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Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, fresque vacillante

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Présenté comme le Seigneur des anneaux de l’Empire Céleste, Creation of the Gods I : Kingdom of Storms a réalisé un raz de marée au box-office chinois avec plus de 60 millions d’entrées fin 2023. Premier opus d’une trilogie déjà intégralement tournée, le blockbuster offre un spectacle digne du grand écran mais noie sa mythologie dans un récit étiré, artificiellement complexe, et de nombreux effets numériques parfois outranciers.

Une sortie réduite à deux jours, c’est le pari du distributeur Heylight pour la diffusion française de cet événement exclusif. Une aubaine pour le public chinois, qui a fêté ce weekend des 10 et 11 février le passage au Nouvel an sous le signe du Dragon. Si une stratégie similaire s’est révélée gagnante pour le grandiose Godzilla Minus One, qui a bénéficié d’une ressortie de deux semaines fin janvier, fonctionnera-t-elle tout autant pour ce film chinois, sans créature de renommée internationale, croisant étroitement réalité historique, mythes et légendes ? 

Creation of the Gods I : Kingdom of Storms se base en effet sur un célèbre roman chinois de la fin du XVIème siècle, L’Investiture des dieux, traitant des luttes de pouvoir au cœur de la Chine antique. Il relate l’accession au trône de l’héritier des Shang, le prince Yin Shou, avec le concours de sa maîtresse Su Daji, un Démon Renard farouche et déterminé. Autoritaire et sanguinaire, Yin Shou pourrait bien précipiter la fin tragique de sa propre dynastie. Contrariés par la tournure de ces évènements terrestres, le sage taoïste Jiang Ziya du Mont sacré Kunlun s’allie à Ji Fa, un jeune guerrier élevé par Yin Shou, pour mettre un terme au règne du tyran. 

Wu Ershan, adepte des récits de fantasy chinoise, avait déjà adapté en 2015 dans Mojin: The Lost Legend le roman Ghost Blows Out the Light, publié en Chine par Zhang Muye. Le film, apparenté à une sorte de Tomb Raider horrifique, n’a malheureusement jamais vu le jour dans les salles françaises. Avec Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, le réalisateur s’attaque à un monument de la littérature chinoise en abordant les thèmes de la transmission et de la filiation.

De pères en fils : à la vie, à la mort

Les rapports père-fils, omniprésents dans ce premier volet, constituent un ressort dramatique essentiel autant qu’un véhicule de valeurs chinoises, centrées autour de la piété filiale et du respect de la figure paternelle. Que le fils soit naturel ou recueilli, il doit obéir, devenir digne de son père et être prêt à mourir si nécessaire pour protéger celui-ci. Ji Fa, fils adoptif de Yin Shou, conserve ainsi des devoirs et une loyauté inébranlable envers son véritable père, un gouverneur de province accusé de traîtrise. Quant à l’héritier de Yin Shou, il se montre initialement prêt à se sacrifier à la place de son père. Même un bébé Démon, bien éduqué, vient sauver de la mort sa figure paternelle de substitution.

Mais dans Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, la conquête des terres chinoises et le contrôle du pouvoir questionnent la notion même de transmission. À l’heure où les fils de Yin Shou craignent la tyrannie de leur père, et où les pères redoutent de mourir de la main, volontaire ou forcée, de leurs enfants guerriers, c’est toute l’harmonie d’une dynastie qui se brise, à l’image d’une carapace de tortue, pourtant robuste, dont le morcellement inexorable annonce l’éclatement d’un royaume en déclin.

Ce sujet central de la filiation s’inscrit toutefois dans une œuvre bien plus large, dont l’ampleur risque de perdre les spectateurs peu ou non réceptifs à la culture chinoise. Recourant à des moyens financiers, humains et techniques totalement démesurés, ce premier volet en fait sûrement un peu trop, quitte à laisser à l’écart du champ de bataille la fluidité du récit et le développement de ses protagonistes principaux.

Une fresque grandiloquente au récit dispersé

La séquence introductive de Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, qui n’en reste pas moins une des plus mémorables, donne d’emblée le ton. Une galerie impressionnante de personnages, présentés rapidement à l’aide de titres apparents, de l’action, des têtes coupées, le tout baigné dans des effets numériques, plus ou moins heureux, et une mise en scène relativement tapageuse. S’il s’agit du premier opus, il est dommage qu’à peine une moitié des hommes dûment présentés, en particulier les sages du Mont Kunlun, ne soient pleinement exploités. Dans ce florilège hétérogène, on retient tout de même l’énigmatique et sulfureuse Démon Renard et un sorcier maléfique aux capacités grandissantes.

Contrairement à La Grande Muraille, fruit singulier d’une coproduction américano-chinoise, Creation of the Gods I : Kingdom of Storms ne tombe pas dans le piège du bon nanar lourd et pataud. Cependant, cet opus manque étonnamment, et assez cruellement, de souffle épique. Nous sommes malheureusement bien loin des épopées telles que Les Trois Royaumes ou la trilogie Detective Dee. Passé les vingt premières minutes, l’histoire s’enlise en effet dans des développements secondaires jusqu’à un acte final attendu et un peu décevant. On reste donc sur sa faim, presque saturé par la succession de scènes post-génériques relativement inutiles, qui donnent, à la manière bien connue des Marvel, un bref teasing du prochain film. La saga Creation of the Gods sera-t-elle bénie des Dieux par la sortie en France de son deuxième volet ? Affaire à suivre au haut conseil du Mont Kulun.

Creation of the Gods I : Kingdom of Storms – Bande-annonce

Creation of the Gods I : Kingdom of Storms – Fiche technique

Réalisation : Wu Ershan
Scénario : Ping Ran, Wu Ershan
Casting : Bo Huang (Jiang Ziya), Fei Hsiang (King Zhou), Li Xuejian (Ji Chang), Yu Xia (Shen Gongbao), Kun Chen (Yuan Shi Tian Zun)…
Musique : Gordy Haab
Photographie : Wang Yu
Montage : Yuan Du, Ka-Fai Cheung
Producteurs : Yang Du, Bo Zhang, Wu Ershan
Société de distribution : Heylight Pictures
Genre : action, aventure, historique
Durée : 2h28
Chine – Sortie France les 10 et 11 février 2024

Madame Web : arachnofolie mal tissée !

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Le genre super-héroïque en prend pour son grade depuis un an ou deux, enchaînant les catastrophes et déconvenues consécutives. Et c’est le cas tous studios confondus avec comme seul bouée de sauvetage Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 sur l’année écoulée et, peut-être, une embellie avec Deadpool et Wolwerine en juillet prochain. Ce Madame Web, dont l’existence même n’a pas de sens réel à tous niveaux, est le parfait exemple du n’importe quoi ambiant qui règne sur ce genre cinématographique en crise profonde et qui lasse de plus en plus le public. Ce dernier rejeton du Spider-verse de Sony sans Spider-Man (!) est daté, pauvre et surtout totalement inutile, confirmant l’absence d’idées et de boussoles des studios en la matière. Cependant, c’est loin d’être la catastrophe annoncée partout, l’ensemble se laissant relativement bien regarder si on n’a aucune attente. Mais c’est surtout bien mieux que de récents essais similaires tel que l’abominable The Marvels. Il faut juste le voir comme un film de traque en mode teen-movie plutôt que comme un réel film de super-héros, ce qu’il n’est pas…

Synopsis : Cassandra Web est une ambulancière de Manhattan qui serait capable de voir dans le futur. Forcée de faire face à des révélations sur son passé, elle noue une relation avec trois jeunes femmes destinées à un avenir hors du commun… si toutefois elles parviennent à survivre à un présent mortel.

Est-ce à dire que lorsqu’on s’attend à une catastrophe totale concernant un film et qu’on est finalement plus emballé que prévu, il s’avère bon ? Non, bien évidemment. Mais ce Madame Web semblait déjà assassiné et cloué au pilori par tous avant même d’avoir été vu et d’être sorti. Ce qui est injuste et seulement mérité en partie. Alors certes ce n’est pas bon, c’est un film totalement absurde de par sa conception même et il est bourré de plein de petits défauts, mais ce n’est pas non plus super mauvais. Juste un blockbuster de seconde zone vite vu et vite oublié qui se regarde si on n’a rien d’autre à faire.

Mais il est surtout bien meilleur que bon nombre d’abominations récentes sorties par les studios dans le cadre de leurs velléités d’univers étendus qui deviennent malheureusement la panacée à Hollywood… Et qui sont symptomatiques du manque d’idées ayant cours dans les couloirs des studios et de raisonnements purement mercantiles, un peu comme la mode des multiverses qui arrange bien bon nombre de producteurs pour tripatouiller ce qui a été fait dans le passé. Et cela vaut pour tous : que ce soit Disney/Marvel dans le cadre du MCU, la Warner dans son feu DCEU ou comme ici avec le Spider-verse. On se rappelle tout de même de l’immonde The Marvels il y a quelques mois, du dernier Ant-Man complètement à côté de la plaque, de la bouillie visuelle et narrative du dernier Aquaman ou encore, pour rester dans le même univers, du totalement infect Morbius, tous bien moins « sympas » et surtout plus rageants que ce Madame Web à la louable humilité.

C’est peut-être aussi ça qui nous fait relativiser le raté de ce nouvel avatar autour de Spider-Man, mais sans Spider-Man (probablement le paradoxe cinématographique du siècle) : l’absence d’attentes quelconque sur ce projet. Un projet mettant en scène des figures totalement inconnues des comics pour le grand public et destinées à ajouter une touche féminine comme c’est à la mode en ce moment et depuis quelques années. Surtout qu’il ne faut pas le prendre comme un film de super-héros, mais davantage comme un film de traque enveloppé dans une sorte de teen-movie. Et qu’en l’état cela semble être une sorte de prologue développé du futur film de super-héroïnes avec ces quatre personnages (Cassandra Web et ses trois jeunes adeptes). Film qu’on ne verra sans doute jamais si celui-ci se plante comme tout le monde le prévoit. Ou qu’il pourrait se voir aussi comme la bande-annonce extra longue dudit futur film déjà avorté… Vous suivez ?

Madame Web semble tout droit sorti des années 90 ou du début des années 2000, il a d’ailleurs ce côté un tantinet suranné pas déplaisant. Ici, pour une fois, on n’est pas noyé sous les effets spéciaux (foirés), les scènes d’action étant plutôt rares et tout juste efficaces. Hormis le climax trivial au possible et ancré dans la sempiternelle zone désaffectée. Un combat final qui s’avère mal filmé et mal monté. Et il faut avouer que les deux heures du film passent plutôt vite et que les actrices sont plutôt sympathiques. La mise en scène est correcte et si le scénario use de beaucoup de coïncidences et de facilités, il avance sans temps mort et captive plus ou moins. S. J. Clarkson, une réalisatrice avant tout de séries, ne semblait de toute façon pas la plus indiquée pour réaliser un tel projet.

On déplore en revanche un méchant complètement raté comme dans la plupart des films de super-héros (c’est le véritable fléau de ce type de films, à part quelques exceptions qui confirment la règle tels que Thanos, Hela ou Octopus). Tahar Rahim va probablement longtemps avoir honte d’avoir accepté un rôle si pauvre et cliché et de l’avoir joué avec ses pieds. Les scènes de voyance sont également trop redondantes et pas vraiment adaptées à un film comme celui-là. En effet, le procédé de revoir la même scène plusieurs fois devient lassant. Le passage du retour en Amazonie est également profondément facile et ridicule. Malgré tout cela, on ne s’ennuie pas pour autant et le tout peut avoir un certain charme si on le déconnecte de tout le reste. Et j’insiste, c’est la condition sine qua non. Maintenant, reste plus qu’à voir ce que va donner Kraven le chasseur qui semble le projet le plus alléchant de cet univers étendu, complètement tordu.

Bande-annonce – Madame Web

Fiche technique – Madame Web

Réalisation : S.J. Clarkson.
Interprétation: Dakota Johnson, Sydney Sweeney, Isabela Merced, Céleste O’Connor, Tahar Rahim, …
Scénario : Matt Sazama.
Musique: Johan Söderqvist.
Production : Sony Pictures.
Pays de production : USA.
Distribution France : Sony Pictures France.
Durée : 1h57.
Genres : Action – Science-fiction.
Date de sortie : 14 février 2024.

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Préparer votre voiture aux intempéries Un guide complet

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Reconnaître l’importance de la planification météorologique

Les intempéries peuvent présenter de sérieuses difficultés pour les conducteurs, affectant les performances et la sécurité de leur voiture. Être prêt à affronter toutes les conditions météorologiques – chaleur intense, pluies torrentielles, fortes chutes de neige, routes de glace – peut garantir un voyage sûr et sans incident.

Pratiques de maintenance essentielles pour la préparation aux conditions météorologiques extrêmes

Image d’un support d’antenne de voiture fournie par piecesauto.fr

Pour une réception maximale, notamment en cas de mauvais temps, il est indispensable d’examiner et de réparer des pièces telles que le support d’antenne de la voiture. Les supports d’antenne sont conçus pour résister à différentes conditions météorologiques. Maintenir l’intégrité du support d’antenne de votre voiture permet d’éviter les dommages et de s’assurer que les signaux, qu’ils soient destinés au GPS ou à la radio, sont reçus de manière claire et nette. Vous pouvez augmenter la résistance de votre voiture aux intempéries et préserver une communication et une navigation ininterrompues en investissant dans des pièces fiables.

Se préparer à une chaleur extrême

Il est essentiel de prendre des précautions par temps chaud pour éviter que votre voiture ne surchauffe et ne subisse des dommages causés par le soleil. Cela implique de s’assurer que vos pneus sont correctement gonflés, de surveiller et de faire l’appoint de liquide de refroidissement et de vous garer dans des endroits ombragés chaque fois que vous le pouvez. De plus, vous pouvez réduire le risque de dommages intérieurs liés à la chaleur en utilisant des pare-soleil ou des couvre-fenêtres réfléchissants.

Faire face aux fortes pluies et aux inondations

Les conditions de conduite peuvent devenir dangereuses en raison de la faible visibilité causée par de fortes pluies et des inondations. Il est important d’inspecter et de réparer vos essuie-glaces avant de vous aventurer dehors pendant une période de pluie. Les accidents et les dégâts des eaux sur votre automobile peuvent également être évités en maintenant une distance de sécurité avec les autres voitures et en évitant les routes inondées.

Manipulation de la neige et de la glace

Avoir les bons pneus pour les conditions de conduite hivernales est crucial lorsqu’il s’agit de routes enneigées et verglacées. Vous pouvez également voyager en toute sécurité dans des conditions enneigées et verglacées en vérifiant et en remplaçant régulièrement le liquide lave-glace, en vous assurant que vos pneus ont une profondeur de bande de roulement suffisante et en gardant à portée de main des fournitures d’urgence comme des aides à la traction et une pelle à neige.

Maintenir les performances du véhicule

Les intempéries peuvent mettre davantage à rude épreuve le moteur et d’autres pièces de votre véhicule. Pour des performances et une fiabilité optimales, en particulier par mauvais temps, un entretien de routine est essentiel. Cela comprend les vidanges d’huile, le remplacement des filtres et l’inspection des freins. Il peut être utile de respecter le programme d’entretien recommandé par le fabricant afin d’éviter des réparations et des pannes coûteuses.

Protéger l’extérieur et l’intérieur

L’extérieur et l’intérieur de votre voiture sont tous deux susceptibles d’être endommagés en cas de fortes intempéries. Les tapis de sol et les housses de siège résistants aux intempéries peuvent protéger l’intérieur de la saleté, de l’eau et des débris, et l’application d’une couche de cire protectrice sur la peinture peut aider à prévenir la corrosion et les dommages causés par les UV.

Être prêt aux urgences

Sur la route, des crises imprévues peuvent encore survenir, même avec une planification méticuleuse. Il est impératif de conserver une trousse d’urgence dans votre voiture contenant du matériel comme un téléphone portable entièrement chargé, des câbles de démarrage, des trousses de premiers secours et des lampes de poche. De plus, être préparé à des scénarios d’urgence, comme une panne ou un accident, peut assurer votre sécurité jusqu’à l’arrivée des secours.

Utiliser une technologie avancée

Se préparer aux intempéries est désormais plus simple que jamais grâce aux progrès de la technologie automobile. Les systèmes avancés d’aide à la conduite (ADAS), le contrôle de stabilité et l’antipatinage sont quelques exemples de fonctionnalités qui peuvent améliorer la stabilité et le contrôle d’un véhicule par mauvais temps, offrant ainsi aux conducteurs une plus grande tranquillité d’esprit.

Les conducteurs peuvent s’assurer que leur voiture est équipée pour faire face à toutes les conditions météorologiques extrêmes qui se présentent à eux en prêtant attention à ces directives utiles et en s’organisant, ce qui rendra les voyages plus sûrs et plus agréables.

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« Love, etc. » : les tribulations d’une quadra célibataire

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Les modes de rencontres amoureuses se métamorphosent sous l’impulsion des avancées technologiques. Dans Love, etc., Clothilde Delacroix dresse un portrait vivant et amusé de ces rendez-vous 2.0. Entre espoirs déçus et promesses d’avenir, son récit, découpé en bulles narratives autonomes, résonne comme l’écho d’un monde où l’amour se conjugue désormais avec applications et interactions virtuelles.

Love, etc., c’est avant tout l’expérience d’une mère célibataire quadragénaire décidant de se réinsérer dans le jeu de la séduction après une longue pause. Pour elle, cela se révèle être un véritable voyage initiatique. Elle ne maîtrise pas les codes de ces nouveaux outils que ses connaissances semblent manier avec une aisance qui lui est déconcertante. Ce qu’elle découvre peu à peu, ce sont les dessous de ces supermarchés (numériques) du désir, qui ont modifié en profondeur les dynamiques relationnelles.

Première joyeuseté : la prise en main. L’inscription sur ces plateformes, loin d’être une démarche anodine pour elle, constitue au contraire un processus fastidieux, impliquant la création d’un profil attractif et la sélection des photos les plus avenantes. Alors, notre quadra peu à l’aise avec son physique prend le temps de bien faire les choses, en se posant mille questions. Mais malgré tous les efforts déployés, les rencontres qui en découlent s’avèrent souvent décevantes. Les pseudonymes pathétiques, voire triviaux, et les photos de profil artificielles, ne laissaient, il faut bien le dire, rien présager de bon.

Comment donc trouver l’amour dans ce dédale d’interactions numériques et de rencontres éphémères ? C’est là que réside le défi majeur pour cette mère de famille pleine d’espoir mais aussi de doutes. Comment se comporter pour maximiser ses chances dans ce nouveau jeu de séduction ? L’humour, l’absurde, mais aussi la justesse, deviennent des alliés précieux pour Clothilde Delacroix dans cette quête où les codes semblent avoir été réécrits à la hâte sans manuel d’instruction. Un décrochage attentionnel de plusieurs années est presque synonyme de fossilisation numérique.

Dans ce ballet amoureux ô combien moderne, chacun revêt un masque social, surtout lors du premier rendez-vous, lissant les aspérités de sa personnalité pour paraître consensuel et facile à vivre. Mais cette façade, comme l’énonce très bien notre protagoniste, peut mener à une confusion des espoirs et des sentiments, où personne ne sait réellement sur quel pied danser. Décrypter les signes d’intérêt, éviter les maladresses dans les communications numériques, gérer les attentes et les déceptions deviennent des compétences essentielles dans ce grand jeu de séduction (et de dupes ?).

Certaines planches de Love, etc., sous leurs dehors humoristiques, illustrent de manière édifiante comment cette quête désespérée d’amour peut engloutir l’individu, le plongeant dans un abîme de solitude et de doutes. L’absence de tendresse et le flou des attentes peuvent laisser des cicatrices invisibles, altérant la confiance en soi et la capacité à s’ouvrir à l’autre. Clothilde Delacroix ne s’y trompe pas quand elle représente les états d’âme de son personnage, un peu égarée sur le chemin de l’intégrité émotionnelle.

Love, etc. offre un regard ironique mais perspicace sur la recherche d’amour à l’ère numérique. À travers les tribulations d’une quadra célibataire, l’autrice parvient à capturer avec finesse les dilemmes, les rires et les déceptions qui jalonnent ce parcours semé d’embûches. 

Love, etc., Clothilde Delacroix 
Delcourt, collection Pataquès, février 2024

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3.5

« Congo Blanc » : triptyque colonial

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L’intégrale de Congo Blanc, d’Éric Warnauts et Guy Raives, rassemble aux éditions Daniel Maghen trois récits emblématiques plongeant le lecteur dans les méandres du Congo belge, à différentes époques. Chef-d’œuvre à la fois esthétique et narratif, l’album offre une restauration d’exception avec des couleurs originales revitalisées, un nouveau lettrage et un cahier graphique inédit. À travers ses pages, l’ouvrage revisite l’histoire coloniale, mettant en lumière les complexités et les contradictions de cette période tumultueuse.

« Congo 40 », « Fleurs d’Ébène » et « Congo Blanc » composent cette trilogie graphique qui, sous les dehors de la fiction, invite le lecteur à problématiser le colonialisme belge. Chaque histoire, distincte dans son cadre et ses personnages, dépeint avec précision et justesse les réalités d’une époque marquée par l’exploitation, les conflits et des relations interpersonnelles complexes.

« Congo 40 » entame cette odyssée avec une immersion qui rappelle en premier lieu Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad – et cette fameuse descente du fleuve vers les comptoirs occidentaux. La narration transporte le lecteur des Alpes françaises aux brumes énigmatiques du Congo, tissant des liens entre les rencontres faites en Europe et celles qui ont lieu dans l’Afrique colonisée. Vincent, le protagoniste, est déchiré entre plusieurs femmes, il découvre la réalité la plus brutale de la colonisation et fait face aux accès de colère qu’elle provoque.

Ce premier (et principal) récit est intéressant à plus d’un titre. On retrouve par exemple cette description désabusée des médias des années 1930 : « La presse se trouve entre les mains de gens intéressés qui, suivant leurs intérêts politiques, religieux, économiques, éclairent certains événements en en obscurcissant d’autres… » L’histoire est peuplée de personnages hauts en couleur, dont ce Massillon peu scrupuleux, caricature du colon hautain et prédateur, ou Laurence, la jeune femme qui fait basculer le récit, au cœur d’un mystère relativement confus (le rêve et la réalité semblent se réinjecter sans cesse l’un dans l’autre) mais édifiant quant aux travers de l’aventure coloniale.

La deuxième histoire, Fleurs d’Ébène, mêle suspense et critique sociale à travers une enquête policière qui dévoile l’hypocrisie de la mission civilisatrice des Blancs en Afrique. La complexité des relations interraciales, les enjeux de pouvoir et les préjugés sont exposés avec un réalisme saisissant, questionnant la légitimité et les conséquences du colonialisme. Éric Warnauts et Guy Raives y restituent parfaitement cet exotisme enivrant, ces tentations inconnues, qui exercent une fascination puissante sur celles et surtout ceux qui sont en poste au Congo. 

Congo Blanc clôt cette trilogie en abordant la période charnière de l’indépendance en 1960. Ce récit explore les tensions personnelles et politiques à travers le prisme d’un couple déchiré, symbolisant les conflits intérieurs et les dilemmes face au changement imposé par un retour au pays. La transition politique se caractérise comme un moment de remise en question identitaire profonde pour les personnages, ici le mari, pour qui l’Europe serait synonyme de nombreux renoncements – et de la fin d’un certain idéal. Peut-on hypothéquer sa famille pour l’ivresse de l’Afrique ?

De bout en bout, Congo Blanc arbore une qualité visuelle assez exceptionnelle. Les illustrations à l’aquarelle captivent par leur capacité à évoquer l’exotisme du Congo, à restituer avec authenticité et sensibilité la richesse de ses paysages et la complexité de ses enjeux. L’album n’est rien de moins qu’une exploration riche et nuancée des réalités coloniales, somptueuse sur le plan graphique et d’une grande densité sur le plan thématique, surtout en ce qu’elle révèle des hommes et de leurs appétits. 

Congo blanc, Éric Warnauts et Guy Raives
Daniel Maghen, février 2024, 192 pages

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« La Cage » : hors des sentiers battus

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Le roman visuel expérimental de Martin Vaughn-James est réédité aux éditions Les Impressions nouvelles.

Presque cinq décennies après sa création, La Cage, roman visuel de Martin Vaughn-James, continue de captiver et d’interpeller ses lecteurs. Inclassable, à la croisée des chemins, il est aujourd’hui réédité par les Impressions nouvelles.

Dépourvu de personnages et de narration linéaire, La Cage se distingue par son approche expérimentale et son dessin graphique particulier. Véritable labyrinthe visuel et textuel, l’ouvrage défie les conventions et invite à une exploration mystérieuse, presque inaccessible, sans repères spatiaux ou chronologiques. Chaque élément, des chambres aux pyramides, en passant par les stations électriques ou les rues désertes, contribue à une atmosphère fascinante et insondable.

L’absence de personnages et de récit traditionnel n’est pas une limite mais plutôt un tremplin pour Martin Vaughn-James, qui ne se fait pas prier pour développer une narration innovante, qui fera date et inspirera des générations entières d’auteurs. Le lecteur, seul protagoniste de ce voyage, est invité à interagir avec l’œuvre, à chercher des liens, à décrypter des signes, dans un monde où le temps et la matière obéissent à leurs règles propres. La subjectivité est au cœur de l’expérience, qui paradoxalement mime l’objectivité photographique, tandis que le texte, parfois incantatoire, joue un rôle de contrepoint aux images, en s’inscrivant tantôt en appoint tantôt en rupture avec ces dernières.

Thierry Groensteen, dans sa longue « autopsie » du livre, met en lumière l’expérimentation audacieuse et la richesse interprétative de La Cage, soulignant son caractère abscons et la multiplicité des lectures qu’il permet. L’œuvre, bien qu’atypique et parfois irritante par la confusion qu’elle peut générer, s’offre comme un objet littéraire non identifié, ouvert à tous les points de vue (il en est beaucoup question), et s’affranchissant de toute catégorisation convenue.

Avec son influence notable sur la bande dessinée moderne, La Cage demeure un testament de la vision de Martin Vaughn-James, un artiste qui a repoussé les limites de son médium pour créer un univers unique, presque abstrait, en perpétuelle mutation. Cette réédition est une invitation à redécouvrir une œuvre fascinante, qui continue de surprendre et enchanter, offrant à chaque lecteur une expérience de lecture rare et mémorable.

La Cage, Martin Vaughn-James
Les Impressions nouvelles, février 2024, 240 pages

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Chienne de rouge : l’ADN de l’humanité

L’appel du sang, l’appel d’un ruissellement dont on comprend l’agonie, c’est ce point de départ à partir duquel Yamina Zoutat nous embarque dans une remarquable traque. Au-delà de sa conscience et de ses émotions, l’humanité se définit également par ce mystérieux liquide rouge qui traverse nos veines et qui alimente notre corps en nutriment et plus encore. Le sang porte en lui le message de toute une vie, tout comme celui des autres vies que l’on peut croiser par inadvertance ou par nécessité. La mémoire baigne ainsi dans le sang de nos pères, nos mères, nos frères et nos sœurs.

Synopsis : À Paris, une voiture fonce dans la nuit. Mohamed convoie du sang, la doctoresse Nguyen le transplante et Isabelle a la vie sauve grâce au don d’une inconnue. Sang des femmes, attentat, procès, greffe, don et essence de vie : comme le convoyeur ou la chienne en quête de sa proie, nous suivons le sang dans sa course et ses incessantes transformations. Un récit de réparation.

Journaliste de formation, Yamina Zoutat a trouvé comment compléter sa vocation, sans être enchaînée aux contraintes formelles de son employeur. En traversant les portes de la Fémis, elle en ressort avec un documentaire empreint d’amour et d’humanité. C’est ce qui définira par ailleurs le fil rouge de sa filmographie. Les Lessiveuses (2010) évoque la relation primale entre des mères lavant le linge de leurs fils, coincés entre les quatre murs de leur cellule. Elles aussi sont isolées, avec le maigre espoir de les revoir et ces femmes communiquent leur peine à travers les vêtements qu’ils ont portés. En 2017, Retour au Palais lui permet de renouer avec ses souvenirs et son expérience de chroniqueuse judiciaire dans les couloirs d’un Palais de Justice qui s’apprête à déménager. Il y a dans ce documentaire ce rapport à la mémoire et aux empreintes laissées par les locataires du temple de la loi, le tout amené avec beaucoup de lyrisme et d’onirisme. C’est encore le cas aujourd’hui, alors que la cinéaste tient le sang comme le fil rouge de l’histoire de humanité.

Une étude en rouge

Mohamed un convoyeur de sang, Stéphanie une greffeuse, Isabelle une chimère… Toutes ces personnes que la réalisatrice a rencontrées sont liées par le sang. Pas nécessairement en le partageant. Mais d’une manière plus poétique, on pourrait grossièrement résumer ce lien avec les paroles de L’Oiseau et l’Enfant, de Marie Myriam, que chante une jeune fille qui a perdu une dent de lait et qui porte du vernis rouge à ses orteils. Yamina Zoutat filme le corps humain comme un objet d’étude et nous fait prendre conscience de quoi nous sommes faits. Elle nous invite ainsi à écouter notre circulation sanguine à l’intérieur des veines. De cette manière, le sang nous apparaît à la fois comme une entité abstraite, bénéfique et maléfique. La réalisatrice nous en montre les aspects les plus notoires, notamment à travers l’affaire du sang contaminé par le VIH, qui avait secoué le monde et les institutions médicales dans les années 80. Frustrée que la partie civile, et donc les victimes, n’a pas été auditionnée, Zoutat met tout en œuvre pour que leurs voix résonnent ici-même. Le documentaire contemple simplement un réseau de patients avec bienveillance.

Le sang constitue ainsi le liant et l’ADN de l’humanité. De quoi briser les frontières des nationalités. Il contient son histoire, mais également ses souffrances. Yamina Zoutat remonte ainsi une piste sanguine qui l’amène tout droit vers des individus, dont la trajectoire et le récit ont la réparation comme motif. Le sang, considéré comme un tissu médicalement parlant, constitue ainsi le maillage d’évènements qui racontent l’histoire de l’humanité. William Shakespeare observait déjà que « le sang attire le sang » dans sa tragédie de Macbeth. Les hommes font couler le sang autour de leurs désirs et de leurs caprices, tandis que celui des femmes coule naturellement. Ce documentaire a exigé un regard féminin sur le corps féminin et son rapport au sang, pas seulement menstruel, mais bien universel. C’est pourquoi elle ne s’acquitte pas simplement de techniques conventionnelles, afin de récolter des témoignages ou bien en laissant sa caméra discrètement observer tel ou tel individu. On en appelle aux images d’archives, aux extraits de films (dont le Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau) et au surréalisme qui dévie parfois dans l’horreur, comme en témoigne ces séquences clés d’étudiants en médecine qui simulent une crise post-attentat. Pour sauver des vies, il faut la partager. L’ADN du donneur anonyme est ainsi intégré dans un autre corps du même groupe sanguin. Le sang ne cesse de voyager à travers une multitude de moyens et reste encore un mystère pour la science. Zoutat n’est pas scientifique, mais l’interprétation qu’elle en donne justifie toute la beauté et le sang versé.

À travers les guerres, les pactes et les dons de sang, ce documentaire commente magnifiquement les liens qui nous unissent. Ce tissu liquide fait-il de nous de parfaites chimères ? Cette réflexion souligne le sens même de l’identité et de la mémoire. Il existe plusieurs réponses dissimulées dans ce voyage extraordinaire. Comme la chienne de rouge remonte la trace des animaux blessés lors de la chasse, Yamina Zoutat piste le sang des individus, jusqu’à définir la complexité de l’humanité. Ce fut une découverte pertinente au Cinéma du Réel, qui recense chaque année des documentaires venus d’ici et d’ailleurs. C’est aujourd’hui une quête indispensable qu’il ne faudrait pas manquer en salle.

Bande-annonce : Chienne de Rouge

Fiche technique : Chienne de Rouge

Écriture, mise en scène, image et voix : YAMINA ZOUTAT
Collaboration à l’écriture : RICHARD COPANS
Collaboration à l’image : CLEMENT APERTET
Assistant à la mise en scène et images additionnelles : HUGO ORTS
Son : SYLVAIN COPANS
Montage : DAMIAN PLANDOLIT
Étalonnage : RODNEY MUSSO / COLOR GRADE
Mixage : DENIS SECHAUD / MASE STUDIO
Archives : DYVIA BABECOFF
Productrices : JOËLLE BERTOSSA, FLAVIA ZANON
Coproducteur : RICHARD COPANS
Une coproduction : CLOSE UP FILMS, LES FILMS D’ICI
Pays de production : Suisse, France
Distribution France : Shellac Films
Durée : 1h36
Genre : Documentaire
Date de sortie : 14 février 2024

Chienne de rouge : l’ADN de l’humanité
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Röd I Snön : énigme nordique

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Le sous-titre indique qu’il s’agit d’un « nordic noir » de Linhart. Effectivement, en suédois Röd y Snön signifie littéralement « Rouge et neige » ou plus exactement « Rouge sur la neige » ce qui correspond parfaitement. Quant à l’auteur, malgré son nom, il est… Espagnol !

L’objet lui-même, la BD se présente sous un format à l’italienne assez inhabituel qui contribue (avec l’illustration de couverture) à retenir l’attention. Pris en main, il procure immédiatement des sensations agréables, avec sa couverture souple qui permet d’ouvrir ce volume relativement épais (242 pages non numérotées) sans l’abimer. De plus, en le feuilletant, on sent d’emblée une ambiance particulière avec des éléments inhabituels et un style qui donnent envie de se plonger dans la lecture. Ainsi, les deux premières planches, sans dialogue, sont déjà très caractéristiques, avec deux dessins en format type cinémascope pour la première et deux bandes et six dessins en tout et pour tout pour la suivante, avec des personnages qui s’observent. La première planche nous met face à un bâtiment (en vue large, légèrement en hauteur) dont l’observation attentive nous apprend qu’il s’agit d’un petit aéroport, avec sa tour de contrôle minimale et une queue d’avion qui dépasse sur sa gauche. Le titre du chapitre 1 indique le lieu : Karlsbacka (Suède), visiblement un patelin paumé. Y débarque un homme au crâne dégarni et à la barbe blanche. Il est détaillé par un petit personnage grimaçant : bonnet, yeux ronds et cigarette au bec. Un gamin qui l’attend à-côté d’une camionnette. Le détail qui donne immédiatement à réfléchir, c’est que sur l’illustration de couverture, le chauve qui atterrit à Karlsbacka est assis sur un canapé avec son double. L’indication « nordic noir » incite à se demander s’il ne s’agirait pas d’une référence à Tintin avec les Dupondt.

Une étrange affaire

Le chauve s’appelle Arne Gunnarsson. Il est inspecteur d’assurances et vient de Stockholm pour une affaire liée à un certain Jakob. Après une nuit perturbée, Arne se présente au poste de police du coin. Il y rencontre l’adjudante Anya Lundberg qui tient le poste à elle seule et qui lui explique l’affaire, du moins les éléments dont elle dispose. En mars, Jakob Olsson est venu la voir pour lui remettre une note qui mentionnait que lui, Jakob Olsson avait une communication importante à faire à l’ensemble des habitants de Karlsbacka. Dans sa note, il indiquait une date et un lieu. Il était vital que tout le monde assiste à cette réunion où il s’expliquerait. Or, le jour dit et à l’heure dite, si tout le monde était bien présent, Jakob Olsson s’est fait attendre et n’est jamais venu. Après quelques recherches, on l’a retrouvé mort dans un coin perdu de la forêt, la figure écrabouillée par des coups portés à l’aide d’une grosse pierre, le corps amputé des deux mains, celles-ci introuvables depuis. Au village, tout le monde pense connaître le coupable : Hölger, le voisin irascible de Jakob, parti le premier de la réunion avortée. Il faut dire qu’Hölger est un cas, avec ses tendances violentes, son caractère de cochon (d’ailleurs, il en élève) et sa façon d’interdire à sa fille Elsa de sortir de leur maison (raison pour laquelle, probablement, il part le premier en la faisant monter dans leur camionnette sans ménagement). Pourtant, Elsa avait un petit ami plutôt bien reçu chez les Hölger, mais ça c’était avant la disparition de la mère d’Elsa. Cette femme ne s’entendait pas du tout avec son mari et quand elle a disparu, tout le monde a considéré qu’elle était partie refaire sa vie loin de lui. De toute façon, plus personne n’a jamais eu de ses nouvelles depuis.

Un enquêteur particulier

L’enquête d’Arne l’amène à aller voir successivement tous les habitants de Karlsbacka. C’est l’occasion de se faire une idée des mentalités, relations diverses, faits marquants, etc. C’est aussi l’occasion de découvrir de nombreuses bizarreries, chez la plupart des locaux, mais également chez Arne. On découvre ainsi qu’il a des tendances violentes qui se manifestent par des sortes de bouffées au cours desquelles il se voit réagir à certaines situations comme il le voudrait vraiment s’il en avait le courage. Mais cela reste régulièrement au stade du fantasme. Tout cela date apparemment de son enfance où il fut un élève solitaire et malmené par les autres à l’école. Jusqu’au jour où il s’est trouvé un ami, le genre si discret que lui seul en profite, même si cela ne va pas sans quelques moments de tension. Bref, si les habitants du coin sont un peu givrés, Arne n’est pas en reste. Il a également des flash où il voit des animaux à la place de personnes. C’est ainsi qu’il observe un renard qu’Anya la policière voit régulièrement, pour une relation semble-t-il aussi affective que s’il s’agissait d’un membre de sa famille proche.

Qu’en penser ?

En ce qui concerne l’enquête, le premier chapitre qui occupe plus de la moitié de l’album se clôt sur une décision amère, inévitable au vu des circonstances. Mais, de retour à Stockholm, Arne poursuit sa réflexion, car la conclusion ne le satisfait pas. Tant mieux, nous aurons quelques surprises. En tant qu’habitué des histoires policières, je considère que quelques indices peuvent mettre sur la bonne voie. Mais, on est trop pris à la lecture pour prendre le recul nécessaire. C’est dire l’efficacité du scénario. Il faut dire qu’on a affaire à un auteur chevronné qui, sans trop chercher à nous égarer sur des fausses pistes, enchaine suffisamment de révélations toutes plus inattendues les unes que les autres, qu’on a tendance à lire en suivant la réflexion d’Arne plutôt qu’en cherchant à réfléchir avant lui. En ce qui concerne le dessin, il tend vers le minimalisme, aussi bien pour les décors que pour les personnages. Mais en y regardant de près, tout cela colle avec le propos et l’ambiance, car Linhart joue également sur les couleurs (irruption du rouge dans les situations de tension et pour toutes les situations bizarres), alors que sinon dominent des nuances entre le blanc de la neige et le gris du ciel. Les cadrages, les attitudes et expressions suffisent largement pour un rendu qui fonctionne (excellente lisibilité graphique). N’oublions pas cette intrusion du fantastique qui passe sans doute mieux avec un dessin qui contribue à l’ambiance bizarre qui s’instaure du fait des lubies des personnages et du caractère étrange des situations. Linhart se donne également le temps pour instaurer son ambiance avec des moments qui ne sont pas en lien direct avec l’intrigue. Ainsi, les flashbacks sur le passé d’Arne nous sortent de l’atmosphère bizarre de Karlsbacka pour nous immerger dans le malaise profond des origines de sa personnalité. Quoi qu’il en soit, ce que nous montre Linhart de la Suède profonde amuse et intrigue. Et l’enquête se révèle évidemment plus complexe que ce qu’on imagine en l’abordant.

Röd y Snön, Francisco Torres Linhart (traduction de Léa Jaillard)
Bang ediciones. Sorti le 17 janvier 2024 (France)
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« The Velvet Underground » : inévitable convergence

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Dans un ouvrage graphique leur étant entièrement dédié, et publié par La Boîte à bulles, le groupe The Velvet Underground est dépeint, de sa genèse jusqu’à ses cassures, par Koren Shadmi. Groupe parmi les plus influents de l’histoire du rock, la bande de Lou Reed et John Cale a eu des origines complexes et des dynamiques internes conflictuelles.

L’ouvrage s’ouvre sur une scène qui aurait dû être poignante : les funérailles d’Andy Warhol. Mais Koren Shadmi en profite pour énoncer l’ironie de la situation : le père du pop-art, figure paternelle équivoque pour Lou Reed, aurait probablement apprécié le cirque médiatique qui entoure l’événement, avec ces micros tendus et ces caméras indiscrètes.

Si l’on débute par le chant du cygne warholien, c’est en raison de l’importance déterminante que l’homme a eu sur la formation et l’évolution du groupe qui nous intéresse. Sans Andy Warhol, The Velvet Underground n’aurait jamais existé, Lou Reed et John Cale n’auraient jamais foulé le sol du Factory et la chanteuse Nico n’aurait pas eu affaire aux deux hommes…

Les origines de la révolte

L’album revient amplement sur les jeunes années de Lou Reed et John Cale, marquées par le rejet, la rébellion et une quête effrénée de liberté. Lou Reed, homosexuel et drogué, ivre de rock et d’affranchissement, a été victime de traitements inhumains (électrochocs) sous prétexte de normalisation, avec l’assentiment de ses parents. John Cale, abusé par l’organiste de sa paroisse et incompris au sein de sa propre famille, s’est lancé dans une odyssée personnelle, où la musique est devenue le véhicule de sa révolte intérieure. Koren Shadmi explore avec sensibilité et sans ambages ces trajectoires douloureuses, mettant en lumière les cicatrices précoces qui nourriront leur art.

La formation du Velvet Underground

L’ascension du Velvet Underground, de ses premières expérimentations sous le nom de The Primitives à sa consécration dans la Factory d’Andy Warhol, est narrée avec une acuité qui souligne l’interdépendance entre innovation musicale et désintégration relationnelle. Repérés et réunis par le producteur Terry Phillips, Lou Reed et John Cale échouent à percer, puis forment un nouveau groupe avec Nico, sous l’égide amicale et souvent paternaliste d’Andy Warhol.

Partant, les conflits internes, nombreux, vont à la fois miner le groupe et alimenter sa créativité. La musique du Velvet Underground forme un cri contre les conventions et une exploration des limites de l’expression artistique. Mais plusieurs écueils se mettent sur la route du groupe : problèmes de management, de contrat, refus des radios locales de jouer leur musique, échec commercial de leur premier disque…

De l’humain par-delà la musique

Là où Koren Shadmi se montre particulièrement convaincant, c’est dans l’énonciation des rapports humains. Lou Reed est à la recherche d’un père de substitution mais, révolté dans l’âme, il froisse à plusieurs reprises Andy Warhol, en plus de se compromettre en raison de la consommation de drogues ou de crises d’ego et de jalousie.

Les interactions au sein de la Factory sont traitées avec une attention particulière pour leur impact sur la dynamique du groupe. Chaque personnage lutte pour sa place dans un microcosme régi par l’ambition artistique et les jeux de pouvoir. La relation complexe entre Lou Reed et Andy Warhol, la relation de ce dernier avec les femmes qui l’entourent, l’oscillation permanente entre admiration et antagonisme, constituent autant de fils rouges qui traversent l’ouvrage…

La trajectoire du Velvet Underground est marquée par des sommets de créativité et des abîmes de discordes, culminant avec le départ de John Cale, organisé par Lou Reed, et l’attaque contre Warhol. Koren Shadmi ne se contente pas de narrer ces événements ; il les contextualise dans une perpective plus vaste de l’évolution de la musique et de la culture de l’époque.

Passionnant

Finalement, que retenir de The Velvet Underground ? Ses pérégrinations autour de la création artistique, son observation des liens complexes entre art et vie, un intérêt historique indiscutable… À travers un récit visuellement riche, Koren Shadmi nous invite à redécouvrir le Velvet Underground en tant qu’icône de la musique, réceptacle des humeurs humaines et miroir d’une époque révolue et pourtant étrangement proche de nous…

The Velvet Underground, Koren Shadmi
La Boîte à bulles, février 2024, 192 pages

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3.5

« Alicia Keys, Girl on fire » : le pouvoir de s’en sortir

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Alicia Keys, Girl on fire prend pour cadre le Brooklyn contemporain. Inspiré par la chanson éponyme d’Alicia Keys et conçu par Andrew Weiner et Williams Brittney, ce roman graphique plonge le lecteur dans la vie tumultueuse de Loretta « Lolo » Wright, une adolescente de 14 ans confrontée aux dures réalités de l’existence : racisme, racket, rejet…

« Lolo » et son frère James sont dans la même classe malgré leur différence d’âge. Et pour cause : l’une est aussi studieuse que l’autre nonchalant. Ils sont élevés par leur grand-mère maternelle et leur père, qui dirige une société de déménagement. Leur mère les a quittés sans prévenir.

Un soir, alors qu’ils s’arrêtent dans une supérette, James est brutalement arrêté par des policiers. Cet événement va avoir deux répercussions profondes : il va troubler le jeune homme au point de le plonger dans un mutisme partiel durant les semaines qui suivent, mais il va surtout révéler les capacités télékinésiques extraordinaires de Loretta.

Des pouvoirs révélateurs et leurs conséquences

La découverte des pouvoirs de « Lolo » n’est pas seulement un moment de bascule pour elle, mais aussi un symbole puissant de résilience face à l’adversité. Alors que ces nouvelles capacités pourraient être une bénédiction, ils attirent l’attention de Skin, caïd local qui met Brooklyn en coupes réglées. Ce dernier approche Loretta, qui refuse de lui prêter main-forte. Il décide alors d’envoyer Michael, un adolescent orphelin avec qui « Lolo » partage une connexion étroite, à la rencontre du père Wright, pour obtenir de lui une prime garantissant sa protection…

Le but de la manoeuvre est évident : provoquer Loretta de manière à la persuader que la collaboration est la meilleure solution pour éviter tout problème à ses proches.

La famille et l’amitié, piliers de l’existence

Au cœur du récit, les thèmes de la famille et de l’amitié jouent en effet un rôle central. Malgré les épreuves, les liens indéfectibles qui unissent Lolo à son frère, son père, et ses amis, notamment sa meilleure amie Nia, sont une source constante de force. Le retour inattendu de sa mère, avec ses propres secrets et capacités, ajoute une couche supplémentaire de complexité à cette dynamique familiale, tout en offrant une chance de réconciliation et de compréhension.

Entretemps, le père aura cherché à protéger au mieux ses enfants, « Lolo » aura expérimenté racisme et mépris de classe, le monde adolescent aura été mis à nu à travers Samantha et Eric, et Michael, à qui l’on a refusé la possibilité de rejoindre l’équipe de football en raison de sa petite taille, aura dû choisir entre l’argent facile et l’intégrité.

Plus qu’une simple histoire de super-héros

Alicia Keys, Girl on fire surfe certes sur les récits de super-héros, mais c’est avant tout un prétexte pour explorer des thèmes plus profonds tels que l’identité raciale, le féminisme et la lutte contre les inégalités sociales et économiques. À travers l’expérience de « Lolo », le récit aborde des sujets d’actualité avec sensibilité, offrant une réflexion sur l’empouvoirment de l’individu face aux structures oppressives. Andrew Weiner et Williams Brittney restent toutefois à hauteur d’adolescent et leur histoire, bien rythmée, plutôt convaincante, n’a pas pour objectif de livrer une étude sociologique très originale. Il faut tenir compte de ces paramètres au moment d’explorer ce roman graphique.

Résilience, initiation, volonté de justice : Alicia Keys, Girl on fire n’épingle peut-être pas le super-pouvoir que l’on croit. Face aux épreuves, Loretta et ses proches parviennent à garder la tête haute et leurs principes intacts. Ils se serrent les coudes, refusent les chemins de traverse et sortent ainsi grandis des obstacles qui se dressent sur leur route.

Alicia Keys, Girl on fire, Andrew Weiner et Williams Brittney (d’après l’oeuvre d’Alicia Keys)
Glénat, février 2024, 224 pages

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3.5

« Le Lierre et l’Araignée » : Occupation et Résistance(s)

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Dans Le Lierre et l’Araignée, paru aux éditions Dupuis, Grégoire Carle présente un témoignage poignant sur la brutalité de la guerre, qu’il contrebalance avec une longue évocation de la beauté éphémère de la nature. Appréhendé sous un angle intergénérationnel, documentant l’annexion de l’Alsace et de la Moselle au cours de la Seconde guerre mondiale, articulé autour de la transmission de la mémoire, l’album, qui rejoint la magnifique collection « Aire libre », se révèle passionnant.

Au cœur de l’œuvre de Grégoire Carle se trouve une dualité narrative : d’un côté, la sérénité de la pêche – détaillée avec une minutie presque documentaire – ; de l’autre, l’horreur de l’occupation nazie en France pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire, fondée sur les récits du grand-père de l’auteur, offre une perspective intime sur l’Occupation, mettant en lumière le côté le plus douloureux de la vie sous le régime nazi. L’Alsace et la Moselle, régions déchirées entre la France et l’Allemagne, font l’objet d’une attention particulière et servent de cadre à un récit qui alterne entre les vexations et ignominies allemandes et les efforts de résistance des populations françaises.

L’arrivée des Allemands en France est contée par le menu. L’Alsace et la Lorraine sont dépeuplées, les professeurs des écoles changent du jour au lendemain, la Société alsacienne de construction mécanique, qui envoyait ses locomotives à Los Angeles ou à Saigon, travaille désormais exclusivement au service du IIIe Reich. Pis, la grande synagogue part en fumée et l’emprise des nazis, tentaculaire, semble s’exercer sur toute chose. Les enseignes de magasins changent, les noms des rues aussi, les statues sont déboulonnées… Les nazis réécrivent l’histoire des régions qu’ils investissent. Grégoire Carle parvient très bien à restituer l’urgence de l’Occupation, ainsi que ses impacts concrets, politiques et psychologiques, sur les populations concernées. 

Sur le plan formel, Le Lierre et l’Araignée se distingue par des techniques variées : les trames grisées, les rendus de matière au pochoir et à la brosse à dents, l’encre de Chine, l’aquarelle, les incrustations dans les planches… Grégoire Carle est capable de passer de moments de contemplation pure, presque oniriques, à la réalité la plus crue des camps de travail, où s’entassaient des masses affamées brisées par la fatigue et la précarité. De la même manière, il va se pencher tour à tour sur les relations familiales intergénérationnelles et sur l’organisation des Allemands, du gauleiter Wagner, qui prend ses ordres directement auprès d’Hitler, au blockleiter, le petit nazi qui surveille son quartier. Les Kreisleiters, de leur côté, administrent un territoire donné comme le ferait un sous-préfet. 

Le Lierre et l’Araignée est un témoignage qui se double d’une bande dessinée historique. Au portrait de la Résistance s’ajoute celui de l’Occupation, par exemple à travers le cas précis de Buck, cet officier diminué devenu tyran. Grégoire Carle plonge ses lecteurs au cœur de l’entreprise nazie, en interrogeant les cicatrices laissées par la guerre et l’importance de la mémoire. L’album est dense, il ne se dévoile pas aisément, mais c’est précisément de cette complexité qu’il tire ses plus grandes qualités. 

Le Lierre et l’Araignée, Grégoire Carle
Dupuis, janvier 2024, 200 pages

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4

« Banana Sioule » : la reine de l’arène ?

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Dans le troisième tome de Banana Sioule, baptisé « Le X » (Glénat), Michaël Sanlaville livre une réflexion sur la parentalité, les apparences ou encore le mercantilisme sportif.

Issue du monde rural, Héléna s’est élevée au rang des étoiles du sport professionnel en dépit des obstacles. Mais la jeune femme ne s’en trouve pas moins en butte contre un système prêt à tout pour préserver son équilibre précaire, et les nombreux privilèges qui semblent en découler. En plaçant Héléna et Soni hors des sentiers battus, en en faisant des autodidactes de la sioule, Michaël Sanlaville oppose l’authenticité et l’effort à une organisation vile et corrompue. En ce sens, « Le X » condamne l’establishment de la sioule et de ses ligues professionnelles. Tout est mis en œuvre pour mettre des bâtons dans les roues des deux protagonistes, et en premier lieu d’Héléna.

Cette dernière se heurte en effet à une hostilité grandissante, à la fois sur le plan personnel et professionnel. La manipulation, l’espionnage et la diffamation deviennent des armes utilisées sans scrupules pour miner sa stabilité émotionnelle et physique. Banana Sioule explore avec acuité le sexisme rampant dans le sport : Héléna doit non seulement prouver sa valeur athlétique mais aussi naviguer dans un environnement souvent hostile à l’égard des femmes, comme en témoignent les tentatives de manipulation et de sexualisation auxquelles elle fait face. Des photomontages dénudés aux agressions sexuelles en passant par les insultes ou les intimidations, l’univers portraituré dans ce tome est à mille lieues de l’idylle sportive escomptée.

Le soutien indéfectible des proches d’Héléna contraste d’ailleurs avec la trahison et l’isolement qu’elle vit au sein de la sphère professionnelle. Car ses coéquipiers font peu de cas de ses états d’âme et n’aspirent qu’à une chose : la maintenir concernée pour gagner des matchs et grimper dans la hiérarchie de la sioule. Soni lui donne d’ailleurs une leçon de morale en se plaignant du temps qu’il consacre à ses fiches et à l’étude des adversaires quand elle préfère de son côté la compagnie de ses amis. Tout cela s’accompagne d’un discours sur les réseaux sociaux, sur la popularité et sur le dopage plutôt bien porté par Michaël Sanlaville, qui ménage quelques surprises aux lecteurs.

Rythmé, solide sur le plan scénaristique, Banana Sioule : Le X pose des questions fondamentales sur la nature de la réussite et le prix de l’authenticité dans une société du spectacle. À travers les épreuves d’Héléna, l’album invite à réfléchir sur les valeurs humaines et l’adversité. La jeune héroïne passe de la liesse (les sponsors valorisants) à la détresse (solitude et vulnérabilité) et voit ses rêves de gloire sportive s’exposer aux vents de la jalousie et de la violence. 

Banana Sioule : Le X, Michaël Sanlaville 
Glénat, janvier 2024, 208 pages

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