The Affair, saison 1 : critique de la série

The Affair est la première création américaine d’Hagai Levi, écrite à deux mains avec Sarah Treem. Il était le créateur de Betipul pour la télévision Israélienne, adapté aux USA, sous le titre In Treatment diffusé par HBO, avec Sarah Treem à la production et au scénario. C’est donc logiquement que les deux scénaristes se retrouvent sur un projet commun, l’histoire d’un adultère, du point de vue de la femme et de l’homme.

Synopsis : Au début de l’été, Noah, un homme marié et père de quatre enfants, fait la rencontre d’Alison, une femme mariée elle aussi, qui pleure la mort récente de son enfant. Dès le premier regard échangé, le coup de cœur est instantané et partagé. Commence alors une relation adultérine.

Une affaire dans l’affaire

On retrouve Noah Solloway et Alison Lockhart, interprétés par deux acteurs britanniques, Dominic West et Ruth Wilson. Le premier, inoubliable interprète de l’inspecteur Jimmy McNulty dans The Wire, la seconde d’Alice Morgan dans Luther, où elle est troublante en meurtrière froide et intelligente, vivant une relation complexe et perverse avec John Luther, interprété par Idris Elba.

Noah Solloway est marié à Helen (Maura Tierney) et père de quatre enfants. Ils partent en vacances d’été chez les parents de sa femme, Bruce (John Doman) et Margaret Butler (Kathleen Chalfant). Lors du premier jour, Noah va croiser le regard d’Alison, mariée à Cole (Joshua Jackson), ce sera le début de leur romance.

Cette liaison est racontée façon Rashomon, du nom du classique d’Akira Kurosawa datant de 1950. Chaque épisode se scindant en deux parties (à l’exception d’un seul) : la version de Noah (écrite par Hagai Levi) et celle d’Alison (écrite par Sarah Treem). Ce procédé a aussi été utilisé en début d’année dans True Detective, chaque protagoniste racontant presque la même histoire, mais avec des divergences et un vécu différent, sans que l’on sache vraiment, où est la vérité. C’est avec justesse et profondeur que cet adultère est raconté, le sujet étant simple, mais sa narration le rend complexe, ne sachant pas quelle est la part du réel et du fantasme.

Mais c’est surtout l’intimité qui s’installe entre ces deux êtres, qui est le plus important. Elle est meurtrie dans sa chair, par le décès de son enfant, son mariage en souffre, la douleur étant plus forte que tout, avant qu’elle ne rencontre Noah. Lui semble désabusé, en manque d’inspiration pour son second roman, perdu dans une vie qui ne lui convient plus vraiment. Il lui permet d’oublier sa douleur et elle devient sa muse. Le lieu est idyllique : une station balnéaire en plein été. Le soleil, le ciel bleu et la mer, un contexte idéal pour un flirt estival, devenant rapidement passionnel, puis amoureux. La réalisation léchée, offre un bel écrin pour les deux amants.

L’alchimie entre Ruth Wilson et Dominic West est une des principales réussites de la série. Leur passion est palpable à chaque regard, sourire, caresse et baiser échangés. On sent le désir entre eux, plus cérébral chez elle et plus physique chez lui. Il n’est pas étonnant de les retrouver nominés comme meilleure actrice et acteur dans une série dramatique aux Golden Globes. Car n’oublions pas, que c’est surtout un drame familial. Leur passion a des conséquences, qui se répercute sur la vie de chacun.

Pour pimenter l’ensemble, on retrouve une enquête en toile de fond. Le détective Jeffries (Victor Williams) est chargé de l’affaire, celle du meurtre d’un des personnages. Il interroge les deux amants, chacun séparément, accentuant les divergences entre les deux récits. Il les manipule, en mentant aussi sur lui-même, donnant lieu à un jeu du chat et des deux souris. Cela devient difficile, de faire la différence entre la vérité et le mensonge.

Hagai Levi a fait une concession avec ce meurtre, il a avoué dans une interview, avoir adapté son histoire au public américain, alors qu’il voulait se concentrer exclusivement à la liaison. Cela ce sent, tant elle semble superflue. Il aurait été peut-être plus intéressant de développer les personnages secondaires : Maura Tierney et Joshua Jackson, tout comme les rapports entre Dominic West et ses enfants, ce qui était le cas dans le premier épisode, beaucoup moins par la suite. Le couple Ruth Wilson/Dominic West est magnifique, mais ils vampirisent l’ensemble, ce qui a pour conséquence d’éclipser le reste du casting, qui ne manque pourtant pas de talents.

La série semblait construite pour une unique saison, du moins en apparence. Avec son renouvellement, malgré de faibles audiences mais face à son succès critique, Showtime offre l’opportunité aux créateurs, d’approfondir cette relation, qui évite les clichés et ne tombe pas dans la facilité.

Fiche technique : The Affair

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisateurs : jeffrey Reiner, Carl Franklin, Mark Mylod et Ryan Fleck
Scénaristes : Sarah Treem, Hagai Levi, Kate Robin, Dan LeFranc, Eric Overmeyer et Mélanie Marnich
Distribution : Dominic West, Ruth Wilson, Maura Tierney, Joshua Jackson, Julia Goldani Telles, Victor Williams, John Doman, Kathleen Chalfant, Mare Winningham, Colin Donnell, Danny Fisher, Michael Godere, Kaija Matiss, Lynn Cohen, Deirdre O’Connell, Jake Siciliano, Jadon Sand et Leya Catlett
Musique : Marcelo Zarvos
Photographie : Steven Fierberg
Producteurs : Sarah Treem, Hagai Levi, Eric Overmeyer et Mark Mylod
Chaîne de diffusion : Showtime
Genre : drame
Nombre d’épisodes : 10 épisodes de 55mn

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