« The Velvet Underground » : inévitable convergence

Dans un ouvrage graphique leur étant entièrement dédié, et publié par La Boîte à bulles, le groupe The Velvet Underground est dépeint, de sa genèse jusqu’à ses cassures, par Koren Shadmi. Groupe parmi les plus influents de l’histoire du rock, la bande de Lou Reed et John Cale a eu des origines complexes et des dynamiques internes conflictuelles.

L’ouvrage s’ouvre sur une scène qui aurait dû être poignante : les funérailles d’Andy Warhol. Mais Koren Shadmi en profite pour énoncer l’ironie de la situation : le père du pop-art, figure paternelle équivoque pour Lou Reed, aurait probablement apprécié le cirque médiatique qui entoure l’événement, avec ces micros tendus et ces caméras indiscrètes.

Si l’on débute par le chant du cygne warholien, c’est en raison de l’importance déterminante que l’homme a eu sur la formation et l’évolution du groupe qui nous intéresse. Sans Andy Warhol, The Velvet Underground n’aurait jamais existé, Lou Reed et John Cale n’auraient jamais foulé le sol du Factory et la chanteuse Nico n’aurait pas eu affaire aux deux hommes…

Les origines de la révolte

L’album revient amplement sur les jeunes années de Lou Reed et John Cale, marquées par le rejet, la rébellion et une quête effrénée de liberté. Lou Reed, homosexuel et drogué, ivre de rock et d’affranchissement, a été victime de traitements inhumains (électrochocs) sous prétexte de normalisation, avec l’assentiment de ses parents. John Cale, abusé par l’organiste de sa paroisse et incompris au sein de sa propre famille, s’est lancé dans une odyssée personnelle, où la musique est devenue le véhicule de sa révolte intérieure. Koren Shadmi explore avec sensibilité et sans ambages ces trajectoires douloureuses, mettant en lumière les cicatrices précoces qui nourriront leur art.

La formation du Velvet Underground

L’ascension du Velvet Underground, de ses premières expérimentations sous le nom de The Primitives à sa consécration dans la Factory d’Andy Warhol, est narrée avec une acuité qui souligne l’interdépendance entre innovation musicale et désintégration relationnelle. Repérés et réunis par le producteur Terry Phillips, Lou Reed et John Cale échouent à percer, puis forment un nouveau groupe avec Nico, sous l’égide amicale et souvent paternaliste d’Andy Warhol.

Partant, les conflits internes, nombreux, vont à la fois miner le groupe et alimenter sa créativité. La musique du Velvet Underground forme un cri contre les conventions et une exploration des limites de l’expression artistique. Mais plusieurs écueils se mettent sur la route du groupe : problèmes de management, de contrat, refus des radios locales de jouer leur musique, échec commercial de leur premier disque…

De l’humain par-delà la musique

Là où Koren Shadmi se montre particulièrement convaincant, c’est dans l’énonciation des rapports humains. Lou Reed est à la recherche d’un père de substitution mais, révolté dans l’âme, il froisse à plusieurs reprises Andy Warhol, en plus de se compromettre en raison de la consommation de drogues ou de crises d’ego et de jalousie.

Les interactions au sein de la Factory sont traitées avec une attention particulière pour leur impact sur la dynamique du groupe. Chaque personnage lutte pour sa place dans un microcosme régi par l’ambition artistique et les jeux de pouvoir. La relation complexe entre Lou Reed et Andy Warhol, la relation de ce dernier avec les femmes qui l’entourent, l’oscillation permanente entre admiration et antagonisme, constituent autant de fils rouges qui traversent l’ouvrage…

La trajectoire du Velvet Underground est marquée par des sommets de créativité et des abîmes de discordes, culminant avec le départ de John Cale, organisé par Lou Reed, et l’attaque contre Warhol. Koren Shadmi ne se contente pas de narrer ces événements ; il les contextualise dans une perpective plus vaste de l’évolution de la musique et de la culture de l’époque.

Passionnant

Finalement, que retenir de The Velvet Underground ? Ses pérégrinations autour de la création artistique, son observation des liens complexes entre art et vie, un intérêt historique indiscutable… À travers un récit visuellement riche, Koren Shadmi nous invite à redécouvrir le Velvet Underground en tant qu’icône de la musique, réceptacle des humeurs humaines et miroir d’une époque révolue et pourtant étrangement proche de nous…

The Velvet Underground, Koren Shadmi
La Boîte à bulles, février 2024, 192 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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