour Zoé, c’est un peu pareil, même si elle tâtonne, son personnage peine à trouver toute sa profondeur et semble répéter en boucle des slogans auxquels elle ne croit pas vraiment. Au final, une petite comédie sympathique, sans plus, sur fond de lutte sociale et qui se voudrait un réveil pour la jeunesse. Utopie peut-être un brin trop sage pour vraiment éveiller les consciences, la mise en scène peinant bien trop souvent à épouser l’esprit de lutte que Les Affamés tente de distiller. Dommage.

Les Affamés : Bande annonce

Synopsis : Zoé a 21 ans. Et Zoé en a sa claque d’entendre « c’est normal, t’es jeune ! ». Alors qu’elle emménage en colocation, elle prend conscience qu’elle n’est pas seule à se débattre entre cours, stages et petits boulots mal payés. Déterminée à bouleverser le complot qui se trame, elle unit autour d’elle une génération d’affamés. Ensemble, ils sont bien décidés à changer les choses et à faire entendre leur voix !

Les Affamés : Fiche Technique

Réalisateur : Léa Frédeval
Scénario : Léa Frédeval, Bastien Daret
Interprètes : Louane Emera, François Deblock, Nina Melo, Rabah Naït Oufella, Bruno Sanches, Marc Jarousseau (Kemar), Souheila Yakoub, Agnès Hurstel
Photographie : Gordon Spooner
Montage : Béatrice Herminie
Producteur(s): Charles Philippe, Lucile Ric
Sociétés de production: Les Films du Clan, France 2 Cinéma, Studio Canal
Distributeur : Studio Canal
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 27 juin 2018

France – 2018 

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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