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« La Grande Histoire de Picsou » : un nouveau tome de grande qualité

Avec ce deuxième volume de La Grande Histoire de Picsou, les éditions Glénat poursuivent la réédition intégrale et chronologique de l’œuvre de Don Rosa. Un ensemble cohérent d’une dizaine de récits principaux et de quatre histoires plus brèves, entrecoupé des notes explicatives de Don Rosa lui-même.

On comprend rapidement à la lecture de ses notes explicatives que Don Rosa a surtout entrepris de consolider l’architecture imaginée par Carl Barks. Ce deuxième tome, qui rassemble des récits publiés à la fin des années 1980 et au début des années 1990, s’inscrit ainsi dans les pas de son illustre prédécesseur, avec toutefois une patte singulière que l’on admire autant que Don lui-même semble s’en moquer (il n’est pas toujours tendre avec son trait).

Le volume s’ouvre sur La Chasse au croco du Nil, récit à la mécanique bien huilée. L’intrigue bifurque tôt vers une légende antique : celle d’un crocodile aux symboles mystiques gravés sur le dos. On est en présence d’une aventure bien troussée, et quelque peu ironique. Don Rosa affectionne particulièrement ces déclencheurs minuscules qui ouvrent des périples savamment documentés.

Un peu plus loin, dans Sur un plateau d’argent, le dispositif est plus resserré. Un double huis clos (en quelque sorte) est rendu possible par un objet anodin – un plateau présenté comme l’écrin idéal du sou fétiche de Picsou. C’est alors une lutte à distance qui s’opère sous nos yeux, sans que Picsou ni son antagoniste ne quittent pourtant leur demeure.  

Ce tome réunit une dizaine d’histoires imaginées et dessinées par Don Rosa, auxquelles s’ajoutent quatre récits plus courts. L’ensemble met en scène la famille Duck dans ce qui la caractérise le mieux : l’avidité de Picsou, la maladresse de Donald et le sens de l’aventure contrainte et contrariée de tous, enfants compris. 

Les récits s’ancrent dans un passé commenté, ils convoquent des références géographiques ou historiques précises et accordent une place notable à la transmission. Don Rosa apporte par ailleurs de nombreuses précisions sur ses intentions éditoriales – et a fortiori sur les nombreux jeux de mots dont le lecteur francophone ne peut malheureusement pas profiter.

Le lecteur attentif pourra voir Batman se cacher dans une grotte, puis découvrir ce qu’il advient d’un Royaume qui décide de faire sécession sans avoir les moyens d’assurer sa sécurité et des relations diplomatiques stables avec ses voisins. Sa Majesté Balthazar 1er, puisque c’est de ce récit dont il s’agit, constitue d’ailleurs une merveille d’ironie et de relief politique.

La présente édition permet en tout cas de suivre l’évolution d’un auteur qui, sans jamais rompre avec l’héritage de Carl Barks, s’emploie à en renouveler les motifs. La longue introduction revient d’ailleurs sur son parcours éditorial complexe, et sur les différences de perception en Europe et aux USA autour du personnage de Picsou. 

L’ensemble demeure accessible aux jeunes lecteurs, mais il suppose aussi une familiarité avec les codes de la maison Disney pour en mesurer toutes les ramifications.

La Grande Histoire de Picsou (T02), Don Rosa
Glénat, 11 février 2026, 216 pages

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4.5

« Mort Blanche » : naissance et chute d’un mythe

Un tireur d’élite finlandais est resté prisonnier de la Seconde Guerre mondiale. C’est à travers ce pitch que Mort Blanche interroge la fabrication des héros et la persistance de la guerre dans les esprits. Un récit âpre, porté par un dessin rugueux et sans concession, à découvrir aux éditions Bamboo.

Le dispositif narratif repose sur une idée simple, et redoutablement efficace : un décompte. À intervalles réguliers, un chiffre s’impose dans la case – 2, 34, 88, 142, 200… – correspondant aux soldats ennemis abattus par Riku, surnommé par les Soviétiques « Mort blanche ». À chaque embuscade, la neige se tache de rouge, les onomatopées claquent (« PAN », « BLAM »), et le nombre grimpe. La légende se construit sous nos yeux. Mais le récit ne s’arrête pas à la geste d’un sniper hors norme. Très vite, il s’emploie à en démonter les rouages.

Visuellement, la guerre est traitée avec une rudesse persistante. Les corps chutent avec effroi, les visages sont marqués par la fatigue et par la peur, l’environnement, en apparence calme, se révèle toujours hostile. La palette froide – bleus, gris, blancs – domine les scènes extérieures, donnant à la Finlande enneigée une dimension presque minérale. La nature, prise dans une guerre d’ampleur, se mue en un complice silencieux. La neige absorbe les sons, brouille les pistes, dissimule les corps. Pour beaucoup, elle devient tombeau.

(Le prochain paragraphe contient des spoilers)

L’un des moments-clés de Mort Blanche survient en flashback, lorsqu’est dévoilée la première victime de Riku. Pas un soldat soviétique, mais son propre père. Une scène de chasse ratée, une humiliation violente (« Incapable ! Il était à moins de 15 mètres ! »), puis une fuite sur la rivière gelée. La glace cède sous le poids du père, aidée en cela par Riku. L’eau l’engloutit. Sur la planche suivante s’inscrit un chiffre unique : 1.

(Fin des spoilers)

Ce détail reconfigure tout le récit. Avant d’être un héros de guerre, Riku est un enfant brisé, qui a eu maille à partir avec un père exigeant. Il y a, à l’origine, un traumatisme, la naissance d’un rapport ambigu à la mort et au silence. La montée en puissance du mythe est ensuite montrée avec une grande efficacité. On le voit allongé dans la neige, immobile, respirant à peine, prêt à tirer. On apprend que les Soviétiques ont mis sa tête à prix. Un escadron est envoyé à sa poursuite. Pourtant, ce sont les poursuivants qui disparaissent, perdus dans l’immensité blanche. Le récit joue d’ailleurs habilement sur les échelles : gros plans tendus sur les regards, puis larges panoramas où les hommes deviennent des points dans le paysage.

L’album prend une direction plus inattendue dans son dernier tiers. Riku y est confronté à une vérité brutale, que nous n’éventerons pas ici. Les auteurs font de « Mort blanche » une double approche : le surnom glorieux qui a inspiré la crainte aux ennemis soviétiques, mais aussi la prison mentale, qui a enfermé un soldat dans la logique belliqueuse plus longtemps qu’escompté.

Le lecteur appréciera certainement la cohérence entre le fond et la forme. Le dessin épouse parfaitement la sécheresse du propos. Les scènes d’action sont lisibles, la violence brute, mais sans stylisation excessive. Ce parti pris renforce la dimension tragique du récit.

Au final, Mort Blanche s’arrime à un homme-mythe pour dérouler une réflexion sur la mémoire, le traumatisme et, d’une certaine manière, l’impasse héroïque. Derrière le décompte impressionnant se cache en effet un homme brisé, incapable d’abandonner la guerre.  

Mort Blanche, Kid Toussaint et Holgado 
Bamboo, 4 mars 2026, 64 pages

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3.5

« L’Embrasement » : la logique de la cascade

Le 7 octobre 2023, l’attaque du Hamas contre Israël, puis la réaction belliqueuse qui s’en est suivie, ont agi comme un torrent dévalant un siècle d’histoire accumulée. Avec L’Embrasement, adaptation du livre de Michel Goya par Florent Calvez aux éditions Delcourt, la bande dessinée en produit la coupe géologique : elle observe attentivement la pente, les strates et les failles d’un conflit complexe aux multiples ramifications. 

Le 7 octobre 2023, à l’aube, des commandos du Hamas frappent Israël avec une violence sidérante. L’onde de choc est immédiate et mondiale. Mais pour Florent Calvez et Michel Goya, cet effondrement n’est pas une surprise venue de nulle part : c’est l’aboutissement d’une pente glissante dont les premiers effets se sont fait sentir au début du XXe siècle, voire plus tôt encore. L’Embrasement permet de remonter le cours du torrent. Car une cascade ne naît jamais en bas ; elle commence loin, parfois dans des nappes invisibles.

Le récit repart donc de la fin du XIXᵉ siècle, lorsque Theodor Herzl, bouleversé par l’affaire Dreyfus, formule dans L’État des Juifs l’idée d’un refuge national pour les Juifs d’Europe. Ce geste théorique enclenche un mouvement historique dont la Palestine ottomane sera le théâtre. Mandat britannique après 1918, migrations juives, tensions croissantes avec les populations arabes, naissance d’Israël en 1948, exodes, guerres régionales : chaque étape ajoute un degré à la pente, déjà critique.

La Nakba. 1967. 1973. Le Hezbollah. Les intifadas. Les accords d’Oslo et leurs promesses érodées. La colonisation, les checkpoints, le morcellement du territoire palestinien. Mais surtout Gaza, cette enclave sous pression permanente. À mesure que les décennies s’accumulent, l’eau du torrent gagne en vitesse. Le ressentiment, des deux côtés, devient sa force motrice. Le conflit emporte toute une région dans son sillage.

Ancien colonel et analyste militaire, Michel Goya intervient dans l’album avec de longues explications, parfois arides pour le profane, mais qui ont le mérite de verbaliser les logiques guerrières : organisation du Hamas, branches armées, stratégie israélienne, rôle des pays arabes, effets psychologiques sur les soldats, engrenages politiques, etc. Il participe à la mise en perspective du conflit et de ses enjeux. 

La forme choisie par Florent Calvez est d’une rigueur presque ascétique. Pas de personnages fictifs pour guider la lecture, ni de dramatisation artificielle. Le texte, souvent placé en haut de case, est dense et explicatif. Le dessin, lui, soutient l’ensemble sans surenchère. Palette restreinte, visages réalistes, foules saisies dans leur tension compacte, rues où soldats et passants se frôlent, paysages dévastés par les bombardements : tout concourt à maintenir une fibre documentaire, à visée essentiellement pédagogique.

Publié par les éditions Delcourt, qui s’est imposé ces dernières années comme un acteur solide de la bande dessinée documentaire, L’Embrasement s’inscrit dans une lignée d’ouvrages exigeants, soucieux de comprendre le présent par l’épaisseur du passé. Il s’agit en l’espèce d’expliquer la guerre entre Israël et le Hamas, chose qui ne consiste pas à commenter l’ultime frappe ou le dernier cessez-le-feu mais plutôt d’accepter la profondeur du gouffre… L’Embrasement ne prétend pas offrir une issue. Beaucoup s’y sont cassé les dents. Il montre la chute, patiente et malheureusement inexorable.

L’Embrasement, Florent Calvez et Michel Goya
Delcourt, 19 février 2026, 134 pages

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4

Christy : Frapper pour exister

Boxeuse pionnière, survivante de violences conjugales, femme contrainte de cacher son identité pendant des années — l’histoire de Christy Martin avait tout pour devenir un grand film. David Michôd et Sydney Sweeney n’auront su en tirer qu’un biopic sportif honorable, trop lisse pour être vraiment marquant.

Christy convoque d’emblée deux illustres références : Rocky, dont il épouse la structure initiatique en l’ancrant dans la Virginie-Occidentale ouvrière du début des années 90 jusqu’en 2010, et Million Dollar Baby, vers lequel il lorgne dans sa représentation de la marginalité et de la condition féminine face à une autorité sportive intégralement masculine. L’ambition est là, déclarée. Le résultat, lui, s’en éloigne progressivement.

Comme dans tout récit initiatique, le film trace l’ascension d’une outsider qui saute sur les occasions à la manière d’une provocation envers ses détracteurs. Christy sort de l’anonymat une fois les gants enfilés, en devenant une figure incontournable de la boxe anglaise féminine, sa discipline de prédilection. Et c’est aussi une chose qu’elle va devoir apprendre : la discipline justement. Forte de caractère, elle ne cesse de renvoyer les coups avec davantage de violence. C’est ce qui la caractérise dès l’ouverture, dans une dispute familiale où elle tente de défendre son homosexualité — sujet tabou à l’époque, et surtout dans sa petite bourgade minière des Appalaches. Elle a toutes les raisons de serrer le poing et de s’en servir pour exister dans un monde suffisamment violent et misogyne. Se tourner vers le ring sonne comme une évidence, où cette rage est canalisée avec panache et fierté.

Enfiler des gants de velours

Mais la résistance du personnage est à double tranchant. En rabaissant constamment ses adversaires et ses potentiels alliés, Christy s’isole dans un déni existentiel, jusqu’à toucher le fond pour mieux repartir. Ce schéma de rédemption, aussi lisible que prévisible, résume à lui seul le problème central du film : Christy ne fait qu’esquisser là où il devrait creuser. Le scénario survole la dépendance à la cocaïne de Martin sans la franchise promise — chose qu’assumait bien plus frontalement Smashing Machine. Quant à la relation toxique avec Jim, à la fois coach et époux dans un mariage de convenance, elle refuse de donner de l’épaisseur à un antagoniste imprévisible qui aurait vraiment pu être menaçant. On pense aux dynamiques familiales de Fighter, à la psychologie de l’emprise dans Foxcatcher, mais Christy ne choisit pas son camp et s’en trouve appauvri.

C’est d’autant plus frustrant que le matériau documentaire existait. Distribué par Netflix, Untold : Deal with the Devil laisse largement la parole aux protagonistes. Le biopic en reprend parfois les témoignages presque mot pour mot, mais on les traverse sans jamais approcher le cœur émotionnel de la boxeuse. Peut-être est-ce précisément cette proximité avec la véritable Christy Martin qui pénalise le rendu : à trop vouloir lui rester fidèle, le film s’interdit toute liberté dramaturgique.

Sydney Sweeney, productrice du film via sa société Fifty-Fifty Films, mise énormément sur ce rôle, conçu comme une pièce maîtresse de sa stratégie éditoriale — dans la continuité d’Immaculée, où elle se confrontait déjà à des forces d’oppression brutales dans un registre de survie physique et morale. Sa préparation physique est indéniable : accent du Sud travaillé, prise de masse visible, maquillage soigné, entraînement quotidien pendant plusieurs mois sous la houlette de Grant Roberts — le même coach qui avait préparé Hilary Swank pour Million Dollar Baby. Elle habite le rôle sans l’intellectualiser, ce qui fait à la fois sa force et sa limite. Là où elle incarnait plusieurs nuances de vulnérabilité dans Reality, elle passe ici à côté de la complexité du personnage, moins par défaut de jeu que parce que la narration ou la mise en scène ne lui en laisse pas l’espace. On reste à la surface d’une femme que le film prétend réhabiliter.

Dans les cordes

Même constat pour les personnages secondaires : ni la famille de Christy, ni Jim (un Ben Foster méconnaissable, réduit à l’état de repoussoir), ne sont exploités au-delà de leur fonction archétypale. Katy O’Brian (Love Lies Bleeding) est également mise en retrait. Michôd, qui signe pourtant des films habités par la violence latente et les jeux de pouvoir — d’Animal Kingdom à The Rover —, opte ici pour une mise en scène étonnamment sage, voire transparente. Difficile de le distinguer derrière la caméra, car Christy se repose constamment sur l’image que renvoie Sweeney plutôt que sur sa performance. Hormis un affrontement majeur sur le ring, les séquences de combat restent clipesques — ce qui est d’autant plus dommageable que le film a clairement choisi l’intime comme territoire, loin de la médiatisation et de la foule. Mais cet espace n’est pas non plus habité, créant une distance involontaire avec les personnages. En ajoutant à cela un cruel manque de tension, une voix off trop synthétique et quelques paresses d’écriture déjà repérables dans War Machine, on finit par alourdir tout le propos sur la résilience.

Et c’est ainsi que Christy rejoint, malgré ses bonnes intentions, le rang des biopics hollywoodiens fabriqués à la chaîne — ceux qui tentent de trouver leur propre voix, mais finissent noyés dans le mélodrame. La musique d’Antony Partos accompagne un dernier uppercut saturé de pathos, et le générique tombe sans que l’on ait eu le sentiment d’avoir vraiment cheminé avec cette femme. Ce qui est un problème sur une durée de 2h15. Nettement plus ambitieux que La Femme de ménage — téléfilm de luxe qui avait pourtant trouvé son public —, Christy ne convainc pas et s’effondre au box-office. Sweeney y prouve qu’elle peut changer de corps. Pas encore qu’elle puisse changer de registre.

Christy Martin n’avait pas besoin d’enfiler des gants pour inspirer le courage et le respect. Son biopic, paradoxalement, montre surtout qu’il a besoin d’un scénario à la hauteur.

Christy – bande-annonce

Christy – fiche technique

Réalisation : David Michôd
Scénario : David Michôd, Mirrah Foulkes
Interprètes : Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever, Ethan Embry, Katy O’Brian, Jess Gabor, Chad L. Coleman
Directeur de la photographie : Germain McMicking
Chef monteur : Matt Villa
Chef costumière : Christina Flannery
Chef-maquilleuse : Ashleigh Chavis
Chef-coiffeuse : Adruitha Lee
Chef décorateur : Chad Keith
Musique : Antony Partos
Superviseur effets visuels : Jason Hawkins
Chef-cascadeur : Walter Carlos Garcia
Chef-monteur son : Robert Mackenzie
Directrices de casting : Ellen Lewis, Kate Sprance
Producteurs : Kerry Kohansky-Roberts, Justin Lothrop, David Michôd, Teddy Schwarzman, Brent Stiefel, Sydney Sweeney
Producteurs exécutifs : Mirrah Foulkes, John Friedberg, Michael Heimler, Harrison Huffman, David Levine, Ryan Schwartz, Nick Shumaker
Sociétés de production : Anonymous Content, Yoki, Votiv Films, Fifty-Fifty Films
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 2h15
Genre : Drame, Sports, Biopic
Date de sortie : 4 mars 2026

Christy : Frapper pour exister
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2.5

« Mon carnet de films et séries » : devenir cinéphile, une page après l’autre

Les éditions Larousse publient Mon carnet de films et séries, imaginé par le vidéaste Amaury Dumontet. Un outil pratique, que l’on imagine avant tout entre les mains de cinéphiles en herbe. C’est en tout cas de cette manière que l’on a choisi de vous le présenter. En « je » et avec un peu d’imagination.

Quand j’ai ouvert ce carnet pour la première fois, j’ai vu un territoire vierge. Des pages blanches, des rubriques bien pensées, des défis à relever. Et l’évidence qu’il faut apprivoiser les films en plus de les consommer et de les apprécier.

Je suis de cette génération qui a grandi avec les plateformes, les recommandations automatiques, le « Vous aimerez aussi ». Je regardais beaucoup, mais je retenais peu. Ce carnet m’a forcé à ralentir le rythme, à problématiser les images.

La première claque, ce sont peut-être les pages « Awards ». Attribuer un prix au meilleur huis clos, au meilleur couple de cinéma, à la meilleure scène d’ouverture… Cela paraît enfantin, presque naïf. Mais au moment d’écrire, je me suis surpris à hésiter. Est-ce que ma scène d’ouverture préférée est celle d’Inglourious Basterds de Quentin Tarantino ? Ou l’explosion de couleurs de La La Land de Damien Chazelle ? Pourquoi l’une plutôt que l’autre ? Pour la première fois, je devais argumenter – face à moi-même.

Même chose côté séries. Sacrer une « meilleure mini-série » ou une « meilleure fin », c’est repenser à toutes ces nuits blanches, à ces épisodes enchaînés sans voir l’heure passer. Le carnet transforme mes souvenirs flous en choix assumés. Il m’oblige à trancher.

Puis je suis tombé sur la page « 3 films de… ». Sofia Coppola, David Fincher, Akira Kurosawa, Stanley Kubrick, Agnès Varda. Là, j’ai compris que le carnet me mettait au défi. Je connaissais un film de Kubrick, vaguement deux de Fincher. Trois ? Il fallait creuser. Chercher. J’ai commencé à voir les obsessions, les motifs, les manières de cadrer le monde. Ce n’était plus une succession de titres, mais des univers cohérents mis en branle, ou plutôt en images.

Le défi « 48 h chrono » a achevé de me convertir. Regarder un film sorti avant ma naissance. Enchaîner un documentaire et une fiction. Découvrir deux pays en deux films. Ce week-end-là, j’ai voyagé davantage et plus loin qu’en plusieurs mois. Le carnet transformait mon salon en salle de programmation personnelle.

Le « Ticket d’or ». Choisir le film que je ferais découvrir à la personne que j’aime. Celui qui représente ma vie. Celui dans lequel j’aimerais vivre. Celui que je garderais pour toujours. J’ai mis du temps à écrire. Parce que ces réponses parlent de moi plus que de cinéma. Mon film-refuge n’est pas le plus prestigieux. Mon film-vie n’est pas forcément le plus acclamé. Le carnet m’a appris à assumer cela.

« La boîte de Pandore » m’a fait sourire. Ces films que j’ai honte d’aimer… J’en ai noté cinq. Et en les écrivant, j’ai réalisé que la honte était inutile. Le goût est un cheminement personnel, pas toujours rationnel d’ailleurs.

Il y a aussi ces pages espiègles : « 4 scènes spicy du cinéma ». Évaluer le niveau de « piment » d’une scène, c’est reconnaître que le cinéma est aussi affaire de trouble, de désir, d’émulation. Mieux, le « dîner cinéphile » est devenu mon fantasme préféré. Inviter six personnalités autour d’une table. J’ai imaginé une conversation improbable entre John Carpenter et Stanley Kubrick. J’ai rêvé d’entendre Akira Kurosawa parler du Japon, Almodovar de l’Espace, Bong Joon-ho de la Corée.

Et puis, il y a la fiche détaillée, presque scolaire, pratico-pratique, peut-être moins intéressante aussi : titre, réalisateur·rice, acteurs, genre, émotions, synopsis, avis, scène préférée, envie de revoir. Au début, j’avoue que cela me semblait excessif. Tout notifier. Aujourd’hui, c’est devenu un rituel. Écrire mon avis, c’est fixer l’instant. Noter mes émotions, c’est mesurer l’impact réel du film. Parfois, quelques mois plus tard, je relis et je souris : j’ai changé. Mon regard aussi.

Ce carnet ne m’a pas appris à aimer le cinéma. Il m’a appris à le pratiquer. À le questionner. À le mémoriser. À le relier à ma propre histoire. Je pensais être cinéphile parce que je voyais beaucoup de films. Je découvre que je le deviens parce que je prends le temps d’y penser. Page après page, je ne remplis pas seulement un carnet. Je construis ma cinéphilie.

Mon carnet de films et séries, Amaury Dumontet
Larousse, 14 janvier 2026, 160 pages

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3

« Le Cocon » : le silence de Judith Scott

Dans Le Cocon (éditions Glénat), Alexandre de Moté et Natacha Sicaud retracent une trajectoire artistique hors norme : celle de Judith Scott. Mais ils font davantage encore : ils sondent la violence asilaire d’une époque et la déflagration qu’a représentée, pour une famille américaine des années 1940, la naissance d’un enfant porteur de trisomie 21.

La gémellité de Judith Scott avec sa soeur Joyce aurait pu suggérer une promesse d’harmonie. Mais très vite, le diagnostic de handicap, ainsi qu’une surdité consécutive à une scarlatine, font naître l’angoisse. L’enfant devient un problème à résoudre, pis une anomalie à contenir dans une société qui n’a ni les mots ni les structures pour accueillir la différence.

Le Cocon montre avec justesse et douleur combien cette situation épuise les parents. La mère, accablée, finit au sanatorium pour reprendre des forces. Le père, quant à lui, encaisse de plein fouet la découverte des mauvais traitements infligés à sa fille dans l’institution où elle a été placée. Il ne meurt pas immédiatement, certes, mais ses troubles cardiaques apparaissent dans son sillage.

C’est bien d’impuissance qu’il s’agit ici. Lorsque Judith est internée, encore enfant, elle bascule dans un univers où l’on ne cherche pas à la comprendre, juste à la canaliser. Le roman graphique décrit en effet un système institutionnel fondé sur la gestion plus que sur l’attention. Judith n’est pas perçue comme une personne pleine et entière, mais comme une présence encombrante qu’il faut à tout prix neutraliser. L’objectif prioritaire consiste à éviter les vagues, à prévenir l’embarras et maintenir l’ordre asilaire, au détriment de l’expression de ses occupants.

La violence est à la fois physique et psychologique. On la fait taire, on l’isole lorsqu’elle tente d’exprimer son mal-être. Les échanges se réduisent à la brutalité la plus crasse : des remarques humiliantes, des injonctions impossibles, l’administration de médicaments abrutissants. Le geste le plus terrible mis en vignettes (l’extraction de toutes ses dents parce que Judith mord) concentre cette logique d’éradication du symptôme. Plutôt que de chercher l’origine, on supprime la conséquence. On corrige le corps pour discipliner l’âme.

Le Cocon oppose à cette déshumanisation progressive la force intacte du lien gémellaire. Joyce s’est toujours souciée de sa soeur, avec une fidélité obstinée. Lorsque, adulte, elle parvient à faire sortir Judith de l’institution asilaire, elle contribue à lui restituer sa dignité. Et c’est là que l’art surgit : en enveloppant des objets de fils et de tissus, Judith s’exprime, recompose un monde. Privée de langage verbal, privée longtemps de considération, elle invente un idiome tactile. Ses « cocons » disent à leur manière l’enfermement, oui, mais aussi la possibilité d’une métamorphose.

Ce que la société a tenté d’étouffer (une subjectivité, une expression) trouve dans l’art une issue. Judith Scott, que l’institution traitait comme une entité à contenir, s’est affirmée en tant qu’artiste. Son œuvre rayonne bien au-delà des murs qui l’avaient enfermée.

Le Cocon montre la dureté d’un temps, l’ignorance, la peur, la lâcheté parfois. Mais il prouve dans le même temps qu’aucune existence ne se résume à un diagnostic. En redonnant chair à Judith Scott, en exposant les mécanismes de sa mise à l’écart puis de sa reconnaissance, il narre une grande épopée humaine, une renaissance à travers l’amour (de Joyce) et l’art.

Le Cocon, Alexandre de Moté et Natacha Sicaud
Glénat, 25 février 2026, 128 pages

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3.5

« Plongée en Addicto » : au plus près de l’accoutumance

Avec Plongée en Addicto, Pauline Aubry s’immerge dans les couloirs de Marmottan et des centres d’addictologie pour comprendre ce que la dépendance fait aux corps et aux familles. L’album procède par l’écoute et le recueil d’informations. Entre pédagogie rigoureuse et récits à hauteur d’humains, il rappelle que derrière chaque produit, il y a une histoire – et qu’au cœur du soin, il y a d’abord une relation de confiance et de respect.

On pourrait redouter un ouvrage didactique saturé de schémas et de diagnostics. On découvre en réalité un livre incarné, traversé de visages, de voix et de doutes qui s’expriment plus ou moins franchement. Plongée en Addicto parvient à transmettre ce qui signifie l’addiction sans rien simplifier, ni sur le plan humain ni sur le plan médical. Pauline Aubry adopte le trait souple de celle qui apprend en même temps qu’elle raconte. Elle ne surplombe jamais son sujet, elle s’en empare avec pédagogie.

Un exemple ? Les mécanismes neurobiologiques – dopamine, circuit de la récompense, cortex préfrontal sont convoqués sans jargon inutile. Les classifications — stimulants, dépresseurs, hallucinogènes – trouvent leur place dans des planches limpides qui détaillent la brièveté du flash du crack, la dissociation de la kétamine, le piège du craving. On comprend ce qui se joue, concrètement, dans le corps et dans la tête. Mais jamais ces explications ne flottent hors-sol : elles sont toujours reliées à une trajectoire, à un vécu qu’il s’agit d’éventer sans le trahir.

Car l’autre grande réussite du livre est là : rendre à l’addiction sa chair humaine. Les anciens usagers racontent les années héroïne, les squats, les seringues cachées, l’exil imposé par des parents démunis. La drogue devient presque un personnage, une amante jalouse, une présence qui prend toute la place. Le manque physique passe ; le manque psychologique, lui, s’installe comme une obsession. À travers ces récits, on mesure combien l’addiction n’est pas une simple affaire de volonté défaillante mais un système de survie, une solution trouvée, provisoirement, à une douleur plus vaste.

Plongée en Addicto insiste aussi sur la violence symbolique et sociale qui entoure les personnes dépendantes. Le poids du regard, la honte, l’amalgame entre toxicomanie et folie. Le détour par l’histoire (la psychiatrie asilaire, les camisoles, les cages) éclaire la nécessité d’un autre modèle. Lorsque Claude Olievenstein imagine Marmottan comme un « hôpital anti-psychiatrique » ouvert et sans jugement, il pose un geste politique autant que thérapeutique. Le soin ne peut advenir que dans un espace où la parole est possible.

L’accueil, la stabilité, la continuité des visages, le « matching » entre patient et thérapeute, la présence dans les moments de crise : tout le processus est passé en revue, avec force détails. Chaque membre de l’équipe de soins participe à cette enveloppe groupale qui permet de désamorcer la crise addictive. Cette attention au lien traverse tout l’album. Elle irrigue les scènes les plus simples, transparaît dans la traduction des besoins des patients.

Graphiquement, Pauline Aubry adopte un style clair, accessible, presque doux. Les couleurs franches et les personnages aux traits légèrement caricaturaux créent une distance qui dédramatise l’ensemble sans en atténuer la gravité. Et finalement, en refermant Plongée en Addicto, on a le sentiment d’avoir appris ce qu’est une dépendance, comment elle s’installe, pourquoi elle se répète. On saisit que le véritable enjeu n’est pas seulement d’arracher le produit : il est de restaurer une capacité de lien. L’album rappelle, avec une simplicité désarmante, que l’addiction isole et que le soin relie.

Plongée en Addicto, Pauline Aubry
Steinkis, 19 février 2026, 144 pages

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4

« Hal Hartley » : ligne de foi

Un ouvrage collectif dense et inspiré restitue la cohérence d’un cinéaste longtemps perçu comme marginal, en révélant la force narrative et formelle d’une œuvre décrite comme « dangereusement sincère ». C’est à découvrir aux éditions LettMotif.

Il fallait sans doute un livre collectif pour approcher Hal Hartley à travers ses multiples aspérités. Non pour le diluer dans une analyse fragmentée, mais pour mieux le cerner, selon différents points de vue et d’accroche. En somme : multiplier les angles afin de faire apparaître une figure qui, paradoxalement, n’a jamais cessé d’être là – juste sous les radars. 

Le projet de l’ouvrage est limpide dans son ambition première : il s’agit de comprendre ce qui, dans son geste, son rythme et son obstination, constitue une œuvre d’une rare cohérence. Et à mesure que l’on avance dans ces contributions croisées, un motif émerge : le décalage. Point de coquetterie formelle, mais bien un principe actif. Décalage dans la diction (ces répliques nettes, sans gras, qui abolissent les silences inutiles) ; décalage dans le jeu (cette manière de tenir le corps à distance de toute psychologie naturaliste) ; décalage dans la mise en scène (chorégraphies inattendues, répétitions verbales, bagarres burlesques qui désamorcent la violence tout en la révélant). 

Les pages consacrées aux corps sont particulièrement éclairantes. On y relit les scènes de lutte dans The Unbelievable Truth, les mouvements syncopés de Simple Men, la danse sans musique de Surviving Desire comme autant de variations sur une même intuition : le cinéma est affaire de rythme avant d’être affaire d’illusion. Le burlesque affleure, le cartoon n’est jamais loin, mais il ne s’agit pas de pastiche. C’est une manière de maintenir une distance, d’éviter la dramatisation automatique, de refuser le pathos.

Les auteurs décrivent le dialogue hartleyen comme une sorte de « ligne claire » verbale. Les personnages énoncent ce qu’ils pensent avec une précision presque tranchante. Les répétitions, parfois jusqu’à l’absurde, deviennent un outil de stylisation assumé. On comprend alors que ce refus du naturalisme ne vise pas l’abstraction, mais la lucidité. Il est noté : « Pourtant, malgré cette transparence émotionnelle des personnages – je pourrais presque parler d’hyper-conscience d’eux-mêmes – leur complexité reste entière. Simplement, elle réside davantage à mon sens dans la complexité de leurs parcours visibles à l’écran que dans les méandres de sentiments plus ou moins cachés aux spectateurs et à eux-mêmes. »

Le livre ne se limite jamais à une analyse de surface. Peu à peu se dessine le cœur battant de la filmographie de Hal Hartley : l’amour, l’amitié, la sincérité… Ses héros refusent les compromis, quittent les circuits établis, sabotent parfois leur propre réussite. Le parcours du cinéaste, son éloignement progressif des systèmes de production traditionnels, résonne évidemment ici avec celui de ses personnages.

L’ouvrage met également en lumière le dialogue constant que Hartley entretient avec l’Europe. Bresson pour l’ascèse du geste, Godard pour la dialectique et la conscience de l’image, Fassbinder et Wenders pour l’anti-réalisme, Brecht pour la distanciation. De Godard, justement, il sera également question dans un long entretien, au cours duquel sont notamment abordés les sujets de la lumière et de la projection cinématographique.

Chemin faisant, Hal Hartley réussit à éviter deux écueils : l’hagiographie et la nostalgie. Il ne sanctifie pas Hartley, préférant mettre au travail ce dont relève son cinéma. Il ne pleure pas non plus la disparition d’un âge d’or indépendant ; il interroge plutôt ce que signifie aujourd’hui filmer en marge et diffuser autrement que via les grandes structures établies. En rassemblant analyses, entretiens, souvenirs, proses et fragments théoriques, le livre parvient à se saisir du cinéaste sans s’empeser. C’est inégal mais original et souvent très intéressant. 

Hal Hartley, collectif
LettMotif, février 2026, 248 pages

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3.5

Woman and Child : la vengeance d’une femme

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Avec Woman and Child, Saeed Roustaee trace le destin d’une femme déterminée à trouver les coupables du malheur qui l’accable pour les châtier. Le portrait poignant d’une Médée autant que d’une Méduse qui, impuissante à se venger, finira par choisir une autre voie. Magistralement mis en scène. 

Une ouverture qui interpelle

La première image intrigue. Un masque de crème blanche sur le visage, des femmes attendent dans une vaste salle. Un subterfuge du réalisateur pour découvrir leur tête en évitant la censure ? Évacuons d’emblée le mauvais procès fait à Saeed Roustaee : puisqu’il montre des femmes sans cesse voilées, y compris à la maison, il serait « complaisant » avec le régime ; puisqu’il montre un pays moderne, respectueux de l’État de droit, il ménagerait le régime honni. Si Roustaee ne brave pas de front, en effet, les autorités comme avait pu le faire Mohammad Rasoulof dans Les Graines du figuier sauvage, il est tout de même très excessif de parler de complaisance. Surtout pour un cinéaste qui a été emprisonné par le passé, contrairement à son collègue Asghar Farhadi, plus prudent encore que lui sans doute.

Que dit cette ouverture, moins flamboyante que celle de La Loi de Téhéran mais significative ? En premier lieu, elle parle de dissimulation, thème qui sera au cœur de l’intrigue. En second lieu, on comprendra que l’héroïne se faisait belle pour son homme, Hamid, un ambulancier qui la flatte abondamment. C’est l’intense Payman Maadi, déjà vu dans Une séparation de Farhadi et dans les deux précédents opus de Roustaee, qui incarne ce séducteur venimeux. Cet homme unique, aimant magnétique autour duquel vont tourner les femmes, la presse d’accepter de l’épouser. Comme si souvent au cinéma, il a 15 ans de plus que celle qu’il convoite.

Mahnaz est réticente. Le mariage, elle l’a déjà vécu, qui la laissa veuve. Elle résiste donc : quel besoin de se marier, comme pourrait l’objecter n’importe quelle Occidentale ? Mais Hamid insiste. Saeed Roustaee a choisi de mettre en scène un personnage tiraillé, ce qui est souvent fécond car porteur de complexité : Mahnaz est écartelée entre une certaine modernité (puisque cette quadragénaire est indépendante financièrement) et la soumission à l’injonction qui lui est faite. Soumission à l’homme qu’elle aime, ce qui relativise son féminisme, et soumission aux traditions, puisqu’elle va finir par accepter de mentir pour ne pas froisser sa future belle-famille.

Dissimulations

Il s’agit de cacher à la famille de Hamid qu’elle a déjà deux enfants. Il faudra donc trouver un moyen de les évacuer le temps d’un week-end et de faire disparaître toute trace de leur présence dans l’appartement que Mahnaz partage avec sa sœur Mehri et sa mère, complices de la dissimulation. Les effacer, en quelque sorte, ce qui va résonner ensuite douloureusement. Ce jeu de faux-semblants était annoncé dans un dialogue en forme de rixe, où Hamid et Mahnaz se parlent derrière un rideau blanc, sèchement tiré, puis réapparaissant à l’image.

Or, ce mensonge n’était pas le seul : lors de la rencontre, on découvre qu’Hamid était secrètement épris de la petite sœur de Mahnaz. Là, le spectateur tique un peu : non pas à cause de l’argument, puisque Roustaee a affirmé que cette histoire était arrivée dans sa propre famille ; surtout parce qu’on ne comprend pas pourquoi Hamid presse Mahnaz de l’épouser s’il est épris de sa sœur. D’autant qu’il ne se gênera pas pour l’assumer au lendemain de la réception, suscitant une sainte colère de la part de la mère des deux jeunes femmes. On saluera à cette occasion un beau plan sur les deux portes des chambres des sœurs, celles-ci apparaissant en ombre floutée derrière la vitre de chaque porte.

Peut-être Mahnaz avait-elle inconsciemment intégré l’idée d’une sourde compétition avec sa sœur autour d’Hamid ? D’où sa volonté de se rajeunir, exprimée dans la scène d’ouverture. On note aussi que les premiers mots de notre homme pour Mahnaz sont désobligeants – il n’aime généralement pas les cheveux coupés courts –, avant que ce séducteur se ravise. On pouvait déjà y lire sa duplicité.

Mahnaz, entre Médée et Méduse

Le scénario va alors s’employer à accabler cette pauvre Mahnaz. Alors qu’elle avait confié ses deux enfants à son beau-père, sa belle-sœur l’appelle affolée, lui enjoignant de se rendre d’urgence à l’hôpital. Elle va vite apprendre que son aîné Aliyar s’est jeté par la fenêtre. Pour montrer son angoisse, Roustaee passe par une scène de piqûre douloureuse à sa patiente qui se rebiffe. Premier geste agressif, qui va en appeler d’autres.

Car devant le décès de son fils, Mahnaz va se muer en une figure vengeresse comme en contient tant la mythologie grecque, de Méduse à Médée. Méduse puisque Parinaz Izadyar, qui incarne Mahnaz avec feu, fait passer sa colère essentiellement par le regard. Mais aussi Médée, la célèbre infanticide : Mahnaz n’est-elle pas responsable de la mort de son fils, elle qui confia à son beau-père réticent ce garçon ingérable ? Aliyar n’avait-il pas annoncé que si son grand-père continuait à lui parler ainsi, il se « barrerait » ? Comme dans la tragédie, tout avait été annoncé mais Mahnaz ne sut pas déchiffrer les signes.

Qui est responsable ?

Qui est responsable de la mort de son fils ? Est-ce Hamid, qui a exigé cette mascarade alors qu’il en aimait une autre ? Est-ce Mehri, qui a tenu soigneusement secrète cette liaison ? Est-ce le grand-père, dont on apprend plus tard qu’il avait corrigé Aliyar à l’aide d’un ceinturon ? Est-ce ce surveillant du collège qui, en excluant Aliyar, l’a mis dans un état de tension maximale ?

La Justice ne lui est d’aucun secours. Même en ayant usé d’un ceinturon, le grand-père ne peut être inculpé pour meurtre puisqu’une ceinture n’est pas une arme létale. On a pu lire ça et là que le film dénonçait ainsi le patriarcat, les hommes se liguant pour contrer une pauvre femme. En réalité, l’argument exposé par l’avocat de Mahnaz est parfaitement recevable. L’attitude du grand-père est certes moralement condamnable mais impossible à sanctionner pénalement.

Seulement voilà : peut-on demander à une mère qui vient de perdre son enfant de se montrer rationnelle ? Mahnaz est ivre de vengeance. Alors que les femmes pleurent sur la tombe de son fils, elle relève la tête et darde le public du regard : Méduse. Leila et ses frères, déjà, mettait en scène une femme dure, inaccessible à l’apitoiement.

Et si la responsabilité était collective ? Chacun des protagonistes, comme on l’a vu, à l’image de la société iranienne, suit des principes rigides issus du religieux. Après tout, sans l’obligation de cacher les enfants, Aliyar et Neda n’auraient jamais été confiés au grand-père. La structure familiale où évoluait Aliyar interroge également. Son cadre ferait le miel d’un psy : Mahnaz, qui a une quinzaine d’années de plus que sa sœur, l’a en partie élevée ; à la mort du père, Mahnaz étant contrainte de travailler, c’est Mehri qui s’est occupée de ses deux enfants ; tout cela sous l’autorité d’une mère au fort caractère. Aucune figure masculine dans le foyer : là où Leila et ses frères montrait des hommes défaillants, ils ont ici tout simplement disparu.

Aliyar ou le manque du père

Aliyar est porté à prendre cette place. Ne lance-t-il pas à sa mère qu’il « ressemble à papa », suggérant que c’est peut-être ce qui déplaît à cette veuve ? Avec sa mère, dans la scène décidément cruciale à l’avant de la voiture, il se comporte en séducteur, maniant le chaud et le froid, passant d’une impertinente agressivité à une cajolerie à laquelle sa mère ne résiste pas. Il agit déjà en homme : drague l’une des collègues de sa mère qui a l’âge de sa tante, s’adonne à des paris autour d’une toupie, brasse de l’argent, n’accepte aucune autorité au collège. On apprendra enfin par la suite qu’il fumait et consommait des drogues, et l’on se souviendra alors que, tandis que sa mère tentait de lui faire faire ses devoirs de maths, il « fumait » le marqueur comme une cigarette.

Toute la première partie, jusqu’à l’accident, nous dépeint ce jeune insolent monté sur ressorts qu’incarne l’étonnant Sinan Mohebi. Négociant un prix pour faire le devoir d’anglais de sa grand-mère à sa place, puis sous-traitant cette tâche pour trois fois moins à sa petite sœur Neda. Imposant sa loi à une foule de jeunes dans l’une de ces scènes étourdissantes dont Saeed Roustaee a le secret : au sein d’un vaste atelier, un duel autour d’une toupie qui voit Aliyar empocher de nombreux billets, avant de s’enfuir par les toits à l’annonce des autorités. Nullement impressionné par son professeur, faisant le pitre pour amuser la classe aux dépens d’un bouc émissaire. Finalement il glisse un bout d’allumette dans un cadenas, empêchant ainsi la sortie des cours, autre scène de foule superbement orchestrée par Roustaee.

Un cauchemar, une tête à claques. Le spectateur risque fort de se ranger du côté de Samkhanian, le surveillant furieux qui n’entend pas les supplications de Mahnaz. Le pédiatre Aldo Naouri a expliqué qu’il est très difficile à une mère de poser des limites à son enfant du fait que, pendant neuf mois, il a fait en quelque sorte partie d’elle-même : c’est le rôle du père, extérieur par nature à l’enfant, de poser ces limites. Le drame d’Aliyar, c’est l’absence de père. Ne déclare-t-il pas à sa mère, à l’avant de la voiture – où il n’a pas mis sa… ceinture – que son « père [lui] manque » ? Cette affirmation va au-delà du seul plan affectif : c’est ce manque qui le rend ingérable. Mahnaz est dans le déni : « ce n’est qu’un gosse », lance-t-elle à Samkhanian qui a quelques arguments solides à lui opposer. Le jour où l’autorité apparaît brutalement armée d’un ceinturon, elle est contre-productive. Voilà un sujet universel, débordant le cadre de l’Iran. Le film de Roustaee s’avère assez peu spécifique au pays, si l’on excepte le poids de traditions qui restent vivaces, nonobstant la modernité du pays.

La vengeance de Mahnaz

Mahnaz culpabilise-t-elle ? C’est probable. Comme souvent dans ce type de cas, il faut trouver un coupable et le punir. On la voit ainsi percuter la voiture de Samkhanian, quitte à être envoyée elle aussi à l’hôpital (l’argument de Boulevard de la mort repris en mode mineur !). Puis battre froid sa sœur au sein même du foyer. Entamer une véritable guerre contre Hamid-le-félon : influencer Mehri pour qu’elle le quitte alors qu’elle est enceinte de lui, et surtout le faire renvoyer de l’hôpital en dénonçant le trafic auquel il se livre en hébergeant contre rétribution des migrants dans son ambulance. La scène où Mahnaz sursaute en ouvrant la porte est glaçante : elle croit que des gens blottis là sont morts, et c’est bien l’impression que donne l’image de cette famille comme figée à l’arrière de la cabine.

Mais le principal coupable aux yeux de Mahnaz est le grand-père d’Aliyar puisque sa belle-sœur, sur le balcon très photogénique de l’hôpital, l’a informée que son geste punitif avait poussé à bout le garçon. Lorsque le patriarche, victime d’une attaque, est transféré à l’hôpital, elle tient sa vengeance. La scène est magistrale : Roustaee prend tout son temps pour montrer Mahnaz qui tire calmement chacun des stores de la chambre, avant de débrancher le vieil homme jusqu’à ce que son cœur s’arrête de battre. Méduse le fixe froidement, c’est son regard qui le tue. Pourtant l’équipe de l’hôpital parvient à le ramener à la vie, contrairement à son fils, à qui les mêmes gestes ont été prodigués. Ironie mordante du destin, injustice criante pour Mahnaz.

Vers une possible résilience ?

Impossible de se venger, décidément. Du côté d’Hamid, ce n’est pas mieux puisqu’il a repris l’avantage : il veut faire retirer à Mahnaz la garde de Neda au motif que sa mère serait suicidaire. C’est au grand-père, déjà tuteur légal, que serait confiée la garde. Un comble, insupportable pour Mahnaz qui commence à battre en retraite. Heureusement, l’impitoyable Samkhanian qui devait témoigner contre elle (on s’étonne d’ailleurs qu’elle ne soit pas inquiétée par la Justice alors qu’elle a volontairement percuté son véhicule…) se rétractera devant le regard perdu de Neda, accrochée à sa mère. Certains ont pu trouver ici que le cinéaste en faisait trop. La surenchère de péripéties et le chantage à l’émotion sont en effet des travers qui affectaient déjà en partie Leila et ses frères et La Loi de Téhéran. On pourra toutefois également lire ici la volonté de montrer des personnages complexes, qui ne sont pas d’un bloc.

Mahnaz est bel et bien prisonnière, ce qu’exprime, assez classiquement, Roustaee par de nombreux sur-cadrages (personnages derrière un grillage, vitre qui sert de tableau coupant en deux l’appartement, cadres géométriques à l’hôpital ou dans l’immeuble capté de haut…). Constatant son impuissance à expurger son chagrin par la vengeance, elle finit par choisir l’amour, dans une ultime scène en forme de twist.

Mahnaz vient d’apprendre que Mehri, sans tenir compte de son avis, a nommé son nouveau-né Aliyar, ultime provocation. Dans l’appartement, Hamid est là, fumant sur le balcon. Échange de regards avec lui puis avec Mehri. Mahnaz entre alors dans la chambre du bébé, se cloisonne, exactement comme elle l’a fait avec le grand-père à l’hôpital. Va-t-elle jeter cet Aliyar par la fenêtre, pour se venger de la vie, pour que ce bébé ressenti comme un usurpateur rejoigne dans le malheur le sien, l’unique, le légitime ? Sa mère, sa sœur et sa fille se sont approchées de la porte vitrée, telles des ombres tremblantes d’appréhension. C’est alors que Mahnaz bascule du bon côté, recréant un noyau familial. Une fin intense, proche de celle de Leila et ses frères.

Une belle constance dans la qualité

D’une grande richesse, savamment orchestré, le nouveau film de Saeed Roustaee se hisse au niveau de La Loi de Téhéran et de Leila et ses frères. Les 2h11 passent à toute vitesse, et le long-métrage s’avère tout aussi « long en bouche » que ses deux opus précédents. Saeed Roustaee, Asghar Farhadi, Mohammad Rasoulof, Jafar et Panah Panahi, sans oublier la jeune prodige Samira Makhbalaf : le cinéma iranien est décidément pourvu en talents de haut vol, qui ont su prendre la relève de leur figure tutélaire, l’immense Abbas Kiarostami.

🎬 Bande-annonce : Woman and Child 

Lire aussi la critique de Jérémy Chommanivong : https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/woman-and-child-saeed-roustaee-critique-film-iran-2026-10081540/

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3.9

Top 5 Meilleur Abonnement IPTV en France (Guide 2026)

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Le marché de l’IPTV en France connaît une croissance exponentielle en 2026. Avec la multiplication des offres disponibles en ligne, il devient de plus en plus difficile de déterminer quel est réellement le Meilleur IPTV France et quel abonnement IPTV offre un service fiable et sécurisé. De nombreux utilisateurs recherchent également un code iptv permettant d’activer rapidement leur service sur Smart TV, Android ou box multimédia.

Entre les promesses de milliers de chaînes, le streaming en qualité 4K, les serveurs ultra-stables et les différentes options d’IPTV pas cher, chaque fournisseur prétend proposer la meilleure solution. Pourtant, la réalité peut être très différente : la stabilité des flux, la qualité d’image, l’ergonomie de l’interface et la réactivité du support client varient considérablement d’un service à l’autre.

Dans ce guide complet, nous passons en revue tous les critères essentiels pour choisir un abonnement IPTV fiable en France : compatibilité multi-appareils, catalogue de chaînes, qualité HD/4K, fonctionnalités VOD, test IPTV gratuit et rapport qualité-prix. Nous comparons également les principaux fournisseurs IPTV français pour vous aider à identifier ceux qui offrent un service réellement performant et sécurisé.

Que vous soyez passionné de sport, amateur de séries et films ou simplement à la recherche d’une alternative pratique au câble traditionnel, ce guide vous permettra de faire un choix éclairé et adapté à vos besoins en 2026.

Classement 2026 des Meilleurs Abonnements IPTV en France :

Si vous avez peu de temps, découvrez ici un résumé des services considérés comme le Meilleur IPTV France actuellement :

  • Premier IPTV

Premier IPTV est un fournisseur IPTV très apprécié en France, qui se distingue par la qualité de son service, la richesse de son catalogue et sa compatibilité avec de nombreux appareils. Avec un abonnement IPTV flexible, il permet de profiter des chaînes françaises et internationales, des films et séries en VOD. De plus, un test IPTV gratuit est proposé, ce qui permet de vérifier la stabilité et la compatibilité avant de souscrire un abonnement. Ce service s’adresse aussi bien aux amateurs de sport qu’aux passionnés de cinéma ou de séries, offrant une expérience fluide et complète.

Points forts :

1) Large choix de chaînes : sport, actualités, divertissement et internationales

2)  VOD complète : films, séries et contenus internationaux

3)  Multi-appareils : Smart TV, Android, Fire Stick, PC

4)  Streaming stable et rapide

5)  Installation simple et rapide : même pour les débutants, le service est prêt à l’usage en quelques minutes

Inconvénients : 

6)  La qualité peut varier en heures de pointe

7)  VOD parfois pas à jour instantanément

8)  Support parfois lent selon la demande

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  • La France IPTV

La France IPTV est un fournisseur IPTV très apprécié en France pour sa stabilité, la richesse de son catalogue et la qualité de son streaming. Avec un abonnement IPTV complet, il offre un accès facile aux chaînes françaises et internationales, aux événements sportifs en direct, ainsi qu’aux films et séries en VOD. L’interface est intuitive et bien organisée, ce qui permet même aux débutants de naviguer facilement et de profiter de tous les contenus. De plus, un test IPTV gratuit est proposé, permettant de vérifier la compatibilité avec vos appareils et la stabilité du service avant toute souscription. Grâce à ses fonctionnalités avancées et sa compatibilité multi-appareils, La France IPTV s’adresse aussi bien aux amateurs de sport qu’aux passionnés de cinéma ou de séries, offrant une expérience complète et fluide pour toute la famille.

Avantages : 

1)  Plus de 65 000 chaînes TV en direct : La France IPTV offre un large choix de chaînes françaises et internationales, avec des options pour filtrer par région et moins de restrictions lors des événements sportifs.

2)  VOD étendue : Accès à près de 60 000 titres, films, séries et contenus internationaux, souvent avec sous-titres de qualité.

3) Replay TV et EPG : Navigation intuitive pour revoir les programmes des 7 derniers jours et planifier sa watchlist.

4)  Streaming stable : Technologie anti-buffers pour HD et 4K, même aux heures de grande affluence.

5)  Compatibilité multi-appareils : Fonctionne sur Smart TV, FireStick, box Android et PC, avec possibilité de plusieurs appareils par abonnement.

Inconvénients : 

6)  Test IPTV gratuit limité à 2 heures

7)  Support uniquement disponible en français

8)  Connexion internet minimum recommandée : 16 Mb/s 

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Maxtivo propose une expérience de streaming complète en France, combinant qualité, stabilité et large choix de contenus. Avec un abonnement IPTV performant, il permet d’accéder facilement aux chaînes françaises et internationales, aux événements sportifs en direct, ainsi qu’aux films et séries. Son interface intuitive et simple à utiliser rend le service accessible même aux débutants. Ce service est idéal pour les amateurs de sport, les passionnés de cinéma ou de séries, offrant une expérience fluide et riche sur tous les appareils.

Avantages : 

1)  Catch-up TV : possibilité de revoir les programmes diffusés jusqu’à 7 jours auparavant, parfait pour ne rien manquer

2)  Guide électronique des programmes (EPG) : navigation facile, planning complet et alertes pour vos émissions préférées

3)  Anti-Buffering Technologie : streaming fluide même aux heures de pointe, pour une qualité constante

4)  Qualité HD, Full HD et 4K : visuel optimal sur tous les appareils

5)  Pay-Per-View (PPV) : accès aux événements sportifs exclusifs comme le boxe ou MMA

6)  Contrôle parental : sécurisation des contenus pour les enfants

Inconvénients : 

7)  Bibliothèque VOD encore limitée sur certaines séries françaises récentes

8)  Pas d’application dédiée pour iOS et Android : la configuration reste manuelle via IPTV player

9)  Quelques chaînes internationales peuvent avoir un léger décalage de diffusion

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Brikflex nous a tout de suite surpris par sa qualité générale et la fluidité de son streaming ; il n’y avait pratiquement aucun temps de chargement et l’expérience était très agréable. Pour le prix, le service est extrêmement compétitif par rapport à beaucoup d’autres fournisseurs IPTV en France, ce qui lui donne un sérieux avantage.

La configuration initiale est simple et rapide, et nous avons apprécié la variété des chaînes ainsi que la qualité globale du streaming fourni par Brikflex. Le service offre un large choix de chaînes françaises et internationales, ainsi qu’un accès à des films et séries en VOD, ce qui en fait une option très complète pour les familles et les amateurs de sport ou de cinéma.

Pendant les heures de forte affluence, nous avons rencontré quelques ralentissements et petites mises en mémoire tampon, ce qui peut parfois compliquer le visionnage après 20 h. Cela dit, le fournisseur a amélioré la stabilité récemment, mais c’est un point à garder en tête selon votre usage.

Dans l’ensemble, Brikflex reste un bon service IPTV. Certains concurrents offrent plus de chaînes ou une qualité légèrement supérieure en 4K, mais Brikflex se démarque par son rapport qualité-prix, son interface intuitive et sa compatibilité multi-appareils. Si vous aimez la sélection de chaînes et l’organisation du service, Brikflex est un choix solide pour un Meilleur IPTV France.

Avantages :

1)  Live-TV et VOD : plus de 17 000 chaînes et 230 000 contenus à la demande

2)  Streaming HD, Full HD et 4K : images nettes et fluides même aux heures de pointe

3)  Chaînes françaises et internationales : contenu local, européen et anglophone

4)  Sport en direct premium : Ligue 1, Ligue des Champions, La Liga, Serie A et UFC

5)  Mises à jour fréquentes : ajout régulier de nouvelles chaînes et contenus

6)  Navigation intuitive : possibilité de créer des favoris et retrouver rapidement ses chaînes préférées

Inconvénients : 

7)  La télécommande virtuelle peut être un peu compliquée à configurer pour les débutants

8)  Certains contenus VOD populaires sont parfois indisponibles en version originale sous-titrée

9)  La lecture simultanée sur plusieurs appareils peut nécessiter des ajustements manuels pour éviter les conflits

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Qu’est-ce qu’un abonnement IPTV et comment fonctionne-t-il ?

Un abonnement IPTV permet de recevoir des chaînes TV et des contenus à la demande via Internet plutôt que par le câble ou le satellite classique. Avec cet abonnement, vous pouvez regarder des chaînes live, des films, des séries et des documentaires sur différents appareils comme les Smart-TV, les smartphones, les tablettes ou les box de streaming. Selon le forfait choisi, l’abonnement IPTV peut inclure des contenus français et internationaux, des événements sportifs en direct et l’accès à des bibliothèques VOD riches et variées.

Comment avons-nous évalué les meilleurs fournisseurs IPTV en France ?

Pour notre guide des meilleurs fournisseurs IPTV en France, nous avons mis l’accent sur la fiabilité, la pertinence et l’objectivité. Après des dizaines d’heures de tests sur plus de 40 services IPTV, nous avons sélectionné 4 fournisseurs fiables, offrant un bon équilibre entre diversité des chaînes, stabilité et ergonomie.

Nos critères principaux :

  • Qualité du streaming : HD et 4K avec un minimum de mises en mémoire tampon
  • Variété des chaînes : françaises, locales, sportives, internationales et divertissement
  • Compatibilité appareils : Smart TV, box, apps mobiles et PC
  • Support client : chat en direct, e-mail et temps de réponse rapide
  • Respect de la législation : diffusion de contenus légaux et droits autorisés en France
  • Prix et rapport qualité-prix : abonnements flexibles et compétitifs

Signaux d’alerte pour des services IPTV potentiellement illégaux

Faites attention aux services qui :

  • Proposent un nombre exceptionnellement élevé de chaînes à des prix très bas
  • Acceptent uniquement les crypto-monnaies (Bitcoin, etc.)
  • Utilisent des applications non officielles hors App Store ou Play Store
  • Affichent de la publicité intrusive ou peuvent exposer à des malwares
  • N’offrent pas de support client clair ou de conditions d’utilisation précises

Verdict : quel fournisseur IPTV choisir en France ?

Dans ce guide, nous avons présenté quatre services IPTV fiables et performants, chacun ayant ses points forts et son public cible. Voici notre synthèse :

  • Premier IPTV : une solution stable et complète, idéale pour les utilisateurs qui veulent un large catalogue de chaînes et un accès VOD de qualité. Excellente compatibilité multi-appareils et streaming fluide, parfait pour les familles et les amateurs de sport.
  •  La France IPTV : le choix le plus simple et pratique pour les débutants ou ceux qui veulent un service facile à prendre en main. Son interface intuitive et la diversité de ses chaînes françaises en font un service agréable pour un usage quotidien.
  • Maxtivo : parfait pour les passionnés de sport et de cinéma, avec des fonctionnalités avancées comme le Catch-up TV et le Pay-Per-View. Streaming de qualité et contenu exclusif, mais quelques limitations sur la VOD récente.
  • Brikflex : un service moderne et dynamique pour ceux qui veulent explorer un catalogue très vaste de chaînes et VOD internationales. Excellente expérience en HD/4K, avec un suivi régulier des nouvelles chaînes, idéal pour les utilisateurs exigeants et les amateurs de contenus variés.

En résumé, Premier IPTV et Brikflex se démarquent par leur catalogue étendu et leur qualité de streaming, tandis que La France IPTV et Maxtivo séduisent par leur simplicité et leurs fonctionnalités pratiques pour un usage quotidien. Le choix dépendra de vos priorités : diversité des chaînes, sport, films, VOD ou facilité d’utilisation.

FAQ – IPTV France

Pourquoi IPTV devient-il populaire en France ?
IPTV offre plus de flexibilité que le câble, des contenus à la demande et un support multi-appareils, avec HD/4K et des forfaits adaptables.

L’utilisation d’IPTV est-elle légale ?
Oui, si le fournisseur possède les droits et licences nécessaires. Les services non autorisés peuvent entraîner des sanctions ou des interruptions de service.

Comment choisir le Meilleur IPTV en France ?
Pour trouver le Meilleur IPTV, il faut comparer la qualité du streaming (HD/4K), la variété des chaînes françaises et internationales, l’accès à la VOD, la compatibilité multi-appareils, le support client et le rapport qualité-prix. Selon vos priorités, Premier IPTV, La France IPTV , Maxtivo ou Brikflex peuvent être considérés comme les meilleurs choix.

Peut-on utiliser IPTV sur plusieurs appareils simultanément ?
Oui, mais cela dépend du plan choisi et des règles du fournisseur.

Quelle vitesse Internet est recommandée ?
Au moins 15 Mb/s pour HD et 25 Mb/s pour 4K. Une connexion Ethernet est préférable pour un streaming fluide.

Faut-il un VPN pour IPTV ?
Pas toujours obligatoire, mais recommandé pour protéger la vie privée et contourner les restrictions géographiques.

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Scream 7 : Madeleine de Proust arôme sang neuf

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Ahhh Scream. Une saga qui n’en finit pas de renaître et de faire du nouveau avec du vieux (ou l’inverse ?). Une saga qui a marqué toute une génération et qui commence à en marquer une nouvelle. Alors, en tant que fan de la première heure, on se rue aux premières séances. Verdict !

Synopsis : Lorsqu’un nouveau Ghostface surgit dans la paisible ville où Sidney Prescott a reconstruit sa vie, ses pires cauchemars refont surface. Quand sa fille devient la prochaine cible, Sidney n’a d’autre choix que de reprendre le combat. Déterminée à protéger les siens, elle devra affronter les démons de son passé pour tenter de mettre fin une bonne fois pour toutes au bain de sang.

Une saga increvable

Avant de parler de ce septième opus, une double mise à jour est nécessaire. D’abord, il faut noter que Scream est la saga contemporaine et non interrompue (sous-entendu avec les mêmes acteurs et la même timeline) la plus prolifique encore en activité actuellement, avec celles des bolides de Fast and Furious. Par exemple, les James Bond ne comptent pas, puisqu’on utilise le personnage par cycles, pas plus que, dans le même genre qu’est le slasher, celle des Halloween, puisqu’on a maintes fois changé les personnages et qu’elle est constituée pour une bonne partie de remakes, reboots et autres termes associés. Débutée en 1996, 1997 et 2000 avec la première trilogie, continuée avec un opus solitaire en 2011 et relancée avec succès il y a quatre ans, voilà un exemple admirable de constance et de longévité.

Une gestation pour le moins compliquée

Cependant, ce dernier opus a subi maints soucis qui l’ont retardé, alimenté les rumeurs et fait craindre un film malade dû à cette gestation difficile. En effet, les stars des derniers opus ont quitté le navire. Melissa Barrera a été virée pour ses prises de position politiques et Jenna Ortega est partie pour soutenir sa partenaire. Conséquence directe : les réalisateurs des deux derniers opus, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, ont pris pareillement la poudre d’escampette, tout comme le cinéaste censé les remplacer, Christopher Landon, réalisateur des Happy Birthdead.

Pour parvenir à tourner ce septième épisode aux prémices semblant maudits, les producteurs ont donc fait revenir l’héroïne des premiers opus et second rôle du cinquième, Neve Campbell, ainsi que de nombreux autres anciens. Cela faisant d’ailleurs craindre un film rapiécé au trop-plein de fan-service. Pour couronner le tout, c’est le scénariste des deux premiers, Kevin Williamson, qui a été choisi pour mettre en scène le film, alors qu’il n’a réalisé qu’un seul film il y a vingt-cinq ans (Mrs. Tingle avec Helen Mirren). La boucle semblait bouclée. Alors, ce septième épisode est-il celui de trop et le film porte-t-il les stigmates de sa gestation chaotique ?

Chacun ses préférences

Avant d’y répondre, le petit jeu des comparaisons et des classements est amusant. Une telle saga qui dure dans le temps et s’étire sur près de trente ans a forcément des opus moins réussis ou appréciés. Il y a toujours le petit mouton noir ou l’épisode sous-estimé (et le surestimé, cela fonctionne aussi). Mais, bien sûr, c’est propre à chacun, et la seule chose qui fait peut-être quasiment consensus pour les fans comme pour les profanes demeure la suprématie de l’épisode original, le maître-étalon de la saga, celui qui hante encore tous les épisodes suivants et chacun des personnages. Celui auquel on ne manque jamais de faire référence.

L’auteur de ces lignes donnera le troisième (presque une parodie en plus d’être très avare en scènes sanglantes, même s’il était drôle) et le cinquième (piètre et paresseux redémarrage) comme les moins bons. Du bon côté, le second égalait presque le premier et le sixième poussait tous les curseurs de l’improbable en délocalisant malicieusement l’action à New York. Mais l’opus préféré ici, après l’original, est le quatrième, généreux et fou en tous points, et pourtant le moins performant au box-office. C’était aussi le premier épisode d’une seconde trilogie malheureusement abandonnée.

Un épisode dans le haut du panier

Alors où se situe ce septième épisode ? Eh bien dans la moyenne haute, et aussi sympathique que le sixième. Le retour de Sidney est parfaitement intégré à l’histoire et la présence de sa fille semble promettre la relève de celle, avortée, par Barrera et Ortega. Et, surtout, si on retrouve la petite bourgade de campagne comme théâtre de l’intrigue, bien des choses surprennent. Déjà, la sacro-sainte séquence d’ouverture est pleinement jouissive et réussie, et le fait — attention, spoiler — qu’un tueur meure, génialement, lors du premier acte est une première. Et le dernier acte, celui des révélations, propose des Ghostface originaux, malgré un mobile qui a, en revanche, rarement été aussi stupide.

On aime aussi beaucoup les mises à mort. Le créateur de la saga, Kevin Williamson, a dû vouloir prouver qu’il savait donner de sa personne dans ce qui fait l’une des composantes phares de la saga : les meurtres. Et on est gâtés, notamment avec celui de la pompe à bière et celui sur la scène de théâtre, particulièrement sadiques. Alors même si sa mise en scène n’est pas particulièrement remarquable, on se contente de ces petits plaisirs. Enfin, Scream 7 a aussi sa thématique. Et les deepfakes permettent de jouer admirablement avec les fantômes du passé. Côté légèreté, les notes d’humour fonctionnent plutôt bien, comme un vaudeville de l’épouvante avec des jump scares plutôt bien sentis.

Plaisir (non) coupable

Alors oui, quand on aime, on ne compte pas. Scream 7 est une sorte de madeleine de Proust du slasher assaisonnée au sang neuf. Et le plaisir de retrouver Neve Campbell et Courteney Cox pour un nouvel épisode n’est pas déçu. Un huitième opus — et pourquoi pas davantage — ne nous dérangerait pas si les surprises sont là, tout comme le fan-service qui fait partie intégrante de l’ADN des Scream. Cet opus est bien écrit, et malgré quelques ratés comme la scène foireuse et bourrée d’incohérences de la cuisine, ou le retour des jumeaux joués par Mason Gooding et Jasmin Savoy Brown qui se mêle mal au script. En dépit de ces réserves, les aficionados devraient s’éclater et ceux qui n’ont jamais aimé… ne devraient pas plus apprécier. Entre nostalgie et renouveau contemporain, voilà une saga increvable !

Bande-annonce – Scream 7

Fiche technique – Scream 7

Réalisateur : Kevin Williamson
Scénariste : Guy Busick
Production : Spyglass Entertainment & Paramount Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Interprétation : Neve Campbell, Courtney Cox, Isabel May, Jasmin Savoy-Brown, Mason Gooding, McKenna Grace, Asa Germann, Celeste O’Connor, Anna Camp, Joel McHale, David Arquette, Matthew Lillard, Scott Foley, …
Genres : Thriller – Épouvante – Comédie – Slasher
Date de sortie : 25 février 2026
Durée : 1h54
Pays de production : USA

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3.5

Les nains aussi ont commencé petits (1970) de Werner Herzog : anarchie en Absurdie

Ce 25 février sort dans les salles françaises le second volet (« Le Chaos ») des œuvres de Werner Herzog proposées par Potemkine Films. Sorti en 1970, Les nains aussi ont commencé petits est le plus ancien de ces films à (re)découvrir. Son titre sous forme de boutade loufoque illustre parfaitement le propos de cet essai parfaitement indéfinissable. Expérimental, anarchique et imparfait, il livre pourtant déjà plusieurs clés de la personnalité de Herzog… et ouvre la porte aux chefs-d’œuvre à venir. 

Qualifier Werner Herzog de « non conventionnel » relève de l’euphémisme. Sa vie comme sa filmographie ressemblent autant à un long fleuve tranquille que la recherche de l’Eldorado menée par son héros le plus fameux, Aguirre. Le cas qui nous occupe en est une illustration parmi d’autres : le fait de réaliser que Les nains aussi ont commencé petits précède d’à peine deux ans la brillante « colère de Dieu » qui propulsera le metteur en scène dans la catégorie des génies du septième art fait partie de ces anomalies auxquelles le spectateur a intérêt à s’habituer s’il souhaite saisir le cinéma de Herzog.

Sorti en 1970, ce second long-métrage d’un des pères du nouveau cinéma allemand (après Signes de vie en 1968, un succès commercial et critique) doit être resitué dans une période de fascination de Herzog pour le handicap. À la suite de ce film, il réalisera en effet deux documentaires consacrés au sujet, Avenir handicapé (dont l’objectif est de sensibiliser le public à la cause des personnes handicapées) et Au pays du silence et de l’obscurité (dont la protagoniste est une femme sourde et aveugle depuis l’adolescence). Cette fascination n’est par ailleurs qu’un motif parmi d’autres dans la carrière d’un homme qui a toujours nourri une passion pour la radicalité et la marginalité, d’où ses innombrables personnages (réels ou imaginaires) « bigger than life » pour lesquels la condition humaine n’est qu’un carcan bien trop étriqué. On ira même plus loin : ses personnages souvent chaotiques, imprévisibles ou mégalomanes souhaitent s’acquitter des lois que la vie leur a réservé précisément parce qu’ils sont marginaux. Le cinéma de Werner Herzog est une lutte permanente – souvent à mort – contre l’abdication vis-à-vis de ce qui nous dépasse. Face à l’impensable, face à l’impossible, ses héros partiront toujours en croisade, quel qu’en soit le prix.

Ce sujet constitue plus que le thème du film Les nains aussi ont commencé petits, il en est le prétexte. Dépourvu d’un scénario au sens traditionnel du terme, le film célèbre en effet l’émancipation anarchiste du début à la fin. Celle d’un groupe de pensionnaires d’un centre de redressement pour nains, qui profitent de l’absence du directeur pour assiéger l’éducateur (lui aussi de petite taille !)… et foutre un joyeux bordel. C’est la rencontre de Lilliput et de Sa Majesté des mouches, à la différence que Werner Herzog n’a rien d’un moraliste, et préfère l’anarchie à la bienséance.

Quel est le rôle de l’établissement disciplinaire ? Pourquoi toutes les personnes sont-elles naines ? Qu’est-ce qui a déclenché la rébellion ? Le spectateur n’aura droit à aucune explication. La forme est pour le moins radicale : loin de toute préoccupation narrative, le cinéaste allemand ne fait que filmer la soif de liberté et de destruction de protagonistes qui, dans tous les sens du terme, ne supportent plus la « petitesse » de leur existence. Tels des enfants terribles qui éliminent soudain toute forme d’autorité, leur liberté totale n’est mise qu’au service de la décadence et de la destruction, dans une pure logique anarchiste. Il est difficile d’interpréter le regard de Herzog sur ses personnages pour le moins atypiques. Leur nanisme suscite certes un sentiment d’étrangeté et d’absurde, d’autant plus que le cinéaste les cadre régulièrement en gros plan, comme une toile de Jérôme Bosch. Ce sentiment est accentué par le décor isolé et volcanique de Lanzarote et par les prénoms hispaniques que portent les nains… alors qu’ils parlent l’allemand ! Pour autant, on ne trouve dans le chef du cinéaste nulle condescendance ni moquerie. Herzog adopte au contraire une position proche de celle de Tod Browning dans Freaks (1932). Ainsi, s’il ne se complaît pas dans l’observation de « bêtes de foire », il ne traite pas non plus ses personnages avec complaisance.

L’émancipation qui est dépeinte ne s’accompagne d’aucun message sociologique ou moral. Le film, d’ailleurs, est particulièrement avare en mots, son intrigue n’étant composée que d’actions successives, celles de nos turbulents héros rivalisant d’imagination pour semer la pagaille. Jamais ils ne se projettent dans l’avenir, leur horizon s’arrête à l’instant présent. Une logique parfaitement illustrée par la remise en état d’un véhicule : loin de leur fournir un moyen de s’évader définitivement de leur prison, il ne leur sert que d’énième outil de saccage absurde. Le film ne constitue pas davantage une guerre d’un camp contre un autre, puisque les protagonistes n’hésitent pas à outrager leurs semblables : l’éducateur et les deux aveugles sont eux aussi des nains, et les seconds se trouvent dans une situation de double handicap encore moins enviable qu’eux ! Les animaux sont eux aussi martyrisés (un cochon est tué, les poules sont balancées sans ménagement, et une procession religieuse est improvisée avec un singe crucifié !). Bref, le titre du film est à comprendre comme : les nains aussi ont le droit de sombrer dans la cruauté, la destruction, la bassesse.

Pour autant, Les nains aussi ont commencé petits constitue un essai très imparfait, un galop d’essai expérimental et épuré que Werner Herzog saura rapidement mettre à profit pour faire mûrir sa vision cinématographique unique. Trop lent, trop long, naïf et truffé d’imperfections, ce film fou et déroutant, entièrement autoproduit par Herzog, n’en demeure pas moins une expérience originale et diablement intéressante pour tous les aficionados du maître allemand.

Synopsis : Le directeur d’un centre de redressement, dont tous les pensionnaires sont des personnes atteintes de nanisme, s’est absenté. Et tandis que l’éducateur de service s’enferme avec un petit délinquant mis en pénitence, les captifs se révoltent. Rien ne leur échappe. La fête prend un caractère sauvage et cruel.

Les nains aussi ont commencé petits : Fiche technique

Titre original : Auch Zwerge haben klein angefangen
Réalisateur : Werner Herzog
Scénario : Werner Herzog
Interprétation : Helmut Döring (Hombré), Paul Glauer (Erzieher), Gisela Hertwig (Pobrecita), Hertel Minkner (Chicklets), Gerd Gickel (Pepe)
Photographie : Thomas Mauch
Montage : Beate Mainka-Jellinghaus
Musique : Florian Fricke
Producteur : Werner Herzog
Société de production : Werner Herzog Filmproduktion
Durée : 96 min.
Genre : Comédie/drame absurde
Date de sortie : 8 mai 1970
Nouvelle sortie en salles : 25 février 2026
Allemagne de l’Ouest – 1970