Portrait : François Ozon, réalisateur aux milles facettes

François Ozon a réalisé près de 23 film depuis 1998, entouré des meilleurs acteurs du moment, de fidèles, le réalisateur parcourt les genres, les formes, les sujets avec une grande aisance. Portrait d’un réalisateur en mutation permanente à l’occasion de la sortie de Mon Crime.

Portrait d’un réalisateur en mouvement

François Ozon avec une caméra Super 8 dans son enfance, tel un Spielberg français qui réalise des films aussi divers que variés, tant dans la forme, le ton, que les sujets abordés. Rien que ces 4 dernières années, il a marqué son temps avec Grâce à Dieu, fresque politique aussi nécessaire que bien réalisée. Après un passage par la fiction pure et amoureuse avec Ete 85, il a de nouveau abordé un « sujet de société » à travers Tout s’est bien passé et le suicide assisté, avant de revenir au théâtre tour à tour avec Peter Von Kant et Mon Crime, fraîchement sorti au cinéma. Tout son art est résumé là, cette capacité à faire de grands écarts, à aborder, avec une facilité presque une désinvolture, tous les sujets. Le réalisateur s’est formé à la Fémis dans les années 90, département réalisation. Quelques courts, un ton, une insolence repérée et un premier long métrage en 1998, Sitcom. Première incursion sans fard dans le monde de la famille, cela lui vaut parfois de susciter un certain malaise comme avec Une nouvelle amie qui construisait un personnage trans à travers des répliques aussi subtiles que « je suis un chou-fleur ».

Depuis 98 et Sitcom, François Ozon enchaîne tranquillement quasiment un film par an avec cette volonté de tout tenter, tout oser. Sa filmographie ressemble donc à tout sauf à un long fleuve tranquille. Ainsi quand il s’attaque au féminisme, en trois films : 8 femmes, Potiche et Mon crime, ce n’est pas pour nous donner une vision limpide et réconciliante. Bien au contraire, Mon Crime, dont l’action se situe en 1930, tente un discours ouvertement moderne et un poil anachronique sur l’égalité entre les sexes. Sauf que pour se libérer les femmes sont tout de même décrites comme des manipulatrices. Cependant, des innocentes s’accusent de crimes pour porter une parole, surtout virevolter au-dessus de la vie sans avoir à se préoccuper de considérations matérielles. Souvent, c’est l’hypocrisie de la société qu’Ozon fait voler en éclat.  Un regard qui une fois encore questionne, dérange, interroge. L’année dernière Peter Von Kant, en même temps qu’un hommage, mettait en scène un monstre d’artiste, affublé d’un esclave qui finira par se rebeller. Toute l’atmosphère du film baigne dans une théâtralité et une forme de perversité que seuls certains actes de personnages clefs viennent contrebalancer.

Quand Ozon parle de littérature, il écrit et filme Dans la maison, sur un personnage passionné de littérature et dont l’écriture s’apparente à un voyeurisme outrancier. Quand il raconte le parcours d’une prostituée, elle est Jeune et Jolie et surtout elle n’est pas un être fragile lancée dans la prostitution par nécessité et violence, peut-être alors que la vulgarité est à chercher ailleurs, un peu à l’image du regard troublant porté par Lucie Borleteau dans A mon seul désir. Il ne s’agit pas pour François Ozon de condamner ou de juger mais d’observer depuis ses désirs, ses sensations… Il sait se montrer à la hauteur de son sujet, comme l’a prouvé Grâce à Dieu, film documenté, pudique et très fort, qui pêchait cependant dans sa reconstitution des abus; comme si une barrière se dressait devant un réalisateur habitué à parler de sexualité, mais pas de sexualité criminelle. Peut-être aurait-il fallu ne pas présenter de flash back et se concentrer sur les visages et les corps des adultes qui se battent. Dans ce récit d’enquête,  le casting réunissait de grands noms de Melvil Poupaud à Swann Arlaud en passant par Denis Ménochet.

Mon cinéma

Ozon sait s’entourer et a filmé les plus grands acteurs français, c’est d’ailleurs dans son cinéma qu’on peut voir réunis pour un même film Dany Boon et Isabelle Huppert. Pas n’importe quelle Isabelle Huppert, mais celle qui s’amuse, qui ose. Une Isabelle Huppert enjouée qui joue avec son image. Les barrières en comédie et drame n’existent pas longtemps chez Ozon. En 2021, il a filmé Sophie Marceau pour la toute première fois. Son dernier Mon Crime a la prouesse de réunir les deux actrices les plus en vogues du moment (qui y sont magnifiques, libres, légères) : Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder. On y retrouve aussi dans un petit rôle savoureux Félix Lefebvre découvert avec Eté 85 et vu depuis notamment dans La Passagère. François Ozon fait de nombreux clins d’œil au cinéma, au théâtre, mais la réalisation n’est pas pour lui un parcours du combattant, c’est avant tout un métier qui lui fait tourner quasiment un film par an. Un métier à travers lequel il fait des passerelles entre ses films, mais aussi avec les œuvres des autres. La force d’Ozon est de ne rien attendre de la réception de ses films comme il le confiait lors de sa venue au festival Passeurs de films en 2021. Dresser son portrait équivaut à traverser plusieurs époques, de nombreux styles, à ne jamais se poser vraiment, s’appesantir. Peu de réalisateurs français naviguent aujourd’hui aussi aisément entre les genres, à part peut-être Michel Hazanavicius. Ces auteurs aux regards multiples nous offrent de temps en temps des œuvres majeures et ne s’essoufflent presque jamais, ils ne cessent de créer. Il le dit encore aujourd’hui : “J’ai pris conscience assez tôt que mes films ne feraient pas l’unanimité”. Toujours lancé dans un nouveau projet quand le précédent arrive jusqu’à nous, il n’écrit pas pour plaire, mais bien par plaisir du métier, plutôt un artisan qu’un artiste à ce titre, François Ozon avance. 

Mon Crime : Bande annonce

Filmographie François Ozon

2023
Mon Crime
2022
Peter von Kant
2021
Tout s’est bien passé
2020
Eté 85
2019
Grâce à Dieu
2017
L’Amant Double
2016
Frantz
2014
Une nouvelle amie
2013
Jeune & Jolie
2012
Dans la maison
2010
Potiche
2009
Le Refuge
2009
Ricky
2007
Angel
2006
Un lever de rideau
2005
Le temps qui reste
2003
5×2
2003
Swimming Pool
2002
8 femmes
2000
Gouttes d’eau sur pierres brûlantes
2000
Sous le sable
1998
Les amants criminels
1998
Sitcom

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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