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A Girl Walks Home Alone at Night, un film de Ana Lily Amirpour : Critique

Lorsque nous avions assisté à l’avant-première du film au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, le film venait tout juste de recevoir le Prix Révélation Cartier au Festival Américain du Film de Deauville. Inconnu la veille, le film suscitait soudainement la curiosité et l’engouement des spectateurs strasbourgeois. A Girl Walks Home Alone at Night était devenu LA séance à laquelle il fallait assister au festival.

Salle bondée, le film a véritablement enchanté le public, même si certains spectateurs ont été plus divisés. Film fantastique sublimé par une mise en scène hypnotisante et une bande-son des plus électriques, A Girl Walks Home Alone at Night est peut-être ce que vous verrez de plus audacieux en ce début d’année. La réalisatrice Ana Lily Amirpour s’approprie avec brio les codes du film de vampire et les plie aussitôt pour en faire un long-métrage estampillé « premier film de western vampire américano-iranien ». Pas banal. Avec ce film, il n’est pas question pour la cinéaste d’en faire une critique acerbe d’une Iran vampirisante, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour fantastique qui trouve son essence et son insolence dans les racines de la cinéaste.

Only lovers left alive

Pour bien comprendre le film, il est intéressant de se pencher sur le parcours de la réalisatrice. Ana Lily Amirpour a d’abord fui la révolution iranienne de 79 avec sa famille pour s’installer à Margate, une petite contrée anglaise en bord de mer. Elle y a grandi avant de repartir, cette fois pour la Californie. C’est dans cet univers du skate, du punk et de la culture underground qu’Ana Lily est devenu pubère. Touche-à-tout insatiable, elle pratique la peinture, sculpte à ses heures perdues, fait une tournée américaine comme leader d’un groupe de rock et revient finalement en Californie, dans la ville des anges pour réaliser des films. Bien que n’ayant jamais foulé la terre de ses parents, elle conserve une attache particulière à ses origines iraniennes. C’est ce qui fait l’authenticité et l’identité de son premier long-métrage. Déjà forte d’une expérience à l’écriture et la réalisation sur huit courts métrages, la jeune cinéaste s’attaque pour son premier film au célèbre mythe du vampire. Une passion pour l’épouvante qui ne date pas de si tôt. A l’âge de douze ans, elle avait déjà réalisé un premier film, un court métrage d’horreur qui se déroule lors d’une soirée pyjama. A croire que la commission de classification américaine (MPAA) n’a eu aucun effet sur sa personne.

Pour Ana Lily Amirpour, A Girl Walks Home Alone at Night « est comme si Sergio Leone et David Lynch avaient donné naissance à un bébé rock’n’roll iranien, et que Nosferatu avait rempli le rôle de baby-sitter pour cet enfant ». Et pourtant derrière toutes ces belles et respectables références, on peut également mettre le film en parallèle avec un autre réalisateur, tout aussi underground et dandy que la cinéaste iranienne, Jim Jarmusch et son récent Only Lovers Left Alive. Présenté au dernier Festival de Cannes, le dernier Jarmusch contient quelques similitudes notables. Il est vrai que depuis toujours, les histoires de vampires sont avant tout des romances érotiques stylisées. Mais ici, certaines thématiques nous frappent directement. On y retrouve cette passion musicale exaltante, celle qui donne la motivation à ses personnages isolés de continuer à vivre. Une musique indie-rock aux accents électro du plus bel effet, qui fait également la part belle aux compositions instrumentales dignes des grands westerns d’Ennio Morricone. Tout comme le film de Jim Jarmusch, on retrouve également ces mêmes personnages désabusés par la société. Les deux héros du film semblent perdus dans une quête d’identité, de rapport aux autres et du temps perdu. Il y a quelque chose de très charnelle qui s’évapore dans l’union de cette vampire -proche du tempérament de la réalisatrice- et d’Amish, un iranien aux allures de James Dean. Ils voguent tous deux sans le savoir vers un avenir en commun incertain mais rempli d’un amour inexplicable. Sans montrer une seule séquence érotique, un parfum terriblement sulfureux se dégage du film, comme en témoigne cette séquence au détour d’un vinyle qui tourne en boucle et laisse les amoureux frémir dans un ballet de corps et de souffles incroyablement sensuel. Au fond, on ne peut pas dire que A Girl Walks Home Alone at Night marche sur les plates-bandes de Jim Jarmusch. De par les origines iraniennes de la réalisatrice, il y a un autre degré de fascination pour l’esthétique et le style du film. Envoûtante, minutieuse, contemplative, la mise en scène offre un très beau rendu de noir et blanc saturé aux allures d’expressionnisme allemand. De la même manière que le film de Jarmusch décrié pour sa lenteur, tout l’intérêt du film se retrouve dans cette expérience graphique remarquable. Un récit maîtrisé bien que très lancinant, qui pourra en rebuter certains.

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Ana Lily Amirpour ne passe pas par quatre chemins pour nommer le lieu de son intrigue. Bad City, une ville pécheresse où tous les vices de la société semblent se trouver au coin d’une rue sombre et déserte. Cité figée dans un décor désertique et industriel qui ne semble pas s’être adaptée aux changements de la société. Au détour d’élégants travellings, la réalisatrice dénonce l’emprise de la drogue, le poids d’une famille emprisonnante et la femme en tant qu’objet. Des critiques se sont insurgés contre la portée critique de la société iranienne. Pourtant, les thèmes du film ne sont pas nécessairement cantonnés à l’Iran. Ils sont même encore trop ancrés dans les cultures occidentales, et il faudrait plutôt y voir une métaphore de la vie de débauche que l’on peut trouver dans les bas-fonds de la Californie. Même si la domination masculine y est très présente, il convient de la nuancer puisque Amish serait plutôt une représentation de l’évolution de la société. Un changement de mœurs et du rapport social entre les hommes et les femmes. A l’inverse, le personnage de cette fille vampire donne également matière à révolution pour la gente féminine, celle qui ne se contente pas d’être cantonnée à un objet, obéissant sans bornes au sexe mâle. Il est vrai qu’il est difficile alors de ne pas faire le rapprochement avec la situation iranienne actuelle. Dans un pays où autrefois la musique occidentale était encore interdite (pensez à Persepolis), Ana Lily Amirpour entend lui donner une place conséquente dans ce film. A l’instar du film de Jim Jarmusch, la passion de son énigmatique vampire se retrouve dans sa collection de vinyles et de posters tapissant les murs, bafouant les conventions d’un pays despotique. Sans tomber dans la lourdeur d’un brûlot anti-Iran, Ana Lily Amirpour fait preuve d’une volonté sincère de retranscrire avant tout l’amour de deux êtres isolés sur fond de toile fantastique.

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Premier long-métrage impressionnant de maîtrise, A Girl Walks Home Alone at Night est le plus iranien de tous les films américains. Cette enfant de la culture underground reprend les codes du fantastique à son plus bel avantage et délivre un film d’une romance envoûtante. Pour ceux qui aimerait prolonger l’expérience, sachez que la réalisatrice en a également tirer un roman graphique qui sera certainement disponible à la sortie du film. C’est une pièce maîtresse dans la genèse du film puisque le roman a été fait en amont du développement et a finalement servi de storyboard. Prolifique, Ana Lily Amirpour a déjà évoqué son prochain film qui sera une « cannibal love-story post-apocalyptique». Elle est assurément une cinéaste dont on ne fait que commencer à en entendre parler. La revue américaine Filmmaker Magazine l’a même déjà classé dans les vingt-cinq nouveaux visages du cinéma indépendant. A Girl Walks Home Alone at Night est l’un des plus bels exercices de style que vous pourrez voir en ce début d’année.

Synopsis: Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…

A Girl Walks Home Alone at Night – Bande-annonce VOST

Fiche Technique: A Girl Walks Home Alone at Night

Titre original: A Girl Walks Home Alone at Night
Genre: Épouvante-horreur, romance, thriller
Durée: 100min
Sorti le 14 janvier 2015

Réalisation: Ana Lily Amirpour
Scénario: Ana Lily Amirpour
Décor: Sam Kramer & Sergio De La Vega
Costume: Natalie O’Brien
Montage: Alex O’Flinn
Son : Kyle Arzt
Producteur: Sina Sayyah, Justin Begnaud, Ana Lily Amirpour, Sheri Davani, Elijah Wood, Daniel Noah, Josh C. Waller, Nick Moceri, Ben Conrad, Alexei Tylevich, Reza Sixo Safai, Daniel Grove, Patrick Grove
Production: Say Ahh Productions, SpectreVision, Logan Pictures, Black Light District
Distributeur: Pretty Pictures
Budget : /
Festival: Prix Révélation Cartier au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2014, Prix du Jury et Prix Citizen Kane (meilleure nouvelle réalisation) au Festival International du Film Fantastique de Sitges 2014

Galavant – Épisode 1 et 2 : Critique de la série

Pour ouvrir la mi-saison, ABC ose un pari risqué : proposer une petite série (8 épisodes prévus), comique et musicale, dans l’univers des romans de chevalerie. Glee prépare sa sortie par la petite porte, toutes celles qui avait tenté de lui emboîter le pas se sont plantées lourdement, des centaines de série comiques sortent tous les ans et la chevalerie héroïque, cela fait bien longtemps que plus personne n’en rêve. Autant dire que si la chaîne cherchait un projet casse gueule, elle a décroché le gros lot. Mais parfois, la fortune sourie aux audacieux. Seule contre toutes, Galavant tire son épingle du jeu et s’en sort avec panache.

Synopsis: Le Prince Galavant, héros des contes de fées toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin, est en guerre contre l’affreux Roi Richard qui lui a volé l’amour de sa vie, la belle Madalena. Pour la retrouver et reconquérir son cœur, il doit traverser les royaumes, les montagnes et les forêts, combattre des dragons, déjouer les pièges de son ennemi juré.. et chanter !

La chanson de Galavant

L’introduction est rapide, vive et précise comme un coup d’estoc : une chanson reprise en cœur par tout ce que le royaume compte de paysans, villageoises, pégus et autres manants louant Galavant le héros, la légende partie sauver sa chère et tendre Madalena des griffes du despotique roi Richard prêt a l’épouser de force. Autant dire que vous êtes prévenu dès l’ouverture, si vous n’aimez pas la comédie musicale et que le kitsch vous file de l’urticaire, fuyez sans demander votre reste; pour les autres, vous ne regretterez pas le voyage. La déculottée sera tout aussi rapide, la douce préfère le confort matériel à l’amour véritable, il n’en faudra pas plus pour que l’univers de notre flamboyant héros s’effondre et qu’il sombre dans l’alcoolisme. De son coté, Richard voit son mariage parfait se transformer en relation froide avec une femme vénale et matérialiste, ne trouvant le réconfort qu’auprès de son garde du corps, le taciturne Gareth et son marmiton, le peureux Sid. Et tout cela en musique.

La principale qualité de Galavant, ce sont ses moments musicaux à la fois très bien écrits et délicieusement parodiques. Entre le roi qui se plaint que les caprices de sa femme l’empêchent de se concentrer sur des choses plus amusantes comme les taxes et les pillages ou la chanson qui s’excuse elle même de traîner en longueur, on reste charmé par cet esprit déjanté qui accompagne chaque instants de cette aventure délirante. On en attendait pas moins d’Alan Menken, déjà auteur des chansons d’Aladin, et Glenn Slater, qui a travaillé sur Raiponce. Les thèmes sont enlevés et les paroles excellentes, pleines d’humours et de doubles sens, donnant a cet univers sonore un cachet que n’aurait pas renié une grosse production Disney, tout en gardant cet esprit roublard et décalé.

On nous promettait une série comique, Galavant s’en donne à cœur joie dans le registre parodique, enchaînant dialogues rythmés, anachronismes loufoques et situations débiles. Le tout porté par une troupe d’acteurs motivés et sympathiques. Le héros est idiot et narcissique et son antagoniste, interprété par un Timothy Omundson formidable, est aussi cruel que maniéré et en manque d’affection (rappelant d’ailleurs le prince Jean de Robin des bois). Si le pilote s’attarde un peu à poser les bases d’une intrigue un peu lourdaude, dés le deuxième on sent que la série décide de jouer plus encore la carte de l’absurde, tout en développant de manière surprenante ses personnages. Si ces deux épisodes ne sont pas encore parfaits, avec des scènes de combats frôlant l’amateurisme, cette nouveauté s’annonce comme un vrai divertissement de qualité et promet un vent de fraîcheur dans le paysage trop formaté des comédies américaine. On retrouve le souffle enchanteur de Princess Bride avec un soupçon du non-sens des Monty Pythons. Peut être que le concept ne tiendra pas dans la durée, mais avant de miser sur une éventuelle deuxième saison, autant prendre Galavant pour ce qu’elle est : un cadeau sympathique et original d’ABC, n’ayant aucune autre ambition que d’amuser, avant le retour des mastodontes de la pleine saison.

Galavant Bande-annonce

Galavant : Fiche Technique

Titre original : Galavant
Genre : Comédie, Musical, Fantasy
Créateur(s):Dan Fogelman
Production : Dan Fogelman, Alan Menken, Glenn Slater, Chris Koch
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2015
Chaîne d’origine : ABC
Épisodes : 2 (8 prévus)
Durée : 30 minutes
Statu : en cours
Avec : Joshua Sasse, Mallory Jansen, Karen David, Timothy Omundson, Vinnie Jones…

Halo : Nightfall, saison 1 : Critique de la série

La série, Halo : Nightfall – Saison 1 : Pour les fans et les néophytes, un véritable pétard mouillé

Synopsis : Enquêtant sur un acte terroriste d’origine Covenant ayant touché une colonie établie sur la planète Sedra, un groupe de soldats de l’ONI mené par Jameson Locke et Randall Aiken se rend sur un morceau de l’Halo, détruit par le Master Chief par le passé et qui se trouve actuellement en orbite autour d’une étoile. Sur place, la troupe va se retrouver coincée et pourchassée par des vers carnassiers appelés Lekgolos. Le but de la mission sera finalement de survivre et d’arriver à quitter les lieux avant que la surface ne soit s’exposée à l’étoile, devenant ainsi brûlante et donc mortelle…

Tant de fans attendaient ce jour. Celui de voir leur jeu vidéo favori « Halo », adapté sur grand écran. Un projet de très longue date, qui n’a cessé de faire parler de lui que via des annulations ou des changements de producteurs (dont Peter Jackson). Finalement, à en croire Microsoft, le long-métrage ne verra pas le jour, ou du moins n’est pas prévu pour le moment. Ce qui n’a pas empêché Steven Spielberg d’annoncé une adaptation, cette fois-ci sous le format d’une série TV. Depuis, plus rien, jusqu’à cette mini-série intitulé Nightfall, produite par un certain Ridley Scott, ayant pour but de faire le pont entre le quatrième et le cinquième opus de la saga vidéo ludique (et disponible depuis la sortie du jeu « Halo : Master Chief Collection »). Enfin l’occasion pour les fans de voir leurs héros et cet univers qu’ils vénèrent en live, sans que cela ne passe par la case du film amateur sur Youtube et autre Dailymotion. Une grosse attente qui a porté ses fruits ?

Cela ne fait aucun doute là-dessus, Halo : Nightfall avait tout de la série surfant sur la mode du fan service. Ce concept qui consiste à n’user que des caractéristiques et personnages d’une œuvre de base pour attirer les fans et assurer le succès. De ce côté, avec son budget et les gens travaillant dessus (dont le studio 343 Industries, qui possède désormais les droits sur la franchise tout support confondu), la série saura convaincre les moins réfractaires. Il suffit de voir les costumes et autres accessoires, dont les fameuses armes à feu, pour se rendre compte d’avoir bien affaire à l’univers de « Halo« . D’autant plus que la trame fait référence aux événements survenus dans le premier jeu vidéo, à savoir l’explosion de Halo par le Master Chief et qu’elle promet, sur le papier, de faire intervenir les fameux Covenants et autres Lekgolos (les races extraterrestres ennemies). Alors, avec des effets visuels de bonnes factures pour ce genre de projet et les décors inquiétants de l’Islande (qui ne sont pas sans rappeler ceux de Prometheus), le spectacle était assuré d’avance malgré une mise en scène impersonnelle. Jusqu’au visionnage de la série dans son intégralité…

Dès les premiers épisodes, l’espoir va vite retomber pour les fans, la série ne respectant pas vraiment l’esprit même du jeu. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce dernier, « Halo » est un FPS, un jeu de tir à la première personne (action vue par le personnage jouable), qui permet de vivre des séquences de batailles et d’action bien bourrine, avec du spectaculaire à la clé. Ici, c’est juste un banal survivor, mal écrit qui plus est, car se montrant hautement prévisible et proposant des protagonistes sans âme qui sentent les clichés à plein nez. Sans parler de l’histoire elle-même, qui se distingue par un vide scénaristique abyssal : des soldats se rendant sur un fragment orbitaire pour trouver un « élément inconnu » et qui s’y retrouvent coincés, avec pour seul but de survivre et de partir de là, oubliant ce pourquoi ils étaient venus (à part tout faire exploser). Le tout agrémenté de moments de bravoure par épisode sans ampleur et d’instants dits psychologiques juste inutiles, ne faisant que meubler vainement l’ensemble. Pour les fans, Halo : Nightfall est une véritable insulte et ce malgré le fan service, qui n’est même pas aussi complet que cela : la série ne met en scène qu’un seul Covenant, ne fait même pas intervenir le Master Chief pour un caméo, n’use aucunement du thème principal du jeu orchestré par Martin O’Donnell… Bref, elle ne propose pas grand-chose de concret à se mettre sous la dent, n’apportant tout bonnement rien à l’univers de « Halo ».

Mais même pour un spectateur lambda, Halo : Nightfall n’est pas un divertissement de qualité. La faute notamment à son statut de passerelle entre deux jeux vidéo. Avec cette étiquette, il est clair que la série ne vise que les fans de la franchise vidéo ludique. Du coup, Nightfall se passe de toute explication et détail, pensant que le public, dans son intégralité, connait l’univers de « Halo » sur le bout des doigts (le nom des extraterrestres, des corporations, des institutions, des lieux…), ce qui n’est pas le cas. De ce fait, beaucoup de néophytes se sentiront grandement perdus et n’arriveront pas à s’intéresser à cette aventure qu’ils trouveront ennuyeuse et quelconque. Juste une perte de temps. Et c’est vraiment dommage car les acteurs ne sont pas mauvais (il y a déjà eu pire ailleurs) et le visuel de l’ensemble n’est pas à jeter.

Mais que l’on soit fan ou pas, Halo : Nightfall déçoit avant tout par son format : une mini-série composée de cinq épisodes d’une durée de 20 minutes chacun. En prenant compte de ce qui a été dit précédemment, le manque d’action et le vide scénaristique, une question vous viendra aussitôt à l’esprit : pourquoi ne pas avoir assemblé le tout pour livrer à la place un long-métrage d’environ une heure et demie ? La pilule aurait pu passer un peu plus facilement. Là, il a fallu attendre à chaque fois une semaine entre chaque épisode. Sept jours de patience (multipliés par quatre) pour voir du vide inutilement morcelé à tel point, que le semblant de rythme de l’ensemble s’en est retrouvé démoli.

Après des années d’attente et plusieurs produits dérivés pour aider à patienter, les fans se retrouvent au bout du compte face au néant le plus total. Une très grosse coquille vide qui n’est finalement qu’un petit bonus accompagnant le véritable intérêt de la franchise qu’a été le jeu « Halo : Master Chief Collection ». Un supplément qui non seulement ne captivera nullement les néophytes, mais décevra avant tout les fans, public pourtant visé. Un pétard mouillé d’envergure qui relance l’espoir de voir un jour débarquer dans les salles obscures une adaptation cinématographique qui viendrait réparer cela. Ou bien d’attendre que Spielberg décide enfin à mettre en chantier la fameuse série TV annoncée il y a de cela plusieurs mois. Quant aux fans, réjouissez-vous, Halo 5 : Guardians ne saurait tarder !

Bande-annonce – Halo : Nightfall

Fiche technique – Halo : Nightfall

États-Unis – 2014
Réalisation : Sergio Mimica-Gezzan
Scénario : Paul Scheuring
Distribution : Mike Colter (Jameson Locke), Christina Chong (Talitha Macer), Steven Waddington (Randall Aiken), Luke Neal (Michael Bradley Horrigan), Alexander Bhat (Alistair Bov Estrin), Alexis Rodney (Arris Le), Christian Contreras (Gregory Aio Ramos), Eric Kofi Abrefa (Haisal Wari)…
Genres : Science-fiction, action
Saisons : 1 – Épisodes : 5
Durée : 19 à 24 minutes
Productions : Scott Free Production et 343 Industries
Distributeur : Microsoft Corporation

 

 

The Riot Club, un film de Lone Scherfig – Critique

Entourés d’un aura de mystère, les sociétés secrètes ont toujours passionné le grand public, que ces mystérieux clubs fassent partie de notre quotidien ou qu’ils renvoient aux plus prestigieuses universités. Il suffit de regarder la presse, qui fait sans cesse ses unes sur la franc-maçonnerie, sans jamais apporter grand chose au moulin. Aux États-Unis les fraternités, qu’elles aient ou non pignon sur rue, sont un sujet pour quantité de cinéastes dans divers genres, du thriller à la comédie pour adolescents. The Riot Club n’a donc rien d’original dans son propos, si ce n’est peut-être sa localisation. Car voir les débordements d’une université aussi prestigieuse et supposément coincée qu’Oxford pourrait surprendre. Mais après tout, la débauche n’est pas exclusive à l’autre côté de l’Atlantique.

Synopsis : Le Riot Club est réservé à l’élite de la nation. Ce cercle très secret d’Oxford fait de la débauche et de l’excès son modèle depuis 3 siècles. Miles et Alistair, deux étudiants en première année, ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie…

Dix gosses en colère

C’est donc dans la seconde plus vieille institution d’outre-Manche (Cambridge les précédant de peu) que se situe l’action. Un repère de jeunes hommes et femmes sur les épaules desquels repose une partie du destin du royaume. Certains viennent d’un milieu difficile, d’autres sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, qui se transmet de génération en génération. C’est bien sûr à cette seconde catégorie que The Riot Club va s’intéresser. Cette société d’élite est en effet réservée aux plus riches, aux plus intelligents et aux plus influents des élèves. Chaque génération doit compter dix membres dans ses rangs.

Soit dix personnages (au minimum) à la personnalité unique et suffisamment reconnaissable, malgré des tenues vestimentaires relativement proches. Forcément, il faut malgré tout faire des choix. Le scénario nous montre donc l’essentiel de la majorité de ses membres, et les rend tous distincts, ce qui en soi est déjà remarquable. Il se concentre ensuite sur deux d’entre eux, nouvellement arrivés et qui auront pour tâche de faire découvrir au spectateur les dessous du Riot Club avec un œil neuf. Si cette partie est plutôt bien traitée, les conflits, eux, sont malheureusement réduits à la portion congrue.

Orgueil et préjugés

Car ce qui fait le sel de ce récit, plus que le comportement gentiment choquant des membres du club, c’est bien l’évolution des rapports entre ses membres, et principalement la relation entre Alistair et Miles, les deux nouveaux précédemment cités. Si leur rivalité apparaît vite évidente, le récit peine à nous la faire vraiment ressentir, ou à lui donner une raison autre que « c’est comme ça ». Si l’on découvre assez bien la personnalité de Miles, incarné par un Max Irons convaincant, c’est bien le vénéneux Alistair, interprété par l’excellent Sam Clafin, qui nous échappe. Et c’est bien dommage, car c’est lui qui va se révéler l’élément déclencheur du film. Passer plus de temps en sa compagnie aurait pu être un choix judicieux.

Malgré tout, la réalisatrice Lone Scherfig remplit parfaitement son office. Sa caméra suit ce groupe de garçons en offrant un regard extérieur, sans chercher à susciter ni l’empathie ni le dégoût. La montée en tension lors du repas, qui occupe facilement les deux tiers du film, est parfaitement exécutée. On sait par avance ce qui va se passer, mais on ne sait pas quand ou comment l’orage va éclater. Saluons également le travail de Laura Wade, qui a parfaitement réussi le passage de la pièce de théâtre au scénario pour le grand écran.

Sans vraiment surprendre, The Riot Club est une très belle plongée dans l’univers de ses sociétés secrètes auxquelles sont censés avoir adhéré la majorité des puissants du royaume (le premier ministre David Cameron et le maire de Londres Boris Johnson ont supposément été membres de clubs de ce genre). Si elle n’apporte finalement rien de nouveau au genre, Lone Scherfig parvient à nous entraîner dans ce monde fascinant réservé à l’élite. La fin, en particulier, est absolument superbe dans son cynisme glaçant.

The Riot Club – Fiche Techinique

Royaume-Uni – 2014
Drame
Réalisatrice : Lone Scherfig
Scénariste : Laura Wade, d’après son oeuvre
Distribution : Max Irons (Miles Richards), Sam Clafin (Alistair Ryle),Holloday Grainger (Lauren), Freddie Fox (James Leighton), Douglas Booth (Henry Villiers)
Producteurs : Graham Broadbent, Peter Czemin
Directeur de la photographie : Sebastian Blenkov
Compositeur : Kasper Winding
Monteur : Jake Roberts
Production : Blueprint Pictures
Distributeur : Paramount Pictures France

Auteur : Mikael Yung

Vacances romaines, un film de William Wyler: Critique

Critique du film Vacances romaines avec Audrey Hepburn & Gregory Peck

Synopsis: Princesse soumise à un étouffant protocole, Ann n’a pas une minute de liberté. En déplacement à Rome, elle fait la rencontre du journaliste Joe Bradley qui la reçoit chez lui sans connaître son statut. Sous le charme du jeune homme, Ann profite enfin d’un moment d’évasion avant que sa condition ne la rattrape.

Pourquoi s’aimer toujours lorsque l’on peut s’aimer un jour ?

Vous allez rencontrer une belle et sombre inconnue.

L’Europe blessée, l’Europe libérée: Ann, jeune princesse d’une vieille monarchie s’affaire à renouer les liens diplomatiques avec ses pays voisins. Londres, Paris, Amsterdam se succèdent au rythme des discours et des visites. Puis, vient Rome : la fière, l’insubmersible, capitale millénaire. Rome, en plein été, chaleureuse, fourmillante, capitale monumentale. Scène ancestrale mais théâtre de l’amertume pour Ann (Audrey Hepburn), la vie princière pèse lourd sur ses fines épaules. L’étiquette collante, souvent irritante de sa situation dorée la conduit inéluctablement à la fuite. Prise de panique, mais sous calmant injecté par son docteur, la princesse s’échappe. Seule dans la ville bourdonnante, absolument heureuse, complètement perdue, elle rencontre à son insu Mr Bradley. Celui-ci, face à cette jeune femme à l’allure respectable et à la diction honorable, accepte de l’héberger. Il mène sa dame, somnolente, jusqu’à son petit appartement, au cœur de la ville. « Is this the elevator ? » s’enquiert elle impérieusement. « It’s my ROOM » répond t-il d’un ton sec. S’offusquant des manières de son hôte mais se réjouissant lorsque celui-ci lui prête un vieux pyjama, la jeune princesse se glisse dans le lit, soupirant un dernier « I’m happy ».

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Mr. Joe Bradley (Gregory Peck), journaliste de profession et américain de naissance doit couvrir, le lendemain matin, l’interview donné par la princesse. En retard, il apprend par son patron que cette dernière est malade ; c’est à la une de tous les journaux : le portrait princier placardé sous les titres inquisiteurs. Non sans hésitation, Joe découvre l’identité de celle qui, en ce moment, dort dans sa chambre. Fort de cette opportunité, Joe promet à son rédacteur en chef une interview complète, personnelle, et exclusive de la princesse Ann. Une grosse somme d’argent est mise sur la table, suffisante pour rentrer à New York, suffisante pour quitter Rome.  Il s’empresse alors d’appeler un ami photographe, et se précipite vers son appartement. La belle est là, sous les draps, à côté du lit. Ah oui, le canapé en avait fait office, Joe, galant mais pas trop, s’était réapproprié son lit, poussant la jeune femme sur la banquette. Celle qui hier soir s’apparentait, au mieux, à une sans domicile de luxe, se révélait être en ce matin, une tête couronnée. Et comment réveille t-on une tête couronnée ? On la remet sur le lit dans un premier temps, puis dans un second on lui susurre à l’oreille, un léger mais respectueux : Votre majesté.

Émergente, le sourire toujours aux lèvres, la princesse commence par raconter son drôle de rêve, à celui qu’elle croît être son docteur. Mais, ouvrant les paupières, découvrant les modestes moulures du plafond, le rêve se prolonge ou du moins la réalité continue. Un petit lit, une petite pièce, un grand homme. Et quel est le premier réflexe d’une princesse qui se réveille dans le petit lit d’un grand homme ? On vérifie qu’on a bien son bas de pyjama. Cela fait, on découvre que l’on a été recueilli alors que l’on dormait sur un banc, puis l’on tisse discrètement les files d’une identité non royale. La princesse Ann, est Anya, étudiante en fuite. Enfin on se fait prêter de l’argent et l’on rentre chez soi. Alors, mille lires en poche (quelques dollars) Anya se retrouve seule dans Rome. Et que fait une princesse seule pour la première fois avec quelques dollars en poche ? On achète des chaussures, on se coupe les cheveux, on mange une glace. On profite pleinement, histoire d’apercevoir ce que l’on nous refuse le temps d’une journée, parenthèses d’une vie volée.

Mr Joe Bradley n’a évidemment pas laissé filer sa proie, il la traque depuis qu’elle a quitté son appartement. Prétextant une fortuite rencontre, il l’invite à boire un verre, et sous le soleil romain, elle accepte. Ils y retrouvent Irving (Eddie Albert), l’ami photographe, qui immortalise discrètement la première cigarette de la princesse. Joe prétend être vendeur à la prétendue étudiante. Et, tout deux sous couvertures, se laissent porter par la folie urbaine. Parcourant la ville à dos de vespa.

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In the mood for Rome

Bon évidemment, c’est une histoire d’amour. Sur le papier c’est presque cliché : une belle ville, une belle fille, un beau mec… Des mensonges, des secrets etc. Mais voilà c’est les fifties et c’est délicieux. Suante et fraiche : Rome est brûlante, Rome est omniprésente ! La ville dévore la caméra, s’immisce, se glisse dans tous les plans. Cette immersion dans la capitale n’est pas sans rappeler Le voleur de bicyclette (1949). Mais là où De Sica en faisait l’amphithéâtre d’un drame, Wyler utilise l’énergie abondante de la foule, le magnétisme antique du Colisée pour légitimer cet amour d’un jour. Et L’intelligence du film réside évidemment dans sa dernière partie, lorsque Joe est amené à la revoir, lors d’une conférence de presse. Où, sobrement, Anya redevenue princesse et Joe redevenu journaliste, comprennent et se font comprendre, par le regard, par de courtes phrases distillées, qu’ils s’appartiennent dans le passé, mais qu’à l’avenir ils ne peuvent être que des souvenirs.

A l’ombre des arcades, Audrey Hepburn qui est toujours plus jolie en noir et blanc (Ariane, Sabrina de B. Wilder) s’élève en figure d’une élégance disparue sous la caméra de W. Wyler. Égérie gracieuse, forte ou fragile, on ne sait pas trop, mais rayonnante de bout en bout de ses vacances romaines.

Vacances romaines Bande annonce

Fiche Technique: Vacances romaines

Titre original : Roman Holiday
Date de sortie : 27 août 1953
Réalisation : W. Wyler
Scénario : Ian McLellan Hunter/ John Dighton
Interprétation : Audrey Hepburn/ Gregory Peck/ Eddie Albert
Musique : Georges Auric
Photographie : Henri Alekan et Franz Planer
Production : Robert Wyler et William Wyler
Durée : 112 minutes
Genre : Comédie Romantique

L’Interview qui tue, un film d’Evan Goldberg et Seth Rogen: Critique

De deux choses l’une, ou bien le pouvoir nord-coréen a des goûts cinématographiques exécrables, ou bien Kim-Jong un est le dirigeant en exercice le plus susceptible, les deux sont probablement vrais. L’Interview qui tue (titre français épouvantable de ridicule) est bien un film atroce qui démontre l’absence de culture du « leader suprême », qui lui accorde une importance qu’il ne mérite pas.

Synopsis : Présentateur d’une émission people à succès, Dave Skylark tente de gagner sa légitimité de journaliste en allant interviewer le leader nord-coréen Kim Jong un. La C.I.A. lui demande alors de participer à l’assassinat du chef d’état.

La Grande Usurpation

Le cas Kim

C’est aussi la seule œuvre à ce jour, qui met en scène la mort par assassinat d’un chef d’état en cours de mandat, parions que nul ne se le serait permis s’il ne s’était agi d’un pays autre que celui-là. On pourra y voir une sorte de mépris contestable de la part des producteurs, qui pourront pourtant remercier Kim-Jong un de la formidable publicité qu’il a faite à une comédie ridicule qui autrement, été promise aux tréfonds du box-office international. Depuis l’affaire de piratage informatique, voir ce film est devenu un acte de « rebellitude » pour adolescents aux joues bombardées d’acné juvénile et purulente.

L’humour sans esprit

Soyons tranchant, The Interview (le titre v.o. est quand même moins insupportable) est totalement nul, à deux ou trois exceptions près. Il raconte le long cheminement d’un présentateur télé totalement imbécile et superficiel, vers la rédemption journalistique que pourrait lui offrir l’interview du chef d’état coréen. Nous sommes censés voir une comédie, mais pour être drôle, encore faut-il avoir de l’esprit et pour avoir de l’esprit, encore faut-il être doté d’un cerveau. De cerveau il ne semble pas y en avoir ici, tant le film ne semble pas savoir ce qu’il veut. On passe sans cesse d’une pâle critique d’un régime totalitaire à bout de souffle (qui méritait un traitement plus profond et documenté), à une comédie pas drôle qui lorgne le travail des frères Farrelly, sans jamais parvenir à se lâcher. On est dans le même humour scatophile et sexuel, mais là où les frangins maitrisent la mécanique du fou rire, Evan Goldberg et Seth Rogen (déjà responsables de C’Est La Fin) n’ont qu’un vieux moteur rouillé qui tousse au lieu de rigoler. On aurait aimé du cynisme, de l’ironie bref, un second degré qui aurait vraiment rendu le film subversif. Au lieu de ça, ses créateurs choisissent la facilité et s’en prennent frontalement au régime coréen, se contentent du coup d’enfoncer des portes ouvertes, sans rien apporter de neuf ni au genre de la comédie, ni à l’aspect politique de l’histoire. Pourtant, il y avait matière à faire grincer les dents avec un tel sujet et pas seulement celles de Kim Jong un, il aurait pu y avoir des retours de manivelles soulignant les pertes de libertés individuelles que nous subissons depuis le début de la guerre contre le terrorisme.

Dans la peau de Jim Carey

Ajoutez-y des acteurs qui tentent le contre-emploi sans savoir que ça ne marche pas à tous les coups et que n’est pas Jim Carey qui veut, vous obtenez un mélange aussi digeste que la dinde fourrée aux marrons de tata Lucette un soir de réveillon. Car oui messieurs dames, James Franco (La Planète Des Singes, l’Affrontement), acteur plutôt prometteur, joue ici le journaliste débile et pompe son jeu sur celui de Jim. Il lui pique ses mimiques, ses grimaces, ses gesticulations mais oublie de lui emprunter un peu de son talent. Du coup le petit James se transforme en tête à claques stressante qui provoque des envies de meurtre. Seth Rogen (22, Jump Street) qui joue son sparring partner, est à peine moins énervant, il faut dire que son rôle est un peu moins ingrat et laisse quelques moments de bravoure…ridicules. Il ne reste finalement que la délicieuse Diana Bang (Bates Motel, Continuum), superbe officière coréenne, qui permettra aux connaisseurs de soulever un sourcil de plaisir à défaut de s’endormir.

On ne rit jamais

Finalement c’est peut-être la réalisation qui marque le plus, nous faisant prendre le visage à deux mains… de consternation. Il y a bien une ou deux véritables idées, comme la combustion finale du dictateur, esthétiquement réussie grâce à un ralenti bien utilisé. Mais on retrouve ici toute la finesse d’un Gérard Depardieu, juché sur son scooter et qui se retrouverait face à deux gendarmes, découvrant stupéfaits qu’il ait fait exploser le ballon dans lequel il soufflait. Sincèrement on est navré pour l’équipe du tournage qui participe à cette mascarade, consterné par ses allusions stupides au Seigneur Des Anneaux de Jackson qui ne mérite pas ça, consterné par la chanson finale qui n’est autre que le « Wind Of Change » des Scorpions (chanson lourde de sens, elle) et donne l’espoir d’un vent nouveau sur la Corée du Nord. Sauf qu’ici c’est totalement déplacé, ça ne fait pas rire, pas rêver, juste grincer des dents à s’en faire saigner les gencives.

Kim Wild !

Vous l’aurez compris, The Interview est une gigantesque imposture qui est aussi irrévérencieuse que les vœux d’un président un soir de Saint-Sylvestre. C’est la même chose en fait : c’est long, c’est pénible et ça donne envie de pleurer tant c’est vide. The Interview n’est rien, ni drôle, ni méchant et mérite de disparaître sans que personne ne se donne plus la peine d’aller le chercher en toute illégalité sur le net. Jamais un film n’aura autant usurpé le foin médiatique qu’il a fait. Mais finalement, personne n’a jamais prétendu qu’il était bon, juste qu’il a dérangé un dictateur de pacotille dans un pays moribond et qui affiche à la face du monde l’immensité de son mauvais goût, qui n’a d’égale que sa cruauté folle.

L’interview qui tue – Bande annonce

Fiche Technique : L’Interview qui tue

Réalisateurs : Evan Goldberg & Seth Rogen
Titre original : The Interview
Scénario : Evan Goldberg, Seth Rogen & Dan Sterling
Décors: John Billington
Costumes: Carla Hetland
Photographie: Brandon Trost
Montage: Zene Baker
Musique:m Henry Jackman
Production: Evan Goldberg, Seth Rogen & James Weaver
Société de production, Point Grey Pictures
Distribution : Columbia Pictures, Sony Pictures
Budget : 30 000 000 dollars
Pays: U.S.A.
Durée: 112’
Distrobution : James Franco, Seth Rogen, Lizzy Caplan, Randall Park, Diana Bang

Auteur : Freddy M.

A Most Violent Year, un film de J.C. Chandor – Critique

Synopsis : New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’Abel Morales, un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

L’American Dream désenchanté

Abel Morales (Oscar Isaac) a le profil parfait de l’immigré qui a réussi : homme d’affaires remarquable, patron d’un business florissant et plus que rentable, lui permettant d’entretenir sa petite famille dans une luxueuse maison, Abel se garde de participer à toutes magouilles, qui sont pourtant monnaie courante dans le milieu de la vente et du transport pétrolier. Son crédo : ce qui importe, ce n’est pas de réussir, mais le chemin qu’on a pris pour y arriver. Anne Morales (Jessica Chastain), sa femme, est un personnage plus ambivalent : admirative de la conviction morale de son mari, persuadée de sa réussite, elle est activement engagée dans l’entreprise dont elle gère –plus ou moins légalement-  la comptabilité. Abel, à la fois dur et attachant, sa femme et son avocat (l’excellent Albert Brooks, vu dans Drive notamment) forment un trio solide où règne a priori une parfaite transparence.

Seulement, Abel et ses associés se retrouvent bien seuls dans un monde de brutes où les entreprises concurrentes n’hésitent pas à faire tabasser leurs conducteurs de camions, en plein Manhattan. Le pauvre Abel assiste impuissant aux vols quotidiens de ses litres de pétrole, refusant jusqu’au bout que l’on donne des armes à ses conducteurs pour qu’ils puissent se protéger.

A Most Violent Year montre en fait le basculement d’un personnage confrontés aux dessous de l’American Dream. Abel perd progressivement, presque inconsciemment, son intégrité morale du début, face à un marché impitoyable et une ville corrompue jusqu’à l’os. Il devient le « gangster » qu’il ne voulait pas être.

Oscar Isaac et Jessica Chastain : un duo efficace

La réussite du film de J.C. Chandor repose en grande partie sur le couple Abel-Anne, un duo séduisant à la tête d’une grande entreprise d’achat et de transport de fioul. Lui, brun ténébreux, elle, blonde platine, les deux personnages sont à la fois complémentaires et antagonistes. Si au premier abord il paraît être l’homme de tête, le patriarche, les rôles s’inversent rapidement : Anne, fille d’un de ces « gangsters » du capitalisme, n’a pas toute la rigueur morale d’Abel et semble prête à emprunter les chemins « faciles » que ce dernier se refuse justement à emprunter.

Les mouvements lents et réfléchis d’Abel, la nervosité de la fumeuse Anne, traduisent cet antagonisme profond qui éclate lors de plusieurs scènes en huit clos où ces deux personnalités fortes entrent violemment en conflit. Progressivement, Anne parvient à faire fléchir l’incorruptible Abel : face à la menace de voir son entreprise s’effondrer, il ne lui reste pas d’autres choix que d’accepter de jouer, comme tout le monde, le jeu de la fraude fiscale.

A Most Violent Year s’inscrit ainsi dans la lignée de Margin Call (2011), premier film du réalisateur, comme critique acerbe d’un capitalisme agressif où domine la loi du plus fort. Dans un New York industriel, entre voies ferrées et terminaux maritimes à l’abandon, le réalisateur nous offre des scènes magnifiques de courses poursuites effrénées, pour un film qui marque, sans doute, la naissance d’un futur grand du cinéma américain.

Most Violent Year : Bande Annonce VOST

Fiche Technique : A Most Violent Year

États-Unis – 2014
Réalisation: J.C. Chandor
Scénario: J.C. Chandor
Interprétation: Oscar Isaac (Abel Morales), Jessica Chastain (Anna Morales), Alessandro Nivola (Peter Forente), David Oyelowo (Lawrence), Albert Brooks (Andrew Walsh), Glenn Fleshler (Arnold Klein), Elyes Gabel (Julian)
Distributeur: A24 Films
Date de sortie: 31 décembre 2014
Durée: 2h05
Genre: Drame, Thriller, Policier
Image: Bradford Young
Décor: Doug Huszti
Costume: Kasia Walicka-Maimone
Son: Steve Boeddeker
Montage: Ron Patane
Musique: Alex Ebert
Producteur: Neal Dodson, Anna Gerb
Production: Before The Door Pictures, Washington Square Films, Participant Media

 

The Affair, saison 1 : critique de la série

The Affair est la première création américaine d’Hagai Levi, écrite à deux mains avec Sarah Treem. Il était le créateur de Betipul pour la télévision Israélienne, adapté aux USA, sous le titre In Treatment diffusé par HBO, avec Sarah Treem à la production et au scénario. C’est donc logiquement que les deux scénaristes se retrouvent sur un projet commun, l’histoire d’un adultère, du point de vue de la femme et de l’homme.

Synopsis : Au début de l’été, Noah, un homme marié et père de quatre enfants, fait la rencontre d’Alison, une femme mariée elle aussi, qui pleure la mort récente de son enfant. Dès le premier regard échangé, le coup de cœur est instantané et partagé. Commence alors une relation adultérine.

Une affaire dans l’affaire

On retrouve Noah Solloway et Alison Lockhart, interprétés par deux acteurs britanniques, Dominic West et Ruth Wilson. Le premier, inoubliable interprète de l’inspecteur Jimmy McNulty dans The Wire, la seconde d’Alice Morgan dans Luther, où elle est troublante en meurtrière froide et intelligente, vivant une relation complexe et perverse avec John Luther, interprété par Idris Elba.

Noah Solloway est marié à Helen (Maura Tierney) et père de quatre enfants. Ils partent en vacances d’été chez les parents de sa femme, Bruce (John Doman) et Margaret Butler (Kathleen Chalfant). Lors du premier jour, Noah va croiser le regard d’Alison, mariée à Cole (Joshua Jackson), ce sera le début de leur romance.

Cette liaison est racontée façon Rashomon, du nom du classique d’Akira Kurosawa datant de 1950. Chaque épisode se scindant en deux parties (à l’exception d’un seul) : la version de Noah (écrite par Hagai Levi) et celle d’Alison (écrite par Sarah Treem). Ce procédé a aussi été utilisé en début d’année dans True Detective, chaque protagoniste racontant presque la même histoire, mais avec des divergences et un vécu différent, sans que l’on sache vraiment, où est la vérité. C’est avec justesse et profondeur que cet adultère est raconté, le sujet étant simple, mais sa narration le rend complexe, ne sachant pas quelle est la part du réel et du fantasme.

Mais c’est surtout l’intimité qui s’installe entre ces deux êtres, qui est le plus important. Elle est meurtrie dans sa chair, par le décès de son enfant, son mariage en souffre, la douleur étant plus forte que tout, avant qu’elle ne rencontre Noah. Lui semble désabusé, en manque d’inspiration pour son second roman, perdu dans une vie qui ne lui convient plus vraiment. Il lui permet d’oublier sa douleur et elle devient sa muse. Le lieu est idyllique : une station balnéaire en plein été. Le soleil, le ciel bleu et la mer, un contexte idéal pour un flirt estival, devenant rapidement passionnel, puis amoureux. La réalisation léchée, offre un bel écrin pour les deux amants.

L’alchimie entre Ruth Wilson et Dominic West est une des principales réussites de la série. Leur passion est palpable à chaque regard, sourire, caresse et baiser échangés. On sent le désir entre eux, plus cérébral chez elle et plus physique chez lui. Il n’est pas étonnant de les retrouver nominés comme meilleure actrice et acteur dans une série dramatique aux Golden Globes. Car n’oublions pas, que c’est surtout un drame familial. Leur passion a des conséquences, qui se répercute sur la vie de chacun.

Pour pimenter l’ensemble, on retrouve une enquête en toile de fond. Le détective Jeffries (Victor Williams) est chargé de l’affaire, celle du meurtre d’un des personnages. Il interroge les deux amants, chacun séparément, accentuant les divergences entre les deux récits. Il les manipule, en mentant aussi sur lui-même, donnant lieu à un jeu du chat et des deux souris. Cela devient difficile, de faire la différence entre la vérité et le mensonge.

Hagai Levi a fait une concession avec ce meurtre, il a avoué dans une interview, avoir adapté son histoire au public américain, alors qu’il voulait se concentrer exclusivement à la liaison. Cela ce sent, tant elle semble superflue. Il aurait été peut-être plus intéressant de développer les personnages secondaires : Maura Tierney et Joshua Jackson, tout comme les rapports entre Dominic West et ses enfants, ce qui était le cas dans le premier épisode, beaucoup moins par la suite. Le couple Ruth Wilson/Dominic West est magnifique, mais ils vampirisent l’ensemble, ce qui a pour conséquence d’éclipser le reste du casting, qui ne manque pourtant pas de talents.

La série semblait construite pour une unique saison, du moins en apparence. Avec son renouvellement, malgré de faibles audiences mais face à son succès critique, Showtime offre l’opportunité aux créateurs, d’approfondir cette relation, qui évite les clichés et ne tombe pas dans la facilité.

Fiche technique : The Affair

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisateurs : jeffrey Reiner, Carl Franklin, Mark Mylod et Ryan Fleck
Scénaristes : Sarah Treem, Hagai Levi, Kate Robin, Dan LeFranc, Eric Overmeyer et Mélanie Marnich
Distribution : Dominic West, Ruth Wilson, Maura Tierney, Joshua Jackson, Julia Goldani Telles, Victor Williams, John Doman, Kathleen Chalfant, Mare Winningham, Colin Donnell, Danny Fisher, Michael Godere, Kaija Matiss, Lynn Cohen, Deirdre O’Connell, Jake Siciliano, Jadon Sand et Leya Catlett
Musique : Marcelo Zarvos
Photographie : Steven Fierberg
Producteurs : Sarah Treem, Hagai Levi, Eric Overmeyer et Mark Mylod
Chaîne de diffusion : Showtime
Genre : drame
Nombre d’épisodes : 10 épisodes de 55mn

Whiplash Musique, la BO / Trame sonore

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Musique Whiplash : Le Fight Club Jazzy

Whiplash, est un film dramatique américain, écrit et réalisé par Damien Chazelle (Grand prix à Deauville et à Sundance), sur une musique composée par Tim Simonec et Justin Hurwitz. La musique Jazz est le cœur de la relation intense entre Andrew, jeune batteur de 19 ans du Shaffer Conservatory de Jazz incarné par Miles Teller (Divergente, The Spectacular Now ou encore Projet X), et son professeur interprété par un hallucinant J.K. Simmons (qui s’est illustré déjà dans la série Oz dans le rôle de Vernon Schillinger, et dans New York District), un mentor de la même trempe que le célèbre Sergent instructeur Hartman de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick.

Démolissant les clichés du genre musical, les répétitions au conservatoire deviennent une véritable arène, un duel entre deux passionnés de musique à la recherche de l’Absolu. Pour transcrire ce voyage « cymbalisant » la difficulté d’être un artiste, la musique devient sang, larmes et sueur.

Une partition installant le spectateur dans un univers jazzy, dopé au rythme terrassant de la batterie, complètement happé par cet univers de sons tantôt légers et aériens, tantôt lourds et oppressants. La bande son de Tim Simonec et Justin Hurwitz (plusieurs fois nominés aux Golden Globes) est viscérale, les morceaux d’anthologie raviront les amoureux de Jazz… Cette musique orgasmique alliée à une réalisation insufflant la vie, l’énergie à ses instruments tels trompettes, cordes, cuivres, trombone, vents, cymbales ou encore la batterie, est magistralement orchestré.

Whiplash, c’est une ambiance tétanisante, l’incarnation de la musique dans l’univers physique. L’écran donne corps à une véritable expérience des sens. Une performance toxique avec des dialogues inoubliables (« Are You a rusher? Are you a dragger? Or are you gonna be on my FUCKING Time?! »), un duo d’acteurs exceptionnel et une apothéose dantesque. La batterie y est filmée comme jamais, un déchaînement paroxystiquechaque percussion nous assomme le tempo magistralement.

Whiplash Musique – Extrait de la bande son 

Whiplash : un film singulier, immersif, saignant, un Full Metal, un Fight Club Jazzy incluant dans sa bande sonore des artistes tels que Stan Getz, Duke Ellington, Juan Tizol…

Damien Chazelle voue un véritable amour à la musique Jazz, à travers ce deuxième long métrage, le réalisateur rend un bel hommage à Buddy Rich, le batteur virtuose de Charlie Parker aux solos légendaires.

Notons qu’en 2009, Damien Chazelle a réalisé un film indépendant sur le Jazz intitulé Guy and Madeline on a Park Bench (sans date de sortie en France), mettant à l’honneur les musicals old fashion, sur une série de chansons composées par Justin Hurwitz.

Soundtrack Whiplash

Interprété par Justin Hurwitz /Tim Simonec

I Want To Be One Of The Greats”
1. Snare Liftoff [Dialogue] (:43)
2. Ouverture (3:19)
Ecrit par Justin Hurwitz
3. Too Hip To Retire (3:03)
Ecrit par Tim Simonec
4. Whiplash (1:55)
Ecrit by Hank Levy
5. Fletcher’s Song In Club (1:28)
Ecrit par Justin Hurwitz
6. Caravan (9:14)
Ecrit par Duke Ellington & Juan Tizol
Arrangé par John Wasson

“If You Want The Part, Earn It”
7. “What’s Your Name” [Dialogue] (1:30)
8. Practicing (1:43)
Ecrit par Justin Hurwitz
9. Invited [Includes Dialogue] (:54)
Ecrit par Justin Hurwitz
10. Call From Dad (:40)
Ecrit par Justin Hurwitz
11. Accident (5:21)
Ecrit par Justin Hurwitz
12. Hug From Dad (1:19)
Ecrit par Justin Hurwitz
13. Drum & Drone (1:34)
Ecrit par Justin Hurwitz
14. Carnegie (:36)
Ecrit par Justin Hurwitz
15. Ryan / Breakup (:31)
Ecrit par Justin Hurwitz
16. Drum Battle (2:21)
Ecrit par Justin Hurwitz
17. Dismissed (2:51)
Ecrit par Justin Hurwitz

“He Was A Beautiful Player”
18. “Good Job” [Dialogue] (1:28)
19. Intoit (3:19)
Ecirt & interprété Stan Getz
20. No Two Words (1:41)
Interprété par Nicholas Britell et Justin Hurwitz
Ecrit par Justin Hurwitz
Produit par Nicholas Britell
21. When I Wake (3:50)
Ecrit par Justin Hurwitz
Prduit par Nicholas Britell
22. Casey’s Song (1:57)
Ecrit par Justin Hurwitz
23. Upswingin’ (2:12)
Ecrit par Tim Simonec

Rehearsal Medley:
24. First Nassau Band Rehearsal /
Second Nassau Band Rehearsal /
Studio Band Eavesdrop /
Studio Band Rehearsal After Breakup (1:34)
Ecrit par Tim Simonec

 

Hard Day, un film de Kim Seong-hun : Critique

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Critique Hard Day

Synopsis: En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère. Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Inconnu dans nos contrées, le réalisateur coréen Kim Seong-hun est un homme patient et perfectionniste qui prend le temps nécessaire pour écrire ses films. Avec Hard Day, il est à la tête de son second long-métrage. Pourtant, il ne s’agit que du premier à trouver le chemin de nos salles hexagonales. En 2006, après une comédie noire ayant reçu un accueil mitigé (il dira « j’ai été le seul à trouver le film drôle »), il se lance dans l’écriture d’un nouveau scénario après avoir visionné Volver de Pedro Almodovar. C’est en s’interrogeant sur la manière dont un homme peut se débarrasser d’un cadavre que les sens du cinéaste se sont excités. Il revendique fièrement un film de genre décalé. Un long métrage qui serait à la croisée du cinéma des Frères Coen pour l’humour noir et du talent de son illustre aîné, Bong Joon-Ho (Memories of Murder, The Host, Snowpiercer). Déçu par l’accueil mitigé de son premier film, il travaille durant huit ans l’écriture d’un projet de polar décalé. Il jugera que c’était le temps nécessaire (« mais effectivement trop long ») pour arriver à un scénario qui contienne suffisamment de cohérence et de situations à rebondissements pour obtenir l’effet voulu. Celui d’un film en constant équilibre entre l’humour et la tension. Hard Day est une telle accumulation de malchance que le film semble faire des clins d’œil à ces personnages de cartoons plongés malgré eux dans une escalade de poisse. Il en résulte au final un film nerveux, tendu, jouissif mais freiné par quelques longueurs, des scènes beaucoup trop alambiquées et une morale franchement discutable.

Enterre-moi si tu peux

Rarement un personnage n’aura été aussi proche de la définition littérale d’anti-héros. Corrompu jusqu’à l’os, empêtré dans des enquêtes judiciaires, père de famille absent, le personnage principal est un flic tout ce qu’il y a de plus ripou. Alors qu’il se rend à la morgue où est entreposé le corps de sa défunte mère, il est malencontreusement impliqué dans un tragique accident. Au volant de sa voiture, il est venu percuter un individu au beau milieu de la route. Ce dernier décédant sur le coup. Les ennuis de notre protagoniste ne concernent désormais plus que sa propre personne. Fini les problèmes collectifs (l’enterrement de sa mère avec la famille, l’enquête judiciaire avec ses collègues), il va devoir régler tout cela par sa seule logique précipitée. Une logique des plus insensée qui l’amènera à transporter le corps de l’individu, le déposer dans le cercueil de sa mère et échapper sans cesse aux contrôles à la police. Et si déjà là, on pouvait tenir un brillant court métrage d’une ironie et d’une loufoquerie sans nom, l’intrigue ne s’arrête pas là et va enchaîner les situations les plus rocambolesques. L’arrivée d’un antagoniste plus fourbe que notre personnage principal sera le prochain vecteur du film et sonnera comme le début d’ennuis toujours plus poussifs. Il y a là un vrai plaisir viscéral à voir toutes les situations les plus inimaginables lui tomber dessus. Une empathie semble naître à son égard tant chaque problème réglé semble en amener de nouveaux, l’enfonçant un peu plus dans une situation irrécupérable. Avec l’arrivée de cet intrus, une ambiguïté se dessine soudainement chez notre héros et il commence à révéler une profondeur psychologique et altruiste insoupçonnée. Le cinéaste nous fait prendre conscience que son héros agit de la sorte malgré lui, et aimerait raisonnablement éviter d’avoir recours à ce genre de solutions abominables. Pourtant, si au départ, on pouvait penser qu’il ne le faisait que pour assurer sa propre personne (individualisme), on comprend finalement qu’il tente de s’en sortir pour assurer également celle de sa fille (altruisme familial). Un homme qui se bat pour sa fille et sa dignité ne peut pas être foncièrement mauvais, semble-nous dire le réalisateur. Et c’est le message très implicite (et très discutable) du film, faut-il agir immoralement pour le bien des autres ? Voilà un discours qui mérite particulièrement réflexion.

Si le personnage remporte finalement (malheureusement ?) l’adhésion du public, il faut néanmoins avoir à l’esprit que Hard Day est un film où presque tous les personnages semblent être des anti-héros. Le réalisateur prend ainsi un malin plaisir à tacler la police de son pays. Alors que le réalisateur se défend d’avoir voulu en donner une image négative, le comportement des autorités coréennes en prend véritablement pour son grade. C’est bien simple, le personnage principal -policier donc de son état- dont la mission est de punir les crimes, ne cesse de maquiller les siens. Sans compter que les agents en service ne semblent être que des pions idiots malmenés par la hiérarchie. La seconde partie du film offre alors une forme de rédemption à son héros, en le faisant donc affronter un personnage indésirable dans l’équation. Hard Day se mue ainsi au bout d’une heure en une forme de chasse à l’homme où l’un comme l’autre vont rivaliser d’ingéniosité pour se mettre des bâtons dans les roues. A ce moment donné, le film perd en rythme ce qu’il gagne fébrilement en affrontement psychologique. Les nerfs du spectateur sont cependant mises à rudes épreuves jusqu’à cet affrontement final, long, intense, tendu et particulièrement jouissif. Une petite merveille de mise en scène en huis-clos.

Il faut reconnaître par ailleurs que, si le scénario part dans tous les sens, la mise en scène de Kim Seong-hun est remarquable de virtuosité. On notera une course-poursuite particulièrement haletante tandis que l’affrontement final -précédemment cité- est d’une réjouissance monstrueuse. La fluidité des plans aériens côtoie la brutalité d’une caméra à l’épaule en passant par une steady-cam des plus appréciables ou la magnificence de certains plans larges. Sur ce point, le cinéaste atteint la hauteur de ses ambitions avec des plans originaux comme cette course-poursuite à pied filmé entièrement en plongé et à une hauteur sensiblement complexe. Le montage y est également ultra-efficace et découpé avec une fluidité chirurgicale. Ce n’est pas pour rien que les techniciens sud-coréens sont reconnus pour l’expertise et la qualité de leur travail sur les images. Cet enchaînement parfaitement exécuté à l’écran témoigne d’une énergie soutenue et d’une succession d’idées visuelles qui ne faiblissent que lors de certaines séquences plombantes.

Hard Day est un polar « Made in Korea » ne laissant que très peu de répit à son spectateur. Alors que le cinéma coréen a redéfini le genre polar par la noirceur et la violence de ses récits, Kim Seong-hun propose une alternative audacieuse au genre en lorgnant du côté de la satire, du thriller et de l’humour noir. Un film tendu et bien barré pour commencer l’année. Perdant un peu de souffle en cours de route, le film aurait tout de même gagné à voir sa durée raccourcie pour se concentrer pleinement sur ses intentions initiales. L’équilibre entre le thriller et l’humour était une ambition louable mais reste au final trop convenu et terre-à-terre pour se démarquer des codes habituels du genre. Il en reste une mise en bouche appréciable avant le vrai plat principal, le jubilatoire Les Nouveaux Sauvages, qui sortira la semaine d’après.

Hard Day – Bande-annonce VOST

Fiche Technique: Hard Day

Titre original: Moo-deom-kka-ji Gan-da
Corée du Sud
Genre: Policier, thriller
Durée: 101min
Sorti le 07 janvier 2015

Réalisation: Kim Seong-hun
Scénario: Lee Seon-gyoon (Go Geon-soo), Jo Jin-woong (bad guy), Jeong Man-Sik (detective Choi)
Image: Kim Tae-Sung
Décor: Lee Mi-kyoung
Costume: Ko Hee-jung
Montage: Kim Chang-ju
Son : Mok Young-Jin
Producteur: Billy Acumen, Cha Ji-Hyun, Dong-Yoon Lee, You Jeong-hun
Production: AD406, Dasepo Club
Distributeur: Bodega Films
Budget : /
Festival: Meilleur Réalisateur aux Grand Bell Awards de Corée 2014

Exodus : Gods and Kings, un film de Ridley Scott : Critique

 Exodus : Gods and Kings, un film Impressionnant mais incomplet

Synopsis: L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Bien qu’un nouveau film de Ridley Scott soit toujours un événement, il faut bien avouer que ces derniers temps, le Britannique s’est quelque peu embourbé dans les échecs critiques (Prometheus) et/ou commerciaux (Cartel), tout en passant par les œuvres oubliables du grand public (Mensonges d’État). La question se pose donc aujourd’hui : Ridley Scott, du haut de ses 77 ans, est-il un réalisateur qui puisse à nouveau proposer un nouveau long-métrage du même calibre qu’Alien, Thelma et Louise ou bien Gladiator ? Exodus : Gods and Kings est donc sa dernière chance de montrer qu’il est encore l’homme de la situation pour mettre sur pied ses futurs projets (The Martian et Prometheus 2, ayant passé la main pour Blade Runner 2). Et ce film a de quoi donner de l’espoir, malgré un résultat pour le moins imparfait.

Ridley Scott a beau avoir une filmographie en dents de scie, il a toujours su montrer qu’il était fait pour le métier de réalisateur en livrant des films à l’esthétique hautement maîtrisée. Un sens du détail à la limite de la manie (pour ne pas dire la paranoïa) qui s’est confirmé avec des œuvres comme Alien, Blade Runner et surtout la plupart des films historiques de sa conception : 1492 : Christopher Colomb, Gladiator, Kingdom of Heaven, La Chute du Faucon Noir, American Gangster… Du grand spectacle hollywoodien qui nécessite forcément tout un lot d’accessoires, de décors, de maquillages, et autres costumes, pour donner un semblant de crédibilité et permettre au spectateur de plonger sans mal dans l’époque voulue. Avec Exodus : Gods and Kings, le public était en droit d’attendre un tel divertissement, surtout avec un budget avoisinant les 140 millions de dollars. De ce côté-ci, Scott ne déçoit aucunement. Une fois de plus, le réalisateur s’est entouré des bonnes personnes pour dresser une Égypte tout bonnement impressionnante du point de vue visuel. Le film est un régal pour la rétine, proposant ce qu’il faut de détails en arrière-plan et de réalisme, pour effacer toute trace qui aurait été nuisible à ce résultat.

Ne reste plus qu’à savoir si Exodus se présente comme le nouveau Gladiator ou bien un ersatz de Robin des Bois, film de genre du pauvre sur le plan spectaculaire. De ce point de vue, cette version de Moïse se range plus du côté du péplum romain. Bien qu’il l’avait déjà montré avec Prometheus malgré son scénario hautement bâclé, le Britannique prouve qu’il peut encore en mettre plein les yeux. Il suffit de voir le début du film, une simple bataille comme le cinéma hollywoodien en a déjà tant livré, mais suffisamment énergique et bien mise en scène pour capter l’attention. Après, Exodus ne sera qu’une pression qui ne va cesser d’augmenter au fur et à mesure que les personnages exposent leurs ambitions, pour déboucher sur les fameuses Plaies et la séquence de la Mer Rouge, servies par des effets spéciaux de toute beauté (dans un autre genre, 300 et Les Immortels peuvent aller se rhabiller). Le tout accompagné par les créations musicales d’Alberto Iglesias (compositeur attitré de Pedro Almodóvar), qui permettent de souligner le souffle épique qui se dégage de cet Exodus. Quant aux comédiens, ils font leur boulot avec savoir-faire, Christian Bale et Joel Edgerton en tête pour ne citer qu’eux. Divertissement à grande échelle garanti !

Le problème provient du fait que Ridley Scott n’est que réalisateur. C’est-à-dire qu’il ne fait que mettre en images les scripts qu’il reçoit entre les mains, bons ou mauvais. Ce qui explique pourquoi sa filmographie n’a pas si fière allure que ne laisse l’entendre sa renommée. Non pas que ce film soit aussi mal écrit que Prometheus ou incompréhensible que Cartel. Ici, les personnages sont bien écrits (notamment en ce qui concerne la relation fraternelle entre Moïse et Ramsès) et l’ensemble propose de bonnes idées qui, pour certains, frôleront sans aucun doute le blasphème (le but du film étant de donner une version différente et réaliste des faits). Non, ce qui gêne, c’est la même impression ressentie après le visionnage de Kingdom of Heaven : un long-métrage incomplet au possible. Exodus a une version longue qui sera disponible à sa sortie en vidéo, le montage de base fait plus de trois heures… Peu importe, Exodus possède les mêmes défauts : un enchaînement de séquences sans aucun lien réel, haché par des ellipses de grandes ampleurs qui empêchent de mettre en avant la prestation des comédiens (surtout en ce qui concerne Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Aaron Paul), le travail effectué sur les personnages (certains apparaissant/disparaissant comme bon leur semblent) et les différentes idées scénaristiques suggérées. Du coup, difficile de retrouver toutes les thématiques émises par l’équipe du film lors de la promotion de ce dernier (comme le côté psychopathe de Moïse évoqué par Christian Bale) et de trouver un quelconque intérêt à tout cela, sauf d’en avoir pour son argent.

Exodus ne sera donc pas le film qui sonnera le retour de Ridley Scott dans le firmament des chefs-d’œuvre hollywoodiens. Néanmoins, le spectacle qui est offert aux spectateurs saura convaincre sur le savoir-faire encore intact de ce réalisateur. Exodus : Gods and Kings est le blockbuster qui saura clôturer l’année 2014 de manière grandiose (plus ou moins bien que Le Hobbit 3, selon les avis), et c’est déjà une bonne chose ! « À mon frère, Tony Scott » sont les premiers mots du générique de fin. L’hommage a bien plus d’envergure que Cartel, cela ne fait aucun doute.

Exodus : Gods and Kings – Bande-annonce

Fiche technique – Exodus : Gods and Kings

États-Unis, Royaume-Uni, Espagne – 2014
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Adam Cooper, Bill Collage, Jeffrey Caine et Steven Zaillian
Interprétation : Christian Bale (Moïse), Joel Edgerton (Ramsès II), Aaron Paul (Josué), Sigourney Weaver (Tuya), Ben Kingsley (Noun), John Turturro (Séthi Ier), Indira Varma (Miriam), María Valverde (Séfora)…
Date de sortie : 24 décembre 2014
Durée : 2h30
Genre : Péplum
Image : Dariusz Wolski
Décors : Arthur Max et Celia Bobak
Costumes : Janty Yates
Montage : Billy Rich
Musique : Alberto Iglesias
Budget :  140 M$
Producteurs : Peter Chernin, Mark Huffam, Michael Schaefer, Ridley Scott et Jenno Topping
Productions : Scott Free Productions et Chernin Entertainment
Distributeur : 20th Century Fox

Cours sans te retourner, un film de Pepe Danquart: Critique

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 [Critique] Cours sans te retourner

Synopsis : Entre 1942 et 1944, Srulik, un jeune garçon juif enfui du ghetto de Varsovie, survit en se cachant dans la forêt et en demandant auberge à des polonais compatissants. Mais, pour échapper aux soldats allemands et aux collaborateurs qui sont prêts à le dénoncer, il doit suivre le dernier conseil que lui a donné son père : se faire passer pour un polonais chrétien sans pour autant oublier, au fond de lui, qu’il est juif.

Un étalage outrancier de pathos 

Dès les premières images, la détermination du réalisateur allemand Pepe Danquart de filmer au plus près l’horreur et les conditions de vie précaires du jeune fugitif, saute aux yeux. Dans l’alternance entre les mésaventures, plus ou moins anecdotiques, et les flashbacks de Srulick (qui, par la force des choses, se fait à présent appeler Jurek Staniak), la tonalité larmoyante est bien plus appuyée que la volonté de louer l’instinct de survie qui semble pourtant motiver l’ouverture du film.

Incarné tour à tour par les deux jumeaux Kamil et Andy Tkacz, deux acteurs juvéniles mais prometteurs, le personnage de Srulick devient immédiatement attachant. La misère et la tristesse d’un tel enfant, brutalement privé de ses parents et livré à lui-même, est une figure mélodramatique imparable. Le choix d’adapter les mémoires d’Uri Orlev pour dépeindre la cruauté des soldats nazis à l’encontre des populations juives de Pologne, était donc une garantie d’apporter à son propos depuis longtemps surexploité un point de vue immanquablement tragique.

Le parcours de l’orphelin va d’abord passer par une rencontre avec une polonaise altruiste lui donnant des cours de catéchisme afin de réussir à se faire accepter des autres. Dans cette courte séquence, jouée en duo avec Elisabeth Duda, le film, Cours sans te retourner semble prendre une tournure de thriller psychologique sur fond de thèmes religieux, mais rapidement le scénario va reprendre son schéma épisodique dépourvu d’intrigue autre que celle d’une course contre la mort.

 Depuis son adoption d’un chien, jusqu’à son intégration dans un village sous la houlette de l’armée russe, en passant par son travail dans une ferme, chaque étape de la fuite du jeune héros est prédestiné à s’achever par un drame (qui, de fait, devient ridiculement prévisible). Ces tragédies sont chaque fois soutenues par une même mise en scène qui appuie gauchement, par des gros plans, les larmes du garçon, et par une musique se voulant poignante. Ces procédés tire-larmes lourdingues n’aident aucunement cette redondance de grosses ficelles d’écriture mélodramatique, qui consiste à faire du parcours de ce jeune juif, un spectacle ni émotionnellement ni historiquement pertinent.

Le fait de découvrir, en guise de conclusion, le véritable Uri Orlev pour confirmer la véracité des faits ne fait que renforcer la finalité pompeuse qui relève davantage du voyeurisme obséquieux que d’un quelconque moralisme humaniste.

Cours sans te retourner : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YwsfMMw_l2k

Cours sans te retourner : Fiche Technique

Réalisateur : Pepe Danquart
Scénariste : Heinrich Hadding &Pepe Danquart d’après le roman de Uri Orlev
Interprétation : Kamil & Andy Tkacz (Srulik / Jurek Staniak) ; Elisabeth Duda (Magda) ; Zbigniew Zamachowski (Hersch Fridman, le père de Srulik)
Directeur de photographie : Daniel Gottschalk
Musique : Stéphane Moucha
Montage : Richard Marizy
Producteurs : Pepe Danquart, Susanne Kusche, Uwe Spiller…
Production : Bittersuess Pictures, Ciné Sud Promotion, Arte…
Genre : Drame, Guerre
Durée : 1h 47mn
Date de sortie : 24 décembre 2014

France/ Allemagne – 2014