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« L’Année du foot 2023 » : saison pleine

Les éditions Marabout publient L’Année du foot 2023, qui revient sur les événements marquants d’une saison qui aura vu l’Argentine soulever la Coupe du Monde, Erling Haaland s’imposer un peu plus parmi les meilleurs artificiers du monde et le Manchester City de Pep Guardiola dominer l’Europe du football comme rarement un club l’a fait auparavant.

Difficile d’évoquer la saison de football 2022-2023 sans accorder à la Coupe du Monde disputée au Qatar toute la place qu’elle mérite. D’abord parce que Lionel Messi a enfin accroché à son palmarès le seul trophée majeur qu’il lui manquait. Ensuite parce que cette édition a vu plusieurs sélections « mineures » réaliser un parcours inattendu. Le Japon a vaincu Allemands et Espagnols, le Maroc a sorti la Belgique et le Portugal avant d’échouer dans le dernier carré de la compétition, et tous les continents ont placé un représentant en phase finale. Pas mal, juste avant que la FIFA n’élargisse le format à 48 équipes.

Autre compétition-phare : la Ligue des Champions. Comme chaque année, Manchester City était attendu au tournant. Eh bien, les hommes de Pep Guardiola n’ont pas déçu, puisqu’ils ont, pour la première fois de l’Histoire du club, gagné la coupe aux grandes oreilles, après un parcours qui les a vu notamment éliminer Leipzig et le Bayern Munich. Ce dernier a connu une saison difficile, chahutée (changement d’entraîneur et ensuite de direction), qui aurait même pu finir blanche, pour la première fois depuis 2011-2012, sans un incroyable concours de circonstances et la malchance habituelle du Borussia Dortmund – amplement traitée dans l’ouvrage.

Parmi les hommes-clés mis en avant, on retrouve sans surprise Kylian Mbappé, nouveau roi de Paris, capable de faire plier les Institutions, comme le rappellent les auteurs, Erling Haaland, le cyborg norvégien qui s’est parfaitement acclimaté à la Premier League au point d’en pulvériser les records, ou encore les inusables Karim Benzema et Olivier Giroud, ce dernier devançant désormais Thierry Henry parmi les meilleurs buteurs des Bleus. On le voit, la France est bien représentée dans L’Année du foot 2023, et cela se confirme avec la longue évocation du parcours de la sélection française à la Coupe du Monde, une préface sur la Ligue 1 ou encore une attention particulière portée au RC Lens, surprenant dauphin du PSG.

Parmi les autres sensations de l’année footballistique, le FC Barcelone, en reconstruction mais secoué par l’affaire Negreira, Vinicius Junior, dont la qualité de jeu ne cesse d’épater les suiveurs, mais surtout le Napoli, récent vainqueur du Scudetto, tiennent le haut du pavé. Le football italien, plus généralement, a été véritablement passionnant. En plaçant trois équipes en quarts de finale de Ligue des Champions, en proposant un derby milanais au dernier carré de la compétition, mais aussi en alignant une équipe à chaque finale de coupe européenne (LDC, Europa, Conference League), la Serie A a semblé retrouver ses lettres de noblesse, en espérant que cette épopée dorée ne reste pas sans lendemain, comme le craignent les auteurs.

L’Année du foot 2023 condense en moins de 170 pages l’essentiel des événements footballistiques récents. Rédigé avec soin, riche en illustrations, aussi passionné qu’attrayant, l’ouvrage ravira tous les amateurs de ballon rond. On pourra toutefois regretter que le nouvel eldorado saoudien ne fasse pas l’objet d’un traitement à la mesure des changements qu’il induit dans l’économie de ce sport. Car au croisement du soft power, du fair-play financier, des questions culturelles et sportives, il y avait là, incontestablement, matière à débats.

L’Année du foot 2023, So Foot
Marabout, août 2023, 168 pages

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3.5

« La Souris du futur » : Glénat revisite les classiques de Disney

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Pour fêter comme il se doit le centenaire de Disney, les éditions Glénat publient l’adaptation et la modernisation en bandes dessinées de quatre classiques du court-métrage d’animation mettant en scène Mickey, Donald et Dingo : Lonesome Ghosts (1937), Trailer Horn (1950), Mr Mouse takes a trip (1940) et Mickey’s fire brigade (1935).

Il y a un peu de Scooby-Doo et beaucoup de Ghostbusters dans « Un fantôme dans la machine ». Alors qu’ils peinent à joindre les deux bouts et à payer leur loyer, Mickey, Donald et Dingo ont monté une société qui promet de « défantômiser » les lieux hantés. Les contrats ne courent pas les rues, jusqu’à ce qu’on les emploie afin d’exercer leurs talents dans un mystérieux manoir. Équipés d’aspirateurs à spectres, ils parcourent les lieux, sont exposés à des phénomènes paranormaux mais n’arrivent pas à obtenir de résultats probants. Quelque chose cloche. Et si Pat Hibulaire leur avait joué l’un de ces tours dont il a le secret ?

« Camping exoplanétaire » et « Mickey Mouse fait un voyage spatial » ont un peu plus de personnalité sur le plan graphique. Le premier, très coloré, met en scène un Donald désireux de se retirer dans un coin paisible. Un voyage a priori idyllique mais qui se verra rapidement perturbé par les facéties de Tic et Tac. Le second, aux contours parfois exacerbés et aux teintes entremêlées, implique à nouveau Pat Hibulaire, requalifié en pickpocket voyageant sans ticket à partir d’un spatioport reliant toutes les stations du système solaire. L’antagoniste de Mickey usurpe son identité mais finira confondu et pathétique.

Quatre récits, quatre propositions visuelles bien distinctes. « Les Pompiers du futur » et ses lignes géométriques imaginent Mickey et ses amis soldats du feu dans une écopole où l’omniprésence du bois constitue une menace permanente. Déçus par la nature de leurs interventions et par leur camion un peu désuet – dans le futur, les pompiers sont véhiculés dans des transports volants –, Mickey, Donald et Dingo finissent néanmoins par croiser la route de cet inévitable Pat, coupable d’avoir provoqué un incendie en essayant d’exploiter une flamme extraterrestre de la planète Incendiax pour faire fondre un coffre-fort.

Bon enfant, reposant souvent sur le comique de situation et de caractère, très réussi sur le plan graphique, La Souris du futur constitue un bel hommage à la maison Disney et imagine un avenir où Mickey et ses amis, ainsi que leur naïveté confondante, ont toute leur place. Un second tome est prévu en 2024, il s’intitulera Le Retour de la souris du futur ! Nul doute que que cette prochaine proposition sera à la hauteur de celle-ci, très divertissante et rondement menée.

La Souris du futur, collectif
Glénat, octobre 2023, 128 pages

 

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3.5

« Atatürk » : le père de la Turquie moderne

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Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni, entourés de l’historien François Georgeon, reviennent aux éditions Glénat, dans la collection « Ils ont fait l’Histoire », sur Mustafa Kemal, ex-président de la première République turque, acquise au terme d’une lutte acharnée, tant interne qu’extérieure.

Après la Première Guerre mondiale, l’ex-militaire Mustafa Kemal refuse obstinément le dépeçage de l’Empire ottoman tel qu’il est prévu par les Alliés dans le traité de Sèvres. Entouré de quelques fidèles, l’ancien pacha-général mène une révolte contre le gouvernement d’Istanbul. Il s’oppose aux Grecs dans l’Anatolie puis concourt à l’abolition du sultanat ottoman par la Grande Assemblée nationale de Turquie, jusqu’à la proclamation de la République le 29 octobre 1923.

Dans Atatürk, Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni exposent longuement les batailles menées par Mustafa Kemal, les conservatismes à l’œuvre dans la Turquie des années 1920, mais aussi l’attitude des Alliés face à la menace que constituent pour eux les révolutionnaires turcs. Ils racontent la promotion d’Ankara en tant que nouvelle capitale et les réformes poursuivies en matière de laïcité, d’indépendance, de droits de femmes, allant même jusqu’à l’adoption d’un nouvel alphabet. Le but est de bâtir une nation homogène, libérée du joug occidental, sur les ruines de l’Empire ottoman multiculturel.

Dans un environnement international tumultueux, marqué par la désintégration de l’ex-empire, Mustafa Kemal Atatürk incarne la voie de la modernisation et de la réforme politique. Ce vétéran de la guerre des Balkans et de la Première Guerre mondiale a rapidement acquis une notoriété pour ses actes de bravoure et ses compétences militaires. Cependant, à l’issue du conflit 14-18, quand le Traité de Sèvres scelle la partition de l’Empire ottoman, Atatürk s’élève contre ce qu’il considère comme une humiliation doublée d’une dépossession. La bataille d’indépendance qu’il lance en Turquie conduira à la République que l’on connaît aujourd’hui.

Dans sa croisade vers la modernité, Atatürk a dû faire face à deux catégories d’adversaires : les puissances coloniales, principalement la Grèce, et les conservateurs islamiques locaux, qui s’opposaient à son programme de réformes radicales. La guerre gréco-turque (1919-1922), qui occupe une place de choix dans le récit, a constitué une victoire décisive sur le front international. À l’intérieur, Mustafa Kemal a habilement utilisé son capital politique, comme le montrent les auteurs, pour neutraliser les factions religieuses et conservatrices, souvent par des moyens autoritaires – il s’est ainsi arrogé les pleins-pouvoirs.

Entre le Traité de Sèvres de 1920 et le Traité de Lausanne de 1923 se situe une période critique de l’histoire nationale turque. Ce sont ces quelques années où la Turquie, sous la houlette de Mustafa Kemal, se transforme de nation vaincue en État souverain, qui forment le cœur battant d’Atatürk. L’examen de cette période révèle une diplomatie agile (notamment le levier soviétique), une guerre d’indépendance ardente et une détermination à remodeler la destinée nationale en faisant fi des conservatismes passés.

Atatürk a su rassembler autour de lui un conglomérat de nationalistes, de modernistes et même d’individus issus de certains groupes minoritaires, dans une coalition fragile mais fonctionnelle. Il est parvenu à marginaliser ses adversaires politiques internes, notamment en les assimilant aux forces conservatrices et en les accusant de collusion avec les puissances étrangères. Le Traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, reconnaîtra la pleine souveraineté de la Turquie sur Anatolie et la Thrace orientale. Cette lutte, ce destin national, ce portrait d’homme et de dirigeant s’inscrivent au cœur d’un album éducatif, qui se conclût par un dossier passionnant.

Atatürk, Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni
Glénat, octobre 2023, 56 pages

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3.5

« Buffy ou la révolte à coups de pieu » : un damier féministe ?

La série Buffy contre les vampires ne saurait se résumer à un récit de jeunesse axé sur le surnaturel. Car au-delà d’une surface constituée d’effets spéciaux et de protagonistes lycéens, elle offre une dissection complexe d’enjeux liés au genre et à la société. C’est le parti pris de la journaliste et spécialiste des séries Marion Olité, qui problématise aux éditions Playlist Society la manière dont le show de Joss Whedon a fait écho au féminisme, à la politique, à la transition vers l’âge adulte, et plus généralement à la psychologie sociale.

Avant Buffy Summers, le paysage télévisuel manquait cruellement d’héroïnes positives et complexes, occupant le devant de la scène comme avaient l’habitude de le faire les hommes. Dana Scully avait certes ouvert une brèche avec X-Files, mais Buffy contre les vampires a permis incontestablement de franchir un nouveau seuil, en s’adressant plus spécifiquement aux jeunes spectateurs.rices. Pour le comprendre, il faut se figurer une lycéenne de 16 ans à peine, portant sur ses épaules le sort du monde et chargée de lutter contre des créatures maléfiques.

Ces dernières sont traditionnellement attachées au patriarcat, puisqu’en plus des vampires, on retrouve parmi les principaux antagonistes de la série Le Maître ou Dracula, diminués et dépourvus d’emprise sur l’héroïne. Comme le verbalise très bien Marion Olité, la série met en branle une véritable mécanique féministe, puisque le « female gaze » s’y trouve aussi régulièrement convoqué, par exemple lorsqu’il s’agit de cadrer le corps dénudé d’Angel.

Ce qui ressort de la lecture de Buffy ou la révolte à coups de pieu, ce sont les profondeurs souvent impensées de la série. Les personnages de Spike et Angel évoluent au contact de Buffy, traduisant l’empouvoirment de l’héroïne, tandis que Xander, peu viril, incarne une redéfinition contemporaine de la masculinité. Le paysage institutionnel de la série ne manque pas non plus d’intérêt : la police y apparaît inefficace, expéditive et corrompue, aux ordres d’un Maire à double nature. Mais l’auteure n’oublie pas de repréciser tout ce qui a constitué l’étoffe populaire du show.

Les liens d’amitié du Scooby-Gang, la dualité Bien/Mal, les monstres de la semaine symbolisant les peurs adolescentes, les thématiques du deuil, de la rédemption et de la transition vers l’âge adulte, les sous-discours sur les minorités sexuelles : Buffy contre les vampires avait sans conteste de quoi prendre langue avec son public et ce, d’autant plus que les références y étaient légion : David Lynch, Harry Potter, Dawson, X-Files, Star Wars

Dans son analyse, jamais empesée, Marion Olité ne cherche pas à ériger Buffy contre les vampires en modèle critique. En revanche, ce qu’elle parvient à effectuer avec beaucoup de justesse, c’est extraire, sous ses dehors innocents, tous les messages sous-jacents qui tapissaient la série – et infusaient dans la tête de ses spectateurs. Bien plus qu’un simple produit de divertissement, elle a énoncé, au fil des épisodes et des saisons, une réflexion utile sur la condition féminine et humaine, en s’inscrivant entre les seconde et la troisième vagues du féminisme, mais aussi en se réappropriant des pans entiers du discours anti-capitaliste. De quoi voir d’un nouvel œil Buffy Summers et ses acolytes…

Buffy ou la révolte à coups de pieu, Marion Olité
Playlist Society, octobre 2023, 160 pages

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4

The House : playing nightmare

Si vous ne vous rappelez plus vos cauchemars de l’enfance, sachez qu’il est possible d’y revenir avec The House, une expérience qui vous maintient éveillé comme si vous étiez piégé dans votre subconscient. Cousin du found-footage, ce film explore les ténèbres avec un tas d’outils de suggestion, limitant la vision des protagonistes et de ses spectateurs, comme pour les relier à tous les autres sens qu’ils possèdent. Une expérience sensorielle forte et angoissante !

Synopsis : Deux enfants se réveillent au milieu de la nuit pour découvrir que leur père a disparu et que toutes les fenêtres et les portes de leur maison ont disparu. Cette nuit-là, une étrange présence se fait ressentir.

Youtubeur connu pour ses petites reconstitutions de cauchemars, Kyle Edward Ball s’est lancé un défi de taille en tournant dans sa maison d’enfance. Remettons tout de même un peu de contexte avant de se plonger dans le noir. L’explosion d’internet a donné lieu à des raz-de-marée d’images truquées en tous genres. Majoritairement destiné à faire rire, ce qui se passe du côté de sa chaîne Bitesized Nightmares est d’un tout autre cru. L’analog horror, ou horreur analogique, est une pratique populaire des années 60 à 90, car l’esthétique découle de l’électronique analogique des télévisions cathodiques, ainsi que des support VHS. Le grain prononcé, des graphismes de basse qualité, des bruits de fond cryptiques, tous les éléments sont réunis pour une ambiance old school, où l’horreur règne en maître. Tout cela est néanmoins mis au service d’une œuvre aussi originale qu’expérimentale.

Shadows in the dark

Nous ne sommes pas nyctalopes, mais le cinéaste canadien joue sur cette lacune de notre vue pour nous immerger dans une maison à l’ambiance suspecte. Deux enfants, une télévision allumée sur de vieux dessins animés, certains pensent peut-être déjà à Poltergeist de Tobe Hooper, mais il n’en est rien. Pourtant, ce phare dans l’obscurité semble être le point d’accroche de ces enfants, qui peinent à marcher droit dans un foyer dont ils ne reconnaissent plus les contours. Les fenêtres n’existent plus, le sol se confond avec le plafond par moments et d’autres objets de la maison ont disparu. Nous sommes immergés dans un cauchemar de notre enfance, seuls face à une aura maléfique qui rode et qui murmure de vilaines choses. A partir de là, si le concept vous attrape, le cauchemar va continuer. Pour les autres, l’éjection sera si brutale qu’il sera quasiment impossible d’y revenir.

L’étrangeté du projet est à double tranchant ici, car les points de vue de la caméra sont limités. Kyle Edward Ball prend soin d’esquiver tous les visages de ses personnages, afin que le spectateur puisse lui-même nourrir cette imaginaire. Et à la force d’un plan fixe ou d’un léger travelling, une ombre suspecte en arrière-plan devient une menace potentielle, une créature que l’on projette nous-même. De même, le cinéaste joue sur le montage, où le cut devient l’élément le plus effrayant de cette histoire de fantômes. Il ne s’agit pas nécessairement de jump scare, mais bien d’un timing précis, où l’ascension de l’angoisse peut imploser à tout instant. Le Projet Blair Witch et Paranormal Activity ont énormément joué sur ces codes.

Alone in the dark

L’autre facteur de la terreur reste l’habillage sonore. Le cinéaste nous habitue au silence, afin que chaque bruit parasite devienne un motif d’intrusion et d’agression pour le public. L’effet de surprise est réussi. Kevin (Lucas Paul) et Kaylee (Dali Rose Tetreault) sont ainsi désorientés et manquent cruellement d’armes pour se défendre face à ce qu’ils ne voient pas. Les autres sens s’éveillent et une étrange voix graveleuse donne tout un tas d’indications, qui vise à piéger les enfants dans cette pénombre qui guette le coin ou le fond du cadre. Celle-ci tend également quelques échappatoires, afin de mieux briser les personnages. Réussiront-ils à traverser cette terreur nocturne ?

Miser sur le hors-champ, pour se convaincre que quelque chose de malveillant tourne autour des enfants en mal de sommeil, est une stratégie bien audacieuse. La qualité de l’image et le concept exigent toutefois l’obscurité complet afin de pleinement s’investir dans The House. A première vue, il s’agit sensiblement d’une visite guidée d’un habitat qui étire beaucoup trop son suspense pour que le long-métrage se tienne de bout en bout. Un format plus court aurait été adapté et l’intrigue, aussi simple et modeste qu’elle soit, aurait gagné en efficacité. Avec tout ce vide qui existe et tout un tas d’incertitudes autour de son registre inclassable, malgré un succès retentissant dans les festivals, les distributeurs ont finalement abandonné le circuit des salles obscures.

Disponible sur la plateforme de streaming Shadowz depuis le début de l’été 2023, The House arrive à présent dans les kiosques, dans l’attente qu’il vous ramène à vos cauchemars d’enfants et qu’il vous hante une fois de plus.

Bande-annonce : The House

Fiche technique : The House

Titre original : Skinamarink
Réalisation & Scénario : Kyle Edward Ball
Photographie : Jamie McRae
Assistant réalisateur & Son : Joshua Bookhalter
Montage : Kyle Edward Ball
Production : Dylan Pearce, Jonathan Barkan, Josh Doke
Pays de production : Canada
Distribution France : ESC Films
Durée : 1h39
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 21 septembre 2023

Bernadette : une Première Dame face à l’histoire

Catherine Deneuve incarne Bernadette Chirac dans ce biopic revisité, associant humour et quelques secrets politiques. Bernadette est un film à ne pas rater !

Synopsis : Quand elle arrive à l’Élysée, Bernadette Chirac s’attend à obtenir enfin la place qu’elle mérite, elle qui a toujours œuvré dans l’ombre de son mari pour qu’il devienne Président. Mise de côté car jugée trop ringarde, Bernadette décide alors de prendre sa revanche en devenant une figure médiatique incontournable.

Changement d’image

Le film prend pour thématique le temps qui passe, grâce à la mode et à l’image de Bernadette Chirac. Cette dernière présente une image jugée trop « ringarde » et « vieille France », qui ne colle plus avec l’époque où Jacques Chirac devient Président de la République. Il en va de même de Bernard Niquet, conseiller en communication, qui paraît lui aussi être de la vieille France. Pourtant, il se révèle au fil de l’intrigue, comprenant parfaitement ce que recherchent les Français en Bernadette Chirac. La Première Dame ne se passe dès lors plus de lui, et il devient à la fois son secrétaire, son attaché de presse et son directeur de cabinet.

Dans la transformation qui s’opère alors pour la protagoniste, il aurait néanmoins été appréciable de voir l’opinion publique, toujours invisible sur le plan humain, au-delà des statistiques apparues dans les journaux pour la représenter.

La Première Dame de France face à l’icône du cinéma

Catherine Deneuve revient au cinéma avec un rôle surprenant ! Incarner une Première Dame de France est un pari risqué, mais l’actrice l’interprète avec une pointe d’ironie, aidée par l’humour des dialogues. Avec beaucoup de respect, elle plonge dans les tourments qui habitent Bernadette Chirac, sans jamais faire de faux pas. La tête haute, la démarche assurée et la posture droite, Catherine Deneuve gagne la sympathie du spectateur, qui redécouvre l’énergie à toute épreuve de Madame Chirac. Elle joue aussi les émotions contenues et la désorientation d’un personnage peinant à se faire une place dans le paysage politique, axe que le long-métrage creuse avec intérêt.

De plus, le film met en avant le style vestimentaire de Bernadette Chirac, qui change au cours de l’intrigue. Elle est habillée par les plus grands couturiers, tel Karl Lagerfeld présent dans une séquence. Le personnage et son interprète travaillaient d’ailleurs toutes deux avec le célèbre styliste allemand, et Catherine Deneuve était même l’une de ses muses dans les années 1990.

La caricature d’un monde politique

Dès les premières secondes du film, le ton choisi par la réalisatrice Léa Domenach est clair. Un chœur explique, tout chantant, que le long-métrage est « librement inspiré » de la vie de Bernadette Chirac. La fiction prend le pas sur la réalité, et tous les personnages sont des caricatures d’eux-mêmes, toujours dans le second degré même lorsqu’ils n’y aspirent pas.

Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy en sont les meilleurs exemples. Chirac, incarné par Michel Vuillermoz, marche toujours avec les bras ballants et le dos voûté. Laurent Stocker, qui incarne Sarkozy, ne lui ressemble pas physiquement. Pourtant il adopte sa gestuelle connue du grand public, et sa manière de parler reconnaissable pour en faire un personnage incontournable de Bernadette.

La Première Dame de France face à sa famille

De manière générale, les plans sont resserrés et rapprochent le spectateur de Bernadette Chirac. On la comprend, et on ressent de l’empathie pour elle car elle désire réellement évoluer. Elle n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, sans tabou ni langue de bois, quitte à désespérer Claude, sa fille cadette. Celle-ci soutient sans relâche son père, complètement investie dans la politique, tandis que sa grande sœur souhaite rester dans l’ombre. Ces éléments sont réels, même si les dialogues intimes sont imaginées par la réalisatrice-scénariste. Souvent ils font sourire, et parfois ils émeuvent.

En effet, Laurence, la fille aînée des Chirac, souffre d’anorexie et veut garder sa maladie secrète. Pourtant, si sa mère l’exposait publiquement, elle pourrait aider de nombreux Français partageant cette maladie grâce à son influence. Tout l’enjeu de la Première Dame se trouve ici : comment gérer sa vie de famille lorsqu’on est la femme la plus importante de France ? Que dire et que cacher ? Même si le film se veut divertissant, il travaille judicieusement ces problématiques pour mieux comprendre le parcours de Bernadette Chirac.

Bande-annonce – Bernadette

Fiche technique – Bernadette

Réalisation : Léa Domenach
Scénario : Léa Domenach et Clémence Dargent
Musique : Anne-Sophie Versnaeyen
Photographie : Elin Kirschfink
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Production : Fabrice Goldstein et Antoine Rein
Société de production : Karé Productions
Sociétés de distribution : Warner Bros. (France), Orange Studio (international)
Langue originale : français
Genre : biographie, comédie dramatique
Durée : 92 minutes
Date de sortie : 4 octobre 2023

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4

N’attendez pas trop de la fin du monde : jubilatoire et virtuose

N’attendez pas trop de la fin du monde, de Radu Jude : comme son titre à rallonge, ce film n’a pas peur d’étirer sur plus de 160 minutes le  récit de la vie éreintante de ses deux Angela, au service des riches et des puissants, mais qui ne s’en laissent pas compter. Le fond autant que la forme sont jubilatoires et intelligents. Et montrent une fois de plus que le cinéaste roumain est au-dessus du lot.

Synopsis :  Angela, assistante de production, parcourt la ville de Bucarest pour le casting d’une publicité sur la sécurité au travail commandée par une multinationale. Cette « Alice au pays des merveilles de l’Est » rencontre dans son épuisante journée : des grands entrepreneurs et de vrais harceleurs, des riches et des pauvres, des gens avec de graves handicaps et des partenaires de sexe, son avatar digital et une autre Angela sortie d’un vieux film oublié… sans oublier des occidentaux, un chat, et même l’horloge du Chapelier Fou…

24 heures de la vie d’une femme 

Radu Jude est un réalisateur radical, non seulement parmi ses pairs roumains, mais si on sort la tête du pur underground, il est l’un des rares cinéastes contemporains à réaliser des films aussi atypiques, aussi jusqu’au-boutistes. N’attendez pas trop de la fin du monde, comme Aferim ! sur des sujets voisins sinon analogues, est un pamphlet virulent contre le libéralisme outrancier. Certes des pamphlets, il n’en manque pas, mais c’est la forme qu’utilise le réalisateur, originale et extrêmement bien amenée, qui distingue son cinéma.

En guise de séquence d’ouverture, Radu Jude nous présente son dispositif : un dialogue entre deux films, celui qu’il est en train de réaliser et un film de 1981, Angela suit sa route, complètement enchâssé dans le sien. Ou la confrontation dialectique de l’avant et l’après Ceaușescu. Dialectique, puisque le cinéaste ne défend pas davantage une période par rapport à l’autre. Au contraire, il met en exergue les défauts de l’une et de l’autre.

Dans le film principal, on suit la route d’une Angela contemporaine (Ilinca Manolache), une conductrice Uber qui travaille également comme assistante de production dans l’audiovisuel. Filmée dans un noir et blanc très contrasté, telles de vieilles photos qu’on trouve auprès des bouquinistes des  bords de Seine, Angela, en manque de sommeil mais vêtue d’une robe à paillettes, brille de mille feux dans la camionnette qui la mène de pas d’heure à pas d’heure, quasiment toute la journée, d’interviews en interviews. Le client de l’agence est une de ces grosses entreprises – ici autrichienne – qui, comme Angela se plaît à le rappeler à la directrice marketing (magnétique Nina Hoss) qu’elle récupère à l’aéroport, pillent les forêts roumaines pour des meubles très bon marché (suivez mon regard) tout en utilisant une main d’œuvre peu qualifiée et soumise à un taux élevé d’accidents du travail. Ce sont ces estropiés qu’Angela visite du matin au soir pour que le client choisisse celui qui pourra le mieux servir son message publicitaire (« port du casque obligatoire », alors qu’aucun des accidents n’est dû à un non port du casque !). Des estropiés femmes, roms, ou ayant toujours quelque spécificité qui serait jugée, selon les commentaires d’Angela, irrecevable par la population roumaine, déjà taxée d’être anti-rom dans de précédents films…

Face à cette Angela, dans un film en couleurs et au grain passé, une autre Angela (Dorina Lazar) conductrice de taxi dans un Bucarest aseptisé, propre, calme, déambule dans un film qui sent la sur-censure par le pouvoir communiste , tant la vie y est idyllique et tranquille, même si en sous-texte, le réalisateur Lucian Bratu  montre la solitude aussi bien d’Angela que de ses clients, la tristesse, la misogynie sourde. Radu Jude pousse le vice du collage jusqu’à réintégrer le personnage vieilli de Dorina Lazar dans le récit contemporain, avec Dorina Lazar elle-même. Étourdissant !

Le dialogue entre les deux films est simple mais très efficace. Centré sur la voiture comme fil conducteur, si on ose ce mauvais jeu de mot, il montre d’un côté comme de l’autre les affres de la circulation à Bucarest et ailleurs en Roumanie, jusqu’aux dangers qu’elle engendre (on pense par exemple à Mère et Fils de Calin Peter Netzer). La voiture est incroyablement prise au sérieux par les cinéastes roumains, aliénante et pourtant indispensable. Mais la confrontation des deux films parle surtout de l’image, du cinéma, de ce qu’ils donnent ou ne donnent pas à voir, de leur puissance et de leur impuissance, et la vaste potentialité de manipulation : il faut voir par exemple les quarante dernières minutes du film montrer l’heureux élu en plein tournage du spot publicitaire attendu, droit dans son fauteuil roulant, récitant d’abord avec conviction un texte véhément témoignant de la négligence de ses employeurs, pour se retrouver dans une situation hallucinante de mépris et de cynisme à la fin de la séquence.

Le cinéma, selon Radu Jude, c’est hélas aussi l’intrusion de Tik-Tok , où l’Angela d’aujourd’hui se produit frénétiquement, sous un filtre d’homme peu ragoûtant, vomissant à longueur de reels des insanités misogynes. C’est très drôle, caustique, et s’inscrit parfaitement dans ce film essentiel. Essentiel parce qu’unique, essentiel aussi pour la vigueur du Roumain qui ne lâche jamais rien par rapport à son triste constat du monde moderne, duquel en effet on ne doit pas attendre grand-chose. Si ce n’est, pour notre part, un nouveau film faussement foutraque du brillant cinéaste…

N’attendez pas trop de la fin du monde – Bande-annonce

N’attendez pas trop de la fin du monde – Fiche technique

Titre original : Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii
Réalisateur : Radu Jude
Scenario : Radu Jude
Interprétation : Nina Hoss (Doris Goethe), Ilinca Manolache (Angela / Bobita), Uwe Boll, Dorina Lazar, Katia Pascariu, Sofia Nicolaescu, Ovidiu Pîrsan, Ovidiu Pîrsan, László Miske
Photographie : Marius Panduru
Montage : Catalin Cristutiu
Producteurs : Ada Solomon, Coproducteurs : Adrien Chef, Paul Thiltges, Adrian Sitaru, Serge Lalou, Claire Dornoy, Ankica Juric Tilic
Maisons de Production : 4 Proof Film, Co-production : Bord Cadre Films, Kinorama, Les Films D’ici, Paul Thiltges Distributions, Sovereign Films (II)
Distribution (France) : Météore Films
Durée : 163 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 27 Septembre 2023
Roumanie Luxembourg France Croatie – 2023

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4.5

Modern Family : une sitcom drôle et touchante sur la famille avec un grand F

Sortie en 2009, la sitcom américaine Modern Family créée par Christopher Lloyd et Steven Levitan s’est terminée en 2020, disant ainsi au revoir à 250 épisodes, 11 saisons et surtout à une famille qu’on a vue grandir et évoluer au fil du temps. Alors, pourquoi suivre le quotidien des  familles Pritchett, Dunphy et Tucker ?

La famille, pour le meilleur et pour le pire

Modern Family aborde le quotidien d’une famille résolument moderne. Même si l’intrigue se situe aux États-Unis, les étapes de vie et les épreuves rencontrées sont universelles. Comme un jeu des 7 familles, on suit le quotidien de trois foyers américains : la famille Pritchett, la famille Dunphy et la famille Tucker.

Dans la famille Pritchett, je voudrais le père

Le patriarche de la famille, Jay Pritchett – joué par Ed O’Neill -, représente le stéréotype du père de famille américain qui a réussi dans la vie. Vivant de son succès en tant que fondateur de Pritchett’s Closets, une société d’ameublement d’intérieur à laquelle il est très attaché et dont il aura du mal à se séparer au moment de sa retraite, il a pu se permettre d’acheter une grande et belle maison dans laquelle il peut accueillir toute la famille.

Divorcé, il s’est remarié avec Gloria Delgado – jouée par Sofia Vergara – une colombienne beaucoup plus jeune que lui et maman d’un petit garçon, Manny. Cette famille recomposée va vivre, tout au long des 11 saisons, plusieurs rebondissements et devra faire face aux quotidien et à la complexité que leur modèle familial connaît : la différence d’âge, la différence culturelle, l’intégration dans une famille et dans un autre pays, la vie de couple et la construction d’une nouvelle relation père-fils.

Ayant consacré toute sa vie à son entreprise, Jay a, par conséquent, peu consacré de temps à sa famille et à ses enfants Claire et Mitchell. On assiste aussi à son changement de comportement et à son évolution qui passera notamment par une double acceptation . celle de l’homosexualité de son fils et celle de son gendre. On le découvrira au fur et à mesure des épisodes de la sitcom, mais derrière un personnage de gros dur et de macho, se cache un grand cœur.

Dans la famille Pritchett, je voudrais la fille

La fille de Jay, Claire – jouée par Julie Bowen – est très proche de son père et a beaucoup de points communs avec lui : carriériste et entêtée, les deux s’entendent très bien et se comprennent. Claire s’est mariée à Phil – joué par Ty Burrell -, le stéréotype du papa cool, qui ne se prend pas la tête et qui est spontané, hyperactif, bref, un véritable enfant, qui a la tête dans les nuages. Il tourne tout autour de l’humour et a beaucoup de points communs avec son fils, Luke.

Phil et Claire ont fondé une grande famille de 3 enfants, tous très différents. Luke ressemble comme deux gouttes d’eau à son père, très agité et hyperactif. Alex, quant à elle, est l’intello de la famille. Haley, la fille aînée en fait voir de toutes les couleurs de par son esprit rebelle.

Tout au long des 11 saisons, la famille Dunphy devra affronter plusieurs épreuves que connaissent les familles nombreuses. À l’écran, on voit défiler des valeurs et problématiques comme : l’éducation des enfants, la charge mentale en couple, l’argent, la carrière, la quête de soi…

Dans la famille Pritchett, je voudrais le fils

Le frère de Claire, Mitchell, joué par Jesse Tyler Ferguson – est très différent de sa sœur, moins spontané, très discret et plus terre-a-terre, il se veut aux premiers abords un peu snob. Il est marié avec Cameron – interprété par Eric Stonestreet – avec qui ils ont adopté Lily – jouée par Aubrey Anderson -, petite fille de huit mois au Vietnam. Cameron est l’opposé de Mitchell : extravagant, bruyant et assumant pleinement son homosexualité, les deux personnages aiment se provoquer et ont tendance à se disputer sur leurs différences.

Tout au long des 11 saisons, leur couple reflète plusieurs valeurs : la construction d’une famille, l’éducation, la carrière, l’amitié, le rapport à l’homosexualité et l’adoption. Tout ceci à la manière Modern Family, via un dialogue drôle et touchant. On repense notamment à cette scène mythique où Cameron et Mitchell emmènent la petite Lily dans un restaurant vietnamien pour qu’elle puisse découvrir sa culture. Le dialogue qui se construit autour de cette scène est loufoque et drôle et résume parfaitement la tonalité générale de la série. Petite anecdote : la serveuse est la mère de Aubrey Anderson dans la vie.

Un faux documentaire qui rajoute de la proximité

Nous assistons au quotidien des trois familles sous un angle de faux documentaire, où chaque personnage se confie face caméra, un peu comme The Office. Si The Office a pu trouver du succès et son public en filmant en huis clos le quotidien du travail de bureau pendant 9 saisons, ce n’est pas grâce au cadre mais bien grâce à la personnalité de chacun et la qualité des dialogues.

Tout comme The Office, cette façon de filmer comme un documentaire ajoute de la proximité et de la vulnérabilité aux personnages, créant une dynamique intéressante : on entre encore plus dans l’intimité de la famille : nous sommes à la fois un membre de la famille et un observateur. Les personnages sont attachants, vrais et transparents.

Nous voyons grandir et évoluer les personnages de la saison 1 à la saison 11 – une évolution à la Harry Potter où tous les acteurs ont grandi ensemble sur une dizaine d’années, dès leur plus jeune âge – ce qui est intéressant pour suivre leur évolution et donner ce côté authentique et réaliste.

Comme le soullignait le réalisateur Christopher Lloyd “the interviews are a chance to have characters more honestly express things than they might openly do in a scene with someone. So we get a laugh from the contrast between what they’re really feeling and what they were willing to admit they were feeling in the scene.”

Ce qui pourrait contribuer à la réussite de la série est peut-être aussi lié à ce pacte invisible fait entre le spectateur et les réalisateurs : nous acceptons de suivre le quotidien de trois familles, sans s’attendre à quelque chose d’exceptionnel, juste leur quotidien brut.

Aux mêmes airs que la série Friends qui a su convaincre ses spectateurs avec ses protagonistes attachants qui racontent la société américaine moderne, Modern Family n’a pas la prétention d’une série d’exception : elle raconte simplement le quotidien de 3 familles attachantes, aux valeurs universelles.

Christopher Lloyd et Steven Levitan ont choisi non pas de raconter le fonctionnement des familles avec le monde extérieur, mais plutôt de raconter ce qu’il se passe à l’intérieur des familles, en dévoilant les coulisses et en ouvrant une fenêtre sur l’intimité.

Modern Family, malgré sa première sortie il y a plus de 10 ans, certes, n’est pas une série qui a révolutionné le genre, mais c’est une série universelle et intemporelle, qu’on (re)-regarde avec plaisir.

Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique

Harcèlement, agression, homophobie, sexisme, racisme… Il existe encore bien plus de termes à coller au champ lexical de la misogynie. D’où vient ce mépris pour les femmes et comment l’ère du numérique a-t-elle provoqué une escalade de haine à leur encontre ? Je vous salue salope donne la parole à quatre femmes de l’espace public, afin qu’on les entende témoigner de leurs déboires et afin que d’autres victimes puissent se relever à leurs côtés. Un documentaire aussi percutant que nécessaire !

Synopsis : Sur deux continents, quatre femmes sont victimes de cyberviolences extrêmes : Marion Séclin, comédienne et youtubeuse française, Laura Boldrini, présidente du parlement italien, Kiah Morris, représentante démocrate américaine, ainsi que Laurence Gratton, jeune enseignante québécoise. Abandonnées par les forces de l’ordre, la classe politique et les géants du web qui engrangent des milliards avec la haine, elles décident de se battre et de ne plus se taire.

Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist accompagnent quatre femmes qui témoignent de douleurs encore vives. Mais le procédé ne s’arrête pas à des discours à sens unique. Les cinéastes québécoises nous invitent à partager ce que ces victimes ont vécu au quotidien, avant de pouvoir se métamorphoser en femmes fatales et d’en rassembler d’autres au sein d’une même cause. Il s’agit d’une affaire non résolue d’hier et qui revient encore au centre des débats aujourd’hui.

Far Web

La misogynie peut être prise avec beaucoup d’humour et de passion pour les effets de styles. Babysitter de Monia Chokri l’a bien fait. Mais il est parfois nécessaire de confronter la thématique en rouvrant des cicatrices, qui n’ont jamais pu être refermées. Sous ses airs de thriller et de polar, le documentaire revient sur l’aura malsaine des réseaux sociaux, qui donne libre cours à tout un tas de violences gratuites, où le verbe est employé comme une arme aiguisée. Menaces de mort ou de viol, lynchage sur la scène publique, diffusion de photos intimes, aucun commentaire n’est censuré dans cette grande galerie de la haine virtuelle. Le cyberharcèlement va au-delà des conséquences virtuelles, c’est pourquoi deux politiciennes, une youtubeuse et une institutrice partagent leur peine et leur colère vis-à-vis d’actes immoraux qui ont changé leur vie à jamais.

On peut trouver de tout sur internet et souvent des blagues de mauvais goûts, notamment lorsque les mêmes sont détournés afin de dénigrer une personne. Les femmes sont les cibles préférées de ce mouvement, plus encore depuis le lancement de l’hashtag MeToo, qui a secoué la planète à l’automne 2017. Homme ou femme, tout le monde est exposé aux mêmes horreurs d’un tweet inapproprié, voire condamnable. La réalité est tout autre lorsque l’on apprend une certaine immunité de la part des agresseurs, parfois anonymes et souvent idolâtrés, comme fut le tueur en série de prostituées dans Les Nuits de Mashhad. La Nuit du 12 de Dominik Moll questionnait également le rapport des femmes à la masculinité toxique et ambiante, sans jamais pouvoir mettre la main sur le ou les coupables. Ce film n’entend pas tout résoudre pour autant, car il fait d’abord le constat d’une impuissance individuelle. Je vous salue salope met en évidence un Far West de haines et dans ce cas précis, un « Far Web », comme Lea Clermont-Dion l’a précisé au micro de Sans Filtre Podcast.

Quand le succès des femmes dérange…

Plus de cinq années de recherche et d’archivage ont permis de réaliser un film qui, au bout de ses 80 minutes intenses, nous montre les impacts de la cyberviolence sur le corps et l’esprit des femmes. « Quitter internet » serait le seul conseil insensé des policiers recevant des plaintes. Le documentaire emprunte ainsi les codes du cinéma d’horreur en empoignant des images et des textes choquants. La musique d’Antoine Félix Rochette s’évertue à superposer cette angoisse avec les messages haineux qu’on découvre. C’est bien ce dont il a besoin pour trouver de la crédibilité et de la pertinence. De même, le titre ne prend pas de détours et maintient que toute femme est potentiellement une proie de cyberviolences, une « salope ». Comment sortir de cette représentation ? Comment en guérir ?

La visibilité des femmes sur les réseaux sociaux en dérange plus d’un et c’est ce qui est clairement développé dans le livre Les Superbes : une enquête sur le succès et les femmes, que Léa Clermont-Dion a co-écrit avec Marie-Hélène Poitras. Aucun lien de parenté avec Laura Poitras par ailleurs, qui lutte contre d’autres formes d’injustices entretenues par le gouvernement américain (My Country, My Country, Citizenfour, Toute la beauté et le sang versé). Tout est peut-être finalement lié, car les géants du numérique doivent reconnaître leur part de responsabilité. L’encadrement de ces débordements n’est absolument pas maîtrisé, mais on ne nous apprend rien que nous ne sachions pas déjà. Ce serait bien le seul point faible d’un projet à destination des jeunes adolescents et dans l’inquiétude d’une défaillance éducative.

Les cinéastes font également le choix de ne pas donner la parole aux agresseurs, dont la seule motivation est de faire taire les femmes, de les museler à jamais dans la solitude et la peur des représailles. L’exemple le plus éloquent se tient dans le premier film de Tina Satter, où une forme armée et intrusive masculine venait constater à la source les motivations de la lanceuse d’alerte Reality Winner. L’absence des hommes de cette analyse est compréhensible, bien qu’un contrepoids servirait encore mieux la cause. Seul un père endeuillé revient sur le drame de sa jeune fille. Ce n’est malheureusement pas assez pour accompagner des discours qui ont tendance à se répéter et à se ressembler, qu’importe le continent sur lequel on vit ou on survit.

Avec tous les témoignages alarmants qui se succèdent, Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist font le bon choix en désamorçant la tension qu’elles ont créée. Au terme d’un visionnage frénétique, Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique soutient un discours solidaire afin d’informer et de sensibiliser sur les possibilités de reconstruction. De même, les exemples d’empowerment ne manquent pas, car ils consistent à valoriser les récits de femmes fortes, indépendantes et à succès, afin qu’ils en inspirent d’autres à leur tour. Et c’est bien évidemment ce que nous souhaitons de la part de ce documentaire engagé et qui espère changer les consciences, tout en préservant l’intégrité des utilisateurs des réseaux sociaux, qui augmentent de jour en jour.

Bande-annonce : Je vous salue salope – la misogynie au temps du numérique

Fiche technique : Je vous salue salope – la misogynie au temps du numérique

Scénario et réalisation : Léa Clermont-Dion, Guylaine Maroist
Collaboration au scénario : Sylvain Cormier
Direction de la photographie : Steeve Desrosiers, Jean-François Perreault, Louis-Vincent Blaquière, Fabien Côté, Richard Hamel
Montage : Jean-François Lord, Eric Ruel
Conception et mixage sonore : François Lacasse
Musique originale : Antoine Félix Rochette
Production : La Ruelle Films
Pays de production : Canada
Distribution France : La Ruelle Films
Durée : 1h20
Genre : Documentaire
Date de sortie : 4 octobre 2023

Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique
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3.5

Lost in the night : la mémoire n’est pas soluble dans l’eau

Le cinquième long-métrage d’Amat Escalante, Lost in the night, nous entraîne dans l’univers de violence propre au réalisateur mexicain, mais la critique d’un mode de fonctionnement politique s’entortille de façon intéressante à un drame familial, lui aussi approché sans que le réalisateur et scénariste se départisse de son regard social.

Synopsis : Dans une petite ville du Mexique, Emiliano recherche les responsables de la disparition de sa mère. Activiste écologiste, elle s’opposait à l’industrie minière locale. Ne recevant aucune aide de la police ou du système judiciaire, ses recherches le mènent à la riche famille Aldama.

Dans sa filmographie déjà conséquente et tôt récompensée – cinq longs-métrages avec celui-ci, trois courts-métrages et une participation à un film collectif -, Amat Escalante (né le 28 février 1979 à Barcelone, mais de nationalité mexicaine -) a habitué son public à la monstration d’une violence sans complaisance mais d’une crudité qui visait à ne rien masquer de son caractère insupportable.

Avec un art consommé de l’ellipse, la même violence s’exposera ici dès les premières scènes ; violence politique, s’exerçant de façon brute à l’encontre d’une activiste écologiste s’opposant à l’exploitation d’une mine, violence qui ne peut s’accomplir qu’avec la complicité de la police. Dans ces scènes inaugurales assénées comme autant de coups de poing et suivies d’une grande ellipse temporelle que l’on ne comprendra que peu à peu, le réalisateur mexicain retrouve ses coupes à l’écran rouge déjà pratiquées dans son long-métrage Los Bastardos (2009), et reprises dans son court Mercedes (2014), sortes de giclée sanglante à la fois exposée et sublimée qui lui permettent de dire très crûment la violence tout en ne s’y vautrant pas avec une complaisance ambiguë.

Le rythme se calme ensuite sans pour autant perdre en intensité, puisqu’une tension constante s’installe à travers un jeu du chat et de la souris dans lequel il devient vite malaisé de s’assurer de qui est le chat et qui est la souris. Emiliano (Juan Daniel García Treviño), dont on comprendra qu’il est le fils de l’activiste disparue, trouve le moyen de s’infiltrer et de prendre rapidement le rôle de factotum dans la luxueuse villa de Rigoberto Duplas (Fernando Bonilla), dont il soupçonne l’implication dans la disparition de sa mère. L’homme est un artiste en vue, flanqué d’une épouse vedette de la télé, Carmen Aldama (Bárbara Mori), et d’une fille star des réseaux sociaux, Monica (Ester Expósito), qui ne vit que pour pouvoir poster ses expériences et recueillir des flots d’amour virtuel.

À la fois souple, reptilienne, et cadrant impeccablement, comme un regard qui ne lâcherait pas sa proie, la caméra d’Adrian Durazo suit au plus près ce jeu de chasseur et de dupe à la fois. D’abord seul doté de l’œil inquisiteur, puisqu’il traque des preuves tangibles attachées à sa mère disparue, Emiliano se découvre pris, depuis plus longtemps qu’il ne pouvait le supposer, dans le savoir et l’œil autrement perspicace, autrement machiavélique, du créateur qu’est Rigoberto… Un renversement qui rejaillit sous forme interrogative et potentiellement autocritique sur le réalisateur lui-même et le jeu qu’il conduit auprès de ses acteurs, dont tous ne sont pas issus du milieu professionnel. Une curiosité à la fois auto-investigatrice et questionnant la miscibilité des différentes strates sociales qui animait déjà son premier court-métrage, Amarrados (2002).

Car l’homme est visiblement plus ami des questions que des réponses, plus ami des complexifications que des simplifications. C’est ainsi que chaque classe sociale singulière est davantage saisie dans ses méandres et ses paradoxes que dans sa schématisation : les milieux humbles se voient dotés d’une lucidité que leur refuse souvent l’intelligentsia ; quant aux castes dites privilégiées, elles n’apparaissent telles que de l’extérieur, et de loin. Leur approche dévoile leurs folies, leurs rancœurs, leurs haines, leurs tourments, leurs frustrations, et leur rapport peut-être moins cynique à la culpabilité qu’il n’y paraissait d’abord.

Sur les rives d’un lac de barrage dont l’eau invasive et faussement placide semble receler plus d’un secret, et au son lointain des détonations de mine, comme une sourde menace, Amat Escalante, avec Martin Escalante en coscénariste, portraiture implacablement les ravages du politique sur la sphère familiale et orchestre un drame en huis-clos vastement ouvert, traversé d’un ample et douloureux souffle tragique.

Bande-annonce : Lost in the night

Fiche technique : Lost in the night

Titre original Perdidos en la noche
De Amat Escalante
Par Amat Escalante
Avec Juan Daniel García Treviño, Ester Expósito, Bárbara Mori…
4 octobre 2023 en salle / 2h 00min / Drame, Thriller
Distributeur : Paname Distribution

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4

« Western Love » : fleur au fusil

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Dans le premier tome de Western Love, intitulé « La Teigne et le Gentil », Augustin Lebon nous plonge dans un coin reculé du Nouveau-Mexique, où Gentil, missionné par un gangster braqueur de banques, va tomber sous le charme de l’indomptable Molly, surnommée « la Teigne ».

Ce premier Western Love est d’abord le récit d’une rencontre improbable, celle de la Teigne et du Gentil. Molly est une dure à cuire, du poil-à-gratter fait femme. Elle régente d’une main de fer un restaurant qui pourrait à tout instant se voir saisi par la banque. A priori, elle n’est pas tout à fait le genre de femme qui suscite l’admiration des hommes. Et pourtant, elle exerce une fascination sans bornes sur Gentil, qui devrait cependant être occupé à autre chose qu’à chercher à la séduire, puisque Pio Linarez l’a chargé d’une besogne des plus importantes : faire du repérage en vue d’un braquage. Mais rien n’y fait : celui qui dégage une odeur de chien mouillé ne peut détourner le regard de cette Teigne à la langue bien pendue et aux formules tranchantes. C’est d’ailleurs l’un des principaux atouts de cet album : Augustin Lebon manie les mots en clerc. Et cela fait mouche, comme lorsque notre prétendant cuisine pour Molly, finissant par se voir dire : « Disons que sans la viande brûlée, avec un peu d’épices et une autre sauce… »

Second motif de satisfaction : la manière dont les trajectoires des uns et des autres sont entremêlées. Dans Western Love, tout le monde a un compte à régler avec son prochain. Le père de Molly est marshal ; il demeure obstinément aux trousses de Linarez depuis que ce dernier lui a volé sa femme pour mettre au monde Teresa, elle-même proche de Gentil. Fatalement, à mesure que le récit avance, on sent poindre, de plus en plus clairement, la violence latente. Et quand cette dernière éclate avec force et fracas, notre antihéros puéril mais sincère ne peut s’empêcher de lâcher à l’égard de Molly un absurde : « T’es magnifique, même au milieu d’une fusillade ! » Ces deux-là sont désormais liés, certes dépareillés par leurs différences mais rattachés par leurs sentiments. On devine qu’ils ne se quitteront plus. Mais que leur histoire n’aura rien d’un long fleuve tranquille. Il y a donc de la romance dans ce western constitué de rondeurs graphiques et de flèches sémantiques. Survitaminé, « La Teigne et le Gentil » place deux protagonistes attachants au cœur d’une série d’événements que n’aurait pas renié Sam Peckinpah. Mais contrairement au maître des westerns de troisième génération, noirs et sanglants, Augustin Lebon distille de la douceur et de l’humour à chaque étape de son récit. Vivement la suite.

Western Love : La Teigne et le Gentil, Augustin Lebon
Soleil, septembre 2023, 56 pages

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3.5

« Van Gogh, le dernier tableau » : de traits et de failles

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Les éditions Hazan publient Van Gogh, le dernier tableau, de Samuel van der Veen. Il y est question des derniers jours de l’artiste hollandais, dans la petite commune française d’Auvers-sur-Oise.

La trajectoire personnelle et artistique de Vincent van Gogh s’apparente parfois à une symphonie tragique, dont le mouvement final s’exécute à Auvers-sur-Oise, petite commune jouxtant Paris. Alors qu’il a conservé sa verve créative, entrelacée à une santé mentale fragile, le peintre hollandais entretient des relations toujours étroites avec son frère Theo, qui vient d’être père et qui lui a rendu hommage en donnant le prénom de Vincent à son fils.

Pour comprendre les derniers jours de van Gogh, il est nécessaire de rappeler ce qui a précédé son voyage à Auvers-sur-Oise. Pendant plusieurs mois, l’artiste a été interné à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence. Plongé dans un état psychologique vulnérable, fait de crises psychotiques et de moments d’accalmie, il ne cesse néanmoins de créer. C’est un article particulièrement révérencieux du critique Albert Aurier qui le décide à quitter les lieux pour profiter pleinement de sa gloire ascendante.

Le choix de séjourner à Auvers-sur-Oise s’explique par plusieurs raisons. Van Gogh y voit probablement l’opportunité d’être à la fois proche de Paris, centre névralgique de l’art moderne, et de son frère Theo. De plus, la présence du Dr Paul Gachet, un médecin passionné d’art et spécialiste de la mélancolie, lui offre une perspective rassurante. Le praticien, conscient de l’apport thérapeutique de la création, devient à la fois soignant et ami, tout en posant lui-même pour certaines toiles. Pendant cette courte période qui se ponctue par un suicide – il se tire une balle dans la poitrine –, Vincent van Gogh s’est montré prolifique et a peint quelques-uns de ses plus grands chefs-d’œuvre, dont Le Champ de blé aux corbeaux.

En revenant sur ses derniers jours, Samuel van der Veen portraiture un van Gogh tout en fêlures. L’homme dépend financièrement – et émotionnellement – de son frère. On le découvre, vignette après vignette, dans une frénésie créative, puis prostré et abattu, les mains portées au visage, et même assailli de visions programmatiques. Van Gogh, le dernier tableau, entièrement en noir et blanc, montre un peintre dépendant – à son art, à l’alcool –, en rupture avec son environnement et psychologiquement instable. Ainsi, il piquera une colère dantesque parce qu’un tableau de Guillaumin n’a pas encore de cadre, ce qui pourrait menacer son intégrité.

Ce roman graphique, dont chaque planche traduit un sentiment d’urgence, témoigne aussi de la correspondance épistolaire de Vincent van Gogh. L’artiste vivait une période d’intense souffrance mais n’en demeurait pas moins soucieux de multiplier les tableaux de la nature et des scènes villageoises. En somme, le séjour du peintre à Auvers-sur-Oise est à la fois une célébration de son génie créatif et un témoignage poignant de sa lutte contre ses démons intérieurs. Ce dernier chapitre de sa vie, aussi tragique soit-il, est l’ultime expression d’une âme tourmentée mais résolument sublime, que Samuel van der Veen saisit en clerc.

Van Gogh, le dernier tableau, Samuel van der Veen
Hazan, septembre 2023, 128 pages

Note des lecteurs11 Notes
3.5