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« Pute » : le vocable et le stigmate

Dans son essai récent, Pute : Histoire d’un mot et d’un stigmate, Dominique Lagorgette explore les origines et les implications sociolinguistiques du mot pute, en mettant en lumière la manière dont le langage peut influencer et refléter les stigmates sociaux. À travers une analyse étymologique et culturelle, elle aborde les thèmes de la dissymétrie lexicale et des jugements basés sur le genre, le statut économique et le capital social.

Dominique Lagorgette introduit son analyse par la notion de dissymétrie lexicale, soulignant comment la transformation d’un mot au féminin peut altérer son sens et le charger de connotations péjoratives. Ce phénomène linguistique se manifeste clairement dans le contraste entre des termes comme coureur et coureuse, ce dernier induisant automatiquement une perception bien plus négative. L’essai revient ensuite sur la théorie des stigmates d’Erving Goffman, démontrant comment certains traits, qu’ils soient comportementaux ou physiques, peuvent marginaliser les individus au sein du champ social.

L’auteure trace l’évolution du mot pute, initialement lié à des notions hygiéniques avant de devenir synonyme de moeurs légères et, par extension, de prostitution. Elle discute de la manière dont ce terme a été utilisé pour dénigrer les femmes à travers l’histoire, en insistant par exemple sur les textes médiévaux qui associaient déjà la féminité à la perdition. Ce qui transparaît avec évidence, c’est la richesse lexicale associée à la prostitution, avec plus de 600 termes employés en français, révélant une sorte d’obsession linguistique et culturelle autour de cette profession, et des stigmates qui en découlent.

Dominique Lagorgette aborde un peu plus loin la complexité qui consiste aujourd’hui à définir la prostitution. Elle fait notamment référence aux travaux de Paula Tabet, qui préfère parler d’échanges économico-sexuels. Il faut dire que des réalités très diverses peuvent parfois être assimilées à cette notion, telles que les massages ou les relations sugar daddy. L’auteure soulève également des questions sur les glissements sémantiques qui mènent à des appellations comme escort girl ou tchoin, illustrant la fluidité avec laquelle le langage évolue pour contourner les tabous ou décrire ici une réalité, là un fantasme ou un stéréotype.

Pute : Histoire d’un mot et d’un stigmate examine dans son dernier tiers comment les prostituées, ou les femmes dont le comportement était assimilé à elles, ont été comparées à divers animaux (grues, poules, dinde, cocotte, etc.), chacun reflétant un jugement de valeur et une place dans une hiérarchie sociale implicite. Elle analyse également des expressions populaires qui stigmatisent ou mythifient la figure de la prostituée, comme fille de joie ou joueuse de flûte. Ces métaphores et expressions révèlent les attitudes culturelles dépréciatives envers les femmes en général et les prostituées en particulier.

L’essai de Dominique Lagorgette problématise le poid des mots et la manière dont ils façonnent et sont façonnés par les contextes culturels et sociaux. En examinant le vocable pute non seulement comme terme, mais aussi comme un concept chargé d’histoire et de significations, l’auteure dévoile les couches de stigmatisation et de discrimination inscrites dans le langage.

Pute : Histoire d’un mot et d’un stigmate, Dominique Lagorgette
La Découverte, avril 2024, 306 pages

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Ces fins de film qui nous inspirent, nous galvanisent (2ᵉ partie)

Qu’elle nous laisse sans voix, qu’elle nous laisse en larmes, qu’elle nous déçoive ou nous mette en colère, qu’elle nous plonge dans le désarroi ou que l’on ait besoin de la regarder une deuxième fois pour la comprendre, pour l’accepter ou pour l’admirer, la fin d’un film est souvent un grand moment de cinéma et d’émotion. La rédaction du MagduCiné vous confie la suite de sa sélection, forcément subjective et servie avec spoilers, de ces dernières minutes de cinéma qui ont chaudement marqué leur sensibilité et leurs esprits.

Mad Max: Fury Road : retourner à la source pour réparer le monde

Quand Mad Max: Fury Road est sorti en 2015 au cinéma, je me suis rendue quatre fois en salle pour le voir. Je n’avais pas vécu ça pour un blockbuster depuis la sortie de Titanic en 1997. J’y suis allée seule, avec mon compagnon de l’époque, avec mon petit cousin, avec des amies. Si j’avais pu y emmener ma grand-mère, je l’aurais fait. Mon engouement pour le film de George Miller venait de plusieurs choses : pour son montage captivant, pour la beauté de ses effets spéciaux, pour l’emprunt qu’il faisait à diverses mythologies, pour ses personnages féminins forts et courageux, pour les performances de Charlize Theron (Furiosa) et de Tom Hardy (Max), pour sa résonance avec des sujets actuels allant de la crise de l’eau à l’objetisation des corps féminins, pour la démesure de ses chorégraphies et, enfin, pour son univers à la fois fantastique et férocement réaliste. J’étais saisie par l’énergie débordante, presque asphyxiante, du film et par le regard posé par le réalisateur sur ce que pourrait devenir une société patriarcale où les femmes seraient réduites à un rôle procréateur et où les ressources naturelles seraient accaparées par une élite violente et guerrière. Je me souviens aussi que la fin du film, qui nous emmène littéralement dans une autre direction au bout d’une heure trente de course folle, m’avait captivée et qu’elle avait suscité chez moi beaucoup de questionnements et réflexions.

Sur plusieurs points, le film de Miller me rappelait une autre œuvre dystopique qui m’avait profondément marquée quelques années plus tôt : Children of Men (2006) d’Alfonso Cuarón. Malgré leur esthétique, leurs enjeux et leurs ancrages spatiaux temporels différents, les deux films ont en commun de mettre en scène un héros masculin sans espoir, vivant dans un univers chaotique, ultra-violent et déshumanisé, qui se trouve associé, un peu malgré lui, à une quête qui le dépasse au départ et pour laquelle il va finir, après en avoir saisi toute l’importance, par s’investir corps et âme. Les deux films peuvent être vus comme des road-movies d’un genre nouveau, des sortes d’épopées post-apocalyptiques, des voyages mystiques et initiatiques qui dessinent un chemin allant du désespoir vers l’espoir (l’espoir dans Mad Max étant la Terre Verte et dans le film de Cuarón le navire-hôpital Tomorrow qui pourra recueillir la première femme sur terre, interprétée par jouée par Claire-Hope Ashitey, ayant donné vie à un enfant après que l’humanité ait été plongée dans vingt ans d’infertilité).

Chez Miller comme chez Cuarón, nous suivons, le souffle court, les protagonistes pris dans une fuite qui semble sans issue. Si le chemin de la fuite est linéaire dans Children of Men (le héros incarné par Clive Owen réussit, après moult épreuves difficiles, à atteindre le bateau qui surgit du brouillard pour récupérer la mère et l’enfant), la fin de Mad Max: Fury Road surprend par son virage à cent quatre-vingts degrés. Après avoir fui et combattu dans le désert les armées d’Immortan Joe, les protagonistes décident de faire marche arrière. Les héros finissent par accepter que la Terre Verte, qui était l’oasis d’espoir à atteindre pour Furiosa afin de recommencer une nouvelle vie et de mettre les épouses de Joe en sécurité, n’existe pas, ou plus. La Terre Verte n’est qu’un souvenir. L’espoir, en réalité, se trouve au cœur de l’endroit que Furiosa, Max et les épouses fuient depuis le départ : la Citadelle. C’est là que se trouvent, monopolisées par une poignée d’hommes, les ressources, les richesses, la possibilité d’un avenir meilleur. Ce que nous dit le film c’est qu’il n’y a pas d’autre monde à espérer, il n’y a pas d’oasis, il n’y a pas d’ailleurs. La fuite, dans ce film, permet le retour. Elle est aussi un chemin qui permet de consolider les solidarités afin de revenir plus fortes et plus forts que jamais pour affronter ce que nous avons quitté. La fin de Mad Max: Fury Road résonne en nous avec ce puissant message politique et écologique : c’est par un retour à la source, par un retour au point d’origine, qu’il sera possible de lutter et d’agir pour se réparer soi-même et réparer le monde.

Elsa Guyot

Quand Adam (ne) rencontre (pas) Harry


Sans jamais nous connaître (All of Us Strangers) est un film peuplé de fantômes. Des figures, qui hantent le personnage principal, s’y déploient. Reclus dans un immeuble encore inhabité, Harry traîne sa mélancolie. Il fallait donc une conclusion digne de cette plongée mélancolique dans la vie d’un homme brisé. D’ailleurs, il est question pour lui de rattraper le temps perdu avec les fantômes de ses parents qu’il va visiter en secret. Les non-dits autour de son homosexualité et de son coming out à rebours sont au centre de leurs conversations.

La mort hante ce film magnifique teinté d’imaginaire. Pourtant, lorsqu’Adam rencontre Harry, le spectateur est si subjugué par cette histoire d’amour tendre et lunaire qu’il en oublie le titre « sans jamais nous connaître ». On se laisse donc happer dans ce tourbillon qui redonne vie à Adam, sans l’empêcher pourtant de continuer à vivre dans son passé, s’accrochant toujours aux figures parentales jusqu’à l’excès.

À la toute fin, lorsqu’Adam a dit adieu à ses parents et retourne, croit-on, se réfugier dans les bras de Harry, la scène de leur rencontre nous revient en mémoire. Harry avait frappé à la porte d’Adam, passablement éméché, et Adam l’avait éconduit, bien qu’intrigué. Cette scène aura été leur seule et unique confrontation. Jamais ensuite ils ne se sont côtoyés ailleurs que dans l’esprit d’un Adam trop malheureux pour s’ouvrir à la nouveauté. Lorsqu’Adam pénètre dans l’appartement d’Harry dans les derniers instants du film, tout devient presque palpable par le spectateur : l’odeur de la mort, la solitude profonde qui suinte sur tous les murs du lieu de vie d’Harry ou plutôt de son tombeau. Pourtant, la force du lien entre Adam et Harry est plus forte encore dans son inexistence. Voici la force de cette fin : faire exister une romance qui est pourtant mort-née, raconter une époque d’extrême solitude. La faire vibrer encore plus fort que si elle avait été véritablement la renaissance d’Adam, seul véritable fantôme. Cette fin offre tout pouvoir à l’imaginaire, et en montre aussi les limites à une époque ou tout est accessible sans sortir de chez soi. N’oublions pas qu’Adam écrit un scénario sur son enfance, d’où ces allers-retours dans son passé. La vie et la mort sont à jamais mêlées en une étreinte brisée.

Chloé Margueritte 

The Usual Suspects : le diable s’habille en Verbal Kint

Usual Suspects (réalisé par Bryan Singer, sorti en 1995) est de ces thrillers policiers que l’on souhaiterait effacer de notre mémoire pour pouvoir se délecter à nouveau de leur dénouement, comme la première fois. De prime abord, le film suit le schéma classique d’un bon thriller policier, une sorte de whodunnit au ton 90’s. Dans une salle d’interrogatoire, Verbal Kint (Kevin Spacey, Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Usual Suspects), un petit criminel infirme, seul survivant d’un récent massacre, raconte à l’inspecteur Kujan (Chazz Palminteri) comment, ses quatre associés et lui, se sont retrouvés au cœur de la récente boucherie, visiblement orchestrée par un homme que personne n’a jamais vu, mais dont tout le monde connaît le nom : Keyser Söze. Pendant une heure et quarante-six minutes, le spectateur, à l’instar de l’inspecteur, est tourmenté par une seule préoccupation : mais qui est donc Keyser Söze ?

C’est la narration qui donne au dénouement d’Usual Suspects tout son cachet légendaire. Avec une succession de flashbacks, d’indices et de probabilités, le film propulse le spectateur dans une histoire complexe et mélangée. La construction non linéaire du film nous pousse à analyser chaque détail de l’histoire contée par Kint pour arriver à une conclusion sur l’existence (ou la non-existence) et l’identité de Keyser Söze. S’ajoute à cela, le pathos du personnage de Kint, un petit criminel infirme et béat, qui détourne immédiatement quelconque suspicion. Dès lors, le spectateur néglige les éléments objectifs qui sont sous ses yeux tout au long du film. Lorsqu’à la fin de l’interrogatoire, l’inspecteur laisse partir Kint, c’est une sorte d’Eureka qui habite le spectateur. C’est lui. Keyser Söze. La performance de Kint est en fait un grandiose spectacle d’improvisation. Tous les éléments utilisés dans son récit sont en fait des éléments aléatoires piochés dans le bureau de l’inspecteur Kujan (marque de vaisselle, article de journal, etc.). L’inspecteur réalise alors qu’il a laissé partir le criminel le plus recherché, et nous le réalisons avec lui.

« Le coup le plus rusé que le diable ait réussi, c’est de convaincre tout le monde qu’il n’existe pas ». Cette réplique culte capture l’essence du film. Kint est libre et sa démarche boiteuse et son regard semblent narguer le spectateur qui, jusqu’à la dernière minute, a été berné. Ce dénouement d’exception transforme alors immédiatement ce qui semblait être un thriller policier banal en œuvre cinématographique d’anthologie. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Usual Suspects l’Oscar du meilleur scénario original en 1996.

Kenza Zouham-Culcasi

Body Double ou la revanche du héros loser

L’image du héros américain des années 1980 est largement connotée et soumise à un certain nombre de clichés réducteurs. Ce dernier devait être généralement vaillant, affronter des dangers extraordinaires, être charismatique et réaliser de grands exploits. Il existe pourtant une autre catégorie de héros, plus modestes, moins spectaculaires, plus imparfaits. Tel est Jake Scully, acteur de troisième zone claustrophobe témoin malgré lui d’un meurtre sanglant et entrainé à son corps défendant dans une aventure qui le dépasse. Il parviendra finalement à identifier le criminel coupable (qui n’était autre que son supposé ami Sam Bouchard) et à sauver la jeune Holly Body, non sans beaucoup de mal et une lutte intense. Il s’agit surtout d’une lutte contre ses peurs puisque, tombé dans un trou et menacé d’être enterré vivant, il doit se battre contre sa claustrophobie et se relever pour affronter le danger.

Au-delà du fait qu’il ait démasqué un criminel (qu’il n’élimine d’ailleurs pas vraiment lui-même) et sauvé l’héroïne, Scully a avant tout remporté une victoire sur lui-même, vaincu ses démons et s’est réaffirmé en tant qu’homme ainsi qu’en tant qu’acteur comme l’illustre le générique de fin qui contribue à brouiller la limite entre réalité et fiction. On reconnait bien là le typique héros De Palmaien, lui-même héritier des héros hitchcockiens : des hommes ordinaires, imparfaits et peu sûrs d’eux, confrontés à des situations extraordinaires avec, touche personnelle, une pointe de grotesque confinant à l’autodérision, typique du réalisateur (du moins jusqu’à la fin des années 1980). Dans ce film du roi du thriller néo-noir, pas besoin de terrasser des hordes d’ennemis ou de sauver le monde, vaincre sa claustrophobie et démasquer un voisin meurtrier sont déjà des exploits dûment salués.

Jean-Paul Toorop

Runaway Train ou la fin du happy end des années 80 ?

S’il est un lieu commun unanimement attribué aux films américains des années 1980 et 1990, c’est bien le happy end, cette fameuse fin heureuse, rassurante et consensuelle qui voit le ou les héros triompher en tout et le ou les méchants battus et punis. De fait, il est vrai que c’est une formule qui était largement dominante sous différentes variantes, mais avec une issue identique. Il existe pourtant quelques exceptions durant cette période et la plus notable d’entre elles est sans doute la fin de Runaway Train d’Andrei Konchalowsky. Produit par la Cannon de Golan et Globus, le film voit, à la fin, le personnage de Manny, détenu coriace et parfois violent (incroyable Jon Voigt alors à contre-emploi) choisir de se sacrifier en séparant la locomotive du train fou où il est embarqué des wagons où sont restés Buck et Sara (Eric Roberts et Rebecca de Mornay) afin de les sauver. Ainsi, blessé, affaibli, il va vers une mort certaine, entrainant avec lui son ennemi, le sadique et implacable gardien Ranken qui a tenté de l’arrêter.

Il est alors difficile de voir une issue heureuse à ce road-movie, mélange de film catastrophe et de drame social, puisque l’un des personnages principaux y disparait tragiquement, laissant les deux autres désolés. On peut certes y apporter une nuance en précisant que Manny perd sa vie, mais garde sa liberté, lui qui tentait de s’évader de prison pour la troisième fois, et, surtout, gagne son humanité alors que, jusqu’ici, il se caractérisait surtout par son esprit dominateur, parfois violent. Le film est donc très anticonformiste, d’autant plus par rapport aux critères de l’époque, puisqu’il montre que les héros ne sont pas purs, qu’ils peuvent être très ambivalents même et qu’ils peuvent mourir, devenant ainsi réellement héroïques. Des films comme Runaway Train rappellent donc que, même dans les années 1980, il pouvait y avoir des fins tragiques dans le cinéma américain. Tragique, mais néanmoins positive, puisque ce sont des valeurs humaines qui triomphent telles que le courage, le dévouement et le sens du sacrifice.

Jean-Paul Toorop

Heat : duel pour l’éternité


Dans la clarté blanche du tarmac de l’aéroport international de Los Angeles, éclairé par le départ des avions et des horizons infinis, deux hommes scellent un lien éternel. Il s’agit là de deux titans du cinéma, Al Pacino dans le rôle du lieutenant obsessionnel Hanna, et Robert De Niro, incarnant le braqueur professionnel McCauley. Dans les derniers instants de Heat, parmi les containers dans un désert nocturne, ils se pourchassent en silence, dans l’ombre de l’agitation urbaine oppressante et sous les reflets anamorphiques de la Cité des Anges. Deux légendes incontournables au sommet, dont la rencontre à l’écran avait créé l’événement en 1995, offrant une connexion précieuse, si rare dans le paysage cinématographique outre-Atlantique. Dans cette séquence finale, alliant une grande technicité technologique à une poésie sans pareille, ces deux icônes contribuent à l’apogée de la filmographie de Michael Mann, qui n’a jamais si bien accompli ses intentions de réalisateur.

Dès le départ, le cinéma de Michael Mann a toujours accordé une place de choix aux acharnés, aux obsessionnels et aux âmes compulsives. Qu’ils excellent dans leur domaine, qu’ils soient consumés par une solitude exacerbée ou qu’ils éclipsent voire sacrifient leurs proches (surtout les femmes qui n’en restent pas moins incarnées), tous ces personnages partagent des traits et une trajectoire similaires. Dans Heat, cette destinée est sublimée par l’affinité entre Hanna et McCauley, deux archétypes éternels (et crépusculaires) du shérif et du bandit, hérités du western américain. Une relation de destinée cinématographique, promise à la tragédie, que le cinéaste modernise et transcende dans un dernier plan mythique, après les deux détonations et la connexion, l’acceptation et la résignation qui se fait main dans la main.

Pour Michael Mann, cette subtile relation a été le point de départ d’une réécriture de ses premiers jets de Heat, comme il l’a souligné dans son commentaire audio : « Neil McCauley et Vincent Hanna sont les deux seules personnes sur la planète tout à fait semblables l’une à l’autre. Dans l’univers du film, seuls ces deux-là sont pleinement conscients de ce qu’ils sont. Et cette intuition, lorsque je l’ai eue en écrivant la dernière image du film, c’est ce qui a fait que tout le reste du projet s’est mis en place. […] J’ai tout réécrit à partir de ce dernier instant. C’est en fait la dernière image du métrage. En travaillant à rebours, tout a conduit à ce moment de connexion entre eux deux. » À la fin, c’est dans cet espace intime, chargé d’importance autant pour ses anti-héros que pour l’éclosion des thématiques chères à Michael Mann, que s’est manifesté un chef-d’œuvre.

Ewen Linet

Chez Adolf – Tome 4 : 1945 et la défaite allemande

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L’année 1945 marque la fin de la Seconde guerre mondiale, avec la défaite de l’Allemagne et la disparition d’Adolf Hitler. Située côté allemand, cette série fait sentir l’évolution de l’atmosphère générale, plutôt méconnue chez nous, en s’intéressant au destin de quelques personnages.

En Allemagne, les états d’esprit sont tournés vers la défaite avec tout ce que cela implique. Cet album est à rapprocher de la fin de la série Amours fragiles située à la même période, là aussi essentiellement en Allemagne. A noter d’emblée que le présent album peut être lu indépendamment de la série, même si dans ce cas, on y perd légèrement (le passé des personnages). On suit Karl Stieg, désormais directeur de l’établissement scolaire où il exerce, à Berlin. Karl vit avec Mona, une réfugiée d’origine polonaise.

La débâcle allemande

Malgré son statut d’homme mûr, Karl fait partie de ceux rappelés in-extremis pour combler les effectifs de l’armée allemande, à une heure où la situation se dégrade rapidement. Les Allemands ont de quoi s’inquiéter puisque les Russes progressent du côté Est et les Américains du côté Ouest. Si les Américains sont attendus sans trop d’appréhension, surtout par les civils, il n’en est pas de même pour les Russes, dont toutes et tous s’attendent à ce qu’ils se livrent à des atrocités pour venger ce qu’ils ont subi quelques années plus tôt. Karl aurait préféré éviter ce rappel d’une classe d’âge pas du tout préparée pour combattre, ni psychologiquement ni physiquement et qui devra se contenter du strict minimum encore disponible au point de vue uniformes et armements. Quant à l’instruction, au vu des circonstances, elle est logiquement bâclée. Ces réservistes déboussolés côtoient des membres d’une génération, elle, appelée trop tôt. Ces jeunes garçons n’ont pas le recul pour évaluer la situation correctement et, parmi eux on compte des fanatisés qui ne pensent qu’à la défense de la patrie. Cette observation est à rapprocher du prologue de l’album, où un enseignant lit un extrait du Joueur de flûte de Hamelin conte des frères Grimm que Karl considère comme symbolique de la situation allemande. Oui, le parallèle saute aux yeux entre ce flûtiste séducteur de la jeunesse et l’orateur haranguant les foules pour les entrainer dans son sillage, jusqu’à la catastrophe. Effectivement, la défaite de l’Allemagne pourrait voir son anéantissement, surtout si on considère le atrocités commises. Comment ne pas penser au récent film La zone d’intérêt qui montrait la vie de la famille Höss dans leur maison avec jardin donnant directement sur les murs et les barbelés du camp d’Auschwitz ? Rapidement, Karl et l’un de ses camarades ne pensent qu’à l’évasion, même si la désertion leur ferait également risquer la mort, châtiment réservé aux traitres.

Les individus confrontés à la marche de l’Histoire

L’album a donc le mérite de nous montrer la situation dans cette Allemagne au bord du gouffre, avec des comportements individuels qui rappellent qu’en de telles circonstances chacun-chacune cherche à sauver sa peau, avec des comportements très révélateurs puisque provoqués par des situations extrêmes. L’amertume viendra également de l’attitude des dirigeants qui n’assument pas leur responsabilité et laissent le peuple encaisser cette catastrophe qu’ils ont provoquée. L’album ne néglige pas non plus quelques éléments qui situent l’état d’esprit de l’armée allemande de l’époque, comme ces pilotes volontaires pour des missions suicides de sabotage inspirés des kamikazes japonais. En suivant Karl, l’album dresse donc une sorte d’inventaire de ce qui a pu se passer à l’époque. En tant qu’individu, Karl n’a qu’une faible marge de manœuvre. Les événements le dépassent complètement et il fait son possible pour échapper à ce mouvement implacable de la roue de l’Histoire. A ce titre, j’ai trouvé la fin un peu trop heureuse. De même, je regrette que cet album clôture la série sans révéler ce qui nous intriguait dans les premiers épisodes. Les auteurs ont beau expliquer que l’Histoire est ainsi faite, avec des grandes lignes bien connues et certains faits de moindre importance qui ne trouveront jamais d’explication, la frustration est là. A leur décharge, on peut supposer que certains personnages qui auraient pu apporter l’éclairage attendu ont purement et simplement disparu, à l’image de ceux dont on n’a jamais pu identifier leur corps de manière certaine.

Une série de qualité

L’épilogue revient sur l’enseigne correspondant au titre de la série, choisie en 1933 (tome 1) par le propriétaire du café où le petit groupe du début aimait se retrouver. Ce qui pouvait encore passer pour du patriotisme en 1939 (tome 2), devenait opportuniste en 1943 (tome 3) et devient trop connoté négativement, comme le film Le prénom (lui-même adapté de la pièce éponyme) l’explore non sans provocation. Signé Rodolphe, le scénario se révèle une nouvelle fois intelligent, pour montrer de façon particulièrement convaincante l’ambiance en Allemagne à l’approche de la défaite. Le choix des trois bandes par planche donne une bonne lisibilité, renforcée par le dessin soigné de Ramón Marcos et les couleurs de qualité de Dimitri Fogolin. L’album mérite largement la découverte, comme l’ensemble de la série.

1945 : Chez Adolf – Tome 4 – Rodolphe, Ramón Marcos et Dimitri Fogolin
Delcourt – Paru le 27 mars 2024

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3.5

« Influenceurs : un quotidien sous algorithme » : mieux comprendre le phénomène

Dans Influenceurs : un quotidien sous algorithme, Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h explorent les complexités de la vie d’influenceur, entre gestion d’audience, collaborations commerciales et défis personnels. Ce livre met en lumière les enjeux éthiques, financiers et sociaux liés à cette nouvelle profession, en s’appuyant sur des études et des témoignages de première main.

Le monde des influenceurs est souvent perçu comme un paradis accessible où chacun peut tenter sa chance. Un pays de Cocagne qui fascine d’autant plus que les barrières à l’entrée semblent minimes. Mais derrière les images d’Épinal se cache une réalité souvent méconnue, qu’Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h se proposent de déconstruire. 

Un influenceur doit jongler entre de multiples casquettes : créateur de contenus, vidéaste, comptable, stratège en communication… Les autrices révèlent les compétences diverses que les influenceurs doivent acquérir, souvent sur le tas, pour percer puis pérenniser leur activité. Et en plus de gérer leur image et leur contenu, en conformité avec leur ligne éditoriale et en cherchant à accroître l’engagement de leur audience, ils doivent aussi, souvent, naviguer entre les collaborations avec les marques, les porosités entre la vie publique et privée ou encore les conséquences psychologiques de leur popularité.

Ainsi, Influenceurs : un quotidien sous algorithme aborde pêle-mêle les défis éthiques auxquels sont confrontés les influenceurs, notamment la question de la promotion de produits en adéquation avec leurs valeurs personnelles, les disparités de revenus influencées par des facteurs tels que le genre, avec des femmes souvent moins bien rémunérées et cantonnées à des domaines considérés comme traditionnellement féminins (mode, voyage, food, etc.) ou encore la précarité financière de nombreux influenceurs, qui sont soumis aux diktats des plateformes, à l’éventualité d’un bad buzz ou encore à l’érosion de leur audience ou de leur créativité.

On apprend ainsi que la rémunération moyenne avoisinerait les 26 euros de l’heure pour les influenceurs et que seuls 6% d’entre eux gagneraient plus de 50000 euros par an. Ces revenus proviennent des plateformes, des activités entrepreneuriales liées, des affiliations ou encore des collaborations commerciales. Ces dernières font l’objet d’une attention toute particulière, puisque les autrices nous expliquent les différentes étapes de leur mise en place : le casting, le cahier des charges, le contenu, les bilans d’étape, etc.

Autre point passionnant : la vie d’un influenceur implique souvent de présenter une image idéalisée de soi-même, où la frontière entre vie privée et publique devient de plus en plus floue. Les auteurs expliquent comment les influenceurs doivent constamment gérer leur présence en ligne, résister à la pression de l’omniprésence, tout en faisant face à des défis familiaux ou psychologiques, tels que le syndrome de l’imposteur, le cyber-harcèlement, les relations parasociales et le burn-out. 

Influenceurs : un quotidien sous algorithme effeuille la vie des influenceurs, marquée par une obsession constante de rester pertinents et authentiques. À travers des témoignages et des analyses, Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h dressent un portrait nuancé de cette nouvelle forme de célébrité, explorant les réalités derrière les paillettes des réseaux sociaux.

Influenceurs : un quotidien sous algorithme, Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h
Robert Laffont, avril 2024, 208 pages

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3.5

« Le Japon, entre tradition et modernité » : voyage photographique à travers l’archipel nippon

Melanie Clegg dévoile les paysages somptueux et les traditions folkloriques de l’archipel nippon dans son ouvrage Le Japon, entre tradition et modernité. Ce livre grand format (22cm x 29cm), publié aux éditions L’Imprévu, offre un véritable périple visuel à travers les diverses régions du Japon. À l’aide d’images superbes et de textes concis, le lecteur se voit guidé à travers les contrastes saisissants de ces contrées lointaines, au sein desquelles cohabitent l’ancien et le moderne.

Le Japon, entre tradition et modernité est une invitation à explorer les splendeurs, tant urbaines que naturelles, de l’archipel japonais. Structuré par région, ce beau-livre révèle au fil des chapitres les caractéristiques uniques et la beauté distincte des différentes préfectures du pays.

La métropole de Tokyo, qui ouvre le bal, est présentée sous tous ses aspects : reconstruite après des catastrophes historiques, la ville est un tissu de quartiers à l’identité forte, comme Shibuya et Shinjuku, qui vibrent jour et nuit sous les cerisiers en fleurs et les néons lumineux. Akihabara se dévoile comme le cœur battant de la culture otaku, tandis que les sanctuaires shintoïstes et les temples bouddhistes rappellent que la capitale est également une mégalopole spirituelle et ancestrale.

Comment omettre le pont Shinkyo dans la préfecture de Tochigi ou la statue imposante du Grand Bouddha à Kamakura, témoignages de la richesse culturelle du Japon ? Les gratte-ciel de Tokyo et Yokohama, se dressant fièrement avec le mont Fuji en toile de fond, illustrent quant à eux parfaitement la fusion entre modernité et nature sublime.

Le voyage se poursuit ensuite dans le nord de l’archipel, à Hokkaido, où les vastes paysages glacés et les sources thermales offrent un refuge tranquille loin de l’agitation urbaine. La région de Tohoku, avec ses traditions agraires et ses festivals vibrants comme le Nebuta, célèbre l’histoire et les mythes locaux à travers des défilés colorés. On y retrouve aussi, parmi tant d’autres merveilles, la gigantesque statue (100 mètres de hauteur !) de la déesse Byakue Kannon, qui semble veiller sur les environs.

À Kyoto et Osaka, le cœur culturel du Japon, les sanctuaires se cachent parmi les forêts de bambous et les pagodes s’élèvent au-dessus des quartiers historiques comme Gion, où les geishas perpétuent des traditions séculaires. La préfecture de Mie offre de son côté une pause bucolique avec ses rizières en terrasses, tandis que Kyushu étonne avec ses vapeurs de sources thermales qui s’élèvent au-dessus des villes, la statue de Bouddha couché dans le temple de Nanzo-in ou le festival de danse Ohara de Kagoshima.

Le Japon, entre tradition et modernité n’est autre qu’une fenêtre ouverte sur un Japon éternel et en constante évolution. Capturé avec sensibilité, le pays émerveille et témoigne d’une culture forte, pour partie exportée, pour partie méconnue. L’ouvrage apparaît en tout cas précieux pour qui veut comprendre et apprécier la richesse et la diversité d’un archipel décidément fascinant.

Le Japon, entre tradition et modernité, Melanie Clegg
L’Imprévu, mars 2024, 224 pages

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Pier Paolo Pasolini, sous influence

À l’occasion de l’exposition « Pasolini en clair-obscur » présentée au Nouveau Musée National de Monaco du 29 mars au 29 septembre 2024, les éditions Flammarion proposent un catalogue consacré aux influences croisées entre l’art et la geste pasolinienne.

Écrivain et réalisateur, Pier Paolo Pasolini figure sans conteste parmi les hérauts de la culture italienne du XXe siècle. Son œuvre, multiple et controversée, entre en résonance avec certains artistes, mouvements et écoles de pensée qui l’ont précédé. Pasolini en clair-obscur permet d’en prendre la pleine mesure, en liant le réalisateur de Salò ou les 120 Journées de Sodome à des dizaines d’influences, venant de tous horizons.

Né en 1922 à Bologne, en Italie, Pasolini a été tragiquement assassiné le 2 novembre 1975, probablement en raison de ses moeurs. Sa vie a été marquée par un engagement constant envers les idéaux de gauche, et sa formation initiale en littérature et en art, à travers laquelle il est entré en contact avec le professeur Roberto Longhi, lui a permis de développer une voix unique, qui s’est exprimée à travers divers disciplines.

Pasolini se distingue en effet par une œuvre polymorphe incluant poésie, romans, films, essais et articles. Au cinéma, parmi ses films les plus connus, on compte Accattone (1961), Mamma Roma (1962) et Théorème (1968). Cependant, c’est sa Trilogie de la vie (composée de Le Décaméron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et Une Nuits) qui a cimenté sa réputation de réalisateur innovant et provocateur. Son dernier film, Salo ou les 120 Journées de Sodome, basé sur l’œuvre du Marquis de Sade, est peut-être son travail le plus controversé. Il explore les thèmes de la violence, de la domination et de la corruption, et a été interdit ou censuré dans plusieurs pays. Pasolini y dénonce la déshumanisation inhérente au capitalisme et à ses structures de pouvoir.

Pasolini en clair-obscur revient longuement sur la geste pasolinienne. Il explique la manière dont le cinéma de Pasolini s’inscrit en écho à d’autres œuvres : Le Décaméron dialogue avec Boccace et l’école flamande, mais comprend aussi des plans « copiés » sur les tableaux de Giotto ; Théorème est placé sous le patronage stylistique de Francis Bacon ; Sade est restitué dans l’Italie de Mussolini, avec classicisme, à l’aide de longs plans larges statiques ; Fernand Léger y est convoqué à l’écran…

La question de la postérité se pose aussi, avec Ernest Pignon-Ernest, Martial ou Francesco Vezzoli – ce dernier apposera, avec une certaine poésie, le mot fine sur un portrait de Pasolini en noir et blanc. Au cinéma, on retiendra notamment le film biographique d’Abel Ferrara, ou le travail de divers vidéastes. Pier Paolo Pasolini reste une figure complexe de l’art moderne. L’ouvrage rappelle qu’il se montrait critique envers l’art contemporain, même s’il appréciait Fabio Mauri, un ami avec qui il partageait la certitude de la puissance persuasive de l’image.

À travers ses films, ses écrits et ses prises de position publiques, Pasolini a continuellement remis en question les normes établies et exploré les tensions entre les cultures, les classes sociales et les individus. Pasolini en clair-obscur le rattache en sus à une multitude d’artistes qui l’ont inspiré, ou qu’il a influencés. Prendre le pouls de ces citations croisées est à la fois passionnant et nécessaire à la juste appréhension de l’œuvre pasolinienne.

Pasolini en clair-obscur, collectif
Flammarion, avril 2024, 224 pages

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Mon Petit Renne : Mon lancinant trauma

L’écossais, acteur, auteur et cinéaste Richard Gadd s’empare de sa propre biographie d’humoriste gravement harcelé, victime d’un traumatisme enfoui, pour nous livrer une fiction brillante d’une extrême originalité, troublante et profonde, symptôme du malaise de toute une époque : Mon Petit Renne.

Dans Baby Reindeer, avec une nudité et une sincérité totales, Richard Gadd nous fait plonger dans la noirceur fascinante et la généalogie démente des traumatismes (harcèlement et viol) dont il fut lui-même victime.

L’ensemble pourrait être glauque et s’annuler au bout du 3ème épisode dans une surenchère vaine. Il n’en est rien tant la véracité d’analyse et la singularité d’écriture de l’auteur sont prégnantes et subtiles.

Mon Petit Renne s’agrippe avec une force rare à un matériau ciné-génique présent, intense et puissant inventant dans le personnage de ce one man show looser, traqué, hanté par la honte  et vulnérable, le double contemporain de Lenny (le film de Bob Fosse avec Dustin Hoffman) ou le versant auto-psychanalysé de Joker. 

Car la grande réussite de Mon petit Renne n’est pas seulement d’attaquer de front avec courage et ultra lucidité les problématiques de ce que génère un traumatisme (la perte de confiance, la haine de soi, la destruction de l’identité, la défaite du moi, la culpabilité obsessionnelle, l’extrême vulnérabilité) mais de projeter ce récit dans la lumière noire, vénéneuse et nébuleuse d’une psychanalyse existentielle qui devient elle-même la forme du show du héros (Donny Donn), sa matrice à rire et réfléchir.

Mon petit Renne prend le spectateur par surprise l’emportant loin dans ses abimes tant par son sujet que par l’intensité dramatique de son récit et la haute qualité de ses acteurs (Richard Gadd himself dans le rôle titre, Jessica Gunning dans celui de la harceleuse mentalement instable, Nava Mau dans le rôle de la petite amie trans)

Serveur dans un bar miteux de Londres, un humoriste (Donny Donn) voit sa vie littéralement ravagée et détruite par l’intrusion d’abord enfantine et anodine puis de plus en plus envahissante et flippante d’une déséquilibrée( ancienne avocate radiée) focalisant sur lui et décidant de faire de sa personne l’objet absolu de ses fantasmes et obsessions. À partir de là, ce qui paraît d’abord n’être qu’un jeu un peu malséant, libidineux et risqué saute d’un cran dans la dérive psychotique et le délire de cette Martha qui n’en peut plus d’écrire, de harceler, de vouloir, d’aimer ou de haïr Donny, son Petit Renne comme elle l’appelle dans les centaines de mails et les milliers de messages vocaux qu’elle lui inflige.

Richard Gadd écrit lui-même que le harcèlement à ce point d’intrusion et de dépossession de la vie, de l’intime de l’autre est une maladie mentale.  Sa série utilise certes cet axe pour monter en crescendo dans la veine du thriller  mais ne réduit pas la densité de sa dramaturgie à la toxicité du harcèlement.

En effet le scénario contient cette ambiguïté de prendre en compte l’humanité de Martha, de ne pas la juger trop sévèrement d’emblée, de lui laisser la liberté de ses raisons. Et c’est cela qui est très juste et émouvant dans les choix d’écriture de Richard Gadd : ne pas juger, essayer de comprendre, laisser tous les personnages avoir raison, aller jusqu’au bout avec eux.

Si écrire c’est comme le dit Georges Bataille montrer l’anatomie, aller jusqu’au bout, dire la vérité. Cette série n’est pas en reste. Arc-bouté sur les complexités de son récit et les ambiguïtés de la vérité, voulant questionner et nous entraîner à le faire, mue par un désir de dire la vérité avec les armes du cinéma, Richard Gadd saisit les rênes de son autofiction et par suite de sa destinée artistique avec un cran et une vulnérabilité vraie, une audace courageuse et stimulante.

L’ensemble est inénarrable (et pourtant purement vrai) et dépasse de loin ce que nous n’aurions pu juste qu’imaginer. Mélange de thriller, comédie dark et de terribles mystères psychanalytiques , jusqu’au-boutiste, ironique, tendre et affranchie de faux-semblants, la mini fiction Mon petit Renne nous arme d’un courage nouveau dans la lutte contre les abus de toutes sortes, place l’humain héroïque et déchu, l’humain  fou et blessé au cœur de son écriture et montre à quel point nous avons « l’art pour ne point mourir de la vérité ».

Bande-annonce : Mon Petit Renne

https://www.youtube.com/watch?v=rh2-zhyNo6M

Fiche Technique : Mon Petit Renne

Titre original : Baby Reindeer
Créée par Richard Gadd
Avec Richard Gadd, Jessica Gunning, Nava Mau…
Nationalité Grande-Bretagne
2024 | 30 min | Comédie, Drame, Thriller

« Je suis charrette » : course contre-la-montre

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Pour son premier album graphique, Danicollaterale plonge le lecteur dans le microcosme enserré d’un cabinet d’architecture parisien, qu’il dévoile à travers les yeux d’Enzo Forte, un stagiaire italien. Entre créativité débordante et réalité professionnelle ardue, le jeune homme tente de faire son trou.

Fraîchement diplômé en architecture, Enzo Forte arrive à Paris avec la volonté ferme de réaliser ses rêves. Il veut intégrer l’un des cabinets les plus renommés de la ville, à la fois pour se faire la main mais aussi pour contribuer à des projets d’envergure. Sa persévérance est récompensée lorsqu’il est accepté comme stagiaire chez Xavier Nolan, un architecte de renom et lauréat du prestigieux Prix Pritzker. Cette première partie de l’album constitue une introduction à la fois à l’univers de l’architecture de haut niveau et aux premiers défis auxquels Enzo doit faire face : longues heures de travail, pression constante et premières désillusions professionnelles.

Car le jeune stagiaire va vite l’apprendre à ses dépens : le quotidien au cabinet est rythmé par les échéances serrées et les demandes exigeantes de clients prestigieux. Intégré dans une équipe participant à un concours international, Enzo découvre que derrière la réussite professionnelle se cache un travail acharné, collégial, quasi ininterrompu. Entre les machines de découpe laser, les imprimantes 3D, les maquettes et les réunions parfois improbables (dont celle débouchant sur le choix d’un « building couché »), l’album dépeint avec réalisme les aspérités de la profession. Et une chose le traverse de bout en bout : les relations avec les collègues, oscillant entre fraternité, solidarité et… compétition féroce, voire animosité. 

Danicollaterale expose les aléas du métier à travers les expériences partiellement autobiographiques d’Enzo : modifications de dernière minute, délais impossibles à tenir, problèmes informatiques… Ce que l’on découvre dans le bien nommé Je suis charrette ressemble beaucoup aux périodes de crunch de l’industrie vidéoludique. Aussi, l’apprentissage d’Enzo se fait parfois dans la douleur, en dépit des relations amicales avec ses collègues directs et de l’émulation de travailler sur un projet valorisant. Danicollaterale l’expose avec une certaine variété graphique, impliquant pointillisme, montages-séquences ou encore incrustations.

Au fil des pages, le lecteur est amené à se questionner sur une carrière éprouvante, entraperçue par l’intermédiaire d’un stagiaire harassé mais déterminé. Je suis charrette, expression sur laquelle l’auteur revient abondamment, indique bien dans quel état d’esprit on aborde un tel milieu, dans ces circonstances-là. C’est un récit de l’intérieur, certes personnel, et donc subjectif, mais non moins passionnant. Ce que l’on peut en revanche regretter en tant que lecteur, c’est que l’architecture et ses aléas phagocytent à ce point l’album qu’il en oublie parfois de faire vivre et évoluer ses personnages. 

Je suis charrette, Danicollaterale
Delcourt, avril 2024, 208 pages

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3.5

« Le SAV de la BD » : subversion des icônes franco-belges

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Dans Le SAV de la BD (Vraoum), Jacq entremêle satire et révérence en revisitant les classiques de la bande dessinée franco-belge. 

Il faut tout le talent de Jacq pour transformer les personnages emblématiques de la bande dessinée franco-belge en protagonistes de scénarios ancrés dans le temps présent, et volontiers provocateurs. De Blake et Mortimer embourbés dans des planches phagocytées par les cartouches à un Lucky Luke évoluant dans un monde vegan aseptisé, chaque page dévoile une réinterprétation audacieuse et souvent humoristique de nos héros d’enfance – et plus encore. L’auteur n’épargne personne, s’attaquant même à Astérix qui, dans une tournure inattendue, s’en prend physiquement à des touristes italiens. Les Gaulois n’aiment pas les Romains, après tout.

Le SAV de la BD procède par ironie, un ingrédient qu’il conjugue avec des enjeux sociaux et environnementaux, à travers le prisme de la bande dessinée. Par exemple, les Schtroumpfs, transformés en Zadistes, défendant leur territoire contre les promoteurs immobiliers, écho distendu des tensions contemporaines autour de l’urbanisation et de la préservation de la nature. Les personnages de BD deviennent pâte à modeler, et Jacq exploite leur potentiel en tant que vecteurs comiques et/ou critiques.

Le dessin se veut minimaliste, ce qui contribue à renforcer l’impact de l’humour et de la satire. Les planches, souvent dépouillées, se focalisent sur le dialogue et les gags, une économie de moyens qui n’empêche pas l’album de déployer une relative richesse dans les situations et les interactions, puisqu’il sera question de mauvais comportements et de sexisme avec Natacha, de bitcoin avec Picsou ou encore de la jungle de Calais avec Tarzan.

Dans cette entreprise, les lecteurs sont invités à reconsidérer les héros de leur enfance à l’aune des réalités contemporaines. Avec quelques réflexions purement comiques. Ainsi, la rédaction qui emploie Tintin attend impatiemment qu’il rende ses articles, tandis que l’univers de Largo Winch est moqué avec une propension à poser un male gaze sur les femmes. Les pages « Les héros de BD que vous ne verrez (heureusement) jamais » présentent quant à elles des personnages hybrides dans des situations absurdes. 

Le SAV de la BD est une exploration ludique du neuvième art. Léger, sans grande prétention, il réussit à insuffler une nouvelle vie aux héros de bandes dessinées, tout en engageant le lecteur dans une réflexion – certes superficielle – sur les changements de notre société. C’est divertissant et ça fait souvent mouche. 

Le SAV de la BD, Jacq
Vraoum, avril 2024, 80 pages 

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3.5

« Maud Lewis », une célébration en bande dessinée

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Dans une fresque colorée et empreinte d’émotions, la bande dessinée Maud Lewis nous plonge dans l’univers d’une artiste peintre canadienne emblématique du XXe siècle. Mathieu Siam et Émeline Grolleau rendent hommage à une femme diminuée au parcours singulier, marquée par un style naïf et une vie modeste mais riche de créativité.

Maud Lewis (1903-1970) est une artiste peintre autodidacte de la Nouvelle-Écosse (Canada), connue pour ses œuvres naïves, le plus souvent colorées et sans ombrages. Souffrant de polyarthrite rhumatoïde depuis l’enfance, elle a fait face à des obstacles physiques considérables et s’est investie dans la création d’œuvres qui, aujourd’hui, sont célébrées mondialement. 

Dans leur ouvrage, Mathieu Siam et Émeline Grolleau explorent non seulement l’art de Maud Lewis mais aussi son quotidien aux côtés de son mari Everett, un marchand de poissons qui l’aidera dans le commerce de ses toiles. Très optimiste, l’album met en lumière le côté solaire de la Canadienne, sa capacité de rebond face à la maladie, sa passion pour la peinture, et son impact dans le monde de l’art – au point que ses toiles tapissent les murs de la Maison-Blanche.

Elliptique, libre dans sa forme comme dans ses choix narratifs, s’affranchissant des cases de la bande dessinée classique, composé de récits autonomes, Maud Lewis est une promenade libre à travers la vie de l’artiste. Les chapitres sont centrés sur des thèmes naturels, tels que les animaux ou les végétaux. Avec une palette de bleus, d’oranges et de jaunes, ainsi que des rondeurs avenantes, l’album semble entrer en résonance, à sa façon, avec le monde pictural presque enfantin de Maud Lewis. 

« Jamais je ne ferai du dessin d’élevage », font dire les auteurs à l’artiste canadienne. Ce n’est pas gratuit : son geste était passionné, intègre, relativement détaché des considérations matérielles (elle vendait ses tableaux pour quelques dollars aux passants et ne se pressait pas pour honorer de grosses commandes). Aussi, bien que l’œuvre de Lewis ait été largement reconnue de son vivant, cette BD permet de mieux évaluer son art et son héritage. C’est une porte d’entrée dans l’univers d’une artiste qui a peint avec son cœur malgré les défis imposés par son corps.

Maud Lewis, Mathieu Siam et Émeline Grolleau 
Vraoum, avril 2024, 80 pages

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3.5

« Censure et cinéma en Italie » : tour d’horizon

Les éditions LettMotif publient le huitième tome de la série « Darkness », qui s’intéresse à la censure dans le cinéma italien. Les auteurs reviennent sur plusieurs moments-clés où l’expression artistique des cinéastes a été confrontée à des barrières politiques, religieuses et sociales. De l’émergence de la censure sous le régime de Giolitti aux défis contemporains, ce panorama filmique révèle les luttes des créateurs face à l’autorité.

La censure cinématographique en Italie trouve ses racines dans les premières décennies du XXe siècle, une période où le cinéma commence à se populariser et à être perçu comme un outil d’influence sociale. Dès 1907, des décrets sont mis en place pour protéger la pudeur publique, entravant la diffusion de contenus jugés immoraux. Cette intervention de l’État s’intensifie avec l’avènement du fascisme, où le cinéma devient un vecteur-clé de la propagande du régime, glorifiant les idéaux fascistes tout en réprimant toute forme d’expression divergente. La censure politique s’accompagne alors d’une censure économique, puisque les films doivent obtenir une autorisation préalable pour bénéficier des aides étatiques à la production.

Malgré un contrôle accru durant les années de guerre, la fin du fascisme et l’adoption de la Constitution de 1948, qui garantit la liberté d’expression, n’éliminent pas la censure ; elles en modifient juste son application. Elle est désormais focalisée sur la protection de la morale publique et examine près de 5 000 films entre 1947 et 1962. Les années 50 et 60 voient parallèlement l’émergence des films néoréalistes, souvent ciblés par les censeurs pour leur représentation crue de la société italienne. Mais les auteurs rappellent que la créativité des réalisateurs, à l’instar de Federico Fellini et Pier Paolo Pasolini, leur permet de contourner les restrictions, en utilisant par exemple des métaphores et des éléments connotés pour critiquer subtilement les normes sociales et politiques. 

Le cas de Pasolini est d’ailleurs passionnant. Avant même l’inénarrable Salò, ses films, comme Accattone et Mamma Roma, avaient déjà suscité des menaces et des controverses, souvent orchestrées par les néofascistes. Son engagement politique et artistique l’a souvent confronté à une société italienne conservatrice. Préoccupé par la décadence morale de son pays, il réalise alors ce long métrage sévèrement réprimé, Salò o le centoventi giornate di Sodoma, interdit pendant des années. La vie jugée scandaleuse de l’écrivain et cinéaste, ainsi que ses critiques sociales vitriolées, ont contribué à exacerber les réactions hostiles à son encontre.

La censure va continuer, peu ou prou, de façonner le paysage cinématographique italien jusqu’à la fin du XXe siècle. Au fil des années, elle a donné un rôle accru au juge pénal, notamment dans les années 1960 et 1970. Les tribunaux devaient alors évaluer l’obscénité des films en plus de la censure administrative. Une œuvre telle que Totò che visse due volte, battue en brèche pour outrage religieux, bien que sortie bien plus tard, en 1998, fait encore partie des cas d’étude emblématiques de l’intervention excessive des institutions publiques. L’ouvrage revient abondamment sur plusieurs films pouvant se ranger à ses côtés, dont Théorème, Cannibal Holocaust ou Obsédé malgré lui. Ce n’est qu’en 2021 que l’Italie abolit officiellement la censure préventive, remplaçant celle-ci par un système de classification plus libéral, bien que des controverses persistent. Ainsi, en 2022, Piove se voit infligé une interdiction aux moins de 18 ans…

Aujourd’hui, bien que libérés des chaînes de la censure gouvernementale, les cinéastes italiens continuent de naviguer dans un paysage complexe où les défis ne sont plus seulement légaux mais aussi commerciaux et culturels. Le cinéma italien se trouve à la croisée des chemins, confronté à la mondialisation du marché cinématographique et à l’évolution des normes sociales. Cette histoire, Censure et cinéma en Italie la conte par le menu, avec force exemples, en passant par le cinéma horrifique, pornographique, anti-clérical ou encore contestataire. De La Grande Bouffe de Marco Ferreri à Roberto Saviano et ses œuvres sur la Gomorra, la censure a pris différentes formes mais a exercé une influence considérable sur certains cinéastes. Son histoire en Italie est celle d’un perpétuel combat entre les forces créatives et les pouvoirs restrictifs, et cela, ce nouveau volume de « Darkness » en rend parfaitement compte.  

Darkness (8) : Censure et cinéma en Italie, collectif
LettMotif, novembre 2023, 248 pages

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Un Jeune Chaman, de Lkhagvadulam Purev-Ochir : un jeune homme à la croisée des mondes

Premier long-métrage de la réalisatrice mongole Lkhagvadulam Purev-Ochir, Un Jeune Chaman accompagne l’itinéraire du héros à la lisière des mondes qu’il côtoie. Une réalisation sensible et fascinante.

Malgré son jeune âge – encore lycéen, le jeune homme n’a que dix-sept ans -, Zé (Tergel Bold-Erdene) exerce déjà auprès de sa communauté la fonction de chamane. La première scène le dévoile au plein cœur d’une séance, devenu « grand-père esprit » et s’exprimant avec la voix et la sagesse d’un vieil homme, naviguant entre le monde des esprits qui l’inspirent et celui des êtres encore vivants auxquels il s’emploie à apporter son aide.

Native elle-même d’Oulan-Bator, où elle implante ce premier long-métrage, Lkhagvadulam Purev-Ochir (1989, Mongolie -), dont les courts précédents se sont déjà vus couronnés de prix, continue d’explorer les frontières, cette fois sur le plan spatial, puisque le héros et sa famille habitent aux marges de la ville moderne, dans l’immense ceinture de yourtes et de constructions fragiles qui entoure la cité et marque la limite entre le paysage urbain et celui, sauvage, des hautes montagnes qui le cernent.

Centré sur le personnage éponyme, le scénario, de la réalisatrice elle-même, suit celui-ci dans ses autres vies, familiale, lycéenne, mais il y semble flottant, encore à demi happé par le monde des esprits, veillant sur le sommeil des siens au son de sa guimbarde, lorsqu’il est chez lui, coupé des plaisanteries lourdes de ses camarades, lorsqu’il est au lycée.

Cet écartèlement va s’accentuer lorsque son chamanisme l’amènera à faire la rencontre de Maralaa (Nomin-Erdene Ariunbyamba), jeune fille de son âge, dont il présente l’esprit comme attaché de façon fragile à son corps. Premier amour, intense, entier, qui menacera l’investissement de ses pouvoirs chamaniques en même temps qu’il l’ouvrira, mais douloureusement, au monde réel.

L’image, superbe, de Vasco Viana, explore magnifiquement l’opposition de ces mondes en apparence inconciliables, recueillant aussi bien la clarté aveuglante des scènes extérieures, dans le climat glacial de cette capitale perchée à plus de mille mètres d’altitude et environnée de neige, que la pénombre bleutée de la nuit ou l’intimité brune et chaleureuse des scènes chamaniques sous la yourte.

Avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, secondée par moments , mais de façon très subtile et discrète, par la musique de Vasco Mendonça, la jeune cinéaste, qui revendique l’héritage de Kieslowski pour sa façon de faire percevoir plus qu’il n’en montre, ne choisit pas entre ces différents mondes, ne tranche pas, puisqu’elle en saisit également la continuité et l’interpénétration. Mais elle s’attache, avec beaucoup d’élégance dans le refus du tragique, au questionnement d’un destin : pour ce jeune homme qui semble avoir grandi, dès l’enfance, à la croisée des mondes, quel secours, quel recours ? Quelle aide, pour lui qui se consacre à aider les autres ? Très belles figures, au passage, d’un « grand-père voisin » et de son fils alcoolique, « frère voisin »… Quel message, pour lui qui se voue à transmettre ceux des ancêtres ?

Synopsis : Zé a dix-sept ans et il est chaman.
Il étudie dur pour réussir sa vie, tout en communiant avec l’esprit de ses ancêtres pour aider les membres de sa communauté à Oulan-Bator.
Mais lorsque Zé rencontre la jeune Maralaa, son pouvoir vacille pour la première fois et une autre réalité apparaît.

Bande-annonce : Un Jeune Chaman

Fiche Technique : Un Jeune Chaman

Titre original Ser Ser Salhi
De Lkhagvadulam Purev-Ochir | Par Lkhagvadulam Purev-Ochir
Avec Tergel Bold-Erdene, Nomin-Erdene Ariunbyamba
24 avril 2024 en salle | 1h 43min | Drame, Romance
Distributeur : Arizona Distribution

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