Présenté au Festival de Cannes, dans la sélection Un Certain Regard, le premier long-métrage de Romane Gueret et Lise Akoka – Les Pires – retrace le récit d’un tournage rocambolesque qui se transforme en épopée réflexive autour de la représentation du pire au cinéma.
Récit (cinémagraphique) d’un tournage épique
Les Pires possède, à première vue, un sujet assez banal. Gabriel (Johan Heldenberg) est un réalisateur hollandais qui vient tourner son premier long-métrage à Boulogne-sur-Mer. Cherchant de jeunes comédiens amateurs, le cinéaste entame un casting dans le quartier populaire de Picasso. Le film débute in medias res par une caméra subjective qui épouse le regard du metteur en scène. Nous sommes en plein casting. Plusieurs enfants défilent face caméra. Ces derniers sont interrogés par le réalisateur et l’assistante réalisatrice sur leurs envies de faire du cinéma.
Le dispositif scénique – mis en place par le cinéaste – suscite un certain malaise. Ses questions donnent la sensation d’assister à un interrogatoire de police. Cette dimension intrusive réapparaît, par la suite, au moment du tournage. Obsédé par l’expression du sentiment « vrai », le réalisateur n’hésite pas à dépasser (parfois) les bornes du comportement abusif en instrumentalisant les blessures intimes de ses jeunes comédiens pour parvenir à ses fins. Les Pires relate, en somme, le récit d’un tournage chaotique.
Peu importe de connaître le sujet (clairement bancal) que Gabriel met en scène. Romane Gueret et Lise Akoka dévoilent les coulisses d’un tournage qui emprunte le chemin de la périphérie, en évoquant les liens qui se nouent entre les comédiens et l’équipe technique. D’emblée, le tournage du film (intradiégétique) s’apparente à un difficile chemin de croix (qui résonne ironiquement avec celui dans lequel il s’insère). Très vite, le réalisateur est pris en grippe par la population qui lui reproche d’avoir choisi les « pires » enfants du quartier Picasso.
Pour le meilleur et pour le(s) pire(s)
Ryan et Lily cumulent des difficultés familiales et scolaires. Placé chez sa sœur, car maltraité par sa mère, Ryan est un enfant timide qui a du mal à exprimer ses émotions (autrement que par la colère). Traumatisée par la mort de son frère, et livrée à elle-même, Lily est une pré-adolescente qui flirte ouvertement avec le danger. Leurs situations sociales respectives les stigmatisent aux yeux des autres, en les renvoyant aux stéréotypes de la « lolita » et du « petit dur ».
Les deux héros sont, ainsi, perçus comme des « enfants à problèmes » – pire comme des « délinquants » en devenir par les habitant.e.s du quartier. Or, le réalisateur et son équipe considèrent que « ce ne sont pas des enfants à problèmes, mais des enfants avec des problèmes » ; selon les mots de Mathilde, l’éducatrice passionnée de Placés (2022). Pourtant, derrière ces belles paroles, Ryan et Lily incarnent, néanmoins, malgré eux, le cliché de la « fille facile » et du « dangereux délinquant ».
On a l’impression que Romane Gueret et Lise Akoka égrènent les (mêmes) clichés (négatifs) sur les prolos, énième tableau misérabiliste qui offre une image peu reluisante du Nord. Les habitant.e.s du quartier exigeront d’ailleurs des explications à l’assistante réalisatrice, inquièt.e.s de voir leur quartier devenir l’objet d’une mauvaise parodie. Romane Gueret et Lise Akoka ont conscience que leurs personnages collent à des clichés (médiatiques). L’assistante réalisatrice constitue un double (à peine voilé) des deux réalisatrices. Cette dernière rappelle, à juste titre, qu’il n’y a pas de réalité qui ne mérite d’être représentée. Refuser de confier un rôle à un enfant – sous prétexte qu’il serait un « délinquant » – serait donner raison au déterminisme social qui règne au cinéma, qui en accordant aux privilégiés le droit à la parole, discrimine et exclue tous les autres.
User du stéréotype pour le déjouer : Et après ?
Ce discours questionne, ainsi, par une habile mise en abyme, les biais avec lesquels le septième art choisit de représenter la réalité. Si cette réflexion constitue l’une des réussites du film, elle n’est pas sans recéler une certaine ambiguïté. Romane Gueret et Lise Akoka jouent sciemment avec des topiques largement (et négativement) exploitées par les médias. Les réalisatrices cassent les rapports de pouvoir qui règnent à l’écran. Filmer « les pires » permet aux réalisatrices – ainsi qu’au réalisateur Gabriel – d’atteindre une certaine forme de vérité.
C’est en glissant dans la peau de leurs personnages que Ryan et Lily parviennent à susciter l’émotion (et, par extension, à la ressentir eux-mêmes). L’œuvre surfe clairement sur le célèbre roman de Victor Hugo qui affirmait dans Les Misérables (1862) qu’« Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs ». Les Pires prend le chemin de la critique politique en évoquant les laissé.e.s pour compte du système social, économique et, par extension, de l’industrie cinématographique qui, trop souvent, ne les met en scène que de façon négative, en réaffirmant le cliché initial.
Pourtant, contre toute attente, Les Pires ne parvient pas complètement à se défaire des stéréotypes dont il sert. L’histoire d’enfants « difficiles », issus de quartiers populaires, qui sont choisis pour tourner un film et connaissent grâce à lui une rédemption magique, se présente comme un sujet assez classique. Pourquoi choisir les « pires » (du quartier) quand on pourrait prendre les « meilleur.e.s » ? Les cinéastes brisent ces hiérarchies binaires qui ne veulent rien dire. La personnalité de Ryan et Lily ne sauraient se résumer à des clichés qui les enferment dans des catégories discriminantes. La diversité prônée par le film ne convainc pas totalement. Malgré tout, on a, quand même, l’impression que l’œuvre survole un peu son sujet. Les Pires ne va pas au bout de la réflexion qu’il institue. Le film ne résout pas tout-à-fait les problèmes qui lui sont posés. Car, que fait-on du cliché une fois qu’on l’a (supposément) dépassé ? Attendons le prochain film de Romane Gueret et Lise Akoka pour avoir un élément de réponse.
Le film, Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret, est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2022
Par Lise Akoka, Eléonore Gurrey
Avec Mallory Wanecques, Timéo Mahaut, Johan Heldenbergh
Distributeur : Pyramide Distribution
No Zombies : « Le Livre de Lila ». Ce troisième tome de la série
Monte-Cristo : « Le Prisonnier ». Dans un triptyque dont « Le Prisonnier » constitue le premier tome, Jordan Mechner et Mario Alberti prennent le parti de réinventer Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Pour ce faire, ils s’appuient sur le personnage de Sam Castillo, tout juste fiancé à la belle Abigail et promu dans sa société, mais injustement jeté en prison suite à des accusations de terrorisme. Le récit, échevelé, se déploie sur fond de conspiration et comporte une amitié initiatique avec un détenu. L’erreur de Sam a été d’apporter aux États-Unis des lettres en provenance d’Irak, d’être un peu trop menaçant quant aux relations étroites entre son collègue Dalgleish et l’entreprise Greendale, elle-même en cheville avec le général Northrup depuis des contrats d’assistance logistique conclus du temps du Vietnam. « Le Prisonnier » se conçoit dès lors comme la perdition extraordinaire d’un homme ordinaire, lequel fera les frais de la corruption militaro-politique mais aussi, dans une moindre mesure, de la jalousie amoureuse. Dans une Amérique encore caractérisée par la paranoïa post-11 septembre, et très bien restituée par Mario Alberti, Sam Castillo va voir son existence laissée en jachère durant quinze années, avant de reprendre pied. Mais pour quoi faire ?
Dino Park (T.02). Le Dino Park comprend une dizaine d’attractions et est dirigé par un homme d’affaires très soucieux de son portefeuille. Il n’hésite pas à renommer les dinosaures pour des raisons commerciales, à les transformer en animaux-sandwichs arborant des pancartes publicitaires, voire à faire passer leur santé après ses propres intérêts financiers. Ce dernier aspect est matérialisé à l’occasion d’un clin d’œil manifeste à Jurassic Park et à sa séquence du tricératops malade (avec cette désormais fameuse fouille fécale). Ce n’est d’ailleurs pas la seule allusion au chef-d’œuvre de Steven Spielberg. Ce second tome, d’Arnaud Plumeri et Bloz, comporte de nombreuses fiches signalétiques de dinosaures, mais aussi plusieurs dossiers pédagogiques, glissés entre des récits humoristiques à une ou deux planches. Destiné aux enfants, didactique, reposant pour partie sur le comique de répétition (notamment les gags impliquant un stagiaire martyr), l’album ravira les jeunes passionnés de dinosaures avec sa tonalité légère et ses informations distillées de manière ludique. Au programme : un élasmosaure ayant inspiré le monstre du Loch Ness, un microraptor ailé pesant à peine un kilo, un spinosaure capable de poursuivre ses proies de la terre à la mer ou encore un gasosaure au nom pas tout à fait innocent…
The Plot : 1674. « Tout ce qu’ils touchent se transforme en or. Tous ceux qu’ils touchent deviennent poussière. » Cette assertion issue du premier tome de