Critiques films

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique

Harcèlement, agression, homophobie, sexisme, racisme… Il existe encore bien plus de termes à coller au champ lexical de la misogynie. D’où vient ce mépris pour les femmes et comment l’ère du numérique a provoqué une escalade de haine à leur encontre ? Je vous salue salope donne la parole à quatre femmes de l’espace public, afin qu’on les entende témoigner de leurs déboires et afin que d’autres victimes puissent se relever à leurs côtés. Un documentaire aussi percutant que nécessaire !

Lost in the night : la mémoire n’est pas soluble dans l’eau

Le cinquième long-métrage d’Amat Escalante, Lost in the night, nous entraîne dans l’univers de violence propre au réalisateur mexicain, mais la critique d’un mode de fonctionnement politique s’entortille de façon intéressante à un drame familial, lui aussi approché sans que le réalisateur et scénariste se départisse de son regard social.

Love It Was Not : rien que la vérité

Les crimes de guerre sont-ils pardonnables ? Un amour interdit est-il tolérable au sein d’un camp de concentration ? Love It Was Not joue constamment sur l'ambivalence entre le bien et le mal, en brossant le portrait d’un geôlier au cœur sensible et d’une jeune femme, qui use de sa captivité pour rester à l’abri des horreurs commises autour d’elle. Maya Sarfaty en appelle aux souvenirs que cette liaison a engendrés pour aboutir à un documentaire surprenamment bien ficelé, sorte de relecture de La Vie Est Belle de Roberto Benigni.

L’Autre Laurens : double asymétrie

Claude Schmitz laisse les planches du théâtre derrière lui pour se pencher sur sa cinéphilie, notamment sur ce qu’il a gardé des œuvres d'outre-Atlantique de son enfance. Avec L’Autre Laurens, présenté à la Quinzaine des cinéastes de Cannes 2023, il exploite un filon qui ne le mène pas nécessairement à la fortune, mais lui permet de bâtir une belle passerelle entre plusieurs genres. Dans une cohérence insoupçonnable et un humour tout aussi improbable.

Edouard Louis ou la transformation : deviens ce que tu mimes ! Rien ne s’oppose à la re-naissance

Dans un documentaire franc et fidèle à l’histoire personnelle et sociale d'une des figures phares de la vie culturelle française, François Caillat construit par touches subtiles et éclairées un portait authentique de l’auteur Edouard Louis.

L’Arbre aux papillons d’or : Et l’Image s’est faite chair

Caméra d’or au dernier Festival de Cannes. Récit sensible et méditatif d'un homme en quête de foi dans le Vietnam contemporain. L'Arbre aux papillons d'or, un film étonnant de maîtrise et de profondeur, qui vous plonge dans la vie nue comme dans une eau purificatrice.

Le Procès Goldman : coupable d’insolence

Il marche seul et n’est pas d’humour à chanter La Marseillaise. Ce n’est pas Jean-Jacques Goldman, mais bien le demi-frère de celui-ci dont il est question dans un procès qui porte son nom. Pierre Goldman est soumis aux préjugés d’un tribunal, qui doit statuer sur un crime qu’il n’aurait pas commis. Certains souhaiteraient le faire taire à jamais, mais ce lieu sacré, où la parole est d’argent, pourrait bien se retourner contre lui, contre sa volonté et son l’innocence qu’il clame haut et fort, si bien que toute provocation de sa part devient un argument social à développer pour Cédric Kahn.

La Nonne 2, la malédiction de Sainte-Lucie : Jésus, Marie, Osef

Parfois, on se demande sérieusement comment certains films peuvent passer l'étape de préproduction. Parlons peu, parlons bien : La Nonne premier du nom, c'était quand même bien catastrophique, non ? Alors, pourquoi faire La Nonne : La malédiction de Sainte Lucie ? Ah, oui... money money.

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