« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« Les êtres sauvages, commença-t-il. Ça m’a toujours paru un peu erroné de dire ça d’eux. Ils ne sont pas sauvages. En tout cas, pas comme la plupart des gens le conçoivent. Observez-les. Voyez comment ils sont les uns envers les autres. Ils sont plus dociles que nous. Je crois que c’est parce qu’ils savent d’emblée comment aimer et que nous, nous devons l’apprendre. Je vois cela en eux. Comment l’amour les rend dociles. Pas seulement entre eux. La nature. Son mystère. L’attraction de la lune. Le ciel. Toute l’atmosphère qui s’en dégage. C’est ce qui m’attire. Cette grande ouverture qu’ils offrent. C’est ce que j’essaie de ressentir quand je suis avec eux. Ce que j’essaie de voir et de saisir, si j’ai de la chance. Cette authenticité. »
« Il a produit de sa poche gauche un paquet de Soleil Levant. Ce que le ravitaillement nous réserve de temps à autre, ce sont des Milan d’or, et pour ce qui est de ces Soleil Levant, à cause de la présence de feuilles de grande renouée, je ne pourrais affirmer qu’elles sont bonnes, avec la meilleure volonté du monde ; cependant, une bouffée de leur fumée me procure une sensation de nicotine jusqu’au bout des doigts et un agréable fourmillement gagne tout mon corps. C’est bien là la plus grande jouissance du fumeur. Je sais comment m’en procurer. Il suffit de bourrer de riz perlé un paquet vide de ces Soleil Levant puis d’aller se tenir devant le débit de tabac du coin, d’attendre le moment où les passants ont disparu pour mettre prestement le paquet sous le nez de la buraliste. La seconde d’après le riz a été escamoté au profit de tabac. »
La science-fiction russe existe depuis le XIXème siècle, et même si elle a connu de nombreux bouleversements à travers son histoire, elle n'a presque jamais été aussi riche que pendant le régime soviétique, malgré la censure. Découvrons 4 de ses romans les plus importants, considérés comme des classiques aujourd'hui.
En trois courtes nouvelles, Ludmila Oulitskaïa examine le quotidien de trois femmes vieillissantes confrontées aux aléas du quotidien. Que faire dans le temps qui nous est imparti ? Des histoires de passion sans réelle satisfaction.
"Les échecs couvraient pour lui le champ du réel, tout le reste n’était que rêve" : dans La Défense Loujine, écrit en 1929, Vladimir Nabokov décrit la vie d'un personnage pour qui le jeu d'échecs devient une obsession, une manie le coupant de la réalité et façonnant sa manière de voir le monde.
Dans L'Œuvre, quatorzième roman des Rougon-Macquart, écrit juste après Germinal, Zola plonge dans le monde des artistes précurseurs, en se dépouillant de tout l'apparat romantique attaché à l'artiste bohème. Cela donne un roman, comme toujours très documenté, mais particulièrement sombre et dramatique, habité par une réflexion profonde sur le rapport entre l'art et la réalité.
La question du temps est une question complexe, soulevant de multiples interrogations. Ossip Mandelstam, avec son recueil "Tristia", s'en empare pour proposer une œuvre forte, qui a su traverser le siècle.
Ivan Tourgueniev fut une figure essentielle de la littérature russe du XIXème siècle, mais il trouva aussi une place dans les débats politiques de son temps (et même des époques postérieures). Paru en 1856, Roudine est son premier roman, écrit après des années de pratique littéraire pendant lesquelles Tourgueniev s’était appliqué à l’écriture de poèmes et surtout de nouvelles. À travers le personnage de Roudine Tourgueniev dresse le portrait d’une génération d’intellectuels russes issus de la noblesse.
« « La prochaine fois que tu réponds à une annonce, avait dit le mec, fais comme si t’en avais envie, du poste. Mets une chemise propre et tiens-toi droit sur ta chaise ; souris, peut-être ; regarde la personne à qui tu as affaire dans les yeux. Dis que tu veux le boulot. Et ne regarde pas ton futur employeur comme si tu avais envie de lui botter le cul. » A ce moment précis, Rogers avait eu envie de lui botter le cul, à ce joli garçon, mais plus tard, en y repensant, il s’était aperçu que le petit blanc avait raison. Alan Rogers n’avait jamais eu de modèles. Personne pour lui expliquer même les trucs les plus simples, genre comment s’habiller, comment faire pour chercher du travail, comment se tenir. Comment vivre, quoi. »
« A la moitié du repas, Al et moi nous renversions contre le dossier de notre chaise, n’étant plus bons qu’à écouter et à regarder, en proie à une sorte d’hébétude. Miss Lyse avait l’air d’un personnage sorti d’un dessin animé de Walt Disney… grignote, grignote, mord, mastique, grignote, grignote… dévorant méthodiquement tout ce qui se trouvait sur la table, au point que nous n’aurions pas été surpris le moins du monde de la voir s’attaquer avec beaucoup de délicatesse, entre deux menus propos, aux assiettes elles-mêmes, tout en nous adressant un vif regard de ses yeux noirs et un petit signe de sa tête blanche, puis aux livres alignés sur le dessus de la cheminée, ingurgitant peu à peu toute la rangée, Shakespeare, Confucius, Claudine à l’école, Les Croix de bois, The Methodist Faun,… grignote, grignote, cric, crac, croque. »
Avant l’Hermione, avant le héros célébré des deux côtés de l’Atlantique, il y eut La Victoire et une première traversée clandestine. Avec Amériques, Esther Gil et Laurent Paturaud racontent cette aventure française dans la guerre d’Indépendance américaine en déplaçant légèrement le regard : Lafayette est là, mais le véritable guide se nomme Charles-François du Buysson.
Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour referment leur diptyque sur Newland Arrow, héritier de la haute finance new-yorkaise qui persiste à préférer aux salons bourgeois la poussière des trains et la compagnie des hobos. Une belle idée de personnage, une Amérique saisissante, mais un second volume qui avance parfois un peu trop vite.
« - Est-ce que tu savais que « famille » venait du dialecte primitif du centre de l’Italie ?
- Et ça y est… C’est reparti avec les théories…
- C’est dérivé du mot « famel ». Et « famel » dans ce dialecte, ça veut dire « esclave ». Étymologiquement, la famille, c’est l’ensemble des esclaves qui vivent sous le même toit.
- Hahaha !
- N’importe quoi !!
- Alors que « tribu » ça vient du sanskrit, d’un mot qui veut dire « naissance ». Avouez que ça a plus de gueule… »
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.