Qui est vraiment le Joker ? Analyse de l’ennemi juré de Batman à travers les arts

« What doesn’t kill you makes you stranger » A chaque itération du Joker, le personnage marque les esprits. Sa folie, son teint blanchâtre, son costume violet… Depuis plus de 80 ans, le prince du crime est célébré par  la pop-culture. Mais le mystère continue de planer autour de son identité, ses motivations et ses origines, rendant encore plus fascinant ce vilain de la mythologie moderne. A l’occasion de la sortie de Joker, un thriller sombre qui lui est consacré, on remonte le temps pour traverser les films, les jeux-vidéos et la bande-dessinée afin de mieux comprendre ce machiavélique mais si populaire personnage.

« Why so serious ? »  La phrase est martelée de manière plus en plus agressive par un clown. Il tient un homme de la pègre la main sur sa joue, lui enfonçant un couteau dans la bouche avec son autre main. Le ton monte. En un coup, l’homme meurt et s’écroule par terre. Aujourd’hui, cette question ironique est culte. Nous sommes en 2008, Heath Ledger incarne le Joker, ennemi emblématique du super-justicier Batman, et sa performance marque le cinéma du 21ème siècle. Elle devient même un marqueur de performance. L’acteur décède avant la sortie du film et sa consécration, jusqu’à remporter l’oscar de manière posthume. Les rumeurs autour d’une folie due au personnage commencent à entourer la disparation de l’acteur, mythifiant ainsi le personnage et son interprète à jamais. Une partie du documentaire I Am Heath Ledger se consacre à ce sujet. Une chose est sûre : Heath Ledger n’a pas joué un personnage comme les autres. Ce personnage, c’est le Joker, l’un des plus fascinants et célébrés de la pop-culture. « Ça peut paraître étrange, mais aux États-Unis, les comics sont un peu notre Shakespeare. Et on peut faire de nombreuses adaptations différentes d’Hamlet. Donc oui, il y aura bien d’autres Jokers dans le futur, j’en suis certain » dit Joaquin Phoenix, dernier acteur a avoir campé le personnage.

Les origines du mal

Et le prince du crime trouve ses origines dans la littérature des comics. Il prend forme au même moment que Batman, dans sa toute première aventure publiée en 1940 par DC Comics. Des mêmes inventeurs que le chevalier noir, Jerry Robinson, Bill Finger et Bob Kane, le Joker tire son sourire démoniaque de L’Homme qui Rit de Victor Hugo. Dès le départ, on le trouve avec son teint blanchâtre, ses cheveux verts et son costume violet. Il incarne alors le parfait gangster, empruntant sa dégaine aux mafieux de la première partie du siècle passé. Une approche qui s’est effacée, au fil du temps, notamment dans les années 50 à travers la réglementation du Comics Code Authority, pilier de la bonne morale de la bande-dessinée américaine. Ce n’est que plus tard qu’il retrouve ses origines de criminel. Sa première apparition en « live action » se déroule dans le film kitschissime Batman de 1966 et la série du même nom. Sous les traits ricaneurs de César Romero, qui n’avait pas voulu raser sa moustache sous le maquillage blanc, le clown est loin de faire peur et incarne la version la plus gaguesque du vilain. Sur son interprétation, l’acteur déclarait : «  Une fois que vous portez un costume avec son maquillage et sa perruque, vous changez complètement et vous êtes en immersion. C’était en fait un personnage très facile à jouer. Il faut se lâcher, rire et crier »

Le Joker symbolise un mal universel, dont la folie et l’apparence s’adaptent aux récits et aux époques où il est représenté. Et c’est là tout l’interêt du vilain. A chaque annonce, un monde différent peut être attendu. Peu de personnages peuvent réclamer d’être aussi différents dans l’ensemble de leurs incarnations. C’est dû à une particularité claire du personnage : il n’a pas d’identité fixe. Ne nous méprenons pas, certains auteurs ont tenté de lui dessiner un passé, jamais définitif. Dans The Killing Joke d’Alan Moore, origin story la plus célèbre du personnage, le Joker est d’abord un technicien misérable, comédien raté à ses heures perdues. Défiguré à cause de produits chimiques, il sombre progressivement dans la folie avant d’incarner sa nouvelle persona : le Joker. Pourtant conscient des limites que peuvent poser les origines du personnage, Alan Moore fera dire au vilain la phrase suivante : « Quitte à avoir un passé autant qu’il soit multiple ». L’histoire que nous venons de lire devient flou et enrichit encore plus le mystère lié au clown.

Cette phrase sonne comme l’aveu que le personnage ne peut se limiter à des origines. Pourtant ce passé inspire une partie de l’histoire du Joker, actuellement sur les écrans incarné par Joaquin Phoenix, ainsi que les raisons de son apparence monstrueuse dans Batman de Tim Burton et dans le Joker bodybuildé de Suicid Squad. Mais ce flou autour des origines, c’est ce qui fait la force du personnage. Face à un ennemi comme Batman, dont on conte l’éternelle histoire du meurtre de ses parents et de sa transformation en justicier, le Joker reste un mystère. Une énigme qui ne trouve jamais de réponses. C’est pourquoi chacune de ses apparitions sur écran fait date : elle ne répond jamais au même look, à la même histoire, à la même attitude. Et si un film l’a bien compris, c’est The Dark Knight de Christopher Nolan. Dans le long-métrage, le Joker s’invente une nouvelle histoire à chaque interlocuteur. Personne ne peut connaître sa motivation à semer le chaos ou l’origine de ses cicatrices. Onze ans plus tard, le personnage nourrit encore toutes les théories. La série Gotham, consacrée à la genèse de Batman et des vilains de la ville, a beaucoup joué de cette multiplicité de versions et d’origines. Le personnage Jérôme Valeska débarque dès la première saison mais n’est pas présenté comme celui qui deviendra le Joker. Bien qu’imparfaite et incohérente car développée dans une série bancale sur de nombreux aspects, l’interprétation de Cameron Monaghan est peut-être la plus complète. Pendant les nombreuses saisons, le personnage puisera dans presque toutes les versions du personnage des comics au cinéma. On le verra à la peau claire et au look violet soigné comme dans sa première apparition dans les comics, autant que le visage arraché tel qu’il est représenté dans les versions New 52. Lorsqu’on l’aperçoit dans une scène d’interrogatoire démente, il mime à la fois la folie de Heath Ledger que le rire clownesque de Nicholson tout en apportant une autre dimension au personnage.

Et c’est dans la diversité des acteurs et des incarnations que le Joker prend tout son sens. Un personnage aux passés multiples et aux apparences variantes ne peut exister qu’à travers plusieurs mediums et visages. Sa folie navigue entre les films et prête une chance à des acteurs de jouer l’un des rôles de leur vie. D’ailleurs chaque prestation se nourrit des autres. Lors de la scène d’ouverture de The Dark Knight, le Joker arbore un masque qui rappelle celui porté par Romero. Dans le Joker de Todd Phillips, le vilain se retrouve à l’arrière d’une voiture de policiers traversant les rues de Gotham comme dans le long-métrage de Nolan. Les créateurs du Joker ont produit un personnage qui les dépasse et qui est devenu un objet de fascination. Une figure mythologique moderne.

Les dénominateurs communs entre toutes ces performances sont à priori la folie, le goût pour le chaos et son amoralité exacerbée. A chaque nouvelle interprétation, le spectateur attend béat : quel sera son rire ? Son sourire sera t-il une cicatrice ou des lèvres marquées au rouge à lèvres ? A quoi ressemblera t-il ? Peu de personnages peuvent se vanter de nourrir autant de fantasmes, car il y a dans le Joker quelque chose qui nous échappe. Des éléments de l’ordre du non-raconté voire de l’irracontable. Une folie qui ne fait pas sens et ne trouve racine dans aucun code moral. Un véritable agent du chaos comme il est souvent décrit. Mais c’est aussi un antagoniste, qui bien que fascinant, est joueur d’une violence extrême. Il n’a pas hésité à battre à mort Jason Todd, l’un des jeunes Robin de Batman. Il a dépecé vivant l’un de ses compères. Et dans le fameux arc The Killing Joke, il rend Barbara Gordon, fille du célèbre commissaire, handicapée en lui tirant une balle dans la colonne vertébrale devant son père attaché.

Une histoire d’amour

Mais quel lien entre le mafieux loufoque de Nicholson, le terroriste acharné de Ledger ou le clown ricanant de Romero ? Leur rapport avec Batman. C’est d’abord cette dualité entre le vilain et son antagoniste qui forme l’essence du personnage. Tout les oppose. L’un est un homme sombre déguisé en chauve souris, avec un sens strict de la justice et de la morale. L’autre est un clown ultra-coloré sans aucune limite qui sème la chaos sans but précis. Mais les deux sont des monstres, des créatures déguisées à la périphérie de la norme. Loin des grands combats entre lasers et super-pouvoirs, le duel qui oppose les deux personnages se joue sur une échelle d’abord psychologique et humaine. Dans la scène d’interrogatoire de The Dark Knight, le Joker et le Batman se font face. Ils semblent être issus de deux mondes différents, mais le discours du clown vient les réunir. « Qu’est-ce que je deviendrais sans toi ? Je recommencerais à racketter les dealers de la pègre ? Non, non… Non. Non, toi… tu me complètes. (..) Ne parle pas comme eux, ce n’est pas toi. Même si tu en rêves… À leurs yeux, tu n’es qu’une bête de foire, comme moi. » Sous Tim Burton, les deux personnages sont le résultat des actions de l’autre. Bruce Wayne devient Batman car le Joker, avant sa transformation, tue ses parents. Le Joker devient qui il est car Batman le pousse dans des produits chimiques.

Batman ne se résout jamais à tuer le Joker. « Tu ne me tues pas par principe, je ne tue pas parce que tu es amusant » ricane l’antagoniste. Dans le comics The Dark Knight Returns, le Joker se brise lui-même la nuque lorsqu’il se rend compte qu’il ne pourra plus affronter le justicier masqué. S’ils sont bels et biens ennemis, le relation se base sur un rapport d’attraction/répulsion. Une très belle cinématique exprime ce rapport ambigu dans le jeu-vidéo Batman : Arkham Origins. Le Joker, incarcéré à l’asile d’Arkham, s’entretient avec la psychiatre Harley Quinzel, qui deviendra plus tard son acolyte folle Harley Quinn, version féminine du clown fou. Le Joker raconte une rencontre qui a bouleversé sa vie et  qui vient de lui donner tout son sens. Harley tombe sous le charme pensant qu’elle est cette personne. Mais tout le long, le Joker parle de Batman. Il en semble même amoureux. Harley Quinn étant la chandelle du véritable couple que forment Batman et Joker.

Le duo Quinn/Joker a été mis à l’écran pour la première fois dans Suicid Squad, en 2016. Cette nouvelle version du Joker était incarnée par Jared Leto, dans un look particulier. Affublé de chaînes en or, d’un manteau en crocodile et d’une quinzaine de tatouages, l’acteur n’aura que sept minutes dans un film de deux heures pour se faire remarquer. Acteur dans un film malade, pour lequel le personnage a fait office de vitrine grâce à sa popularité, Jared Leto n’aura pas marqué les fans. Pourtant cette incarnation n’était pas complètement incohérente avec les origines du personnage. « Le personnage a toujours été un gangster, vous savez ? Il a toujours fait partie de la pègre, depuis ses débuts dans les années 40 (…). Et il faut alors se demander ce à quoi un patron du crime organisé ressemble aujourd’hui ? » explique David Ayer, réalisateur du film. A travers sa courte apparition, le Joker garde son aura mystérieuse mais déçoit de par sa romance avec Harley Quinn et son look de bad boy adolescent. Il est accusé par les puristes d’être un amoureux transi, loin de l’image de fou diabolique qu’on lui connaît. Parce que si le Joker est dur à identifier, une chose est sûre : les exigences sont toujours élevées. Encore plus après les performances iconiques de Nicholson et Ledger.

Éternel agent du chaos

Alors quand Todd Phillips, réalisateur de la trilogie comique Very Bad Trip, annonce faire un film sur les origines du personnage, on pouvait s’inquiéter du résultat. Une inquiétude qui entoure aussi la mythologie du personnage. Il est annoncé que Batman n’apparaîtra pas, et que ce sont bien les racines du clown qui seront racontées. Un postulat qui laisse dubitatif quand on connaît la complémentarité des deux protagonistes de comics. Il y a aussi la force du mystère qui plane volontairement autour du passif du vilain. Dans cette nouvelle version du personnage qu’on ne développera pas pour éviter les spoils, le Joker a d’abord un nom : Arthur Fleck. Il est un homme atteint d’un handicap qui lui provoque des rires incontrôlés. Pendant tout le long du film, « la société » le tourmente jusqu’à le faire sombrer complètement dans la folie. Ici, sa création n’est pas le fruit d’une chute dans un puits de produits chimiques mais la conséquence d’une longue humiliation par les plus puissants. Et c’est peut-être la plus grosse erreur que fait le film, contextualisant le Joker seulement dans une quête vengeresse guidée par une morale précise et identifiable. Le scénario tente d’instiller quelques doutes sur la subjectivité du récit mais le propos reste le même : ce sont les autres qui ont fait du Joker qui il est mais ce sont aussi les autres qui le placent en tant qu’icône. On peut y voir un parallèle avec la vie du personnage depuis 80 et son public. Le personnage devait disparaître après sa première apparition, mais c’est le public qui a poussé pour le faire rester. Ce même public, qui dans une fascination presque morbide, a fait de ce criminel fou et costumé l’un des visages les plus célèbres de la pop-culture. Peut-être rappelle t-il les limites que personne n’imaginerait franchir. Cette liberté dénuée de toute morale que prônait le Joker de Nicholson. Peut-être aussi séduit-il par son charisme inhérent à son maquillage de clown et sa grâce costumée de prince du crime. Sûrement rappelle t-il que tout peut être pire, et qu’il y aura toujours plus vilain en face. D’ailleurs, on se rend compte qu’au fur-et-à-mesure des interprétations, le Joker devient de plus en plus menaçant et terrifiant. « Some men just want to watch the world burn » dit Alfred à Bruce Wayne, interrogeant les motivations du Joker dans le film de Nolan. Pas de chance pour nous, de Romero à Phoenix, ces hommes-là sont nombreux à semer le chaos. Chacun à leur manière.

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