Joker : Folie à deux, c’est une blague ?

Joker, en voilà un excellente surprise. Salué par la critique et le public, plébiscité par son écriture, son acting, sa réalisation et la pertinence de ses propos, le film de 2019 a su créer la surprise là ou personne ne l’attendait. Les choses auraient pu s’arrêter là. Malheureusement, l’appel de l’argent reste maitre du crime à Gotham et nous voici avec une suite qui risque de faire beaucoup de mal. Oui, malgré de superbes idées sur le papier, Joker : Folie à deux est une énorme déception.

You got what you fu**g deserve !

Ou avions nous laissé Joker à la fin du premier film ? Oui, je dis Joker. La raison ? Arthur Fleck n’existait plus. A l’issue du long métrage de 2019, le personnage de Joaquin Phoenix avait définitivement embrasé la folie. Et, s’il lui restait une belle marge de progression pour devenir un adversaire digne de Batman, on imaginait facilement comment cet homme, transformé par la société, pouvait évoluer vers le mal et la noirceur. Intriguant pour la suite, n’est-ce pas ? Warner et Todd Phillips abattent vos espoirs aussi vite que Bruce Wayne est devenu orphelin. Dès les premiers instants de Joker 2, on comprend qu’Arthur va hésiter entre ses deux identités. Et si tous ses traumatismes d’enfance avaient crée un trouble dissociatif de l’identité ? Intéressant, dans un monde ou Split, Psychose, Glass, Shutter Island, Dr Jekyll et Mr Hyde ou encore Identity (dont le concept est très proche de celui du film) n’existent pas. Dans les faits, ce simple pitch balaye totalement la conclusion du premier opus, pour servir un film de procès qui ne décolle jamais. Tout est profondément ennuyeux, malgré quelques fulgurances. Et, malgré un final certes étonnant, on pose la question… Tout ça pour ça ?

Qu’apporte ce projet à l’univers établi ? Rien. Le personnage d’Arthur évolue-t-il ? Non, pire, il régresse. Les multiples thèmes et messages sociaux terriblement pertinents et si bien menés dans le premier film disparaissent. Cette suite se focalise sur la folie, l’acceptation de soi et de ses actes. Ce serait la seule chose à sauver du scénario. Les quelques scènes ou l’on traite de l’enfance d’Arthur sonnent juste. La  » bulle  » dans laquelle les psy affirment qu’il s’est enfermé revient de nombreuses fois. Joker premier du nom brouillait les pistes entre imaginaire et réel, sa suite s’enfonce plus loin dans cette idée. Il s’agit bien de la seule chose sur laquelle le film ne fait pas machine arrière. Pour le reste, on se retrouve avec un projet de 2h20 qui auraient pu tenir en une trentaine de minutes, tant il ne raconte que trop peu. Si encore les interludes musicales avaient été pertinentes…

Gotta go my own way

Car oui, Joker : Folie à deux est un musical. Idée ô combien génialissime, si mal exploitée. Surfant sur les idées de Damien Chazelle avec La La Land, le film ne tire jamais une quelconque identité dans le genre. Une très grande partie des scènes chantées se passent dans la tête d’Arthur et trop peu font réellement avancer l’intrigue. Pire, on a l’impression qu’elles ne servent qu’à une chose : permettre à Phoenix de revêtir le costume de Joker, afin qu’il ne passe pas la quasi intégralité du film en Arthur Fleck. Heureusement, reste le plaisir des oreilles. Si les chansons sont pour les trois quart ennuyeuses et mettent le film sur pause, le duo qu’il forme avec Lady Gaga est efficace. Oui, ce n’est qu’après trois paragraphe que je trouve le moyen d’évoquer le personne d’Harleen  » Lee  » Quinzel, alias Harley Quinn. Ça en dit long sur la pertinence de son rôle au sein de l’intrigue. Massacré dans le DC Cinématic Universe et dans la série Gotham, le fantastique et fascinant personnage crée par la série Batman de 1992 rate également l’occasion de briller ici.

Oubliez l’idée de la psychiatre qui tombe lentement amoureuse de son patient pour sombrer dans la folie avec lui (pourquoi personne n’arrive à adapter une idée aussi simple ?). Oubliez tout ce qui fait l’essence d’Harley Quinn, la folie, la violence, la soumission et vous obtenez cette version là. Pire, le personnage du film est décrite comme largement plus stable qu’Arthur, plus manipulatrice… moins amoureuse de lui qu’il ne l’est d’elle. Un comble ! A l’image du film, tout est trop sage, même pour un personnage aussi complexe et torturé. Lee aurait pu être remplacé par n’importe quelle femme (ou homme), cela aurait donné la même chose, tant elle n’a d’Harley que le nom. Seule exception : sa toute dernière scène qui, ajoutée à la toute fin du film, laisse imaginer comment évoluera le personnage à l’avenir, bien qu’on ne le verra sans doute jamais. Quant à la performance de Lady Gaga, l’actrice révélée par A Star is Born fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a, donc pas grand chose. Elle chante, mal quand c’est réel, bien quand c’est imaginé par Arthur. Elle chante, et voilà.

Joker: Arkham Asylum

Le pire, dans tout ceci, c’est qu’en dehors de tout ce qui touche de près ou de loin au scénario, tout va bien. Todd Phillips prouve qu’il a fait du chemin depuis Very Bad Trip et continue d’épater à la réalisation. Des superbes transitions en passant par de fantastiques idées de cadrage, de mise en scène ou de jeu de lumière, cette suite s’inscrit comme la digne suite de son ainé. Du moins, ça, c’est pour  tout ce qui touche à la technique. Malheureusement, tout est freiné par l’absence d’ambition et la tristesse de l’intrigue. Joker : Folie à deux est un quasi huit clos. Toute l’histoire évolue dans trois lieux principaux : l’asile d’Arkham, le tribunal de Gotham et l’esprit d’Arthur. Les deux premiers proposent des décors fades et artistiquement ennuyeux à mourir, ne laissant aucun espoir de laisser briller la mise en scène, qui essaye malgré tout de s’en sortir. Reste la photographie, toujours maitrisée, bien que l’on remarque une vraie absence de couleur, remplacée par un sombre omniprésent. Un parti pris intéressant, accentuant le thème de la dépression et de la folie.  Les seuls passages ou le film redevient un film, se sont les parties musicales imaginées et fantasmées par Arthur. Phillips est à l’image de son personnage : emprisonné.

Car oui, le constat est là. Joker : Folie à deux n’est pas un film. C’est un épilogue à Joker, un DLC à 200 millions de dollars (selon Variety) qui aurait très bien passer en streaming sur HBO. Pire, il s’agit d’une œuvre qui dessert énormément le projet de 2019, bafouant ses idées, sa fin et tout ce que représentait son personnage principal. L’incarnation de Joaquin Phoenix était comparée à celle des plus grands et Arthur Fleck siégeait fièrement aux côtés de Nicholson et Ledger. Aujourd’hui, on se demande si cette suite ne le fera pas tomber dans l’oubli, au fil du temps. Non, tout ceci aurait du s’arrêter dès 2019 et notre regard est déjà tourné vers l’avenir, pour voir l’évolution du personnage dans la trilogie de Matt Reeves. Une bien mauvaise blague, en somme.

Joker : Folie à deux – Bande-annonce

Fiche Technique – Joker : Folie à deux

Réalisation : Todd Phillips
Casting : Joaquim Phoenix / Lady Gaga / Brendan Gleeson / Catherine Keener
Scénario  :Todd Phillips / Scott Silver
Musique : Hildur Guonadottir
Photographie  :Lawrence Sher
Production : Warner Bros, DC Studios / Village Roadshow Pictures
Distribution : Warner Bros
Genre : Thriller psychologique / Drame / Musical
Durée : 2h19
Sortie : 2 Octobre 2024 en salles

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Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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