Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.
Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.
En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.
Tout le monde se souvient du génial et inattendu Antoinette dans les Cévennes en plein Covid et du succès public qui s’ensuivit, tout comme de son triomphe aux Césars. La nouvelle collaboration de Caroline Vignal derrière la caméra et Laure Calamy devant est peut-être moins emballante, fraîche et homogène, il faut l’avouer, surtout après son début tonitruant et à mourir de rire. Mais l’abattage de la comédienne et un sujet dans l’air du temps nous font passer un bon moment.
Tiger Stripes est un cri de révolte d'un corps qu'on malmène : par la religion, les transformations adolescentes ou encore le harcèlement. Zaffan a ses premières règles et surtout des problèmes en cascade qui viennent de ce changement dans son corps. Avec un ton pop et une grande pointe de fantaisie, de dérision, Amanda Nell Eu raconte cette transformation et les résistances que tentent d'y opposer une société dépassée par la jeunesse qui s'affirme.
Smoke Sauna Sisterhood est le 7e film d'Anna Hints, mais son premier long métrage. Commencé en 2015 et longtemps mûri (tant dans sa forme que dans son discours) dans la tête de sa réalisatrice, ce documentaire estonien est d'une beauté formelle indéniable. Son discours sur la condition des femmes est bouleversant, la parole est ici entendue, écoutée. Pourtant, les histoires se répètent, même plus anciennes, et laissent autant un sentiment de réparation par la parole, que d'immense gâchis. Au cœur de ce film magnifique, est filmée la tradition des saunas à fumée, lieux de sororité, de partage et de corps féminins.
Pour cette première journée du FIFAM, plusieurs courts-métrages sont présentés dont ceux des réalisateurs présents pour débattre après la séance : Samir Ramdani (Daw) et Sarah Bouzi (Ne Pleure pas Halima). Retour sur une sélection de courts métrages engagés au corps à corps avec des représentations plastiques et politiques affirmées.
Yolande Moreau était à Montréal dans le cadre de la présentation de son dernier film, La Fiancée du poète, pour le festival de films francophones Cinémania 2023. Une première pour elle.
Prolongement du court-métrage Une soeur qui avait fait grand bruit en 2020 au point d’être sélectionné au Oscars, le premier film de la belge expatriée au Québec Delphine Girard est une réussite.
Une nouvelle itération sur cette tristement célèbre institution française du 19e siècle que fut l’hôpital de la Salpêtrière après le magnifique film de Mélanie Laurent il y a deux ans, Le Bal des folles. Arnaud de Pallières signe un film à la beauté plastique renversante, filme au plus près les visages de ces êtres enfermés à raison ou de force, et mêle suspense, psychologie et drame de la plus belle des façons avec un quintet d’actrices parfaitement indiquées dans leurs rôles.
El Castillo a été l'une des premières séances du FIFAM 2023, l'occasion de rencontre entre une mère et sa fille au sein d'un improbable château dont la mère est la propriétaire suite à un héritage. Déterminée à ne pas le vendre, elle habite ce lieu avec sa présence, ses animaux et toute la force de sa décision. El Castillo est une fiction documentaire d'une grande beauté, poétique et nostalgique, mais aussi ancrée dans un scénario qui s'écrit au présent. Malheureusement, le film n'a pas encore de distributeur en France.
Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.
Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.
De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.
Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.
Avec "Mortépi", Florian Breuil signe un premier roman graphique d’une densité remarquable, où la quête de reconnaissance artistique se mue en impasse existentielle. Dans une ville à moitié noyée, la disparition devient paradoxalement le dernier moyen d’apparaître.