The House : playing nightmare

Si vous ne vous rappelez plus vos cauchemars de l’enfance, sachez qu’il est possible d’y revenir avec The House, une expérience qui vous maintient éveillé comme si vous étiez piégé dans votre subconscient. Cousin du found-footage, ce film explore les ténèbres avec un tas d’outils de suggestion, limitant la vision des protagonistes et de ses spectateurs, comme pour les relier à tous les autres sens qu’ils possèdent. Une expérience sensorielle forte et angoissante !

Synopsis : Deux enfants se réveillent au milieu de la nuit pour découvrir que leur père a disparu et que toutes les fenêtres et les portes de leur maison ont disparu. Cette nuit-là, une étrange présence se fait ressentir.

Youtubeur connu pour ses petites reconstitutions de cauchemars, Kyle Edward Ball s’est lancé un défi de taille en tournant dans sa maison d’enfance. Remettons tout de même un peu de contexte avant de se plonger dans le noir. L’explosion d’internet a donné lieu à des raz-de-marée d’images truquées en tous genres. Majoritairement destiné à faire rire, ce qui se passe du côté de sa chaîne Bitesized Nightmares est d’un tout autre cru. L’analog horror, ou horreur analogique, est une pratique populaire des années 60 à 90, car l’esthétique découle de l’électronique analogique des télévisions cathodiques, ainsi que des support VHS. Le grain prononcé, des graphismes de basse qualité, des bruits de fond cryptiques, tous les éléments sont réunis pour une ambiance old school, où l’horreur règne en maître. Tout cela est néanmoins mis au service d’une œuvre aussi originale qu’expérimentale.

Shadows in the dark

Nous ne sommes pas nyctalopes, mais le cinéaste canadien joue sur cette lacune de notre vue pour nous immerger dans une maison à l’ambiance suspecte. Deux enfants, une télévision allumée sur de vieux dessins animés, certains pensent peut-être déjà à Poltergeist de Tobe Hooper, mais il n’en est rien. Pourtant, ce phare dans l’obscurité semble être le point d’accroche de ces enfants, qui peinent à marcher droit dans un foyer dont ils ne reconnaissent plus les contours. Les fenêtres n’existent plus, le sol se confond avec le plafond par moments et d’autres objets de la maison ont disparu. Nous sommes immergés dans un cauchemar de notre enfance, seuls face à une aura maléfique qui rode et qui murmure de vilaines choses. A partir de là, si le concept vous attrape, le cauchemar va continuer. Pour les autres, l’éjection sera si brutale qu’il sera quasiment impossible d’y revenir.

L’étrangeté du projet est à double tranchant ici, car les points de vue de la caméra sont limités. Kyle Edward Ball prend soin d’esquiver tous les visages de ses personnages, afin que le spectateur puisse lui-même nourrir cette imaginaire. Et à la force d’un plan fixe ou d’un léger travelling, une ombre suspecte en arrière-plan devient une menace potentielle, une créature que l’on projette nous-même. De même, le cinéaste joue sur le montage, où le cut devient l’élément le plus effrayant de cette histoire de fantômes. Il ne s’agit pas nécessairement de jump scare, mais bien d’un timing précis, où l’ascension de l’angoisse peut imploser à tout instant. Le Projet Blair Witch et Paranormal Activity ont énormément joué sur ces codes.

Alone in the dark

L’autre facteur de la terreur reste l’habillage sonore. Le cinéaste nous habitue au silence, afin que chaque bruit parasite devienne un motif d’intrusion et d’agression pour le public. L’effet de surprise est réussi. Kevin (Lucas Paul) et Kaylee (Dali Rose Tetreault) sont ainsi désorientés et manquent cruellement d’armes pour se défendre face à ce qu’ils ne voient pas. Les autres sens s’éveillent et une étrange voix graveleuse donne tout un tas d’indications, qui vise à piéger les enfants dans cette pénombre qui guette le coin ou le fond du cadre. Celle-ci tend également quelques échappatoires, afin de mieux briser les personnages. Réussiront-ils à traverser cette terreur nocturne ?

Miser sur le hors-champ, pour se convaincre que quelque chose de malveillant tourne autour des enfants en mal de sommeil, est une stratégie bien audacieuse. La qualité de l’image et le concept exigent toutefois l’obscurité complet afin de pleinement s’investir dans The House. A première vue, il s’agit sensiblement d’une visite guidée d’un habitat qui étire beaucoup trop son suspense pour que le long-métrage se tienne de bout en bout. Un format plus court aurait été adapté et l’intrigue, aussi simple et modeste qu’elle soit, aurait gagné en efficacité. Avec tout ce vide qui existe et tout un tas d’incertitudes autour de son registre inclassable, malgré un succès retentissant dans les festivals, les distributeurs ont finalement abandonné le circuit des salles obscures.

Disponible sur la plateforme de streaming Shadowz depuis le début de l’été 2023, The House arrive à présent dans les kiosques, dans l’attente qu’il vous ramène à vos cauchemars d’enfants et qu’il vous hante une fois de plus.

Bande-annonce : The House

Fiche technique : The House

Titre original : Skinamarink
Réalisation & Scénario : Kyle Edward Ball
Photographie : Jamie McRae
Assistant réalisateur & Son : Joshua Bookhalter
Montage : Kyle Edward Ball
Production : Dylan Pearce, Jonathan Barkan, Josh Doke
Pays de production : Canada
Distribution France : ESC Films
Durée : 1h39
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 21 septembre 2023

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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