Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 – Dernier Jour

Les pérégrinations d’un reporter  à Gerardmer : Croissants, Space-opera et Palmarès

Un jour sans fin. Cinq heures de sommeil et puis s’en réveille. A l’instar d’hier, la nuit fût courte, trop courte. Qu’importe puisqu’il s’agit de la dernière. Après avoir été récupéré quelques croissants et fait tourner la Nespresso, mon hébergeur, son pote et moi-même évoquons nos palmarès respectifs. A trop vouloir intellectualiser le cinéma fantastique, on craint que le jury ne récompense un film comme The Man in the Orange Jacket. A l’inverse on espère que des films aussi divertissants et intelligents que It Follows et Ex Machina obtiendront quelque chose. L’avenir nous le dira. Mes compères démarrent leur journée très tôt avec la compétition court-métrage. Pour ma part, il ne sera question aujourd’hui du visionnage d’un seul film. Mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du plus attendu et ambitieux de la programmation, le nouveau Wachowski, Jupiter : Le Destin de l’Univers. Première Mondiale à Gerardmer (!!!), la Warner a pris soin de poster des agents de sécurité (pour repérer d’éventuelles enregistrements vidéo) afin d’éviter toute fuite du film, à quatre jours de sa sortie nationale. A mes côtés dans la salle, un petit couple de retraités sympathiques. Ils viennent tous les ans à Gérardmer depuis cinq ans. Et ils viennent de très loin, de Normandie précisément, et profitent également de leur séjour pour aller tâter la poudreuse des pistes. On discute. Il ne se rappelle d’aucun des titres qu’ils ont vu pendant le festival mais semblent avoir apprécié beaucoup de choses. Les lumières s’éteignent et tout le monde met désormais ses lunettes 3D. On fera avec mais foutre-dieu que je les déteste.

[HORS COMPETITION] JUPITER : LE DESTIN DE L’UNIVERS

Réalisé par  Lana Wachowski & Andy Wachowski (2014). Sortie en salles le 04 février 2015.. 
Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais elle enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que celle de gagner sa vie en nettoyant les toilettes des autres. Lorsque Caine, un ancien chasseur militaire conçu génétiquement, débarque sur Terre pour retrouver sa trace, Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre même du cosmos…

Généreux mais terriblement impersonnel. C’est comme ça que l’on pourrait qualifier le nouveau Wachowsky. Depuis Matrix, il est vrai que les deux frangins ont de plus en plus de mal à monter de nouveaux projets. Et c’est fort regrettable car les efforts fournis avec le respectable Speed Racer et l’impressionnant Cloud Atlas n’ont jamais été récompensés, récoltant des échecs successifs au box-office. Avec Jupiter, il s’agit pour eux de la dernière chance pour conserver cette notoriété qui leur permet de monter des gros projets. Pas le droit à l’erreur. C’est donc tout naturellement que les Wachowsky livrent leur film le plus accessible, le plus grand public, le plus sage, le plus lisse. Les deux frangins ont pioché différents récits dans les contes de fées et les ont intégré au genre du space-opera. Jupiter: Le Destin de l’Univers, c’est un peu comme si Cendrillon rencontrait Star Trek. Il est également question d’une histoire familiale, de trahison, d’existence extra-humaine et d’un bestiaire sensiblement proche de celui de la Terre. De ce fait, la trame narrative est donc ultra-classique, maintes fois rabâché et n’est que prétexte à la succession de séquences numériques tout bonnement impressionnantes. Il est vrai que sur le plan visuel, les Wachowski font un boulot énorme et deux séquences se démarquent particulièrement. La première étant une course-poursuite filmée magistralement dans les rues de NY et la seconde, l’explosion dantesque d’une plate-forme situé sur une nouvelle planète. La 3D est correcte, faisant ressortir avec brio les lignes de perspective même si elle ne s’avère toujours pas révolutionnaire (du moins, au point de payer 2€ de plus). En haut de la pyramide, Channing Tattum et Mila Kunis font le boulot avec simplicité et efficacité. Sean Bean est également présent (va-t-il mourir comme dans tous ses films ?). Mais en ce qui concerne Eddie Redmayne, il incarne l’antagoniste le plus tête-à-claque sorti au cinéma depuis bien longtemps. Difficile à dire s’il s’agit d’une interprétation catastrophique et cabotineuse ou d’un choix pleinement assumé. Je pencherais évidemment pour la seconde option, mais il faut reconnaître qu’à chacune de ses apparitions, on lève les yeux au plafond et on secoue la tête de gauche à droite avec dépit. Le générique défile enfin. L’air satisfait, on ressort de la projection avec le sentiment du film qui a accompli son cahier des charges mais qui s’avère terriblement vain et sans autre ambition que de plaire à la cible ado. Un sympathique mais dispensable sous-sous-Star-Wars, en somme. Une fois les lumières rallumées, les petits vieux se tournent vers moi : « J’ai détesté, c’était trop explosif et bruyant pour moi. ». En même temps, il ne fallait pas s’attendre à autre chose pour un film de ce calibre.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

Il est 19h et le festival touche à sa fin. Il ne reste plus que la cérémonie de clôture pour dévoiler enfin le gagnant tant attendu d’une sélection qui fût cette année de très bonne qualité. On peut d’ailleurs y dégager une tendance au cinéma d’auteur, avec ces metteurs en scène aux idées visuelles et scénaristiques propres. Lors de son discours, Christophe Gans dira sa fierté d’avoir eu affaire à un jury avec des convictions et des arguments. Le palmarès a été dur à déterminer car quatre films se détachaient clairement des autres. Ces quatre films tous heureusement primés lors du palmarès final. Christophe Gans dira qu’il a avant tout souhaité « à récompenser un metteur en scène qui ouvre des portes dans notre perception, un metteur en scène qui nous conduit dans cette ligne que j’ai toujours voulu trouver dans les films fantastiques, cette ligne paradoxale entre le rêve et le cauchemar. ». A l’instar de mes pronostics de la veille (assez similaires avec celui du jury), c’est It Follows qui remporte le Grand Prix du Jury et celui de la Critique. Ex Machina, The Voices et Goodnight Mommy sont également honoré.

[PALMARÈS]

Grand Prix du Jury : It Follow

Prix du Jury ex-aequo : Ex-Machna, The Voices

Prix du Public : The Voices

Prix de la Critique : It Follow

Prix du Jury Jeunes & Prix du Jury Sy-Fy : Goodnight Mommy

Un petit rappel sur les films qui méritent le détour, à voir au cinéma ou à leur sortie VoD/DVD/Blu-Ray. Dès le 04 février, je vous recommande fortement It Follows de David Robert Mitchell. Les amateurs de Quentin Dupieux seront ravis de le retrouver en salles dès le 18 février avec Réalité. Retrouvez le jouissif et dopé à l’humour noir The Voices de Marjane Satrapi dès le 11 mars. Et on vient de l’apprendre, Goodnight Mommy bénéficiera d’une sortie en salles, le 22 avril prochain. Ex Machina d’Alex Garland est programmé plus loin, le 27 mai précisément. On espère également une sortie DVD/Blu-Ray dans nos contrées pour What We Do in the Shadows, le film fantastique le plus jubilatoire de ces derniers mois. Le Festival s’achève et il est temps pour moi de rentrer à ma maison. Une fois encore, la neige s’abat sur la ville de Gérardmer. Une météo exceptionnelle cette année comme l’aura expliqué le créateur du festival, Lionel Chouchan. Avant de conclure ces chroniques, je tiens à remercier Clément de l’organisation presse du festival, très disponible, le Grand Hôtel SPA pour son accueil des journalistes, tous les gens avec qui j’ai discuté dans les files d’attente et surtout ceux du réseau social SensCritique que j’ai rencontré. Merci à Éric de m’avoir hébergé et à son pote Julien, deux trentenaires fort sympas. Il me tarde de vous revoir à nouveau et de se faire cette fameuse Soirée Nanar. Gérardmer est un festival à l’ambiance chaleureuse, conviviale, passionnée et c’est cela que j’aime ressentir en allant au festival. C’est une manifestation presque unique en France et si vous êtes un tantinet fan du genre, alors vous devez absolument faire ce festival une fois dans votre vie. Il me tarde d’y retourner l’année prochaine. Je conclus désormais ces chroniques du festival en vous remerciant également de m’avoir lu. N’hésitez pas à me faire part de vos retours (critique ou non). Bisous d’adieux.

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Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

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