Souvenirs de Marnie est le dernier film du studio Ghibli, voire le dernier tout court. A sa sortie en Juillet 2014 au Japon, ce fût un flop, comme Le Conte de la princesse Kaguya et avec la retraite d’Hayao Miyazaki, après son Le vent se lève, le studio pourrait ne pas se remettre de cette dernière déconvenue. C’est le second film d’Hiromasa Yonebayashi, après Arrietty et le petit monde des Chapardeurs (2011), qui fût un succès critique et financier. L’histoire est inspirée du roman When Marnie was there de Joan G. Robinson.
Synopsis : Anna, une petite fille, est envoyée en vacances par sa mère adoptive chez de la famille pour prendre l’air et se reposer. Là-bas, elle fait la connaissance de Marnie, fille de son âge aux longs cheveux blonds.
Marnie et Anna, des amies pour la vie
La première partie, avec la découverte du personnage d’Anna, est particulièrement réussie. Cette jeune fille, mal dans sa peau, souffrant d’être adoptée, tout en étant fille unique, se réfugie dans le dessin pour oublier sa vie. Mais après une forte crise d’asthme, sa mère adoptive l’envoie reprendre des forces à la campagne, chez sa tante et son oncle.
On retrouve la simplicité des films du studio Ghibli, avec l’éloge de la vie au grand air, loin de ses grandes villes polluées, détruisant le métabolisme de l’être humain, tout en le rendant superficiel. Ce village en bord de mer, semble d’un autre temps, absence de technologies modernes : télévision, ordinateurs et portables. Mais aussi une nourriture plus saine : légumes et poissons, péchés et cultivés par eux-mêmes. Anna trouve rapidement ses marques dans cet univers, même si les filles de son âge, la perturbent toujours autant, par leurs conversations futiles et leurs rêves d’un ailleurs meilleur, dans une grande ville avec de beaux garçons.
Elle est attirée par une vieille maison abandonnée en bord de mer. Elle en rêve même et ne peut s’empêcher de s’y rendre, malgré la marée. Elle va y faire la connaissance de Marnie et devenir son amie. Dès cet instant, le film bascule dans la mièvrerie, avec ses deux amies passant leurs temps, à se prendre dans les bras et en se disant des mots doux, encore et encore…. Cela devient lassant, long et forcément ennuyeux. Les films du studio Ghibli ont la particularité, de satisfaire aussi bien, le public adulte, que celui des enfants. Ce n’est pas le cas cette fois-ci, du moins dans la seconde partie.
Malgré une trame trop prévisible, le film n’est pas dénué de tendresse. On est ému, face aux événements se déroulant dans les dernières minutes. Même si la poésie est moins présente, si le fantastique est trop classique, si les personnages sont rares et caricaturaux, malgré une affection particulière pour Toichi. Hiromasa Yonebayashi ne fait ni preuve d’imagination, ni d’audace. On se laisse porter par la beauté de l’animation, de cette douce musique, englobant parfaitement chacune des images, tout en restant discrète.
Souvenirs de Marnie est malgré tout, un film de bonne facture, mais le studio Ghibli ne semble plus en mesure de fédérer un large public. Les périodes fastes, aussi bien artistiques, que commerciales, semblent révolues. On sent une perte d’identité dans ses dernières productions, malgré des thèmes récurrents, dont la nature reste le plus fort. Ce dernier film est-il le chant du cygne ? Ce serait dommage de disparaître sur cette dernière note manquant de résonance.
Souvenirs de Marnie (Omoide no Marnie) – Bande annonce
Fiche technique : Souvenirs de Marnie
Omoide No Mani
Japon – 2014
Réalisation : Hiromasa Yonebayashi
Scénario : Keiko Niwa, Masashi Andō et Hiromasa Yonebayashi
Distribution : Sara Takatsuki (Anna Sasaki), Nanako Matsushima (Yoriko), Susumu Terajima (Kiyomasa Oiwa), Toshie Negishi (Setsu Oiwa),Ryôko Moriyama (La veille dame), Kazuko Yoshiyuki (Nan), Hitomi Kuroki (Hisako)..
Musique : Takatsugu Muramatsu
Production : Yoshiaki Nishimura et Toshio Suzuki
Sociétés de production : Studio Ghibli et Walt Disney Studios Entertainment
Société de distribution : Tōhō
Genre : Animation
Durée : 103 minutes
Date de sortie française : 14 Janvier 2015
Marjane Satrapi a été sélectionnée au festival d’Alpe d’Huez début 2015 (qui s’est déroulé du 14 au 18 janvier) pour son dernier film. Disons qu’au premier abord ça ne ressemble pas vraiment à la réalisatrice de Persepolis d’être sélectionnée dans un festival récompensant des comédies. Cette catégorie surprend d’autant plus pour The Voices qui est loin d’être une comédie au sens classique du terme.
Synopsis : Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il fabrique des baignoires. Célibataire, il n’est pas célibataire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, Monsieur Moustaches, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments.
Nouveau monde
The Voices est un hybride, un film transgenre. Si on rit franchement, on est aussi plongé en plein gore. Le film est un petit bijou d’humour noir, une œuvre profondément décalée. C’est tantôt un film de tueur en série, une comédie musicale (avec ses chansons heureuses), mais aussi une comédie romantique (mais sans amour qui dure). En fait, comme le dit très bien la réalisatrice : « [le film] repose sur un type qui ne voit pas les choses comme les autres« *. Et quel type : un schizophrène qui parle à son chat (un sacré diablotin) et à son chien (un « bon chien »), tout autant qu’aux têtes de ses victimes. Jerry ne voit la réalité comme elle est qu’une seule fois : le jour où il reprend ses médicaments. Le reste du temps, ses seuls moments de sérieux sont ceux où il est chez sa psy et s’interroge sur le bien fondé de ses actes, accepte d’être jugé par une entité suprême (ici dieu), mais pas d’être enfermé. Il n’y a pas à proprement parler de morale dans le film, puisqu’on sait que ce que fait Jerry est « mal », l’important est de détailler ce qui se passe dans son esprit, à l’intérieur de lui. On rit et on a peur, sans frontière. Le film joue avec de nombreux codes et les détourne. Le gore est suggéré, le sang gicle tellement qu’il devient irréel, qu’on le met à distance. Les meurtres sont trop graphiques pour être simplement de l’horreur qui créer l’effroi. Dans les yeux de Jerry, les corps morts ne pourrissent pas.
C’est le chat finalement qui est le plus ancré dans la réalité, balançant à Jerry toute la vérité que pourtant on cache : l’exploitation au travail, le désamour des filles pour Jerry et surtout les médicaments qui rendent la réalité trop fade. Comme il emballe les baignoires dans son usine toute rose, Jerry découpe et emballe les corps dans des tupperwares. Le nombre de boîtes nécessaires est d’ailleurs calculé au poids près – celui des différentes victimes – car dans The Voices, tout est dans les détails, souvent savoureux. La mise en scène parvient à accentuer le côté « jouissif » du film. On débarque dans le film comme dans la mélodie du bonheur, avant de basculer peu à peu dans le gore. Milton est d’abord un endroit où l’on fait des piques-niques, la chenille et où on va au karaoké. D’ailleurs, Jerry va boire tranquillement des verres avec ses copines. De l’essence de la femme à la petite naïve amoureuse, Jerry passe par toutes les phases : l’abandon et le désir de « fonder un foyer ». Or, si toutes ses femmes sont magnifiques, ce n’est pas le portrait d’un pervers sexuel pour autant, Fiona, très féminine, est vue comme un ange par Jerry, c’est d’ailleurs un accident qui lui coûte la vie. L’élément déclencheur qui a fait de Jerry un tueur l’a laissé enfant pour toujours, c’est là qu’il vit, dans l’enfance. Et il va peu à peu découvrir qu’il est un vrai tueur. Il tue toutes les femmes (en 3 victimes) – leur essence du moins – de la « femme fatale » à celle qu’on ne regarde pas forcément, mais qui a beaucoup de désir. Pour incarner ces personnages hauts en couleurs, Marjane Satrapi s’est très bien entourée, de Gemma Arterton à Anna Kendrick (superbe) pour les rôles féminins. Mais c’est surtout Ryan Reynolds qui est ici parfait : de toutes les voix, complètement flippant, mais aussi profondément attachant. C’est un paumé magnifique, tellement pris dans sa folie qu’il nous ferait presque oublier qu’on nage en plein délire sanguinaire.
Inclassable
L’univers est foutraque du début à la fin, et surtout à la fin ! Sans se prendre au sérieux, il en dit beaucoup sur tous les états de la schizophrénie, en épousant la forme de la pensée d’un malade. La caméra suivant à pas feutrés cet homme dans son univers tout modifié où il ne peut agir seul, alors qu’il planifie tout seul puisque les « voix » qu’il entend sont les siennes (mais avec un accent écossais pour le chat !). Pourtant, l’analyse est simple : ses pensées à lui, il ne les refoule pas, il les vit, contrairement à nous tous qui refoulons les idées noires pour garder un équilibre. Or, The Voices est le film d’un déséquilibre. Plus rien n’est perçu normalement.
Après avoir parlé de son enfance iranienne (Persepolis), puis écrit un joli conte musical (Poulet aux prunes) et une histoire de mafia, entre comédie et thriller (déjà!), Marjane Satrapi, habituée à écrire elle-même ses scénarios, s’est dit cette fois, en lisant le scénario d’un autre, « non de Dieu, qu’est-ce que c’est que ce truc, il faut que le fasse »**. Voilà qu’elle a ajouté son regard affûté sur une intériorité particulière pour livrer un film étonnant, parfois kitsch (mais c’est assumé !), souvent hilarant et parfaitement maîtrisé. Le film a également été primé lors de l’Etrange Festival (organisé chaque année au Forum des images) d’un prix du Nouveau Genre. Une nouveauté qui se ballade entre un Shining sous acide et l’esthétique déjantée d’un Wes Anderson.
*Citation issue du dossier de presse du film
**Interview donnée à France 3
The Voices – Bande annonce
Fiche technique – The Voices
Réalisation : Marjane Satrapi
Scénario : Michael R. Perry
Interprétation : Ryan Reynolds (Jerry, Monsieur Moustaches, Bosco), Gemma Arterton (Fiona), Anna Kendrick (Lisa), Jacki Weaver (Dr. Warren), Ella Smith (Alison)
Date de sortie : 11 mars 2015
Durée : 1h43
Genres : Comédie, Policier, Thriller
Image : Maxime Alexandre
Costumes : Bettina Helmi
Montage : Stéphane Roche
Musique : Olivier Bernet
Directeur de production : Jens Enderling
Après le FEFFS et le PIFFF 2014, deux événements du cinéma de genre dans l’hexagone, CineSeriesMag continue sa chevauchée fantastique en pénétrant les coulisses de l’un des plus vieux festivals de genre en France. Si vous avez bien lu le titre de l’article, alors vous avez deviné que la rédaction sera présente à partir de jeudi dans les Vosges, à Gérardmer pour découvrir un panorama mondial du cinéma fantastique. Durant quatre jours, vous pourrez suivre les pérégrinations de notre reporter fraîchement débarqué sur place pour vous donner un avis à chaud sur les productions frissonnantes qui ne tarderont pas à venir hanter vos écrans. Le mythique Festival de Gérardmer se tiendra du 28 janvier au 1er février 2015, avec un hommage tout particulier à la société de production Hammer Films, qui nous a offert les classiques de Frankenstein, Dracula ou encore La Momie. Robert Rodriguez sera également honoré lors d’un événement spécial en sa présence où il sera récompensé pour l’ensemble de sa carrière. A cette occasion, vous pourrez revisionner sur grand écran ses plus grands succès que sont Une Nuit en Enfer, The Faculty et Sin City.
A cette occasion, et après nous avoir offert une relecture du conte de La Belle et la Bête, Christophe Gans présidera le Jury long-métrage de cette vingt-deuxième édition du festival vosgien. Il sera accompagné d’un jury de renom, avec entre autres Alexandre Aja (La Colline a des Yeux, Piranha 3D, Horns), son compère Franck Khalfoun (Maniac, et en attendant son remake de Amytiville) et son pote Grégory Levasseur (scénariste sur les films de Aja et réalisateur de The Pyramid, bientôt en salles).
Qui succédera au japonais Miss Zombie de Sabu, Grand Prix du Jury l’an passé, qui n’a malheureusement bénéficié d’aucune distribution dans nos contrées ? Il est encore tôt pour le dire. Tout ce que l’on sait, c’est que cette année, le festival a mis les petits plats dans les grands et c’est une sélection audacieuse qui nous est proposé. Un point sur les films en compétitions.
COMPÉTITION OFFICIELLE LONGS MÉTRAGES
Cub (Welp), un film de Jonas Govaerts (Belgique): Synopsis : Comme chaque été, le jeune Sam, âgé de douze ans et débordant d’imagination, part en camp de scouts dans la forêt. Il se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond quand il y découvre une mystérieuse cabane visiblement habitée par Kai, un enfant sauvage. Sam croit bon d’en avertir ses guides, mais ceux-ci ne le prennent pas au sérieux, interprétant son récit comme l’une de ses habituelles élucubrations. Et pourtant… Le jeune garçon de la cabane s’avère en plus aider un dangereux psychopathe, lequel va redoubler d’ingéniosité pour décimer les louveteaux de la troupe. Un par un…
Ex_Machina, un film de Alex Garland (Royaume-Uni & USA) : Synopsis : Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.
Goodnight Mommy (ich seh, ich seh), un film de Veronica Franz et Severin Fiala (Autriche) : Synopsis : Durant un été caniculaire, dans une maison de campagne, perdue au milieu des champs de maïs et des bois, des jumeaux de neuf ans attendent le retour de leur mère. Lorsqu’elle revient à la maison, la figure cachée par des bandages, suite à une chirurgie esthétique, ces derniers doutent de son identité…
Honeymoon, un film de Leigh Janiak (Etats-Unis) : Synopsis : Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au cœur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa.
It Follows, un film de David Robert Mitchell (Etats-Unis) : Synopsis : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…
Jamie Marks is Dead, un film de Carter Smith (Etats-Unis) : Synopsis : Quand Jamie Marks disparaît, il ne manque à personne. Sauf à Adam, qui est hanté par lui…
The Man In The Orange Jacket, un film de Aik Karapetian (Lettonie) : Synopsis : Suite à son licenciement, un jeune homme poursuit à la trace son ancien patron et sa charmante épouse. Au travers d’événements tous plus sanglants les uns que les autres, il tente d’échapper à son propre passé et, en s’installant dans la superbe demeure de son patron, de se construire une nouvelle identité en y menant une vie luxueuse. Mais rien ne le prépare à la visite surprise d’un invité qu’il semble vaguement connaître…
The Signal, un film de William Eubank (Etats-Unis) : Synopsis : Nick et Jonas sont étudiants en première année à MIT (Massachusetts Institute of Technology). Passionnés de piratage, ils ont déjà déjoué le système de sécurité de MIT. Quand ils décident de faire un road trip à travers le Sud-Ouest des Etats-Unis avec la petite amie de Nick, Hailey, leur trajet se trouve être détourné par un génie de l’informatique qui attire leur attention. Le trio se retrouve alors entraîné dans une zone étrangement isolée. Soudain, tout devient noir. Nic est devenu un captif, ils découvrent alors qu’ils font partie d’un complot hors normes.
The Voices, un film de Marjane Satrapi (Etats-Unis, Allemagne & France) : Synopsis : Jerry est amoureux de la comptable de son travail. Il va se confier à ses animaux de compagnie qui ont la faculté de parler : un chat qui le pousse à commettre des meurtres en série et un chien affable.
These Final Hours, un film de Zak Hilditch (Australie) : Synopsis : À douze heures de la fin du monde, avant qu’un terrible événement n’éradique la vie sur Terre, James traverse une ville où le crime règne en maître pour se rendre à une fête phénoménale – la fête ultime. En chemin, il sauve à contrecœur la vie d’une fillette, prénommée Rose, qui recherche son père à tout prix. Tandis que l’échéance fatale se rapproche, James, désormais investi d’une nouvelle responsabilité, est contraint de remettre en question ses priorités.
Mais Gérardmer, c’est également une sélection hors-compétition remarquable avant des avants premières remarquables. De Disney aux Wachowskyen passant par le dernier Quentin Dupieux, tout le monde y trouvera son compte. Voici un aperçu des quelques films phares de la programmation.
FILMS HORS-COMPETITION
Jupiter Ascending, un film de Andy & Lana Wachowsky (Etats-Unis) : Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais elle enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que celle de gagner sa vie en nettoyant les toilettes des autres. Lorsque Caine, un ancien chasseur militaire conçu génétiquement, débarque sur Terre pour retrouver sa trace, Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre même du cosmos…
Les Nouveaux Héros, un film de Don Hall & Chris Williams (Etats-Unis): Synopsis : Un petit génie de la robotique nommé Hiro Hamada découvre qu’un complot criminel menace de détruire la ville de San Fransokyo. Avec l’aide de son plus proche ami, Baymax le robot infirmier, et de ses compagnons qu’il va transformer en une bande de superhéros high-tech, Hiro va tout faire pour sauver la ville et sa population de l’infâme Yokai…
Ouija, un film de Stiles White (Etats-Unis) : Synopsis : Après avoir réveillé les forces obscures d’une antique planche de jeu de spiritisme, un groupe d’amis se voient confrontés à leurs peurs les plus terribles…
Tusk, un film de Kévin Smith (Etats-Unis) : Synopsis : Un célèbre podcaster américain, connu pour ses sujets farfelus, se rend au Canada pour interviewer un vieil homme totalement fasciné par les morses. Leur rencontre va très vite dégénérer…
Réalité, un film de Quentin Dupieux (France) : Synopsis : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…
What We Do in the Shadows, un film de Taika Watiti & Jemaine Clement (Nouvelle-Zélande) : Synopsis : Les vampires Viago (379 ans), Deacon (183 ans), Vladislav (862 ans) et Peter (8 000 ans) partagent un appartement à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Malheureusement pour eux, et à cause de leur irrépressible besoin de s’alimenter en sang, ils ont du mal à se faire des amis ou à maintenir en vie des relations qui leur permettraient de fréquenter les établissements branchés de la ville. Sans vie sociale, ces créatures de la nuit arriveront-elles à surmonter leurs différences et s’adapter ainsi au monde moderne ?
Et comme chaque année, Gérardmer propose une nuit consacré au cinéma à l’humour dépravé, au second degré jubilatoire et où le sérieux n’a pas sa place, une nuit décalée où tous les amateurs de cinéma de série Z se rejoignent pour apprécier ensemble une nuit particulièrement décalée. Une nuit sous les auspices du gore et de la chair humaine.
La Nuit Décalée – Bon Appétit!
American Burgers, un film de Bonita Drake et Johan Bromander (Suède): Synopsis : Un bus, avec à son bord une horde de lycéens américains, fait un tour d’Europe et s’arrête au cœur d’une forêt afin qu’ils visitent une usine de « hamburgers 100% américains » comme le proclame fièrement son slogan publicitaire. Malheureusement pour ces jeunes, les cuisiniers ont besoin de chair fraîche… Les lycéens vont alors devoir fuir pour échapper au massacre et tenter de survivre…
Eat, un film de Jimmy Weber (Etats-Unis) : Synopsis : Novella McClure est dans la même situation que la plupart des jeunes comédiennes qui veulent percer à Hollywood : elle vient de dépasser la trentaine, son nom d’artiste n’est plus trop dans le coup, et elle n’a pas décroché un rôle depuis trois ans. L’argent hérité de son père, mort tragiquement lorsqu’elle était petite, lui a permis de tenir jusque-là, mais cet argent commence à manquer. La manie qu’a Novella de se ronger furieusement les ongles quand elle est stressée et sous pression peut alors devenir bien dangereuse pour elle…
Zombeavers, un film de Jordan Rubin (Etats-Unis) : Synopsis : Un groupe d’adolescents, partis pour un week-end de débauche au bord d’une rivière, se retrouve confronté à une horde de castors-zombies affamés. Pour réussir à rester en vie, les jeunes vont devoir affronter ces animaux d’une nouvelle espèce…
Enfin, de nombreuses animations seront proposés entre les séances de visionnages. Hommage tout naturel à la Hammer Films, une rencontre« Dans les griffes de la Hammer » aura lieu pour fêter le 80ème anniversaire de la célèbre société de production britannique. Une compétition de courts métrages récompensera également le meilleur court francophone parmi cinq films. Les lecteurs assidus pourront se délecter des ouvrages du salon littéraire fantastique Le Grimoire et l’Espace fantastique. Un espace jeunesse stimulera l’imaginaire fantastique chez les plus jeunes et des manifestations viendront embellir cette édition du Festival avec l’annuel Zombie Walk, le Concours des 24h des Réalisations ou le localement célèbre concours des vitrines et balcons. Mais il ne s’agit là que d’une infime partie de toutes les animations prévues pour faire vivre la ville vosgienne durant cinq jours sous le thème du fantastique.
Rendez-vous tous les jours à partir de jeudi 29 janvier pour un point quotidien sur les déambulations vosgiennes de notre reporter et les films visionnés au Festival de Gérardmer.
Synopsis : Paris, Le Trocadéro. Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître. Certains sont inséparables, liés par des vies de famille compliquées. Ils vivent l’instant, c’est l’attrait de l’argent facile, la drague anonyme sur Internet, les soirées trash « youth, sex, drugs & rock’n’roll ».
Toff, filme tout et tout le temps……
Le vieil homme et l’amer
Les films de Larry Clark ont permis la découverte d’un certain nombre de jeunes talents plutôt arty tels que Chloë Sevigny, Rosario Dawson ou encore Michael Pitt, et avec son premier film Kids, a vraisemblablement mis sur orbite Harmony Korine , son scénariste, qui depuis a livré entre autres le très beau Spring breakers.
Son travail jusque-là est cohérent et plein de sens, montrant des jeunes confrontés à une réalité compliquée (le sida et la drogue dans Kids, l’assassinat d’un autre jeune dans Bully, un film aux airs de revenge movie se basant sur des faits réels, l’inceste dans Ken Park ou encore la ghettoïsation des jeunes latino de la banlieue de Los Angeles dans Wassup rockers, son plus beau film à ce jour). Le travail pointe la noirceur du monde des adultes et la nécessité pour les jeunes de rester groupés et entre eux, au mieux dans le cadre d’une saine activité comme le skateboard, au pire dans la consommation de drogues et dans différentes expériences sexuelles limite.
Un travail cohérent, même s’il est interpellant dans sa frontalité, largement autobiographique dans ce qu’il fait écho à sa propre jeunesse baignée de sexe, de drogue et de rock and roll. Un travail radical et sans concession, censuré dans bon nombre de pays, regorgeant de scènes explicites et plus ou moins dérangeantes, mais une œuvre qui a fait sens jusque-là.
Jusque-là, car dans ce nouveau film, The smell of us, rien ne va plus. Quand Larry Clark choisit de s’intéresser de près à la jeunesse parisienne, le contenu social de son cinéma n’est plus lisible et les provocations multiples deviennent des coquilles vides ennuyeuses, répétitives et malsaines. Ayant mûri ce projet dit-il depuis son passage en France lors de la sélection de Kids au Festival de Cannes, il a franchi le pas, dans un contexte de tournage cauchemardesque, avec des acteurs en grève et d’autres comme Lukas Ionesco, le personnage principal, qui en gardent jusqu’à ce jour encore un traumatisme violent. Son projet a dû sans doute s’appuyer sur l’idée d’une certaine liberté en France, d’une certaine liberté d’expression comme on a pu en avoir la preuve dans ces tous premiers et funestes jours de Janvier 2015, de la possibilité encore d’aller où on veut sans subir la censure, la bien-pensance anglo-saxonne, l’opprobre morale… Seulement voilà, ce qui a marché dans un contexte californien ou new-yorkais ne fonctionne pas du tout à Paris, ce qui a touché avec les scénarios d’Harmony Korine ne résonne pas avec celui de son scénariste français Mathieu Landais, alias Scribe.
Le voilà donc, Larry Clark parmi une bande de skaters, sur une Place de Trocadéro déserte, payant de sa personne la défection de Pete Doherty pour le rôle de Rockstar, un homme déchu, vautré dans sa propre urine, couvert de sa propre bave avinée, ivre et abruti de sa médiocrité, sur lequel les jeunes skaters font des figures, et qui finit par ramper tel un ver pour sortir de leur trajectoire. Dès images terribles dès la première séquence, mais des images qui ne fonctionnent pas. La séquence ressemble davantage à une performance qu’à une vraie séquence de vie, les jeunes semblent s’ennuyer, les personnages certes, puisque c’est inscrit dans le récit, mais aussi les acteurs, ce qui est nettement plus problématique. Même la belle prestation de Michael Pitt comme chanteur de rue grunge (comme en écho à son rôle de Blake/Kurt Cobain dans Last days de Gus van Sant) ne parvient pas à animer l’ensemble.
Rockstar aime s’entourer d’un groupe composé de beaucoup de jeunes garçons et d’une jeune fille, des jeunes censés être à la dérive, les uns jouant les escort boys dans une veine homoérotique assez prononcée, et l’une se morfondant, personne ne voulant coucher avec elle car « on est en 2013, tout le monde est gay ». De fait, tout le monde couche avec des hommes vieux et/ou des femmes flétries, pour quelques grosses poignées d’Euros. Larry Clark lui-même joue le vieux pervers fétichiste, en reprenant cette fois-ci le rôle de Bouli Lanners pressenti mais tombé malade au moment du tournage. De jeunes fils à papa qui se prostituent donc, alors que le besoin d’argent n’est pas flagrant, des jeunes dont on renifle la nuque avec avidité ou dont on lèche les orteils avec des grognements plus bestiaux que suggestifs, entrecoupés de « Mon petit garçooonnne » à la limite de la pédophilie. Des scènes inutiles et éprouvantes, car tournant à vide, sans aucun sens à leur donner. Des scènes d’un réalisateur qui a l’air lassé par son propre sujet si ce n’est son propre cinéma.
Larry Clark introduit dans son dispositif un personnage qui filme tout avec son smartphone, un personnage qui n’est pas sans rappeler le jeune Larry Clark photographiant ses camarades de Tulsa en train de se droguer ou de faire l’amour, ou de se droguer en faisant l’amour (cf les livres Tulsa & Teenage lust). Le personnage d’un voyeur dans un film de voyeur, et la boucle est bouclée…
Seule une séquence hallucinée avec Dominique Frot, extraordinaire dans l’abjection de son personnage de mère monstrueuse engendre quelques frémissements, l’illusion d’une vérité dans le film de Larry Clark. Pour le reste, on reste complètement à la marge, désolé pour un réalisateur qui n’est plus que l’ombre de lui-même et en même temps furieux de la manipulation de ses jeunes acteurs qui sourd de son film. Un mauvais film à oublier bien vite, en espérant qu’il ne sera pas la triste conclusion d’une filmographie singulière et intéressante.
The smell of us : Bande annonce
The smell of us – Fiche Technique
Titre original : –
Réalisateur : Larry Clark
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 14 janvier 2015
Durée : 92 min.
Casting : Lukas Ionesco (Math), Diane Rouxel (Marie), Théo Cholbi (Pacman), Hugo Behar-Thinières (JP), Ben Yaiche (Guillaume), Maxime Terin (Toff), Larry Clark (Rockstar), Dominique Frot (Mère de Math)
Scénario : Mathieu Landais aka Scribe, Larry Clark
Musique : Howard Paar
Chef Op : Hélène Louvart
Nationalité : France
Producteur : Gérard Lacroix, Christophe Mazodier, Pierre-Paul Puljiz
Maisons de production : Polaris Film Production & Finance, Morgane Production, Polyester
Distribution (France) : Jour2fête
Un destin extraordinaire suffit-il à faire un film extraordinaire ? C’est bien la question que pose Une merveilleuse histoire du temps, dont toute la fabrication – des plans, aux choix scénaristiques, en passant par les acteurs – tend à conter une histoire merveilleuse, féerique teintée de quelques drames.
Synopsis : 1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans. Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable.
Le temps, c’est de l’amour
Un homme et une femme … d’exception
Le film semble tout droit sorti d’un temps indéfinissable où l’on filme encore les premiers regards amoureux avec l’actrice le rose aux joues, où les âmes sœurs se convoitent de loin, font du manège ensemble avant de s’embrasser pour la toute première fois devant un magnifique feu d’artifice. Stephen est un cosmologiste, persuadé que si l’univers a un commencement – ce dont il peinera à être intimement persuadé toute sa vie – il a forcément une fin à venir. Le temps, c’est ce qui l’obsède, jusqu’à ce qu’il devienne une réelle quête quand on lui apprend qu’il lui est compté : une maladie vient briser son avenir et la mort doit surgir sans surprise dans moins de deux ans. Pire encore, si tout son corps se dégradera jusqu’à le priver de motricité et de parole, son esprit restera intact, bref, il sera pleinement conscient de sa propre chute. De son côté, Jane aime la littérature, va à l’église et croit en Dieu, c’est avec lui que commence l’univers pour elle et c’est certainement avec lui qu’il se terminera sans qu’elle y pense vraiment. Elle est très vite fascinée par l’univers de Stephen et décide de le suivre, avec courage, dès qu’elle apprend sa maladie. De valide, Stephen passe à invalide et d’épouse dévouée, Jane passe à garde malade. Elle aime dans la dévotion la plus totale. L’amour que ces deux-là se portent triomphera de la maladie, puisqu’ils auront pas moins de trois enfants ensemble.
Un amour extraordinaire
De cette histoire vraie et fascinante – Stephen Hawking étant véritablement un des plus grands scientifiques de notre ère puisqu’il vit encore aujourd’hui, à 72 ans – James Marsh a tiré un film qui se veut exemplaire. On voit tout au travers des yeux de Jane puisque c’est du livre qu’elle a écrit, après sa séparation d’avec Stephen, que le film s’inspire. Pourtant, tout est fait pour montrer les réussites de Stephen, sans les combats intimes qui le malmènent. On n’entre jamais au cœur de son état, de sa force. L’histoire est bien lisse, on reste du côté de la fable, de l’extraordinaire, du dévouement. La maladie est là, pleinement inscrite. Mais quand Stephen Hawking écrit sa brève histoire du temps, vendue à plus d’un million d’exemplaire, on sait que ses idées tiennent plus qu’à la réflexion d’un scientifique. C’est avant tout un corps qui éprouve le temps dans toute sa dimension, mais aussi l’espace, l’échec de la matière, et ce dépassement du diagnostic. Comment est-ce possible qu’il soit toujours là aujourd’hui ? Sa femme, rien que sa femme répond le réalisateur. Jane, dont il finira par se séparer sans haine et pour la laisser libre d’aimer à nouveau pleinement et sans sacrifice, est montrée comme un symbole de courage, érigée en exemple d’amour. On sort donc la femme de l’ombre, pour ne pas simplement montrer l’homme et sa réussite. C’est pourtant à cela que tient l’extraordinaire de la vie de Stephen, avoir écrit un livre sans pouvoir bouger un seul membre, n’avoir jamais lâché le temps ou l’univers.
A la force de la douleur, d’épreuves psychiques et physiques, Stephen finira même par suggérer la possible existence de Dieu. On entre dans cette intimité fascinante, mais seulement en surface, bercé par une douce musique, des violons, du piano et des visages qui se regardent et tiennent ensemble. L’histoire est ici filmée comme unique et universelle, c’est ça la force principal du film. Le Biopic, cependant très conventionnel dans sa forme comme dans le fond, prend un contre-pied : il montre la vie domestique du scientifique qu’on a l’habitude d’identifier à un vieil homme paralysé qui parle à l’aide d’un ordinateur. Malgré l’effort fourni par les scénaristes, il demeure tout de même un certain pathos et beaucoup de sentimentalisme dans cette histoire universelle du temps. Les visages sont bienveillants, les plans veulent inspirer les larmes, la compassion, l’empathie pour des personnages dont les corps et les ambitions prennent d’autres formes. Jane ne reste pas la niaise petite étudiante fan de littérature médiévale, mais celle qui peut traverser toutes les époques avec sur les épaules un fardeau immense : aimer et soigner. Graviteront donc inévitablement d’autres personnages, dont celui du nouveau mari de Jane. Le film n’hésite pas à montrer les hauts et les bas du mariage de Stephen, mais il n’éprouve pas assez le concept de l’amour-sacrifice, il n’ébranle pas assez le mythe du grand scientifique respecté et optimiste. La foi chrétienne de Jane la fait aider son prochain, l’aimer, l’adorer même, sans cri ni haine.
De l’intime à l’universel
Il aura fallu du temps – presque trois ans – pour convaincre la vraie Jane Hawking de voir son livre* adapté à l’écran, elle s’en félicite aujourd’hui. Mais plus qu’un ressenti sur le temps et sa pression sur nos vies, ou encore le commencement, le film est avant tout romantique, profondément, la réflexion scientifique est trop mise de côté, trop embellie pour qu’elle nous apparaisse dans toute sa force. On la comprend cependant puisqu’elle est le plus souvent simplifiée. Stephen explique à Jane ce qu’il comprend d’immense, elle le retranscrit avec ses mots. Le temps nous fascine, nous entraîne, nous oppresse, et le film ne nous le fait pas assez ressentir. Il reste cependant braqué vers les étoiles qui se construisent et meurent dans une même explosion, fascinantes. Pour incarner les deux personnages principaux, les acteurs Eddie Redmayne et Felicity Jones sont parfaits, bluffants même. On est dans la ressemblance et ils s’en sortent très bien, tout en faisant passer une vaste palette d’émotions. Les images elle aussi sont magnifiques, nimbées d’une douceur certaine, s’intéressant de près au corps qui flanche et à sa chorégraphie. On scrute l’infiniment petit des visages, l’infiniment grand du ciel, la petitesse de l’être humain dans l’univers et la grandeur d’un esprit pourtant enfermé dans un corps infirme. De l’intime à l’universel il n’y a qu’un pas, qu’importe le temps qu’il reste. Du cinéma à grand spectacle pour les amoureux de l’amour.
*Le livre de Jane Hawking s’intitule : Travelling to Infinity: My Life with Stephen
Une Merveilleuse Histoire du temps: Bande annonce
Fiche technique – Une merveilleuse histoire du temps
Titre original : The Theory of Everything / Royaume-Uni – 2014
Réalisation : James Marsh
Scénario : Anthony McCarten, d’après Travelling to Infinity: My Life with Stephen de Jane Wilde Hawking
Interprétation : Eddie Redmayne : Stephen Hawking, Felicity Jones : Jane Wilde Hawking, Maxine Peake : Elaine Mason, la seconde femme de Stephen, Charlie Cox : Jonathan Jones, le second mari de Jane, Harry Lloyd : Brian, le colocataire fictif de Stephen, Emily Watson : Beryl Wilde
Date de sortie : 21 janvier 2015
Durée : 2h03
Genres : Biopic, drame
Image : Benoît Delhomme
Costumes : Steven Noble
Montage : Jinx Godfrey
Musique : Jóhann Jóhannsson
Production : Tim Bevan, Lisa Bruce, Eric Fellner et Anthony McCarten
Sociétés de production : Working Title Films
Face au succès surprise de French Connection, une suite est mise en chantier. Elle sortira 4 ans plus tard, en 1975. On retrouve John Frankheimer derrière la caméra, un réalisateur proche du style de William Friedkin, à la carrière solide, avec des films comme : Le prisonnier d’Alcatraz, Un crime dans la tête ou Le train. Gene Hackman reprend le rôle de Popeye Doyle, au contraire de Roy Scheider. Ce dernier avait repris son rôle de Buddy Russo dans un prequel sorti en 1973, Police puisssance 7, qui fût un flop.
Synopsis : Toujours à la poursuite du trafiquant de drogue Alain Charnier, dont il vient de démanteler le réseau américain et qu’il est le seul à pouvoir identifier, « Popeye » Doyle, arrive à Marseille où il prend contact avec l’inspecteur Barthélémy. Mais il est accueilli plutôt fraîchement, ses homologues français lui interdisant notamment de porter une arme. Esseulé, ne parlant pas la langue, il poursuit néanmoins son enquête avec obstination.
A la poursuite d’Alain Charnier
Après New-York, l’action se déroule entièrement à Marseille. Popeye Doyle se retrouve seul dans les rues de cette ville, aussi sale que celle de la grande pomme. Il traîne sa grande carcasse, toujours affublé de son fameux chapeau, à la poursuite d’Alain Charnier, qu’il est le seul capable d’identifier. Il découvre un monde différent du sien, avec la barrière de la langue, qui l’empêche de mener à bien ses investigations, surtout que ses homologues français; avec en tête l’inspecteur Henri Barthélemy; ne semble pas vraiment ravi de sa présence. C’est dans cette atmosphère hostile, qu’il tente de s’intégrer, malgré la frustration de n’être qu’un simple observateur.
Cette suite reprend les codes du premier, John Frankheimer filmant aussi caméra à l’épaule, en restant au cœur de l’action et toujours dans les pas de Gene Hackman. Celui-ci est à l’aise avec son personnage, sa performance est encore une fois impeccable. Après la fameuse course-poursuite, cette fois-ci, c’est une scène plus intimiste qui marque l’esprit. Celle de la désintoxication de Gene Hackman, avec toujours cette impression de vérité dans son jeu et ses mots. Un moment difficile, qui permet au film de sortir d’une certaine torpeur et de définitivement lancer une histoire, un brin simpliste.
Il est rare qu’une suite soit supérieure à l’original, cela se confirme encore ici. Le film pêchant par un scénario, manquant de profondeur et fait de facilités. L’histoire se reposant principalement sur les larges épaules de Gene Hackman, mais aussi sur celles de Bernard Fresson, solide second rôle du cinéma français. On retrouve d’autres acteurs français, comme Philippe Léotard et Jean-Pierre Castaldi. Mais aussi américain avec Ed Lauter à ses débuts.
On retrouve tout de même une course-poursuite dans cette suite, mais pas de voitures cette fois-ci. Elles se font à pieds, dans les rues et le vieux-port. Le film remplissant le cahier des charges imposé par le précédent, avec aussi une scène de bar. Cela manque vraiment d’originalité, même si le lieu change, comme le climat, en passant de la froideur hivernale new-yorkaise, à la chaleur printanière marseillaise, permettant à Gene Hackman de sortir ses plus belles chemises à fleurs. John Frankheimer a rendu une bonne copie, son côté réaliste est toujours bien présent, mais la surprise n’est plus au rendez-vous. On a l’impression de se retrouver devant un produit de commande, sans réelles ambitions artistiques. Une suite surfant sur le succès de son illustre aîné, avec le producteur Robert L. Rosen aux manettes.
Un polar honnête, qui vaut surtout pour la nouvelle grosse performance de Gene Hackman, pour découvrir le Marseille des années 70 et ses gueules du cinéma français. Le récent La French a remis au goût du jour, ce genre de films, en s’inspirant aussi de la filière de la French Connection.
The French Connection 2 (1975) Trailer
Fiche technique : French Connection 2
French Connection 2
USA – 1975
Réalisation : John Frankenheimer
Scénario : Robert Dillon, Laurie Dillon et Alexander Jacobs
Distribution : Gene Hackman, Fernando Rey, Bernard Fresson, Philippe Léotard, Ed Lauter, Charles Millot, Jean-Pierre Castaldi, Cathleen Nesbitt et Jacques Dynam
Musique : Don Ellis
Photographie : Claude Renoir
Production : Robert L. Rosen
Genre : Policier
Durée : 119 minutes
Il est d’usage aujourd’hui de railler les années 90, cette époque obscure bloquée entre l’effervescence joyeuse des années 80, où l’Amérique pouvait encore crier « fuck yeah » à la face du monde, et l’explosion des nouvelles technologies numériques des années 2000. Entre les deux, on se plaît à dire que l’on n’a pas retenu grand chose, si ce n’est les pulls pastels, les pokémons, et Britney Spears. Admettons le, on a tous préféré oublier le discman (ou baladeur CD), le mini-disque et le hip-hop « cool » de Biz Marckie et Markie Mark (Mark Walberg). Pour le cinéma c’est à peu près pareil, on aime dire qu’il y a eu une sorte de vide artistique, malgré l’émergence de cinéastes reconnus tel Fincher, Burton ou Michael Bay… oui Michael Bay, souvenez vous d’Armageddon, gros succès de l’époque. Pourtant de cette période étrange, est apparu un symbole qui s’est ancré dans la pop culture. Tout le monde les connait et en a déjà entendu parler au moins une fois. Qui sont ils ? Ils sont nous, ils sont eux, ils sont les meilleurs des meilleurs des meilleurs (avec mention) ils sont… Les Men in black !
Juste un fragment de notre imagination…
Au départ, il s’agissait seulement d’une légende urbaine apprécié des complotistes et ufologistes de tous poils. Une théorie comme quoi le gouvernement chercherait systématiquement à couvrir les apparitions d’aliens sur notre planète, envoyant des agents spéciaux pour effacer les traces. Êtres surnaturels ou organisation secrète, les théories sont diverses et variées, mais un détail revient sans cesse : ils sont par groupe de 2 ou 3 et sont toujours vêtus de costumes noirs. Puis cette rumeur a donné naissance à un comics écrit par Lowell Cunningham et illustré par Sandy Carruthers, publié par Malibu Comics. L’idée fait son chemin, tranquillement, mais reste cantonnée au domaine de la culture Geek, encore marginale à l’époque. Toutefois, le potentiel du sujet suffit à convaincre les producteurs de lancer une adaptation au cinéma. Le premier film sort en 1997, réalisé par Barry Sonenfield, ancien directeur photo des frères Coen, et réalisateur apprécié pour sont travail sur l’adaptation d’une autre bande dessinée : La famille Adams de Charle Adams. L’histoire raconte l’enquête de l’agent K, chargé de réguler l’activité extraterrestre sur la planète terre, aidé par James Edward, une jeune recrue qui deviendra l’agent J. Ensemble, ils doivent arrêter le criminel Edgard, avant que celui-ci ne déclenche une guerre inter planétaire. Le rôle de K avait d’abord été proposé à Clint Eastwood, qui le refusa, avant que Tommy Lee Jones, amusé par le scénario, accepte. Plusieurs acteurs furent envisagés pour le rôle de J, tel Chris O’Donell qui refusa après le flop Batman & Robin, et David Shwimmer. C’est finalement Will Smith qui est choisi, refuse d’abord le rôle, avant que sa femme le persuade de revoir sa décision. Il aurait pu le regretter, car Men in black est un succès surprise, et fait de lui une star internationale (plus de 500 millions de recettes dans le monde).
Son succès, le film le doit probablement à ce paradoxe : il parle d’aliens, et est un ovni lui même. A la fois film policier mettant en scène un duo improbable (le vieux briscard et le jeune cool), comédie familiale, film de science fiction et un peu film d’horreur, l’ensemble est une sorte de foutoir visuel ou se confronte référence pop, univers pulp, blagues potaches et effets spéciaux délirants. On est assez loin du produit formaté, car si le scénario n’est pas très original, il n’est finalement qu’un prétexte pour faire découvrir au spectateur un univers fantastique ou les possibilités semblent infinies. L’idée est simple sur le papier, mais tellement brillante : et si, dans notre vie de tout les jours, nous étions cernés d’extra-terrestres ? Si tous ces gens bizarres que l’on croisent dans la rue venaient en vérité d’un autre monde, et qu’une agence serait chargé de réguler tout ça ? Il n’en faut pas plus pour laisser le génial maquilleur Rick Baker, le designer Bo Welch et la jeune société ILM déployer des trésors d’imaginations pour mettre en place un univers formidable qui fourmille de détails absurdes. Tête qui repoussent, exosquelettes, lombrics accroc au café, chien qui parle, octopodes informaticiens, bébés calamars… Rarement un film avait proposé une telle diversité dans son bestiaire, mais la grande réussite de Baker restera surtout le maquillage d’Edgar (Vincent d’Onofrio), cafard géant se servant de la peau d’un fermier comme déguisement, qui s’abîme de plus en plus au fil du temps, devenant véritablement effrayant.
Les effets spéciaux sont une des grande réussite du film, mais leur donner tout le crédit du succès serait injuste. Ce que le public aura surtout retenu, c’est le duo d’acteur Tommy Lee Jones/ Will Smith qui, contre toute attente, fonctionne mieux que bien. Les deux acteurs sont devenus quasiment indissociables dans l’imaginaire collectif. Déjà, le film à réussi a rendre Tommy Lee Jones drôle, ce qui n’est pas une mince affaire. L’acteur, que l’on connaît surtout pour ses rôles sérieux, utilise à la perfection son mutisme coutumier pour déclencher le rire face à un Will Smith plus électrique et « cool ». Deux styles de jeu antithétiques qui se complètent à la perfection, donnant au film une identité comique assez inédite. L’humour du film fonctionne surtout par son ton décalé. Les blagues sont relativement drôles, mais lorsqu’elle sont dites avec le ton le plus sérieux du monde, par deux gugusses en costume noir, elles deviennent carrément hilarantes. Il suffit de voir la séquence de l’accouchement dans la voiture : K au premier plan qui discute politique interplanétaire avec un type qui à l’air normal et derrière J qui se débat avec des tentacules géantes sortant d’une voiture à l’arrêt. Comment rester impassible devant un tel plan ? La situation est plus qu’absurde, pourtant elle est ramenée sur le ton de la banalité du quotidien, provoquant alors non pas la peur ou l’admiration, mais simplement le rire. Il en est de même pour le reste du film. Tout cela se prend très peu au sérieux, et c’est tant mieux. Après tout, comment ne pas trouver ridicule cette agence qui impose aux hommes et au femmes qui travaillent pour elle un code vestimentaire aussi strict (costume noir, chemise blanche, cravate noire…) pour se fondre dans la masse…alors qu’il n’y a rien de moins discret. On doute franchement de leur capacité à passer inaperçu. Ces hommes de l’ombre semblent littéralement hors du temps, complètement anachroniques, renforçant plus encore le décalage. Men in black est donc un film étrange qui n’a pas volé son succès, propulsant ses deux acteurs au rang de stars internationales et se taillant la part du lion dans la pop culture, en partie grâce à la chanson de Will Smith, qui se propulse rapidement en tête des ventes de disques.
Back in black
Bien décidés à ne pas en rester là, les producteurs envisagent rapidement une suite, mais étrangement celle-ci mettra un certain temps à sortir. Entre deux, pour ne pas se faire oublier trop vite, les studio Amblin de Steven Spielberg, déjà derrière le premier film, produisent une série animée supposée faire le lien entre les deux épisodes. On note tout de même quelques incohérences, comme la présence de K au coté de J, malgré sa retraite ou le physique des personnages pas très fidèle (Agent L qui devient blonde, Z qui à les cheveux blancs…). La série durera quatre saisons et ne laissera pas un souvenir impérissable, la faute à des graphisme parfois assez laids, des scénarios très répétitifs et surtout un certain manque d’évolution des personnages. Reprenant assez simplement les figures iconiques du film, tels Franck ou Les Vers. Toutefois, elle permet aux fans de renouer occasionnellement avec cet univers si particulier.
Il faudra attendre 2002 pour voir une suite au cinéma. Un deuxième film très attendu qui aura pourtant déçu beaucoup de gens par plusieurs aspects, particulièrement son scénario jugé un peu niais et débile. Il est vrai que cette histoire étrange de « lumière de Zarta », couplée à une romance un peu trop fleur bleue, n’est pas véritablement trépidante. De plus quelques détails relatifs au premier film en auront fait tiquer certains. Le retour de K, malgré son départ à la fin du premier film, sonnant comme une volonté des producteurs de renouer coûte que coûte avec le succès, mais également, plus anecdotique tout de même, la disparition de L’agent L (Linda Fiorentino), qui rejoignait le MIB après la victoire contre Edgar, a peine expliquée au détour d’une conversation avec Z (Rip Torn). Une occasion manquée de rajouter un peu de féminité dans ce monde d’hommes. Mais le film n’est pas non plus un échec complet, la même équipe technique est de retour et réinvente l’univers que l’on aimait tant, en le faisant évoluer. Les armes on l’air plus futuristes, de nouvelles races aliens font leur apparition, jouant plus encore avec les échelles de taille que ne le faisait le premier film, en allant jusqu’à inventer un « peuple du casier de la gare » et une méchante entièrement végétale, la plante carnivore Seerlina (Lara Flynn Boyle), adoptant les mensurations d’un mannequin Victoria Secrets. On croise également un ver géant métro-phage, un testigeule et Michael Jackson.
Néanmoins, ce qui aura dérangé le plus de fans, c’est l’aspect auto-parodique du film. Au lieux de développer son univers et le faire évoluer, Men in Black 2 reprend plus ou moins la structure du premier film, en reformant son duo iconique, tout en le détournant, appuyant plus encore l’humour potache et l’aspect cheap du scénario, qui ressemble sérieusement à une mauvaise série B, ce dont les scénaristes semblent conscients en intégrant une caricature d’émission ufologique aux effets spéciaux risibles, présentée par Peter Graves. Mais pris comme tel, on passe un excellent moment car le duo Jones/Smith fonctionne toujours aussi bien (L’agent K en short qui explique le fonctionnement des timbres est en soit une scène hilarante) et beaucoup de gag font mouche, comme le chien Franck qui chante « I will survive » a la fenêtre de la voiture (à voir en français pour un effet comique d’enfer), ou cette image final e encore plus délirante que celle du premier film. Les principaux reproches que l’on peut faire au film, sont le lot de toutes les sagas, il ne respecte pas rigoureusement les attentes des fans qui continuent de tiquer sur des détails. Mais ce second opus reste tout de même une réussite technique indéniable et une comédie de qualité, bien que son scénario souffre de quelques gros défauts, comme le personnage bicéphale de Johnny Knoxville, qui disparaît sans explication au milieu du film. A part ces quelques couacs, aucune raison finalement de bouder son plaisir. Le film est un nouveau succès au Box office (légèrement inférieur au premier tout de même), hissant les agents du MIB au rang d’icônes pop définitivement.
Boucle temporelle
Pourtant il faudra encore attendre avant de retrouver les agents J et K dans de nouvelles aventures. Malgré le succès du second, aucune suite n’est annoncée, les Men in black semblent avoir rangé leur costumes au placard. C’est en 2009 que Sony annonce enfin un troisième épisode, sans en dire plus sur la teneur de l’intrigue. La nouvelle est plutôt bien accueillie, preuve que les personnages on encore une place dans le cœur du public mais malheureusement les tuiles s’accumulent. Le scénario ne cesse d’être réécrit et le tournage commence sans que celui-ci soit finalisé, prend du retard…et tout cela se ressent sur le produit final. Will Smith et Tommy Lee Jones reviennent (malgré ses hésitations), mais il aura fallu attendre 10 ans pour voir ces nouvelles aventures et du coup, l’univers que l’on aimait a beaucoup changé. Nous sommes en 2012, Rip Torn ne revient pas en Z, remplacé par l’agent O joué par Emma Thompson et beaucoup de choses semblent avoir disparu sans explications comme Franck le chien, les Vers ou les Jumeaux informaticiens… beaucoup de détails un peu agaçants pour les fans. Le scénario se veut plus ambitieux que les précédents en abordant le voyage temporel. K est assassiné par un des ses anciens ennemis, Boris l’animal (Jemaine Clement), J doit alors remonter dans les années 60 pour l’en empêcher, rencontrant alors son partenaire beaucoup plus jeune. En soit, l’ensemble est plutôt cohérent, et même le final qui aura fait tiquer beaucoup de monde conclue la saga de manière satisfaisante, en la refermant sur elle-même. Mais les réécritures se ressentent beaucoup, surtout lors du deuxième acte qui ressemble à un long sketch mettant en scène Will Smith paumé dans une autre époque, où le méchant pourtant réussi (sorte de biker interstellaire), passe complètement au second plan, avant de revenir pour un final au cap Canaveral.
On a aussi l’impression que le film est un peu a part, en présentant un univers légèrement différent, plus lisse et un peu moins étrange qu’a l’accoutumée. Aucune référence n’est faite au sujet de l’ex femme de K (pourtant évoquée dans les deux premiers), remplacé ici par un vague flirt avec l’agent O plus jeune (Alice Eve), malheureusement réduite au rang de blonde de service. On peu aussi remarquer que présenter le MIB dans les années 60 comme une entreprise à la Mad Men, détruit finalement l’aspect anachronique de l’agence. Le design des premiers films était déjà bien inspiré de l’imaginaire futuriste de ces années là, en donner une image différente, avec secrétaires sexy en robes et cheveux permanentés (on aurait pu supposer que des individus conscients d’une vie extraterrestre eurent trouvé futile une aberration tel que le sexisme) annule l’effet intemporel, et donc absurde, de ces hommes de l’ombre. Détails de fans, toujours déçus de ne pas revoir ce qu’il voulaient. Mais ne soyons pas trop méchant, Men in Black 3 à tout de même ses qualités. Le choix de Josh Brolin pour incarner un K plus jeune est une idée merveilleuse permettant de donner un peu de sang neuf à la saga, l’acteur s’approprie le personnage avec aisance et dévoile un potentiel comique inattendu. Le MIB des années 60 à également quelques pépites à offrir comme des neurolazer géants, ou un Andy Warhol chargé de surveiller les aliens qui skwattent la Factory. De plus, l’ensemble se suit sans déplaisir et possède quelques beaux moments de bravoure, comme une chute temporelle de l’Empire State Building très inventive. Non, le troisième épisode n’est pas l’échec de la saga, il en reprend juste les codes de manière différente et passe tout de même honorablement le cap de la réinvention. Peu de sagas peuvent véritablement s’en vanter, surtout quand elle sortent leur suite dix ans après (comme Sin City). Le film réussi même à faire mieux que ses aînés au box office mondial, preuve finale que le MIB à encore sa place dans le cœur du public.
Mais maintenant peut on espérer une suite ? Probablement pas. Sony pictures à déjà annoncé un reboot de la saga manifestement sans Will Smith, et il est peu probable que Tommy Lee Jones rempile, vu sa présence raccourcie dans le troisième volet. On imagine déjà les fans râler devant ce projet, car le concept de reboot n’a pas vraiment la côte. Il suffit de voir la saga Amazing Spiderman détruite par une horde de rageux avant même la sortie du film, pour le seul crime que Sam Raimi n’était pas aux manettes… Pourtant en prenant du recul, l’idée ne semble pas si mauvaise. Après tout Men in Black 3 concluait bien l’histoire de J et K, en remettre une couche serait peut être suicidaire, et comme on l’a dit, si le duo fonctionne très bien, c’est surtout l’univers de la saga qui lui donne son identité particulière. Tout y est possible, alors pourquoi ne pas raconter de nouvelles histoire en conservant le même concept ? Donnons leur chance au producteurs, regardons s’ils sont capables d’imaginer de nouvelle facette à cet univers, tout en y ajoutant un peu de sang neuf. Le principe de base est tellement simple qu’il ouvre des centaines de portes possibles (sauf cette idée de cross over avec 21 jump street, là c’est vraiment trop bête). La franchise pourrait même se développer à la télévision, cela pourrait donner quelque chose de fun, ou en jeu vidéo (autre que les nullités déjà sorties à la suite des films) tout en gardant ce ton particulier. Les producteurs aurait tort de laisser tomber, car plus que les super héros qui cartonnent aujourd’hui, le motif de l’homme en noir est connu de tous et facilement identifiable.
On ne peut pas nier que les films ont eu une certaine influence. Qui, aujourd’hui, n’y pense pas automatiquement dès qu’il voit quelqu’un portant un costume et des lunettes noires (les blues brothers ça marche aussi me direz vous) ? Et comment ne pas y penser en voyant des personnages aussi divers que le G-man de Half-life, les silences de Doctor Who ou encore l’agent du FBI qui poursuit Simon Pegg et Nick Frost dans le film Paul de Greg Motola? Même l’agent Coulson de l’univers cinématographique Marvel en semble inspiré. Non les Men in Black ne sont pas morts, bien au contraire, et les possibilités qui s’offrent à eux pour l’avenir sont pour l’instant infinies. Cette saga ne ressemble à aucune autre, et la seule crainte que l’on pourrait avoir, c’est de la voir dépossédée de son identité et de son étrangeté qui détonne dans le paysage un peu trop lisse des blockbuster hollywoodiens.
Les Nouveaux Héros restera certainement comme un tournant dans la filmographie des studios Disney. Depuis quelques années déjà, les princesses sont bien moins cruches, les héros meurent parfois et les princes charmants sont bien plus canailles. Mais ici plus de magie, aucune créature féérique à l’horizon, juste de la technologie, de la culture geek sur pellicule pour remplacer les formules de Merlin l’Enchanteur… Disney fête cette année ses 100 ans, marque la fin d’une époque et réussit brillamment son examen de passage.
Synopsis : Hiro est un petit génie qui rêve d’entrer dans la même grande école que son grand frère, il doit pour cela créer une invention qui lui en ouvre les portes. Il y parvient, mais toute son invention disparaît dans un énorme incendie qui va marquer le début d’une incroyable aventure et la naissance d’une nouvelle équipe de super-héros.
La Grande Aventure Hiro
Marvel vu par Disney
Qu’on se rassure, ce qui fait l’essence de Disney reste bien présent, qu’il s’agisse de l’humour, du divertissement, de l’innovation et de la performance technologique des studios, tout est là. Un brin d’histoire : nous sommes en 2009 et Disney, faisant preuve (comme toujours) d’un flair imparable en affaires, rachète Marvel Comics dont le potentiel cinématographique des personnages est énorme. Big Hero 6 (Les Nouveaux Héros) est donc le premier film d’animation Disney à transposer à l’écran l’univers Marvel, racontant donc la genèse de cette équipe de super-héros.
Repousser les limites
La réussite visuelle est incontestable et comme toujours, Disney repousse encore un peu plus des limites qu’on croyait désormais figées, mais qui continuent d’évoluer au gré de la capacité de calcul d’ordinateurs toujours plus puissants. Le résultat est de toute beauté : les couleurs, les détails d’une précision toujours plus grande et les personnages, nous font sentir toujours un peu plus que Toy Story date bien de 1995. Le final sort du lot, mettant en images un univers parallèle semblant sorti tout droit d’un rêve aux couleurs criardes, beau, tout simplement beau… Pour le reste, l’animation enchaîne les plans nerveux (univers Marvel oblige) et audacieux, mettant l’action au centre de l’image. Mais sans jamais oublier de souligner, comme jamais auparavant, les émotions qu’expriment les visages des personnages.
Action, humour et héroïsme
Et de l’action il y en a redisons-le, univers Marvel oblige. On retrouve le cocktail propre à la maison d’édition : action, humour et héroïsme, tout à fait ce qui convenait à l’univers Disney. Le dosage devient presque scientifique entre l’humour si touchant qui colle au personnage du Baymax (sorte de Bibendum Chamallow devenu docteur), l’action décoiffante des scènes narrant la naissance de ces super-héros et l’héroïsme tonitruant qui ressort du grand combat final. Disney semble avoir trouvé la formule magique pour transposer Marvel à l’écran. Plus de problèmes d’humour ici, pas plus que de problèmes métaphysiques façon « mais que faire de mes pouvoirs ?! » bref, c’est Marvel au cinéma, débarrassé d’une part des défauts inhérents au genre, pour ne laisser que l’ingrédient magique : du fun, encore du fun, toujours du fun.
Oui mais…
Juste un ou deux bémols. La mise en place de l’action et des personnages manque de rythme et traîne un peu en longueur. Là où il faudrait capter le spectateur dès les cinq premières minutes, les enjeux tardent à venir et l’humour compense à peine ce manque. Puis il y a un petit plagiat (certains diront un clin d’œil) qui gâche (très) légèrement la fête avec une « porte des étoiles » très, mais alors très très fortement inspirée de celle de Stargate. C’est incompréhensible d’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un clin d’œil ou d’un manque d’inspiration ? Mais peu importe, il s’agit d’un point de détail qui permet juste de dire que si le film frôle la perfection, il ne l’atteint pas.
Écrire une nouvelle page
Après cent ans de magie, Disney grandit, rachète des licences (4 milliards de dollars pour Marvel, 4 autres milliards pour LucasFilm, encore un autre milliard pour les Studios Ghibli), des franchises, et comprend que son avenir ne se jouera pas que sur les entrées dans les cinémas des têtes blondes. Voilà ce que représentent ces Nouveaux Héros pour Disney: le passage de l’enfance à la puberté et le constat que les enfants, moins naïfs, croient désormais un peu plus en la technologie qu’en la magie. Mais peu importe, d’une manière ou d’une autre le cinéma doit faire rêver et la bande à Hiro y parvient sans difficulté, bénéficiant d’un méchant charismatique et…masqué bien sûr ! Bref allez-y, ce film offre autant d’énergie de tous les complexes mutli-vitaminés, les effets secondaires en moins. Mais surtout, restez jusqu’au bout du générique final, vous aurez droit à une scène bonus hilarante avec une guest star en prime !
Les Nouveaux Héros – Bande annonce
Les Nouveaux Héros – Fiche Technique :
Titre original : Big Hero 6 avec les voix de Scott Adsit, Ryan Potter, Daniel Henney, T.J. Miller, Jamie Chung, Damon Wayans Jr., Genesis Rodriguez, James Cromwell, Alan Tudyk et Maya Rudolph.
Réalisation : Don Hall
Scénario : Don Hall et Jordan Roberts, d’après Duncan Rouleau et Steven T. Seagle
Musique : Henry Jackman
Production : Roy Conli, John Lasseter et Kristina Reed
Société de production : Walt Disney Pictures et Walt Disney Animation Studios
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Animation
Durée : 101’
Date de sortie : 11 février 2015
Les enfants loups, Ame & Yuki: Une ode tout bonnement rafraîchissante
Synopsis :Hana et ses deux enfants, Ame et Yuki, vivent discrètement dans un coin tranquille de la ville. Leur vie est simple et joyeuse, mais ils cachent un secret : leur père est un homme-loup. Quand celui-ci disparaît brutalement, Hana décide de quitter la ville pour élever ses enfants à l’abri des regards. Ils emménagent dans un village proche d’une forêt luxuriante…
L’animation japonaise ne rime pas forcément avec les studios Ghibli, et plus exactement aux œuvres intemporelles d’Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Château Ambulant…). Mais il existe d’autres productions du pays du Soleil Levant qui se sont également prêtées à ce genre d’exercice, telle la Toho (la saga de Godzilla et les films d’Akira Kurosawa). Il suffit de voir Summer Wars sorti en 2009, qui a su rafler bon nombre de prix à travers le monde. À la suite de ce succès, son réalisateur, Mamoru Hosoda, se permit deux ans après de réitérer cet exploit avec son nouveau long-métrage, Les enfants loups, Ame & Yuki.
Pourtant, à voir ce que pouvait bien réserver ce film d’animation aux spectateurs question originalité, ces derniers ne pouvaient qu’appréhender le résultat, surtout avec ces derniers divertissements pour ados (genre Twilight) qui n’ont cessé de sortir ces dernières années portant sur le même sujet (des humains lycanthropes qui doivent vivre en société et ce malgré leur « malédiction »). Pire, le long-métrage aurait très bien pu suivre le parcours de ces deux fameux enfants loups (en même temps, ils font bien l’objet du titre) lors de leur scolarité jusqu’à l’adolescence, proposant au passage des amourettes à l’eau de rose ou encore les éternelles thématiques de l’isolement et de la différence. Des sujets mille fois vus au cinéma et que le spectateur pouvait s’attendre à retrouver, le tout en y allant à reculons. Mais contre toute attente, Ame & Yuki va partir dans une toute autre direction.
Bien que la seconde partie du film s’intéresse aux deux enfants et aux thèmes cités précédemment, traités de manière juste et touchante (soit dit en passant), ces derniers ne sont aucunement présentés comme les personnages principaux de cette histoire, ce rôle revenant à leur mère Hana. Alors, que peut bien apporter la lycanthropie dans une telle trame ? D’autant plus qu’ici, le fait d’avoir des protagonistes se transformant en loup est montré comme un fait normal (bien que les protagonistes soient étonnés de cela). Elle est tout simplement utilisée pour souligner les différents thèmes qu’abordent Ame & Yuki. Oui, encore une fois, il y a bien la solitude, la différence et le rejet social. Mais le film ne s’arrête pas là !
Avec la lycanthropie comme banal prétexte, Ame & Yuki se présente comme une ode à la Nature. Où celle-ci n’a pas sa place dans d’immenses villes bétonnées et grises, mais plutôt dans les vertes campagnes où elle est respectée par chaque personne y habitant. Une ode à la vie, qui voit l’héroïne subir la douloureuse existence citadine (aucun travail et tout le temps surmenée par ses enfants et la pression de la ville même – serait-ce un portrait du Japon actuel ?), puis retrouver le goût de vivre en allant s’installer à la campagne et travailler dur pour enfin se sentir bien avec ses voisins et son entourage. Une ode à l’amour, montrant à quel point une femme peut être follement amoureuse d’un homme en s’occupant de ses enfants, qu’elle aime plus que tout, comme il se doit, en les protégeant de la vie réelle. Une ode à la générosité, qui montre que les hommes peuvent partager et s’entraider après une vision puérile de ces derniers (la ville, où la foule se montre indifférente vis-à-vis de vos besoins et de vos sentiments). Ame & Yuki se révèle être une véritable mine d’or question écriture, en plus d’être un dessin animé qui ne s’adresse pas forcément qu’aux plus jeunes.
Par ailleurs, le résultat final fait preuve d’une maîtrise incontestable dans le domaine de l’animation. Certes, le style visuel ne possède pas le charme ni les traits d’un Miyazaki, ce qui peut être le détail sur lequel chipoter. Mais cette ombre s’efface sans mal derrière toute la poésie qui se dégage d’Ame & Yuki. Grâce à une animation de toute beauté, qui s’offre un magnifique panel de couleurs, de dessins réussis et d’effets de mise en scène réalisés à merveille (l’exemple de la découverte du corps d’Ōkami saura convaincre même les plus réticents). Le tout accompagné par la sublime musique de Takagi Masakatsu, compositeur qui signe ici sa première collaboration pour un long-métrage, et vous obtenez une œuvre en tout point émouvante et féerique.
Avec Les enfants loups, Ame & Yuki, vous verrez bien que les studios Ghibli ne sont pas les seuls à savoir livrer un grand film d’animation japonais, et ce même s’ils ont le monopole de l’international. Que d’autres productions peuvent également offrir au public de véritables bijoux qui sauront toucher au plus profond du cœur chacun des spectateurs qui auront la chance de les voir. Ame & Yuki fait partie de ceux-là : vous ne regretterez aucunement son visionnage !
Les enfants loups, Ame & Yuki – Bande-annonce
Fiche technique – Les enfants loups, Ame & Yuki
Titre original : おおかみこどもの雨と雪 – Ōkami Kodomo no Ame to Yuki
Japon – 2012
Réalisation : Mamoru Hosoda
Scénario : Mamoru Hosoda et Satoko Okudera
Distribution : Aoi Miyazaki / Julie Jacovella (Hana), Haru Kuroki / Maryne Bertieaux (Yuki), Yukito Nishii / Hervé Grull (Ame), Takao Osawa / Damien Ferrette (Ōkami), Takuma Iraoka / Benjamin Pascal (Sōhe), Momoka Ōno / Cindy Lemineur (Yuki jeune), Amon Kabe / Hervé Grull (Ame jeune), Tadashi Nakamura / Gilbert Lévy (Hosokawa)…
Date de sortie : 29 août 2012
Durée : 1h57
Genres : Animation
Direction artistique : Hiroshi Ohno
Animation : Takaaki Yamashita
Musique : Tagaki Masakatsu
Producteurs : Takuya Itô, Yuichiro Sato et Takafumi Watanabe
Productions : Toho, NTV, Studio Shizu, Mad House Ltd., Kadokawa Shoten Publishing Company, Dentsu Productions Ltd., YTV et D.N. dreampartners
Distributeur : Eurozoom
Éducation = Art de former une personne, spécialement un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de façon à lui permettre d’affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie. Telle est la définition que nous donne le dictionnaire. Et tel est le sujet de ce film, brillamment enluminé par Carey Mulligan.
Synopsis: 1961, Angleterre. Jenny a seize ans. Élève brillante, elle se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, dans un pays qui passe de Lady Chatterley aux Beatles, Jenny va découvrir la vie, l’amour, Paris, et devoir choisir son existence.
L’école des femmes
Londres, sa banlieue du moins ; les années 60, 61 pour être précis ! L’école, les copines et les copains, mais surtout le latin… Et Jenny, smart and pretty, studieuse, un tantinet irrévérencieuse. Préparant son admission à Oxford entre deux cours de violoncelle, seul hobby concédé par ses parents. Son objectif, y étudier la littérature anglaise. Son rêve, vivre à Paris, écouter Greco sur les quais de Seine. Dans son école, cravatée et chaussée comme le sont toutes les étudiantes, elle y apprend normes et leçons, solfège sociétal, tout pour faire d’elle une demoiselle. Jenny est douée, protégée de sa prof de littérature, on lui prédit un avenir radieux, dans la continuité de son aptitude à raisonner. Et on peut encore lire sur le coin de ses lèvres une candeur juvénile, mais également cet ardent désir de s’affranchir. Et elle aime s’exprimer en français, d’un délicieux accent, sans une once d’hésitation. Et si tout n’est pas parfait, son sourire confiant traduit une certaine sérénité. Comme si, devant elle, la voie dégagée lui offrait la vue de jours parfaits. Puisque son éducation est sa passerelle, son pont vers sa vie d’adulte.
Seulement, lorsque la pluie battante met en jeu l’intégrité de votre violoncelle. Quand un homme, au volant de sa voiture bordeau se propose de le protéger et que vous acceptez, vous vous exposez à certains risques. Au risque de rencontrer des personnes merveilleuses, dont vous tomberez amoureuse par exemple. Mais si vous avez 16 ans, et que cette personne en a le double, il est peut être judicieux de sacrifier votre instrument. Évidemment il n’en est pas ainsi, et en refermant la portière, Jenny scelle une histoire qui a tout pour plaire.
David (Peter Sarsgaard), absolument charmant, flegmatique à souhait, passionné et cultivé, apparaît aux yeux de l’étudiante comme une évidence. Incarnant une toute nouvelle forme de vie, qui se nourrit de jazz, d’art et d’insouciance. Et, les rêves auxquels s’abandonnait Jenny, allongée sur la moquette de sa chambre, soigneusement étiquetés dans la partie utopique de ses aspirations, prennent matière devant elle. Les concerts se substituent aux cours, les devoirs s’effacent, laissant place aux nightclubs et aux voyages. L’instruction par la raison cède sa place à l’éducation par la passion. Et, rayonnante, presque solaire, Jenny n’est plus ce qu’elle était, mais n’est pas encore ce qu’elle veut être, une femme. Ainsi, bien qu’ayant abandonné l’uniforme, et revêtit les petites robes parisiennes qu’elle chérissait tant, elle demeure adolescente. Aveuglée par de cruelles promesses et de doux mensonges. Et, dans sa « nymphescence » comme nous disait Nabokov (Lolita), Jenny alimente le désir chez David, qui l’entraîne dans les méandres d’un monde qui n’est pas prêt à l’accueillir.
Lone Scherfig signe ici un excellent film, une totale réussite sur le fond comme sur la forme. Effleurant et déflorant la fougueuse jeunesse d’une jeune fille pressée de vivre. Déroulant dans un premier temps un tapis idyllique sous les pas d’une fraîche romance, jamais obscène. Baignant dans le beau, dans les arts, dans le visible. Chantant l’âme romanesque de Jenny, qui, noyée dans son bonheur, croit se forger son éducation. Au grès des ballades à Montmartre et des baisés volés.
Puis dans un second, rabattant sur l’intrigue tout ce qu’elle promettait, le film sursaute dans un élan de rationalité. Conférant à la méritocratie tout ce que la passion ne peut offrir, le sentiment d’avoir gagné le droit d’être heureux, tandis que l’amour est une victoire de tous les jours. Il s’agit alors pour Jenny de choisir entre bâtir ou découvrir.
Dans une mise en scène somme tout classique, relevée par une jolie distribution (Rosamund Pike, Alfredo Molina, Emma Thompson), le film s’enchevêtre entre deux conceptions de l’éducation radicalement différentes. L’une incarnée par l’institutrice de Jenny, en laquelle cette dernière voit son futur, pâle et sans relief. L’autre évidemment figurée dans David et ses amis, où jouissance et plaisir semblent tout rendre possible. Carey Mulligan (Drive, Inside Llewyn Davis), délivre une performance magistrale, abîmée par ses doutes, déchirée par ses certitudes. Dans une Angleterre conservatrice délicieusement sixties, où résonnent des airs désinhibés, le film s’érige en hymne à l’émancipation et à la femme moderne.
Une éducation (VOST) – Bande Annonce
Une éducation: Fiche Technique
Réalisatrice: Lone Scherfig
Titre original: An education
Distribution: Carey Mulligan/ Peter Sarsgaard/ Alfredo Molina/ Dominic Cooper/ Rosamund Pike/ Olivia Williams/ Emma Thompson
Scénario: Nick Hornby (D’après les mémoires de Lynn Barber)
Photographie: John de Borman
Musique: Paul Englishby
Production: Finola Dwyer
Distribution: E1 films
Date de sortie: 24 février 2010
Durée: 125min
Box office France: 140 452 entrées
Synopsis : Nick Wild, ex-marine addict au jeu, se reconvertit dans la protection rapprochée de clients lucratifs. Il compte ainsi quitter Las Vegas pour mener une vie meilleure. Lorsque son ancienne compagne, Holly, est retrouvée battue et laissée pour morte, Nick accepte de l’aider à se venger. Il va rapidement découvrir que le coupable n’est autre que Danny DeMarco, membre d’une puissante famille du milieu.
Certains acteurs ou réalisateurs sont connus pour être des constantes, avec quelques rares exceptions, sur lesquels peuvent compter le spectateur pour connaître à l’avance les qualités ou non d’un film. Par exemple, on sait à quoi s’attendre lorsque le nom de Martin Scorsese figure à l’affiche. À l’opposé du spectre, celui d’Uwe Boll suffit à inspirer des frissons de dégoûts aux cinéphiles avertis. D’autres, en revanche, sont des mystères, jouant au grand huit avec la qualité comme s’ils cherchaient à déstabiliser leur audience. Nicolas Cage en est un exemple frappant, capable du meilleur comme du pire. Jason Statham fait également partie de cette catégorie.
Loser Loser, Chicken Dinner
L’acteur britannique avait ainsi parfaitement commencé sa carrière, sous la direction de Guy Ritchie, avant de devenir une référence du cinéma d’action, certes rarement cérébral mais souvent jouissif et efficace. Et puis, ces dernières années, il a eu de plus en plus tendance à s’égarer dans des séries B de mauvaise qualité, dans lesquelles son talent pour la baston et son humour typiquement british ont été très mal exploités. Chaque séance dans lequel il se retrouve en tête d’affiche devient donc une forme de roulette russe. Va-t-on retrouver le grand Statham, celui de Braquage à l’Anglaise ou de Hyper Tension, ou celui qui s’affichait aux côtés de Jennifer Lopez dans Parker ?
Coupons court à tout suspens : Joker est sans aucun doute le pire film de Jason Statham, et probablement le pire film de ce début d’année 2015. Tout y et raté : le scénario est mal écrit et mal fichu, la réalisation est molle, le montage bâclé et Jason lui-même ne semble pas y croire une seconde, jouant sans conviction ce énième personnage de gros dur rangé des camions qui replonge pour une nouvelle mission. Ce film est une telle insulte au spectateur qu’à côté Lucy passe pour un chef d’oeuvre de finesse et d’intelligence.
90 minutes de purge
C’est bien simple, il n’y a rien à sauver, hormis peut-être l’apparition éclair de Stanley Tucci, excellent dans un rôle ultra stéréotypé dans lequel il s’amuse malgré tout. Personnages caricaturaux, bâclés et mal écrits, absence d’enjeux, rythme lent, certaines séquences sont presque douloureuses tant elles passent mal. Et dire que Brian DePalma a failli adapter ce scénario indigent… Si au moins les rares scènes d’action relevaient le niveau, mais elles ne font que l’enfoncer encore plus tant elles sont ridicules et mal filmées, avec cet abus de ralenti qui brûle la rétine.
Le Flop 10 de 2014 est à peine sorti que déjà, les concurrents pour 2015 sont là. Joker n’a qu’un seul intérêt en ce début d’année : servir de mètre-étalon à côté duquel devront se mesurer tous les navets de l’année…
Joker – Fiche Technique
Américain – 2015
Action, Thriller
Réalisateur : Simon West
Scénariste : William Goldman, d’après l’oeuvre de William Goldman
Distribution : Jason Statham (Nick Wild), Dominik Garcia-Lorido (Holly), Michael Angarano (Cyrus Kinnick), Milo Ventimiglia (Danny DeMarco), Stanley Tucci (Baby)
Producteur : Steve Chasman
Directeur de la photographie : Shelly Johnson
Compositeur : Dario Marianelli
Monteur : Padraic McKinley
Production : Cinema Seven Productions Ltd, Current Entertainment, Quad Films
Distributeur : La Belle Company
Imitation Game, un film à Oscars qui repose sur les épaules de Cumberbatch
Synopsis : Le destin du mathématicien Alan Turing, de sa triste adolescence à la fin de sa vie, qui connut la consécration durant la Seconde Guerre mondiale en inventant la Bombe électromécanique, un instrument qui permit aux Alliés de craquer les codes allemands…
Benedict Cumberbatch est devenu l’une des figures emblématiques du cinéma et ce depuis son rôle emblématique de Sherlock Holmes dans la série télévisuelle. Ainsi, il s’est montré aussi bien dans des blockbusters hollywoodiens (Star Trek Into Darkness, la trilogie Le Hobbit) que dans des films moins imposants niveau budget (Un été à Osage County). Le comédien n’avait cependant pas encore eu l’occasion d’être en tête d’affiche d’un projet important, hormis Le cinquième pouvoir (mais comme le film est passé inaperçu, il ne compte pas vraiment). Imitation Game change la donne, en lui proposant un rôle à Oscar, celui du mathématicien Alan Turing qui a été l’un des acteurs les plus importants de la Seconde Guerre mondiale. Le film rafle les nominations (Golden Globes et les Oscars, justement), autant dire qu’il s’agit d’une bonne pioche pour Cumberbatch.
S’il vous fallait une seule raison de vous déplacer pour voir Imitation Game, il s’agirait de Benedict Cumberbatch, sans la moindre hésitation. Surtout si vous avez aimé la série Sherlock, car le personnage d’Alan Turing se révèle être semblable à celui du détective de Baker Street : solitaire, arrogant, intelligent, déductif, insociable, renfermé sur lui-même… Un rôle taillé sur mesure pour Cumberbatch, qui se délecte à chaque instant des répliques et autres frasques qu’il doit débiter, sans oublier de donner de la profondeur et de la sensibilité à son personnage lors de séquences un peu plus sérieuses et émouvantes, le rendant incroyablement attachant. La prestation du comédien se présente donc comme l’atout majeur de ce long-métrage, surpassant et de très loin les compositions pourtant tout aussi bonnes de ses camarades de jeu (Keira Knightley, Matthew Goode, Mark Strong, Charles Dance…).
Mais même sans Cumberbatch, Imitation Game possède bon nombre d’atouts qui le font sortir de la multitude de biopics que le cinéma n’arrête pas de livrer au public depuis bon nombre d’années. D’accord, Imitation Game n’impressionne guère par sa mise en scène, plutôt classique, ne faisant que filmer les comédiens interpréter leur personnage respectif, mais possède un côté so british fort plaisant qui permet d’accrocher dès les premières minutes. Une ambiance qui allie légèreté et humour au second degré qui n’est pas sans rappeler Sherlock et qui permet donc d’aborder le destin d’Alan Turing avec facilité et non sans intérêt. Cette atmosphère permet de capter l’attention du public sur ce personnage, sur son génie et sur ce qu’il a accompli. Vous serez alors irrémédiablement plongés dans cet épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale, monté de manière énergique et sans aucune grande envolée musicale qui aurait très bien pu rendre l’ensemble niais au possible (Alexandre Desplat fait, une fois de plus, un excellent travail).
Sans oublier que le scénario aborde des thématiques autre que la guerre pour creuser un peu plus le personnage d’Alan Turing, comme son homosexualité, son adolescence difficile et ses nombreuses théories mathématiques et informatiques. Une approche sur le papier fort louable qui a pour but de faire découvrir aux spectateurs une personnalité dans son intimité. Le problème est qu’Imitation Game se disperse et use de ses thématiques assez maladroitement. Le fait de concentrer la trame du film sur la quête d’Alan Turing à vouloir casser les codes allemands ne laisse plus vraiment de place pour les autres sujets : soit ils sont survolés comme les théories d’Alan Turing, soit ils sont imposés voire même surexploités alors qu’il n’y avait pas besoin de le faire (l’adolescence et l’homosexualité du personnage).
Il aurait sans doute été préférable qu’Imitation Game ne se limite qu’à sa trame principale, qui donne déjà suffisamment d’informations sur la personnalité d’Alan Turing. Par exemple, en une seule réplique, vous apprendrez que le mathématicien a vécu une adolescence difficile. Mais non, vous aurez tout de même droit à des flashbacks qui vous le montrent alors que c’est inutile, donnant l’impression de meubler le film et cassant ainsi son rythme. Ou encore le fait que certaines actions et choix de Turing révèlent sa sexualité, sans oublier le dénouement du film qui saura en émouvoir plus d’un. Comme si cela ne suffisait pas, le scénario se permet de romancer les faits historiques (comme le nom qu’il donne à son invention), les changent irrémédiablement pour (trop) insister sur la sexualité du Turing, jusqu’à dire qu’Imitation Game se présente comme un hommage à la cause gay. Un statut malvenu étant donné que le film préfère se concentrer sur le décodage de la machine Enigma et n’a tout simplement pas l’ambition scénaristique d’un Philadelphia ou d’un Harvey Milk pour prétendre une telle chose.
Hormis ses erreurs d’écriture et sa démesure en thématiques, Imitation Game a tout d’un très bon biopic : une histoire passionnante, un personnage superbement interprété et charismatique, un côté pédagogique qui porte ses fruits, une bonne ambiance qui facilite le visionnage de l’ensemble… Un véritable film fait pour les Oscars et qui va sans l’ombre d’un doute servir de tremplin pour Benedict Cumberbatch, si Sherlock et les autres films ne l’avaient pas déjà fait avant !
Imitation Game – Bande-annonce
Fiche technique – Imitation Game
Titre original : The Imitation Game
États-Unis, Royaume-Uni – 2014
Réalisation :Morten Tyldum
Scénario : Graham Moore, d’après l’oeuvre d’Andrew Hodges
Interprétation : Benedict Cumberbatch (Alan Turing), Keira Knightley (Joan Clarke), Matthew Goode (Hugh Alexander), Mark Strong (Stewart Menzies), Rory Kinnear (l’inspecteur Robert Nock), Charles Dance (le commandant Denniston), Allen Leech (John Cairncross), Matthew Beard (Peter Hilton)…
Date de sortie : 28 janvier 2015
Durée : 1h55
Genres :Biopic, drame
Image : Óscar Faura
Décors : Nick Dent
Costumes : Sammy Sheldon
Montage : William Goldenberg
Musique : Alexandre Desplat
Budget : 15 M$
Producteurs : Nora Grossman, Ido Ostrowsky et Teddy Schwarzman
Productions : Warner Bros., Black Bear Pictures et Holden Automotive
Distributeur : StudioCanal