Quand Black Swan est sorti au cinéma, l’hebdomadaire Télérama s’était posé cette question en Une : « Danser est-ce souffrir ? ». Pour Wild, c’est autre chose, il s’agit de vivre.
Synopsis : Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaye de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.
Vivre est-ce souffrir ?
Pour se remettre à vivre, Cheryl Strayed, qui pense avoir beaucoup à se faire pardonner, s’inflige un parcours du combattant, celui du Pacific Crest Trail, un sentier de grande randonnée qui traverse les Etats-Unis, de la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Sur ce parcours long de plusieurs milliers de kilomètres, on sent qu’elle est partie pour souffrir, dès la mise en place de son « monstre », soit son énorme sac à dos qu’elle tente en vain de porter dans une scène aussi drôle que déconcertante. Après Dallas Buyers Club, Jean-Marc Vallée étudie à nouveau, face caméra, le corps qui souffre. Et après Matthew McConaughey, c’est Reese Witherspoon qui colle à la peau de cette femme réelle à laquelle elle offre un visage angélique et épris d’une certaine cruauté passée. Avec cette question : pourquoi souffrir autant ? Peut-être parce que « ta seule ennemie, c’est toi », répondent en cœur Jean-Marc Vallée et Cheryl.
« Mon corps cette machine soudain ne répond plus, s’évanouit dans le bruit, s’éclipse inaperçu »
Ce sont d’abord ses pieds que l’on aperçoit, meurtris jusqu’à la moelle. La première scène est tout autant un moment de souffrance que de jouissance. Oui, il y a un côté jouissif à se laver d’une erreur qu’on pense avoir commise en se dépassant. Dans cette première scène donc, Cheryl Strayed (Reese Witherspoon) perd un ongle entier et cri entre rage, douleur et soulagement. Son parcours n’est que ça, détaillé jour après jour, avec le climat qui bouge, qui la fait bouger aussi, changer d’itinéraire… Au grès du chemin, elle fera des rencontres plus ou moins grandioses qui la conforteront dans son choix. Mais rentrera-t-elle chez elle ? Une chanson au début du film lui répond indirectement. Chez elle, ça n’existe plus, elle doit se créer un nouvel espace pour elle. L’abandon est sans cesse présent, dans le visage de Cheryl Strayed qui souffre – peut-être pas assez – autant qu’il s’apaise au fur et à mesure de la marche. C’est un montage presque hallucinatoire qui nous explique, au goutte à goutte, la raison pour laquelle Cheryl marche comme ça, se fait mal. Sans dramatiser une situation déjà assez dramatique en soit, Jean-Marc Vallée nous livre ce passé par brides de moins en moins fugaces. Voilà que Cheryl cherche à se faire pardonner une chose, avoir été, selon elle, une mauvaise fille. L’élément déclencheur ? La mort de sa mère, puis les mecs, puis la drogue et un divorce qui la blesse. Bref, la lente descente aux enfers. Mais sans que le réalisateur nous demande de pleurer, Cheryl assume ses choix, elle pense même avoir eu du désir pour les coucheries parfois sordides qu’elle a connues. La voilà donc qui marche et surtout qui s’arrête, qui écrit et qui a mal. Son corps est plusieurs fois détaillé, marqué en plusieurs endroits. L’attention sur ce corps qui ploie sous le poids de la marche et du fardeau à porter – aussi bien réel que symbolique – pose l’accent sur une marche de la rédemption. Cheryl n’a pas concrètement commis une faute, elle cherche juste à rendre sa mère fière d’elle, c’est à elle que tout est destiné, rien qu’à elle et à son souvenir. Cette mère-là est présentée d’ailleurs, dans les fulgurances du passé, comme une mère courage. Cheryl s’en va seule, mais elle ne ressent plus la solitude comme avant, ce n’est pas tant une punition qu’un chemin de croix sans dieu qu’elle s’inflige. C’est plutôt un chemin de vie qui donne l’impression de faire peau neuve.
« Il y a une aube et un crépuscule chaque jour, on peut choisir d’en être, d’aller à la rencontre de la beauté »
Les mots de sa mère résonnent en Cheryl, ça l’énervait avant, aujourd’hui elle les vit, soumise aux caprices du temps, de la nature, des bêtes et plus à celui des hommes. Si elle est encore assimilée à sa condition de femme – parfois simple corps à consommer – au cours de sa ballade, elle sait s’en départir et choisir quand il est temps de s’offrir, quand c’est l’heure de tourner la page. Le visage de Reese Witherspoon paraît un peu lisse par moment, mais s’il a du mal à exprimer la souffrance, il est prodigieux dans l’apaisement. Cheryl regarde ainsi plusieurs fois les paysages et le ciel, respire l’odeur des plantes, et se superpose à celui de sa mère disparue. C’est elle, véritablement, qui envahit l’espace. Sacrifiée et libre à la fois, tout comme l’est Cheryl une fois sur le chemin qui la mènera au « Pont des dieux », et à sa rencontre avec l’avenir d’une « jeune fille rangée ». Ce parcours est sobrement mis en musique, car ce qui compte, c’est celle que nous fait entendre Cheryl dans ses pensées, mais aussi au travers de son écriture. Le film épouse l’esprit de Cheryl, c’est ce qui lui donne son rythme, rend son montage fluide, et donne de la force à ces images qui surviennent parfois d’un passé qu’il ne faut surtout pas enfouir. Ce va-et-vient constant entre le passé et le présent est plutôt bien mené.
Il ressort de ce film une certaine douceur même dans la violence de ce que le corps subi. Cheryl n’est pas portée en exemple, elle est simplement là où elle pense devoir être pour avancer non plus courbée, mais la tête haute. Et surtout, se réconcilier avec ce corps dont le cinéma – de Whiplash (toujours en salles) à des films comme Black Swan – a toujours filmé avec plus ou moins de pudeur et de distance, juste assez pour comprendre que vivre c’est souffrir certes, mais c’est aussi comprendre, créer et enfin trouver le bon chemin. Une douce réussite., teintée d’humour et de tendresse.
*Cette citation est tirée d’une chanson du groupe Ex Nihilo Vox – en savoir plus
Wild : Bande annonce
Fiche technique – Wild
Titre : Wild
Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Nick Hornby d’après Wild de Cheryl Strayed
Montage : Martin Pensa
Producteur : Pascal Caucheteux et Marine Arrighi de Casanova
Coproducteur : Olivier Père
Production : Bruna Papandrea et Reese Witherspoon
Distribution : Fox Searchlight Pictures
Genre : Drame , Biopic
Durée : 1h56
Date de sortie : 14 janvier 2015
Interprètes : Reese Witherspoon (Cheryl Strayed) Gaby Hoffmann (Aimee) Laura Dern (Bobbi)
Synopsis : Carrie Mathison est désormais responsable de la cellule de la C.I.A., installée dans les bâtiments de l’ambassade des U.S.A. à Karachi, au Pakistan. Elle va se retrouver au sein d’un immense complot qui vise rien de moins qu’à frapper violemment les U.S.A. sur le sol pakistanais.
Retour au sommet pour la série Homeland, saison 4 !
Une série « born again »
On la disait à l’agonie, cette série d’un nouveau genre, qui avait tant fait parler d’elle à sa sortie. Il y avait du vrai pour les saisons 2 et 3, dans lesquelles les sous-intrigues sans réel intérêt avaient tendance à venir combler quelques vides scénaristiques. Mais il y avait aussi un brin d’exagération de la part de quelques fans quelque peu extrémistes, trop heureux d’apparaître plus puristes que les puristes, incapables de prendre ce qui venait, à savoir une légère baisse de régime d’une série qui avait commencé à un rythme épuisant.
Retour aux fondamentaux
On l’attendait quand même, cette saison 4, d’autant que s’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher aux sept scénaristes, c’est de ne pas savoir terminer une saison. Du coup, même avec une baisse de régime, on attend toujours la suivante sinon avec angoisse, du moins avec impatience. Impatience récompensée, avec cette quatrième saison, qui conserve les atouts des précédentes : acteurs extraordinaires, stress permanent, danger de mort avec lequel vivent des agents en sursis, terrorisme international et magouilles au sommet des états protagonistes.
Monter…et frapper !
Pourtant, on commence en douceur, si l’on excepte le lynchage du début, la suite (sans manquer d’intérêt), sert à mettre en place une gradation incroyable de maitrise, qui amène sans que l’on puisse s’en rendre compte, à l’apothéose de l’épisode 9. Cet épisode a marqué les fans au fer rouge et reste probablement le meilleur de la série et aller… de toutes les séries en général. Insoutenable est ce qui le qualifie le mieux, pas par la violence des images, mais par un suspens si intense qu’il est difficile à intituler. Le cinéma est un art et ici, le suspens devient un art dans l’art.
L’art de rater une fin
Il y a quand même un sérieux bémol, qui peut paraître anodin, mais qui a son importance. Le dernier épisode est, aussi incroyable qu’il paraisse, une véritable catastrophe. Comme un soufflé qui retombe, l’intrigue qui nous avait tenus en haleine, disparaît presque totalement de manière incompréhensible. On s’ennuie ferme, espérant en vain que quelque chose ne se passe et puis…rien ! Rien ne se passe et la saison se termine en eau de boudin, oubliant même de mettre en place cette catastrophe de « dernière minute » qui fait qu’on y reviendra. On croirait presque que les scénaristes se sont trompés, n’avaient de scénarios que pour onze épisodes et se sont retrouvés à « remplir » le dernier. Cette faute n’enlève rien au génie de cette saison…mais ça reste une faute.
Triolisme
Faute à moitié pardonnée face à une Claire Daines (Roméo & Juliette) qui continue de tutoyer le firmament avec son jeu d’actrice. Il y a du génie en elle, c’est incontestable. Comment expliquer sinon qu’elle soit si convaincante en agent de la CIA bipolaire, aux prises avec une vie privée et professionnelle plus que compliquée ? Elle a été stupéfiante dès le premier épisode de la première saison et son talent ne s’est pas démenti depuis. Et puis non, cette série est une mine à génies car, aux côtés de Claire Danes, Mandy Patinkin (Le Rôle De Ma Vie) et F. Murray Abraham (Amadeus) offrent un des plus extraordinaires trios qu’on a vus.
Un générique
Puis il y a ce générique, aussi soigné que dans la plupart des séries actuelles, qui varie au gré des saisons et au gré des événements géopolitiques mondiaux. Ce générique, qui mélange avec intelligence les tenants et les aboutissants de la menace terroriste et les troubles obsessionnels de Carie. On le sait aujourd’hui, le générique d’une série est devenu le premier contact par lequel le téléspectateur jauge le niveau artistique de ce qu’il va regarder. Plus rien d’étonnant donc à ce que leur symbolique, leur esthétique et leur musique font l’objet d’autant de soins.
Saison 5 : transformer l’essai
Bref, une série qui doit assumer le petit ventre mou que sont les saisons 2 et 3, mais qui vient de donner une gifle magistrale à tous les fans qui avaient baissé leur garde. Les deux précédentes manquaient de rythme (difficile d’apprécier les limitations de vitesse quand on a l’habitude de rouler à tombeau ouvert), mais savaient ménager leur dernier épisode, cette fois c’est l’inverse. Espérons que pour la saison 5, les scénaristes parviendront de nouveau à concilier les deux, comme ils l’avaient brillamment fait lors de la première !
Homeland : Bande-annonce
Homeland – Fiche Technique
Créateurs: Howard Gordon & Alex Gansa
Diffuseur U.S.A: Showtime
Diffuseurs France: Canal+ & D17
Réalisation : Michael Cuesta, Clark Johnson et Jeffrey Nachmanoff
Scénario : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff, Chip Johannessen, Alexander Cary, Henry Bromell (saisons 1 et 2) et Meredith Stiehm
Direction artistique : Geoffrey S. Grimsman
Décors : John D. Kretschmer
Costumes : Katina Le Kerr et Marina Draghici
Photographie : Nelson Cragg
Montage : Jordan Goldman, Terry Kelley et Joe Hobeck
Musique : Sean Callery
Casting : Claire Daines, Mandy Patinkin, F. Murray Abraham, Rupert Friend, Laila Robins
En 1971, French Connection sort sur les écrans américains. Un polar à petit budget, sans stars au générique, avec un jeune réalisateur, dont les quatre premiers films, n’ont pas rencontré le succès. Cet homme, c’est William Friedkin, qui va exploser à la face du monde, avec son style proche du documentaire et la célèbre course-poursuite, qui fait concurrence à celle exceptionnelle de Bullitt sorti précédemment, en 1969 avec Steve McQueen.
Synopsis : Doyle et Russo, 2 flics narcotiques, tentent d’intercepter une livraison de drogues. Ils suivent plusieurs truands jusqu’à tomber sur un marseillais.
Dans l’enfer de la drogue
La genèse du film est tout aussi passionnante que le film en lui-même. Le projet va mettre deux ans, avant de prendre forme. Le producteur Philip D’Antoni croit au roman de Robin MooreFrench Connection sorti en 1969, tout comme il croit à ce jeune réalisateur William Friedkin. Mais cela n’est pas le cas des importantes firmes de production hollywoodienne. Mais comme souvent dans l’histoire du cinéma, la chance vient frapper à leur porte, en la personne du président de la Twentieth Century-Fox, Dick Zannuck, fils du producteur historique Darryl : Les raisins de la colère, Ève, Le Jour le plus long, et Cléopâtre, entre autres. Il avait auparavant refusé le projet, mais il lui reste un million et demi de dollars sur son budget annuel. Surtout, il est sur le point de se faire virer et jette ses dernières cartes dans ce film.
William Friedkin rêvait de Paul Newman dans le rôle de Popeye Doyle, mais son salaire plombe le budget, il doit se raviser et porte son choix sur Jackie Gleason. Refus catégorique de Dick Zannuck, ne voulant pas de celui qui fût tête d’affiche d’un des plus grands flops de la Fox Gigot, le clochard de Belleville. Aussi pressenti, Peter Boyle sort d’un succès d’estime Joe, et ne se voit que dans de grosses productions à la hauteur de son immense talent… William Friedkin suit son intuition et porte son dévolu sur Jimmy Breslin, un journaliste, au caractère proche de celui de Sonny Grosso, dont Popeye Doyle s’inspire. Un choix surprenant, qui ne va pas faire long feu. Après un premier essai réussi, Jimmy Breslin disparaît, puis refait surface, en expliquant qu’il a juré sur le lit de sa mère mourante, que jamais il ne conduira une voiture. Sue Mengers conseille Gene Hackman, elle est son agent. On apprendra plus tard, qu’elle avait tancé Jimmy Breslin, sur le fait que ce n’était pas son métier et qu’il volait la place d’un autre. Le premier dîner entre William Friedkin, Phil D’Antoni et Gene Hackman, un acteur habitué aux seconds rôles, dont le plus célèbre était celui du frère de Warren Beatty dans Bonnie and Clyde (1967), ne fût pas une réussite. Le réalisateur n’étant pas convaincu par cet acteur, mais avec un salaire de 25000$ et le manque de temps, il obtint le rôle, même si lui aussi, n’était pas très emballé.
La distribution fût complétée par d’autres acteurs méconnus : Roy Scheider et Tony Lo Bianco, puis Fernando Rey par erreur. William Friedkin avait vu l’acteur parfait pour le rôle d’Alain Charnier, dans un film de Luis Bunuel Belle de jour, mais ne connaissant pas son nom, il laissa le soin à son directeur de casting de le contacter, alors qu’en fait, c’était Francisco Rabal. Le tournage pût enfin commencer le 30 Novembre 1970 à New-York.
French Connection va sortir des sentiers battus, en offrant un visage réaliste, dû à une réalisation caméra à l’épaule et à son style documentaire. William Friedkin est un ancien réalisateur de documentaires, il met son expérience au service de l’histoire, tout en s’inspirant du film Z de Costa-Gavras. Sa recherche de réalisme est accentué, par une lumière et des décors naturels. Elle est aussi dû au scénario s’inspirant de l’enquête des policiers Sonny Grosso et Eddie Egan, sur les réseaux de la French Connection. En effet, William Friedkin a suivi ces deux hommes lors de leurs descentes. Il va se servir de leurs manières d’interroger les suspects, aussi bien dans le verbe, que dans la gestuelle.
On retrouve Gene Hackman dans le rôle du mauvais flic, au langage vulgaire, aux mœurs légères, au physique imposant et défiant en permanence l’autorité. Le gentil flic étant joué par Roy Scheider, plus effacé, mais calme et réfléchi. Ce duo est une des forces de ce polar sans concessions. Gene Hackman emporte tout sur son passage, même lui-même, mais Roy Scheider veille, tel l’aîné sur son benjamin. Leur complicité est palpable à l’écran, leurs interrogatoires sauvages en pleine ruelle sombre, où les questions s’enchaînent de la part des deux, avec ou sans rapport avec l’enquête pour déstabiliser le suspect, sont souvent improvisées. La caméra à l’épaule ne les lâche pas, lors de leurs descentes, l’immersion est totale, on sent la tension dans chaque scènes, comme le froid qui les étreint lors de leurs planques, pendant que Fernando Rey et Marcel Bozzuffi dégustent un bon dîner dans la chaleur d’un restaurant luxueux. Un contraste social, frustrant pour les deux inspecteurs, mais aussi une source de motivation pour mettre ses hommes derrières les barreaux, au risque d’aller trop loin.
L’action se déroule principalement dans les rues de New-York, en plein hiver. Avec en point d’orgue, cette fameuse course-poursuite avec Gene Hackman au volant d’une voiture réquisitionnée, pour ne pas perdre de vue Marcel Bozzuffi, fuyant par le biais du métro. On retrouve l’influence de cette scène culte, dans de nombreux films et encore récemment dans le très réussi A Most Violent Year. Une preuve de l’impact du film sur divers cinéastes, comme par la réussite de sa mise en scène, plus de trente ans plus tard.
Le succès du film fût aussi critique, que commercial. Cela lui valut huit nominations aux oscars en 1972, il en remporta cinq : Meilleur film, réalisateur, acteur, scénario et montage. Pourtant le film fût classé R (moins de 12 ans), lors de sa sortie en salles, à cause de son langage crû envers la communauté afro-américaine, au point d’être taxé de racisme. Une polémique vite étouffée, les mots et les scènes n’étant que le reflet d’une triste réalité, d’une Amérique gangrenée en son sein, avec l’arrivée de cette drogue, qui inonde ses rues et touche toute la population, sans distinctions sociales, ni de peaux.
Ce classique du cinéma policier a peu vieilli, ses défauts font partie de son charme et accentue son réalisme. Grâce à ce film, William Friedkin devient un réalisateur très courtisé et put mettre en scène un autre classique, mais dans le genre horrifique avec L’Exorciste. Gene Hackman passa du statut de second rôle, à premier rôle : L’aventure du Poséidon, l’Épouvantail ou Conversation Secrète. Il en fût de même pour Roy Scheider, futur Martin Brody dans un autre classique Les dents de la mer.
French Connection : Bande annonce
Fiche technique : The French Connection
USA – 1971
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Ernest Tidyman
Distribution : Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi, Tony Lo Bianco, Frédérique de Pasquale, Eddie Egan, Harold Gary, Sonny Grosso, André Ernotte, Benny Marino, Arlene Farber et Patrick McDermott
Musique : Don Ellis
Photographie : Owen Roizman
Montage : Gerald B. Greenberg
Producteur : Philip D’Antoni
Sociétés de production : D’Antoni Productions et Schine-Moore Productions
Société de distribution : Twentieth Century Fox
Budget : 1 800 000$
Genre : Policier
Durée : 104 minutes
Downton Abbey : De petites histoires dans la Grande Histoire : so british !
Synopsis : 1912, les héritiers de Downton Abbey ayant péri lors du naufrage du Titanic, la famille Crawley se retrouve dans une position délicate, les trois descendantes ne pouvant prétendre au titre de Lord Grantham. Or, le titre, le domaine et la fortune de la famille sont indissociables. Matthew Crawley, lointain cousin et avocat londonien, est le nouveau successeur et arrive à Downton Abbey. Il y découvre un style de vie nouveau, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs…
Vous aimez les manoirs gigantesques avec majordome, les grands parcs verdoyants, les ladys et les lords, les robes d’antan, et les tasses de thé Earl grey? Vous appréciez les histoires de famille, les ambiances feutrées, les héritages délicats, le flegme et l’accent anglais, la petite histoire qui se mêle à la grande ? Vous êtes fans de la période de la Belle Époque, de Jane Austen, du charme so british d’Orgueil et Préjugé (2005), The Dutchess (2008), ou du Discours d’un roi (2010) ? Ladies and gentlemen, n’attendez plus, Downton Abbey est la série faite pour vous !
Diffusée à l’Automne 2010 sur la chaîne britannique ITV, cette série chorale et historique a connu un vrai succès d’audience au Royaume-Uni (plus de onze millions de téléspectateurs par épisode), mais aussi un énorme succès à l’international (diffusée dans plus de 100 pays). A quoi doit-on le succès incontestable de cette série si particulièrement addictive, et capable de nous emmener dans un autre monde d’où l’on ne veut plus s’échapper ?
La première force de Downton Abbey tient dans la qualité de son scénario, certes simple, mais efficace, et aux rebondissements spectaculaires. Passés les trois premiers épisodes introductifs de présentation, et quelques éventuels préjugés sur le monde aristocratique, la série trouve immédiatement sa couleur, sa véritable tonalité. Dès l’instant où le générique commence, avec la musique singulière qui l’accompagne, vous êtes dans LA série. Dès le pilote même, un modèle du genre, on peut pressentir qu’il va s’en passer des choses dans la noble demeure : la première séquence associe l’art de l’introduction à la fluidité du mouvement perpétuel. Plongé dans le rush matinal, on découvre les différents personnages dans leur tâche, leur psychologie élémentaire et la géographie du manoir. La réalisation privilégie le plan séquence à la steadycam pour apprécier ce fourmillement ordonné. On sonne de tous les côtés, les domestiques se ruent pour obéir à une poignée de donneurs d’ordre qui agitent la sonnette. Tout ce petit monde a l’air bien millimétré. Vous retrouverez indéniablement l’univers de Gosford Park i de Robert Altman (2001), l’illustration du fonctionnement d’une grande maison de la noblesse anglaise, la scénographie verticale « upstairs / downstairs » (déjà présente dans la série Maîtres et Valets, 1971), et l’œuvre chorale nobles et domestiques. Mais Downton Abbey est bien mieux rythmée : si le film souffre d’un trop grand nombre de personnages, ici la série prend le temps de les présenter, et permet aux spectateurs de s’immerger dans cet époque méconnue, de s’attacher aux personnages principaux, mais aussi aux seconds rôles, tant les trames secondaires sont soignées, et tissent un nombre important d’intrigues aux multiples ramifications, tout en conservant une lisibilité irréprochable. De cette profusion luxuriante, le talent de Julian Fellowes élabore des récits bien ficelés à la simplicité insolente. Downton Abbey tire sa force de sa simplicité.
Ensuite, c’est la direction artistique exquise qui donne à Downton Abbey son véritable blason de noblesse : la réalisation évidemment, une mise en scène chatoyante, des costumes authentiques, une musique qui envoûte les sens, des dialogues ciselés, d’une rare perfection. Sans compter des décors resplendissants : tourner dans des décors réels constitue une vraie valeur ajoutée, et Highclere Castle devient une star à part entière. Tous ces éléments doublés d’une interprétation particulièrement inspirée, vous plongent immédiatement dans une autre époque, et permettent une immersion totale, quasi-définitive. L’irremplaçable Maggie Smith évidemment, en Violet Grantham, comtesse douairière et dignissime représentatrice de l’humour noir britannique, aux moues caractéristiques, et aux réparties grinçantes. Ses inévitables joutes verbales avec Isobel Crawley (Penelope Wilton) sont immanquablement une délectation savoureuse. Mais aussi Joanne Froggatt en attachante Anna, Hugues Bonneville (aperçu dans Coup de Foudre à Notting Hill, 1999) en comte et patriarche crédible, son épouse Cora (Elizabeth McGovern, New York : Unité Spéciale), l’aînée et placide Michelle Dockery (Mary Crawley), Dan Stevens (Matthew Crawley) le cousin avocat, parvenu puis adulé, et bien d’autres… Le casting de Downton Abbey ne se présente pas : il se ressent, il se partage, il fait vibrer par sa qualité, sa pertinence et son ampleur. La distribution est habile et chacun aura assurément son ou ses personnages préférés.
Car Downton Abbey se distingue également par la dimension humaine de ses intrigues, son humilité et la foi en ses personnages dotés d’une profondeur psychologique et d’une sobriété très anglaises. Nul machiavélisme dans la série. Au fond, il n’y a pas vraiment un monde d’en haut ou un monde d’en bas, ou du moins s’ils existent ou cohabitent, ils ne diffèrent pas significativement dans leur humanité : on retrouve les mêmes faiblesses et tourments de l’âme humaine, les mêmes trahisons, les mêmes manigances et petites manipulations, les mêmes doutes, les mêmes ambitions, les mêmes désirs d’amour et de romance… Comme le dit Julian Fellowes, également producteur de la série : « Dans Downton Abbey, il y a des bonnes et des mauvaises personnes à tous les étages, il n’y a pas de divisions sociales dans la manière dont sont faits les personnages ». Nul n’est parfait en ce monde en effet, et cela Downton Abbey le restitue parfaitement. Il y a surtout des personnes qui ne sont pas figés, mais évoluent sans cesse, bousculant parfois les codes sociétaux: ainsi dans cette très bonne famille, l’apparente froide Lady Mary prie en cachette pour son amoureux parti en guerre, la cadette Lady Edith (Laura Carmichael) en perpétuelle quête d’attention, s’éprend plus tard d’un magnat de presse ; la benjamine Lady Sybil (Jessica Brown Findlay) non-conformiste et en soif d’égalité, de son chauffeur; le valet de pied Thomas (Rob James-Collier), commère machiavélique absolument détestable dans la première saison, devient malgré lui plus attachant à travers son amitié avec un blessé de guerre, puis celle de Jimmy ; la comtesse douairière elle-même est tantôt hautaine et traditionaliste, tantôt une grand-mère tolérante, romantique, au grand cœur, etc… . Ce qui est le plus intelligemment fait, demeure bien entendu l’interaction entre les deux mondes à travers des portraits réalistes, attachants, voire drôles, d’aristocrates, de grands bourgeois et de domestiques. La série est pleine d’émotion simple, on rit, on pleure, on a peur pour les personnages et on sent leur douleur. Peu importe au fond que l’histoire se passe au début du XXe siècle, elle est avant tout universelle : on ne peut tout simplement pas rester indifférent à ces personnages attachants, bousculés comme nous, par le cours de l’histoire, et l’évolution du monde.
Downton Abbey évolue en effet, comme ses personnages, dans un monde qui change. La grande histoire influe sur les petites histoires de ce microcosme, et l’aristocratie anglaise, une des plus conservatrices d’Europe, doit peu à peu s’habituer aux changements et bouleversements sociétaux. De l’autre côté, la domesticité n’échappe pas à ce même sentiment que des changements immenses vont bientôt bouleverser le monde… Ainsi, la saison 1, située à l’époque Edwardienne, comprend 7 épisodes, et couvre la période du naufrage du Titanic (14 avril 1912) à l’entrée en guerre de l’Empire britannique contre l’Allemagne en 1914. La saison 2, dramatiquement passionnante de bout en bout, se déroule sur quatre ans : la Première Guerre Mondiale au front comme à l’arrière, redistribue les cartes au moins pour un temps, et fragilise considérablement les barrières sociales. Le manoir devient une maison de repos pour officiers, avec les bouleversements que cela entraîne dans l’existence d’une famille habituée au calme et à l’organisation de soirées mondaines. La saison 3, particulièrement sombre, poursuit cette dimension dramatique après la guerre: Bates (Brendan Coyle) en prison, les tragédies familiales se multiplient, les désaccords aussi. Deux personnages principaux disparaissent ce qui affaiblit le scénario, les événements et les scènes se succèdent en quelques mois cette fois, trop rapidement peut-être, pour donner un véritable relief aux personnages et à leurs rapports. La dynamique de cette saison est donc moins aboutie que les deux premières. Il en est de même pour la saison 4 : avec une ellipse temporelle de six mois, nous commençons dans une atmosphère figée dans le temps et dans le deuil pour finir par revivre et reprendre le goût de la vie, au même rythme que les personnages. Mais cette saison est un peu en dessous en termes de qualité et de rythme, l’intrigue devient plus répétitive avec les sempiternelles velléités de séduction de Mary, tiraillée entre ses prétendants, voire poussive, à l’instar de l’épisode de Noël qui se concentre pour moitié sur une intrigue inaboutie, tournant autour d’une lettre qui pourrait faire sauter la Monarchie britannique : heureusement cet épisode annonce aussi des rebondissements captivants pour la saison 5 (qui s’achève en 1924), notamment pour les personnages d’Edith et de Tom, avec en prime une guest star dans le mini-épisode comique, qui ne fera pas chavirer que le cœur de la comtesse douairière : oui, il s’agit bien de George Clooney transformé pour l’occasion en « marquis de Hollywood ». 12 années se sont écoulées devant nos yeux.
Même si la série perd un peu de sa superbe au fil des saisons, Dontown Abbey dresse le portrait passionnant d’une Angleterre écartelée entre modernité et tradition, entre aristocratie et bourgeoisie, entre machisme et féminisme. Elle montre le passage des mœurs du 19ème au 20ème siècle, d’une société anglaise de classe à une société plus libérale. Elle parle aussi de confrontation, entre l’Amérique décontractée et l’Angleterre guindée, entre la modernité et le respect des traditions, entre la bienséance et l’honneur de la famille. On y parle aussi d’évolution de la société et de progrès techniques (l’arrivée de l’électricité, du téléphone, du jazz, l’agriculture intensive ou la TSF), mais également de politique, de guerre, d’économie, de médecine, d’émancipation des femmes. On aborde également le meurtre, l’avortement, l’homosexualité, la misère et le cancer. Downton Abbey nous fait traverser une histoire tumultueuse avec le Titanic, la guerre mondiale, la grippe espagnole, le socialisme, le nationalisme irlandais, la ségrégation raciale ou la Révolution Russe. La saga vaut autant pour sa reconstitution historique soignée que pour l’écriture des personnages. Regarder Downton Abbey, c’est remonter le temps pour avoir un aperçu des deux mondes, contempler un spectacle qui se savoure avec délectation sans se presser, qui détend aussi, tant la combinaison de fraîcheur et de classicisme vous captive tout le long.
Downton Abbey n’a pas volé ses 4 Emmy Awards (meilleure mini-série, meilleur second rôle féminin, meilleure réalisation et meilleur auteur) : ici, le fond se déguste aussi goulûment que la forme. Cette belle fresque historique vient couronner l’âge d’or des séries anglaises, rivalisant avec les plus grosses productions HBO, et prouvant que les séries peuvent égaler le délice rétinien du 7ème Art, en produisant un film d’une qualité exceptionnelle. Downton Abbey est une série que la Reine d’Angleterre doit probablement adorer. Avec raison, car l’Angleterre a du talent et prouve que l’Albion n’est résolument plus perfide, mais délicieusement emplie de finesse et d’élégance.
Downton Abbey – Bande-annonce
Fiche technique – Downton Abbey
Titre version originale et version française : Downton Abbey
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : drame
Créateur : Julian Fellowes
Statut : en production
Année de création : 2010
Première diffusion au Royaume-Uni : 26 septembre 2010
Nombre de saisons : 5 (une sixième saison est annoncée)
Chaîne de diffusion : ITV
Nombre d’épisodes : 18 épisodes
Durée d’un épisode : entre 47 et 53 minutes
66 minutes pour le premier et le dernier épisode de chaque saison.
Société de distribution : Independant television (ITV)
Lieux de tournage : Ealing Studios (quartier des domestiques, les cuisines et plusieurs chambres du domaine).
La série est en majeure partie tournée dans des décors naturels en Angleterre mais aussi en Ecosse (Highclere Castle, Bampton…).
Distribution :
Hugh Bonneville : Robert Crawley
Jessica Brown Findlay : Lady Sybil Crawley
Laura Carmichael : Lady Edith Crawley
Jim Carter : Charles Carson
Brendan Coyle : John Bates
Michelle Dockery : Lady Mary Crawley
Kevin Doyle : Molesley
Siobhan Finneran : Sarah O’Brien
Joanne Froggatt : Anna Smith
Thomas Howes : William Mason
Rob James-Collier : Thomas Barrow
Phyllis Logan : Elsie Hughes
Elizabeth McGovern : Cora Crawley, Comtesse de Grantham
Sophie McShera : Daisy Robinson Mason
Lesley Nicol : Beryl Patmore
Maggie Smith : Violet Crawley
Dan Stevens : Matthew Crawley
Penelope Wilton : Isobel Crawley
Kevin Doyle : Molesley
Allen Leech : Tom Branson
Épisodes : Première saison (2010)
1) Question de succession
2) Le Nouvel Héritier
3) Le Diplomate turc
4) Entre ambitions et jalousies
5) La rumeur se propage
6) Secrets dévoilés
7) La famille Grantham s’agrandit Deuxième saison (2011)
1) La Fiancée de Mathieu
2) L’Entraide
3) La Maison des intrigues
4) Portés disparus
5) Le Poids du secret
6) Retour à Downton
7) Nouvelles Vies
8) Epidémie
9) Episode Noël: L’Esprit de Noël (Christmas Special: Christmas at Downton Abbey) Troisième saison (2012)
1) Mariage à Downton
2) Un dîner à l’américaine
3) Au pied de l’autel
4) Le Chemin de la perdition
5) Quand le destin frappe
6) L’Insoutenable Chagrin
7) Une nouvelle ère
8) Secrets et Confidences
9) Episode Noël: Un château en Écosse (Christmas Special: A Journey to the Highlands) Quatrième saison (2013)
1) La succession
2) Lettre posthume
3) Faste et renaissance
4) Le prétendant
5) Rien n’est terminé
6) Une vraie surprise
7) Rapprochement
8) Dernières festivités – 1ère partie
9) Dernières festivités – 2ème partie (The London Season) Cinquième saison (2015)
1) Tradition et Rébellion
2) Un vent de liberté
3) Le Bonheur d’être aimé
4) Révolution à Downton
5) Tout ce qui compte…
6) Étape par étape
7) Désillusions
8) Menaces et Préjugés
9) Titre français inconnu (A Moorland Holiday) + Sketch « Text Santa »
i Julian Fellowes est l’auteur des deux scénarios.
Synopsis: Zeki (Elyas M’Barek) sort de prison après une peine de 13 mois pour braquage de banque. Il est heureux car il va retrouver le butin caché par sa compagne, la prostituée Charlie (Jana Pallaske). Problème, celle-ci l’a enterré sur le site d’un chantier où se dresse maintenant le gymnase d’un collège. Zeki va donc devoir devenir le professeur remplaçant de la pire classe d’un établissement à la dérive. Il y fera la connaissance de Lisi (Karoline Herfurth, qui ressemble étrangement à Sara Forestier), jeune professeure stagiaire pleine de bonne volonté mais pas d’autorité.
Great Teacher Zeki
De l’exotisme du cinéma commercial allemand
Les films qui nous viennent de l’étranger se répartissent globalement en deux catégories : les films anglo-saxons, et le cinéma d’art et d’essai.
Un prof pas comme les autres (Fack Ju Göthe) ne rentre dans aucune de ces deux catégories. Il s’agit en effet d’une grosse comédie populaire allemande, deuxième du box-office germanique l’année dernière derrière le Hobbit, affirmant un peu plus le duo gagnant Bora Dagtekin (réalisateur) et Elyas M’Barek (acteur) de Türkish für Anfänger (inédit en France).
L’occasion de rappeler que le couple franco germanique ne marche pas très bien en terme d’échange de comédies : si Intouchable et Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? ont cartonné outre-Rhin, nous n’avons pas eu la chance de goûter aux délices des films avec Erkan et Stefan, des comédies romantiques avec Til Schweiger ou des Sept nains version Otto Waalkes. Tout au plus a-t-on pu se délecter en vidéo des films si fins de Bully Herbig, tels que Space movie : la menace fantoche ou Vik le Viking.
Un prof pas comme les autres est donc l’occasion de savoir s’il faut ouvrir en grand les frontières des salles de cinéma ou au contraire reconstruire la ligne Maginot.
Grosse Lehrer Zeki
Un prof pas comme les autresse situe à la croisée des deux approches traditionnelles du film de prof : celle comique où l’on se moque gentiment des profs, ces gens plus ou moins loufoques qui font face à des élèves plus ou moins motivés, que l’on a pu voir dans Le plus beau métier du monde, P.R.O.F.S , la Vraie vie des profs et enfin les Profs, et celle plus sérieuse du professeur confronté à une classe privée de tous repères, qui va s’imposer grâce à des méthodes inhabituelles, dont le prototype serait Esprits rebelles.
Zeki est un professeur peu banal, il fait des fautes de grammaire à chaque phrase, ne connaît pas les bonnes manières et ne comprend pas ce qu’il est censé enseigner. Il va se trouver confronté à une classe qui, de toute façon, a décidé de punir tous les enseignants qui viendraient. Si cette prémisse vous dit quelque chose, ce n’est certainement pas un hasard. Un prof pas comme les autres rappelle en effet très fortement le manga Great teacher Onizuka de Tôru Fujisawa, au point que ses lecteurs fidèles joueront au jeu des sept différences tout au long de la projection.
Le film est parfois plus fidèle qu’une adaptation officielle car Bora Dagtekin a bien compris ce qui en faisait l’essence : la relation amicale semi-amoureuse avec la jeune prof, la pédagogie par les muscles dans un premier temps, puis par la compréhension des problèmes des élèves dans un deuxième temps, et enfin l’humour bien lourd qui passe par une constante humiliation du personnage principal.
Un film qui ne Freinet jamais
Visuellement, on pourrait dire qu’Un prof pas comme les autres est laid, avec ses couleurs saturées et son montage cut. Mais le film ne possède aucune réelle ambition de ce côté là, et rappelle bien plutôt les émissions de télé-réalité type « Les Ch’tis à Hollywood », avec ses dialogues bien vulgaires et un certain penchant pour le trash : on retiendra notamment une sortie pédagogique à base de vomi d’héroïnomane qui réjouira les fédérations de parents d’élèves.
Mais cette tonalité bien particulière sert un film qui respecte toutes les étapes d’une bonne comédie populaire : si la partition est connue, elle a le mérite d’être bien exécutée. Le film ne baisse jamais de rythme, car il y a toujours quelque chose pour attirer l’attention du spectateur : gestion de la classe, de la love-story, de l’opération récupération d’argent, avec à chaque fois un gag pas fin mais sympathique pour conclure les scènes.
De sorte que comme au McDonald, on sait que l’on n’est pas en train de manger quelque chose de bon pour son corps, mais il y a suffisamment d’additifs pour que l’on ait envie d’aller jusqu’au bout.
Un film qui est Meirieu que rien
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Fack Ju Göthe (titre original qui joue sur l’incapacité des élèves à écrire même les insultes) a eu autant de succès en Allemagne : sous son aspect gentiment trash bat un cœur tendre : il a tout de la comédie dont on sort content, empli de l’espérance que même les pires élèves peuvent s’en sortir, pour peu qu’on les inscrive au club de science et que l’on croie en eux.
Si la France ne lui a pas réservé un accueil très chaleureux (il n’apparaît même pas dans le box office), ses effets clipesques et son découpage parfait pour y insérer de la publicité, devraient en faire un incontournable de la TNT.
Note : Les jeux de mots des intertitres font références aux pédagogues Célestin Freinet (1896 – 1966) et Philippe Meirieu (1949 – …)
Un prof pas comme les autres – Bande-annonce VOST
Fiche technique – Un prof pas comme les autres
Titre original : Fack Ju Göthe
Réalisateur : Bora Dagtekin
Scénariste: Bora Dagtekin
Acteurs : Elyas M’Barek, Karoline Herfurth, Jana Pallaske, …
Directeur De La Photographie: Christof Wahl
Compositeur : Michael Beckmann
Genre : Comédie
Date de sortie : 12 novembre 2014
Durée : 01h58
Il y a des films dont la sortie, par le hasard plus ou moins malheureux du calendrier et de l’actualité, trouvent un écho tout particulier. L’Affaire SK1 sortait donc ce mercredi 7 janvier, un jour devenu dans l’imagination des médias l’équivalent Français du 11 septembre.
Synopsis : Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble.
Les Experts Paris
Alors que s’entamait une chasse à l’homme au niveau national, qui allait aboutir à la mort des deux frères responsables du massacre des journalistes, et tandis que la psychose s’installait à Paris au rythme du bruit des balles résonnant de Porte de Chatillon à Porte de Vincennes, voilà qu’arrive sur les écrans le résumé d’une autre traque, d’un autre genre, qui avait lieu presque deux décennies auparavant. L’Affaire SK1 résume l’enquête autour des crimes commis par Guy George, le tueur de l’Est Parisien, sur presque dix ans. Un film qui trouve donc un triste écho cette semaine.
Une affaire bien trop complexe
Frédéric Tellier, le réalisateur, a consacré des années à ce projet. Metteur en scène venu du monde de la télévision, il a lui-même mené l’enquête pendant des années, afin de retranscrire au mieux l’ambiance dans le milieu de la PJ, les détails de la chasse à l’homme qui a eu lieu et toutes les fausses pistes suivies par les inspecteurs et les hommes de la Criminelle. Un travail de reconstitution gigantesque, qui permet une reconstitution minutieuse de l’affaire dans ses moindres détails. Malheureusement, si on ne peut que louer ce souci de réalisme, il faut reconnaître que cette précision dessert le film.
Suivre ainsi de A à Z une enquête qui a duré des années, a accaparé des dizaines, voire des centaines de flics, est un projet sans doute trop ambitieux, surtout sur deux heures de film. Tellier tente d’humaniser cette traque en mettant en avant le travail de Frank Magne mais, dans son souci de coller à la réalité, passe de personnage en personnage sans vraiment prendre le temps de creuser les personnalités. De plus, le déroulé de l’enquête fait que l’on saute ainsi de scène en scène, d’année en année, sans prendre le temps de s’installer, de découvrir les enjeux de telle ou telle agression. Le film prend ainsi un aspect catalogue qui nuit à l’immersion.
Classique et bancal
D’autant que le scénario, dans sa structure, manque d’originalité. Le film débute lors du procès, puis déroule la chasse à l’homme en séquences flashbacks. Des aller-retour pas franchement justifiés, et pas forcément bien construits ou mis en valeur. L’histoire en elle-même est plutôt cliché, avec certaines séquences bien trop classiques pour convaincre car déjà vues mille fois. L’histoire d’amour entre Magne et sa fiancée tombe ainsi comme un cheveu sur la soupe, et aurait probablement pu laisser place à des scènes supplémentaires.
Si l’on sent la passion sincère de Tellier pour son sujet, et son désir de retranscrire au plus près ces dix années qui auront fait trembler Paris, difficile de se projeter dans ce qui ressemble plus à un Faites entrer l’accusé qu’à un film. Une sorte de reportage aux qualités cinématographiques indéniables, mais à la construction brouillon. Mieux aurait valu, peut-être, se concentrer sur un moment précis de la traque, afin de mieux faire sortir la tension. L’Affaire SK1 se regarde sans déplaisir, mais se rattrapera sans problème lors de sa rediffusion sur TF1 accompagné d’un documentaire sur Guy George.
L’Affaire SK1 – Fiche Technique
Français – 2015
Drame, Policier
Réalisateur : Frédéric Tellier
Scénariste : Frédéric Tellier, David Oelhoffen, d’après l’oeuvre de Patricia Tourancheau
Distribution : Raphaël Personnaz (Franck Magne), Nathalie Baye (Frédérique Pons), Olivier Gourmet (Bougon), Adama Niane (Guy George)
Producteurs : Julien Madon, Julien Leclercq
Directeur de la photographie : Matias Boucard
Compositeur : Christophe La Pinta
Production : Labyrinthe Films
Distributeur : SND
Ayant provoqué l’ire de pas mal de festivaliers, sans doute déçu de voir un thriller aux transgressions formelles et artistiques peu originales se frayer une place parmi l’élite de la compétition cannoise, Captives d’Atom Egoyan arrive finalement sur nos écrans, non sans être accompagné d’une odeur de soufre caractéristique, issue sans surprise de l’exaspération de journalistes, consternés des habitudes coutumières de dirigeants cannois raillés de toute part, pour leur refus systématique d’oser la diversité en proposant une pluralité de candidats identiques à chaque montée des marches annuelles.
Captives : Un thriller nordique glacial et captivant !
Synopsis: Huit ans après la disparition de Cassandra, quelques indices troublants semblent indiquer qu’elle est toujours vivante. La police, ses parents et Cassandra elle-même, vont essayer d’élucider le mystère de sa disparition.
C’est un fait, mais Thierry Frémaud et consorts, aiment le spectacle et le glamour. Deux conditions nécessaires pour légitimer aux yeux des cinéphiles du monde entier, la place de choix qu’occupe Cannes, comme phare de la cinématographie moderne. On veut du clinquant, du brillant, de l’extravagant, du séduisant. On veut du célèbre. Une condition uniquement acquise par la venue de gens de renom ou d’habitués de la Croisette. On pourra recenser les metteurs en scènes s’étant fait découvrir par Cannes (Steven Soderbergh, Quentin Tarantino), ceux ayant été primés (les frères Dardennes, Mike Leigh) et les autres, issus la plupart du temps de franchises mercantiles guindées grand public, à elles seules capables de transformer ce petit bout de plage en the place to be pendant une dizaine de jours. Et à bien des égards, et ce malgré l’absence notable du caractère mercantile entourant son œuvre, Atom Egoyan est un autre. Un cinéaste accompli, au talent reconnu mais à la discrétion hors-pair, le faisant ainsi passer inaperçu pour nombre de cinéphiles émérites. Inégal, au talent virant à une redite des thèmes le fascinant, tels que l’identité, l’aliénation et la solitude, Egoyan est ainsi un cinéaste imprévisible. Une imprévisibilité ayant sans doute motivé la sélection de son film, tant le Festival de Cannes se plait à se muer au gré de sa sélection annuelle en porte-voix de l’industrie cinématographique moderne. Un porte-voix ayant eu au cours des années le flair pour raviver, si ce n’est encourager, des pans entiers du cinéma mondial à naître. Comment oublier la reconnaissance dans les années 1990 de la relève du cinéma indé américain avec les sacres respectifs de Steven Soderbergh pour Sexes, Mensonges et Vidéos et Quentin Tarantino pour son culte Pulp Fiction, ou les balbutiements qui deviendront cris du cinéma numérique (Shrek, Sin City).
Une volonté de découverte poursuivie par cette édition 2014, qui bien que considérée par beaucoup comme un cru en demi-teinte, a, de par sa sélection, œuvré à suivre une thématique, terriblement d’actualité ; à savoir celle de voir le support cinématographique se muer en dénonciateur, en informateur, ou comment assister au travestissement d’un art ayant le temps d’une décade, sombré dans les affres du journalisme clinquant. C’est loin d’être rédhibitoire, tant certains films de la sélection ont su adhéré à cette thématique, sans perdre la force de leur récit ou de leurs ambitions, et su transformer une édition ayant vu le cinéma se muer en parangon d’un monde à l’agonie. Une agonie d’ordre sociale telle que montrée dans Deux Jours, Une Nuit des frères Dardennes, qui décrivait de manière dure et sans équivoque les conséquences humaines et sociétales d’une crise économique galopante; d’ordre géopolitique avec Timbutku, d’Abderrahmane Sissako, qui relatait l’invasion des milices islamiques dans le quotidien de populations maliennes désœuvrées, et finalement d’ordre sociétale et générationnelle, avec Captives, qui loin de son image de thriller sur fond de kidnapping, prend le pari de faire coïncider aussi bien cette variable abjecte et toujours aussi présente, que les dangers d’Internet, ici utilisé dans le film à des fins malhonnêtes.
Toutefois, si le choix, discutable pour certains, ne manque pas de logique, quid de la qualité du film en lui-même ? Thriller de bas-étage ou perle cachée ? Là est toute la question.
Quand Prisoners et Fargo se rencontrent.
De par son sujet et son affiche, Captives illustrait déjà son net penchant pour le passé. A la fois minimaliste et métaphorique, le choix de placer Ryan Reynolds regardant dans son rétroviseur, alors que devant lui s’étend un fond blanc indéchiffrable, quasi oppressant, ne servait rien de moins qu’à montrer la déchéance psychologique et émotionnelle endurée par ce père de famille après la disparition de sa fille. Une déchéance personnifiée dans le cas présent par l’attitude de ce père, qui par ce regard de défiance entremêlé de suppléance, laissait transparaître autant l’errance, l’ignorance et l’impasse dans laquelle il s’engouffre, que la culpabilité et les remords, ayant eu pour finalité paradoxale de le voir reculer, synonyme alors du regard en arrière, pour avancer et donc rester prisonnier, captif d’une vie fantasmée.
Une dimension purement abstraite revêtue par l’affiche, qui à elle seule, rend compte de la volonté d’Egoyan de laisser son film demeurer une œuvre d’art au sens littéral, c’est-à-dire, rester unique pour la personne la regardant. Choix hautement curieux en l’espèce, mais qui parvient à trouver un étonnant point d’orgue avec la narration.
A la fois non-linéaire, mélancolique, paisible et glaciale, la mise en scène oscillant constamment entre Prisoners pour sa radicalité et son absence notable de lumière ou autre source de réconfort, et Fargo, pour son décor enneigé et statique, cherche à atteindre une certaine complexité, au gré d’une déconstruction en bonne et due forme, qui outre le fait d’impliquer davantage le spectateur dans l’enquête, laisse transparaître la réelle motivation du titre du film, qui aurait dû se voir nommé Queen of The Night.
Un choix logique loin s’en faut, tant Egoyan, encore aveuglé par ses thèmes de prédilection que sont la quête d’identité, l’aliénation ou la solitude, semble vouloir dresser des personnages, tous paralysés par un passé qu’ils souhaiteraient oublier. Ainsi, en lieu et place de s’accorder uniquement à la fille disparue, ce titre évocateur sert davantage à démontrer les relents de captivité enserrant tous les acteurs de cette enquête nébuleuse, allant d’une inspectrice ayant été séquestrée, à une mère désespérée par le chagrin, et d’un pédophile jamais rassasié par ses fantasmes, et dont le jeu presque cartoonesque et empli de clichés, finit presque d’accentuer la froideur inhérente au cadre et au sujet. On pourra toutefois dénoter un récit dont l’emprise se resserre à mesure qu’on s’approche de la fin et qui en lieu et place d’un final glacial et machiavélique, s’achève de manière abrupte et sèche, sans compter la très longue gamme de seconds-rôles ou de sous-arcs narratifs, qui amenuise parfois la puissance logique et dévastatrice du récit, et amène quelques longueurs involontaires.
Au final, et d’après les mots de son propre metteur en scène, Captives se veut comme un Prisoners en plus abstrait. Une abstraction du récit amenant le flou sur divers points du récit tels que le réseau pédophile du principal antagoniste, mais qui ne gâche en rien le plaisir éprouvé à la vue d’un thriller aussi retors, glacial et captivant, mais qui assurément ne mériterait pas sa nomination au festival de Cannes, vu le genre déjà racé auquel il appartient.
Captives – Bande-annonce VOST
Captives (The Captive) : Fiche Technique
Canada – 2014
Interprétation: Ryan Reynolds (Matthew Lane), Scott Speedman (Jeffrey Cornwall), Rosario Dawson (Nicole Dunlop), Mireille Enos (Tina), Kevin Durand (Mika), Alexia Fast (Cass Lane), Peyton Kennedy (Cassandra enfant), Bruce Greenwood (Vince)…
Distributeur: ARP Sélection
Date de sortie: 7 janvier 2015
Durée: 1h52
Genre: Thriller
Réalisation: Atom Egoyan
Scénario: Atom Egoyan, David Fraser
Image: Paul Sarossy
Décor: Phillip Barker, Robert Hepburn
Costume: Debra Hanson
Montage: Susan Shipton
Musique: Mychael Danna
Producteur: Atom Egoyan, Simone Urdl, Jennifer Weiss, Stephen Traynor
Production: Ego Film Arts, The Film Farm
Synopsis: A 300 kilomètres au sud-est de Los Angeles et 35 mètres au-dessous du niveau de la mer, un groupe de marginaux vit au milieu du désert. Il ne s’agit pas d’une communauté de hippies, seulement de gens qui ont tourné le dos à la société et qui veulent qu’on les laisse tranquilles.
L’art de rendre naturel l’anticonformisme
Rarement la marginalité n’avait été aussi bien filmée. Le réalisateur parvient à nous faire comprendre, ce qui nous paraît au préalable inconcevable, ne pas aller vivre à LA et rester dans un désert … Gianfranco Rosi a également beaucoup de mérite, car de nos jours peu de personnes auraient accepté de suivre cet autre univers rempli de marginaux, pendant près de 3 ans !!! Cela relève à la fois de la passion, de la frénésie, et d’une certaine étude philosophique de ce qu’il nous manque peut-être. On pourrait considérer ce réalisateur comme étant un réel artiste « anthropologique », puisque l’auteur cherche pertinemment à retranscrire la philosophie de ce monde volontairement marginalisé et jusqu’au-boutiste.
Il arrive notamment dans une première partie à nous faire presque regretter d’être dans notre société actuelle, on finit par se dire « Mais pourquoi, moi j’irais dans ce monde de requins ». Même si bien entendu on reste surtout admiratif de ce mode de vie, et l’on a nullement envie de partager leurs quotidiens. Cependant, l’idée n’est pas là, l’essence même de ce film est de comprendre ce que nous ne comprenons plus. Cette incompréhension collective ne peut être élucidée seulement par le biais d’une certaine distance face aux réalités, d’où l’intérêt d’avoir pris la peine de passer trois ans en compagnie de ces marginaux pour mieux retranscrire leur vision des choses.
Ce qui est vraiment appréciable avec ce documentaire est qu’il diffère vraiment de toutes les autres œuvres où l’on filme un monde marginalisé d’un point de vue omniscient, sans jamais chercher à aller plus loin, juste des images ternes sans réelle profondeur, où au mieux, on peut finir choquer. Mais celui-ci est bien différent, on sent une réelle recherche de se distinguer des documentaires similaires, la forme est sans doute moins prenante, mais le fil conducteur et la réelle qualité de cette oeuvre reposent sur le fond du film. Ainsi, plus ce long métrage avance, plus l’on est pressé de découvrir ce monde pour d’une certaine façon, enapprendre davantage sur nous-mêmes.
Continuons, sur cette première partie vraiment agréable voire joviale, puisqu’on distingue en effet un naturel déconcertant « des acteurs de leur vie ». On pourrait ainsi dire, qu’être conforme nous force à adopter un comportement qui peut aller au-delà de notre propre intérieur. Alors qu’être anticonformiste c’est en quelque sorte ce que l’on peut comprendre au travers de cette œuvre : retrouver son « être initial ». En effet, on a réellement envie de se décomplexer (à l’image du personnage principal se prélassant dans son hamac) en visionnant une telle oeuvre d’éventuelles « peurs » qui nous empêcheraient d’avancer. On pourrait même dire qu’il y a une certaine vertu thérapeutique.
On peut aussi interpréter cette partie comme un monde, où l’extériorisation n’est plus tabou, puisque l’on distingue une exhibition voire une caricature de nos vies qui fait que l’extériorisation vient d’elle-même et que les préjugés seront inexistants. On finit même par ne plus être choqué par la laideur de « l’actrice principale », on finit de plus en plus par la prendre pour la top lady de ce village …
On pourrait également établir un parallèle avec Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975). Ces fameux patients qui ont le choix de partir, mais qui restent pour la plupart, afin d’échapper à la réalité. En quelque sorte, on pourrait dire que nos marginaux sont des anciens patients de l’hôpital psychiatrique … A quoi bon, affronter la réalité quand celle-ci nous dépasse et paraît incontrôlable.
Ensuite, La 2ème Partie : L’anticonformisme, la réalité reprend le dessus sur ce sentiment idyllique …
On pourrait souligner le changement assez habile du réalisateur de personnages qui sont mis en premier plan. Il décide afin de rendre l’oeuvre plus tragique, pour contrecarrer le déroulement de « cette vie en rose », de mettre plus en avant celui que l’on appellera « le toxico » (ou encore le Conséquent…), comme acteur majeur et représentant officielle de cette philosophie.
On prend notamment un énorme choc dans la scène d’ébat qui est tellement osée et superbement tournée. Ainsi, une certaine fatalité finit peu à peu par s’installer et l’on revient en quelque sorte sur terre.
En effet, plus le film explore ce côté lugubre plus l’on a du mal à discerner cette spiritualité qui faisait la force de la première partie. On finit par ressentir de la tristesse, voire un réel dégoût concernant certains personnages.
De plus, le réalisateur a réellement sélectionné les meilleurs passages pour dresser un tableau parfait de la situation à la fois extrêmement séduisante en termes de liberté individuelle, et à la fois tellement cruelle en ce qui concerne la prise de conscience de la réalité qui est finalement une étape obligatoire.
Cette oeuvre Réaliste est principalement destinée à tous les amateurs de documentaire, cette représentation est très riche et remplie de bonnes vertus. C’est un documentaire finalement idéaliste, mais dans l’ensemble assez optimiste. A l’image du moment, où au sein de la voiture plus rien ne fonctionne, elle roule tout de même : ce passage est assez révélateur des nombreux éléments volontairement absents de ce monde de marginaux, mais l’essence même de ce peuple réside en la croyance de sa philosophie pour tenter de s’échapper de la réalité à laquelle ils avaient dû faire face auparavant.
En visionnant ce documentaire, on se prend également une véritable claque, sur la façon d’agir de notre société contemporaine.
Enfin, ce documentaire a remporté le prix qu’il méritait en 2009, « Le cinéma du réel ».
Below Sea Level – « Sous le niveau de la mer »: Bande-annonce
Stargate SG1 a réussi à rendre la science-fiction spatiale populaire, là ou la seule série connue était Star trek, qui souffre d’une mauvaise réputation de kitch en France. Pendant un temps elle suscita un fort enthousiasme auprès de nombreux fans. Un enthousiasme qui perdure encore aujourd’hui.
Synopsis :Après l’activation d’un appareil extraterrestre permettant d’ouvrir des passages vers d’autres mondes, la Terre découvre la menace d’une espèce alien hostile. Le programme SGC est alors mis sur pied pour trouver de nouvelles technologies et nouer des alliances qui permettront à la Terre de se défendre. L’équipe SG1 est la plus importante, à l’origine des aventures les plus étonnantes et des découvertes cruciales. Au-delà de ses applications militaires, le programme vise également une meilleure compréhension de l’univers et des échanges avec d’autres cultures. Des alliances sont créées, mais de nouvelles menaces apparaissent.
Cross the gate
En rendant possible la découverte d’autres planètes et d’autres races de nos jours grâce à un appareil alien, SG1 devient crédible et permet de s’identifier aux personnages, qui sont de notre époque, de notre civilisation et non d’un autre monde. Au final, une aventure humaine et scientifique d’autant plus prenante.
Cette série à l’exceptionnelle longévité est d’abord diffusée sur Showtime pendant 5 saisons, avant d’être annulé et récupéré par Sci-Fi. Les créateurs envisagent l’annulation mais à chaque fin de saison, cette dernière est repoussée – conduisant à modifier les plans pour la série dérivée et même à remodeler profondément la mythologie – jusqu’à la saison 10, où l’histoire se conclura par deux téléfilms.
Stargate SG1 : Un univers riche
Au fil des saisons, SG1 développe tout un univers, avec ses races, ses planètes, ses technologies, et va bien au-delà du schéma « un épisode=un monde ». Si les épisodes ne s’inscrivent généralement pas dans la continuité, de fréquentes références sont faites aux épisodes passés, souvent même de plusieurs saisons avant, rendant une connaissance de base indispensable pour tout comprendre et profiter de l’histoire (à l’inverse de la première série Star trek). Ce format donne une cohérence très appréciable à la série, là où d’autres se perdent dans leur mythologie.
Egalement, SG1 se base toujours sur de vrais notions ou théories scientifiques, ce qui permet une véritable crédibilité, et un avantage sur beaucoup d’autres séries de science-fiction, même si en contrepartie ces dernières sont plus fun ou décalées, à l’image de Doctor who ou Farscape. Pour un peu, on serait tenté d’imaginer que tout ceci est bien réel, caché par le gouvernement !
La série explore tous les thèmes chers à la science-fiction, entre voyage dans le temps, réalités parallèles, dimensions cachées, transfert d’esprit, manipulation de mémoire, humains améliorés, intelligences artificielles, ou encore stades de conscience supérieur. Mais elle développe aussi plusieurs thèmes de réflexion : communication compliquée entre différentes formes de vie ou différentes races, difficultés de maintenir la paix, problème de l’ingérence envers d’autres peuples, danger de la technologie mal utilisé et avec de mauvaises intentions, réaction face à un peuple inconnu, entre hostilité et diplomatie, et enfin à quel point et jusqu’où peut-on abandonner ces principes pour protéger les siens. En effet de nombreuses fois SG1 l’équipe se retrouve dans des situations délicates où elle est face à de difficiles dilemmes moraux. Enfin elle rencontre souvent des cultures où se produisent des événements similaires à ceux qui se sont déroulés dans notre histoire, du racisme à la guerre froide, ce qui permet une certaine critique de notre société.
Cet univers varié est à l’origine de la diversité des épisodes qui parviennent à susciter l’intérêt du spectateur même après plusieurs saisons, entre les missions sur d’autres planètes avec un problème imprévu, un artefact sans contrôle qui menace la base, des problèmes politiques internes, sans compter les combats contre les Goa’ulds, entre affrontements occasionnels ou missions capitales pour éliminer un dangereux seigneur. Espèce primitive ou évoluée, humaine ou alien, hostile ou pacifique, les variétés de rencontres possibles sont à même de concevoir toute une gamme d’histoires. Une diversité qui se retrouve dans le ton des épisodes, tantôt orientées action, aventure, thriller ou complètement décalés.
Au fil des missions et des rencontres, la série s’est construite une galerie de personnages dont certains effectuent des apparitions remarquées, tel Bra’tac, Selmac, Thor, Martouf, ou encore Maybourne, militaire corrompu antipathique devenu un allié inattendu… à sa façon. Autant de personnages qui participent à l’enrichissement de l’univers.
Citons en plus de ces qualités une réalisation maitrisée, des effets spéciaux plutôt réussis pour l’époque, des épisodes qui parviennent à générer du suspens grâce à leurs lots de péripéties et de rebondissements, et une musique marquante signée Joel Goldsmith.
Des héros attachants
L’équipe est composée de personnes aux compétences et tempéraments au début bien déterminés, mais bien nuancés avec le temps. Chacun aura son évolution et son lot de souffrances. Sans atteindre bien sur la complexité de Battlestar Galactica, les héros restant très compétents et parvenant toujours à se sortir des situations, mais sans que ce soit trop gros pour autant (contrairement à Atlantis…).
Ainsi, Jack O’Neill, dépressif et militaire stricte, finit par devenir plus positif et lâcher prise face à des événements incontrôlables, d’où une profonde dérision souvent proche de l’impertinence. S’il peut devenir sans pitié face à un ennemi, il montre une touchante sensibilité envers les enfants, suite à la tragédie qu’il a vécue. Daniel, idéologiste naïf, devient plus réaliste, moins obsédé par l’enlèvement de sa femme qui au départ est la raison qui l’a poussé à rejoindre le programme, pour se concentrer sur la recherche des mystérieux Anciens. Un cheminement spirituel qui l’amènera pour un temps à accéder à une conscience supérieure. Sa sagesse et ses convictions humanistes ont permis à plusieurs reprises de désamorcer des situations tendues.
Lui et O’Neill sont antagonistes : face à un ennemi, Jack choisit la défense tandis que Daniel prône la diplomatie. Ils sont donc en fréquent désaccord, mais au fil du temps, ils apprennent à mieux s’apprécier et une vraie amitié naît entre eux, allant jusqu’à s’influencer mutuellement. Une amitié née dans la douleur puisque les deux ont vu des êtres chers se faire enlevés par les Goa’ulds.
Et c’est aussi dans la douleur que Teal’c rejoint l’équipe, juste après avoir trahit les siens. Ce guerrier venant d’un autre monde est différent, parle peu, et vit avec la souffrance d’être un traître pour les siens, luttant contre un ennemi sans vrai espoir de vaincre. Mais au fil des victoires et des combats, du temps passé sur Terre, de la propagation du mouvement de liberté qu’il a initié et dont il est devenu une icône, le grand guerrier baraqué et peu bavard finit par s’ouvrir, jusqu’à devenir un vrai orateur. Depuis qu’il lui a proposé de rejoindre l’équipe, Teal’c considère O’Neill comme un frère et ressent une profonde affection pour lui.
Enfin, Carter, à la fois femme, scientifique et militaire, brillante, forte et belle, capable à la fois de pleurer que de se transformer en guerrière. Au début agressive pour se faire une place en tant qu’une femme dans un milieu d’hommes, elle gagne ensuite en confiance et devient plus sympathique.
Même si on peut leur reprocher d’être un peu lisse, les quatre acteurs savent passer par toute une palette de sentiments. Ils deviennent donc attachants et il y a une vraie dynamique d’équipe.
Enfin SG1 ne serait pas ce qu’elle est sans son savant mélange entre action et un humour bien placé, incarné par le colonel O’Neill majoritairement. Nombre de ses répliques sont ainsi mémorables et même devenues cultes !
« -quel est ce langage Carter ?
-Ce sont des math mon colonel
-ah… ».
« -c’est un jaffa ?
-non mais il en joue un dans une série TV »
Stargate SG1, une histoire qui se renouvelle
Dans les premières saisons, l’histoire traite principalement de la lutte contre l’ennemi, les Goa’uld, d’abord incarné exclusivement par Apophis, puis avec de nombreuses autres fausses divinités empruntant aux divers mythologies. Citons le sage et mesuré Yu (« Youpi ! »), le mystérieux Anubis ou encore le machiavélique Baal (« ça n’a pas du être facile à l’école »).
L’équipe SG1 a pour mission de trouver de nouveaux alliés et de nouvelles technologies. Aussi, après quelques saisons, la Terre a développé de vraies relations avec d’autres peuples, et commence à se doter d’une certaine connaissance. Tandis que certains Seigneurs Goa’ulds s’approprient les armées vaincues, des créatures plus redoutables font peser une menace dans la galaxie. A partir de la saison 5 s’amorce un tournant (au moment de sa récupération par Sci-Fi). En effet après plusieurs victoires menées conjointement avec les alliés, la lutte contre les Goa’uld se fait en parallèle de recherches sur les Anciens, créateurs de la porte des étoiles, et dont les technologies avancées suscitent beaucoup d’intérêt. Les nouvelles technologies de la Terre, notamment en vaisseaux spatiaux, lui permettent de se défendre sans l’aide d’alliés, alliés qui montrent des failles et dont les relations se compliquent.
Dans le même temps, le programme SGC se développe et prend une envergure internationale avec tous les problèmes diplomatiques que cela peut entraîner. Des organisations clandestines se créent pour mettre la main sur des technologies aliens sans s’embarrasser de problèmes éthiques, pour se défendre plus efficacement ou pour des raisons financières moins justifiables.
Les saisons 9 et 10 voient des changements majeurs, comme le renouvellement de la mythologie avec de nouveaux ennemis, le départ d’O’Neill et l’apparition de nouveaux personnages. La nouvelle menace, les Oris, êtres de pures énergies malveillants, tentent par tous les moyens de convertir les peuples de la Voie Lactée. Lorsqu’il avait demandé à travailler avec les célèbres membres de la mythique équipe, le colonel Mitchel ne s’attendait pas à devoir gérer une menace aussi grave. Tandis que vient les rejoindre Vala Mal Doran, voleuse alien manipulatrice experte et irrévérencieuse, qui va se retrouver malgré elle mêlée au conflit.
De fait de tels bouleversements mécontent certains fans qui parlent de décadence de la série. D’autres au contraire félicitent cette prise de risque et ce renouvellement, qui dote la série d’un ton plus mature.
Ces dernières saisons présentent effectivement un monde post-Goa’uld intéressant : nouvelle dynamique d’équipe, série plus mature avec des réflexions sur la religion et la liberté, ennemi de nouveau bien plus puissant que la Terre comme aux débuts de la série, et d’avantage d’exploration. Mais une mauvaise transition effectuée avec le départ d’O’Neill mal expliqué, une puissance de l’ennemie plus vraiment réaliste, et certaines races quasiment absentes confortent l’opinion des détracteurs.
Au sujet du départ d’O’Neill qui fut quelque peu controversé, beaucoup pensent qu’il était le personnage principal et que sans lui SG1 n’est plus SG1. Une impression qui provient majoritairement du fait qu’il incarne l’humour, mais à bien y regarder il reste le membre le moins développé, celui qui évolue le moins, même si ces interactions avec les autres membres de l’équipe sont les plus intéressantes. On pourrait considérer que le vrai élément central de la série, c’est l’univers, et par conséquent son départ ne doit pas signifier que la série n’a plus rien à raconter.
« Ark of Truth », le premier téléfilm, conclut de manière correcte l’arc des Oris, bien que non dénué de défauts. « Continuum » se montre nettement plus captivant par sa réalisation plus aboutie et ses bonnes idées, s’adressant aux fans de toute heure.
Beyond the gate
Mais saisons de trop ou non, il faut bien reconnaître quelques défauts propres à l’ensemble de la série, tel un manque d’imagination sur les peuples rencontrés qui nous ressemblent trop, quelques facilités (tout le monde parle anglais), et des Goa’uld parfois vaincus trop facilement et à la technologie parfois étonnamment primitive. Trop souvent les terriens s’avèrent être meilleurs que les peuples rencontrés, et ce sont trop souvent eux qui offrent leur savoir plutôt que l’inverse, comme s’ils n’avaient rien à nous apprendre. Plusieurs races ne sont rencontrées qu’une fois et plus jamais revues ensuite (Star Trek avait le même défaut). Certaines intrigues se terminent malgré un potentiel intéressant. Si le côté « des américains les plus forts qui protègent le monde » est assez peu prononcé, et parfois même nuancé, certains choix auraient pu être évités, tel les Russes en rival malgré la fin de la guerre froide, ou la faible présence des autres nations.
Paradoxalement, ce qui a fait son succès populaire la rend aussi critiquable chez certains adeptes de SF, qui lui reprochent son côté grand public. Pourtant, sur plusieurs points Stargate SG1 se démarque des autres séries SF références et il serait juste d’affirmer qu’elle mérite parfaitement sa place, par sa cohérence, la richesse de l’univers, et le parti pris réussi de se baser sur des concepts scientifiques. De bonnes histoires, des personnages attachants et un univers varié, voilà ce qui explique pourquoi pendant un temps la série fut l’objet d’un enthousiasme irrationnel de personnes qui ne juraient que par elle.
Alors que les fans continuent de ravaler leur déception après l’abandon de la franchise par la MGM (l’annulation des deux téléfilms prévus et de Stargate Universe), voilà que le studio donne son feu vert à une nouvelle trilogie par Roland Emmerich, qui reprendrait la version du film original mais en ne prenant pas du tout compte des séries… Un projet qui ne séduit pas vraiment.
Stargate SG1 – Bande-annonce
Fiche technique : Stargate SG1
Création : Jonathan Glassner, Brad Wright
Genre : science-fiction
Pays d’origine : Canada, États-Unis
Production : Jonathan Glassner (saison 1-3) ; Brad Wright ; Robert C. Cooper (saison 5-10) ; Joseph Mallozzi (saison 8-10) ; Richard Dean Anderson (saison 1-8) ; Michael Greenburg (saison 1-8)
Casting : Michael Shanks – Dr. Daniel Jackson ; Richard Dean Anderson – Jack O’Neill ; Amanda Tapping – Lt. Colonel Samantha Carter ; Christopher Judge – Teal’c ; Don S. Davis – Lt. General George Hammond ; Teryl Rothery – Dr. Janet Fraiser ; Carmen Argenziano – Selmak / Jacob Carter ; Tony Amendola – Bra’tac ; Claudia Black – Vala Mal Doran ; Beau Bridges – Major General Hank Landry ; Ben Browder – Lt. Colonel Cameron Mitchell
Musique : Joel Goldsmith
Le réalisateur Shawn Levy s’offre une parenthèse avec cette production légère, après La nuit au musée 1 et 2, Crazy Night, Real Steel, Les stagiaires et avant un nouvel épisode de La nuit au musée. Il s’agit de l’adaptation du livre du même nom de Jonathan Tropper, qui a également écrit le scénario, son premier au cinéma, mais déjà à l’oeuvre pour la télévision avec la série Banshee.
Synopsis: À la mort de leur père, quatre enfants, reviennent dans la maison où ils ont passé leur enfance. Ils se retrouvent contraints de cohabiter sous le même toit pendant une semaine, en compagnie de leur mère indiscrète et de leurs conjoints, ex-conjoints et anciens amoureux transis.
Sept jours et nuits au bord de l’ennui
L’histoire se déroule au sein d’une famille dysfonctionnelle, réunie après le décès du patriarche et contrainte de réaliser son dernier souhait, en restant sous le même toit durant sept jours, pour faire Shiv’ah. Ils vont se retrouver face à eux-mêmes, à leurs rêves brisés, à leur passé et tenter de se réconcilier.
Une famille avec des problèmes relationnels, c’est un sujet souvent traité, voire maltraité. La différence se fait dans le ton, la mise en scène et/ou le casting. Mais dans ce cas-ci, c’est trop propre, rien ne déborde, et c’est bien ça le problème. This Is Where I Leave Youn’est ni un bon film, ni un mauvais film. C’est rarement drôle et émouvant, ce qui laisse indifférent. Il y a comme un sentiment de gâchis, dès que le générique de fin se met à défilé, alors que potentiellement, il y avait matière à nous offrir un film grinçant, aux répliques corrosives. Mais le roman de Jonathan Tropper a été poli pour sa transition au cinéma. C’est assez étonnant, que cela se fasse de sa propre main, alors que ce n’est pas une grosse production. Influence de Shawn Levy, aussi producteur et habitué aux comédies familiales ? Quoiqu’il en soit, on se retrouve devant un film rempli de clichés, malgré de légères tentatives de sortir de son confort, avec le personnage de Jane Fonda, le seul à être un brin décalé, mais noyé par un entourage trop lisse.
Pourtant le casting est monstrueux, avec des acteurs(trices) surtout connus pour leurs séries télévisées, mais avec aussi une belle carrière au cinéma. Actuellement dans Comment tuer son boss 2, Jason Bateman s’est fait connaitre du grand public avec Arrested Development sur FOX, puis Netflix. Il était déjà au sein d’une famille dysfonctionnelle et joue un rôle presque similaire ici. On retrouve aussi Tina Fey (30 rock), qui retrouve Shawn Levy après Crazy Night en 2010. Adam Driver (Girls), Corey Stoll (The Strain), Connie Britton (Friday Night Lights), Rose Byrne (Damages), Timothy Olyphant (Justified), Abigail Spencer (Rectify), Kathryn Hahn (Preuve à l’appui), Ben Schwartz (Parks & Recreation) et Dax Shepard (Parenthood), sans oublier Jane Fonda, actrice iconique des années 60/70, en retrait depuis le début des années 90, avant de faire son retour en 2005 dans Sa mère ou moi, puis au petit écran dans The Newsroom.
Un cocktail alléchant, pouvant fédérer un public nombreux, amateur de séries et voulant retrouver leurs « stars » sur grand écran, avec cette immense réunion. Mais en l’absence d’un scénario intéressant, qui n’apporte pas de profondeur aux personnages et une mise en scène bien trop banale, la plupart de la distribution ne brille pas, se contentant de faire le job, dans des rôles qu’ils leurs sont familiers. Adam Driver sort son épingle du jeu, de par son énergie, face à des partenaires légèrement amorphes. Tout comme Jane Fonda, qui exhibe sa nouvelle poitrine pulpeuse, tout en parlant de sexe à ses enfants et devant tout le monde. C’est légèrement savoureux, mais sans jamais aller trop loin, on reste dans le politiquement correct.
On comprend rapidement, qu’ils ne s’aiment pas, mais on ne sait pas trop pour quelles raisons. Les tensions entre-eux sont minimes, on ne les ressent pas vraiment, et explosent rarement, cela manque de subtilité. Pourtant, il se passe beaucoup de choses, voir trop et tout est traité superficiellement. En revenant dans la maison de leurs parents, ils ramènent leurs problèmes avec eux, mais se retrouvent aussi confrontés à ceux de leurs passés. Ils sont dans un tournant de leurs vies, renouer avec leurs passés ou continuer à vivre avec leurs regrets. La relation entre Jason Bateman et Rose Byrne est touchante, c’est la seule à nous donner un peu de tendresse et d’émotion. Ces deux êtres cassés, dont le premier est le point du départ du film, et la seconde, qui ne sera jamais révélé, mais semble douloureux.
Tout ses personnages sont en couple, aucun ne semble, ne veut ou ne peut être heureux. Surement l’héritage de leur enfance, de leur éducation, qui semble pourtant s’être faite dans un relatif bonheur et pourtant… Leur mal-être se voit, mais se ressent peu, cette absence d’émotion est vraiment handicapante pour s’attacher à cette famille, surtout que l’humour ne vient que trop rarement à son secours.
Les critiques n’étaient pas élogieuses à son sujet et son flop en salles aux states, va surement le priver d’une sortie en salles dans nos cinémas. Cela ne mérite pourtant pas une sortie DTV, le film a malgré tout ses qualités. Certes rien de mémorable, mais il se regarde sans déplaisir, grâce à son casting, même s’il s’oubliera à cause de sa réalisation et scénario sans surprises.
This Is Where I Leave You – Bande Annonce
This Is Where I Leave You : Fiche Technique
USA – 2014
réalisation : Shawn Levy
scénario : Jonathan Tropper
distribution : Jason Bateman, Tina Fey, Adam Driver, Corey Stoll, Rose Byrne, Connie Britton, Jane Fonda, Kathryn Hahn, Timothy Olyphant, Abigail Spencer, Ben Schwartz, Dax Shepard et Debra Monk
photographie : Terry Stacey
montage : Dean Zimmerman
musique : Michael Giacchino
production : Shawn Levy, Jonathan Tropper, Jeff Levine, Paula Weinstein, Jesse Ehrman et Mary McLaglen
sociétés de production : Warner Bros, 21 Laps Entertainment et Spring Creek productions
société de distribution : Warner Bros
genre : comédie dramatique
durée : 103 minutes
Synopsis: En 1952, le jeune britannique Bill Rohan est appelé pour effectuer deux années de service militaire. Mettant de côté ses rêves de vivre de grand amour, il commence sa formation et se lie d’amitié avec son colocataire Percy, un trublion sans scrupule qui va le pousser à participer à sa guerre psychologique avec leur supérieur. Mais sa rencontre, lors d’une de ses sorties, avec la très raffinée Ophélia va raviver sa flamme de grand romantique.
Les mémoires d’un amoureux de la libre pensée
La sonorité du titre et la rapide scène d’ouverture nous renvoient automatiquement au précédent chef d’œuvre autobiographique de John Boorman, Hope and Glory, sorti en 1987, qui relatait son enfance dans un Londres en pleine seconde guerre mondiale. C’est donc une douzaine d’années plus tard que l’on retrouve Bill, l’alter-égo du réalisateur (dont le patronyme s’est mystérieusement transformé de Rowan en Rohan d’un film à l’autre), pendant une autre guerre, celle de Corée. L’initiation militaire que reçoit Bill n’aboutit pas, comme aurait pu s’y attendre tout spectateur, à son envoi sur le lointain front asiatique mais fait, au contraire, de lui un chargé de la formation des apprentis soldats.
La description faite du quotidien de ces sous-officiers est aux antipodes de l’image que le cinéma de genre britannique a l’habitude de nous donner de son armée. De ce décalage, créé notamment par la psychorigidité du Sergent Major Bradley qui exaspère toutes les strates de la hiérarchie, nait un irrésistible humour très anglais. La lâcheté du soldat Redmond, autoproclamé « roi des planqués », et les malices de Percy sont également des éléments très drôles mais surtout sources d’une irrévérence envers le légendaire flegme britannique.
Mais plus qu’une comédie satirique sur les souvenirs qu’a Boorman de ses deux années de service, Queen and Country est à la fois une réflexion assez finement menée sur la limite entre la liberté de penser et l’irrespect autodestructeur, mais aussi un retour mélancolique sur toute une époque charnière de l’histoire du pays. Dans le contexte d’une nation qui se voit marquée par l’effritement de son empire colonial, l’éloignement entre l’état d’esprit libertaire de la jeunesse et le conservatisme de leurs aînés, est joliment développé. Moins présent que chez Percy, mais important tout de même, la volonté d’émancipation de Dawn, la sœur de Bill, marque les prémices de la révolution sexuelle et la libération des mœurs à venir. La meilleure scène marquant cet écart des valeurs entre les différentes générations est incontestablement, celle voyant toute la famille assister à la cérémonie d’intronisation de leur reine.
Une autre sous-intrigue, plus intime, et très probablement très romancée, vient ajouter au poids nostalgique de la réalisation. Il s’agit de la rencontre entre Bill et Ophélia, une jeune femme, de cinq ans son ainée, aussi ravissante que mystérieuse. Cette histoire de premier amour, elle aussi traitée non sans humour, apporte au personnage de Bill une profondeur émotionnelle qui le rende encore plus attachant. Le dénouement de cette brève aventure est l’occasion pour Boorman qui lancer un pic aux traditions anglaises, et en particulier l’imperméabilité entre le petit monde de la haute bourgeoisie, de la monarchie, et le reste du peuple.
Le choix du casting est plein de bonnes surprises. La première d’entre elles est évidemment la révélation Callum Turner, dans le rôle principal, destiné à une belle carrière. L’américain Caleb Landry Jones (découvert il y a peu de temps dans X-men, first class et Antiviral) et l’irlandais Pat Shortt confirment leur talent d’acteur, tandis que, dans le rôle du Sergent Bradley, la prédisposition de David Thewlis à faire de ses personnages des êtres aussi drôles que tragiques, est ici superbement mise à profit.
A l’âge de 81 ans, John Boorman n’hésite donc pas à revenir avec une subtilité et un humour parfaitement maitrisés sur une période importante de son adolescence. En plus de ses heurts avec les autorités militaires et ses premiers amours, le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas évoquer, sans jamais flirter avec un quelconque égocentrisme, sur son gout pour le cinéma – il n’hésite à citer des répliques de Casablanca ou Laura et à emmener sa petite-amie voir Rashomon – et à ses débuts de cinéastes. Faudra-t-il attendre encore 17 ans pour voir un troisième film qui verrait Bill devenir le réalisateur de l’un des plus grands films d’aventures de tous les temps (un avatar fantasmé de Delivrance) ?
Queen and Country : Bande-annonce
Queen and Country : Fiche Technique
Réalisatrice : John Boorman
Scénariste : John Boorman
Distribution : Callum Turner (Bill Rohan) ; Caleb Landry Jones (Percy) ; David Thewlis (Bradley) ; Tamsin Egerton (Ophelia) ; Vanessa Kirby (Dawn Rohan) ; Patt Shortt (Redmond)
Producteurs : John Boorman ; Jean Labadie
Directeur de la photographie : Seamus Deasy
Compositeur : Stephen McKeon
Monteur : Ron Davis
Production : Merlin Films
Distributeur : Le pacte
Durée: 115 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie: 7 janvier 2015
Ce huitième long métrage du français Jean-Paul Civeyrac, sorti le 31 Décembre 2014, a conclu en délicatesse l’année qui vient de s’écouler. Adapté de Victoria and the Staveneys, une des nouvelles de Doris Lessing rassemblées dans le recueil « The grandmothers », dont a également été tirée la nouvelle éponyme servant de base au film Perfect mothers d’Anne Fontaine, transposé à Paris, le métrage raconte l’histoire de Victoria, une jeune fille noire, française mais semblant étrangère en son pays, semblant étrangère même à sa propre vie.
Synopsis: Victoria, fillette noire de milieu modeste, n’a jamais oublié la nuit passée dans une famille bourgeoise, à Paris, chez le petit Thomas. Des années plus tard, elle croise de nouveau celui-ci. De leur brève aventure naît Marie. Mais Victoria attend sept ans avant de révéler l¹existence de l¹enfant à Thomas et à sa famille. Sous le charme de la petite fille, ils lui proposent alors de l’accueillir régulièrement. Peu à peu, Victoria mesure les conséquences de cette générosité…
La vie est un roman
Son histoire est racontée en voix off par son amie Fanny (d’où le titre), ce qui n’est pas le moindre des charmes de ce film. Le cadre « bobo parisien de gauche » remet en effet dans un contexte très actuel ce beau texte littéraire cité pratiquement tel quel dans le film. On a comme un léger décalage entre la littérature de la nobélisée Doris Lessing et l’image plus terre-à-terre du film, ce qui donne un ton singulier à l’œuvre, en permettant une lecture plus riche de ce qu’on voit à l’écran. Au lieu d’affadir le texte, cette mise en perspective donne au contraire envie de lire ou relire le livre de Doris Lessing, tant la musicalité de ses mots est mise en avant par Jean-Paul Civeyrac. Pour autant, les images ont leur propre puissance, dans cette histoire de conscience de classe où les choses matérielles, l’espace de vie, les lumières tamisées, les mets servis à table, les jouets dans les chambres définissent l’appartenance ou la non-appartenance sociale.
Tout commence quand Victoria, 8 ans, se retrouve seule devant son école, stoïque quand le jeune Edouard, le grand frère d’un de ses camarades de classe Thomas n’est pas venu la rechercher. Plus exactement, il est venu, il ne l’a pas vu, elle qui est pourtant aussi visible que le nez au milieu de la figure. Victoria habite chez sa tante malade et admise à l’hôpital pour quelques jours. La maman de Thomas et d’Edouard s’est proposée pour la garder une nuit. Edouard a des aspirations nobles, des idéaux tiers-mondistes comme ses parents, militant pour la justice dans le monde, mais il ne voit pas ce qui est sous ses yeux, il n’avait pas imaginé que la petite fille qu’il attendait c’est précisément cette petite noire…
Cet épisode fonde le film, mais il fonde surtout Victoria, découvrant un univers qu’elle n’imaginait pas pouvoir exister, prenant conscience de puissances et de pouvoirs qu’elle ne se sent pas en mesure d’accaparer, la façonnant peut-être à devenir cette jeune fille, puis cette femme qui laisse la vie glisser sur elle sans réelle envie d’avoir prise.
Victoria découvre aussi autre chose, un sentiment très diffus, elle n’a que 8 ans, mais un sentiment nouveau engendré par la présence d’Edouard, par l’existence même d’Edouard.
Le film est fait de petites touches de vie et de sensation, et avance par ellipses simples mais intelligentes. Avec toujours ce texte qui nimbe l’image d’un voile poétique et romanesque. Victoria évolue, mais régulièrement, ses pas reviennent vers les Savinet, son miroir aux alouettes. A défaut d’avoir Edouard, avoir Thomas, avoir une enfant de lui. A défaut d’avoir une bonne vie, révéler l’existence de la petite Marie à une famille qui assurerait son avenir…
Victoria est mystérieuse, on ne connaît pas ses motivations, elle ne nous dit pas grand-chose, la voix off non plus. Le décès de sa mère puis de sa tante, en font une déracinée précoce qui ne se sent bien presque nulle part. La mélancolie et la solitude qui semblent constamment l’envelopper sont très bien illustrées par cette actrice à la voix douce presque éteinte, au physique fragile et menu, et dont le personnage jamais ne part en larmes ni en éclats de rire. Le choix des autres acteurs est tout aussi judicieux : Catherine Mouchette et Pascal Greggory font de parents et de grands-parents convaincants, à la fois compréhensifs et condescendants, un peu à la limite de la caricature, et Fanny (Nadia Moussa) fait un bon contrepoint à son amie Victoria, aussi pragmatique que Victoria est rêveuse…
Sous ses dehors d’histoire simple, romanesque par construction, Mon amie Victoria est un film censé nourrir la réflexion sur cette conscience de classe, précisément. Marie, la petite fille métisse, cristallise tous les fantasmes de cette famille bien sous tous rapports. Mais justement, on pourrait reprocher à Civeyrac d’avoir édulcoré le propos et rendu ses protagonistes trop lisses et trop aimables. L’hypocrisie de la famille, sa volonté d’accaparement de la petite Marie, la relative inconséquence de Victoria, le désarroi de son autre fils Charlie, totalement transparent aux yeux de la famille de Marie, tout cela est évoqué, mais à peine effleuré, le souci du réalisateur ne semblant pas être de dénoncer, mais de rester dans la veine romanesque, voire mélodramatique par moments…
Comme le soleil rasant et automnal de sa dernière séquence, Mon amie Victoria est un film porteur d’une douceur, d’une délicatesse, d’une sorte de minimalisme, qui laisse malgré tout une empreinte sur le spectateur ; si bien qu’il finit par se sentir en empathie et même inquiet pour cette fragile Victoria…
Mon Amie Victoria – Bande Annonce
Mon amie Victoria : Fiche Technique
Titre original : –
Réalisateur : Jean-Paul Civeyrac
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 31 Décembre 2014
Durée : 95 min.
Casting : Guslagie Malanga (Victoria), Nadia Moussa (Fanny), Catherine Mouchet (Elena Savinet), Pascal Greggory (Lionel Savinet), Alexis Loret (Edouard Savinet), Pierre Andrau (Thomas Savinet), Elise Akaba (Diouma) Tony Harrisson (Sam) Scénario : Jean-Paul Civeyrac, d’après une nouvelle de Doris Lessing
Musique : Frédéric Junqua
Chef Op : David Chambille
Nationalité : France
Producteur : Philippe Martin, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
Maisons de production : Les films Pelléas, Versus Production
Distribution (France) : Les films du Losange