Analyse Littéraire

Dissolution : Sodome et Gomorrhe en Angleterre

« Mais le cauchemar revint cette nuit-là. Il y avait des mois que je n’avais pas rêvé de l’exécution de la reine Anne, mais la vue du cadavre de Singleton me remit tout en mémoire. Par une belle matinée de printemps j’étais de nouveau sur le Tower Green (la partie ouest de la cour intérieure de la Tour où l’on décapitait les condamnés de sang royal et les nobles), parmi l’énorme foule entourant l’échafaud recouvert de paille. J’étais au premier rang, lord Cromwell ayant ordonné à tous ses protégés d’être présents afin qu’ils soient liés à la chute de la reine. Il se trouvait à deux pas, au premier rang lui aussi. Bien qu’il ait dû son ascension à son appartenance au groupe d’Anne Boleyn, c’était lui qui avait préparé l’accusation d’adultère ayant causé sa perte. Il avait l’air sévère et renfrogné, incarnation du courroux de la justice. »

Impasse des deux palais, Le Caire confidentiel

« A l’époque de son mariage, c’était une toute jeune fille, à peine âgée de quatorze ans. Mais, à la suite de la mort de ses beaux-parents, elle s’était vite retrouvée seule à la tête de cette grande demeure, aidée alors uniquement dans sa tâche par une femme âgée qui la quittait à la tombée de la nuit pour aller dormir dans le réduit du four à pain, à l’autre bout de la cour, l’abandonnant au monde des ténèbres peuplé d’esprits et de spectres, tantôt s’assoupissant, tantôt cherchant le sommeil jusqu’à ce que revienne son vénérable mari de ses interminables sorties. »

Époque, celle du numérique

« Lana ponctue la plupart de ses phrases d’un éclat de rire, comme si la légèreté était la seule réponse à son addiction au cannabis, à son mariage malheureux, à ses difficultés avec ses enfants, à son échec scolaire passé, à son ennui présent. »

La femme qui en savait trop… dans quel domaine ?

« Les hommes ne m’intimidaient pas. J’avais toujours eu le dessus sur eux, et j’entamais des relations avec autant de facilité que j’y mettais fin. Ils étaient pour moi des cobayes sur lesquels je testais mes dons de caméléon. Des pierres sur lesquelles je bâtissais ma carrière d’actrice. »

Le Juif errant, d’Eugène Sue : critique-feuilleton, épisode 1

Pour rendre compte du Juif errant, d’Eugène Sue, roman long (1600 pages dans l’édition que nous lisons actuellement) et foisonnant, nous décidons donc d’en faire une critique-feuilleton, découpée en plusieurs épisodes qui paraîtront à intervalles plus ou moins réguliers, au fil de la lecture. Aujourd’hui, premier épisode, où l’on parle de la Sibérie, de séparations, de Bonaparte et d’un ténébreux montreur d’animaux sauvages.

Cycle littérature soviétique et russe : « Pour une juste cause » de Vassili Grossman

Parmi ces plumes souvent citées, celle de Vassili Grossman, sur le front russe. Pour une juste cause est le récit dans l'ombre d'un autre monument, Vie et destin, narrant la bataille de Stalingrad.

La Mouette ou la mise en scène de ceux qui ont voulu être mais ont échoué

La Mouette est une pièce de théâtre russe écrite par Anton Tchékhov en 1896. L'œuvre n'a pas cessé depuis de résonner et d'être adaptée. Portée par des personnages "comme nous", La Mouette est une pièce tragique bien que décrite par son auteur comme une comédie. On y retrouve notamment la symbolique forte de ce petit oiseau blanc et gris qui n'a qu'un rêve : la liberté, mais qui une fois sur terre se retrouve empêtré tel l'Albatros de Baudelaire. Analyse dans le cadre de notre cycle consacré à la littérature russe.

Le Dragon, de Evgueni Schwartz : le théâtre contre le totalitarisme

Sous couvert d'une pièce de théâtre aux allures de conte médiéval, avec son chevalier errant venant combattre un dragon qui tyrannise une petite ville imaginaire, Le Dragon, pièce écrite par Evgueni Schwartz en 1943, est une description finement observée des mécanisme de ce que l'on n'appelait pas encore le totalitarisme.

Cycle littérature soviétique et russe : quatre classiques de science-fiction

La science-fiction russe existe depuis le XIXème siècle, et même si elle a connu de nombreux bouleversements à travers son histoire, elle n'a presque jamais été aussi riche que pendant le régime soviétique, malgré la censure. Découvrons 4 de ses romans les plus importants, considérés comme des classiques aujourd'hui.

Cycle littérature soviétique et russe : « La Maison de Lialia et autres nouvelles », de Ludmila Oulitskaïa

En trois courtes nouvelles, Ludmila Oulitskaïa examine le quotidien de trois femmes vieillissantes confrontées aux aléas du quotidien. Que faire dans le temps qui nous est imparti ? Des histoires de passion sans réelle satisfaction.

La Défense Loujine ou les échecs comme obsession

"Les échecs couvraient pour lui le champ du réel, tout le reste n’était que rêve" : dans La Défense Loujine, écrit en 1929, Vladimir Nabokov décrit la vie d'un personnage pour qui le jeu d'échecs devient une obsession, une manie le coupant de la réalité et façonnant sa manière de voir le monde.

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