Aquaman et le Royaume perdu : siphonnage en cours

Le retour de l’homme-poisson a la lourde tâche de maintenir à flots toute une saga qui file droit vers un reboot intégral. Est-ce tout de même suffisant pour nous faire patienter jusqu’au pinacle de James Gunn chez DC ou est-ce qu’il est grand temps de noyer le poisson pour de bon ? Autant prévenir que notre avis est aussi salé que la tasse qu’Aquaman et le Royaume perdu nous a fait avaler !

Synopsis : Black Manta, toujours hanté par le désir de venger son père, est maintenant plus puissant que jamais avec le légendaire Trident Noir entre ses mains. Pour l’anéantir, Aquaman doit s’associer à son frère Orm ancien roi d’Atlantide et actuellement emprisonné. Ensemble, ils devront surmonter leurs différences pour protéger leur royaume et sauver le monde d’une destruction irréversible.

L’honneur est-il sauf après une chute libre interminable dans l’écurie super-héroïque de la Warner ? Les dernières propositions n’ont pas été encourageantes et il faudra encore attendre un petit peu pour que l’arrivée bénéfique de James Gunn soit significative. Après la désastreuse odyssée de The Flash et l’introduction anecdotique de Blue Beetle, difficile de débarquer sereinement face à ce nouvel épisode, initié et poursuivi par James Wan (parrain de la saga Saw et du Conjuring-verse). Malheureusement, le DCEU s’achève avec le même constat que l’on a pu faire pour les précédents films, sacrifiés dans un douloureux baroud d’honneur.

En pleine tempête

Aux armes ! C’est l’heure de reprendre du service pour le super-héros de l’Atlantide. N’ayez crainte si vous n’avez rien suivi jusque-là, la voix off de Jason Momoa viendra vous rafraîchir la mémoire ou trouvera le moyen de vous déprimer d’entrée de jeu. À la manière des Gardiens de la Galaxie Vol.3, ce Aquaman n’est pas directement connecté aux autres films du DCEU. De quoi repartir sur de nouvelles fondations. « Aquaman était un film d’action-aventure romantique, Aquaman 2 sera un film d’action-aventure bromance ». Selon les dires de James Wan, ce volet n’est pas non plus un prétexte pour achever Amber Heard, suite à son procès médiatique. Toutefois, nul doute que ces souvenirs remonteront à la surface, sachant que la comédienne possède un temps plus que limité à l’écran en souveraine de la cité de l’Atlantide.

Passé cette observation, il reste cette curieuse bromance qui n’est pas sans rappeler celle de Thor et Loki chez le concurrent Marvel. Cependant, avec une révision complète de la franchise, Wan joue avec ce qu’il a déjà en main, dont un Orm (Ocean Master pour les intimes) peu caractérisé et incarné, toujours campé par Patrick Wilson. Il en va de même pour toute la galerie de personnages qui l’entoure et c’est pour ces mêmes défauts que la complicité-rivalité entre les demi-frères semble bidon.

Reste le scénario comme bouée de sauvetage. Mais encore faut-il la tester avant de la mettre à l’épreuve. Sur fond de réchauffement climatique comme un enjeu ouvertement explicite, une catastrophe météorologique cause de la libération de créatures emprisonnées dans la glace. Cette menace venue du passé ne met pourtant pas nos héros en difficulté plus que ça, Black Manta (Yahya Abdul-Mateen II) non plus. Avec un peu de chance, de timing par-ci par-là, entre deux punchlines qui se diluent comme deux gouttes dans l’océan, le film évacue toute notion tragédique et dramatique. Alors passez votre tour, si vous espérez du spectacle émotionnel. Au lieu de ça, c’est la chasse aux trésors à travers des mers inexplorées, mais dont certaines ressemblent à s’y méprendre à du Star Wars. Petit zoom sur cette escale dans un repaire de pirates, avec à sa tête une monstruosité des mers bien trop lisse pour faire de l’ombre à Jabba le Hutt. Si on continue dans les références, ajoutons du Seigneur des Anneaux, mais cette fois-ci avec un trident maléfique et une armée de squelettes morts-vivants. Dommage que ce soit aussi apparent, alors que l’on peut également relever du Jules Verne, de Vingt Mille lieues sous les mers à l’Île Mystérieuse. Malheureusement, malgré ces deux heures à ramer sur place, l’intrigue ne prend jamais le temps de se poser sur les nouveaux environnements qu’elle introduit.

Tonnerre de Brest

Il s’agit d’une saga qui s’est beaucoup trop reposée sur ses reshoots et ce n’est pas une information bien dissimulée par la Warner, car le film a subi maintes retouches depuis les projections tests, de plus en plus désastreuses. Si personne ne semble savoir où ça coince véritablement, le produit fini donne tout de même un aperçu du délai infernal des studios d’effets visuels. Les décors sont inachevés, à l’appel de la castagne, les mouvements paraissent moins fluides et tout ce qui nécessite l’utilisation massive de particules n’aurait pas été validé en temps normal. Ce film baigne dans la même tambouille que Black Panther : Wakanda Forever et ce faux concours de nullité est épuisant à suivre. Quand bien même on peut douter de la conjugaison de Renaud, ses paroles se révèlent pleines de sagesse au cœur de cette tempête aquatique : « c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme ».

Il a également dû manquer d’esprit critique dans la salle de montage, car ce charcutage en règle n’est point de la narration. Au mieux on se rapproche d’une succession de cases d’une bande dessinée, mais sans le panache que Gunn a eu sur The Suicide Squad par exemple. Tout cela relève du bon sens, mais la sortie expéditive de ce naufrage est une réalité punitive pour la mythique boîte de production centenaire, tout comme un certain Mickey qui n’a pas pu réaliser son vœu avec Wish.

Ces studios sont plus que jamais devenus des machines à créer de la série Z, ce qui est en décalage complet avec les promesses de cet univers qui n’a désormais plus rien de super-héroïque. Pourtant, quand les mouettes ont pied, il est temps de virer. Sans assez d’eau pour faire avancer le navire, Aquaman et le Royaume perdu s’échoue inévitablement sur l’autel de ses ambitions. Mieux vaut nager vers d’autres horizons pour éviter de se noyer dans ces eaux, à l’esthétique inutilement trouble esthétiquement et au scénario lamentablement pollué.

Bande-annonce : Aquaman et le Royame perdu

Fiche technique : Aquaman et le Royame perdu

Réalisation : James Wan
Scénario : David Leslie Johnson-McGoldrick
Direction artistique : Gary Jopling
Décors : Bill Brzeski
Costumes : Richard Sale
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk Morri
Musique originale : Rupert Gregson-Williams
Producteurs : Peter Safran, James Wan
Producteurs délégués : Michael Clear et Walter Hamada
Production : DC Films, The Safran Company, Atomic Monster
Pays de production : Etats-Unis
Distribution France : Warner Bros. France
Durée : 2h04
Genre : Fantastique, Action, Aventure
Date de sortie : 20 décembre 2023

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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