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Retour sur « Les Grands Moments de l’histoire du rock »

Les Grands Moments de l’Histoire du Rock, d’Ernesto Assante, permet de prendre le pouls de l’évolution d’un genre musical qui a profondément marqué le XXe siècle. Avec une couverture chronologique sélective, ce beau-livre riche en illustrations nous emmène des prémices du rock’n’roll en 1954, avec le premier concert d’Elvis Presley, jusqu’à des événements contemporains marquants, comme le concert Together at Home en 2020, symptomatique de la période de confinement. L’auteur prend le parti, judicieux, de découper l’histoire du rock à travers des concerts emblématiques, des festivals mythiques et des artistes devenus légendaires…

Quand il s’agit d’évoquer les moments fondateurs du rock, il est difficile de passer à côté du premier concert d’Elvis. Après un premier enregistrement financé par sa mère en 1954, avec les morceaux « That’s All Right (Mama) » et « Blue Moon of Kentucky », produits par Sam Phillips à Memphis, le jeune Presley commence déjà à se faire un nom, à l’âge de 19 ans. Bientôt, c’est une performance au Bon Air Club, à Memphis, qui déclenchera un enthousiasme massif préfigurant l’explosion de sa carrière et l’avènement du rock’n’roll. Ces événements, résumés dans un dossier dédié, ne sont qu’une première étape dans une période riche en découvertes, où les guitares électriques et les sonorités blues prennent le dessus sur les ballades d’après-guerre. Ce sont des moments comme celui du duckwalk de Chuck Berry ou l’ascension fulgurante de Buddy Holly qui illustrent le changement radical de la scène musicale.

L’un des mérites d’Ernesto Assante est d’ailleurs de lier ces événements musicaux à des contextes sociaux plus larges. Le rock’n’roll des années 50 n’est pas qu’un mouvement musical, il reflète aussi la rébellion des jeunes contre une société conservatrice, avant un empouvoirment et un engagement social des artistes. En s’ancrant dans des événements précis, l’auteur nous permet de comprendre l’impact sociétal de ces concerts historiques. Le rock’n’roll est ainsi présenté comme la bande-son d’une révolte générationnelle, qui se diversifie dès les années 60, puis s’intellectualise. Les Beatles, les Stones, les Pink Floyd constituent des événements à eux seuls. Mais à leurs côtés figurent le Monterey Pop Festival ou le concert de Johnny Cash à la prison de Folsom, dans un mouvement où l’histoire personnelle de l’artiste entre en résonance avec les souffrances que renferment les murs de l’établissement pénitentiaire. 

Le livre consacre une large place aux festivals des années 70, dont le légendaire Woodstock. Ce festival, comme le verbalise l’auteur, était non seulement un événement musical de premier plan, mais aussi comme un acte politique et social, reflétant les aspirations et les luttes de la jeunesse de l’époque. Après une organisation chaotique, l’affluence fut énorme pour ce nouveau symbole de la contre-culture américaine. Autre fait notable : la performance de James Brown à Boston en 1968, juste après l’assassinat de Martin Luther King, exemple puissant de la manière dont le rock peut servir de tribune pour exprimer les douleurs et les espoirs d’une génération. Dans un contexte explosif, Boston suivra les appels au calme de James Brown et échappera une nuit aux émeutes terribles qui sévissaient partout ailleurs sur le territoire américain.

Dans ses chapitres finaux, Ernesto Assante montre que le rock, même s’il perd de son hégémonie, continue d’inspirer et de se transformer. Des moments comme la reformation de Led Zeppelin ou les concerts de U2 dans les années 90 prouvent que le rock n’a jamais véritablement disparu. Et l’auteur de mettre en exergue des événements récents, comme l’hommage à Freddie Mercury en 1992 ou l’apparition de Tupac en hologramme à Coachella en 2012, authentique prouesse technique. Entretemps, le rock aura montré toutes ses facettes : le concert de bienfaisance Live Aid de 1985, référence en matière de mobilisation, vient en aide à une Ethiopie en pleine famine ; Kurt Cobain, leader de Nirvana, donne un dernier concert à Munich en mars 1994, où il apparaît passablement déprimé, avant sa disparition tragique ; le Human Rights Now! Tour est lancé en septembre 1988 à Wembley par Amnesty International, pour célébrer les 40 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et a rassemblé des foules immenses dans plusieurs pays, tout en renforçant l’aura de Bruce Springsteen, icône du rock en prise directe avec son temps. 

Les Grands Moments de l’Histoire du Rock est un ouvrage précieux pour tout amateur de musique. Ernesto Assante réussit à allier érudition et accessibilité, en passant en revue des décennies d’évolution musicale tout en situant chaque événement dans son contexte historique et culturel. Son livre montre comment le rock a accompagné et même façonné notre modernité et continue, même aujourd’hui, à résonner bien au-delà du seul plan musical. 

Les Grands Moments de l’histoire du rock, Ernesto Assante 
L’Imprévu, octobre 2023, 272 pages

 

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4

Quand vient l’automne : un opus qui manque un peu de lumière

Quand vient l’Automne : il ne faudrait pas que l’automne de François Ozon arrive, que son cinéma se dessèche telles les feuilles mortes. Ce nouveau film est assez plat et vain, et se laisse regarder sans plaisir, mais sans déplaisir non plus.

Synopsis :  Michelle, une grand-mère bien sous tous rapports, vit sa retraite paisible dans un petit village de Bourgogne, pas loin de sa meilleure amie Marie-Claude. A la Toussaint, sa fille Valérie vient lui rendre visite et déposer son fils Lucas pour la semaine de vacances. Mais rien ne se passe comme prévu.

Mon Crime

Jamais échaudé par le visionnage d’un récent Ozon qu’on n’a pas apprécié (Mon crime, pour ne citer que lui), on rempile toujours à la sortie d’un de ses films, tant il nous a apporté beaucoup de bonheur dans ses œuvres, surtout celles du début. Année après année pourtant, la loterie semble de plus en plus hasardeuse, on passe d’un très beau Grâce à Dieu, à un Mon Crime un peu vain, ou encore à un Peter von Kant plutôt bien vu. Quand vient l’Automne fait partie des films dont on ne comprend pas trop l’intention.

Michelle (Hélène Vincent) est une grand-mère qui vit seule à la campagne. Belle maison, beau jardin : elle vit une retraite paisible pas si paisible. La manière dont François Ozon filme les journées de Michelle a quelque chose d’un documentaire et pourtant d’étourdissant. Tel un ouragan, elle virevolte dans tous les sens, des fourneaux à l’étage, du jardin au hangar, presque intranquille dans son attitude. Elle attend l’arrivée de sa fille Valérie (Ludivine Sagnier, de retour chez Ozon) qui vient déposer Lucas son petit-fils pour les vacances. Quand elle entend la voiture dans l’allée, elle jette un œil dans le miroir, rectifie sa coiffure d’un geste et se met  du rouge à lèvres :  ce n’est pas une habituée qu’elle reçoit, elle y met des formes. De fait, sa relation avec Valérie est très tendue, presque agressive de la part de cette dernière, d’emblée très antipathique. Le cinéaste reste intéressant quand il apporte de telles petites touches subtiles pour nous éclairer sur ce qu’il se passe.

En revanche, le film est vraiment indigeste quand Ozon enfile ses gros sabots. Marie-Claude (Josiane Balasko), la meilleure amie de Michelle, est atteinte d’un cancer. Dès sa première apparition, on la voit fumer, cigarette après cigarette. Quand un jour, les deux amies vont aux champignons, comme à leur habitude, on comprend vite qu’un drame va arriver. Les gros plans sur les champignons, l’œil scrutateur de Marie-Claude, tout est assez téléphoné. De même, le traitement de Vincent (Pierre Lottin), le fils de Marie-Claude tout juste sorti de prison : une caricature sur pattes, aussi bien côté voyou que côté grand cœur (il jouera un rôle important dans la vie de Michelle, et à sa décharge, apporte la partition la plus émouvante au film).
La bande-annonce nous vend Quand vient l’Automne comme un thriller, mais on est assez loin de Chabrol ou de Hitchcock, à se demander si tel est vraiment le propos du film.

Hélène Vincent et Josiane Balasko font un travail très correct, mais leurs personnages forment un duo un peu poussif ; on ne ressent pas vraiment la force de leur amitié, et ce n’est pas cette cueillette de champignons toxiques ou ce petit verre de vin blanc au coin d’une table de cuisine, malgré un environnement avenant, qui pourrait nous faire changer d’avis. Elles partagent un secret qui fait pschitt quand il est dévoilé. Beaucoup de personnes meurent, mais très peu de larmes sont versées. Tout se passe comme si les événements arrivaient à toute berzingue  les uns derrière les autres, en les effaçant aussi vite qu’ils sont apparus, sans que les personnages puissent avoir le temps de s’appesantir. Un parti pris qui n’est pas en cohérence avec ce qui aurait pu être une des directions du film, qui serait de donner à voir une certaine vieillesse, dans sa vulnérabilité (Michelle a des absences, Marie-Claude est rattrapée par la maladie).

Quand vient l’Automne n’est pas le meilleur film de François Ozon. Il est très bien filmé, mettant en valeur une belle campagne française dans ses ors d’automne, mais à l’instar du récent Le Roman de Jim des frères Larrieu, il est trop linéaire et manque d’une étincelle, d’une inventivité. Peut-être le cinéaste devrait laisser de côté la quantité pour retrouver la qualité de son cinéma qu’on a plaisir à aimer.

Quand vient l’automne – Bande annonce

Quand vient l’automne – Fiche technique

Réalisateur : François Ozon
Scenario : François Ozon, Philippe Piazzo
Interprétation : Hélène Vincent (Michelle Giraud), Josiane Balasko (Marie-Claude Perrin), Ludivine Sagnier (Valérie Tessier), Pierre Lottin (Vincent Perrin), Garlan Erlos (Lucas), Sophie Guillemin (La capitaine de police), Malik Zidi (Laurent Tessier), Paul Beaurepaire (Lucas 18 ans)
Photographie : Jérôme Alméras
Montage : Anita Roth
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Producteur : François Ozon
Maisons de production : FOZ, Coproduction : France 2 Cinéma, Playtime
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 102 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 02 Octobre 2024
France – 2024

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3

« Mercader, l’homme qui tua Trotsky » : une enquête entre espionnage et réalité historique

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Mercader, l’homme qui tua Trotsky, de Patrice Perna et Stéphane Bervas, nous renvoie aux méandres de l’enquête policière et de l’histoire politique du XXe siècle. Ce premier tome, publié aux éditions Glénat, propose une immersion glaçante dans le bloc de l’Est des années 1970. À travers une investigation menée en 1978 à Prague, l’album revisite l’assassinat de Léon Trotsky par l’un des espions les plus célèbres du NKVD : Ramón Mercader. Une lecture qui s’inscrit à la croisée de l’Histoire, de la politique et du polar d’espionnage.

L’album démarre en juin 1978, à Prague, où deux enquêteurs du SKPV, la police d’investigation tchécoslovaque, sont envoyés sur les lieux d’un possible suicide. La victime, tombée du cinquième étage, est un homme à l’identité multiple : Ramón Ivanovitch, Jacques Mornard, Franck Jacson, et surtout Ramón Mercader. Ce nom, familier aux férus d’histoire, est celui de l’homme qui assassina Léon Trotsky en 1940 à Mexico, un acte marquant de l’histoire de l’Union soviétique et du mouvement communiste international.

Patrice Perna et Stéphane Bervas, dans cet album, mêlent savamment fiction et vérité historique. Le récit est construit autour de la découverte d’un mystérieux manuscrit, retrouvé dans l’appartement de Mercader, qui revient sur les détails de l’« Opération canard », code utilisé pour désigner l’assassinat de Trotsky. Le cadre narratif, centré sur l’enquête menée par l’inspecteur Pavel Dvorak, permet de distiller progressivement des informations sur le parcours de Mercader, tout en résonnant avec les tensions géopolitiques de la Tchécoslovaquie communiste.

Le cœur de cet album repose sur l’évocation de l’assassinat de Léon Trotsky. Ramón Mercader, sous couvert de plusieurs identités, s’introduit dans l’entourage de Trotsky à Mexico au cours des années 1938-1940. Et pour comprendre comment il s’y est pris, une reconstitution minutieuse, sous forme de flashback, irrigue l’album et s’accompagne de détails historiques, notamment sur le rôle du NKVD, la police secrète soviétique, qui orchestre cette opération dès 1938, sous les ordres directs de Staline. Ce dernier, redoutant l’influence de Trotsky et ses critiques acerbes à l’égard du régime, le considère comme une menace à éliminer à tout prix. 

L’intrigue principale de l’album se déroule ainsi à Prague, en pleine guerre froide. Pavel Dvorak, jeune policier marqué par une histoire familiale traumatisante liée au nazisme, se trouve rapidement confronté à des forces qui le dépassent. Les autorités communistes de Tchécoslovaquie, en étroite collaboration avec le KGB, surveillent étroitement chaque étape de son enquête. L’ombre du KGB plane tout au long du récit, et les implications politiques du manuscrit de Mercader rendent l’affaire particulièrement délicate.

En parallèle, les auteurs nous plongent dans l’ambiance suffocante du bloc de l’Est. La présence des chaînes de télévision occidentales, considérées comme un privilège réservé aux agents du régime, ou encore la mention de la Coupe du monde, montrent comment la population aspire à un semblant de normalité au milieu des restrictions et de la surveillance omniprésente. La description de l’inspecteur Josef, un vétéran désillusionné et fainéant qui semble percevoir son métier comme un labeur absurde, ajoute une dimension très humaine à ce décor totalitaire. Au fond, que fait-il « dans cette bagnole pourrie en route vers ce bureau qui suinte l’humidité, à rédiger des rapports que personne ne lira sur des poivrots qui se jettent du cinquième étage » ?

Mercader, l’homme qui tua Trotsky interroge également la notion de vérité historique et de mythe. Si Mercader apparaît indiscutablement comme l’assassin de Trotsky, le manuscrit retrouvé dans son appartement en 1978 pose des questions cruciales. Est-ce bien Mercader qui en est l’auteur ? Le récit qu’il livre, entre espionnage et drame personnel, est-il une confession sincère ou les élucubrations d’un homme désabusé ? Pavel Dvorak, en cherchant à démêler le vrai du faux, se heurte à ces incertitudes. « J’ai surtout lu une histoire d’amour relativement banale enrobée dans un polar d’espionnage à peine crédible… Les élucubrations d’un mythomane ou d’un schizophrène qui se rêve en sauveur du communisme… »

Ce premier tome de Mercader, l’homme qui tua Trotsky s’impose comme un récit dense et fascinant. Après La Part de l’ombre, Pat Perna prend les commandes d’un nouveau diptyque historique, cette fois arrimé au personnage de Ramón Mercader. Les auteurs n’oublient pas de mentionner les forces révolutionnaires hostiles à Trotsky au Mexique, la mort de son secrétaire Rudolf Klement ou encore l’expulsion d’Union soviétique de l’ancien théoricien du léninisme. L’album, par son approche réaliste et documentée, constitue une véritable plongée dans l’univers oppressant du bloc de l’Est, tout en questionnant la place de la vérité dans l’histoire. 

Mercader, l’homme qui tua Trotsky, Patrice Perna et Stéphane Bervas
Glénat, septembre 2024, 56 pages

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4

« Friday » : chapitre final

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Dans ce troisième et ultime tome de Friday (Glénat), Ed Brubaker et Marcos Martin concluent une série à la croisée du polar et du fantastique. Mêlant mystère, émotion et éléments surnaturels, le récit explore la relation complexe entre Friday et son ami Lancelot, avec en toile de fond une enquête pour le moins troublante. Ce final, riche en révélations, n’est pas sans rappeler l’univers de Stephen King.

Kings Hill. La jeune Friday découvre avec effroi que son meilleur ami, Lancelot, a trouvé la mort dans des circonstances étranges. Depuis des années, ce jeune prodige résolvait des affaires insolites qui semblaient défier la raison. Pourtant, les autorités locales concluent rapidement à un accident, ce que Friday refuse d’accepter. Profondément affectée par la perte de son ami, elle se lance dans une enquête personnelle, presque obsessionnelle, alimentée par un désir de justice et de vérité.

Ces investigations obstinées impliquent des légendes locales et reposent sur des phénomènes surnaturels. Lancelot semble avoir laissé des indices disséminés sur le chemin de Friday, comme s’il la conviait à un dernier jeu de piste qui lui permettrait de découvrir la vérité. Tout porte à croire que quelqu’un voulait le réduire au silence…

Scénariste au talent éprouvé, Ed Brubaker parvient une nouvelle fois à donner substance à ses personnages et à maintenir une tension constante tout en explorant les relations complexes entre Friday et Lancelot. La douleur de la protagoniste est palpable à chaque page, et le lecteur est entraîné dans son chagrin, ses doutes et sa détermination à comprendre le cheminement des événements. 

C’est par un retour dans le passé que s’opère la narration, via une montre/machine à voyager dans le temps qui permet d’explorer la série sous un nouvel angle – comme si tout ce qui avait été hors d’atteinte se dévoilait soudainement. Friday reprend l’enquête depuis le début et tente de déchiffrer les événements à la lumière des indices laissés par Lancelot. Cette démarche peut rappeler des œuvres comme Memento de Christopher Nolan, où la répétition permet de réévaluer les éléments sous un nouveau prisme et où le déficit d’informations partagé entre le personnage et le public induit une identification immédiate.

Côté visuel, Friday brille toujours par l’élégance et la précision du trait de Marcos Martin gère particulièrement bien les lumières et les décors enneigés. Son style, à la fois minimaliste et expressif, parvient à capturer l’essence du récit tout en sublimant les émotions des personnages. On ressent également par moments une influence du cinéma de genre, avec des plans qui évoquent les œuvres de David Lynch ou de Tim Burton, où l’étrange et le merveilleux coexistent avec le quotidien.

Friday se termine sur une note à la fois mélancolique et cathartique, où chaque pièce du puzzle trouve enfin sa place. Ce dernier tome, bien que parfois un peu précipité dans ses révélations, offre une conclusion satisfaisante à une série qui a su mêler habilement enquête policière et fantastique. Et chemin faisant, le duo Brubaker-Martin démontre, une fois de plus, sa maîtrise du récit visuel.

Friday (Tome 3), Ed Brubaker et Marcos Martin
Glénat, septembre 2024, 136 pages

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3.5

« Le Paris des dragons » : une épopée surréaliste sous le ciel de la Belle Époque

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Joann Sfar et Tony Sandoval publient aux éditions Glénat Le Paris des dragons. Ils y façonnent un univers fantastique où dragons, gargouilles et créatures mythologiques se dissimulent dans l’ombre de la capitale française à l’aube du XXe siècle. L’occasion pour le lecteur de revisiter le Paris de la Belle-Époque sur fond de magie sombre, avec des statues de dragons endormis qui veillent sur la ville depuis un millénaire…

Le réveil de ces créatures est cependant imminent, car le rituel qui les maintient endormis est brisé : une sirène, victime désignée pour un sacrifice rituel nécessaire, est secourue par une princesse hawaïenne tombée sous son charme. Dès lors, l’équilibre précaire entre les forces magiques et humaines s’effondre, libérant une menace qui plane sur Paris, entre amour interdit et chaos inéluctable.

L’intrigue du Paris des dragons se déploie dans un contexte riche de mythes et de folklore. Les créatures endormies depuis mille ans sont cachées à la vue de tous sous forme de statues et de gargouilles. Ils sont maintenus en sommeil par un rite ancestral, requérant le sacrifice d’une créature dotée de grande magie. L’histoire bascule véritablement lorsque cette cérémonie mortifère est interrompue par l’intervention intéressée de la princesse hawaïenne. Cette rupture déclenche la libération des dragons, plongeant Paris dans une course effrénée contre le temps pour éviter une destruction imminente.

Joann Sfar joue ici avec les codes de la légende et du fantastique, ancrant son récit dans une ville réelle et historique tout en y greffant des éléments de pure imagination. Les catacombes, Notre-Dame, les rues pittoresques de Paris deviennent le théâtre d’une lutte millénaire, tandis que l’envergure épique des dragons contraste avec l’élégance familière de la capitale.

Au-delà de la menace draconienne, l’histoire se distingue par l’introduction d’une romance inattendue entre la princesse hawaïenne, combattante des bas-fonds parisiens, et la sirène initialement condamnée. Cette relation née d’un coup de foudre en plein chaos est un pilier central du récit, qui se greffe à une trame principalement axée sur l’aventure et l’humour. Joann Sfar prend un malin plaisir à surfer sur le tabou amoureux. 

Le tandem formé par la princesse et la sirène échappe aux codes classiques de la romance héroïque. Un peu comme dans La Belle et la Bête, l’amour se confronte ici à des forces qui le dépassent. Mais le duo se bat aussi pour la survie de Paris, tandis que face à la menace croissante des dragons, le moine Mabillon, figure millénaire endormie depuis la dernière grande bataille contre les créatures, a lui aussi voix au chapitre. Il représente à la fois l’héritage d’un passé révolu et l’espoir d’un futur incertain. 

Mabillon est éveillé alors que la catastrophe s’abat déjà sur Paris, guidé par son dragon domestiqué, une créature à la fois alliée et symbole de la réconciliation possible entre les hommes et les bêtes mythologiques. Une réconciliation que Joann Sfar va pousser jusqu’à son paroxysme, comme on pouvait s’y attendre. Ce personnage à l’allure humble mais à la fonction essentielle peut rappeler certains héros de la littérature épique, tels que Merlin dans les légendes arthuriennes, ou encore Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Comme ces figures, Mabillon est en effet porteur d’une stature : celle de la sagesse millénaire et, pour partie, de la solution ultime face à un mal qui semble insurmontable.

L’esthétique du récit, mise en valeur par les dessins de Tony Sandoval, marie l’élégance et la grandeur de la Belle-Époque avec l’aspect grotesque et épique des dragons et autres créatures magiques. Les planches aux couleurs flamboyantes alternent entre scènes intimistes et batailles titanesques, plongeant le lecteur dans un Paris réinventé où les toits et les monuments deviennent le terrain de jeu d’une lutte millénaire. De quoi passer un moment agréable, et parfois déroutant. 

Le Paris des dragons, Joann Sfar et Tony Sandoval 
Glénat, septembre 2024, 104 pages

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3

« Louise Weiss » : la voix aux femmes

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Le roman graphique La Française doit voter !, de Marie-Christine Moinard et Marine Tumelaire, est publié aux éditions Marabulles et rend hommage à l’une des figures emblématiques du féminisme français, Louise Weiss. Les auteures y retracent son combat inlassable pour obtenir le droit de vote pour les femmes, tout en mettant en lumière les grands événements de sa vie personnelle et publique.

Dès les premières pages de La Française doit voter !, Louise Weiss est dépeinte comme une jeune femme aspirant à la liberté intellectuelle, politique et professionnelle, alors que son père, fidèle aux traditions patriarcales, refuse de voir en elle autre chose qu’une future épouse et mère. La frustration qu’a pu éprouver Louise à l’égard de ces restrictions conservatrices fait écho à l’état d’esprit de nombreuses femmes de l’époque. En 1914, Louise Weiss franchit toutefois un premier cap en devenant l’une des premières femmes agrégées de France, une réussite universitaire d’autant plus éclatante que l’époque est à un accès très réduit à l’enseignement supérieur pour les femmes.

Le roman graphique suit ensuite son engagement croissant dans la cause féministe, d’abord à travers le journalisme, où on l’enjoint d’écrire sous un pseudonyme masculin pour se faire une place, puis à travers ses activités politiques et militantes. Le récit met en scène les nombreux obstacles qu’elle et ses contemporaines ont dû surmonter pour que la question du suffrage féminin soit prise au sérieux par le gouvernement et la société française. On assiste aux refus répétitifs des autorités, et notamment du Sénat, qui invoquent des arguments paternalistes pour nier aux femmes le droit de vote : elles seraient trop influencées par leurs maris, les curés, ou leur instinct maternel, et seraient incapables de comprendre les enjeux politiques.

La Française doit voter ! revient aussi sur le contexte de la Première Guerre mondiale, en montrant comment le conflit a bouleversé les codes sociaux et permis aux femmes d’occuper des rôles traditionnellement réservés aux hommes. On retrouve les femmes travaillant dans les usines, les ports, les commerces et les champs. Cette mobilisation massive de la moitié de la population française déconsidérée servira ensuite d’argument supplémentaire pour les suffragettes, qui voient dans ces efforts une preuve que les femmes méritent de participer à la vie politique. Mais le progrès arrive lentement, trop lentement, et la persuasion politique s’avère être un travail de longue haleine, tenace mais nécessaire.

Après avoir travaillé un temps comme infirmière, Louise Weiss se plonge dans le journalisme pacifiste et fonde son propre journal, L’Europe nouvelle. Un travail éditorial qui va renforcer ses convictions et générer quelques rencontres marquantes, notamment avec des personnalités telles que Milan Stefanik, un acteur-clé du projet de la République tchécoslovaque, et des intellectuels et hommes politiques comme Guillaume Apollinaire, Aristide Briand, Léon Blum et Édouard Herriot. Le décès de Stefanik dans un accident d’avion est d’ailleurs dépeint par les auteures comme un moment de grande tristesse dans la vie de Louise Weiss… 

Concernant le droit de vote des femmes, pendant des décennies, les propositions de loi en faveur du projet ont été rejetées. L’ouvrage montre comment les femmes, malgré leur engagement et leurs succès, se heurtent alors à l’immobilisme et au conservatisme des institutions. Pendant ce temps, Louise Weiss se présente aux élections législatives dans le 5e arrondissement de Paris, mais se heurte elle aussi à un mur d’incompréhension et de mépris. En témoignent les scènes où Louise Weiss et d’autres suffragettes investissent la place publique, organisent des manifestations et subissent la répression policière. Mais malgré les coups, les arrestations et les insultes, elles continuent à faire entendre leur voix.

La Française doit voter ! constitue une immersion passionnante, bien qu’incomplète, dans l’histoire du féminisme français. Hommage à Louise Weiss et à toutes celles qui ont œuvré pour que les femmes puissent enfin participer pleinement à la vie citoyenne, ce roman graphique rappelle non seulement les luttes passées, mais souligne aussi l’importance de la vigilance face aux droits acquis. Graphiquement subtil, historiquement précis et émotionnellement réussi, l’album devrait sans mal trouver son public.

La Française doit voter !, Marie-Christine Moinard et Marine Tumelaire
Marabulles, septembre 2024, 128 pages

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3.5

« Maison Blanche » : plongée dans les arcanes du pouvoir

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Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden (Delcourt) est une œuvre graphique qui s’apparente davantage à un reportage-témoignage sur les arrière-cuisines du pouvoir américain qu’à une fiction traditionnelle. Avec Jérôme Cartillier, ancien correspondant de l’AFP à Washington, comme guide, les lecteurs pénètrent au cœur de l’une des institutions politiques les plus observées au monde.

L’ouvrage explore les spécificités des présidents Obama, Trump et Biden, notamment vis-à-vis de la presse, mais aussi l’histoire de la Maison Blanche et les différentes institutions américaines, tout en rapportant une myriade d’anecdotes qui en disent long sur la présidence moderne. 

Dans l’imaginaire collectif, la Maison Blanche incarne le pouvoir politique et symbolise la démocratie américaine. Chaque recoin, des bureaux à la mythique salle de presse, en passant par la Situation Room, a une signification qui dépasse le simple cadre fonctionnel. Les auteurs n’omettent pas de mentionner des éléments insolites de l’histoire de ce bâtiment, tel qu’une ancienne piscine enfouie sous la salle de presse, rappelant ainsi que ce lieu, à la fois solennel et historique, a évolué au fil du temps et des pratiques.

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden nous rappelle que la Maison Blanche constitue une scène où s’exerce le pouvoir et s’expriment les rapports entre les présidents et leurs équipes, une arène où la West Wing fait figure de pointe avancée. De Nixon, qui n’appréciait pas le Bureau ovale, à Obama, qui s’est échappé pour une promenade impromptue jusqu’au Starbucks du coin, chaque président y a laissé ses singularités.

Trois présidents, trois styles de communication

L’un des aspects les plus fascinants de cet ouvrage réside dans la comparaison des différents styles de communication des présidents récents, que les auteurs ont pu côtoyer. Barack Obama entretenait une distance calculée avec les médias, préférant une approche rationnelle et contrôlée. À l’inverse, Donald Trump, connu pour ses relations explosives avec la presse, usait de l’excès et de la provocation, notamment à travers les réseaux sociaux. Son attrait pour les émissions télévisées est également documenté dans le livre, renforçant l’idée que Trump percevait la présidence comme un spectacle médiatique.

Joe Biden, enfin, est décrit comme un président plus proche, plus accessible, contrairement à ses prédécesseurs immédiats. Il n’hésitait pas à venir saluer la presse et échanger quelques bons mots avec elle. Le livre consacre de nombreuses pages à ce rapport aux médias, mettant en lumière à quel point ces relations influencent l’image publique des présidents et, par ricochet, la perception internationale des États-Unis.

Les institutions américaines sous un autre jour

Outre la Maison Blanche elle-même, les auteurs mettent en lumière le rôle des institutions américaines telles que le Congrès et la Cour suprême. Ces entités, parfois perçues pour nous comme plus lointaines et abstraites, deviennent ici des acteurs à part entière dans la mécanique du pouvoir. En principe, aucun budget ni aucune guerre ne peuvent être décidés sans l’aval des Parlementaires américains, et les juges de la CS ont un pouvoir décisionnel propre à censurer à peu près n’importe quelle loi. C’est cette articulation complexe entre les différents organes du pouvoir qui permet aux lecteurs de mieux comprendre la spécificité de la démocratie américaine et ses enjeux.

Une partie non négligeable de l’ouvrage s’intéresse par ailleurs à la manière dont les campagnes présidentielles sont financées et organisées. Des levées de fonds aux plus généreux donateurs récompensés par des postes d’ambassadeurs, les rouages de la politique américaine apparaissent dans toute leur complexité. En évoquant la défaite de Hillary Clinton face à Donald Trump en 2016, les auteurs reviennent sur un moment charnière de l’histoire politique récente, qui permet de comprendre comment un candidat majoritaire en voix peut néanmoins perdre une élection.

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden se veut ainsi une véritable enquête sur les dessous de la politique. Et quand le pouvoir change de mains, les Présidents laissent une lettre personnelle à leur successeur, tandis que certains y vont de leurs petites facéties : ainsi, avant l’arrivée de George W. Bush, la touche « W » a mystérieusement disparu de certains claviers d’ordinateurs…

Grâce à l’expertise de Jérôme Cartillier, témoin direct des événements relatés, cet ouvrage offre une perspective unique sur les trois derniers présidents américains, leurs relations avec les médias et les dynamiques institutionnelles en jeu. Les anecdotes et les détails fournis, qu’il s’agisse des promenades d’Obama en Angleterre ou des fameuses « vérités alternatives » de Kellyanne Conway, offrent une appréhension plus fine des logiques du pouvoir. 

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden, Jérôme Cartillier, Karim Lebhour et Aude Massot
Delcourt, septembre 2024, 128 pages

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4.5

Joker : Folie à deux, c’est une blague ?

Joker, en voilà un excellente surprise. Salué par la critique et le public, plébiscité par son écriture, son acting, sa réalisation et la pertinence de ses propos, le film de 2019 a su créer la surprise là ou personne ne l’attendait. Les choses auraient pu s’arrêter là. Malheureusement, l’appel de l’argent reste maitre du crime à Gotham et nous voici avec une suite qui risque de faire beaucoup de mal. Oui, malgré de superbes idées sur le papier, Joker : Folie à deux est une énorme déception.

You got what you fu**g deserve !

Ou avions nous laissé Joker à la fin du premier film ? Oui, je dis Joker. La raison ? Arthur Fleck n’existait plus. A l’issue du long métrage de 2019, le personnage de Joaquin Phoenix avait définitivement embrasé la folie. Et, s’il lui restait une belle marge de progression pour devenir un adversaire digne de Batman, on imaginait facilement comment cet homme, transformé par la société, pouvait évoluer vers le mal et la noirceur. Intriguant pour la suite, n’est-ce pas ? Warner et Todd Phillips abattent vos espoirs aussi vite que Bruce Wayne est devenu orphelin. Dès les premiers instants de Joker 2, on comprend qu’Arthur va hésiter entre ses deux identités. Et si tous ses traumatismes d’enfance avaient crée un trouble dissociatif de l’identité ? Intéressant, dans un monde ou Split, Psychose, Glass, Shutter Island, Dr Jekyll et Mr Hyde ou encore Identity (dont le concept est très proche de celui du film) n’existent pas. Dans les faits, ce simple pitch balaye totalement la conclusion du premier opus, pour servir un film de procès qui ne décolle jamais. Tout est profondément ennuyeux, malgré quelques fulgurances. Et, malgré un final certes étonnant, on pose la question… Tout ça pour ça ?

Qu’apporte ce projet à l’univers établi ? Rien. Le personnage d’Arthur évolue-t-il ? Non, pire, il régresse. Les multiples thèmes et messages sociaux terriblement pertinents et si bien menés dans le premier film disparaissent. Cette suite se focalise sur la folie, l’acceptation de soi et de ses actes. Ce serait la seule chose à sauver du scénario. Les quelques scènes ou l’on traite de l’enfance d’Arthur sonnent juste. La  » bulle  » dans laquelle les psy affirment qu’il s’est enfermé revient de nombreuses fois. Joker premier du nom brouillait les pistes entre imaginaire et réel, sa suite s’enfonce plus loin dans cette idée. Il s’agit bien de la seule chose sur laquelle le film ne fait pas machine arrière. Pour le reste, on se retrouve avec un projet de 2h20 qui auraient pu tenir en une trentaine de minutes, tant il ne raconte que trop peu. Si encore les interludes musicales avaient été pertinentes…

Gotta go my own way

Car oui, Joker : Folie à deux est un musical. Idée ô combien génialissime, si mal exploitée. Surfant sur les idées de Damien Chazelle avec La La Land, le film ne tire jamais une quelconque identité dans le genre. Une très grande partie des scènes chantées se passent dans la tête d’Arthur et trop peu font réellement avancer l’intrigue. Pire, on a l’impression qu’elles ne servent qu’à une chose : permettre à Phoenix de revêtir le costume de Joker, afin qu’il ne passe pas la quasi intégralité du film en Arthur Fleck. Heureusement, reste le plaisir des oreilles. Si les chansons sont pour les trois quart ennuyeuses et mettent le film sur pause, le duo qu’il forme avec Lady Gaga est efficace. Oui, ce n’est qu’après trois paragraphe que je trouve le moyen d’évoquer le personne d’Harleen  » Lee  » Quinzel, alias Harley Quinn. Ça en dit long sur la pertinence de son rôle au sein de l’intrigue. Massacré dans le DC Cinématic Universe et dans la série Gotham, le fantastique et fascinant personnage crée par la série Batman de 1992 rate également l’occasion de briller ici.

Oubliez l’idée de la psychiatre qui tombe lentement amoureuse de son patient pour sombrer dans la folie avec lui (pourquoi personne n’arrive à adapter une idée aussi simple ?). Oubliez tout ce qui fait l’essence d’Harley Quinn, la folie, la violence, la soumission et vous obtenez cette version là. Pire, le personnage du film est décrite comme largement plus stable qu’Arthur, plus manipulatrice… moins amoureuse de lui qu’il ne l’est d’elle. Un comble ! A l’image du film, tout est trop sage, même pour un personnage aussi complexe et torturé. Lee aurait pu être remplacé par n’importe quelle femme (ou homme), cela aurait donné la même chose, tant elle n’a d’Harley que le nom. Seule exception : sa toute dernière scène qui, ajoutée à la toute fin du film, laisse imaginer comment évoluera le personnage à l’avenir, bien qu’on ne le verra sans doute jamais. Quant à la performance de Lady Gaga, l’actrice révélée par A Star is Born fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a, donc pas grand chose. Elle chante, mal quand c’est réel, bien quand c’est imaginé par Arthur. Elle chante, et voilà.

Joker: Arkham Asylum

Le pire, dans tout ceci, c’est qu’en dehors de tout ce qui touche de près ou de loin au scénario, tout va bien. Todd Phillips prouve qu’il a fait du chemin depuis Very Bad Trip et continue d’épater à la réalisation. Des superbes transitions en passant par de fantastiques idées de cadrage, de mise en scène ou de jeu de lumière, cette suite s’inscrit comme la digne suite de son ainé. Du moins, ça, c’est pour  tout ce qui touche à la technique. Malheureusement, tout est freiné par l’absence d’ambition et la tristesse de l’intrigue. Joker : Folie à deux est un quasi huit clos. Toute l’histoire évolue dans trois lieux principaux : l’asile d’Arkham, le tribunal de Gotham et l’esprit d’Arthur. Les deux premiers proposent des décors fades et artistiquement ennuyeux à mourir, ne laissant aucun espoir de laisser briller la mise en scène, qui essaye malgré tout de s’en sortir. Reste la photographie, toujours maitrisée, bien que l’on remarque une vraie absence de couleur, remplacée par un sombre omniprésent. Un parti pris intéressant, accentuant le thème de la dépression et de la folie.  Les seuls passages ou le film redevient un film, se sont les parties musicales imaginées et fantasmées par Arthur. Phillips est à l’image de son personnage : emprisonné.

Car oui, le constat est là. Joker : Folie à deux n’est pas un film. C’est un épilogue à Joker, un DLC à 200 millions de dollars (selon Variety) qui aurait très bien passer en streaming sur HBO. Pire, il s’agit d’une œuvre qui dessert énormément le projet de 2019, bafouant ses idées, sa fin et tout ce que représentait son personnage principal. L’incarnation de Joaquin Phoenix était comparée à celle des plus grands et Arthur Fleck siégeait fièrement aux côtés de Nicholson et Ledger. Aujourd’hui, on se demande si cette suite ne le fera pas tomber dans l’oubli, au fil du temps. Non, tout ceci aurait du s’arrêter dès 2019 et notre regard est déjà tourné vers l’avenir, pour voir l’évolution du personnage dans la trilogie de Matt Reeves. Une bien mauvaise blague, en somme.

Joker : Folie à deux – Bande-annonce

Fiche Technique – Joker : Folie à deux

Réalisation : Todd Phillips
Casting : Joaquim Phoenix / Lady Gaga / Brendan Gleeson / Catherine Keener
Scénario  :Todd Phillips / Scott Silver
Musique : Hildur Guonadottir
Photographie  :Lawrence Sher
Production : Warner Bros, DC Studios / Village Roadshow Pictures
Distribution : Warner Bros
Genre : Thriller psychologique / Drame / Musical
Durée : 2h19
Sortie : 2 Octobre 2024 en salles

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2

À l’ombre de l’Abbaye de Clairvaux, d’Eric Lebel : « Clairvaux, abbaye dont on a fait une bastille » (V. Hugo)

Réalisateur et producteur très actif, le documentariste Eric Lebel tourne sa caméra vers un lieu mythique, l’Abbaye de Clairvaux. « À l’ombre de l’Abbaye de Clairvaux » est un documentaire passionnant, qui nous permet de franchir la clôture de ce lieu très ceint…

L’Abbaye de Clairvaux fait partie de ces lieux qui jouissent du privilège paradoxal que l’on s’étonne presque de les voir exister et s’inscrire véritablement dans l’espace, tant la littérature les a comme ravis et happés dans sa propre dimension, plus virtuelle et imaginaire que ancrée dans le réel. L’auteur de ce coup de force est, bien évidemment, dans le cas de la prison de Clairvaux, le monumental Victor Hugo, ainsi que son court roman, œuvre de jeunesse, Claude Gueux (1832), dont l’action s’inscrit presque intégralement à l’intérieur de ces murs autrefois sacrés. La démarche d’Eric Lebel est d’autant plus salutaire, arrachant le lieu au mythe qui le virtualise et lui restituant son existence bien réelle, de pierre et d’espace.

Suite au point de passage presque obligé qu’est le survol, permettant de prendre la mesure de la surface occupée par l’Abbaye de Clairvaux, fondée en 1115 par Bernard de Fontaine dans le Val d’Absinthe (un val pas totalement destiné par son nom à accueillir des bâtiments voués à l’abstinence et à la sobriété !), au bord de l’Aube, c’est par le truchement de quelques êtres humains finement choisis que le documentaire s’insinue entre ces murs, aussi bien conventuels que carcéraux, selon les différents bâtis qui ont peu à peu enrichi l’édifice originel. Nos guides sont ainsi quelques figures marquantes, éminemment uniques, et en cela témoins de l’incontestable supériorité du documentaire sur la fiction : Michel, dont le parcours non linéaire n’est pas sans évoquer, la médiatisation en moins, celui de Michel Vaujour, restitué dans le documentaire saisissant de Fabienne Godet, Ne me libérez pas je m’en charge (2009) ; un autre détenu plus jeune, officiant volontiers en cuisine et non moins captivant, un moine, du personnel pénitentiaire, représenté aussi bien par le directeur que par des travailleurs sociaux… Ce qui fascine est la profonde sagesse dont tous font montre, comme si ces murs – même édifiés en 1970, sous la forme d’une prison plus moderne, Maison Centrale en fonction jusqu’en mai 2023, juste à côté de la plus ancienne des abbayes primaires – distillaient une souterraine mais efficiente invitation à la méditation, au recueillement, voire au dépouillement… Les problématiques abordées par les uns et les autres sont sœurs, ou cousines : la privation ou le renoncement à la liberté, la vie en communauté, le rapport à ce lieu clos, à l’espace qu’il délimite et contient, à l’espace dont il sépare…

L’image, d’Eric Lebel lui-même, secondé par Romain Berthiot, également au son, où il est lui-même accompagné de Guillaume Lebel, est précise, presque systématiquement structurée par les lignes droites qui disent la rectitude de la règle, que celle-ci soit monacale ou carcérale, son caractère certes contraignant mais aussi, à la fois paradoxalement et finalement logiquement rassurant, au sein d’un monde individualiste à l’extrême, et qui a tout simplement tendance à laisser à l’abandon…

Une œuvre qui rejoint sans pâlir les rangs de ses illustres aînées consacrées à l’univers des prisons, qu’il s’agisse de Femmes de Fleury (1999), de Jean-Michel Carré, qui fait d’ailleurs partie des co-producteurs de celle-ci, ou du plus récent, mais non moins superbe La Liberté (2019), de Guillaume Massart. On apprend incidemment que l’ensemble des bâtiments a été repris, depuis 2023, par le Ministère de la Culture. Espérons que celui-ci saura prolonger de belle manière l’existence de ces murs qui ont déjà recueilli tant d’histoires et de vies dont ce documentaire nous renvoie un éclat si prégnant.

À l’ombre de l’Abbaye de Clairvaux : Bande-annonce

De Eric Lebel | Par Eric Lebel
9 octobre 2024 en salle | 1h 33min | Documentaire
Distributeur DHR distribution / A Vif Cinemas

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3.5

Ceux qui rougissent : Les Blancs de la jeunesse

Dans 8 épisodes de 11mn Julien Gaspar-Oliveri filme à bout portant avec une sensibilité effrontée et une vigueur incisive une dizaine de jeunes lycéens dans un atelier théâtre.

Ce qui est remarquable dans la série  Ceux qui rougissent (qui vient de remporter de  nombreux prix au festival série mania 2024) outre son format bref, cash, incisif, c’est son ton piquant, inhabituel et sa mise en scène trépidante. 

Nouveau professeur de théâtre remplaçant dans un lycée qui ne sera jamais nommé, Julien-Olivier Gasperi accueille ses élèves dans le gymnase qui va tenir lieu d’atelier. Ce choix du gymnase d’abord oriente la physicalité  présente dans toute la série. C’est le corps de la parole, l’organicité et la pulsatilité des visages qui nous sont donnés à voir et à entendre. 

Au cours d’un exercice de sport visant à décorseter les corps figés des adolescents qu’il voit jouer face à lui, un des élèves s’adresse au prof et lui demande: mais on est dans un cours de sport ou de théâtre?  Et Julien-Gaspar Oliveri de répondre : c’est pareil!

Le THEATRE : UN SPORT DE COMBAT

De fait  Ceux qui rougissent  pourrait parodier la phrase de Bourdieu: le théâtre est un sport de combat. Et surtout le théâtre est affaire de corps, de sensations, d’émotions, de colère, de manque, de rage, d’espoir, de pulsions, de toute cette part de nous-mêmes que l’on s’interdit ou qui est déjà dévorée, domestiquée, amputée et conditionnée par les comportements et déterminismes sociaux .

Ceux qui rougissent saisit avec poigne, justesse et véracité ce qui se joue dans l’apprentissage du jeu: un accès nu et sans masque à soi, un désapprentissage des codes et vêtements sociaux, une autre langue surtout, plus folle, sauvage, brute, labile, arrachée à la mécanique rationnelle.

Enlevez vos costumes d’élèves engoncés dans la répétition morne du Songe d’une nuit d’été  et soyez vrais, au plus près de vous même, au plus près de vos « riens » ou de vos « tout »: c’est le cheminement existentiel que propose ce professeur aux allures d’un Socrate maïeute, jamais flatteur, toujours à l’écoute, direct et franc. 

Ceux qui rougissent frappe par sa forme, sa mise à scène à l’emporte-pièce, allant chercher les individualités, les visages, les tourments, les doutes et hésitations des jeunes sous les façades sages ou apeurées tout autant que la série frappe par ce qu’elle révèle de la difficulté d’être acteur : se dépouiller d’un soi social, de toute une imposture apprise de mots-gestes qu’on répète sans cœur, sans chair, sans vie.

SE DEFAIRE, SE REFAIRE, VIVRE SURTOUT

Se défaire pour se refaire, se défaire pour être. Vivre surtout les scènes avec sa nécessité, sa personnalité, son impulsion propre. Julien -Gaspar Oliveri propose toute une série d’exercices vitaux dirions-nous, des exercices qui vont chercher l’être derrière le  jeu, la vie foisonnante et la chair blessée ou émotive de ces futurs acteurs.

T’ES QUI TOI ?

L’un de ces exercices consiste à demander : -Qui t’es toi ? Dis le très vite sans penser, sans t’arraisonner aux codes ni à tes réflexes habituels, dis qui t’es sans réfléchir, laisse parler l’âme vibrante de ton corps, qu’elle soit à bout de nerfs (comme l’est un des jeunes dont on ne sait s’il vient pour échapper aux autres spécialités ou pour faire le mariole) ou qu’elle soit jugée sans valeur (plusieurs jeunes on le voit se jugent violemment et se dénigrent) .

MEDITATION SOCIOLOGIQUE SUR LES DOUTES ET BLANCS DE LA JEUNESSE

Julien -Gaspar Oliveri capte la vitalité derrière les blancs et impuissances de la jeunesse. Le spectateur est pris, happé, déstabilisé par ces jeunes  à qui le prof demande : -pourquoi t’es là ? avec quoi tu joues ? et qui au fond ne savent souvent que répondre : je ne sais pas ou restent muets !

Sa série est une belle méditation sociologique sur cette jeunesse du 21 eme siècle dont David Le Breton analyse le nouveau désordre psychosocial, la psychose blanche, la vacuité des motivations. Avec ses vides, ses errances, ses obstacles, ses nervosités et fébrilités, son atonie et sa révolte Ceux qui rougissent ausculte avec tonicité et justesse les blancs et impasses de la jeunesse. 

Ceux qui rougissent : Bande-annonce

Création : Julien GASPAR-OLIVERI, Maud KONAN, Johan ROUVEYRE
Scénario Julien GASPAR-OLIVERI, Johan ROUVEYRE, Louise SILVERIO
Avec Ulrich BAPENECK, Mani CHOUKRANE, Stéphane ERÖS, Elio FABBRO, Angèle GILBERT, Anaëlle HEROGUELLE, Nicolas KESSLER, Milla KUENTZ, Kayna LACOMAT, Marie NAÏMA, Charles SOURIS, Julien GASPAR-OLIVERI
Réalisation : Julien GASPAR-OLIVERI
Musique Dom LA NENA
Production ARTE France, Melocoton Films, Box Productions
Diffusion ARTE
Depuis 2024 | 10 min | Comédie dramatique
Nationalités France, Suisse

Monsters : L’histoire de Lyle et Erik Menendez – Les Monstres de la vérité

Monsters le second volet de la série d’anthologie showrunnée par Ryan Murphy et Ian Brennan met en scène avec brio, densité et incandescence d’acteurs, le parricide et matricide commis par les frères Menendez en 1989 à Los Angeles.

Dans ce second volet des figures monstrueuses de l’Amérique après le sombre et glaçant Dahmer, Ryan Murphy se concentre sur ce fait divers ambigüe et tumultueux où Lyle et Erick Mendenez (actuellement toujours en détention) ont été accusés puis condamnés pour l’assassinat de leur père et mère.

Il y a un style Ryan Murphy qui tient tout autant dans l’esthétique très habitée et subtilement reconstituée d’une époque que dans sa passionnante étude des mœurs et des psychés familiales. Le style Ryan Murphy c’est aussi la solidité et virtuosité d’acteurs ébouriffants par leur abattage et leur fortitudo : une sorte de courage de jeu frontal éclairé par un discernement qui leur fait tout oser.

Élégance et raffinement psychanalytique (rappelons le puissant Assassinat de Gianni Versace) sont la signature de Murphy ainsi qu’une dramaturgie spécifique jouant avec les angles, les temporalités, les récits où la vérité peut à loisir devenir modifiable, controversée et être renversée. À l’image de ce que traque Justine Triet dans Anatomie d’une chute, une vérité labile, en constant glissement, voire une vérité judiciaire impossible à reconstituer, Murphy ne cesse d’inquiéter et de provoquer le point de vue du spectateur sur la culpabilité des deux frères. D’abord posée comme évidente, nous sommes pris dans le vertige d’un doute tant l’ambivalence et le mensonge de cette famille sont les vrais sujets de ces Monsters.

Épaulés par un quatuor d’acteurs remarquables passant de Javier Bardem (pour le père) à Chloé Sevigny (qui a rarement trouvé depuis longtemps une telle intensité), on est surtout bluffés par des inconnus Lyle (Nicolas Chavez) et Erik (Cooper Koch) dont la partition changeante, incroyable d’ambivalence et la puissance d’interprétation force l’admiration. 

Monsters: The Lyle And Erik Menendez Story – Bande-annonce

Titre original : Monsters: The Lyle And Erik Menendez Story
Créée par Ryan Murphy, Ian Brennan
Avec Cooper Koch, Nicholas Alexander Chavez, Javier Bardem
Nationalité U.S.A.
En relation avec Dahmer : Monstre – L’histoire de Jeffrey Dahmer
2024 | 60 min | Drame, Thriller
Actuellement sur Netflix

« Succession, la violence en héritage » : capitalisme toxique

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Journaliste à Philosophie magazine, Ariane Nicolas publie aux éditions Playlist Society Succession, la violence en héritage, une minutieuse analyse de la célèbre série HBO créée par Jesse Armstrong. Elle y explore les thèmes principaux de la série, notamment une violence omniprésente, une dynamique familiale dysfonctionnelle, la solitude du pouvoir et l’héritage traumatique.

De quoi parle-t-on ? Succession est une série télévisée dramatique américaine qui explore les thèmes de la famille, du pouvoir et de l’ambition à travers le prisme des Roy, dont le patriarche, Logan, est à la tête d’un empire médiatique mondial. La série suit les luttes intestines de ses enfants pour prendre le contrôle de l’entreprise familiale tandis que la santé de leur père décline peu à peu.

Ariane Nicolas ne s’y trompe pas : la violence, sous toutes ses formes, constitue à l’évidence le moteur central de cette série. Logan Roy a beau être diminué, il n’en demeure pas moins une force de la nature dont l’influence toxique imprègne tous les aspects de la vie de ses enfants. Souvent, les manœuvres les plus sournoises ont cours et les insultes fusent : « Prick, Bastard, Monster, Old fucking goat… » Mais la violence n’est pas seulement verbale, elle s’exprime aussi à travers des jeux psychologiques pernicieux, des manipulations et des abus de pouvoir manifestes. Logan lui-même est un homme brutal et impitoyable qui a bâti son empire grâce à la force et à l’intimidation. Ses enfants ne font finalement que reproduire à leur tour ces schémas de violence dans leurs relations personnelles et professionnelles.

L’essai examine en effet comment la violence subie par les enfants Roy les a marqués à vie. Kendall, Roman et Connor, chacun à leur manière, luttent contre des problèmes d’addiction, de dépression et de manque de confiance en soi. Pour le démontrer, Ariane Nicolas s’appuie sur des exemples précis, comme l’incapacité de Roman à uriner devant d’autres hommes ou les pensées suicidaires de Kendall. Les protagonistes de Succession sont abîmés, parfois au bord de l’implosion, dominés par une mégalomanie dénuée de scrupules qu’ils ont tirée d’un père caractérisé comme un prédateur capitaliste.

Ainsi, de bout en bout, dans l’ouvrage, la vie au sein de la famille Roy nous est décrite comme un jeu de stratégie sans merci. Chaque membre de ce cercle est prêt à tout pour obtenir le pouvoir. Ariane Nicolas met en exergue les manipulations constantes qui caractérisent leurs relations. L’amour et la loyauté sont subordonnés à la soif de pouvoir et de réussite. En filigrane, Succession offre une plongée crue et satirique dans le monde des ultra-riches. L’argent y est roi, les relations humaines sont régies par l’intérêt personnel et la morale est souvent sacrifiée sur l’autel de l’ambition. Ce qui n’est pas sans conséquences psychologiques…

Car malgré leur immense richesse et leur influence, les personnages de Succession sont fondamentalement seuls. Le livre verbalise très bien la manière dont la poursuite incessante de la réussite isole les individus, les laissant déconnectés d’eux-mêmes et des autres. Logan, en particulier, incarne cette solitude tragique, un homme puissant mais profondément malheureux. Le langage est à cet égard une arme redoutable, avec des dialogues souvent crus et incisifs, qui révèlent à la fois la solitude, la cruauté et le cynisme des personnages. 

Par ailleurs, Ariane Nicolas établit un parallèle entre la philosophie de Thomas Hobbes et la série : elle témoigne de la manière dont la violence est perçue, une force omniprésente et inhérente à la nature humaine. Elle analyse le rôle de l’argent et du pouvoir dans la corruption des relations humaines, en montrant comment la poursuite de la richesse et du statut social érode les valeurs morales et affecte les liens familiaux. Bien entendu, il est également question de masculinité toxique et de patriarcat à travers les personnages masculins de la série. 

Si Succession n’est pas directement inspirée d’une famille en particulier, elle prend appui sur plusieurs dynasties médiatiques réelles, telles que les Murdoch, les Redstone et les Disney. Succession, la violence en héritage décortique les thèmes complexes qui en découlent et offre un éclairage fascinant sur les rouages de la violence, de la famille et du pouvoir. Sans morale simpliste, l’essai nous montre que la quête du pouvoir peut corrompre même les personnes les mieux intentionnées et que les blessures familiales peuvent avoir des conséquences profondes et durables.

Succession, la violence en héritage, Ariane Nicolas
Playlist Society, septembre 2024, 180 pages

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