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« De la caricature à Charlie Hebdo » : une histoire de la satire dessinée

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Dans De la caricature à Charlie Hebdo – 1830-2015, Yves Frémion retrace avec minutie et passion l’histoire riche et mouvementée du dessin satirique français. Cet ouvrage volumineux, publié aux éditions Glénat, sonde la caricature politique et sociale, des premières estampes révolutionnaires jusqu’à l’héritage contemporain de Charlie Hebdo. Entre portraits d’artistes, analyses contextuelles et thématiques, cette somme est une célébration de la satire comme miroir critique de la société.

Après la Révolution française, la caricature s’exprime d’abord à travers des estampes diffusées par des boutiques spécialisées. La naissance véritable de la presse satirique se fait avec La Silhouette (1829), revue où se mêlent textes incisifs et dessins lithographiés. Y participent des figures comme Balzac, Charlet ou Monnier, mais surtout Honoré Daumier, dont le style percutant marque profondément l’histoire du dessin politique.

Les Trois Glorieuses (1830) amorcent une première libéralisation de la presse, stimulant l’émergence de publications comme La Caricature et Le Charivari, fondées par Charles Philipon. Ces journaux deviennent des modèles incontournables de satire républicaine, défiant le roi, ses ministres et l’aristocratie. Les innovations se multiplient, notamment avec les lithographies interactives. Cependant, la répression s’intensifie : en une année, ces publications accumulent des dizaines de procès. Pourtant, la flamme satirique résiste, portée par des artistes comme Daumier et son fameux Ratapoil, incarnation des travers bonapartistes.

Sous Napoléon III, la censure force les caricaturistes à ruser. Des dessinateurs comme André Gill redoublent de créativité en usant d’allégories et de sous-entendus pour contourner les interdits. À la chute de l’Empire, l’instauration de la liberté de la presse (1881) ouvre une nouvelle ère, marquée par une explosion de journaux et de talents. Des publications comme Le Petit Journal pour rire ou La Vie Parisienne popularisent le portrait-charge en couleurs, tandis que des revues comme L’Assiette au beurre adoptent un ton résolument engagé, dénonçant capitalisme, colonialisme et inégalités sociales.

Yves Frémion contextualise avec érudition l’histoire du dessin satirique. En plus des faits historiques, il dresse le portrait d’artistes tels que Jean-Louis Forain ou Francisque Poulbot. Chacun apporte une touche singulière à une discipline exposée à la censure et génératrice de contestation politique : Forain, impressionniste et chroniqueur des mouvements artistiques, excelle dans la satire sociale, tandis que Poulbot immortalise les enfants des rues, incarnations des laissés-pour-compte.

La Première Guerre mondiale marque un tournant pour la caricature. Tandis que le patriotisme domine, des dessinateurs pacifistes comme Grandjouan se taisent, refusant de céder à la propagande. C’est dans ce contexte qu’apparaît Le Canard Enchaîné (1915), pionnier d’une satire collective où rédacteurs et dessinateurs collaborent étroitement.

La montée des fascismes dans l’entre-deux-guerres alimente les caricaturistes. Léon Blum, Staline, Hitler et Franco deviennent des figures récurrentes des journaux satiriques, souvent dans des représentations virulentes. Pourtant, aucun artiste ne parvient à atteindre l’aura des figures de la Belle Époque. La Seconde Guerre mondiale et l’Occupation plongent la satire dans une période trouble : certains dessinateurs collaborent, d’autres préfèrent l’exil ou le silence.

La Ve République et la figure imposante de De Gaulle offrent un matériau de choix aux caricaturistes. Sa silhouette et ses formules sont des inspirations inépuisables pour des journaux comme Le Canard Enchaîné. Les mouvements sociaux des années 60, en particulier Mai 68, libèrent un esprit corrosif qui anime les plumes acérées de Siné ou Cabu.

L’époque contemporaine, enfin, voit une diversification des thématiques : féminisme, écologie, mondialisation… Des journaux comme Charlie Hebdo s’imposent comme des bastions de la satire engagée, incarnant un mélange d’impertinence et de radicalité. Cabu, Wolinski, Willem ou Plantu acquièrent une renommée nationale, leurs dessins devenant parfois des objets de collection.

Les événements tragiques de 2015 rappellent la fragilité de cette liberté d’expression, mais aussi sa résilience. Comme le souligne Yves Frémion, la caricature reste un art d’une redoutable efficacité, capable de saisir l’essence d’une époque avec une économie de moyens unique.

À travers cette vaste fresque, très documentée et dûment illustrée, Yves Frémion montre que le dessin satirique double l’humour spontané d’un outil fondamental de contestation et de réflexion. D’Honoré Daumier à Cabu, chaque génération de caricaturistes a su capter l’esprit de son temps, dénonçant les travers des puissants et les absurdités de la société. 

De la caricature à Charlie Hebdo – 1830-2015, Yves Frémion
Glénat, novembre 2024, 400 pages

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4.5

Focus : ce que narre la photographie en 2024

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Focus 2024 : Le regard des photographes de l’AFP, publié par les éditions La Découverte, réunit les clichés les plus marquants de l’année, capturés par les photojournalistes de l’Agence France-Presse. Ce recueil visuel documente la réalité du monde contemporain, entre conflits, catastrophes climatiques, manifestations sportives, moments de joie et résilience humaine.

Ce nouveau tome de Focus nous plonge dans les réalités brutales des conflits qui secouent le globe. Une série de photographies puissantes illustre ainsi le chaos engendré par les affrontements israélo-palestiniens : des enfants fuyant les bombardements dans la bande de Gaza, des secours s’organisant à Rafah après des frappes israéliennes ou encore des civils tentant désespérément de récupérer des colis d’aide humanitaire. Ces scènes témoignent non seulement de la violence des affrontements, mais aussi de l’espoir ténu incarné par l’entraide et la solidarité.

À ces images s’ajoutent celles des manifestations en Argentine, où la répression contre des contestataires opposés aux réformes économiques du président Javier Milei est montrée avec une intensité saisissante. Ou celles des effets dévastateurs du changement climatique, avec notamment cette photographie poignante prise au Kenya, montrant une femme avançant dans des eaux en crue, symbole de l’urgence climatique dans une région frappée par des inondations catastrophiques.

Ces clichés trouvent d’ailleurs un écho, ou un miroir inversé, dans ceux des incendies ravageant notamment les États-Unis. Les flammes dévorent des hectares de forêt, illuminant le ciel d’une teinte orange apocalyptique, la même que l’on a pu observer à Athènes, dans un autre registre, après les tempêtes de sable du Sahara. 

Certaines photographies se démarquent par leur capacité à mêler poésie et désespoir. « Pluie d’étoiles », capturée à Rafah, montre un jeune Palestinien parmi les gravats, baigné dans une lumière quasi féérique. Ce contraste entre la beauté des reflets lumineux et l’horreur environnante illustre la résilience et la capacité d’émerveillement même au cœur du chaos. Et de l’autre côté du spectre émotionnel, un instant de légèreté se dévoile dans une image singulière : un Chorkie, paré d’une tenue inspirée de la rappeuse Cardi B, pose avec assurance lors du Pet Gala au musée canin de New York. Cette scène improbable apporte une respiration bienvenue dans un ouvrage chargé en émotion.

Malgré les tragédies documentées, Focus n’oublie pas de célébrer l’humanité dans ses moments les plus lumineux. Les clichés des Jeux olympiques capturent la joie collective et l’allégresse de la victoire, offrant un contraste vibrant avec les photographies de guerre et de désespoir. Une aurore australe reflétée dans les eaux du lac Ellesmere en Nouvelle-Zélande symbolise la beauté intacte de la nature, offrant une parenthèse d’émerveillement face aux bouleversements contemporains…

Focus : Le regard des photographes de l’AFP dépasse le simple cadre de l’album photo. C’est une œuvre qui questionne, émeut et interpelle, par la force de l’image. Chaque cliché, accompagné d’une légende plus ou moins détaillée, invite le lecteur à explorer les contextes géopolitiques et humains qui façonnent notre monde. En mêlant chaos, beauté et espoir, ce recueil rappelle la puissance du photojournalisme pour documenter, sensibiliser et, peut-être, inciter au changement dans une époque marquée par des crises multiples. Un indispensable pour ceux qui souhaitent comprendre le monde à travers le prisme de l’image.

Focus (2024), ouvrage collectif 
La Découverte, décembre 2024, 200 pages

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4

« Le Japon insolite » décrypté par Lilian Noreau

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Lilian Noreau publie aux éditions Larousse un ouvrage consacré aux spécificités culturelles du Japon. Après avoir vécu plusieurs années au pays du Soleil Levant, il revient sur les principaux traits constitutifs d’un pays aussi fascinant que singulier.

Situé à l’extrême est de l’Asie, Le Japon est un archipel composé de plusieurs milliers d’îles, dont les principales sont Honshu, Hokkaido, Kyushu et Shikoku. Ce pays fascinant est marqué par des contrastes saisissants entre tradition et modernité, ruralité et urbanisation extrême, isolement géographique et intégration globale. 

Dès le début de son ouvrage, Lilian Noreau évoque le paysage nippon, équilibre délicat entre montagnes imposantes et plaines côtières densément peuplées. Près de 70 % du territoire y est en effet constitué de montagnes, parmi lesquelles le célèbre Mont Fuji, un volcan emblématique qui culmine, près de Tokyo, à 3 776 mètres. À l’opposé, les plaines, comme celle du Kantō, concentrent la majorité des populations et des activités économiques. Le Japon est par ailleurs connu pour son exposition aux catastrophes naturelles : tremblements de terre, tsunamis et typhons font partie du quotidien des habitants. Mais rassurez-vous : l’ingéniosité japonaise a permis de développer des infrastructures parmi les plus sûres au monde.

Le Japon est confronté à un défi démographique majeur : le vieillissement de sa population. Avec un taux de natalité très faible (1,3 enfant par femme en 2023) et une espérance de vie parmi les plus élevées du monde (environ 85 ans), le pays voit sa population diminuer progressivement. Cela affecte non seulement la dynamique sociale, mais aussi l’économie, avec une pénurie croissante de main-d’œuvre. Pourtant, l’immigration, bien qu’en augmentation, reste limitée par rapport à d’autres pays développés, en raison de normes culturelles et d’un système d’intégration encore restrictif. Vous comprendrez d’ailleurs, à la lecture, qu’avec ses coutumes, ses lois tacites, ses règles de bienséance, ses trois « alphabets » et son administration parfois tatillonne, le Japon se mérite.

Des anecdotes en cascade

Lilian Noreau dresse un portrait nuancé et passionné du Japon. C’est une terre de contrastes où les gratte-ciels de Tokyo côtoient les traditions séculaires des villages de montagne comme Shirakawa-go. Les parcs nationaux, tels que ceux de Nikko ou des Alpes japonaises, attirent les amateurs de nature et de randonnée, tandis que les îles tropicales d’Okinawa offrent des plages paradisiaques et une culture distincte. Mais au-delà de ces descriptions typologiques, l’auteur nous invite à considérer le pays à travers ses singularités culturelles. Ainsi, le voyageur pourra profiter du Shinkansen, connu pour sa ponctualité légendaire, avant de rejoindre la ville la plus peuplée du monde, Tokyo, pour y admirer les cerisiers en fleurs (sakura) avant de loger dans une auberge traditionnelle (ryokan) ou un capsule hôtel (une cabine individuelle à peine plus grande qu’un lit).

En parcourant le pays, il verra quelques-uns des 5 millions de distributeurs automatiques présents dans le pays, assistera à des festivités folkloriques (les matsuri), apprendra qu’il est mal vu de planter ses baguettes verticalement dans un bol de riz (car cela évoque les rites funéraires), découvrira les reproductions en plastique des plats du menu exposées en vitrine des restaurants, tombera peut-être sur quelques akiya, des maisons abandonnées dans les zones rurales, et expérimentera les désormais célèbres toilettes japonaises, notamment celles équipées de la technologie washlet. Il mesurera l’écart vertigineux qui peut exister dans un pays qui comporte à la fois des densha otaku, passionnés qui consacrent leur temps libre à étudier, photographier et voyager en train, et des adeptes des karaoke boxes, petites pièces privées équipées de tout le nécessaire pour chanter entre amis ou en famille.

Généreux en anecdotes, Le Japon insolite donne à voir un pays pluriel et d’une grande richesse, à travers des spécificités qui étonnent autant qu’elles amusent. Les textes, relativement courts, relèvent plus du fait culturel incongru (pour nous, Occidentaux) que de l’analyse anthropologique ou culturelle. Mais cela n’empêche pas Lilian Noreau de creuser plus avant le Japon, au-delà des stéréotypes, et en passant par une grande diversité de sujets : les cafés à thème voisinent ici avec le mont Fuji, les onsen ou encore la politesse japonaise qui consiste à refuser à la fois les compliments et le fait d’adresser un « non » franc à son interlocuteur. 

Si vous cherchez un outil pour vous familiariser avec le Japon, ses us et coutumes, il se pourrait que ce livre, au demeurant très ludique, soit fait pour vous. 

Le Japon insolite, Lilian Noreau
Larousse, octobre 2024, 320 pages

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« Dragon Ball – Le Super Livre 4 » : plongée encyclopédique dans un univers séminal

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Avec Dragon Ball – Le Super Livre 4, publié par les éditions Glénat, les fans de l’univers imaginé par Akira Toriyama disposent d’un ouvrage de référence. Ce volume de 310 pages se veut une synthèse complète de tout ce qui constitue la richesse de Dragon Ball, Dragon Ball GT et Nekomajin. À travers des analyses thématiques, une chronologie détaillée et un dictionnaire encyclopédique, le livre s’impose comme une ressource incontournable.

L’ouvrage s’ouvre sur une chronologie détaillée, qui déploie avec minutie les événements-clés de la saga. Les voyages temporels y sont d’ailleurs disséqués pour éclaircir les ramifications des trois futurs alternatifs issus des aventures de Trunks. Cette exploration temporelle illustre combien le récit est profondément marqué par ses dimensions parallèles. L’inclusion de lignes temporelles visuellement illustrées facilite d’entrée de jeu la compréhension de cette architecture complexe, que l’on doit à la créativité narrative d’Akira Toriyama. 

L’ouvrage accorde également une attention particulière à la représentation des différents mondes de la série. Ainsi, des royaumes divins comme celui des Kaïo ou l’Enfer, où les âmes des défunts errent sous la supervision stricte d’Enma, sont méticuleusement détaillés. De même, la société saiyenne est explorée à travers son organisation monarchique, où le roi Vegeta incarne une figure de pouvoir absolu sur une population composée exclusivement de combattants. Cette analyse s’étend également à Namek, où prédomine une structure clanique et villageoise, dominée par le Grand Chef. Enfin, la Terre elle-même est étudiée dans sa diversité, avec une population humaine enrichie d’individus anthropomorphes ou issus d’autres lignées. 

Mais le cœur de l’ouvrage est ailleurs, constitué par un dictionnaire richement illustré, et organisé par thématiques. Il s’attarde sur des éléments majeurs comme le ki, cette énergie vitale centrale dans l’univers de Dragon Ball, ou des personnages mythiques tels que Shenron, Kami-Sama et les héros emblématiques de la série. Ce travail va jusqu’à évoquer des figures plus anecdotiques, à l’image des soldats du Ruban Rouge ou de personnages secondaires apparus brièvement dans la saga.

Côté techniques, le livre ne se limite pas aux classiques comme le Kamehameha. Il mentionne des attaques spécifiques comme le Kinzokuka ou le Doku no Kiri de Ryan Shinron. Cette diversité ravira les connaisseurs avides de détails, tout en introduisant des concepts parfois méconnus à un public plus large. Le dictionnaire des objets suit la même logique et se veut tout aussi complet : des capsules technologiques aux autocuiseurs ayant enfermé Piccolo, en passant par les véhicules futuristes, chaque item trouve sa place dans ce recensement méticuleux. Enfin, la partie géographique parachève cet inventaire impressionnant.

Les nombreuses illustrations renforcent l’immersion du lecteur et son appréhension de l’univers étudié. Ces visuels ne se contentent pas d’accompagner les textes : ils les prolongent et ajoutent une dimension visuelle et artistique à un ouvrage finalement assez théorique. L’ensemble se présente de manière ergonomique et permet de papillonner au gré de notre curiosité.

Ainsi, avec Dragon Ball – Le Super Livre 4, les éditions Glénat proposent une synthèse ultime pour les passionnés en quête d’exhaustivité. Cette authentique bible de l’univers Toriyama constitue un précieux outil d’analyse tout en ravivant l’imaginaire collectif lié à l’œuvre. Plus qu’un simple guide, il s’agit d’un hommage passionné et minutieux à une saga qui continue aujourd’hui encore de fasciner des générations entières, réaffirmant sans cesse son statut de monument du manga, de l’animé et de la pop culture mondiale.

Dragon Ball – Le Super Livre 4
Glénat, décembre 2024, 310 pages

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4.5

Morts pour la partie : mat en deux coups ?

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Toujours très inspirés, les frères Ulysse et Gaspard Gry poursuivent leur exploration de l’univers des pièces qu’ils imaginent vivre sur un plateau d’échecs. La fin de la partie approchant, les clans peaufinent leurs stratégies. Il est question de sport et de politique, ce qui nous renvoie à tout un tas d’observations issues de notre monde.

Avec cet épisode s’ouvrent les Jeux des Jeux où les auteurs se plaisent à poursuivre le parallèle qu’ils établissent entre le monde de la partie d’échecs qui se joue dans la série et notre monde. On sent chez eux un véritable intérêt pour le sport, au moins comme reflet de notre société. Eux comme nous gardons en tête les Jeux Olympiques de Paris 2024. Ils glissent également une allusion à la coupe du monde de football au Qatar, quand on voit le chancelier Jaiseth s’inviter de façon cavalière (il est en campagne) sur un plateau TV en pleine interview d’un athlète. Une autre émission met Jaiseth en relation avec un certain professeur qui, lui, nous renvoie à un personnage controversé lors de l’épidémie de Covid. Aux Jeux des Jeux, le backgammon reçoit et organise des épreuves sportives entre participants issus des différents jeux de plateaux, ce qui présente l’avantage de nous préparer à la deuxième partie de l’épisode. Le jeu politique que nous connaissons se trouve une nouvelle fois épinglé tout au long de l’album. A ce propos, le slogan de la ligne « Make chess great again » est une allusion transparente et d’actualité, surtout en anglais. On l’observe sur la façade d’un bar qui soutient le candidat Jaiseth, ce qui donne une autre formidable occasion de croiser les références, puisque des manifestantes (de nuit) crient « Lignards, assassins ! DI-SSOLU-TION ! » avec un jeu de mots particulièrement bien trouvé sur la façade du magasin d’à-côté « A l’emporte-pièces : pompes funèbres ». Au chapitre des jeux de mots, on se délecte également de ceux imaginés autour des marques et de leurs slogans (en particulier dans le domaine sportif). Le scénario s’avère un condensé particulièrement intelligent pour rappeler que dans notre monde tout est politique et qu’à ce jeu… tous les coups sont permis (ou envisageables) ! Ainsi, Jaiseth (une tour) imagine des stratégies a priori imparables, sauf que ses concurrents (un cavalier et un pion) ne sont pas en reste. Trahisons, associations, retournement de veste, tout y passe. Les médias ne se gênent pas pour en faire leurs choux gras et mettre en avant les moments clés de cette campagne qui voit tour à tour chaque candidat prendre l’avantage dans les sondages. Le jeu des alliances devrait tourner à l’avantage des plus forts financièrement, car ils en profitent pour magouiller. Pourtant, la victoire reste tellement incertaine que même les pions peuvent y croire.

Le jeu des réflexions

Alors que la campagne électorale et les Jeux des Jeux font l’actualité, les enquêtes sur les morts suspectes (voir albums précédents) progressent, au point de nous emmener vers d’autres sujets plus sérieux. Les auteurs affichent une belle érudition vis-à-vis des jeux de plateaux, dans leur diversité comme dans leur histoire. Cette connaissance leur permet d’intégrer cela très intelligemment dans l’intrigue. Sans compter qu’ils maintiennent un beau suspense à propos de la partie en cours, malgré les révélations qui s’enchainent. Ils vont même jusqu’à initier un questionnement à tendance philosophique en lien avec le jeu d’échecs. En effet, ils mettent face à face deux personnages fondamentaux dans l’intrigue, dans une situation où il est question des parties qui n’ont jamais eu lieu, car les joueurs ont écarté certains choix de déplacements de pièces. Or, si ces déplacements n’ont jamais eu lieu, ils ont néanmoins été envisagés, ce qui ouvre le champ des réflexions.

Complémentarité des frères Gry

Le scénario est donc assez touffu et complexe, ce qui justifie largement l’épaisseur de l’album : 174 pages avec le dossier bonus en fin d’album, cependant déjà un peu moins que les 215 pages du précédent épisode. Sur les deux premiers albums de la série, on observait encore un aspect d’éparpillement (succession un peu décousue de scènes thématiques) et on avait un peu de mal à imaginer où les auteurs nous entrainaient. Depuis le troisième album, cet effet s’estompe (malgré de nombreuses allées et venues entre les différents lieux où l’action progresse) et la lecture est un réel plaisir pour l’intellect, renforcé comme d’habitude par le dessin en noir et blanc qui nous vaut des planches somptueuses. Outre quelques dessins pleine planche, l’ensemble est à nouveau remarquable, avec ces courbes magnifiques qui contrastent merveilleusement avec les lignes architecturales notamment, mettant ainsi en valeur la diversité de mouvements (et de point de vue) des pièces de l’échiquier. Quant à ces différentes pièces, elles continuent de prendre vie dans nos esprits de lecteurs. Si ce cinquième épisode peut être vu par certains aspects comme un moyen de nous faire patienter intelligemment, on attend avec impatience la parution de l’ultime épisode sur lequel les frères Gry travaillent déjà : ce n°6 qui promet une fin de partie échevelée ! A vrai dire, tout reste possible.

Morts pour la partie (Un monde en pièces – Tome 5) – Gaspard Gry (scénario) et Ulysse Gry (dessin)
Presque Lune : sorti le 15 novembre 2024

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4

Conclave : « Non Habemus Papam » certes, mais un très grand film, oui !

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Voilà un long-métrage qu’on n’avait pas vu venir et qui sort un peu de nulle part, mais qui frappe très fort. On sent d’ailleurs l’énorme potentiel qu’il détient pour les prochains Oscars. Avec ce Conclave, on est face à une œuvre à la fois pointue et accessible où le contexte rare d’un conclave papal est superbement exploité. Mais aussi où de grands acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes, et où la mise en scène est belle à se damner tout en épousant parfaitement les lieux et l’ambiance. C’est également un film doté d’un sacré suspense qui nous captive sans temps mort, bordé de rebondissements judicieux où les questionnements passionnants sur les religions, la foi, la société et l’Église nous cueillent, nous hantent et nous interrogent. En somme, un très grand film proche du chef-d’œuvre.

Synopsis : Quand le pape décède de façon inattendue et mystérieuse, le cardinal Lawrence se retrouve en charge d’organiser la sélection de son successeur. Alors que les machinations politiques au sein du Vatican s’intensifient, il se rend compte que le défunt avait caché un secret qu’il doit découvrir avant qu’un nouveau Pape ne soit choisi. Ce qui va se passer derrière les murs changera la face du monde.

Voilà un très sérieux concurrent dans la course aux Oscars qui devrait débuter sous peu ! Et c’est peu dire que ce n’est pas forcément une œuvre qu’on attendait forcément, en dépit de son équipe prestigieuse et de son petit effet dans certains festivals comme au TIFF à Toronto. Mais le sujet était plutôt excitant puisqu’on parle ici du fameux conclave qui débouche à la désignation d’un nouveau Pape après la mort ou l’abdication du précédent. Et des longs-métrages qui traitent de ce sujet il y en a peu. Un seul nous vient à l’esprit d’ailleurs, le Habemus Papam de Nanni Moretti. Certes des films qui prennent place au Vatican sont un peu plus fréquents mais si ce n’est Les Deux Papes ou Le Cardinal, ce sont majoritairement des films d’horreur. Voilà donc un contexte rare et un sujet intrigant, source de fantasmes qu’Edward Berger prend à bras le corps pour nous livrer une œuvre magistrale et entêtante qui prend la forme d’un thriller implacable. Car oui, Conclave  est avant tout un suspense à couper le souffle. Alors bien sûr pas dans le sens où on peut l’entendre habituellement avec frissons, courses-poursuites ou même tension psychologique, mais du mystère, des interrogations et pas mal de rebondissements (dont certains seront cependant prévisibles).

Et pourtant, on avait le droit de trouver que le cinéaste allemand Edward Berger avait été un peu surcoté avec son film de guerre pour Netflix, récipiendaire de l’Oscar du meilleur film étranger : À l’Ouest, rien de nouveau. Mais cette fois, pas de doute possible avec Conclave : Berger est un grand cinéaste. Il s’accapare ce sujet adapté d’un roman de Robert Harris avec une aptitude indéniable et en fait un très grand moment de cinéma sur tous les plans. Dès les premières images, l’ambiance est lourde, la tension est à son comble et quelques plans fixes et concis, d’une efficacité rare, vont nous plonger dans ce conclave durant deux heures passionnantes et totalement hypnotiques. On sent que Conclave ne sera pas un film léger et que cette immersion au sein des grandes instances religieuses du Vatican va être emplie de mystère et de questionnements. Le suspense est admirablement bien lancé et il est dur de ne pas y succomber.

Pour que ces coulisses d’une élection religieuse (qui ressemble parfois à celles d’une élection politique, comme le souligne par ailleurs l’un des protagonistes) avec ses trahisons, ses jeux de dupes, ses soupçons, ses petites ententes et coups bas, soient crédibles, il fallait des acteurs chevronnés. Ralph Fiennes est de cette trempe et il livre ici l’une de ses meilleures compositions en cardinal organisateur plein de doutes et de bonne volonté. Stanley Tucci, souvent cantonné aux seconds rôles, excelle également en cardinal progressiste tandis que John Lithgow et Sergio Castellito sont impeccables en opposants aux sensibilités plus réactionnaires. Le Vatican est parfaitement reconstitué et la mise en scène de Berger le magnifie à maintes reprises, nous gratifiant de quelques plans sublimes (la vitre de la Chapelle Sixtine qui explose, un défilé de sœurs vu de haut qui accourent place Saint-Pierre, ne laissant voir que leurs parapluies, etc.) et d’une réalisation à la fois ample et feutrée en totale adéquation avec les lieux et le sujet. Tout juste on soulignera une musique, bien qu’intense et pertinente, parfois un peu envahissante.

Mais Conclave c’est aussi et surtout, derrière les apparats d’un thriller religieux, un formidable réceptacle à questionnements. La place de l’Église au sein de ce monde, la foi sous tous ses aspects, les différents courants qui animent la religion catholique et, bien sûr, une foultitude de sujets éminemment contemporains parfaitement insérés dans les dialogues et les situations. L’homosexualité, la place de la femme, l’Islam et les autres religions et, au centre de tout cela, le doute nécessaire, sont au cœur du récit et des tenants et aboutissants de l’élection. Certains échanges sont littéralement passionnants et ouvrent le débat avec intelligence. L’épilogue et son retournement de situation sont étonnants et donnent une envergure encore plus moderne au film, tout comme un magnifique discours de paix sous-jacent. On est même ému par certains plans fixes sur le visage de Fiennes lors du final. Un visage qui en dit beaucoup en silence. Conclave est une œuvre importante et magistrale à ne surtout pas louper dans un microcosme rare, et dont l’ensemble des composants frôlent la perfection. Un film qui devrait se retrouver en bonne place l’an prochain dans les remises de prix…

Bande-annonce – Conclave

Fiche technique – Conclave

Réalisateur : Edward Berger.
Scénaristes : Peter Straughan, d’après l’oeuvre éponyme de Robert Harris.
Production : Film Nation Entertainment.
Distribution : SND.
Interprétation : Ralph Fiennes, Stanley Tucci, John Lithgow, Isabella Rossellini, Sergio Castellito, …
Genres : Thriller – Drame.
Date de sortie : 4 décembre 2024.
Durée : 2h02.
Pays : États-Unis – Royaume-Uni.

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4.5

Sweet Dreams : entre rêves et cauchemars

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Bien que signé de l’Américain Charles Burns, dessinateur connu pour Black Hole ainsi que pour les trilogies Toxic et Dédales, cet album n’est pas une BD mais un recueil de dessins. Ce qui ne retire rien à son intérêt, car il est centré sur les aspirations amoureuses (souvent déçues).

Si Sweet Dreams n’est pas une BD à proprement parler, c’est parce l’album ne comprend pas d’histoire. Il est constitué d’une cinquantaine de dessins originaux sur un thème assez précis qu’on pourrait intituler « Les rêves des jeunes filles et jeunes femmes des années 50-60 » Burns allant (très largement) au-delà des clichés, pour examiner ce que ces personnes ont au plus profond de leur cerveau. On perçoit d’emblée l’ironie du titre, car ce que ces jeunes femmes abritent au plus profond de leurs pensées n’est pas si doux que cela. Disons-le tout net, la plupart des jeunes femmes ici représentées se tiennent couchées, dans leur lit. D’ailleurs, si quelques-unes sont endormies et rêvent effectivement, la plupart laissent plutôt aller leurs pensées et ont les larmes aux yeux. En effet, soit elles ont été confrontées à des comportements déplaisants de la part des hommes qu’elles ont côtoyés, soit elles sentent ce qu’elles risquent avec ceux qu’elles connaissent et qui alimentent leurs fantasmes. A vrai dire, leurs craintes se révèlent souvent d’autant plus angoissantes qu’elles restent un peu diffuses. Et si quelques-unes de ces femmes tournent leurs pensées vers d’autres femmes, les perspectives ne sont guère meilleures.

Pas d’histoire, mais des intentions

De dimensions 30 x 23 cm sous un format italien, l’album bénéficie d’un travail éditorial soigné, pour proposer un objet de qualité qui risque de faire l’objet de cadeaux. Ajoutons à cela que le contenu est remarquable, avec ces dessins de Charles Burns qui mettent en valeur son style désormais bien connu. D’un trait bien léché et sans fioritures, dans un noir et blanc remarquable, le dessin met l’accent sur les visages et physiques de ces jeunes femmes qui sont d’adorables créatures, selon l’imagerie populaire américaine des années 50-60 (véhiculée par des comics à la diffusion très large) de la femme au foyer idéale, parfait complément de son mari parti la journée pour gagner le salaire leur permettant de profiter des joies du confort moderne. Là où Burns fait œuvre personnelle, c’est en mettant en évidence que derrière ces jolis visages jeunes et séduisants (la majorité en est au stade des perspectives d’avenir), se cachent de bien sombres pensées et perspectives accentuées par sa façon de souligner les zones d’ombre. Le sous-entendu est que l’amour n’est peut-être pas à l’image des critère communs du romantisme. Ce qui pousse les hommes et les femmes les uns vers les autres, c’est avant tout le désir. Ces jeunes femmes brillent par leur physique irréprochable et soigné. Leurs rêves d’amour idéal se heurte donc aux désirs physiques. Ce que Burns sous-entend, c’est que le désir peut prendre d’innombrables formes et qu’il n’est pas aussi simple qu’on pourrait se plaire à croire, par manque d’imagination. De l’imagination, Burns n’en manque pas et il montre que le dessin se suffit largement à lui-même.

Lecture d’image

La force de l’album est donc dans la suggestion et il invite à la lecture d’images. Ce jeu commence dès l’illustration de couverture (qu’on retrouve dans le corps de l’album). On y voit une jeune femme allongée qui nous tourne le dos pour faire face à un paysage ravagé. On note aussi qu’elle est habillée de façon élégante, comme une femme de classe. Malheureusement, le fait qu’elle contemple un paysage de désolation laisse entendre qu’elle fait face aux ruines de son amour. La conclusion étant que, malgré tous ses atouts, elle n’a rien pu faire pour que cet amour perdure dans le temps. Outre les ruines qu’elle contemple, on observe que les plis faits par sa couverture sur le bord du lit donnent l’impression d’un liquide qui s’écoule vers le sol, ce qui accentue l’impression de désastre (effet repris sur d’autres dessins). Précisons quand même que l’illustration de couverture comporte des zones grisées, alors que le même dessin, comme tous ceux qu’on trouve à l’intérieur, est juste en noir et blanc.

Charles Burns, artiste hors normes

On constate qu’avec cette cinquantaine de dessins, Charles Burns est en quelque sorte au sommet de son art. Chaque dessin est un must d’épure qui pourrait faire l’objet d’un tirage pour affiche. L’élégance du trait n’a d’égal que la somptuosité du noir et blanc et contraste remarquablement avec les effets pervers que quasiment chacune des situations laisse deviner. Ce contraste est d’ailleurs à l’image du parcours artistique du dessinateur qui a commencé sa carrière dans des revues underground, pour devenir un maître reconnu qui propose ici un album dont les amateurs et collectionneurs se délecteront. En effet, s’il ne faut pas y chercher une histoire classique, chaque dessin en raconte une à sa façon. L’album est donc parfaitement abouti et il serait absurde d’imaginer qu’on en fait le tour en quelques minutes parce qu’il ne comporte pas de texte. Bien entendu, les situations présentées sont très variées et ne se contentent pas d’explorer les situations de déceptions amoureuses. Les fantasmes et perspectives angoissantes y occupent une belle place, permettant au dessinateur de se livrer à son inspiration toujours très particulière (univers peuplé de créatures étranges et vaguement angoissantes). Comme on le voit avec l’illustration de couverture, chaque dessin apporte ses impressions, d’abord au premier coup d’œil, puis par l’observation des détails. La conclusion s’impose : c’est le propre d’une œuvre d’art dans sa plus noble expression.

Sweet Dreams, Charles Burns
Éditions Cornélius : paru le 7 novembre 2024
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4

« Robert Badinter » : justice et dignité

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Robert Badinter est une figure incontournable de la République française, qui incarne peut-être mieux que quiconque le combat pour la justice, la dignité humaine et l’abolition de la peine de mort. Le roman graphique publié aux éditions Marabulles par Pascal Bresson et Christopher, basé sur le livre Robert Badinter, l’homme juste de Dominique Missika et Maurice Szafran, met en lumière un parcours exceptionnel. Entre héritage familial, épreuves personnelles et luttes politiques, l’œuvre illustre l’émergence d’un homme dont la vie a façonné une partie de l’histoire contemporaine française.

Né en 1928 dans une famille juive ancrée à gauche, Robert Badinter grandit dans le XIe arrondissement de Paris. Son éducation intellectuelle et bourgeoise, relativement feutrée, n’empêche pas une réalité plus sombre : l’antisémitisme rampant. L’adolescent est bientôt confronté aux violences de son époque, des graffitis antisémites sur les murs aux bagarres à l’école, sans oublier cette exposition infâme véhiculant les pires clichés sur les Juifs. 

L’Occupation marque un tournant tragique et se taille une bonne place dans cette biographie graphique : sa famille fuit Paris pour Lyon après la montée des persécutions. Son père, désespéré par l’horreur de la guerre, est finalement déporté et ne reviendra jamais. Cette période oblige Robert, encore adolescent, à assumer des responsabilités précoces. La perte de ses proches, notamment de sa grand-mère Idiss, laissée seule à Paris en raison d’une grave maladie, symbolise la brutalité d’un monde en guerre et forge sa détermination à lutter contre l’injustice.

Victor Hugo, héros littéraire et politique de Robert Badinter, constitue un pilier moral et intellectuel. Ardent défenseur de l’abolition de la peine de mort, le romancier inspire profondément Badinter, qui considère ses écrits comme un cri de l’âme contre l’inhumanité. Cette référence, présente dès le début de l’album, guide ses premiers pas dans le droit, où il s’illustre cependant d’abord dans la défense des droits d’auteur et de la liberté de la presse.

Si sa carrière d’avocat commence modestement, Robert Badinter se distingue rapidement par son engagement dans des affaires sensibles. Il défend des figures comme Charlie Chaplin (pour les droits de The Kid), rencontre sa future épouse Élisabeth, puis en vient à l’affaire Roger Bontems, décisive quant à son avenir judiciaire et politique.

Le 28 novembre 1972, Robert Badinter assiste, impuissant, à l’exécution de son client Roger Bontems, condamné pour complicité de meurtre malgré l’absence de preuves directes. Ce moment terrible, auquel il a longtemps refusé de croire, marque un tournant. Le simulacre cruel et l’irréversibilité de la peine de mort renforcent son rejet catégorique de cette pratique. Partant, Robert Badinter se dévoue entièrement à l’abolition, malgré les menaces de mort et les campagnes de haine dont il est victime.

Considéré comme « l’avocat des assassins », il affronte en effet l’opinion publique défavorable, avec une persévérance inébranlable. Son combat culmine en 1981, sous la présidence de François Mitterrand, lorsque l’Assemblée nationale vote l’abolition de la peine capitale. Ce moment historique, auquel il contribue en tant que ministre de la Justice, scelle son héritage comme un défenseur acharné des droits de l’homme.

Ce roman graphique, fidèle à l’histoire de Robert Badinter, offre une plongée passionnante dans une vie jalonnée d’épreuves et de triomphes. De l’antisémitisme de son enfance, dont le climax demeure ce drapeau nazi placé en haut de la Tour Eiffel, à sa lutte contre le châtiment suprême, le parcours de l’ancien avocat résonne comme un appel farouche à défendre la dignité humaine. C’est une invitation à réfléchir aux valeurs de justice et de solidarité, dans la lignée de figures comme Victor Hugo ou Simone Veil. 

Robert Badinter, Pascal Bresson et Christopher 
Marabulles, novembre 2024, 176 pages

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4

« Loisel, dans l’ombre de Peter Pan » : quête artistique

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Régis Loisel est une figure incontournable de la bande dessinée. À travers Loisel, dans l’ombre de Peter Pan, dont une nouvelle édition voit le jour chez Glénat, Christelle Pissavy-Yvernault éclaire la genèse et la complexité de son œuvre-phare Peter Pan. En s’appuyant sur des entretiens approfondis et des archives inédites, l’ouvrage offre un regard intime et analytique sur un artiste exigeant et passionné.

Régis Loisel n’est pas devenu dessinateur par hasard. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour le dessin, au point de consacrer des heures à perfectionner son trait. Garçon turbulent et farceur, il échange alors des bandes dessinées contre ses propres croquis, construisant ainsi une collection personnelle dans laquelle il va pouvoir papillonner. Avec son frère, ils s’efforcent d’ailleurs de retenir le nom de chaque artiste qui l’inspire. 

C’est dans cet esprit qu’il développe une affinité particulière pour la spontanéité du dessin, rejetant la rigueur formelle de la peinture. Son talent inné et son obstination à trouver son propre style l’amènent à se démarquer, tout en affrontant les préjugés d’un milieu familial modeste où la bande dessinée est davantage perçue comme une distraction qu’un éventuel avenir professionnel. 

Régis Loisel consacre en tout quatorze longues années à réinterpréter Peter Pan, à lui offrir une genèse, un projet qui s’impose rapidement comme son magnum opus. Fasciné par l’œuvre originelle de James Matthew Barrie et par l’univers enchanteur des studios Disney, il entreprend de donner une profondeur inédite à ce personnage emblématique. En revisitant l’histoire sous un prisme sombre et réaliste, le Français inscrit l’intrigue dans un Londres marginal et chaotique, où Peter Pan côtoie la perte, le deuil et même le mystère de Jack l’Éventreur.

Loisel plonge alors dans une vaste documentation pour intégrer des éléments historiques tout en préservant le doute et le suspense. Cette approche témoigne d’un équilibre délicat entre fidélité à ses sources et liberté artistique, puisqu’il exprime lui-même le fait de s’imprégner d’une atmosphère avant de donner libre cours à sa créativité. Il s’agit de se familiariser avec une architecture, un climat, des milieux sociaux, avant de se les approprier et d’en faire quelque chose de personnel. Sa représentation de la Fée Clochette, icône de sensualité et de caractère, illustre également son sens du détail et de l’innovation.

Loisel, dans l’ombre de Peter Pan permet de sonder l’auteur français dans des entretiens au long cours. Il ne cache pas son admiration pour le cinéma, notamment pour Steven Spielberg, et cela se reflète dans sa mise en scène. Il envisage ses planches comme des séquences cinématographiques, privilégiant cadrages audacieux et dynamiques visuelles. Il évoque même sa « caméra » en parlant de ses dessins. Ce travail minutieux de mise en scène se double d’un soin particulier porté aux dialogues, oscillant entre naturalisme et complexité littéraire.

En explorant les carnets de croquis et les étapes de création, le lecteur découvre un processus méthodique où l’artiste laisse place à l’intuition tout en jonglant avec les contraintes éditoriales. Son choix de collaborer avec un petit éditeur comme Vents d’Ouest s’inscrit d’ailleurs dans une volonté de préserver sa liberté artistique, loin des pressions commerciales des grandes maisons – qui ne lui auraient de toute façon accordé qu’une place chiche dans un catalogue déjà pléthorique.

Au-delà de son œuvre, Loisel se révèle dans ses réflexions sur la précarité du métier de dessinateur et la difficulté de concilier vie artistique et personnelle. Il évoque avec lucidité les défis financiers et les attentes du public (avec lequel il est déjà entré en confrontation sur des forums), tout en soulignant l’importance de l’obstination et de la collaboration pour éviter de se répéter ou de s’enfermer dans une routine créative. L’homme évoque aussi son intérêt pour la maison Disney et la difficile cohabitation entre passion artistique et amoureuse. 

Enfin, Loisel se défend face aux critiques portant sur la fin de Peter Pan, affirmant avoir travaillé jusqu’à la dernière minute pour améliorer chaque détail. Cette exigence témoigne d’un perfectionnisme qui, bien que parfois épuisant, a contribué à faire de cette série un pilier du neuvième art. La passion et la sincérité qui découlent des entretiens menés par Christelle Pissavy-Yvernault nous aident à en prendre la pleine mesure. 

À travers Peter Pan, Régis Loisel a non seulement réinterprété un mythe universel, mais également durablement impacté la bande dessinée. L’ouvrage de Christelle Pissavy-Yvernault offre une plongée passionnante dans l’esprit d’un créateur hors norme, dont le talent n’est plus à prouver. Ensemble, ils effeuillent ses méthodes de travail, ses aspirations et, en filigrane, le microcosme de la bande dessinée et de l’illustration.

Loisel, dans l’ombre de Peter Pan, Christelle Pissavy-Yvernault 
Glénat, novembre 2024, 272 pages

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4.5

« Mobilis » : une odyssée sous-marine post-apocalyptique

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Avec Mobilis, Juni Ba revisite le mythe du capitaine Nemo en mêlant science-fiction, récit initiatique et réflexion écologique. Ce roman graphique, publié aux éditions Bayard, nous immerge dans un univers post-apocalyptique où l’espoir côtoie le désenchantement, et où le destin d’une jeune fille bouleverse celui d’un capitaine blasé et hanté par ses souvenirs.

Juni Ba s’empare du chef-d’œuvre de Jules Verne pour le transposer dans un monde englouti par les eaux. La surface de la Terre et l’humanité telle qu’on l’a toujours connue ne sont plus que de lointains souvenirs. À bord du Nautilus, Arona, une rescapée recueillie par le capitaine Nemo, découvre un environnement à la fois fascinant et oppressant. Si Nemo, fidèle à sa légende, incarne une figure distante et tourmentée, Arona, pleine de vie et d’espoir, s’érige en contrepoint lumineux. Leur relation, conflictuelle mais évolutive, donne à Mobilis sa profondeur émotionnelle et narrative. Le vieux capitaine va d’ailleurs devenir un mentor et un père de substitution pour la jeune fille.

Désespéré face à une humanité autodestructrice, Nemo trouve en Arona, jeune et tenace, quelqu’un qui cherche à raviver une étincelle d’espoir. Elle aimerait accomplir un acte qui aidera les hommes à recouvrer leur vie passée. Les dialogues, souvent tendus, révèlent des failles émotionnelles profondes chez les deux personnages. Et Nemo, malgré sa réticence initiale, finit par enseigner à Arona des savoirs variés allant de la littérature classique (Moby Dick) à la géophysique. Il la prend sous son aile, s’ouvre à elle, mais, cependant, cette transmission de savoir est teintée d’une mélancolie palpable, liée aux secrets que Nemo cache jalousement, notamment les raisons tragiques de sa solitude et le sort de son équipage…

Mobilis porte en son sein un message puissant sur l’Anthropocène et les conséquences des actions humaines sur la planète. À travers l’immensité hostile des océans et les ruines submergées, le récit met en lumière les ravages de la négligence environnementale. La mer, autrefois exploitée et dominée par l’homme, est devenue le domaine des monstres, miroir des excès de l’humanité. Juni Ba procède en fait par dualité : un passé regretté et un présent chaotique, un vieillard désenchanté et une jeune idéaliste, un dehors menaçant et un intérieur sécurisant… 

Visuellement, l’auteur franco-sénégalais impressionne par sa capacité à alterner entre des scènes intimes et des panoramas grandioses. Le trait, à la fois vif et expressif, traduit parfaitement les émotions des personnages, accentuant leur humanité dans un monde qui, lui, apparaît déshumanisé. Le récit est tout aussi maîtrisé : il mêle habilement les moments d’action, d’introspection, de contemplation et de suspense. La progression d’Arona, de l’innocence à la prise de conscience, et l’évolution de Nemo, du repli à l’ouverture, semblent se répondre en écho, conformément à la dualité exprimée plus tôt. Tout cela fait sens et contribue à la qualité de cet album accessible aux jeunes adolescents, et tout à fait recommandable. 

Mobilis, Juni Ba
Bayard Jeunesse, octobre 2024, 160 pages 

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3.5

Entretien avec Alexis Michalik : un Passeport pour l’aventure

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À l’occasion de la séance unique d’Edmond le 10 décembre à 20h en sa présence au Majestic Passy*, nous avons rencontré l’auteur de théâtre multiprimé aux Molières, le comédien-dramaturge fougueux et prodigue, plein de panache et de vélocité flamboyante : Alexis Michalik.

Surtout, nous avons découvert un homme profondément humaniste, généreux, ardent et romanesque. Un homme qui est à lui-même mille vies.

Sa pièce culte Edmond, créée en 2016 (qu’il adapte au cinéma en 2018), est en train de dépasser le succès légendaire de la Cage aux folles. Enfant chéri du théâtre privé, homme de souffle, amoureux du rythme et de la liberté, Alexis Michalik n’a pas d’autre actualité en 2024 que 5 pièces à l’affiche avec 100 comédiens. Qui dit mieux !

Le Magduciné – Selon Nietzsche, notre œuvre, nos créations sont le reflet d’une diététique de vie et d’une humeur. Pensez-vous qu’il a raison et que vos pièces émanent directement d’une certaine humeur ? Et si oui, ce serait quoi l’humeur Michalik ?

Non, ça ne vient pas du tout d’une humeur. Ce n’est pas mon humeur qui va indiquer quel type de pièce, même si à de rares occasions, je vais être influencé effectivement par l’état de bonheur dans lequel je me situe. Si je suis très triste, je vais écrire une pièce comme une histoire d’amour qui est un mélo sur le cancer, la rupture. Mais en général, mon humeur est plutôt constante, plutôt joyeuse. Donc ce n’est pas mon humeur qui va influencer le choix d’une pièce. C’est vraiment littéralement l’histoire et l’idée d’une histoire. Et moi, j’essaye toujours de raconter la meilleure histoire possible que j’aurais aimé voir moi, et donc que j’aurais aimé qui me surprenne et qui surprendra, avec un peu de chance, le public. Et c’est plutôt de ça que naît à chaque fois chacun de mes projets.

Le Magduciné – Pour Novak Djokovic, c’est aussi une certaine diététique qui influence sa manière de jouer, vous ce n’est pas ça ?

Non, je fais vraiment la part des choses entre les histoires que je raconte, les choses que je crée et la vie que je mène. La seule chose qui est constante, c’est que depuis toujours j’ai une obsession du temps et de comment ne pas perdre du temps. Je déteste perdre du temps. Quand je suis en train de faire quelque chose, une tâche quelle qu’elle soit, je vais toujours faire en premier les choses que je dois faire. Je faisais toujours mes devoirs en premier en arrivant à la maison parce que cela a toujours été constant chez moi. Et donc quand je commence à avoir une idée et que cette idée se construit, eh bien la façon de la faire et de la créer, ça va être c’est maintenant et pas plus tard. Je ne remets pas à demain. De la même manière pour les trucs chiants ou les trucs sympas. C’est-à-dire les obligations administratives et tout ça, faut que je le fasse. Une fois que c’est fait, je peux profiter. Et pour les trucs sympas aussi. Ah, j’aimerais vraiment visiter le Japon, eh bien je vais prendre les billets. Et je vais envoyer un message tout de suite en disant à mes amis : est-ce que ça vous dit d’aller au Japon ?

Le Magduciné – Vous dites faire un théâtre de lisière, qu’entendez-vous par là ?

Cela se réfère au public et au privé. C’est-à-dire je fais du théâtre privé. Mes spectacles se jouent principalement dans le privé. Mais toute l’esthétique, beaucoup de choses sont influencées par les metteurs en scène du théâtre public. Je pense que mes inspirations de mise en scène viennent massivement du théâtre public. Mais en revanche, toute l’économie de mes spectacles, c’est l’économie du théâtre privé. Si on caricature un peu, le théâtre privé, c’est les têtes d’affiche, trouver des noms pour que le spectacle puisse exister, et le théâtre public, c’est un théâtre de recherche donc il n’y a pas une nécessité de faire plaisir à des gens. C’est avant tout le besoin de chercher des nouvelles formes, des nouvelles formes d’expression. Donc moi, je me situe entre les deux. C’est-à-dire que je vais faire sans tête d’affiche, et en même temps, je vais y accoler une vraie volonté de récit et de narration, ce qui n’est pas l’apanage du théâtre public.

Le Magduciné – Et vous y mettez quoi dans le théâtre, plutôt une éducation citoyenne, un acte de résistance ou tout autre chose ?

Moi, je dirais avant tout un divertissement. La première chose que j’y mets, c’est que je n’aime pas que le théâtre soit accolé à une image d’ennui. Donc avant toute chose, je ne veux pas que le public s’ennuie. Je veux qu’il en sorte en ayant passé un moment hors du temps. Ça, c’est le premier truc. Quand j’ai commencé à monter des spectacles, c’était des comédies, c’était très potache. Puis, quand j’ai commencé à écrire, j’ai commencé à raconter des histoires qui me traversaient la tête. Donc à aucun moment, il n’y a une volonté d’élévation. Je dis toujours que je fais du théâtre populaire exigeant.

Le Magduciné – Pour faire écho à votre dernière pièce Passeport, comment vous vous définiriez si c’est possible de vous définir ?

De plein de façons différentes. Un raconteur d’histoires si l’on parle de mon travail. Et après pour le reste, je dirais : je suis quelqu’un qui s’ennuie assez vite et qui donc cherche à passer d’une expérience à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’un médium à l’autre de manière assez régulière. Mais je suis aussi quelqu’un de globalement très satisfait, très positif sur la chance que j’ai eue de pouvoir mener à bien tous ces projets. Donc je fais ça avec beaucoup de plaisir, de joie et d’envie. La mise en scène, c’est aussi savoir fédérer un groupe, et cela fait intrinsèquement partie de moi. J’aime pas la solitude. J’aime bien la troupe. J’aime bien le groupe. J’aime bien faire en sorte que ça se passe bien. C’est mon côté mono de colo assez marqué.

Le Magduciné – Et si vous pouviez emprunter une autre identité que la vôtre, ce serait laquelle ?

Une autre identité que la mienne ?

Le Magduciné – Oui, puisque vous écrivez aussi des livres, je pense à Romain Gary, des écrivains qui se sont dédoublés, qui ont eu des pseudonymes.

Oui, ça, j’adore. Ça, je serais complètement capable de faire ça. D’ailleurs dans Passeport, ça parle de ça. Et même quand j’étais plus jeune, tous les écrits que je faisais au lycée. Il y avait très souvent ce thème de l’identité et de la double identité. Et dans Loin aussi effectivement, le père disparaît et réapparaît sous une autre identité. Bon, il doit y avoir aussi quelque chose lié au métier d’acteur. Être acteur, c’est aussi vivre avec plein d’identités. Ce que n’avait pas Gary, ce que j’ai la chance d’avoir. Je peux passer d’un rôle à l’autre aussi. Mais effectivement, j’ai toujours eu cette fascination, sans aller jusqu’à tuer toute sa famille et partir comme Dupont de Ligonnès. J’ai toujours eu cette fascination pour le côté « refaire sa vie », partir et tout quitter et tout refaire ailleurs. Je sais pas pourquoi. Mais c’est un truc qui m’a toujours fasciné comme thématique. Si je devais faire ça, oui, je serais capable d’écrire un roman, une œuvre sous pseudonyme. Si c’était quelque chose de très différent ou de trop personnel aussi.

Le Magduciné – Et pour faire lien avec cette idée, pourriez-vous vouloir risquer totalement la métamorphose, en brisant votre style et en vous réinventant dans une aventure qui ne soit pas le style Michalik ?

Oh oui, ça je pourrais complètement. Et même une aventure qui ne soit pas artistique. Je pourrais tout lâcher et ouvrir un resto en Thaïlande. Quelque chose de totalement différent, c’est quelque chose dont je rêve totalement.

Le Magduciné – Sans manque ? N’y aurait-il pas un manque du romanesque du théâtre, ou y aurait-il toujours la même idée d’aventure mais dans un autre contexte ?

Si, ça me manquerait peut-être. Je ne sais pas. On ne peut pas savoir. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a fortement en moi un truc comme : j’ai fait ce que j’ai fait. Et lorsque je me retrouve à faire une activité totalement autre, annexe, j’adore faire ça. J’adore endosser d’autres fonctions. J’aime bien créer des systèmes et résoudre des problèmes, comprendre les problématiques d’une personne ou d’un ami et d’essayer de comprendre comment on résout le problème. Donc se mettre dans une autre vie, une autre posture, c’est aussi le moyen de se trouver de nouveaux problèmes à résoudre.

Le Magduciné – Le préjugé sur votre écriture qui vous exaspère le plus ?

Je sais pas. Si c’est un préjugé, ça ne m’affecte pas. Il y avait juste un temps une idée un peu fausse sur ma personne plus que sur mon écriture, que j’ai vue revenir dans deux, trois articles, où il était dit que j’étais un jeune bourgeois. Et qu’il était très probable que ma vie avait été bourgeoise. Et ça, cela m’a un petit peu heurté parce que c’est pas du tout le cas. Et donc je pense aussi que Passeport était une sorte de réponse, mais pas uniquement, et m’a permis de mettre les points sur les i avec le fait que j’étais clairement de gauche.

Le Magduciné – Votre lieu ou outil intime pour ne jamais être dans l’ennui ?

Un lieu, non. C’est au contraire de se laisser porter. On va dire que je vais jamais dire non à une aventure, à partir du moment où cette aventure reste dans les limites de la sécurité, de la légalité. Je serai toujours partant pour essayer quelque chose de nouveau et pour aller vers du nouveau, un nouveau pays, de nouvelles cultures, rencontrer quelqu’un. J’aurai envie de comprendre quelle est son histoire, qu’est-ce qui s’est passé. Et c’est cette soif permanente de nouveauté qui aussi me fait contrer l’ennui.

Le Magduciné – Où avez-vous la sensation d’être le plus authentique ?

Avec mes amis.

Le Magduciné – Quelle vertu placez-vous au-delà de la franchise et de la vérité ?

Je dirais la curiosité ou l’altruisme.

Le Magduciné – La vie : un compromis permanent ou une intransigeance perpétuelle ?

Je dis souvent qu’il n’y a pas de succès sans compromis. Je pense que lorsqu’on veut avancer, on est obligé de faire des compromis. Il y a toujours des compromis dans la vie, mais ce n’est pas quelque chose qui doit être une souffrance. Ça fait partie du jeu de l’existence. Et cela dépend de ce qu’on veut obtenir et où l’on veut aller. Si on veut aller de l’avant, il faut être capable de compromis.

Le Magduciné – Comment imaginez-vous votre vie si, au lieu de gagner des Molières et faire exister vos pièces, vous aviez perdu ?

Une vie sans aucune victoire, c’est un peu difficile. Tout dépend de ce qu’on considère être une victoire et à partir de quel moment on est satisfait. Gagner sa vie, c’est déjà une victoire. Vivre de son art, c’est une victoire. Faire les projets qui nous intéressent, c’est une victoire. Avoir un toit, c’est une victoire. Si j’avais pas eu tous ces Molières, je pense que j’aurais continué d’être comédien, peut-être aurais-je accepté des tournages que je n’ai pas forcément acceptés parce que j’étais en train de monter des trucs ailleurs. Et si je n’avais absolument pas réussi dans ce domaine-là, j’aurais fait quelque chose avec quand même un esprit d’entrepreneur. Il y a en moi une vraie volonté d’entreprendre.

Le Magduciné – Puisque le titre de votre livre s’appelle « Loin », qu’est-ce qui est radicalement loin de vous ?

La question est trop vaste. Lorsqu’on écrit et écrit des personnages, on s’entraîne à comprendre ce qu’on ne connaît pas. On s’entraîne à aller justement vers l’étranger pour comprendre comment il fonctionne, pour comprendre comment ce qu’on pense être si différent de nous, qu’est-ce qu’il pense, comment il agit et pourquoi il agit comme ça. Et quand on a ce réflexe-là, on se rend compte que des choses qui nous semblent tellement éloignées de nous ne le sont plus. Et quand on est curieux et qu’on s’intéresse, on finit par toujours trouver une résonance.

Le Magduciné – Donc rien ne serait jamais loin de vous ?

Je pense qu’aujourd’hui, tout est proche. Si, objectivement, la Nouvelle-Calédonie, mais c’est juste un ou deux avions et on y arrive.

Le Magduciné – Une maxime de vie qui vous accompagne ?

Oui, une phrase qui dit : « tout ce qui n’est pas donné est perdu ». Je trouve ça très beau et très juste.

Le Magduciné – Êtes-vous d’accord avec Socrate qu’une vie non soumise à la question est une vie qui n’a pas de valeur ?

Exactement. Tant qu’il y a des questions, on avance.

Le Magduciné – La question que l’on ne vous a jamais posée et que vous aimeriez qu’on vous pose ?

Ce n’est pas la première fois qu’on me la pose, celle-là.

Le Magduciné – Alors juste au présent de la demi-minute dans laquelle on est, quelle est la question que vous aimeriez qu’on vous pose ?

On n’a pas envie qu’on nous pose des questions. Moi, j’ai envie de poser des questions. On y répond avec plaisir. Ce qui est chouette, ce sont les questions qui nous surprennent, qui nous interrogent nous-mêmes. On n’attend pas une question. C’est de l’inespéré. C’est ça qui nous fait avancer. Et si c’est une question qu’on désire, ce n’est pas vraiment une question.

Le Magduciné – N’avez-vous jamais songé à fonder une école de théâtre ? Si vous donniez des cours, que diriez-vous en premier à vos élèves ?

Oui, ça m’a déjà traversé l’esprit, même si pour l’instant je ne suis pas sûr d’avoir le temps et l’énergie. Ce que je dirais à mes élèves, je ne sais pas si je leur dirais quelque chose. Je les encouragerais à monter des projets. Le principe d’une école de théâtre, ce n’est pas d’apprendre comme dans un manuel, c’est de se retrouver avec plein de personnes qui vont faire la même chose que nous et de recroiser ces personnes tout au long de sa vie. C’est l’opportunité de monter des projets avec eux, c’est l’opportunité de créer des choses et des liens. Ce n’est pas tant l’enseignement dispensé, ce sont les personnes rencontrées. Et je dirais aux comédiens : il y a deux choses que je vous conseille, deux qualités qui reviennent à chaque fois, c’est d’être sympa et bosseur. Et concrètement, c’est ce qui compte le plus : les qualités humaines sociales et la capacité de travail.

Le Magduciné – La sympathie, ça compte aussi, vous pensez, plus que le courage ou la résistance ?

Énormément. Quand on joue, c’est surtout savoir travailler et la capacité à bien s’entendre avec les gens autour.

Le Magduciné – Quelle est votre obsession ?

Le temps. Je pense que c’est une hyper-conscience de la mort. Bon, il y a cette fin inéluctable et on a ce temps qui nous reste. On sait qu’à partir de cet âge-là, on ne sera pas en mesure de faire la même chose. À partir de celui-là, pareil. Du coup, il nous reste tant de temps et qu’est-ce qu’on va faire de ce temps.

Merci à vous Alexis Michalik pour ce moment de partage et de dialogue.

  • Edmond, Mardi 10/12, à 20h avec Alexis Michalik et modération de Stéphane Boudsocq, RTL
    Majestic Passy (16e)

Cinemania 2024 : Interview croisée de Romain Duris et Guillaume Senez pour « Une part manquante »

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Seconde interview de la journée à l’hôtel Humanity de Montréal, qui accueille tous les talents pour cette trentième et florissante édition du festival de films francophones Cinemania. Romain Duris et le réalisateur Guillaume Senez sont venus présenter le film de leur seconde collaboration, Une part manquante, en salles en France depuis dix jours et bientôt au Québec cet hiver. On les retrouve dans une des suites de l’hôtel pour une énième rencontre (pour eux) qui s’avère très chronométrée (quinze minutes, montre en main). Mais cela ne les empêche pas d’être très loquaces et motivés (enfin surtout Guillaume Senez, Romain Duris lui laissant toute la place pour s’exprimer). On ne leur fait pas part de notre moindre motivation sur ce nouveau joli film par rapport à leur premier ensemble, le sublime Nos batailles, ce qui est loin d’être un frein à nos nombreuses questions ! Extrait…

Comment s’est déroulé la projection du film au fameux Monument National1 hier ?

Guillaume : C’était incroyable, on a eu une standing-ovation de plusieurs minutes. On ne s’y attendait pas. Ou, en tout cas, pas à ce point.

Romain : Oui c’était dingue, un vrai beau moment.

Guillaume précise que ce n’était pas la première canadienne puisque le film a été présenté au TIFF à Toronto plus tôt cette année, mais que l’accueil québécois était vraiment beau à voir.

De quelle manière vous est venue l’idée du film ? Vous connaissiez quelqu’un qui vivait cette histoire de parent privé d’un enfant lors d’un divorce avec un conjoint d’une autre nationalité ou c’est juste un sujet dont vous aviez entendu parler et qui vous a inspiré ?

Guillaume : Non, c’est un peu arrivé par hasard et on s’était dit avec Romain qu’on voulait refaire un film ensemble mais on ne savait pas vraiment quoi. En fait, on avait présenté Nos batailles à Tokyo et c’est devenu une boutade de se dire qu’on aimerait bien faire un film là-bas au point d’échafauder des scénarios parfois ridicules. Et puis un soir, vraiment le fruit du hasard, on a rencontré des expatriés français. Ils ont commencé à nous parler de cette problématique précise d’enlèvement d’enfants par l’un des conjoints et de garde alternée non respectée. On s’est regardé et ça nous a touché, une sorte d’évidence est apparue en nous. Et comme une continuité sur le sujet de la paternité après Nos batailles. À partir de là avec Romain, on a commencé à s’envoyer des articles de presse sur le sujet, moi j’ai contacté mon co-scénariste pour lui en toucher deux mots. Ça a débuté comme ça et trois ans après le film était né.

Pourquoi le Japon en particulier justement ? Hormis le fait que l’idée vous soit venue là-bas, ce type de problématique aurait pu arriver dans beaucoup d’autres pays ?

Guillaume : Oui, il y a des problèmes comme cela en Algérie mais même en Allemagne par exemple. Cependant, au Japon, les chiffres sont impressionnants, on parle de 150 000 à 200 000 enfants enlevés chaque année par un des parents après un divorce. C’est énorme et typiquement japonais. Alors évidemment, cela nous touche parce que ce genre de pratique n’est pas ancrée dans notre culture. Et il faut savoir que si le film traite le problème sous le prisme d’un étranger divorcé d’une japonaise, 85% des cas c’est entre japonais. Et on a souvent dans les films, le cas d’étrangers qui arrivent en France et doivent se fondre dans notre culture, alors on trouvait ça intéressant de faire l’inverse et de voir comment un français allait pouvoir s’habituer à la culture nippone, cet écho de l’étranger.

Vous avez déjà un peu répondu à ma question suivante qui concerne le choix de Romain. Il n’y a donc pas eu de casting, c’était lui dès le départ ?

Guillaume : Oui on a lancé l’histoire ensemble donc la question ne s’est même jamais posée, c’était une évidence.

Romain, les deux rôles que vous avez incarnés pour Guillaume se répondent un peu tout en étant aux antipodes. D’un côté, on suit un père qui doit gérer ses enfants car sa femme est partie tandis qu’ici on suit un père qui tente de récupérer son enfant enlevé par la mère. Qu’est-ce qui était le plus facile à jouer ?

Romain (il prend un temps pour réfléchir) : Il n’y a pas vraiment eu un rôle plus difficile que l’autre, mais le plus chargé c’était sans conteste celui-ci. Dans Nos batailles, le couple peut aussi être une douleur mais il est avec ses enfants, dans l’action, malgré un manque affectif. Ici, le manque est double et encore plus profond. Un enfant qui disparaît, cela empêche beaucoup de choses. Quand j’ai entendu parler Vincent Michaud, un homme que l’on a rencontré qui était dans cette situation et n’avait pas vu ses enfants depuis six ans, on sent la détresse profonde. Il n’est pas en état dépressif, rideaux fermés et sous médicaments, mais il est dans une mission, un combat, jusqu’à faire une grève de la faim. C’est horrible, invivable, on ne peut plus avancer. La douleur est plus violente, plus dramatique. Et c’est une douleur intérieure comme on l’a écrit pour le personnage de Jay puisqu’il se trouve au Japon où on ne montre pas trop ses émotions.

On l’interrompt en lui avouant même que l’on a ressenti de la résignation de la part du personnage, sur le point de rentrer après neuf ans au Japon. Il acquiesce et reprend.

Oui, tout à fait, il est sur le point de rentrer. Et c’est ça qui était formidable à jouer, d’être dans la retenue et l’intériorité. Ça m’habitait vraiment et, avec des dosages, on a essayé de faire ressortir telle ou telle sensation.

Et au niveau du japonais. Vous parliez japonais au préalable ou aviez des notions ?

Romain : Non du tout, absolument pas. J’ai beaucoup travaillé sur le sens et la phonétique avec un coach mais sans véritablement apprendre le japonais.

Pourquoi avoir fait le choix de faire de Jérôme, un français déjà au Japon depuis neuf ans plutôt que de traiter le problème dès le départ, l’enlèvement ?

Guillaume : Non cela aurait été trop facile. La plupart des films, sans doute, aurait commencé au niveau de la séparation et je trouvais ça un peu tape-à-l’œil. J’ai toujours été plus intéressé par les conséquences des choses plutôt que les actes en eux-mêmes. (Il cite À bout de course de Sydney Lumet comme exemple.) J’ai donc bien aimé prendre le personnage de Jay à cette période. Comment il vit avec ça ? Presque dix ans sans voir sa fille, comment on gère ça ? Et au moment où il s’apprête à rentrer, boum ! Mais il fallait quand même expliquer un peu son passé et c’est là qu’entre en jeu le personnage de Jessica joué par Judith Chemla qui apporte un point de vue féminin, car ce ne sont pas que des pères qui se voient enlever leurs enfants, il y a bien sûr aussi des mères.

C’était justement l’une de mes questions. Vous avez inséré ce personnage au scénario pour donner un contrepoids féminin à celui de Jay ?

Guillaume : Exactement. C’était pour montrer qu’il y a autant d’hommes que de femmes qui souffrent de cette problématique. Tout en montrant ce que Jay a justement vécu neuf ans plus tôt. C’était donc aussi une manière de nourrir le personnage principal de manière transversale. Il y avait donc un double… (Il cherche le mot… qui ne vient pas et en rit avec Romain)

Concernant le tournage au Japon, comment cela s’est passé ? Pas trop compliqué de tourner dans un pays à la culture et aux mœurs si différentes du nôtre ? On en voit beaucoup de films tournés au Japon comme, récemment, Tokyo Shaking avec Karin Viard.

Guillaume : Oui d’ailleurs, il paraît que la moitié de ce film a été tourné en studio à Paris (Il rit). Nous non, tout a été tourné sur place pour répondre à la question que vous allez me poser. (Il prend un temps.) Moi, je suis un adepte du cinéma du réel donc tout a été fait là-bas. Même quand il reçoit un appel, il y a vraiment un appel, quand il entend de la musique, il y a vraiment de la musique, etc. Pareil, quand il conduit, il conduit vraiment, surtout que c’est une part importante du film puisqu’il est taxi à Tokyo… Moi j’aime bien ces trucs-là, le vrai. Mais pour revenir au tournage au Japon en lui-même, oui au début ça tâtonne un peu, on ne comprend pas tout. Les techniciens japonais nous ont dit comment ils travaillaient, nous aussi et voilà, on a trouvé des consensus, un mode opératoire. Chacun a mis de l’eau dans son vin comme on dit et on a trouvé le moyen de travailler ensemble, en harmonie. Et c’était super enrichissant, surtout que l’équipe était quasiment composée que de personnes du cru.

Et n’y a-t-il pas eu une méfiance de leur part comme vous touchiez un sujet potentiellement sensible ?

Guillaume : Non pas du tout parce qu’ils avaient conscience que quelque chose ne fonctionnait pas dans ces règles absurdes. Et ils étaient de tout cœur avec nous et contents que l’on s’intéresse à ce sujet surtout que, comme on le soulignait, cela se passe à 85 % entre japonais.

Il y a le personnage de l’avocat, très européanisé, qui m’a laissé un goût de trop peu. J’aurais voulu en savoir plus sur elle. C’était écrit comme ça ou il y a eu des scènes coupées au montage ?

Guillaume : Alors on m’a plus parlé du personnage de Jessica, moins de Michiko l’avocate, mais c’est un souci récurrent dans mon cinéma. C’est-à-dire que j’adore les rôles secondaires, le fait qu’ils ont un point de vue sur le personnage principal, qu’ils le font évoluer. On a toujours envie d’en savoir plus sur eux en général mais si on les nourrit trop, ils nous manquent encore plus et c’est Jay qui reste le personnage principal. C’est un choix dramaturgique que je fais mais c’est souvent comme cela dans mon cinéma : un personnage masculin entouré de personnages féminins qui font progresser sa narration et sa psychologie.

Vous concernant Romain, vous êtes un comédien plutôt fidèle aux cinéastes avec lesquels vous tournez et il est très courant que vous tourniez plusieurs films pour le même réalisateur. Une troisième collaboration est-elle prévue entre vous ?

Un long temps d’arrêt et de réflexion coupé par Guillaume avec un « N’est-ce pas Romain ? », auquel Romain répond un « N’est-ce pas Guillaume ! ».

Romain : Alors après, c’est sûr que cela ne dépend pas que de moi. Mais on sent quand cela se passe bien avec un metteur en scène et que c’est réciproque. Il faut surtout qu’il y ait des personnages qui collent avec mon physique, mon âge et mes envies.

Alors je prolonge la question, est-ce que vous signeriez les yeux fermés pour certains cinéastes dont Guillaume ?

Romain (très sûr de lui) : Ah oui, oui. Sans hésiter. Oui après je fais confiance, je connais l’état d’esprit du réalisateur. Il y a ce choix d’embarquer qui est souvent fait en ayant discuté avec lui sur le pourquoi il fait ce film et il n’y a plus ces mille questions qu’on se pose quand on ne le connaît pas. Donc quand on a déjà travaillé avec quelqu’un, on sait. Et quand on adhère, on y retourne sans souci. Et même si c’est un personnage secondaire, pas de souci. En quelque sorte il y a tout le processus de confiance qui est déjà acquis.

On peut dire qu’au niveau de votre filmographie vous touchez un peu à tout, même au film de genre comme avec « Peut-être » en 1998 ou récemment « Dans le brume » et « Le Règne animal », selon vous il manque quelque chose à votre palmarès ?

Guillaume : L’horreur !

Romain : Alors on peut dire qu’avec Coupez ! de Michel Hazanavicius il y en avait quand même mais c’était plus du gore. Non, en vrai, peut-être le film d’action pur et dur. Mais il n’y a pas beaucoup de scénarios de bons films d’action en France, faut se dire la vérité.

L’attachée de presse nous interrompt et nous fait signe qu’il est temps de conclure l’interview et on terminera par parler du petit singe présent dans le film, compagnon du personnage de Jay. Au final, Guillaume Sanez s’est montré bien plus loquace, Romain Duris laissant davantage son réalisateur s’exprimer pour cette rencontre courte mais intense.


1Une nouvelle grande salle événementielle et très luxueuse de Montréal qui a remplacé le QG du cinéma Impérial cette année, pour cause de bail non renouvelé.