Winter Break : un Noël vintage et doux-amer en pantoufles

Alexander Payne est de retour après une longue pause. Peut-être est-ce l’échec injuste de son pourtant excellent et ambitieux Downsizing qui a mis un frein à sa créativité durant plusieurs années ? Difficile à dire. En tout cas, il nous revient avec une proposition bien plus classique et posée qui n’en demeure pas moins fortement agréable. Le genre d’œuvre à l’ancienne comme on en fait plus. Winter Break est une douce comédie dramatique et existentielle, nantie d’un goût doux-amer du meilleur effet. Certes un peu longue, mais sans pour autant sombrer dans des excès contemplatifs, c’est une chronique qui fait du bien. Le genre de film au sein duquel on rentre comme dans des pantoufles chaudes et surtout un film de Noël qualitatif, intelligent et tout sauf niais ; ce qui n’est clairement pas la panacée…

Synopsis : Hiver 1970 : M. Hunham est professeur d’histoire ancienne dans un prestigieux lycée d’enseignement privé pour garçons de la Nouvelle-Angleterre. Pédant et bourru, il n’est apprécié ni de ses élèves ni de ses collègues. Alors que Noël approche, M. Hunham est prié de rester sur le campus pour surveiller la poignée de pensionnaires consignés sur place. Il n’en restera bientôt qu’un : Angus, un élève de 1ère aussi doué qu’insubordonné. Trop récemment endeuillée par la mort de son fils au Vietnam, Mary, la cuisinière de l’établissement, préfère rester à l’écart des fêtes. Elle vient compléter ce trio improbable.

Le cinéaste à qui l’on doit des films cultes mais à la qualité réelle variable, tels que Monsieur Schmidt, Sideways ou The Descendants, revient une demi-décennie après l’échec de la géniale comédie de science-fiction Downsizing. Et avec une œuvre qui pourrait sembler plutôt mineure de prime abord : une comédie dramatique prenant place dans les années 70 en Nouvelle-Angleterre durant la période de Noël. Mais loin d’être un typique film de fin d’année destiné à toute la famille – c’eût été étonnant de sa part –, il nous convie à une étude de caractères bien sentie à la tonalité plus amère que douce du meilleur effet.

Dans un lycée pour jeunes fortunés, on découvre un professeur aigri, alcoolique et malaimé qui est d’astreinte pendant les fêtes de fin d’année pour les quelques élèves dont les parents ne peuvent assumer la garde. Il va se retrouver avec cinq d’entre eux et la cuisinière. Quatre d’entre eux vont être un peu facilement écartés par le scénario pour que finalement Winter Break croque un drôle de trio mal agencé, dont chacun a des problèmes à régler. Dommage d’ailleurs que le film évacue l’effet de groupe initial si vite et les quelques effets comiques sympathiques qui s’y prêtaient mais l’intérêt de Payne semble ailleurs. Dans l’analyse de ceux qui ont des traumas, des blocages et des idées arrêtées que la vie et cette petite parenthèse hivernale vont faire évoluer. Et c’est peut-être en effet mieux de circonscrire cette étude à trois protagonistes plutôt qu’un groupe.

Entre chronique hivernale (comme son titre français l’indique), étude de mœurs et comédie dramatique intello (mais pas hermétique pour autant), Winter Break se suit avec plaisir. Une œuvre qui déploie un charme vintage et rétro du meilleur effet, de sa patine photographique à l’ancienne à son rythme nonchalant. Peut-être un peu trop parfois peut-être. En effet, deux heures et quinze minutes, c’est peut-être une vingtaine de trop pour une telle histoire. On remarque que beaucoup d’auteurs récents ont du mal à couper, sacrifiant souvent (mais pas toujours) l’efficacité et le rythme à leur générosité au montage. On ne peut pas dire qu’on s’ennuie pour autant, les micro-péripéties et les séquences réussies s’enchaînant à bon rythme.

On apprécie en outre de retrouver un grand acteur qu’on avait tendance à oublier depuis quelque temps. Il s’agit de Paul Giamatti, découvert justement par Payne il y a vingt ans dans Sideways et sa route des vins en couple. Comédien racé promu à de grands rôles, le destin l’a vu se fourvoyer depuis une dizaine d’années dans des seconds rôles de grosses productions hollywoodiennes plus ou moins aimables. Ici, le film est tout entier dédié à lui et à son talent, et l’acteur le lui rend bien. A ses côtés deux inconnus ne déméritent pas même si on en a que pour le comédien principal, tantôt émouvant dans sa solitude et tantôt agaçant dans sa rigidité.

Winter Break alterne agréablement scènes émouvantes et scènes parfois drôles. Les dialogues sont écrits aux petits oignons et constituent l’atout indéniable d’une œuvre belle et revigorante. Les images sont belles, on sourit beaucoup et on se demande comment va évoluer cette relation improbable où chacun va apprendre de l’autre au fur et à mesure des jours, des discussions et des aventures. Bien sûr, quand on parle d’aventures, c’est juste des passages où il se passe quelque chose, le tout étant anti-spectaculaire au possible. Au final, on passe un doux moment, aussi tendre et chaleureux qu’amer et nostalgique. Et il est rare de voir des personnages aussi fouillés et bien écrits, rien que pour cela ce beau film vaut le coup d’œil.

Bande-annonce – Winter Break

Fiche technique – Winter Break

Réalisation : Alexander Payne.
Scénario : David Hemingson.
Musique: Mark Orton.
Production : Miramax.
Pays de production : USA.
Distribution France : Universal.
Durée : 2h13.
Genres : Comédie – Drame.
Date de sortie : 13 décembre 2023.

Note des lecteurs2 Notes
3.5

Festival

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