« Les êtres sauvages, commença-t-il. Ça m’a toujours paru un peu erroné de dire ça d’eux. Ils ne sont pas sauvages. En tout cas, pas comme la plupart des gens le conçoivent. Observez-les. Voyez comment ils sont les uns envers les autres. Ils sont plus dociles que nous. Je crois que c’est parce qu’ils savent d’emblée comment aimer et que nous, nous devons l’apprendre. Je vois cela en eux. Comment l’amour les rend dociles. Pas seulement entre eux. La nature. Son mystère. L’attraction de la lune. Le ciel. Toute l’atmosphère qui s’en dégage. C’est ce qui m’attire. Cette grande ouverture qu’ils offrent. C’est ce que j’essaie de ressentir quand je suis avec eux. Ce que j’essaie de voir et de saisir, si j’ai de la chance. Cette authenticité. »
« Il a produit de sa poche gauche un paquet de Soleil Levant. Ce que le ravitaillement nous réserve de temps à autre, ce sont des Milan d’or, et pour ce qui est de ces Soleil Levant, à cause de la présence de feuilles de grande renouée, je ne pourrais affirmer qu’elles sont bonnes, avec la meilleure volonté du monde ; cependant, une bouffée de leur fumée me procure une sensation de nicotine jusqu’au bout des doigts et un agréable fourmillement gagne tout mon corps. C’est bien là la plus grande jouissance du fumeur. Je sais comment m’en procurer. Il suffit de bourrer de riz perlé un paquet vide de ces Soleil Levant puis d’aller se tenir devant le débit de tabac du coin, d’attendre le moment où les passants ont disparu pour mettre prestement le paquet sous le nez de la buraliste. La seconde d’après le riz a été escamoté au profit de tabac. »
« Mais le cauchemar revint cette nuit-là. Il y avait des mois que je n’avais pas rêvé de l’exécution de la reine Anne, mais la vue du cadavre de Singleton me remit tout en mémoire. Par une belle matinée de printemps j’étais de nouveau sur le Tower Green (la partie ouest de la cour intérieure de la Tour où l’on décapitait les condamnés de sang royal et les nobles), parmi l’énorme foule entourant l’échafaud recouvert de paille. J’étais au premier rang, lord Cromwell ayant ordonné à tous ses protégés d’être présents afin qu’ils soient liés à la chute de la reine. Il se trouvait à deux pas, au premier rang lui aussi. Bien qu’il ait dû son ascension à son appartenance au groupe d’Anne Boleyn, c’était lui qui avait préparé l’accusation d’adultère ayant causé sa perte. Il avait l’air sévère et renfrogné, incarnation du courroux de la justice. »
En trois courtes nouvelles, Ludmila Oulitskaïa examine le quotidien de trois femmes vieillissantes confrontées aux aléas du quotidien. Que faire dans le temps qui nous est imparti ? Des histoires de passion sans réelle satisfaction.
"Les échecs couvraient pour lui le champ du réel, tout le reste n’était que rêve" : dans La Défense Loujine, écrit en 1929, Vladimir Nabokov décrit la vie d'un personnage pour qui le jeu d'échecs devient une obsession, une manie le coupant de la réalité et façonnant sa manière de voir le monde.
Dans L'Œuvre, quatorzième roman des Rougon-Macquart, écrit juste après Germinal, Zola plonge dans le monde des artistes précurseurs, en se dépouillant de tout l'apparat romantique attaché à l'artiste bohème. Cela donne un roman, comme toujours très documenté, mais particulièrement sombre et dramatique, habité par une réflexion profonde sur le rapport entre l'art et la réalité.
La question du temps est une question complexe, soulevant de multiples interrogations. Ossip Mandelstam, avec son recueil "Tristia", s'en empare pour proposer une œuvre forte, qui a su traverser le siècle.
Ivan Tourgueniev fut une figure essentielle de la littérature russe du XIXème siècle, mais il trouva aussi une place dans les débats politiques de son temps (et même des époques postérieures). Paru en 1856, Roudine est son premier roman, écrit après des années de pratique littéraire pendant lesquelles Tourgueniev s’était appliqué à l’écriture de poèmes et surtout de nouvelles. À travers le personnage de Roudine Tourgueniev dresse le portrait d’une génération d’intellectuels russes issus de la noblesse.
« « La prochaine fois que tu réponds à une annonce, avait dit le mec, fais comme si t’en avais envie, du poste. Mets une chemise propre et tiens-toi droit sur ta chaise ; souris, peut-être ; regarde la personne à qui tu as affaire dans les yeux. Dis que tu veux le boulot. Et ne regarde pas ton futur employeur comme si tu avais envie de lui botter le cul. » A ce moment précis, Rogers avait eu envie de lui botter le cul, à ce joli garçon, mais plus tard, en y repensant, il s’était aperçu que le petit blanc avait raison. Alan Rogers n’avait jamais eu de modèles. Personne pour lui expliquer même les trucs les plus simples, genre comment s’habiller, comment faire pour chercher du travail, comment se tenir. Comment vivre, quoi. »
« A la moitié du repas, Al et moi nous renversions contre le dossier de notre chaise, n’étant plus bons qu’à écouter et à regarder, en proie à une sorte d’hébétude. Miss Lyse avait l’air d’un personnage sorti d’un dessin animé de Walt Disney… grignote, grignote, mord, mastique, grignote, grignote… dévorant méthodiquement tout ce qui se trouvait sur la table, au point que nous n’aurions pas été surpris le moins du monde de la voir s’attaquer avec beaucoup de délicatesse, entre deux menus propos, aux assiettes elles-mêmes, tout en nous adressant un vif regard de ses yeux noirs et un petit signe de sa tête blanche, puis aux livres alignés sur le dessus de la cheminée, ingurgitant peu à peu toute la rangée, Shakespeare, Confucius, Claudine à l’école, Les Croix de bois, The Methodist Faun,… grignote, grignote, cric, crac, croque. »
Quatrième roman d’Olivier Adam, Falaises est une plongée dans l’intimité d’un écrivain à partir des souvenirs évoqués par les falaises d’Etretat. Un roman bref mais dense, et un travail remarquable sur l’écriture.
Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.
Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.
En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.
« - Les producteurs doivent bien être masochistes pour produire tous ces films où ils sont dépeints en crapules.
- Drôle de théorie… Encore une cérébrale qui déteste le cinéma mais rêve d’en faire… »