Vacances romaines, un film de William Wyler: Critique

Critique du film Vacances romaines avec Audrey Hepburn & Gregory Peck

Synopsis: Princesse soumise à un étouffant protocole, Ann n’a pas une minute de liberté. En déplacement à Rome, elle fait la rencontre du journaliste Joe Bradley qui la reçoit chez lui sans connaître son statut. Sous le charme du jeune homme, Ann profite enfin d’un moment d’évasion avant que sa condition ne la rattrape.

Pourquoi s’aimer toujours lorsque l’on peut s’aimer un jour ?

Vous allez rencontrer une belle et sombre inconnue.

L’Europe blessée, l’Europe libérée: Ann, jeune princesse d’une vieille monarchie s’affaire à renouer les liens diplomatiques avec ses pays voisins. Londres, Paris, Amsterdam se succèdent au rythme des discours et des visites. Puis, vient Rome : la fière, l’insubmersible, capitale millénaire. Rome, en plein été, chaleureuse, fourmillante, capitale monumentale. Scène ancestrale mais théâtre de l’amertume pour Ann (Audrey Hepburn), la vie princière pèse lourd sur ses fines épaules. L’étiquette collante, souvent irritante de sa situation dorée la conduit inéluctablement à la fuite. Prise de panique, mais sous calmant injecté par son docteur, la princesse s’échappe. Seule dans la ville bourdonnante, absolument heureuse, complètement perdue, elle rencontre à son insu Mr Bradley. Celui-ci, face à cette jeune femme à l’allure respectable et à la diction honorable, accepte de l’héberger. Il mène sa dame, somnolente, jusqu’à son petit appartement, au cœur de la ville. « Is this the elevator ? » s’enquiert elle impérieusement. « It’s my ROOM » répond t-il d’un ton sec. S’offusquant des manières de son hôte mais se réjouissant lorsque celui-ci lui prête un vieux pyjama, la jeune princesse se glisse dans le lit, soupirant un dernier « I’m happy ».

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Mr. Joe Bradley (Gregory Peck), journaliste de profession et américain de naissance doit couvrir, le lendemain matin, l’interview donné par la princesse. En retard, il apprend par son patron que cette dernière est malade ; c’est à la une de tous les journaux : le portrait princier placardé sous les titres inquisiteurs. Non sans hésitation, Joe découvre l’identité de celle qui, en ce moment, dort dans sa chambre. Fort de cette opportunité, Joe promet à son rédacteur en chef une interview complète, personnelle, et exclusive de la princesse Ann. Une grosse somme d’argent est mise sur la table, suffisante pour rentrer à New York, suffisante pour quitter Rome.  Il s’empresse alors d’appeler un ami photographe, et se précipite vers son appartement. La belle est là, sous les draps, à côté du lit. Ah oui, le canapé en avait fait office, Joe, galant mais pas trop, s’était réapproprié son lit, poussant la jeune femme sur la banquette. Celle qui hier soir s’apparentait, au mieux, à une sans domicile de luxe, se révélait être en ce matin, une tête couronnée. Et comment réveille t-on une tête couronnée ? On la remet sur le lit dans un premier temps, puis dans un second on lui susurre à l’oreille, un léger mais respectueux : Votre majesté.

Émergente, le sourire toujours aux lèvres, la princesse commence par raconter son drôle de rêve, à celui qu’elle croît être son docteur. Mais, ouvrant les paupières, découvrant les modestes moulures du plafond, le rêve se prolonge ou du moins la réalité continue. Un petit lit, une petite pièce, un grand homme. Et quel est le premier réflexe d’une princesse qui se réveille dans le petit lit d’un grand homme ? On vérifie qu’on a bien son bas de pyjama. Cela fait, on découvre que l’on a été recueilli alors que l’on dormait sur un banc, puis l’on tisse discrètement les files d’une identité non royale. La princesse Ann, est Anya, étudiante en fuite. Enfin on se fait prêter de l’argent et l’on rentre chez soi. Alors, mille lires en poche (quelques dollars) Anya se retrouve seule dans Rome. Et que fait une princesse seule pour la première fois avec quelques dollars en poche ? On achète des chaussures, on se coupe les cheveux, on mange une glace. On profite pleinement, histoire d’apercevoir ce que l’on nous refuse le temps d’une journée, parenthèses d’une vie volée.

Mr Joe Bradley n’a évidemment pas laissé filer sa proie, il la traque depuis qu’elle a quitté son appartement. Prétextant une fortuite rencontre, il l’invite à boire un verre, et sous le soleil romain, elle accepte. Ils y retrouvent Irving (Eddie Albert), l’ami photographe, qui immortalise discrètement la première cigarette de la princesse. Joe prétend être vendeur à la prétendue étudiante. Et, tout deux sous couvertures, se laissent porter par la folie urbaine. Parcourant la ville à dos de vespa.

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In the mood for Rome

Bon évidemment, c’est une histoire d’amour. Sur le papier c’est presque cliché : une belle ville, une belle fille, un beau mec… Des mensonges, des secrets etc. Mais voilà c’est les fifties et c’est délicieux. Suante et fraiche : Rome est brûlante, Rome est omniprésente ! La ville dévore la caméra, s’immisce, se glisse dans tous les plans. Cette immersion dans la capitale n’est pas sans rappeler Le voleur de bicyclette (1949). Mais là où De Sica en faisait l’amphithéâtre d’un drame, Wyler utilise l’énergie abondante de la foule, le magnétisme antique du Colisée pour légitimer cet amour d’un jour. Et L’intelligence du film réside évidemment dans sa dernière partie, lorsque Joe est amené à la revoir, lors d’une conférence de presse. Où, sobrement, Anya redevenue princesse et Joe redevenu journaliste, comprennent et se font comprendre, par le regard, par de courtes phrases distillées, qu’ils s’appartiennent dans le passé, mais qu’à l’avenir ils ne peuvent être que des souvenirs.

A l’ombre des arcades, Audrey Hepburn qui est toujours plus jolie en noir et blanc (Ariane, Sabrina de B. Wilder) s’élève en figure d’une élégance disparue sous la caméra de W. Wyler. Égérie gracieuse, forte ou fragile, on ne sait pas trop, mais rayonnante de bout en bout de ses vacances romaines.

Vacances romaines Bande annonce

Fiche Technique: Vacances romaines

Titre original : Roman Holiday
Date de sortie : 27 août 1953
Réalisation : W. Wyler
Scénario : Ian McLellan Hunter/ John Dighton
Interprétation : Audrey Hepburn/ Gregory Peck/ Eddie Albert
Musique : Georges Auric
Photographie : Henri Alekan et Franz Planer
Production : Robert Wyler et William Wyler
Durée : 112 minutes
Genre : Comédie Romantique

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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