« Alicia Keys, Girl on fire » : le pouvoir de s’en sortir

Alicia Keys, Girl on fire prend pour cadre le Brooklyn contemporain. Inspiré par la chanson éponyme d’Alicia Keys et conçu par Andrew Weiner et Williams Brittney, ce roman graphique plonge le lecteur dans la vie tumultueuse de Loretta « Lolo » Wright, une adolescente de 14 ans confrontée aux dures réalités de l’existence : racisme, racket, rejet…

« Lolo » et son frère James sont dans la même classe malgré leur différence d’âge. Et pour cause : l’une est aussi studieuse que l’autre nonchalant. Ils sont élevés par leur grand-mère maternelle et leur père, qui dirige une société de déménagement. Leur mère les a quittés sans prévenir.

Un soir, alors qu’ils s’arrêtent dans une supérette, James est brutalement arrêté par des policiers. Cet événement va avoir deux répercussions profondes : il va troubler le jeune homme au point de le plonger dans un mutisme partiel durant les semaines qui suivent, mais il va surtout révéler les capacités télékinésiques extraordinaires de Loretta.

Des pouvoirs révélateurs et leurs conséquences

La découverte des pouvoirs de « Lolo » n’est pas seulement un moment de bascule pour elle, mais aussi un symbole puissant de résilience face à l’adversité. Alors que ces nouvelles capacités pourraient être une bénédiction, ils attirent l’attention de Skin, caïd local qui met Brooklyn en coupes réglées. Ce dernier approche Loretta, qui refuse de lui prêter main-forte. Il décide alors d’envoyer Michael, un adolescent orphelin avec qui « Lolo » partage une connexion étroite, à la rencontre du père Wright, pour obtenir de lui une prime garantissant sa protection…

Le but de la manoeuvre est évident : provoquer Loretta de manière à la persuader que la collaboration est la meilleure solution pour éviter tout problème à ses proches.

La famille et l’amitié, piliers de l’existence

Au cœur du récit, les thèmes de la famille et de l’amitié jouent en effet un rôle central. Malgré les épreuves, les liens indéfectibles qui unissent Lolo à son frère, son père, et ses amis, notamment sa meilleure amie Nia, sont une source constante de force. Le retour inattendu de sa mère, avec ses propres secrets et capacités, ajoute une couche supplémentaire de complexité à cette dynamique familiale, tout en offrant une chance de réconciliation et de compréhension.

Entretemps, le père aura cherché à protéger au mieux ses enfants, « Lolo » aura expérimenté racisme et mépris de classe, le monde adolescent aura été mis à nu à travers Samantha et Eric, et Michael, à qui l’on a refusé la possibilité de rejoindre l’équipe de football en raison de sa petite taille, aura dû choisir entre l’argent facile et l’intégrité.

Plus qu’une simple histoire de super-héros

Alicia Keys, Girl on fire surfe certes sur les récits de super-héros, mais c’est avant tout un prétexte pour explorer des thèmes plus profonds tels que l’identité raciale, le féminisme et la lutte contre les inégalités sociales et économiques. À travers l’expérience de « Lolo », le récit aborde des sujets d’actualité avec sensibilité, offrant une réflexion sur l’empouvoirment de l’individu face aux structures oppressives. Andrew Weiner et Williams Brittney restent toutefois à hauteur d’adolescent et leur histoire, bien rythmée, plutôt convaincante, n’a pas pour objectif de livrer une étude sociologique très originale. Il faut tenir compte de ces paramètres au moment d’explorer ce roman graphique.

Résilience, initiation, volonté de justice : Alicia Keys, Girl on fire n’épingle peut-être pas le super-pouvoir que l’on croit. Face aux épreuves, Loretta et ses proches parviennent à garder la tête haute et leurs principes intacts. Ils se serrent les coudes, refusent les chemins de traverse et sortent ainsi grandis des obstacles qui se dressent sur leur route.

Alicia Keys, Girl on fire, Andrew Weiner et Williams Brittney (d’après l’oeuvre d’Alicia Keys)
Glénat, février 2024, 224 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.