"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.
Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.
Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
"Une affaire de principe" est le deuxième long métrage d'Antoine Raimbault après Une intime conviction (2017). Attaché une nouvelle fois au principe de vérité et de droit, le film suit José Bové (incarné par Bouli Lanners) et deux de ses collaborateurs dans une contre-enquête au cœur des institutions européennes. Le film doit beaucoup à ses interprètes, notamment Céleste Brunnquell en novice maligne qui nous guide dans les arcanes du contre-pouvoir.
Deux frères de cœur se battent pour un rêve commun, celui de voir leur ville natale prospérer. "Un homme en fuite" évoque leur trajectoire, de moins en moins parallèle au fur et à mesure qu’une succession d’injustices les rappelle à l’ordre. Si les intentions d’en extraire une figure mystique sont nobles, ce polar se heurte toutefois à une mauvaise appréciation dans le ton donné aux sujets traités. Ni l’enquête policière au ralenti, ni la révolte sociale qui montre ses crocs, ni la quête de réconciliation entre deux amis d’enfance ne peuvent maintenir à flot cette intrigue, aussi bancale que léthargique.
Huit ans après l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, Cheyenne Caron offre avec Que notre joie demeure un double portrait du vieux curé assassiné et de son assassin. Discrètement hagiographique, le film est aussi généreux en ce qu’il donne toute sa place, avec respect et empathie, au jeune auteur de l’attentat ainsi qu’à sa famille. Plein de tendresse et de véracité, attaché à raconter ses personnages à travers leur quotidien à la fois le plus banal et le plus significatif, le film de Cheyenne Caron peine cependant à laisser rentrer, dans une histoire qui pourtant y invitait, le monde et l’outre-monde, l’Histoire et Dieu, et à dépasser ainsi parfois l’anecdote et le simple hommage.
Un voyage d’affaires, des projets de vacances, un déménagement à l’étranger ? Il existe de nombreuses raisons pour pousser les portes de l’aéroport et s’envoler vers d’autres horizons. Pourtant, l’incertitude règne dans ce lieu de transit, dernier bastion avant de passer la frontière, américaine dans ce contexte. Dans une ambiance anxiogène qui reflète des sentiments bien réels, "Border Line" nous confine dans les coulisses de cet établissement, aménagé comme un pénitencier dont on ne souhaiterait visiter pour rien au monde.
Premier long-métrage de la réalisatrice mongole Lkhagvadulam Purev-Ochir, Un Jeune Chaman accompagne l’itinéraire du héros à la lisière des mondes qu’il côtoie. Une réalisation sensible et fascinante.
Dans un monde qui connaît de multiples crises, l’humanité choisit de sacrifier son espérance de vie pour sauver la planète. Nous y suivons un homme et une femme, déchirés par le système mis en place et leur désir de vivre leur amour jusqu’à la dernière seconde. Mais peut-on vraiment s’aimer dans ce contexte ? À la force d’une animation somptueuse, "Sky Dome 2123" ne cesse d’émietter des indices de façon à multiplier les interprétations quant à leur trajectoire et leur véritable destination.
Dans une campagne isolée du XIX°siècle, en Roumanie, un aubergiste juif aussi prospère que méprisé, décide de licencier son domestique chrétien après une énième provocation. Les fêtes de Pâques approchent. Le domestique menace son dorénavant ex-employeur d’un vague attentat sur lui et sa famille, annoncé pour le dimanche. Dès lors, une hostilité sourde semble se répandre autour de l’aubergiste. Devient-il fou ou sont-ils tous prêts à le pendre ? Cette coalition invisible aux profonds relents antisémites, va, au rythme lent de la vie quotidienne, sans spectaculaire, dévorer progressivement de peur le cœur de l’aubergiste.
Après nous avoir mis l’eau à la bouche et fait trépigner d’impatience depuis l’annonce du sujet, la découverte de la première bande-annonce très impressionnante et en sachant que c’est le premier gros budget d’A24, il faut avouer qu’Alex Garland nous déçoit (un petit peu) avec son nouvel opus Civil War. Un film qui ne porte pas son nom si bien qu’on pourrait le croire. En effet, le principal reproche que l’on pourrait faire au film est de passer en partie à côté de son sujet éminemment politique, passionnant et surtout en plein dans l’actualité. Comme si Garland bottait en touche, effrayé par ce qu’il pouvait raconter. On parle en effet ici peu de guerre civile, qui devient un arrière-plan au final très opaque, mais on a droit à un excellent film sur le journalisme de guerre, haletant, profond et surtout doté d’un final explosif et impressionnant.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.