« Le Paris des dragons » : une épopée surréaliste sous le ciel de la Belle Époque

Joann Sfar et Tony Sandoval publient aux éditions Glénat Le Paris des dragons. Ils y façonnent un univers fantastique où dragons, gargouilles et créatures mythologiques se dissimulent dans l’ombre de la capitale française à l’aube du XXe siècle. L’occasion pour le lecteur de revisiter le Paris de la Belle-Époque sur fond de magie sombre, avec des statues de dragons endormis qui veillent sur la ville depuis un millénaire…

Le réveil de ces créatures est cependant imminent, car le rituel qui les maintient endormis est brisé : une sirène, victime désignée pour un sacrifice rituel nécessaire, est secourue par une princesse hawaïenne tombée sous son charme. Dès lors, l’équilibre précaire entre les forces magiques et humaines s’effondre, libérant une menace qui plane sur Paris, entre amour interdit et chaos inéluctable.

L’intrigue du Paris des dragons se déploie dans un contexte riche de mythes et de folklore. Les créatures endormies depuis mille ans sont cachées à la vue de tous sous forme de statues et de gargouilles. Ils sont maintenus en sommeil par un rite ancestral, requérant le sacrifice d’une créature dotée de grande magie. L’histoire bascule véritablement lorsque cette cérémonie mortifère est interrompue par l’intervention intéressée de la princesse hawaïenne. Cette rupture déclenche la libération des dragons, plongeant Paris dans une course effrénée contre le temps pour éviter une destruction imminente.

Joann Sfar joue ici avec les codes de la légende et du fantastique, ancrant son récit dans une ville réelle et historique tout en y greffant des éléments de pure imagination. Les catacombes, Notre-Dame, les rues pittoresques de Paris deviennent le théâtre d’une lutte millénaire, tandis que l’envergure épique des dragons contraste avec l’élégance familière de la capitale.

Au-delà de la menace draconienne, l’histoire se distingue par l’introduction d’une romance inattendue entre la princesse hawaïenne, combattante des bas-fonds parisiens, et la sirène initialement condamnée. Cette relation née d’un coup de foudre en plein chaos est un pilier central du récit, qui se greffe à une trame principalement axée sur l’aventure et l’humour. Joann Sfar prend un malin plaisir à surfer sur le tabou amoureux. 

Le tandem formé par la princesse et la sirène échappe aux codes classiques de la romance héroïque. Un peu comme dans La Belle et la Bête, l’amour se confronte ici à des forces qui le dépassent. Mais le duo se bat aussi pour la survie de Paris, tandis que face à la menace croissante des dragons, le moine Mabillon, figure millénaire endormie depuis la dernière grande bataille contre les créatures, a lui aussi voix au chapitre. Il représente à la fois l’héritage d’un passé révolu et l’espoir d’un futur incertain. 

Mabillon est éveillé alors que la catastrophe s’abat déjà sur Paris, guidé par son dragon domestiqué, une créature à la fois alliée et symbole de la réconciliation possible entre les hommes et les bêtes mythologiques. Une réconciliation que Joann Sfar va pousser jusqu’à son paroxysme, comme on pouvait s’y attendre. Ce personnage à l’allure humble mais à la fonction essentielle peut rappeler certains héros de la littérature épique, tels que Merlin dans les légendes arthuriennes, ou encore Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Comme ces figures, Mabillon est en effet porteur d’une stature : celle de la sagesse millénaire et, pour partie, de la solution ultime face à un mal qui semble insurmontable.

L’esthétique du récit, mise en valeur par les dessins de Tony Sandoval, marie l’élégance et la grandeur de la Belle-Époque avec l’aspect grotesque et épique des dragons et autres créatures magiques. Les planches aux couleurs flamboyantes alternent entre scènes intimistes et batailles titanesques, plongeant le lecteur dans un Paris réinventé où les toits et les monuments deviennent le terrain de jeu d’une lutte millénaire. De quoi passer un moment agréable, et parfois déroutant. 

Le Paris des dragons, Joann Sfar et Tony Sandoval 
Glénat, septembre 2024, 104 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Naïs » : la force du renoncement

En adaptant "Naïs" de Marcel Pagnol, Éric Stoffel et David Ratte redonnent vie à l'un des textes les plus denses de l'écrivain provençal. Derrière une romance contrariée se dessine en effet une réflexion sur le sacrifice, la différence et l'amour possessif, portée par une galerie de personnages d'une remarquable justesse.

« Les Adieux ne durent jamais » : le voyage comme ultime conversation

Après "L'Étreinte", Jim et Laurent Bonneau se retrouvent pour un nouveau récit habité. Un simple road trip entre amis y fait figure de révélateur. Une traversée des silences, des absences et des liens invisibles qui continuent d'unir les vivants aux disparus. Les Adieux ne durent jamais confirme la singularité d'un duo qui préfère les émotions diffuses aux effets spectaculaires.

« Équation à une inconnue » : la beauté des hasards et des souvenirs

Et si une rencontre de quelques secondes pouvait vous marquer au point de façonner toute une existence ? Avec "Équation à une inconnue", Frédéric Peynet signe une œuvre pleine de délicatesse, où une manifestation de sentiments inattendue devient le point de départ d'une quête aussi improbable que profondément humaine.