Below Sea Level – Film documentaire : Critique

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Below Sea Level – film documentaire « 2008 »

Synopsis: A 300 kilomètres au sud-est de Los Angeles et 35 mètres au-dessous du niveau de la mer, un groupe de marginaux vit au milieu du désert. Il ne s’agit pas d’une communauté de hippies, seulement de gens qui ont tourné le dos à la société et qui veulent qu’on les laisse tranquilles.

L’art de rendre naturel l’anticonformisme

Rarement la marginalité n’avait été aussi bien filmée. Le réalisateur parvient à nous faire comprendre, ce qui nous paraît au préalable inconcevable, ne pas aller vivre à LA et rester dans un désert … Gianfranco Rosi a également beaucoup de mérite, car de nos jours peu de personnes auraient accepté de suivre cet autre univers rempli de marginaux, pendant près de 3 ans !!! Cela relève à la fois de la passion, de la frénésie, et d’une certaine étude philosophique de ce qu’il nous manque peut-être. On pourrait considérer ce réalisateur comme étant un réel artiste « anthropologique », puisque l’auteur cherche pertinemment à retranscrire la philosophie de ce monde volontairement marginalisé et jusqu’au-boutiste.

Il arrive notamment dans une première partie à nous faire presque regretter d’être dans notre société actuelle, on finit par se dire « Mais pourquoi, moi j’irais dans ce monde de requins ». Même si bien entendu on reste surtout admiratif de ce mode de vie, et l’on a nullement envie de partager leurs quotidiens. Cependant, l’idée n’est pas là, l’essence même de ce film est de comprendre ce que nous ne comprenons plus. Cette incompréhension collective ne peut être élucidée seulement par le biais d’une certaine distance face aux réalités, d’où l’intérêt d’avoir pris la peine de passer trois ans en compagnie de ces marginaux pour mieux retranscrire leur vision des choses.

Ce qui est vraiment appréciable avec ce documentaire est qu’il diffère vraiment de toutes les autres œuvres où l’on filme un monde marginalisé d’un point de vue omniscient, sans jamais chercher à aller plus loin, juste des images ternes sans réelle profondeur, où au mieux, on peut finir choquer. Mais celui-ci est bien différent, on sent une réelle recherche de se distinguer des documentaires similaires, la forme est sans doute moins prenante, mais le fil conducteur et la réelle qualité de cette oeuvre reposent sur le fond du film. Ainsi, plus ce long métrage avance, plus l’on est pressé de découvrir ce monde pour d’une certaine façon, en apprendre davantage sur nous-mêmes.

Continuons, sur cette première partie vraiment agréable voire joviale, puisqu’on distingue en effet un naturel déconcertant « des acteurs de leur vie ». On pourrait ainsi dire, qu’être conforme nous force à adopter un comportement qui peut aller au-delà de notre propre intérieur. Alors qu’être anticonformiste c’est en quelque sorte ce que l’on peut comprendre au travers de cette œuvre : retrouver son « être initial ». En effet, on a réellement envie de se décomplexer (à l’image du personnage principal se prélassant dans son hamac) en visionnant une telle oeuvre d’éventuelles « peurs » qui nous empêcheraient d’avancer. On pourrait même dire qu’il y a une certaine vertu thérapeutique.

On peut aussi interpréter cette partie comme un monde, où l’extériorisation n’est plus tabou, puisque l’on distingue une exhibition voire une caricature de nos vies qui fait que l’extériorisation vient d’elle-même et que les préjugés seront inexistants. On finit même par ne plus être choqué par la laideur de « l’actrice principale », on finit de plus en plus par la prendre pour la top lady de ce village …

On pourrait également établir un parallèle avec Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975). Ces fameux patients qui ont le choix de partir, mais qui restent pour la plupart, afin d’échapper à la réalité. En quelque sorte, on pourrait dire que nos marginaux sont des anciens patients de l’hôpital psychiatrique … A quoi bon, affronter la réalité quand celle-ci nous dépasse et paraît incontrôlable.

Ensuite, La 2ème Partie : L’anticonformisme, la réalité reprend le dessus sur ce sentiment idyllique …

On pourrait souligner le changement assez habile du réalisateur de personnages qui sont mis en premier plan. Il décide afin de rendre l’oeuvre plus tragique, pour contrecarrer le déroulement de « cette vie en rose », de mettre plus en avant celui que l’on appellera « le toxico » (ou encore le Conséquent…), comme acteur majeur et représentant officielle de cette philosophie.

On prend notamment un énorme choc dans la scène d’ébat qui est tellement osée et superbement tournée. Ainsi, une certaine fatalité finit peu à peu par s’installer et l’on revient en quelque sorte sur terre.

En effet, plus le film explore ce côté lugubre plus l’on a du mal à discerner cette spiritualité qui faisait la force de la première partie. On finit par ressentir de la tristesse, voire un réel dégoût concernant certains personnages.

De plus, le réalisateur a réellement sélectionné les meilleurs passages pour dresser un tableau parfait de la situation à la fois extrêmement séduisante en termes de liberté individuelle, et à la fois tellement cruelle en ce qui concerne la prise de conscience de la réalité qui est finalement une étape obligatoire.

Cette oeuvre Réaliste est principalement destinée à tous les amateurs de documentaire, cette représentation est très riche et remplie de bonnes vertus. C’est un documentaire finalement idéaliste, mais dans l’ensemble assez optimiste. A l’image du moment, où au sein de la voiture plus rien ne fonctionne, elle roule tout de même : ce passage est assez révélateur des nombreux éléments volontairement absents de ce monde de marginaux, mais l’essence même de ce peuple réside en la croyance de sa philosophie pour tenter de s’échapper de la réalité à laquelle ils avaient dû faire face auparavant.

En visionnant ce documentaire, on se prend également une véritable claque, sur la façon d’agir de notre société contemporaine.

Enfin, ce documentaire a remporté le prix qu’il méritait en 2009, « Le cinéma du réel ».

Below Sea Level – « Sous le niveau de la mer »: Bande-annonce 

Auteur : Adrien Lavrat

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