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Snow Therapy, un film de Ruben Östlund : Critique

Le dernier film du suédois Ruben Östlund est  intitulé Force majeure en anglais, Snow Therapy en français et Turist  dans sa langue natale. C’est dire si les points de vue diffèrent, et le film parle notamment de cela, de points de vue par rapport à une situation donnée.

Synopsis : Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Scènes de la vie conjugale

Le film met en scène une belle famille, assez stéréotypée, comme d’ailleurs le choix du bleu et du rose dans l’affiche l’annonce  déjà. Tomas (Johannes Kuhnke), papa athlétique, travailleur et pendu à son iPhone ; Ebba (Lisa Loven Kongsli), maman ultra-saine, très concernée par le bonheur de sa famille qu’elle veut à l’image de la famille nucléaire idéale ; de beaux enfants, une fille, un garçon (Clara et Vincent Wettergen, frère et sœur dans la vie, ce qui accentue encore la cohésion / cohérence de l’ensemble) ; équipement de ski « high level », pyjamas bleus coordonnés, brosses à dent idem, hôtel de luxe et tutti quanti. Il faut les voir en train de dormir tous les quatre dans le même lit : l’image même du bonheur…

Et pourtant, on sent que cette perfection est de surface : lors d’une séance de photo sur fond de neige immaculée et de ciel bleu, le photographe  est obligé de donner de directives précises et hallucinantes (penchez la tête vers votre femme, mettez la main autour de ses épaules, etc.) pour obtenir des gestes d’affection des uns vers les autres ; ou encore, au détour d’un chemin, Tomas qui gronde le jeune Harry, fatigué et ronchon, tandis qu’Ebba justifie son humeur par une faim. Un manque de convergence, de complicité très diffus mais palpable déjà…

Le vernis de papier glacé finit de craquer tout à fait, quand lors du déjeuner au sommet du deuxième jour, et suite à une « avalanche contrôlée » par les employés de la station française de ski des Arcs, Tomas devant le danger attrape son iPhone et ses gants et fuit, laissant Ebba se débrouiller seule pour tenter de  protéger les enfants. Après la fausse alerte, car l’avalanche était bel et bien contrôlée, Tomas revient à la table du déjeuner familial comme si de rien n’était, sous les yeux incrédules de sa femme et de ses enfants. Tout se fissure à partir de là, la confiance, l’image de l’autre, le sentiment du bonheur, l’amour même.

Ruben Östlund montre très bien le délitement de cette famille dans laquelle le rôle de chacun est questionné, celui de ce père en particulier, homme en danger et en panique, mais aussi pater familias qui a failli, alors que manifestement, il doit être le pilier de famille.  Cela, malgré le fait que l’histoire se passe dans une société suédoise, éminemment égalitaire. Tomas s’interroge, et Ebba s’interroge. Le film est découpé en journées -encadrées par l’Eté des Quatre saisons de Vivaldi-, et à la fin de chaque journée, un petit passage par la salle de bains montre la famille au complet, ou le couple seul, côte à côte ou au contraire dos à dos selon le développement de leur relation, une belle idée de cinéma…

A l’origine réalisateur de films sur le ski, Ruben Östlund semble avoir pour habitude de poser longuement sa caméra, nous invitant à scruter ce qui se passe. En cela, et avec le risque de casser le rythme de son film, son travail pourrait faire penser à celui de Haneke : une caméra assez froide qui ne favorise pas l’empathie mais l’observation, une atmosphère inquiétante sans qu’on sache d’où le danger peut venir. Les explosions nocturnes dans la montagne pour provoquer à titre préventif les avalanches ajoutent encore de l’inquiétude. Le réalisateur lui-même ne semble connecté à aucun de ses personnages, pour lesquels il n’affiche aucune complaisance. Ni les deux membres de ce couple enferrés chacun dans leurs propres angoisses, ni les amis rencontrés ici et là, engoncés dans des schémas qu’ils ne contrôlent pas forcément non plus, comme par exemple cette femme, Charlotte, qui affiche ouvertement des relations libres tout en étant mariée, dont on ne sait si c’est un vrai choix de vie ou juste une revanche par rapport à un mari qui en fait autant…Tout au plus pourrait-on imaginer que le rôle du concierge, qui assiste malgré lui à toutes ces pérégrinations de « bobos » qui n’ont pas d’autres soucis plus matériels, pourrait être le point de vue assez détaché de Ruben Östlund par rapport à son propre récit.

Snow Therapy est un film qui fait également penser à l’immense compatriote du réalisateur, Ingmar Bergman, celui des « Scènes de la vie conjugale » notamment cette fameuse scène du dîner où Ebba règle ses comptes à Tomas devant témoins, et lâche tout le ressenti accumulé depuis l’épisode de l’avalanche. Une scène centrale assez longue, où Fanny la jeune femme invitée soutient Ebba sans condition, tandis que son amoureux trouve les pires excuses pour expliquer le geste de Tomas… Une division des sexes d’autant plus étonnante qu’elle a lieu dans cette société-là, une société en avance sur son temps en ce qui concerne ces questions …

Il y a encore beaucoup à dire sur ce film subtil qui souffre malgré tout de quelques longueurs dues à ces longs plans fixes et froids. Ne serait-ce que la beauté des paysages enneigés magnifiquement filmés par son camarade de toujours, Frederik Wenzel. Une montagne inquiétante, belle mais changeante, imprévisible comme la couleur des sentiments…

Snow Therapy : Bande annonce

Snow Therapy : Fiche Technique

Titre original : Turist
Réalisateur : Ruben Östlund
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 28 janvier 2015
Durée : 120 min.
Casting : Johannes Kuhnke (Tomas), Lisa Loven Kongsli (Ebba), Vincent Wettergren (Harry), Clara Wettergren (Vera), Kristofer Hivju (Mats) Fanni Metelius (Fanni)
Scénario : Ruben Östlund
Musique : Ola Fløttum
Chef Op : Frederik Wenzel
Nationalité : Suède
Producteur : Erik Hemmendorff, Marie Kjellson, Philippe Bober
Maisons de production : Plattform Produktion, Motlys, Société parisienne de production
Distribution (France) : Bac Films, DistriB films

 

Inception, un film de Christopher Nolan : Critique

Malgré quelques films hollywoodiens qui ne sont pas passés inaperçus, c’est avec un seul film (The Dark Knight) que le réalisateur Christopher Nolan s’est octroyé le titre de maître du blockbuster de grande ampleur. Le Britannique, qui a fait son bonhomme de chemin aux États-Unis depuis Memento, possède tous les producteurs à ses pieds, dont ceux de la Warner., qui peuvent désormais lui accorder le moindre de ses projets personnels. Comme celui-ci : Inception, un scénario inventé dix ans plus tôt que la production daigne enfin lui financer, sans savoir que ce long-métrage deviendra l’un des plus marquants de ces dernières décennies. Celui qui fera de Christopher Nolan l’un des réalisateurs les plus connus et des plus acclamés de l’inconscient collectif, se rangeant aux côtés de Steven Spielberg et James Cameron.

Synopsis : Dom Cobb est un voleur expérimenté, spécialisé dans l’extraction : procédé qui consiste d’entrer dans le rêve d’un individu et d’y dérober ses secrets. Mais il est également un fugitif traqué dans le monde entier et qui a perdu tout ce qui lui était cher. Jusqu’au jour où un industriel, Saito, lui propose de retrouver sa vie d’avant en échange d’une inception : au lieu d’extraire une information, Cobb devra implanter une idée dans l’esprit d’un individu. Une mission qui n’a jamais été réalisée auparavant mais dont Cobb accepte, prêt à tout pour en finir avec ses démons…

« Comment un esprit simplement humain peut-il écrire un scénario comme celui-là ? »

Pourtant, avec un scénario aussi tortueux que celui d’Inception, le pari était loin d’être réussi pour que le film se présente comme un succès commercial et critique. Et pour cause, le long-métrage parle des rêves, un univers peu traité au cinéma et qui nécessite beaucoup de moyens car possédant sur le papier un potentiel infini. Enfin, tout dépend de comment le réalisateur/scénariste décide de traiter ce sujet, et avec Christopher Nolan à la barre, il fallait bien se douter que le film n’allait pas manquer d’originalité et de complexité. Restait-il encore à savoir ce qu’allait donner un tel projet, qui parle vraisemblablement de voleurs de rêves.

Le scénario d’Inception se compose essentiellement de trois parties. La première, une introduction tout ce qu’il y a de plus classique qui fait entrer le spectateur dans le vif du sujet, sans réelle explication, pour le préparer à cet univers et lui présenter les enjeux du héros (effectuer une inception pour rentrer chez lui). S’ensuivra une bonne heure et demie durant laquelle ce dernier compose son équipe, prépare la mission et se concentre dessus. Une seconde partie qui permet à Nolan, en utilisant le personnage d’Ariane (novice en matière de rêves), d’expliquer l’univers de son film, de ses nombreuses règles (dont le temps et les différents niveaux) et possibilités (changer son apparence, le décor…), du rôle de chacun des protagonistes, des dangers qu’ils peuvent croiser… bref, tout ce qu’il y a à savoir sur le monde des rêves pour que le public soit suffisamment rôdé pour affronter la troisième et dernière partie du film : une bonne heure où le public se retrouve, tels les personnages, lâché dans une succession ahurissante de séquences d’action tout aussi folles les unes que les autres, oxygénées par des moments plus intimes qui creusent le personnage principal (joué par Leonardo DiCaprio). Un scénario qui, sur le coup, ne laisse aucun moment de répit au spectateur mais qui se trouve être aussi limpide que de l’eau de roche.

Cela, Inception le doit à ce que la filmographie de Christopher Nolan a déjà prouvé par le passé : le réalisateur possède un talent d’écriture incontestable. Et il en fallait pour mélanger avec autant de brio plusieurs genres cinématographiques qui n’ont, a priori, pas grande chose à voir entre eux (film de casse, d’espionnage, de science-fiction, d’action, thriller…). Surtout pour représenter un univers aussi vaste et riche tout en le rendant accessible et compréhensible pour tous. Une prouesse que le spectateur doit notamment à des séquences détaillées superbement écrites, qui captivent à chaque instant, savant alterner entre humour, suspense, émotion et tension. Sans oublier une trame secondaire tout simplement brillante, l’histoire d’amour entre le héros et sa défunte épouse, qui permet à Nolan de se jouer du public comme à son habitude en usant d’une narration non chronologique (quelques flashbacks) et de plans d’insert (la fameuse toupie) pour mieux le tromper jusqu’à la toute dernière scène, intrigante comme la plupart du temps dans son cinéma. Captivant, intelligent, touchant et haletant, vous ne pouviez rêver mieux comme blockbuster !

Mais Christopher Nolan ne s’arrête pas à son scénario pour mettre en images sa création. Outre un casting absolument divin (DiCaprio n’est pas seul sur ce coup), la musique tonitruante de Hans Zimmer devenue cultissime et une photographie de très grande ampleur, Wally Pfister rendant chaque plan spectaculaire et ce depuis Insomnia, le Britannique use également de son goût pour les effets spéciaux « maison » (ce qui ne sont pas faits par ordinateur) et le montage. Pour les premiers, le réalisateur impressionne par les nombreuses séquences pour lesquelles ils utilisent ce genre d’effet visuel alors que d’autres se seraient noyés dans la facilité (notamment pour l’inondation au début du film, l’explosion de la base, l’avalanche, le couloir qui tourne, la gravité…). Bien entendu, certains faits par ordinateur viennent compléter là où leur présence est nécessaire (la ville en ruines, la ville de Paris…) mais ils restent peu présents et ne font perdre à aucun moment cette crédibilité qui se dégage de cet univers auquel vous ne pouvez que croire. Une crédibilité qui gagne avec le montage de Nolan, le réalisateur parvenant à concrétiser le monde des rêves et de ses différents niveaux par le biais de séquences parallèles (se déroulant au même moment et ayant un impact entre elles) et de ralentis (pour le temps entre chaque strate de rêve) afin d’offrir à la troisième partie d’Inception une fluidité orgasmique sans pareil. Brillant, tout simplement !

« Comment un esprit simplement humain peut-il écrire un scénario comme celui-là ? » dira le critique Fabrice Leclerc (Studio Ciné Live) lors de la sortie du film. Après avoir vu Inception, c’est immédiatement cette question-là qui vient à l’esprit. Et si la réponse n’est pas le principal intérêt, il aura fallu attendre dix ans pour que ce film se concrétise, le temps que Christopher Nolan puisse mettre à contribution les différentes techniques apprises lors de sa période hollywoodienne (comme bien film les scènes d’action, donner du dynamisme) ou utilisées depuis ses débuts (dont la fameuse narration non chronologique) afin de créer le blockbuster hollywoodien ultime. Il avait scotché le public avec The Dark Knight, le Britannique réitère l’exploit deux ans après seulement pour livrer le divertissement rêvé !

Inception : Bande-annonce

Fiche technique – Inception

États-Unis, Royaume-Uni – 2010
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Interprétation : Leonardo DiCaprio (Dom Cobb), Joseph Gordon-Levitt (Arthur), Ellen Page (Ariane), Ken Watanabe (Saito), Marion Cotillard (Mal), Tom Hardy (Eames), Cillian Murphy (Robert Fischer Jr.), Dileep Rao (Yusuf)…
Date de sortie : 21 juillet 2010
Durée : 2h28
Genres : Science-fiction, thriller, espionnage, action
Image : Wally Pfister
Décors : Guy Hendrix Dyas
Costumes : Jeffrey Kurland
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Budget : 160 M$
Producteurs : Christopher Nolan et Emma Thomas
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France

Waste Land, un film de Pieter Van Hees : Critique

Waste Land,  un polar noir maîtrisé qui vire d’un seul coup dans le bizarroïde

Synopsis : Léo Woeste est inspecteur à la brigade criminelle de Bruxelles vivant avec sa femme Kathleen et leur fils de 5 ans Jack, qui lui permettent de garder pied alors qu’il s’enfonce jour après jour dans les bas-fonds de la ville, le « Waste Land ». Mais le meurtre d’une jeune congolaise va l’amener à rencontrer la sœur de celle-ci, une femme magnétique et déterminée. Entre rituels, fascination et vieux démons, l’équilibre établi par Léo entre son travail et sa famille semble plus que jamais menacé…

À ne pas confondre avec le documentaire brésilien nominé en 2011 à l’Oscar du Meilleur film documentaire, ou encore le jeu vidéo qui, d’ailleurs, s’écrit plutôt Wasteland et non Waste Land. Ici, il s’agit d’un thriller belge mettant en scène Jérémie Renier, celui dont beaucoup de Français imaginent encore en tant que Claude François (dans le film Cloclo), réalisé par Pieter Van Hees qui clôture avec ce nouveau long-métrage sa trilogie intitulée Anatomie de l’amour et de la douleur. Une saga composée d’un film d’horreur (Left Bank), d’un drame (Dirty Mind) et qui se termine donc avec ce Waste Land, un polar ténébreux récompensé du Prix Cineuropa lors du Festival de Cinéma Européen des Arcs en 2014.

Pour son nouveau et douloureux portrait d’un couple, le réalisateur focalise cette fois-ci son intrigue sur un policier sur le point de devenir père et dont l’enquête qu’il doit mener va menacer le bien-être de sa famille. D’autant plus que cette dernière n’est pas des plus stables, le personnage étant marié à une femme ayant déjà un enfant et ne parlant pas la même langue que lui, sans compter qu’elle n’est pas une adepte de son métier (peur de le perdre, de le voir vivre dans la violence, d’être moins importante à ses yeux…) et qu’elle ne désire pas spécialement garder l’enfant qui grandit dans son ventre. Avec cela, il fallait bien que ça arrive : le héros va se retrouver dans les bras d’une autre, la sœur de la victime. Une relation qui va lui faire perdre pied et le plonger dans une obsession (celle de coincer le coupable du meurtre) l’amenant à sa perte. Une longue descente aux enfers qui permet au réalisateur Pieter Van Hees de parler du colonialisme (la Belgique « gouvernant » à une époque le Congo) mais aussi de critiquer une Europe actuelle ayant peur du multiculturalisme au point de laisser la parole à des partis séparatistes ou d’extrême-droite. Et quelle meilleure ville que Bruxelles, siège de l’Europe même, pour symboliser ce dernier sujet ? Vous l’aurez compris, Waste Land se présente comme un thriller engagé et psychologique, riche en thématiques, qui malheureusement peine à convaincre totalement.

Dès les premières minutes, Pieter Van Hees plonge le spectateur dans une Bruxelles des plus glaciales par le biais de plans de la ville peu avantageux, certains mettant en avant des décors guère rassurants, d’autres des personnes endormis sur un banc donnant l’impression d’être mortes. Une rapide introduction qui permet au cinéaste d’installer une ambiance pesante exprimée par des jeux de lumière travaillés et une musique pour le moins étrange dans le seul but de mettre mal à l’aise, afin de s’attacher avec facilité au personnage principal et de vivre sa descente aux enfers avec autant de douleurs que lui. Et l’interprétation des différents comédiens n’est pas étrangère à ce constat, notamment celle de Jérémie Renier, très bon dans la peau de ce policier tourmenté dont on a envie qu’il se sorte de ce mauvais pas sans fracas. Il est le centre d’une mise en scène plutôt ingénieuse, à partir de laquelle le réalisateur peut raconter son histoire par moment sans dialogues ni détails explicites pour prouver quelque chose : filmer la réaction des comédiens pour dire que la femme est enceinte, insister sur le toucher de deux personnages pour montrer qu’ils ont une relation intime… Jusque-là, Waste Land fait preuve d’une maîtrise incontestable. Alors d’où vient cette sensation de frustration quand le générique de fin pointe le bout de son nez ?

Il faut voir du côté du scénario pour se rendre compte que Waste Land a été bâclé. La faute principalement au réalisateur lui-même qui s’est montré un peu trop gourmand niveau thématiques. En effet, Pieter Van Hees s’intéresse tellement à la descente aux enfers de son protagoniste, à sa vie familiale, qu’il en oublie de placer correctement ses sujets paraissant sur le coup survolés (le colonialisme) ou carrément invisibles aux yeux du spectateur (la critique de la Belgique européenne). Il est même impossible de comprendre l’utilité de certaines séquences (le combat de catch, le père du héros, les démons jamais révélés de ce dernier…) ou bien de ne pas rire devant certaines métaphores aussi grosses qu’un paquebot (le bébé se faisant appeler Adam, vu les circonstances du scénario…). Et comme si cela ne suffisait pas, le réalisateur gâche le potentiel captivant de son scénario en faisant plonger celui-ci dans un mysticisme inattendu et bizarroïde (une histoire de rituels, de visions et de sorcellerie) qui prend le pas sur le film, le rendant pour le moins étrange pour ne pas dire guignolesque. Après une première partie captivante, le film perd toute notre attention dans la seconde à cause de cela, et c’est fort dommage…

Il partait pourtant sur d’excellentes bases, Pieter Van Hees ne restera malheureusement pas dans les mémoires avec son Waste Land. S’il arrive à s’en sortir avec ses atouts techniques (mise en scène, photographie, bande originale…) et un casting de bonne facture, le long-métrage laissera pourtant un léger goût amer à ceux qui s’attendaient à une véritable descente aux enfers et non à un film dont le scénario s’apparente presque à un épisode de The X-Files (la science-fiction et le paranormal en moins). Vu le savoir-faire de ce réalisateur plutôt prometteur, il est vraiment malheureux d’arriver à une telle conclusion…

Waste Land : Bande-annonce

Fiche technique – Waste Land

Belgique – 2014
Réalisation : Pieter Van Hees
Scénario : Pieter Van Hees
Interprétation : Jérémie Renier (Léo Woeste), Natali Broods (Kathleen Woeste), Babetida Sadjo (Aysha Tshimanga), Peter Van den Begin (Johnny Rimbaud), Peter Van den Eede (Jean Perdieus), Mourade Zeguendi (Fouad), François Beukelaers (Jozef Woeste)…
Date de sortie : 25 mars 2015
Durée : 1h37
Genre : Thriller
Image : Menno Mans
Décors : Geert Paredis
Costumes : Catherine Marchand
Montage : Nico Leunen
Producteurs : Eurydice Gysel et Koen Mortier
Production : Epidemic
Distributeur : Chrysalis Films

 

Festival Gérardmer 2015 : Interview Alexandre Aja

 Gérardmer 2015 : Entretien avec Alexandre Aja

Membre du Jury long-métrage à l’occasion de la vingt-deuxième édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, Alexandre Aja a bien gentillement accepté de nous recevoir pour évoquer le festival, la production de genre en France et faire un point sur ses prochains projets.

LeMagduciné : C’est votre troisième venue à Gérardmer. Quel est votre rapport avec le festival ? Est-ce-que le fait d’y être présent en tant que membre du jury touche à votre histoire personnelle ? On se souvient que tout a commencé pour vous lors de la présentation de Haute Tension au TIFFF (Festival du Film International de Toronto). C’est ce qui a véritablement lancé votre carrière internationale. Est-ce-que vous êtes dans une optique de passage de flambeau ici, à trouver la perle du cinéma de genre de demain?

Alexandre Aja : C’est assez amusant, parce que l’évolution du marché et l’exploitation des films font que les festivals vont devenir de plus en plus importants pour les nouveaux cinéastes. Quand Alex Garland (réalisateur de Ex Machina, ndlr) disait « les films ont besoin des festivals », il a raison. Avec l’exposition VOD qui va devenir universelle sur tous ces films d’auteur, en se détachant de l’étiquette sale de Direct-to-Video (DTV), les festivals vont faire la différence. Ca a d’ailleurs toujours été le cas. C’est là tout le but d’être présent en festival, pour être reconnu et créer le buzz. Oui, Haute Tension ça a commencé au TIFFF puis ça a continué avec Sitges, et ça s’est confirmé avec Sundance. Ça a énormément aidé. Vous savez, c’est tellement agréable de parler tout le temps des films. Quand on fabrique des films, on en parle entre amis mais on a peu l’occasion de confronter notre point de vue avec d’autres gens. Quand on est jury, c’est une occasion géniale de voir des films ensemble, de devoir en parler, et justement d’apprendre de ces nouvelles versions et visions des cinéastes de demain. L’unanimité n’est jamais là et c’est ça qui est intéressant. A Gérardmer, il y a quelque chose propre au festival de genre. Une ambiance unique. Une curiosité plus axé sur le cinéma d’auteur. Ici, il y a un respect du genre en comparaison avec d’autres manifestations. C’est très intéressant.

Au cours d’une interview, Christophe Gans évoquait une vague French Frayeur que vous avez initié dès Haute Tension. Aujourd’hui on pourrait penser que cette vague a tendance à s’essouffler. Pensez-vous qu’aujourd’hui le cinéma français est récalcitrant à produire du film d’épouvante ou est-ce la demande du public hexagonal qui n’est pas satisfaisante ?

AJA : Malheureusement, je pense que le cinéma de genre français est quasiment mort, ou du moins agonise. Christophe Gans est un dinosaure, l’un des rares seuls à avoir produit cette année un film fantastique français à gros budget (La Belle et la Bête, ndlr). Je suis extrêmement triste et négatif sur cet état où on n’a pas réussi ce que l’Espagne a fait si brillamment. Ils ont réussi à établir un cinéma de genre en espagnol avec des réalisateurs monstrueux et à acquérir une reconnaissance à la fois critique et publique. L’Orphelinat, [REC], ce sont des films qui font des millions d’entrées. C’est terrible. En France, peu importe le film, que ce soit Haute Tension, Martyrs, Frontière(s), A l’intérieur, tous, il n’y en a pas un qui fait plus de 150 000 entrées. Et ce n’est économiquement pas vivable. Alors oui, il y a un noyau de fans hardcore qui sont les lecteurs de Mad Movies ou de l’Ecran Fantastique. Mais au-delà de ce groupe, il y a une sorte d’a priori général, un consensus implicite dans le public français qui pense que sous prétexte qu’un film d’horreur serait en français, ça ne va pas marcher. Il pense que ça serait cheap. Pourtant, on donne la chance au cinéma de genre asiatique, anglais, américain ou espagnol. En France, ce n’est pas possible. Est-ce-que c’est un échec de notre côté, des réalisateurs qui font les films et n’ont pas réussi à créer des œuvres assez incroyables pour faire changer l’avis des gens ? Peut-être. Des films comme Martyrs ou A l’intérieur ne sont pas aussi accessibles que peuvent l’être [REC] ou The Descent. Ce sont des films terrifiants mais qui ont tout de même une faculté à aller au-delà de quelque chose de trop intime, trop gore, trop marginal.

C’est un vrai que c’est un peu le paradoxe français D’un côté, on a une production hexagonale de genre inexistante et à l’inverse on a des tas de festivals fantastiques en France. Gérardmer donc, Strasbourg, L’Etrange Festival, Nice, le PIFFF, les Hallucinations Collectives, etc.

AJA : La production française est difficile car elle se fait principalement sur des pré-achats avec les chaînes hertziennes, du câble, Canal +. Sans oublier le CNC et les distributeurs. C’est à partir du moment où les chaînes TV n’achètent plus rien avec une interdiction de plus de douze ans qu’on peut déjà ressentir une censure indirecte de la part des partenaires financiers. C’est ce qui fait que la production française est mal barrée. Le problème vient également du fait qu’il n’y ait pas de public. C’est très compliqué sans engouement. Il faudrait que des groupes, des mini-majors se lancent avec un véritable investissement et une prise de risque pour faire exister ces films-là.

Comment voyez-vous l’évolution du cinéma de genre ? Comme une réinvention du cinéma ou un retour aux codes fantastique ancrés ?

AJA : Ça se réinvente à chaque fois. Si ça ne se réinvente pas, ça crée de l’ennuie et le spectateur se lasse parce qu’il anticipe. C’est très intéressant dans les festivals de voir la production avec le public. Un public qui est un acquis pour le genre. Ce sont des gens qui ont envie de voir ce type de productions. Quand ils aiment, ils aiment et quand ils n’aiment pas, il faut vraiment l’avoir voulu pour qu’ils n’aiment pas. On est tout de même en terre conquise. C’est intéressant de voir comment les vieilles formules et les clichés ne prennent plus. Les gens se lassent, et perdent l’envie. On sent un rejet du public. Alors qu’au contraire, quand le film se réinvente et apporte son lot de surprises, ça change tout. Et ça devient vraiment intéressant.

Par rapport au rôle de la VOD, vous pensez qu’il y aura une incidence cruciale ? Pensez-vous que ça puisse être bénéfique pour les réalisateurs ?

AJA : Ce qui se passe en ce moment avec la VOD aux Etats-Unis est nouveau. Et ce qui va s’étendre au reste du monde, ça sera des tournées en festival avec d’éventuelles sorties en salles. J’espère que la France continuera à résister. Mais c’est vrai que l’exploitation VOD va devenir très vite surchargée. En tant que fan, ce n’est pas si mal que ça. Tout d’un coup, on entend parler d’un film qui a fait sensation au Fantastic Fest et deux mois plus tard, on va pouvoir le voir sur des plateformes vidéos en ligne. Il y a une sorte d’accélération de la consommation. Ça, c’est pas mal. Mais comment va-t-on faire la différence entre les DTV d’exploitation -avec ses charmes mais que je ne qualifie pas de cinéma- et les DTV qui sont des films d’auteur ? C’est ce qui se passe aux Etats-Unis, même avec des films à Oscars, qui ont une sortie limitée en salles et qui sortent ensuite en VOD. J’espère que ce changement dans l’exploitation des films va permettre au cinéma de genre de redevenir un cinéma d’auteur. Jusque-là, la sélection de Gérardmer montre sur certains films qu’on a affaire justement à un cinéma d’auteur. Pas un cinéma de pur divertissement mais un cinéma qui donne à réfléchir, qui dit des choses et montre un style complètement nouveau. La démarche post-moderne de s’auto-référencer en permanence est un peu le danger du genre. Elle devient quelque chose qui appartient désormais au passé. Aujourd’hui, on sent des auteurs qui arrivent avec des films qui sont à la fois visuellement incroyables, narrativement intéressants et posent de bonnes questions. Là il y a une évolution, c’est sûr.

En ce qui concerne le casting de vos films, des acteurs aussi incroyables que Daniel Radcliffe (Horns), Ted Levine (La Colline a des Yeux) ou Jerry O’Connell (Piranha 3D) ont déjà joué pour vous. Est-ce-que vous participez à cette phase de casting ?

AJA : Bien sûr. Les premiers rôles sont parfois une évidence. Mais pour certains rôles secondaires, il y a prescription. Par exemple, à la base sur La Colline a des Yeux, ça devait être Ray Liotta. Mais il ne voulait pas mourir. Donc on  a dû changer. Heureusement, Ted Levine était absolument parfait. Il y a toujours des histoires sur chaque plateau. Sur Piranha 3D, Adam Scott devait jouer le rôle de Jerry O’Connell. Parce qu’il était tellement drôle dans Frangins malgré eux (Step Brothers), pour moi il était le personnage parfait. Mais un jour, il m’a dit qu’il avait déjà joué ce genre de personnage et m’a demandé s’il pouvait changer. Et c’est comme ça qu’on a interverti les rôles avec Jerry. Mais à chaque fois, le casting c’est l’essence-même de la régie d’un film. Parfois, on se trompe et des fois on réussit dès le premier coup.

La Neuvième Vie de Louis Drax est actuellement en post-production. Une première image a filtrée. Est-ce-que tu peux nous en dire plus sur ce film ?

AJA : Le film est basé sur le livre éponyme du même nom de Liz Jensen. Un film que devait réaliser à l’époque Anthony Minghella, juste avant de mourir. Son fils Max Minghella -avec qui j’ai travaillé sur Horns– a écrit un script qu’il m’a remis un jour sur le plateau. Et c’était l’un des plus beaux scripts que j’avais jamais lu. Une histoire bouleversante. Je ne connaissais pas encore le livre mais je savais qu’il fallait que je le fasse. L’histoire commence à San Fransisco, c’est un petit garçon de neuf ans qui tombe d’une falaise dans l’océan et va se retrouver dans le coma. C’est une sorte de double-enquête, de thriller psychologique. D’un côté, il y a l’enquête de cet enfant dans le monde inconscient du coma qui va essayer de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre ce qui est lui arrivé. Est-ce-qu’il est tombé ou est-ce-qu’on l’a poussé ? De l’autre côté, il y a l’enquête du docteur qui s’en occupe et va essayer de le ramener au réveil. Se faisant, il va tomber amoureux de sa mère. Il va alors se retrouver aussi au cœur d’un autre mystère. C’est une sorte de films à plusieurs couches sur les mystères sombres que l’esprit humain peut cacher. Il y a également du fantastique à travers le monde onirique de celui du coma.

Du coup, sur La Neuvième Vie de Louis Drax, on retrouve Aaron Paul, Sarah Gadon et Jamie « Mister Gray » Dorman.

AJA : Pour des raisons très différentes, ce sont trois personnages qui ont tous un retournement. Des personnages assez complexes avec pas mal d’épaisseur. Aaron Paul s’est imposé assez vite. Sarah Gadon également, même si le film avait été développé avec une autre actrice. Malheureusement, cette dernière a refusé au dernier moment en acceptant un autre film. Mais c’est vrai que j’avais envie de travailler avec Sarah. Je l’avais vu dans Cosmopolis et Maps to the Stars. Dans tous ses films, elle a une nouvelle personnalité. Dans A Dangerous Method, c’est une actrice qui interprète quelque chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant. Dans Enemy également. Jamie Dorman est pour moi un acteur sous-estimé par ce qu’il a fait pour le genre à travers The Fall qui reste une série très intéressante. Il a livré une interprétation très loin de ce qui se fait habituellement chez les serial-killer. Il y a un côté extrêmement froid, simple et minimaliste dans son incarnation de ce tueur, au-delà de son rôle attendu dans Cinquante de Nuances de Grey que je n’ai pas encore vu. Son rôle de Mister Gray va peut-être nous aider à faire décoller le film.

Alexandre Aja, vous êtes également producteur. Notamment du prochain film de Johannes Roberts (Storage 24), The Other Side of the Door. Vous avez quelques infos sur l’avancement du projet ?

AJA : Oui, nous sommes actuellement en post-production. C’est un film de maison hantée qui se passe à Bombay (Inde), sur fond de mythologie hindouiste et de réincarnation. C’est un scénario original de Johannes qui m’a foutu une claque quand je l’ai lu. On retrouve le meilleur de Simetierre, et tout ça avec le côté exotique d’un couple américain et leurs enfants qui vivent en Inde et vont faire face au surnaturel. C’était une expérience incroyable de tourner en Inde avec l’aide de la Fox. On espère le sortir en salles d’ici la fin de l’année. Chez Fox, avec qui j’ai produit récemment The Pyramid, ils sont extrêmement contents. The Pyramid marche très bien au box-office mondial : Numéro 1 en Russie, Malaisie et Indonésie. Pour un film de 4 millions de dollars, on est quasiment sûr d’aller au-delà des 25 millions de recettes globales. Ils sont très contents. C’était d’ailleurs ça l’idée avec Fox. Sans le vouloir, on a commencé à travailler sur des sujets qui impliquent des américains ou des anglais dans des pays étrangers sur du cinéma de genre. The Pyramid en Egypte, The Other Side of the Door en Inde et on recherche encore d’autres idées. Il y a énormément de sujets super intéressants dans ce côté à faire sortir des gens de leur contexte. C’est difficile de faire quelque chose de rafraîchissant sur le thème de la maison hantée mais dès que tu arrives en Inde, tu découvres une autre dimension, plus inspiratrice.

Je reviens au casting mais cette fois du côté de l’équipe technique. Depuis vos débuts, on remarque que vous tournez avec la même équipe à quelques exceptions prêtes. Votre directeur photo Maxime Alexandre, votre scénariste Gregory Levasseur, Baxter au montage ou encore Rob à la musique. Vous produisez également les films de Franck Khalfoun. Est-ce-que dans le processus de création de vos films, c’est essentiel d’avoir la même équipe ? D’avoir la même famille sur chaque tournage ?

AJA : D’un point de vue purement égoïste de réalisateur, ce qui compte c’est le résultat. Le fait que je continue à travailler avec les mêmes personnes, c’est parce qu’à chaque fois je suis extrêmement heureux du résultat. On n’a pas pu travailler avec Maxime Alexandre sur Horns. Mais j’étais extrêmement heureux de travailler avec Frederick Helms (directeur photo sur Blue Velvet, Broken Flowers, etc.), qui est un géant de la photographie. J’adorerais refaire un autre film avec lui, et j’en referais surement un. Ca dépend des disponibilités. Je ne suis pas Ridley Scott. Je ne peux pas avoir une équipe qui reste assise à attendre que je fasse mon prochain film. Des fois, ils sont libres, des fois ils ne le sont pas. Quand on fait des films aux Etats-Unis où la direction artistique n’est pas un acquis, c’est vrai que c’est important d’avoir un groupe de gens fidèles autour de la création et qui partagent la même vision. C’est important de pouvoir s’accrocher à ce noyau dur.

Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps, Monsieur Aja.

AJA : Merci à vous.

Entretien réalisé avec trois autres confrères, dont un rédacteur des Chroniques de Cliffangher.
Merci à Clément de l’agence Public Système pour avoir permis cette rencontre.

The Dark Knight – Le Chevalier Noir, un film de Christopher Nolan : Critique

Impressionnée par le travail de Christopher Nolan sur ses projets imposés, la Warner. avait laissé le réalisateur s’occuper du Prestige en toute confiance, et cela avait porté ses fruits dans le monde cinématographiques : succès critiques de grande ampleur et deux nominations aux Oscars (Meilleure direction artistique et Meilleure photographie). Ayant conscience des défauts de Batman Begins provoqués par le manque de libertés limitant à l’époque le réalisateur, la production décida alors de lui laisser faire le film qu’il voulait. Ni plus ni moins, Christopher Nolan s’attela rapidement à la tâche avec le scénariste David S. Goyer (qui travaillait toujours sur l’histoire depuis le premier opus) mais aussi son frère Jonathan, avec qui il avait accompli des merveilles sur Memento et Le Prestige, afin de livrer ce qui deviendra comme l’un des longs-métrages les plus marquants de sa filmographie et du cinéma des années 2000.

Synopsis : Alors qu’il est sur le point de mettre un terme à la pègre de Gotham City avec l’aide de Jim Gordon et du nouveau procureur Harvey Dent, en qui il voit un successeur, Bruce Wayne/Batman doit affronter un dangereux criminel sorti de nulle part se faisant appelé le Joker, et qui provoque le chaos le plus total dans la ville…

Sur le papier, pourtant, The Dark Knight n’avait pas grand-chose de bien passionnant à raconter, si ce n’est la continuité de Batman Begins en matière de thématique (la justice en opposition à la vengeance). Et tout cela pour quoi ? Juste pour mettre en scène un face-à-face entre Batman et son ennemi de toujours, le Joker ? Après avoir lu des dizaines de comics, vu des épisodes animés et le film de Tim Burton avec Jack Nicholson, les fans de l’Homme Chauve-Souris étaient vraiment en droit d’attendre autre chose que cette trame scénaristique un brin bateau. Sans oublier les innombrables clichés associés au genre des films de super-héros. Mais justement, c’est en faisant un simple thriller et non une banale adaptation de bande-dessinée que Christopher Nolan va trouver toute la puissance de son Dark Knight.

Ici, le cinéaste s’intéresse bien plus au personnage qu’est Bruce Wayne/Batman et à ce qu’il représente plutôt que les séquences d’action avec lesquelles il ne semblait pas vraiment à l’aise dans Batman Begins. Dans The Dark Knight, elles sont moins nombreuses (juste une course-poursuite et deux-trois corps-à-corps de quelques minutes) bien que plus posées et donc plus lisibles sans perdre leur panache ; permettant ainsi à Nolan de dévoiler son héros au grand jour, c’est-à-dire un simple être humain costumé et armé de gadgets qui fait plus appel à sa déduction plutôt qu’à ses poings (sujet un peu survolé dans Batman Begins). En procédant de la sorte, Nolan inscrit Batman dans un univers encore plus réaliste que dans l’opus précédent, le faisant évoluer dans une Gotham City bien plus proche du Los Angeles de Heat que de celui de Blade Runner, qui lui permet ainsi de donner une toute autre vision du super-héros, différente de l’image optimiste délivrée par Marvel et ses Iron Man, Spider-Man et autres 4 Fantastiques. The Dark Knight propose ainsi le titre de super-héros comme un lourd fardeau à porter qui, malgré un but louable, n’engendre que chaos et sacrifices. Un symbole qu’il faut être prêt à défendre même si cela attire des criminels fous dangereux et la colère des gens. En somme, Nolan livre un Batman sûr de lui mais plus tourmenté que jamais, qui doit combattre un Joker implacable et imprévisible au possible (dû au fait qu’il n’est ni histoire ni passé) ayant toujours une longueur d’avance sur son adversaire et se présentant comme la part sombre de ce dernier.

Et tout cela au service d’un thriller politique qui ne ménage jamais le Chevalier Noir, lui faisant vivre des moments qui remettent en question le statut de super-héros dans notre société. Un scénario qui capte l’attention du public sans jamais la lâcher, le surmenant également par un dynamisme exemplaire dû à des séquences parallèles (actions commentées et se déroulant en même temps) montées à la perfection, des trames secondaires bien écrites (la montée en puissance du Joker, le désarroi de la pègre, la succession de Wayne en Batman, le triangle amoureux Wayne/Dawes/Dent…), et une ambiance à la noirceur inattendue, embellie par la photographie de Wally Pfister et les compositions du tandem Hans Zimmer/James Newton Howard au top niveau, sans toutefois mettre un humour (souvent noir avec le Joker) bienvenue et mettant toujours dans le mille. Le tout, qui plus est, en utilisant les clichés des films de super-héros (femme en détresse, happy end…) pour mieux les contourner et étonner le spectateur comme jamais. Le Britannique fait donc ainsi de son film un divertissement hollywoodien se vantant d’avoir une efficacité et une intelligence rarement atteintes dans ce genre de blockbusters, qui ne laisse jamais son public indifférent, le malmenant aussi bien que son personnage principal avec des séquences, retournements de situation et autres révélations qui se présentent à chaque fois tel un uppercut à la puissance démesurée.

En somme, Christopher Nolan livre avec The Dark Knight un film de super-héros diablement réaliste, qui peut également compter sur un rendu visuel des plus bluffants. Bien loin du « délire » numérique de Batman Begins (déjà que ce film ne comporte pas beaucoup d’effets spéciaux par rapport à la moyenne du genre), The Dark Knight cumule les cascades et autres effets « faits à la main » (comme l’explosion d’un bâtiment) pour en mettre plein la vue, complétant le tout par l’ajout de très rares numérisations (dont l’impressionnant visage de Double-Face) pour que l’illusion prenne forme sans que l’œil devenu averti du public ne s’en rende compte. Il faut dire aussi que Nolan a su, une nouvelle fois, s’entourer de comédiens exceptionnels, reprenant ceux qui avaient fait fureur dans Batman Begins, effectuant des changements là où il fallait (Maggie Gyllenhaal remplaçant Katie Holmes) et faisant appel à de nouvelles têtes mémorables, dont un Heath Ledger qui vaut à lui seul le déplacement dans la peau du Joker. Un casting cinq étoiles auquel le spectateur s’attache sans aucune difficulté, lui permettant de ce fait de croire en la crédibilité, au réalisme de The Dark Knight ainsi qu’à sa cruauté inattendue dans ce genre de film.

Vous l’aurez compris, pour que Christopher Nolan réussisse pleinement un long-métrage, il doit avoir toutes les libertés possibles et inimaginables. The Dark Knight en est la preuve, le Britannique étant arrivé à réaliser un blockbuster maîtrisé de bout en bout, superbement écrit et qui n’ennuie jamais. Mieux, Nolan est parvenu à s’affranchir des nombreux codes du super-hero movie pour carrément réinventer le genre, faisant de son film le modèle de futurs projets hollywoodiens qui ne lui arriveront pas à la cheville (Man of Steel, par exemple). Et enfin, avec cette suite de Batman Begins, Nolan a su livrer l’un de ses meilleurs films. L’un des plus aboutis. Tout bonnement l’un des plus percutants en termes d’écriture, de mise en scène et de divertissement. Batman Begins avait fait renaître le Chevalier Noir de ses cendres, The Dark Knight le propulse au sommet de sa gloire !

 The Dark Knight – Le Chevalier Noir : Bande-annonce

Fiche technique : The Dark Knight – Le Chevalier Noir

Titre original : The Dark Knight
États-Unis, Royaume-Uni – 2008
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan, Jonathan Nolan et David S. Goyer, d’après les personnages créés par Bob Kane et Bill Finger
Interprétation : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Heath Ledger (le Joker), Aaron Eckhart (Harvey Dent), Gary Oldman (l’inspecteur Jim Gordon), Maggie Gyllenhaal (Rachel Dawes), Michael Caine (Alfred Pennyworth), Morgan Freeman (Lucius Fox), Eric Roberts (Salvatore Maroni)…
Date de sortie : 13 août 2008
Durée : 2h27
Genres : Action, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley et Peter Lando
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
Budget : 185 M$
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas, Charles Roven et Lorne Orleans
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France

Le Prestige, un film de Christopher Nolan : Critique

Avec Le Prestige, Christopher Nolan ne livre pas un film mais un véritable tour de magie

Synopsis : Londres à la fin du XIXe siècle. Robert Angier et Alfred Broden sont deux magiciens surdoués qui ne cessent de chercher le tour ultime, quitte à se lancer dans une sorte compétition pour le moins amicale. Mais quand la maladresse de l’un provoque la mort de la femme de l’autre, la joute vire à la jalousie et à la haine : les deux ennemis vont vouloir se détruire et ce en utilisant les plus noirs secrets de leur art. Et ce même si leur obsession apportera de lourdes conséquences sur leur entourage…

Livrer des succès critiques et commerciaux à partir de deux projets consécutifs en quelque sorte imposés par la production, autant dire que Christopher Nolan avait désormais toute la confiance de la Warner. pour ses futurs longs-métrages. À tel point que le réalisateur a pu mettre sur pieds Le Prestige, une adaptation du livre de Christopher Priest qu’il porte depuis la post-production d’Insomnia et dont il avait chargé son frère Jonathan d’écrire le scénario en attendant la mise en boîte de Batman Begins. Un projet sur lequel le Britannique a retrouvé toute sa liberté ainsi que tout ce qui a fait la réussite de ses débuts cinématographiques.

Pour ceux qui ont vu en Insomnia et Batman Begins des égarements hollywoodiens du réalisateur sans nier leur qualité, qu’ils se rassurent : Le Prestige s’inscrit dans la droite lignée de Following et de Memento, prenant comme base scénaristique une histoire tout ce qu’il y a de plus simple (un duel interminable entre deux magiciens) pour la complexifier au possible en usant à nouveau d’une narration non linéaire, d’un montage non chronologique. Encore une fois, le spectateur peut se demander où le cinéaste veut en venir avec tous ces sauts dans le temps. Mais en réutilisant ce procédé, Nolan avait peu de chance d’impressionner le public, ce dernier s’étant habitué à ses thrillers et ne se laissant donc plus avoir comme un amateur. Il va pourtant réitérer l’exploit pour le plus grand bonheur de tous

Au début du film, une voix-off (celle de Michael Caine) énonce les différentes étapes qui composent un tour de magie : la promesse, où un magicien présente au public quelque chose qui semble ordinaire, le tour durant lequel le magicien rend l’acte extraordinaire, et le prestige, l’étape finale où l’inattendu se produit et émerveille le spectateur. En commençant ainsi, Christopher Nolan annonce d’emblée la couleur : Le Prestige ne doit pas être considéré tel un simple film mais bien comme un tour de magie qui doit vous bluffer de bout en bout. Et pour cela, le Britannique a su respecter scénaristiquement et techniquement ces fameuses étapes pour que l’illusion souhaitée prenne forme.

Tout d’abord la promesse. Une longue introduction durant laquelle le réalisateur présente au public les différents personnages, notamment les deux principaux que sont Robert Angier et Alfred Borden. L’occasion de familiariser le spectateur avec leur univers qu’est la magie (via des tours, des spectacles, des astuces…) ainsi que leur époque, l’Angleterre victorienne, servie par une reconstitution détaillée et impressionnante (décors, costumes, accessoires…). Et c’est surtout le moment idéal pour capter son attention sans jamais la relâcher, par le biais d’un casting aux petits oignons, composé d’interprètes charismatiques au possible (Hugh Jackman et Christian Bale en tête), et d’une photographie qui arrive à instaurer à l’ensemble une ambiance néo-noire (visuel et jeux de lumières sombres) tout bonnement captivante. Bref, Nolan met en place tout l’intégralité de son échiquier en place, la pièce la plus importante étant l’élément perturbateur du scénario (la mort de la femme d’Angier), pour que le tour puisse commencer en ayant tous les regards posés sur lui.

Vient ensuite le tour, étape durant laquelle Nolan va prendre tous les éléments cités précédemment pour raconter son histoire de manière à la rendre extraordinaire. Pour cela, il va donc user de la narration non chronologique pour exécuter son spectacle tout en ayant conscience que le public garde un œil sur ce qui se passe à l’écran, comme une personne décortiquant le tour d’un magicien pour en repérer les astuces. Mais pour l’induire dans l’erreur, Christopher Nolan va à nouveau se jouer de lui en poussant sa construction non linéaire encore plus loin, allant jusqu’ alterner les points de vue en cours d’histoire : un personnage lisant le journal intime de l’autre protagoniste, ce dernier dévorant les notes du premier. Un procédé scénaristique qui permet de s’attacher aux deux anti-héros que sont Angier et Borden, sans jamais pouvoir dire qu’untel est meilleur ou pire que l’autre, et donc d’être captivé par leur affrontement qui devient de plus en plus dantesque au fur et à mesure que le film avance vers son dénouement. Un thriller implacable qui tient en haleine, autant dire que le tour de magie est passionnant à suivre !

Et enfin le prestige, la dernière demi-heure du film qui va voir bon nombre de révélations pointer le bout de leur nez, de flashbacks et de plans d’insert présentés durant le tour qui vont dévoiler tout leur sens bluffant le spectateur, qui peut enfin raccorder toutes les pièces du puzzle. Et finir par être émerveillé via l’illusion finale qu’il n’aura pas su voir venir (et qui ne sera pas spoiler dans cette critique) car n’ayant pas su repérer les différentes astuces du magicien qu’est Christopher Nolan avant que celui-ci ne les lui montre.

Encore une fois, le Britannique peut en perdre plus d’un à cause de son parti pris d’utiliser une narration non linéaire, comme ce fut le cas pour Following et Memento. Mais il sait à nouveau surprendre par l’aspect « tour de magie » de son film qui fait preuve d’un travail remarquable et rudement bien construit, aussi bien au niveau scénaristique que technique. Une nouvelle prouesse à rajouter au palmarès de Christopher Nolan qui, à l’époque, n’avait pas encore fini d’impressionner le public !

Le Prestige : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=6L9ZAH09En4

Fiche technique – Le Prestige

Titre original : The Prestige
États-Unis, Royaume-Uni – 2006
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan, d’après l’oeuvre de Christopher Priest
Interprétation : Hugh Jackman (Robert ‘le grand Danton’ Angier), Christian Bale (Alfred Borden), Michael Caine (Harry Cuter), Scarlett Johansson (Olivia Wenscombe), Rebecca Hall (Sarah Borden), David Bowie (Nikola Tesla), Andy Serkis (M. Alley), Piper Perabo (Julia McCullough)…
Date de sortie : 15 novembre 2006
Durée : 2h10
Genres : Thriller, drame, fantastique
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley
Costumes : Joan Bergin
Montage : Lee Smith
Musique : David Julyan
Budget : 40 M$
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas et Aaron Ryder
Productions : Warner Bros., Syncopy et Touchstone Pictures
Distributeur : Warner Bros. France

Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 – Dernier Jour

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Les pérégrinations d’un reporter  à Gerardmer : Croissants, Space-opera et Palmarès

Un jour sans fin. Cinq heures de sommeil et puis s’en réveille. A l’instar d’hier, la nuit fût courte, trop courte. Qu’importe puisqu’il s’agit de la dernière. Après avoir été récupéré quelques croissants et fait tourner la Nespresso, mon hébergeur, son pote et moi-même évoquons nos palmarès respectifs. A trop vouloir intellectualiser le cinéma fantastique, on craint que le jury ne récompense un film comme The Man in the Orange Jacket. A l’inverse on espère que des films aussi divertissants et intelligents que It Follows et Ex Machina obtiendront quelque chose. L’avenir nous le dira. Mes compères démarrent leur journée très tôt avec la compétition court-métrage. Pour ma part, il ne sera question aujourd’hui du visionnage d’un seul film. Mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du plus attendu et ambitieux de la programmation, le nouveau Wachowski, Jupiter : Le Destin de l’Univers. Première Mondiale à Gerardmer (!!!), la Warner a pris soin de poster des agents de sécurité (pour repérer d’éventuelles enregistrements vidéo) afin d’éviter toute fuite du film, à quatre jours de sa sortie nationale. A mes côtés dans la salle, un petit couple de retraités sympathiques. Ils viennent tous les ans à Gérardmer depuis cinq ans. Et ils viennent de très loin, de Normandie précisément, et profitent également de leur séjour pour aller tâter la poudreuse des pistes. On discute. Il ne se rappelle d’aucun des titres qu’ils ont vu pendant le festival mais semblent avoir apprécié beaucoup de choses. Les lumières s’éteignent et tout le monde met désormais ses lunettes 3D. On fera avec mais foutre-dieu que je les déteste.

[HORS COMPETITION] JUPITER : LE DESTIN DE L’UNIVERS

Réalisé par  Lana Wachowski & Andy Wachowski (2014). Sortie en salles le 04 février 2015.. 
Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais elle enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que celle de gagner sa vie en nettoyant les toilettes des autres. Lorsque Caine, un ancien chasseur militaire conçu génétiquement, débarque sur Terre pour retrouver sa trace, Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre même du cosmos…

Généreux mais terriblement impersonnel. C’est comme ça que l’on pourrait qualifier le nouveau Wachowsky. Depuis Matrix, il est vrai que les deux frangins ont de plus en plus de mal à monter de nouveaux projets. Et c’est fort regrettable car les efforts fournis avec le respectable Speed Racer et l’impressionnant Cloud Atlas n’ont jamais été récompensés, récoltant des échecs successifs au box-office. Avec Jupiter, il s’agit pour eux de la dernière chance pour conserver cette notoriété qui leur permet de monter des gros projets. Pas le droit à l’erreur. C’est donc tout naturellement que les Wachowsky livrent leur film le plus accessible, le plus grand public, le plus sage, le plus lisse. Les deux frangins ont pioché différents récits dans les contes de fées et les ont intégré au genre du space-opera. Jupiter: Le Destin de l’Univers, c’est un peu comme si Cendrillon rencontrait Star Trek. Il est également question d’une histoire familiale, de trahison, d’existence extra-humaine et d’un bestiaire sensiblement proche de celui de la Terre. De ce fait, la trame narrative est donc ultra-classique, maintes fois rabâché et n’est que prétexte à la succession de séquences numériques tout bonnement impressionnantes. Il est vrai que sur le plan visuel, les Wachowski font un boulot énorme et deux séquences se démarquent particulièrement. La première étant une course-poursuite filmée magistralement dans les rues de NY et la seconde, l’explosion dantesque d’une plate-forme situé sur une nouvelle planète. La 3D est correcte, faisant ressortir avec brio les lignes de perspective même si elle ne s’avère toujours pas révolutionnaire (du moins, au point de payer 2€ de plus). En haut de la pyramide, Channing Tattum et Mila Kunis font le boulot avec simplicité et efficacité. Sean Bean est également présent (va-t-il mourir comme dans tous ses films ?). Mais en ce qui concerne Eddie Redmayne, il incarne l’antagoniste le plus tête-à-claque sorti au cinéma depuis bien longtemps. Difficile à dire s’il s’agit d’une interprétation catastrophique et cabotineuse ou d’un choix pleinement assumé. Je pencherais évidemment pour la seconde option, mais il faut reconnaître qu’à chacune de ses apparitions, on lève les yeux au plafond et on secoue la tête de gauche à droite avec dépit. Le générique défile enfin. L’air satisfait, on ressort de la projection avec le sentiment du film qui a accompli son cahier des charges mais qui s’avère terriblement vain et sans autre ambition que de plaire à la cible ado. Un sympathique mais dispensable sous-sous-Star-Wars, en somme. Une fois les lumières rallumées, les petits vieux se tournent vers moi : « J’ai détesté, c’était trop explosif et bruyant pour moi. ». En même temps, il ne fallait pas s’attendre à autre chose pour un film de ce calibre.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

Il est 19h et le festival touche à sa fin. Il ne reste plus que la cérémonie de clôture pour dévoiler enfin le gagnant tant attendu d’une sélection qui fût cette année de très bonne qualité. On peut d’ailleurs y dégager une tendance au cinéma d’auteur, avec ces metteurs en scène aux idées visuelles et scénaristiques propres. Lors de son discours, Christophe Gans dira sa fierté d’avoir eu affaire à un jury avec des convictions et des arguments. Le palmarès a été dur à déterminer car quatre films se détachaient clairement des autres. Ces quatre films tous heureusement primés lors du palmarès final. Christophe Gans dira qu’il a avant tout souhaité « à récompenser un metteur en scène qui ouvre des portes dans notre perception, un metteur en scène qui nous conduit dans cette ligne que j’ai toujours voulu trouver dans les films fantastiques, cette ligne paradoxale entre le rêve et le cauchemar. ». A l’instar de mes pronostics de la veille (assez similaires avec celui du jury), c’est It Follows qui remporte le Grand Prix du Jury et celui de la Critique. Ex Machina, The Voices et Goodnight Mommy sont également honoré.

[PALMARÈS]

Grand Prix du Jury : It Follow

Prix du Jury ex-aequo : Ex-Machna, The Voices

Prix du Public : The Voices

Prix de la Critique : It Follow

Prix du Jury Jeunes & Prix du Jury Sy-Fy : Goodnight Mommy

Un petit rappel sur les films qui méritent le détour, à voir au cinéma ou à leur sortie VoD/DVD/Blu-Ray. Dès le 04 février, je vous recommande fortement It Follows de David Robert Mitchell. Les amateurs de Quentin Dupieux seront ravis de le retrouver en salles dès le 18 février avec Réalité. Retrouvez le jouissif et dopé à l’humour noir The Voices de Marjane Satrapi dès le 11 mars. Et on vient de l’apprendre, Goodnight Mommy bénéficiera d’une sortie en salles, le 22 avril prochain. Ex Machina d’Alex Garland est programmé plus loin, le 27 mai précisément. On espère également une sortie DVD/Blu-Ray dans nos contrées pour What We Do in the Shadows, le film fantastique le plus jubilatoire de ces derniers mois. Le Festival s’achève et il est temps pour moi de rentrer à ma maison. Une fois encore, la neige s’abat sur la ville de Gérardmer. Une météo exceptionnelle cette année comme l’aura expliqué le créateur du festival, Lionel Chouchan. Avant de conclure ces chroniques, je tiens à remercier Clément de l’organisation presse du festival, très disponible, le Grand Hôtel SPA pour son accueil des journalistes, tous les gens avec qui j’ai discuté dans les files d’attente et surtout ceux du réseau social SensCritique que j’ai rencontré. Merci à Éric de m’avoir hébergé et à son pote Julien, deux trentenaires fort sympas. Il me tarde de vous revoir à nouveau et de se faire cette fameuse Soirée Nanar. Gérardmer est un festival à l’ambiance chaleureuse, conviviale, passionnée et c’est cela que j’aime ressentir en allant au festival. C’est une manifestation presque unique en France et si vous êtes un tantinet fan du genre, alors vous devez absolument faire ce festival une fois dans votre vie. Il me tarde d’y retourner l’année prochaine. Je conclus désormais ces chroniques du festival en vous remerciant également de m’avoir lu. N’hésitez pas à me faire part de vos retours (critique ou non). Bisous d’adieux.

Disparue en hiver, un film de Christophe Lamotte : critique

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Disparue en hiver, un polar qui a « de la gueule » …

Synopsis: Daniel, agent de recouvrement joué par Kad Mérad, prend en stop une jeune femme jouée par Lola Créton. Furieux qu’elle l’ait attirée au milieu de nulle part pour lui proposer « ses services », il la laisse au milieu de la forêt. Conscient d’avoir agi sur le coup de la colère, il fait marche arrière sans réussir à la trouver.

Deux jours plus tard, il apprend par hasard qu’elle n’est toujours pas réapparue. Il va tout faire pour retrouver celle qui est disparue en hiver.

Si avant d’entrer dans la salle on pouvait se poser des questions sur la capacité de Kad Mérad à porter un polar, le premier aspect qui frappe face au film est visuel : la photographie de Disparue en hiver est belle. Si le réalisateur vient de la télévision cela ne transparaît pas dans une image sobre mais travaillée, inscrivant les personnages dans les paysages de la froide campagne Luxembourgeoise. On pense au David Fincher post-Zodiac, en moins virtuose évidemment, avec ses couleurs froides, ses mouvements de caméra discrets, et son ambiance lourde mais pas inutilement glauque. Cette impression est renforcée par la musique d’André Dziezuk, électronique et discrète, qui rappelle légèrement celles composées par Trent Reznor et Atticus Ross.

Cela vaut la peine d’insister : dans un cinéma français souvent intéressant mais pas toujours pour sa forme, on a plaisir à voir un film techniquement accompli, avec un travail visuel et sonore intéressant.

L’intrigue, elle, se répartit sur deux niveaux. D’un côté, on a l’enquête sur Laura, qui comme son homonyme de Twin Peaks cache sous une apparence de jeune fille sage de lourds secrets qui semblent la relier à différents notables de cette petite ville. Polar oblige, on aura notre dose de photos fétichistes, d’échangisme sur les parkings, et autres activités nocturnes. Comme dans Twin Peaks encore, les enregistrements vocaux serviront de guide principal à Kad Mérad, qui va devoir comprendre qui elle était et quel était son monde pour avoir une chance de la retrouver.

De l’autre côté on a l’enquêteur Kad Mérad : là aussi, plus le film avance, plus l’on en sait sur lui et son passé. On comprend peu à peu pourquoi il a tellement à cœur de retrouver cette fille. On suit aussi sa relation avec son ex-femme, jouée par Géraldine Pailhas, infirmière sur le point de déménager sur Paris et qui contrairement à lui a réussi à refaire sa vie. Daniel est lui aussi disparu en hiver : en rupture avec ses anciens amis, privé de vie sociale, prisonnier d’un métier qui ne lui apporte aucune considération sociale, il retrouve peu à peu vie via cette quête. Pour autant, cette nouvelle vigueur s’accompagne d’une violence qui surprend d’autant plus que Kad Mérad est toujours ce nounours aux grosses cernes, l’homme normal par essence, et pas forcément le plus outillé pour une descente aux enfers.

De manière générale, si le film semble puiser dans de grosses influences assez repérables, au moins a-t-il le bon goût de s’inspirer de ce qui se fait de mieux. Malheureusement, si le film est assurément une bonne surprise, il n’est pas pour autant un nouveau classique du polar français, et l’on va voir pourquoi.

… Mais qui ne prend pas assez de risques

Malgré l’enthousiasme des premières minutes, quelque chose fait que le spectateur perd peu à peu son attention, comme s’il s’enfonçait dans cette ambiance brumeuse et hivernale. Pourtant, il n’y a pas de faute de goût, l’intrigue est menée avec efficacité et propose une résolution un peu précipitée mais satisfaisante. Il reste qu’en sortant de la salle, on a cette impression qu’il manque quelque chose qui ferait passer disparue en hiver du statut de bon à très bon film.

Ce petit quelque chose, c’est peut-être un manque de prise de risque. Dans le dossier de presse, Christophe Lamotte explique s’être inspiré d’éléments réels, tant pour le métier de Kad Mérad (que son père exerce) que pour l’histoire de la disparition. Seulement, à partir du moment où l’histoire est racontée sous la forme d’un polar, on quitte cette réalité, et le film semble hésiter : faut-il aller dans des éléments d’intrigue policière, ou faut-il rester dans le réel ? La conséquence est que le film est un peu trop rationnel et pas assez ludique.

Si l’on revient aux modèles évoqués plus haut que sont David Fincher et David Lynch, on se rend compte dans le premier cas que ses scénarios sont tendus au possible, jouant constamment avec le spectateur en le poussant de fausse piste en fausse piste, le tout avec un rythme suffisamment posé pour qu’on ait pas l’impression de survoler l’intrigue, mais aussi suffisamment alerte pour que l’on ne voit pas le temps passer : tout y est efficace. A l’inverse dans le Twin Peaks de David Lynch, le rythme est assez lent, mais l’exploration du passé de Laura Palmer fait resurgir des secrets vraiment très sombres, au point de basculer dans le fantastique, créant une ambiance fascinante.

Le script de Disparue en hiver, n’est ni purement efficace, ni fascinant. Le personnage de Kad Mérad manque d’intensité, les personnages secondaires ne sont pas assez approfondis, pour que l’on soit ému, effrayé, suspendu à ce qu’il se passe à l’écran.

Il lui manque la petite étincelle qui fait passer d’un bon film à un film référence.

Disparue dans les salles

Pour sa première semaine d’exploitation, le film n’est pas rentré dans le top 10 des meilleures entrées, ce qui implique moins de 70 000 entrées, soit à peu près rien. Est-ce par lassitude de voir l’omniprésent Kad Mérad ? Ce serait dommage, car son rôle ici n’a rien à voir avec ceux qu’il peut avoir dans RTT ou On a marché sur Bangkok. Si Disparue en hiver ne révolutionne pas le monde du polar, il propose une intrigue solide et une réalisation soignée : les amateurs devraient avoir une bonne surprise en allant le voir.

Disparue en hiver – Bande-annonce

Fiche Technique : Disparue en hiver

France – 2015
Réalisation: Christophe Lamotte
Scénario: Christophe Lamotte, Pierre Chosson, Arnaud Louvet, Marc Syrigas
Interprétation: Kad Mérad (Daniel Vernant), Lola Creton (Laura), Géraldine Pailhas (Christine), Pierre Perier (David)
Date de sortie: 21 janvier 2015
Durée: 01h40
Genre : Policier, Thriller
Chef-opérateur: Philippe Guilbert
Musique: André Dziezuk
Producteur: Stéphane Marsil, Nicolas Steil
Production: Hugo Productions, Iris Productions

Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2015 – Jour 3

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Les pérégrinations d’un reporter au festival du film Fantastique de Gérardmer 2015 :  Mariage, Sexe et Nuit Décevante

Cinq heures de sommeil et puis on y retourne. Tous les cafés du monde ont du mal à me remettre en selle mais il faut bien. Aujourd’hui, le programme est composé de six films, commençant à 14h pour finir à 06h du matin, Nuit Décalée immanquable oblige. Il se trouve que le premier film est une œuvre venue de Lettonie, directement sélectionné en compétition. Ce même film que mes « voisins de fauteuils » de la veille m’avaient chaudement recommandé (« c’est de la merde ! »). On va voir ça, les gars. En attendant, je retrouve un sympathique cinéphile déjà croisé au FEFFS accompagné d’une de ses amies. On s’installe l’un à côté de l’autre dans la salle, échangeant sur la programmation, nos films vus et nos études communes respectives. Fort sympa. A cet instant, on ne se doutait pas encore que l’on allait se retrouver pris au milieu du moment WTF du festival. Le générique du festival vient de démarrer, le son se met en sourdine et un responsable de l’organisation vient devant la scène. Il appelle un certain Frédéric et une Véronique à se lever. Et il prononce cette phrase totalement inattendue dans ce contexte « Véronique, Frédéric vous demande en mariage. Donc Véronique, acceptez-vous Frédéric en mariage ? ». Je n’ai pas d’autre expression : « WHAT THE F#CK ?!! ». Interrogation collective du public pendant une seconde avant que les hurlements de joies, les sifflets et les applaudissements retentissent dans la salle. Et elle accepte. On a connu cependant plus romantique (surtout quand vous verrez la note du film en question). Le public se marre, demande à l’époux de se mettre à poil (lune de miel dans la foulée) et de payer un coup à toute la salle. Totalement surréaliste, totalement incroyable, totalement Gérardmer. Mais pas le temps de se remettre de ses émotions que le film démarre.

[EN COMPETITION] The Man in Orange Jacket

Réalisé par  Aik Karapetian (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Suite à son licenciement, un jeune homme poursuit à la trace son ancien patron et sa charmante épouse. Au travers d’événements tous plus sanglants les uns que les autres, il tente d’échapper à son propre passé et, en s’installant dans la superbe demeure de son patron, de se construire une nouvelle identité en y menant une vie luxueuse. Mais rien ne le prépare à la visite surprise d’un invité qu’il semble vaguement connaître…

Contrairement à nos amis de la veille, je n’irais pas jusqu’à dire que ce film est aussi mauvais que ce qu’on m’en a dit (même si j’ai l’impression d’être le seul à le sauver). Mais il est vrai que The Man in the Orange Jacket est un film horriblement mutique, terriblement lent au scénario symbolique mais totalement vide et aux thèmes controversés propres à la culture cinéma des pays de l’Est (meutre froid, sexe, prostitution, rapport des classes, etc.). On repense dans la foulée à The Tribe qui avait grandement divisé le festival de Cannes. C’est polémique et ça se veut subversif en étalant des scènes gratuites et vulgaire. De plus, ça ne dure que 70 minutes, mais c’est long, terriblement long avec des plans fixes rallongés. Sans compter un vrai problème de rythme. Mais au final, je ne sais pas trop quoi en penser. Ce qui pourrait paraître lourd devient paradoxalement sa qualité, je parle ici des symboliques du film. On sent que le letton veut montrer une classe sociale qui souffre de son oppression venant de la classe des riches. Il est tout naturel qu’à force d’être oppressé, il souhaite prendre sa place. Ces disparités enlèvent ainsi toute frontière entre l’état civilisé et l’état sauvage d’où ces meurtres d’une brutalité sans nom. Et comme toute classe qui reprend le pouvoir, une autre derrière souhaite également le reprendre, s’illustrant dans les hallucinations du personnage principal. Et le film  s’empêtre dans une succession de scènes où toutes les pulsions animales d’un homme dont le pouvoir semble lui permettre ses folies (fellation sous l’eau, uriner sur des prostitués, nécrophilie, meurtre de sang-froid, etc.). En dehors de ça, il faut reconnaître que si l’ensemble manque de sens, la mise en scène est d’une beauté effarante avec ses plans cadrés finement et sa lumière froide et envoûtante. La musique et les effets sonores sont travaillées et maintiennent notre intérêt en haleine. Il y a quelque chose qui fascine et qui paradoxalement nous abandonne dans ce film. Peut-être que The Man in the Orange Jacket est un long métrage qui passionne par sa forme travaillée mais beaucoup moins par sa narration exigeante. Un OFNI du festival que le public n’a pas hésité à lyncher en fin de séance.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆

[HORS COMPETITION] Réalité

Réalisé par  Quentin Dupieux (2014). Sortie en salles le 18 février 2015. 

Synopsis : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…

A l’occasion de cette avant-première, le Festival a invité Jonathan Lambert et Elodie Bouchez, tous deux interprètes du film. Le temps d’une présentation rapide et d’un speech très drôle que Jonathan Lambert nous révèle qu’au Festival de l’Alpe d’Huez, les gens avaient trouvé le film plus fantastique que comique. Il est donc ravi d’être à Gérardmer mais craint que le public géromois ne trouve ici le film plus comique que fantastique. Pas grave serait-on tenté de dire, l’expérience Quentin Dupieux est à prendre dans tous les festivals. Et celui-ci n’échappe pas à la règle et pousse encore plus loin les limites méta du cinéma et du film dans le film (dans le film). Visuellement, Mr. Oizo nous offre des cadres toujours aussi beaux et dont les mouvements de caméra sont d’une sensible fluidité. Regarder un Dupieux, c’est déjà un plaisir des yeux. Tout le film fait s’entremêler différentes histoires qui étonnamment trouvent toute une cohérence et un lien commun. Du non-sens sensé pourrait-on dire. A l’humour toujours aussi absurde, les récits décollent du premier degré pour atteindre un niveau impossible à expliciter. Inclassable, on en vient parfois à se demander si Dupieux ne tourne pas en rond depuis quelques films et tombent dans la vanité de son identité. « C’est du putain de génie » s’écrie un personnage du film. Est-ce-que c’est adressé à son géniteur ? Ou comme ce petit détail drôle et mégalo où l’on peut lire sur la façade d’un cinéma le titre « Rubber 2 ». On regrettera qu’il n’achève pas son récit sur ce principal d’un lycée qui s’habille en femme. A l’inverse, il donne toute l’importance de son film au segment d’Alain Chabat,  en quête d’un gémissement à Oscars. Bien sûr, les situations de non-sens amusent toujours et on s’esclaffera devant un Alain Chabat collé à son siège devant un Michel Hazanivicius chargé de lui remettre un prix. Au fond, Dupieux devrait presque devenir un adjectif pour définir ce style d’humour si particulier, si inclassable. Le projet amuse donc toujours autant mais l’on peut se demander si le cinéma Dupieux ne commence pas à trouver ses limites et qu’il serait temps de revenir à ce qui faisait le charme d’un Rubber ou d’un Wrong.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

[EN COMPETITION] It Follows

Réalisé par David Robert Mitchell (2014). Sortie en salles le 04 février 2015.

Synopsis : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et à l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Face à cette malédiction, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire aux horreurs qui ne semblent jamais loin derrière… 

Depuis l’annonce de la programmation, It Follows fait figure de favori pour le Grand Prix du Jury. Il faut dire que le film, sélectionné à Cannes (étonnant pour un film de genre) a été incontestablement acclamé par le public. Il n’en fallait pas plus pour créer un engouement autour de ce film qui en quelques mois est devenu LE film d’horreur à voir. Pas étonnant qu’il soit présent en compétition et je peux désormais confirmer une chose, It Follows est la claque attendue et ne repartira assurément pas bredouille du Festival. Second long-métrage de David Robert Mitchell, It Follows reprend ce qui fait déjà le thème central de ses courts-métrages, à savoir le sexe et plus précisément le dépucelage. Pour son géniteur, la découverte de sa sexualité peut paraître effrayante. Et ici, il est vrai qu’on revient au thème central des films d’horreur des années 80, à savoir le sexe comme vecteur de la dépravation des personnages. On se souvient que les personnages les plus « ouverts » étaient destinés à des morts atroces, et seule la « sainte vierge » trouvait son salut et sa survie. Ici, le réalisateur reprend ce même postulat mais broie les codes pour se concentrer sur un ensemble d’angoisses adolescentes (sexe, famille, ami, désir de fuir). David Robert Mitchell ne cache pas ses références et on sent son amour pour le cinéma de Carpenter, à travers cette bande-son au synthé, avec des accents de noise moderne. Quatre notes se battent en duel mais donnent au film un cachet incroyable participant à son ambiance onirique et effroyable. La mise en scène s’illustre également par des plans séquences, des panoramiques et des zooms progressifs sensibles. Un travail de l’image remarquable donc. Le réalisateur déclare même avoir pensé sa lumière avant même les phases de casting et de décors. Il lui fallait cette ambiance unique, qu’il obtient ici sans mal. Ajouté à cela un casting tout en retenu, émouvant de sensibilité et de complicité, et It Follows vous emportera en des terres sacrées où l’effroyable vous suivra sans relâche. Je ne saurais trop vous en dire plus sur le scénario pour éviter de vous gâcher la surprise mais sachez que It Follows est une expérience onirique et glaciale qui vous donnera la chair de poule. Une réussite, tout simplement.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Le temps de boire un café avec les connaissances du premier film de la journée qu’il est grand temps de découvrir cette fameuse Nuit Décalée que les habitués de Gérardmer connaissant bien. La file d’attente est immense, des centaines de spectateurs attendent plus d’une heure dans le froid, on prend du retard sur le début des projections. Mais on entre enfin dans la salle. On s’installe et une ambiance particulièrement festive se dévoile sous nos yeux.

On nous présente une vidéo de l’INA, où Maité et son assistante nous montrent une recette pour cuisiner l’anguille (une vidéo immanquable à voir ICI). La situation est ridicule et la salle se met à pouffer de rire. Et puis, changement de disque : « J’ai bien mangé, j’ai bien bu » de Patrick Topaloff. Les organisateurs viennent habillés en Maité, en cuistot et consorts. On nous présente les films de ce soir, et une bataille de boule de neige s’ensuit dans la salle (!!!). C’est dingue. On se marre comme pas permi. Ca s’annonce très bien. Ca hurle, ça siffle, ça se bidonne. L’ambiance est bouillante comme pas possible. Et pourtant, on va vite déchanter avec le premier film. 

[NUIT DECALEE] American Burger :

Réalisé par Bonita Drake & Johan Bromander (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Un bus, avec à son bord une horde de lycéens américains, fait un tour d’Europe et s’arrête au cœur d’une forêt afin qu’ils visitent une usine de « hamburgers 100% américains » comme le proclame fièrement son slogan publicitaire. Malheureusement pour ces jeunes, les cuisiniers ont besoin de chair fraîche… Les lycéens vont alors devoir fuir pour échapper au massacre et tenter de survivre…

Tragique visionnage que celui de American Burger. C’était extrêmement pitoyable. Pas dans le sens où l’on peut se marrer avec ses potes, avec quelques bières et de la pizza. Non c’était juste très TRES mauvais. Rien n’est drôle, tous les gags tombent à plat et le découpage du film est catastrophique. Tout le sujet se prêtait pourtant bien au jeu d’une nuit décalée avec des cinéphiles déjantés qui auraient pu jubilé. Mais American Burger loupe immanquablement tout ce qu’il entreprend. Le gore n’est jamais poussé à l’extrême ou l’absurde. Quelques rictus des zygomatiques apparaissent le temps d’une scène ou deux mais l’ensemble de la salle fait grise mine. L’interprétation des acteurs est complètement raté, ni trop grotesque pour en rire, ni trop prise au sérieuse pour en rire au second degré. Même la campagne de crowndfunding sur Indiegogo avait été ratée, ne récoltant que 3% de la somme espéré. C’est dire si le projet sentait déjà le sapin. American Burger a considérablement anéanti l’humeur des festivaliers, complètement refroidis, qui ont du mal à se remettre en selles pour la seconde projection. C’est certain, la Nuit Décalée a été complètement ratée à cause d’American Burger. C’est triste tant les festivaliers sont habitués à des films foutraques qui provoquent des hurlements, des rires jusqu’à pas d’heures dans la nuit. A mes copains d’hier qui s’insurger contre The Man in the Orange Jacket, ça « c’était de la merde ! ». L’énorme déception de ce festival.

Note de la rédaction : ☆☆☆☆☆

[NUIT DECALEE] Zombeavers :

Réalisé par  Jordan Rubin (2013). Sortie annoncée en DVD/Blu-Ray le 17 février 2015. 

Synopsis : Trois étudiantes sexy partent pour un weekend entre filles dans la classique hutte isolée au fond des bois. Tout baigne au soleil mais, au milieu du lac, il y a un drôle de barrage de castors, d’où suinte une substance vert-pomme. Cette décharge toxique a engendré une fièvre ravageuse… les timides rongeurs renaissent en stratèges carnivores : les ZOMBEAVERS. Les petits amis hypersexués des filles finissent par arriver pour un grand final gore à la nuit des casmorts vivants.

Vu à l’occasion du FEFFS, je me laisse donc retenter par un second visionnage dans un contexte geromois propice à la déconne. En compagnie de mes potes cinéphiles de chez SensCritique, on rit plus qu’à Strasbourg. Il est vrai qu’en comparaison du précédent, celui-ci aurait presque tous les atouts du chef d’œuvre navrant. Les rires s’élèvent davantage dans la salle mais on sent que l’ambiance est tiède. A la fin du film, les 2/3 des spectateurs quittent la salle, n’attendant plus rien du dernier film. Ils repartent avec un sentiment de déception palpable. Ce qui devait être l’évènement du festival est assurément son plus gros échec. Aux chargés de programmation du festival, il faudra du lourd l’année prochaine pour la Nuit du samedi. Zombeavers passe donc mieux qu’à Strasbourg mais mon appréciation ne change pas. Je vous renvoie à la critique express réalisé lors du FEFFS pour avoir mes impressions plus larges sur ce navet assumé mais paresseux.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆ 

Il est 4h00 et nous rentrons dormir avec mes camarades SensCritique. Avant d’allonger ma tête, je me laisse tenter à l’exercice d’un pronostic sur le palmarès de ce festival, après avoir visionné les trois-quarts des films de la compétition. Ce que je peux déjà dire, c’est que la compétition a été de bonne qualité et j’avoue qu’il est difficile de trouver un film assuré pour un prix précis. On verra demain si mon jugement est sensiblement le même que celui des Jurys. Sur ce, bisous endiablés.

PRONOSTIC Palmarès

Grand Prix du Jury
It Follows ou Goodnight Mommy
Prix du Jury
Ex-Machina et/ou Honeymoon
Prix du Public
It Follows ou The Voices
Prix de la Critique
It Follows ou Goodnight Mommy
Prix du Jury Jeunes
It Follows
Prix du Jury Sy-Fy
Cub ou The Signal

37è Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand

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Présentation et atmosphère du 37è Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand

Les meilleures idées partent souvent de gens simples et passionnés. C’est ainsi que le Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand naît en 1979, initialement de discussions et de l’imagination estudiantines.

Aujourd’hui, le bébé a bien grandi. Il est devenu un mastodonte même, une véritable institution, la plus importante manifestation consacrée au court-métrage dans le monde. Avec plus de 3000 professionnels accrédités, dont un tiers venu de l’étranger, et un public toujours plus nombreux dans les salles, il est aujourd’hui, en termes de fréquentation, le deuxième festival de cinéma français après Cannes. C’est surtout un foisonnement, un fourmillement, une explosion de créativité, soutenue par une région entière, le CNC, l’Union Européenne, et reconnue internationalement.

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Rien que regarder la grille des programmes, avec ses codes de couleur, ses jours pairs et impairs, peut donner le vertige. Mais le festival n’en demeure pas moins un moment de rencontres en tout genre, où les talents émergent de tous les continents, espèrent se distinguer peut-être, se faire remarquer par les producteurs dans le cadre du marché du film court et surtout, écrire demain l’Histoire du 7éme Art. Car non, le court-métrage n’est pas un sous-genre. Et oui, nombreux sont les cinéastes à avoir fait leurs premières armes dans la capitale auvergnate : Jean-Pierre Jeunet, Cédric klapisch, Eric Rochant ou Jane Campion, entre autres…

Autant dire que la machine est bien huilée, grâce à la formidable passion et le professionnalisme de l’association Sauve qui peut le court-métrage, et des 300 bénévoles participant à l’organisation. Ce grand festival parfaitement rôdé en est à sa 37ème édition. La Maison de la Culture, malgré la grisaille et la neige fondue, arbore fièrement ses étendards. Mais si l’on veut parcourir l’ensemble du festival auvergnat, la compétition nationale, la compétition internationale, la compétition labo entres autres, il faut se déplacer. Car à Clermont-Ferrand, le festival créée l’événement, l’engouement du public va crescendo chaque année (plus de 160000 entrées en 2014), et une quinzaine de complexes cinématographiques, de l’ancienne Gare Routière en passant par la Place de Jaude, jusqu’à Mont-Ferrand, sont réquisitionnés. Heureusement, le petit tram rouge sur pneu, vous guidera, au gré de vos envies, dans un centre-ville des plus agréables…

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Le marché du court, 2015

Du 30 janvier au 7 février 2015, c’est l’effervescence : 58 films/élus sélectionnés en compétition nationale, 79 en compétition internationale, 34 films sélectionnés dans la compétition labo, et beaucoup d’événements annexes. Clermont-Ferrand qui est déjà un peu le centre de la France, devient en une semaine, le centre du monde pour les cinéphiles friands de petites perles venues des cinq continents.

C’est dire que même un marathonien ne pourrait tout voir ! Une sélection s’impose, forcément subjective, partielle et partiale, faite de visionnages, de moments d’émotions en tout genre, et de rencontres aussi. Muni d’une petite sacoche tricolore flashy, qui apportera quelques touches de couleurs dans un Clermont un peu gris jusqu’ici, CineSeriesmag est là. Pour vous offrir son éclairage, sa vue d’ensemble, ses choix…

Les 3 compétitions du Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand :

Les trois compétitions regroupe environ 160 films sélectionnés parmi près de 8000, reçus des quatre coins du monde. Hier, près de 3000 personnes ont assisté au 37è Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand, une ouverture marquée comme chaque année par beaucoup de variété.

Compétition nationale (58 films, dont 12 co-productions internationales)

Jury : Abd Al Malik (auteur, compositeur, artiste interprète, réalisateur); Claire Burger (réalisatrice, scénariste); Thomas Cailley (réalisateur, scénariste); Christian Rouaud (réalisateur, écrivain), Lyes Salem (réalisateur, comédien), nominés pour le César du Meilleur premier film, respectivement pour Qu’Allah bénisse la France, Party Girl et Les Combattants

8 balles de Franck Ternier
A Ciambra de Jonas Carpignano
Aïssa de Clément Tréhin-Lalanne
Autogrill de Théophile Gibaud
Beach Flags de Sarah Saïdan
Black Diamond de Samir Ramdani
Burundanga d’Anaïs Ruales
C.O.D. et le coquelicot de Cécile Rousset, Jeanne Paturle
Cambodia 2099 de  Davy Chou
Carapace de Flora Molinié
La chair de ma chère de Antoine Calvin Blandin
Chaud lapin de Flora Andrivon, Soline Béjuy, Maë Berreur, Géraldine Gaston, Alexis Magaud
Daphné ou la belle plante de Sylvain Derosne, Sébastien Laudenbach
Le dernier des céfrans de Pierre-Emmanuel Urcun
Les enfants de Jean-Sébastien Chauvin
Essaie de mourir jeune de Morgan Simon
Les fantômes de l’usine de Brahim Fritah
Guy Moquet de Demis Herenger
Hillbrow de Nicolas Boone
Ich bin eine de Tata Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier, Hugo P. Thomas
L’île à  midi de Philippe Prouff
The Invention of the Desert de Thibault Le Texier
Les invisibles de Akihiro Hata
Je repasserai dans la semaine de Alizés Cholat, Sophie Devautour, Loic Espuche
Jonathan’s Chest de Christopher Radcliff
Journée d’appel de Basile Doganis
K-Nada de Hubert Charuel
Leftover de Tibor Bànòczki, Sarolta Szabo
Limbo Limbo Travel de Zsuzsanna Kreif, Borbála Zétényi
Lion in Helsinki de Robert Ly
Ma manman d’lo de Julien Silloray
Mamie, Vanya et la chèvre de Daria Yurkevich
Man on the chair de Dahee Jeong
Maniac Bo de Mirosseni
Mon bras armé de Mathilde Nègre
Mon héros de Sylvain Desclous
Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico
La nuit des jours de Emma Vakarelova
Les oiseaux-tonnerre de Léa Mysius
People are Strange de Julien Hallard
Perrault, La Fontaine, Mon Cul ! de Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Hugo P. Thomas
Le plongeon du homard de Jenny Teng
Printemps de Jérôme Von Zilw
Renée R. de Lisa Reboulleau
Sécheur de Scott Noblet
Son seul de Nina Maïni
Splintertime de Rosto
Stella Maris de Giacomo Abbruzzese
Tant qu’il nous reste des fusils à pompe de Jonathan Vinel, Caroline Poggi
Tarim le Brave contre les Mille et Un Effets de Guillaume Rieu
Tempête sur anorak de Paul Cabon
Terremere de Aliou Sow
Territoire de Vincent Paronnaud
Think Big de Mathieu Z’Graggen
Tišina Mujo de Ursula Meier
Ton coeur au hasard de Aude-Léa Rapin
Une chambre bleue de Tomasz Siwinski
Vous voulez une histoire ? – Undead 8 de Antonin Peretjatko

Compétition internationale (79 films venus de 59 pays)

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Jury : Cherien Dabis, réalisatrice, scénariste, actrice, productrice
(Etats-Unis, Palestine); Chris Landreth, réalisateur, animateur-graphiste, scénariste, producteur (Canada); Javier Rebollo, réalisateur, scénariste (Espagne); António Rodrigues, programmateur, auteur (France, Brésil); Tan Chui Mui, réalisatrice, scénariste, productrice, monteuse (Malaisie)

A Million Miles Away de Jennifer Reeder (Etats-Unis)
A Single Life de Job Roggeveen, Joris Oprins et Marieke Blaauw (Pays-Bas)
A Warm Spell de Toshimichi Saito (Japon)
The Beaten Path de Phurba Tshering Lama (Inde)
Beauty de Rino Stefano Tagliafierro (Italie)
Beeke de Charlotte Rolfes (Allemagne)
The Bigger Picture de Daisy Jacobs (Royaume-Uni)
Birthday in Chongqing de Yichuan Hu (Chine)
The Bravest, the Boldest de Moon Molson (Etats-Unis)
The Call de Zamo Mkhwanazi (Afrique du Sud)
Completo de Ivan D. Gaona (Colombie)
El Corredor de José Luis Montesinos (Espagne)
County State USA : Sweet Corn de Jonathan Nowak (Etats-Unis)
Crocodile de Gaëlle Denis (Royaume-Uni)
Cuentos excepcionales de un equipo juvenil femenino. Capiitulo I : Las Aracnidas de Tom Espinoza (Argentine, Venezuela)
De Smet de Wim Geudens (Pays-Bas, Belgique)
Deep Space de Bruno Tondeur (Belgique)
Démontable de Douwe Dijkstra (Pays-Bas)
Dinner For Few de Nassos Vakalis (Grèce, Etats-Unis)
Fan Fan de Chia-Hsin Liu (Taiwan)
The Fish that Drowned de George Sikharulidze (Géorgie, Etats-Unis)
Fuligem de David Doutel (Portugal)
Futile Garden de Ghazaleh Soltani (Iran)
Grace Under Water d’Anthony Lawrence (Australie)
Guilty de King Fai Wan (Chine, Hong-Kong)
Guy Moquet de Demis Herenger (France)
Hipopotamy de Piotr Dumala (Pologne)
Hjonabandssaela de Jörundur Ragnarsson (Islande)
Hole de Martin Edralin (Canada)
Hosanna de Young-Kil Na (Corée du Sud)
Hot Nasty Teen de Jens Assur (Suède)
Inspection de Gala Sukhanova (Russie)
Interior. Familia. de Gerard Quinto, David Torras et Esteve Soler (Espagne)
Irène d’Alexandra Latishev (Costa Rica)
Izlaz U Slucaju Opasnosti de Vladimir Tagic (Serbie)
Ja vi elsker de Hallvar Witzo (Norvège)
Jane’s Wedding de Cole Stamm (Philippines)
Jour J de Julia Bünter (Suisse)
Last Trip Home de Fengyu Han (Singapour)
La Légende Dorée d’Olivier Smolders (Belgique, France)
Lystopad de Masha Kondakova (Ukraine)
Makkhi d’Umesh Kulkarni (Inde)
Maryam de Sidi Saleh (Indonésie)
Minsu Kim In Wonderland de Chan-Yang Shim (Corée du Sud)
Modernidad de Roberto Barba Rebaza (Pérou)
Moul Lkelb (L’homme au chien) de Kamal Lazraq (Maroc, France)
Nieprawdopodobnie Elastyczny Cztowiek de Karolina Specht (Pologne)
Nino de metal de Pedro Garcia-Mejia (Mexique, Colombie)
No Free Lunch de Leeron Revah (Israël)
The Nostalgist de Giacomo Cimini (Royaume-Uni, Angleterre)
Not Working Day de Shijie Tan (Singapour)
L’Offre de Moïra Pitteloud (Suisse )
Oh Lucy ! d’Atsuko Hirayanagi (Japon, Singapour, Etats-Unis)
Parking d’Ivaylo Minov (Bulgarie, Royaume-Uni, Angleterre)
Père de Lotfi Achour (Tunisie, France)
Peregon de Ruslan Akun (Kirghizstan)
Perrault, La Fontaine, Mon Cul ! de Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma (France)
Persefone de Grazia Tricarico (Italie)
Pilots on the Way Home d’Olga Pärn et Priit Pärn (Estonie, Canada)
Port Nasty de Rob Zywietz (Royaume-Uni, Angleterre)
Prends-moi d’André Turpin et Anaïs Barbeau-Lavalette (Canada, Québec)
Rabie Chetwy de Mohamed Kamel (Egypte)
Return de Ryan Heron (Nouvelle-Zélande)
Ricsi de Gabor Hörcher (Hongrie)
Roadtrip de Xaver Xylophon (Allemagne)
Rodlos de Kira Richards Hansen (Danemark)
Salers de Fernando Dominguez (Argentine)
Samantha de Francisco Rodriguez (Chili)
Sem Coraçao de Tiäo et Nara Normande (Brésil)
Smile, and the World Will Smile Back d’Abdelkarim Al-Haddad, Ehab Tarabieh, Yoav Gross, Diaa Al-Haddad et Shada Al-Haddad (Israël, Palestine)
Somewhere Down the Line de Julien Regnard (Irlande)
Sthorzina de Radu Mihai (Roumanie, Macédoine, Serbie)
That Day of the Month de Jirassaya Wongsutin (Thaïlande)
Thread de Virginia Kennedy (Malaisie)
Till Day’s End d’Amitai Ashkenazi (Israël)
Une idée de grandeur de Vincent Biron (Canada, Québec)
Las Ventanas de Maryulis Alfonso Yero (Cuba)
Vicenta de Carla Valencia (Equateur / Animation)
Zarautzen erosi zuen d’Aitor Arregi (Espagne)

Compétition LABO (34 films de 23 pays)

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Jury : Wang Bing, cinéaste, producteur (Chine); Lois Patiño, réalisateur, artiste vidéo, scénariste, producteur (Espagne); Fredo Viola, chanteur, compositeur, artiste multimédia (Etats-Unis)

365 de Myles McLeod (Royaume-Uni, Angleterre)
Beach Week de David Raboy (Etats-Unis)
Blood Brothers de Marco Espirito Santo et Miguel Coimbra (Portugal)
Cams de Carl-Johan Westregard (Suède)
Caravan de Keiran Watson-Bonnice (Australie)
Contratempo de Bruno Jorge (Brésil)
Cutaway de Kazik Radwanski (Canada)
Dans la joie et la bonne humeur de Jeanne Boukraa (Belgique)
De Schnuuf de Fabian Kaiser (Suisse)
Exuvie d’Emmanuel Lantam-Ninsao (France)
Filme Som de Cesar Gananian et Alexandre Moura (Brésil)
La Flèche Delta de Francesco Vecchi (France)
Fok Nabo Distorio de Francesco Rosso (Estonie)
Hes the Best de Tamyka Smith (Etats-Unis)
Historia Natural de Julio Cavani (Brésil)
The Hole de Bongsu Choi (Corée du Sud)
Killer? de David White (Nouvelle-Zélande)
Let Me Down Easy de Matthew De Filippis et Elisia Mirabelli (Canada)
Loop Ring Chop Drink de Nicolas Ménard (Royaume-Uni, Angleterre)
My Dad de Marcus Armitage (Royaume-Uni, Angleterre)
Newborns de Megha Ramaswamy (Inde)
The Noise de Pooya Razi (Iran / Animation)
Obiekt de Paulina Skibinska (Pologne)
The Obvious Child de Stephen Irwin (Royaume-Uni, Angleterre)
Onder Ons de Guido Hendrikx (Pays-Bas)
The Palace on the Sea de Midi Z (Taiwan)
S de Richard Hajdu (Royaume-Uni, Angleterre, Hongrie)
Sao Hoa Noi Day Gieng de Freddy Nadolny Poutoschkine et Minh Quy Truong (France, Vietnam)
Ser e voltar de Xacio Bano (Espagne)
Sieben Mal am Tag beklagen wir unser Los und nachts stehen wir auf, um nicht zu de Susann Maria Hempel (Allemagne)
Small People with Hats de Sarina Nihei (Royaume-Uni, Angleterre)
Symphony no. 42 de Reka Bucsi (Hongrie)
Tehran-geles d’Arash Nassiri (France)
Yen Yen de Chunni Lin (Taiwan)

Clermont-Ferrand 2015, c’est aussi :

– une Rétro Chine : « Apprivoiser le Dragon » (6 programmes, 29 films). Jeffrey Chan, jeune producteur originaire de Hong Kong installé à Pékin, résume la situation ainsi : “Avant n’existaient que des films de propagande produits par l’armée et le parti. Notre cinéma est comme un garçon de 10 ans : plein d’énergie, mais encore brouillon.”

– une “Rétro-pédalage” : la petite reine au cœur du court, une rétrospective thématique autour du cyclisme où forçats de la route, amoureux de la petite reine et pédaleurs du quotidien se partagent les premiers rôles sur l’asphalte.

– le 30e Marché du Film Court (31 janvier – 6 février 2015) Clermont-Ferrand accueille aussi un Marché du Film Court, lieu d’échange privilégié des représentants de tous les secteurs du court métrage mondial, unique en son genre. En 2015, Hong Kong sera pour la première fois représenté sur ce Marché.

– L’Atelier, une école éphémère de cinéma (2-6 février 2015) : depuis 2003, l’école d’architecture de Clermont-Ferrand accueille une école éphémère du cinéma : L’Atelier, regroupement d’écoles, de studios de création, de structures qui forment aux métiers de l’image. La semaine du festival, ces différentes institutions mettent en commun leurs savoir-faire en organisant différents ateliers ouverts aux festivaliers, aux scolaires et au grand public. Regarder, écouter, poser des questions, pratiquer telles sont les possibilités qu’offre l’Atelier.

– D’autres programmes encore : carte blanche à Envie de Tempête (films choisis par le producteur lauréat du Prix Procirep 2014, Frédéric Dubreuil),  NFA (deux programmes de la Netherlands Film Academy (Pays-Bas), orientée vers les films artistiques, les productions destinées à la télévision et nouveaux médias de pointe);  Regards d’Afrique (Courts métrages africains francophones);  Court d’histoire (la libération de Paris avec un film emblématique de la résistance); Palestine (il y a quelque part un pays avec des femmes et des hommes qui voudraient vivre normalement. Certains pensent que ce pays n’existe pas. Cinq films qui parlent de la Palestine); Films en région (courts métrages tournés et aidés en régions); Euro Connection (le rendez-vous de la coproduction de courts métrages en Europe); Décibels (découvertes de créations musicales éclectiques et surprenantes); Scolaires (des études de scénarios, un programme de courts et des rencontres avec les réalisateurs); Jeunes publics (plusieurs programmes spéciaux pour les enfants).

Et bien d’autres surprises!…

 

Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 – Jour 2

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Les pérégrinations d’un reporter  au festival du Film Fantastique de Gérardmer 2015 : Harry Potter, Môman et Monsieur Moustache.

Après une première journée chargée en émotions (oui, avec le recul, c’était vraiment beau Ex-Machina), retour à Gérardmer après une courte nuit mais beaucoup de café. Pour des raisons que vous découvrirez dans quelques jours, je n’ai pas pu assister à la première séance de la journée qui était consacré à La Légende de Viy, film hors-compétition qui fût l’un des plus gros succès au box-office russe de ces dernières années. Durant ce créneau, il s’avère que la rédaction  a obtenu un entretien exclusif avec une personnalité du festival. Il sera retranscrit dans un article d’ici quelques jours. Secret sur son nom, pour le moment. Tout-juste vous dirais-je qu’il est membre du jury long-métrage. La salle de presse fût bondée aujourd’hui. Il faut dire que toutes les personnalités du festival ont participé à des interviews à la chaîne. Entretien de vingt minutes, et puis s’en va. Suffisant pour un bon article et puis le festival continue. Alors que cela fait près de trente-six heures qu’il neige sans s’arrêter, laissant certains festivaliers s’adonner aux joies du ski, je compte rester bien au chaud dans les salles de cinéma. La journée d’aujourd’hui sera consacrée à trois films en compétition et c’est avec Jamie Mark is Dead que débutera ce programme. Arrivant tout juste à trouver une place au milieu des fauteuils du cinéma de l’Espace Lac, j’en profite pour converser avec mes « voisins de film ». Ils sont trois quarantenaire, plutôt funs et me parlent cinéma avec un ton familier qui me ravit : « Cool, vous avez déjà vu The Man in Orange Jacket ? -Oui, c’était vraiment de la merde. -Ça, je te le confirme, on s’est fait chié. Le mec, il a pris cinq ans pour faire son film et y’a aucun scénario. C’est juste du contemplatif chiant.» Ok, c’est noté. Ça tombe bien, c’est justement ma séance de 14h de demain. En tout cas, merci les gars de votre franchise. Ahoooouuuuuuuh ! Le fameux cri du loup-garou retentit lors du générique du festival. Les habitués savent de quoi je parle. La séance peut enfin commencer.

[EN COMPETITION] Jamie Mark is Dead

Réalisé par  Carter Smith (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Quand il disparaît, Jamie Marks apparemment ne manque à personne. Sauf peut-être à Adam, qui est hanté par lui…

En 2008, Carter Smith livre un film d’horreur qui a particulièrement retenu l’attention des médias et des fans du genre. Bancal, mais efficace, Les Ruines était un film inattendu où le mal venait d’une plante carnivore. Osé. Photographe d’origine, Carter Smith met sept ans à concevoir son nouveau projet. Un thriller surnaturel couplé à un « teen movie » sur fond de drame social. Ça en fait du genre à traiter. Il est vrai qu’un certain charme se dégage du film. Carter Smith impose avec délicatesse son ambiance froide et abandonnée sur une petite cité du midwest. Une des nombreuses villes au sombre destin à la Detroit, où les centres commerciaux vides jalonnent les routes. Le sujet du film est pesant. Un garçon maltraité par ses pairs est retrouvé mort. Adam qui était dans sa classe ne s’en remet et commence à avoir des visions du défunt, aux ressemblances troublantes avec Daniel Radcliffe/Harry Potter. Jamie Mark is Dead est une sorte de poésie macabre où chacun va apprendre de cette expérience pour aller de l’avant. Malheureusement, le film se complaît trop à suggérer longuement, laissant la baisse de rythme prendre le pas sur la narration. Rien ne semble se dérouler sous nos yeux. Même la dimension familiale semble vaine et tout juste présente pour suggérer le malaise d’existence d’Adam. Et le dénouement achève avec regret une belle histoire mal racontée. La relation surnaturelle entre le monde des vivants et celui des morts trouve heureusement sa force dans ce trio d’acteurs tout en justesse.  Mais ajouté à tout ça, un peu trop de piano pour bien nous faire prendre conscience du drame de la situation, et vous aurez typiquement là le schéma du film sundancien émouvant mais parfois vide. Seul pic narratif sortant le public de sa torpeur somnolente, une scène romantique à coup de « Tu as un beau pénis. Merci, hum.. tes seins sont crémeux. ». Fou rire nerveux collectif, c’est aussi ça le public de Gérardmer. Trouver de l’humour là où il n’y en a absolument pas.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆

[EN COMPETITION] Goodnight Mommy

Réalisé par  Severin Fiala & Veronika Franz (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Dans la chaleur de l’été, deux jumeaux de dix ans attendent leur mère dans une maison isolée en pleine campagne. Quand elle revient le visage entouré de bandages suite à une opération de chirurgie esthétique, plus rien ne semble comme avant. Froide et distante, la mère empêche désormais tout contact avec le monde extérieur. S’agit-il bien alors de leur mère ? Les garçons commencent à en douter et ils vont tout mettre en œuvre pour tenter de découvrir la vérité. Tout, vraiment tout…

Autant le dire tout de suite, malgré son rythme lancinant, on tient là l’un des gros poissons du festival. Prix assuré. Véritable uppercut horrifique qui a su provoquer des cris en fin de séance, Goodnight Mommy faisait déjà figure d’outsider dans ce festival. Produit par Ulrich Seidl (la trilogie Paradis), il raconte avec effroi le doute de deux frères jumeaux qui retrouve une mère au visage bandé qu’ils soupçonnent de ne pas être leur génitrice. Goodgnight Mommy est d’abord le sombre reflet d’un pays reconnu pour ses faits divers (Natascha Kampusch et d’autres faits d’enlèvement et de séquestration). De film contemplatif où les enfants s’amusent dans les champs, on passe à drame psychologique avant d’aboutir au « torture movie » (et non pas porn) implacable. La mise en scène est d’une précision chirurgicale. Les deux réalisateurs se sont amusés à jouer sur l’effet miroir, notamment entre le plan d’introduction et le plan final, ainsi que celui pile au milieu du film où les jumeaux sont face à face. Tout est millimétré et filmé avec une fluidité déconcertante, certains plans ne seraient pas reniés par un certain Terrence Mallick. Mention spéciale aux deux jumeaux épatants, ainsi qu’à cette femme qui sera l’élément déclencheur de la folie du film. Trois acteurs, un huis-clos et vous obtenez là un film horrifique à ne pas mettre devant tous les yeux. Le retournement de situation final peut sembler déjà vu mais il intervient avec une telle maîtrise, une telle finesse, un tel effroi qu’il s’agit incontestablement de l’image choc de ce festival. Les quelques incohérences et maladresses du film n’y font rien, Goodnight Mommy est tout simplement brillant. Les deux réalisateurs s’amusent à jouer avec les attentes et l’effroyable viendra de là où on ne l’attendait absolument pas. A la fin du film, on n’a envie que d’une chose, le revoir !

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[EN COMPETITION] The Voices

Réalisé par Marjane Satrapi (2014). Sortie en salles le 11 mars 2015.

Synopsis : À son travail, Jerry est amoureux de la comptable. Il fait ses confidences à ses animaux de compagnie dotés de la parole : son chat qui le pousse à commettre des meurtres, et son chien plutôt affable…

Pour terminer la journée, j’ai voulu me laisser tenter par un film à l’ambiance kitsch et funky que CSM avait déjà pu voir en avant-première. A l’instar donc de ma confrère Chloé Margueritte qui avait déjà vu The Voices, je dois dire que je me suis laissé tenter par ces recommandations. Et je n’ai qu’une chose à dire. C’était effectivement très bien. Vu dans un contexte géromois idéal où la salle bondée s’esclaffait à chaque dialogue des animaux, à chaque mort absurde, à chaque réplique instantanément culte, The Voices est assurément la séance à voir du Festival. Monsieur Moustache fait déjà parti des chats cultes du cinéma. Déjà récompensé du Prix du Nouveau Genre à l’Etrange Festival, l’humeur joviale de la salle nous a donné quelques indices sur un candidat potentiel au Prix du Public, qui ne serait pas démérité.

Je vous laisse aller lire la critique plus développée de The Voices de Chloé Margueritte. Vous auriez tort de refuser ce petit moment d’humour noir pop et très coloré.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Au sortir de la salle, la neige a cessé de tomber et je m’en vais retrouver mon hébergeur de la soirée dans un bar au milieu de la ville. A peine arrivé à ma voiture qu’un homme habillé aux couleurs du festival toque à ma fenêtre et me demande ma direction. Voyant que je ne vais pas dans la sienne, il me demande néanmoins de le déposer à un rond-point à un kilomètre. C’est que je suis déjà la bourre et je fais attendre le type qui m’héberge…bon allez, monte mec ! A bord de la voiture, il me dit qu’il est bénévole, passionné de cinéma, autodidacte et qu’il souhaite devenir cinéaste. Le temps d’échanger nos Facebook que nous arrivons à destination. Nous nous souhaitons mutuellement un bon festival. Bref rencontre. Je te dis bon vent, l’ami ! J’arrive donc avec un important retard au bar. J’y rencontre un homme seul, accoudé à une table. Je m’excuse mille fois auprès d’Éric, un trentenaire sympathique que j’avais très brièvement rencontré à Strasbourg et avec qui j’avais conversé sur SensCritique, fameux réseau social indispensable pour tout consommateur de culture. Un mec incroyable qui revient d’un séminaire de Barcelone dans l’urgence pour être sûr d’assister au Festival de Gérardmer. Ça, c’est de la passion ! Le temps de boire une bière et de discuter cinéma, Gérardmer, boulot pendant une heure et demi qu’on décide de rentrer se reposer. C’est qu’il est déjà 2h00 du matin et l’ami Éric commence son programme  à 9h et enchaîne avec cinq autres films. Magistral. Sur ce, vous retrouverez également dès demain le compte-rendu d’une nouvelle journée chargée avec du film letton, du Quentin Dupieux, de l’ultra-favori It Follows et de la cultissime Nuit Décalée qui donne toutes ses lettres de noblesse au festival. Bisous horrifiques.

Les Nuits d’été, un film de Mario Fanfani : critique

C’est assez déstabilisant de voir à quel point les hommes qui se travestissent en femmes dans le cinéma Français récent sont conventionnels. Ainsi, dans Une Nouvelle amie, Virginia n’aspirait qu’à faire du shopping et porter du vernis à ongles quand son amie, interprétée par Anaïs Demoustier, faisait sa petite révolution personnelle, prenant le pouvoir. Dans Les Nuits d’été, le constat est le même. Le film s’ouvre sur ce qui ressemble faussement à une confession psychanalytique de Michel transformé pour un temps en Mylène.

Synopsis : Dans les années 1950, la France se remet de l’Occupation allemande et fait face à la guerre d’Algérie. Pendant ce temps en province, Michel Aubertin s’adonne à une passion bien légère pour un notaire : le travestissement. La nuit, Michel prend l’identité de Mylène, et devient une femme comme les autres.

« Chérubin n’ira pas à la guerre »

Ce que ce notaire cherche dans la femme ? Être lisse, belle, douce, une femme d’intérieur, une bonne épouse bien bourgeoise et conciliante. Il s’émoustille de l’odeur des robes rangées dans un placard ou de la caresse d’un poudrier sur sa joue. C’est d’ailleurs dans une maison qui tombe en ruine et qui sent la poussière qu’il se transforme, car la société veut en faire un homme, qui plus est un notaire aux allures de Président. Sa femme, il l’aime, cette transformation, ce besoin d’être Mylène, il ne se l’explique pas. Les Épicéas, sa maison, deviennent la « Villa Mimi », soit une bulle où l’on échappe à la guerre d’Algérie qui gronde, et à la société qui bouge. Ici, toute les femmes sont libres, elles le crient, mais loin des regards, au cœur des Cabarets où les chansons vantent l’amour et le désir, l’envie d’être différent. Les scènes dans cette maison, les nuits d’été, se balancent entre longueurs et coups d’éclats (la « surprise » de Mylène), tout comme celles au Cabaret où fanfaronnent des êtres duels, complexes et où un monde clos et sexuel foisonne, vu en partie à travers les yeux d’un jeune soldat un peu déserteur renommé Chérubin et que Jean-Marie/Flavia (superbe Nicolas Bouchaud) prend sous son aile. C’est lui le mécène de tout ce beau monde dont le leit motiv serait un « on ne nait pas femme, on le devient » (leur article 9), mais l’inverse s’accomplit aussi. Quelle place donner à l’homme dans ce climat de guerre où l’on envoie la jeunesse à la mort et où des couturiers habillent le corps des femmes, le souligne, le féminise ?

« Femmes, je vous aime »

La vraie révolution, c’est Hélène qui la mène, sous les traits de l’excellente et trop rare Jeanne Balibar. Les scènes d’intimité dans l’appartement du couple, plus que les scènes de joie collective, sous les plus belles. Hélène (et Jeanne Balibar donc) dépasse le maître des lieux en la personne de Guillaume de Tonquédec, très bien dans rôle au demeurant, mais un peu effacé ici. Si elle est une femme d’intérieur –tenant les comptes et la maison – Hélène assume son corps, l’embellie. Elle prend aussi position dans un discours qui fera scandale et est une des plus belles scènes du film. Dans ses mots, elle s’indigne de cette guerre. Son mari lui coupe la parole en éteignant le micro qui porte sa voix et lui balance « tu m’as fait honte pour la première fois ». Elle aurait dû rester la docile femme de son mari, l’aidant à accéder à un rôle de Président du Cercle. Voilà qu’elle dit non. Cette femme-là habille ses courbes et surtout tend à être l’égale de son mari, dans une scène où elle se plaît à parler de lui, à dire qu’elle peut parler de tout avec lui (à une époque où ça n’allait pas de soi). C’est elle véritablement qui doit devenir femme dans un monde en plein bouleversement : à la fois mère, épouse et aussi féministe peut-être. Il y a un torrent d’amour dans ce couple, d’ailleurs quand Hélène découvre la « double vie » de son mari, ce n’est pas de honte qu’elle parle, mais de douceur et de cette chose unique qu’elle a toujours vue en lui. Elle le redessine avec gourmandise dans la scène qui clôt le film. Un film étrange sur la femme, qui sent un peu la poussière par moment, s’éparpille beaucoup, souffre d’un gros problème de rythme. Il y a cependant un charme qui demeure, quelque chose dans les regards, dans les chansons, dans ces corps qui se mettent en scène, excentriques. Dans les scènes de groupe, on est chez Almodovar (filmant toutes les femmes dans Tout sur ma mère) sans la fantaisie poétique de l’Espagnol, mais Jeanne Balibar a aussi des allures de Fred dans le Laurence Anyways de Xavier Dolan. On a rarement filmé l’inverse : des femmes qui veulent être des hommes. Pourtant, dans les plus beaux films sur le travestissement, il y a les deux, l’homme et la femme contenus dans un même souffle. On a reproché à Ozon d’être misogyne, il a au contraire su créer deux femmes contraires, deux héroïnes. On repense aussi doucement, dans les scènes entre Balibar et Tonquédec, à Céline Sciamma filmant Laure devenant Michael (dans Tomboy) et recevant de sa nouvelle copine (qui la croit garçon) un des plus beaux compliments qui soient : « t’es pas comme les autres ».

Fiche Technique – Les Nuits d’été

Genre : Drame – Sortie le 28 janvier 2015
Réalisateur : Mario Fanfani
Scénariste : Mario Fanfani et Gaël Macé
Distribution : Guillaume de Tonquédec (Michel Aubertin/ Mylène), Jeanne Balibar (Hélène), Nicolas Bouchaud (Jean-Marie/Flavia), Mathieu Spinosi (Chérubin)
Productrice : Lola Gans
Directeur de la photographie : George Lechaptois
Monteur : François Quiqueré
Société de production : 24 mai production