Saltburn, quand le sublime rencontre le chaos

Après le succès de Promising Young Woman, Emerald Fennell revient avec un second long-métrage. Saltburn, psychodrame très attendu, s’exporte à l’international après une sortie très limitée aux Etats-Unis. Réalisatrice de talent, casting prometteur, que vaut vraiment Saltburn ?

Lorsqu’Oliver (Barry Keoghan), jeune étudiant de l’université d’Oxford, se lie d’amitié avec Félix (Jacob Elordi), ce dernier l’invite à passer l’été dans sa somptueuse maison familiale à Saltburn. Commence alors un tourbillon de folie mêlant soirées, luxure et drame.

Un scénario simpliste assumé

Après l’obtention d’un Oscar pour le scénario très remarqué de Promising Young Woman (2020), Emerald Fennell, s’est inscrite parmi les plus grands espoirs cinéma de sa génération. Au regard de cette réussite, les attentes pour Saltburn étaient très élevées. Malheureusement, en matière de qualité scénaristique, le film se range bien derrière, avec une intrigue objectivement improbable. Entre satire sociale et simili-thriller, le manque d’axe concret peut être désorientant. Saltburn n’est pas un film purement politique ni vraiment un palpitant whodunit à la conclusion grandiose.

Malgré le caractère déceptif du scénario, sa simplicité semble être un choix artistique assumé : ce qui compte ici, ce n’est pas l’histoire, c’est l’essence des personnages et leur psychologie. Drame psychologique doublé d’une dose modérée d’humour, Saltburn semble être un électron libre, une expérience cinématographique de 2 heures et 7 minutes qui déroute autant qu’elle fascine. Parfois malaisant et décalé, ce film ne s’adresse cependant pas à tous les publics. Saltburn est de ces films que l’on adore ou que l’on déteste.

Une cinématographie époustouflante

Malgré ce bémol scénaristique, Saltburn reste un film extrêmement envoûtant. Avec une cinématographie d’exception, il mérite d’être vu, purement pour sa beauté. Avec des images au ton argentique, des plans sublimes et des décors aussi magiques que démesurés, le film nous invite au cœur d’une fascinante aristocratie anglaise à l’accent très années 2000. Saltburn, c’est une rencontre un peu mystique entre Call me by your name (Luca Guadagnino) et Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick).

Les costumes remarquables, par la cheffe costumière Sophie Canale, donnent un cachet supplémentaire au film qui se transforme en défilé géant. Particulièrement à la fin du film, lors d’une grande bacchanale à l’allure Shakespearienne (Songe d’une nuit d’été). Les costumes sont minutieusement pensés et collent intimement à chaque personnage. On retrouve, par exemple, un Oliver (interprété par Barry Keoghan) en petit blazer ouvert et avec des cornes de cerf, lui donnant un air royal, presque allégorique. Impossible de ne pas penser immédiatement au rôle de l’acteur dans la Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos. Référence volontaire au titre ou accidentelle ? À vous de nous le dire… Toute cette magie visuelle est doublée d’une superbe bande son, pensée par Anthony Wilis (qui a également travaillé sur Promising Young Woman), allant des bangers des années 2000 aux hymnes bibliques.

Il est impossible de vanter la qualité de Saltburn sans aborder la qualité de jeu des acteurs. Barry Keoghan, s’impose depuis plusieurs années comme l’un des meilleurs espoirs de sa génération et il nous offre, une nouvelle fois, une performance aussi tordue que sublime. A ses côtés, Jacob Elordi, connu pour le rôle de Nate Jacobs dans Euphoria, est impressionnant de talent et confirme sa légitimité au grand-écran. Outre ce duo envoûtant, Rosamund Pike propose un jeu somptueux, presque au niveau de son rôle glaçant dans Gone Girl (2014).

En clair : Sur un air de Murder On the Dancefloor, Saltburn est un film d’une qualité visuelle et artistique rare qui fait plaisir aux cinéphiles. C’est une œuvre cinématographique à part entière, qui mérite d’être vue. Loin des blockbusters, on ne regarde pas ce film pour son dénouement, mais pour tout le reste. Saltburn est un film truffé de références littéraires, théâtrales et cinématographiques qui parleront, sans l’ombre d’un doute, à tous les amoureux du 7e art.

Bande d’annonce – Saltburn

Fiche Technique – Saltburn

Titre original: Saltburn
Réalisation et scénario : Emerald Fennell
Musique : Anthony Willis II
Décors : Suzie Davies
Costumes : Sophie Canale
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Victoria Boydell
Production : Emerald Fennell, Josey McNamara, Bronte Payne et Margot Robbie
Production exécutive : Tom Ackerley, Tim Wellspring
Sociétés de production : LuckyChap Entertainment, Metro-Goldwyn-Mayer et MRC
Sociétés de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer (États-Unis), Amazon Prime Video (France)
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni
Genre : Comédie, Drame psychologique, Thriller
Date de sortie : 24 novembre 2023 (sur Amazon Prime Video)

Note des lecteurs2 Notes
4.5

Festival

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