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Batman Begins, un film de Christopher Nolan : Critique

Batman Begins : Le Chevalier Noir renaît de ses cendres

Synopsis : Parti aux quatre coins du monde pour apprendre à combattre la criminalité, Bruce Wayne vit rongé par le désir de venger la mort de ses parents. Alors qu’il se retrouve dans une prison au fin fond de l’Himalaya, il fait la rencontre de Henri Ducard, un mystérieux mentor qui va l’initier aux arts martiaux et le faire entrer dans la Ligue des Ombres, une secte composée de ninjas qui ont pour but d’annihiler toute forme de criminalité. De retour chez lui à Gotham City, Wayne va créer un personnage, un symbole sous le nom de Batman, qui va lui permettre d’affronter les criminels qui pourrissent la ville tout en restant le playboy milliardaire qu’il est en public…

Bien que la Warner comptait faire un cinquième opus Batman, toujours réalisé par Joel Schumacher, les studios ont dû abandonner leur projet à la suite de l’échec critique et commercial de Batman & Robin. Il aura donc fallu attendre huit ans pour que le Chevalier Noir renaisse de ses cendres et ce sous la houlette de Christopher Nolan, un réalisateur en qui les producteurs avaient toute confiance avec son travail effectué sur Insomnia. Un cinéaste devenu rentable et doué d’un sens artistique original pour les studios qui, pourtant, n’avait jusque-là jamais été à la tête d’un blockbuster. Son talent et son savoir-faire ont-ils été à la hauteur d’un projet plus coûteux et animé par la pression de millions de fans ? Sans tourner autour du pot, la réponse est oui !

La grande réussite de Batman Begins, Christopher Nolan la doit a bien plus de libertés offertes par la production que sur Insomnia. Au lieu de ne se préoccuper que de la réalisation, le Britannique a pu collaborer avec le scénariste David S. Goyer (la trilogie Blade) et ainsi réinventer le super-héros de bout en bout, livrant au passage ce qui est considéré aujourd’hui comme le tout premier reboot du cinéma. À ne pas confondre avec le remake, dont le but est seulement de moderniser, le reboot consiste à reprendre une franchise de zéro et de la faire partir dans une toute autre direction que l’originale, chose que réussit brillamment Batman Begins. En effet, Nolan fait fi de tout ce qui a été dit dans la saga initiée par Tim Burton allant jusqu’à effacer le côté « super-héros en collant affrontant des méchants plus charismatiques ». Ici, le long-métrage s’intéresse à l’homme sous le masque, ses tourments, ses démons. Bref, Nolan met sous les feux de la rampe le personnage de Bruce Wayne comme jamais, laissant en plan les antagonistes qui, jusqu’à Batman & Robin, avait toute l’attention du public. Une appropriation du personnage, ce dernier devenant sur le coup nolanien au possible (hanté par son passé, animé par ses erreurs…).

Batman devient ainsi le héros de sa propre histoire, ce qui permet au spectateur d’entrer sans aucune difficulté dans un solide mélange entre parcours initiatique et thriller rondement mené garantissant son lot de révélations surprenantes, tout en alliant dramaturgie prenante et humour touchant au but. Chose encore plus étonnante, Nolan et Goyer ont osé prendre des libertés vis-à-vis des comics d’origine, notamment en ce qui concerne certains décors (l’asile d’Arkham en plein Gotham City), accessoires (l’allure bulldozer de la Batmobile) et personnages (Rachel Dawes, totalement inventée). Si le risque de frôler le blasphème pour les fans du super-héros était présent, les deux hommes arrivent à utiliser ces différences au service de leur histoire, et cela fonctionne, ne dénaturant jamais ce qui a fait la force du protagoniste et de ses aventures. De plus, Nolan va même jusqu’à rationaliser le personnage, l’encrant dans une réalité inattendue (adieu l’aspect fantastique-bizarroïde des comics avec ses monstres et autre délires) qui renforce l’impact de ce Batman nouvelle génération sur le public.

Mais le Britannique ne s’arrête pas qu’à son travail sur le scénario, il livre également avec Batman Begins un divertissement de très grande qualité, misant principalement sur le spectaculaire via des plans panoramiques de toute beauté du Canada (pour les séquences dans l’Himalaya) et un montage hautement dynamique qui transforme chaque scène d’action en véritables pépites (principalement la course-poursuite en Batmobile et la séquence du tramway). Le tout servi par une bande son du duo Hans Zimmer/James Newton Howard exceptionnelle, qui procure toutes les sensations attendues dans ce genre de film (émotion, tension, grandiose…). Même, Nolan arrive également à installer une ambiance assez sombre et prenante à l’ensemble grâce aux décors de Gotham City, livrant au passage un superbe hommage visuel à l’un de ses films préférés, le Blade Runner de Ridley Scott.

Cerise sur le gâteau : il dirige un casting cinq étoiles (Christian Bale, Michael Caine, Morgan Freeman, Liam Neeson, Gary Oldman, Tom Wilkinson) sans aucune fausse note, chacun d’entre eux arrivant à interpréter leur rôle avec une justesse de ton incroyable. Notamment Bale, qui livre la meilleure performance actuelle pour un Batman, refaisant ressortir tout le côté sombre du personnage sans jamais oublier son aspect playboy arrogant et prétentieux. Nolan parvient même à mettre sur le devant de la scène Cillian Murphy, un comédien alors méconnu du grand public et qui, désormais, se souvient de son regard glaçant. Mais il faut tout de même noter une Katie Holmes guère impressionnante, qui n’arrive jamais à faire le poids entre un Caine attachant, un Freeman hilarant et un Neeson charismatique.

Après tous ces éloges, il faut tout de même avouer que Batman Begins n’est pas le film parfait jusque-là décrit. La faute, justement, à son statut de blockbuster auquel Christopher Nolan n’est pas encore habitué. S’il livre un film grandement divertissant et réussi sur les points précédents, il reste encore limité par d’autres libertés qu’il n’avait pas encore en main, comme celle de faire tout ce qu’il voulait sur le projet. Batman Begins montre à quel point le réalisateur n’était pas à l’aise avec ce type de production, devant alors respecter un cahier des charges imposé, découlant principalement d’une trame scénaristique classique pour un film de super-héros (naissance, premiers exploits, premier face-à-face, questionnement, ultime duel et reconnaissance) accompagné de son lot de clichés qui peuvent mal passer pour un cinéphile endurci (comme une réplique du genre « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ») et rendent l’ensemble un peu prévisible. Sans oublier un fan service inutile (le personnage de Victor Zsasz, ne servant à rien, en est le parfait exemple). C’est également le cas des séquences d’action, auquel Nolan n’a jamais vraiment eu affaire (à part le final d’Insomnia), et des effets numériques qu’il n’apprécie guère, qu’il filme maladroitement (les combats au corps-à-corps sont parfois illisibles). Autre défaut cette fois-ci dû à une liberté accordée au Britannique : une narration non-chronologique propre au cinéaste via des flashbacks intéressants mais utilisés ici de manière anecdotique, n’apportant concrètement rien à la construction scénaristique si ce n’est des cassures de rythme monumentales (ces séquences intervenant dans le récit assez brutalement).

Mais malgré cela, Christopher Nolan est arrivé à l’essentiel : à défaut de livrer un long-métrage aussi bon que Following et Memento, il est parvenu à ressusciter Batman de la médiocrité abyssale  tout en lui donnant une ampleur tout bonnement imposante. Rarement le super-héros ne s’était montré aussi profond et travaillé que sous ce jour. Un nouveau succès commercial et critique qui permit à Nolan de se faire bien voir du grand public, si ce n’était déjà le cas avec Insomnia. Et pour ça, en plus de son savoir-faire, le cinéaste peut remercier la Warner, qui lui a fait confiance sur un tel projet !

Batman Begins : Bande-annonce

Fiche technique – Batman Begins

États-Unis, Royaume-Uni – 2005
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan et David S. Goyer, d’après les personnages créés par Bob Kane et Frank Miller
Interprétation : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Michael Caine (Alfred Pennyworth), Katie Holmes (Rachel Dawes), Gary Oldman (le lieutenant Jim Gordon), Morgan Freeman (Lucius Fox), Liam Neeson (Henri Ducard), Cillian Murphy (le docteur Jonathan Crane/l’Épouvantail), Tom Wilkinson (Carmine Falcone)…
Date de sortie : 15 juin 2005
Durée : 2h15
Genres : Action, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
Budget : 150 M$
Producteurs : Charles Roven, Emma Thomas et Lorne Orleans
Productions : Warner Bros. et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France

Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 – Jour 1

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Les pérégrinations d’un reporter au Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2015 : Expérimentation, Robert Rodriguez et Neige.  

Enfin. La rédaction a posé le pied sur le joli manteau blanc de Gérardmer. Pas de ski pour les braves, mais un programme chargé de films à voir et d’événements auxquels assister. Après avoir récupéré le sacro-saint pass d’accréditation, véritable graal au sein d’un festival où des centaines de journalistes et de professionnels de l’audiovisuel sont attendus, me voilà déambulant dans les rues enneigées de la ville vosgienne. Il est encore tôt pour une première séance et j’en profite pour avaler un premier café à la buvette des bénévoles, feuilletant une documentation festivalière fournie. Tasse vide, il est temps de se diriger vers la salle réservée à la presse au Grand Hôtel. C’est un cadre élégant et cosy qui accueille des dizaines de journalistes sur le point d’interroger toutes les stars de ce festival qui font des va-et-vient dans les couloirs de l’hôtel. Des fauteuils moelleux, un bar aguicheur, une salle immense et une vue imprenable sur les montagnes enneigés, je dois avouer que le cadre suscite quelques peu mon émerveillement. A peine le temps de s’asseoir que trois bénévoles m’assaillent gentiment et me demandent de leur accorder une interview pour la Gazette du Festival. Quel est votre meilleur souvenir de Gérardmer ? Quel film attendez-vous en particulier ? Un dernier mot sur cette édition ? Je me prête au jeu, et il ne leur en faut pas plus pour rédiger un court article. Très charmantes bénévoles par ailleurs, merci à elles. Moins de cinq minutes après leur départ, voilà qu’un jeune homme s’installe à ma table. Il m’interroge sur les formalités pour prendre contact avec des réalisateurs. Devant ma mine déconfite et mes paroles vides de réponse pour lui, il ne s’attarde pas plus et cesse de me poser des questions. Après renseignement, il s’agit d’un compositeur de musique qui souhaite vendre ses productions à des réalisateurs de renom. Bon courage à lui. Bon, assez de temps perdu, il me reste moins d’une heure avant la première séance et le Festival de Gérardmer est connu pour ses files d’attente interminables. Sur mon chemin pour sortir de la salle de presse, tout un tas de célébrités défile devant moi. A ma gauche, une interview avec Robert Rodriguez, à ma droite, une captation vidéo d’un entretien entre un journaliste et Alex Garland, réalisateur de Ex-Machina, film en compétition internationale qui a fait l’ouverture, la veille. Et ça tombe bien, c’est justement le premier film que je vais aller voir.

[EN COMPETITION] Ex-Machina

Réalisé par  Alex Garland (2014). Sortie annoncée le 27 mai 2015. 

Synopsis : Caleb, âgé de 24 ans, est programmateur dans l’une des plus importantes sociétés d’informatique au monde. Il gagne un concours pour passer une semaine en pleine montagne dans un lieu isolé appartenant à Nathan, le PDG solitaire de sa boîte. Caleb découvre alors qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience pendant laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde, incarnée sous les traits d’un superbe robot féminin.

 

Alex Garland ne vous dit certainement rien. Pourtant, on doit à ce romancier certains des scénarios de la filmographie de Danny Boyle (La Plage, 28 Jours plus tard, Sunshine). Alors forcément, quand on apprend qu’il écrit et réalise son premier film, il faut avouer que le projet suscite notre curiosité. On revient à ce thème phare du siècle dernier, où les scientifiques tentent de rivaliser avec Dieu. Cette rencontre entre un PDG et son employé est une collaboration hautement plus ambitieuse, vouée à accomplir des choses plus formidables, comme la toute première intelligence artificielle qui pourrait rivaliser avec le cerveau humain. Un film dans l’air du temps à l’heure où les grands PDG informatique du monde s’inquiètent des conséquences des travaux sur l’I.A. Dès lors que le triangle se met en place, une mécanique bien huilée apporte une véritable tension au récit. Manipulation, contre-attaque, retournement de situation, Alex Garland sait jouer avec les nerfs et s’amuse à déjouer les attentes des spectateurs. Il a également acquis un très beau sens du cadre en travaillant avec Danny Boyle et une direction artistique impeccable (les plans en extérieur sont magnifiques). Sans compter que le film est porté par un très bon trio d’acteur, Domnhall Gleeson, Alicia Vikander et une mention spéciale au bluffant Oscar Isaac. Il ne serait pas étonnant de voir le film repartir avec un prix à la fin de la semaine. En somme, Ex-Machina propose une nouvelle et intéressante réflexion sur l’intelligence artificielle et la place de la machine dans notre société. Un sujet longuement rabâché mais dont il serait fort dommage de bouder son plaisir. Ex-Machina est un huis-clos SF maîtrisé à la beauté plastique indéniable.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

[EN COMPETITION] Cub

Réalisé par  Jonas Govaerts (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Comme chaque été, le jeune Sam, âgé de douze ans et débordant d’imagination, part en camp de scouts dans la forêt. Il se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond quand il y découvre une mystérieuse cabane visiblement habitée par Kai, un enfant sauvage. Sam croit bon d’en avertir ses guides, mais ceux-ci ne le prennent pas au sérieux, interprétant son récit comme l’une de ses habituelles élucubrations. Et pourtant… Le jeune garçon de la cabane s’avère en plus aider un dangereux psychopathe, lequel va redoubler d’ingéniosité pour décimer les louveteaux de la troupe. Un par un…

C’est avec un honneur non dissimulé que le réalisateur Jonas Govaerts vient présenter son film et saluer un festival auquel il a rêvé de participer depuis tout petit, quand celui-ci était encore à Avoriaz. Le réalisateur ne cache pas le fait qu’il s’agit d’un film hommage avant d’être parfaitement original. Une salve d’applaudissements et puis s’en va. La projection démarre et laisse effectivement entendre que le film lorgnera clairement du côté du slasher référencé. Audacieux pari que de tourner ce film de genre dans une Belgique où seul Fabrice du Welz (Calvaire, Alléluia) se démarque.  Deux titres viennent tout de suite à l’esprit : Vendredi 13 et Massacre au camp d’été (Sleepaway Camp). Les plus fins amateurs trouveront même des hommages au cinéma de Dario Argento notamment dans une bande-son qui rappelle par moment les heures de gloire des Goblin. Le scénario révèle malheureusement vite ses limites. Jonas Govaerts donnent des informations ou présentent des personnages qui ne seront jamais remployés dans la suite du film. De même, le réalisateur semble avoir le cul entre deux chaises, oscillant entre le ton dramatique et épouvantable du massacre à l’humour débridé, gore et second degré. Au final, plutôt que de contenter tous les publics, Cub est affreusement bancal. Dommage car il faut reconnaître que la photographie comportait un vrai travail de cadrage. Si l’intention est louable, il faut malheureusement dire la vérité, à trop vouloir rendre hommage, Cub est paresseux et révèle une écriture bâclée. On préféra alors revenir aux originaux dont il s’inspire plutôt que s’attarder sur cette sympathique mais dispensable copie.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆ 

La neige s’abat avec force sur Gérardmer. Il en faut plus cependant pour empêcher les spectateurs d’aller au cinéma, surtout quand c’est pour la projection de The Signal de William Eubank. Pas la projection glamour de la soirée me-direz-vous mais c’est à cette occasion -avant la projection du film- que Robert Rodriguez est venu recevoir son hommage et sa récompense. Après avoir présenté le parcours de Robert Rodriguez de manière biographique et scolaire, le créateur du festival Lionel Chouchan remercie grandement la venue du texan et honore l’ensemble de sa carrière. Un bref montage vidéo réussi plus tard et voilà que Robert Rodriguez vient récupérer son prix sous les applaudissements d’une salle en extase. Dix minutes sur scène suffiront et le réalisateur rejoint les coulisses de la salle, remerciant une dernière fois les spectateurs et ses fans. Dans l’après-midi, il avait également tenu une conférence de presse où il avait pu s’expliquer plus longuement et répondre aux questions de Lionel Chouchan et des journalistes.

Mais la compétition ne s’arrête pas là et, à l’instar de Ex-Machina en début d’après-midi, la soirée s’annonce sous les auspices de l’expérimentation scientifique. Avec The Signal où une bande de trois amis vont se retrouver confiné et étudié par des hommes en combinaisons tandis que Le Projet Atticus nous montre des tests scientifiques et entretiens vidéos du cas d’une femme semblant présenter des dons de télékinésie, à moins qu’elle ne soit possédée.

[EN COMPETITION] The Signal

Réalisé par  William Eubank (2014). Sortie en DVD/Blu-Ray le 04 février 2015. 

Synopsis : Nic et Jonah sont deux étudiants de première année du MIT, l’un comme l’autre passionnés de piratage. Lors de leur traversée du sud-ouest des États-Unis en compagnie d’Haley, la petite-amie de Nic, un génie de l’informatique réussit à les attirer dans une zone étrangement isolée…  Lorsque Nic reprend connaissance, il doit s’engager, seul et déboussolé, dans une lutte contre des forces qui semblent désormais le dépasser……

Malheureusement absent de tout le festival, William Eubank a tout de même tenu a réaliser une courte vidéo remerciant le festival pour avoir sélectionné son film et saluant tous les spectateurs de la salle. Une chose est sûre, le film a énormément divisé. Les conversations endiablées entre les convaincus et les déçus empièteront même sur la projection du prochain film. Certains citent Dark City comme référence quand d’autres trouvent des similitudes avec Interstellar. Un terme revient souvent : « c’est du cinéma mindfuck ». Le mystère entretenu par l’intrigue jusqu’au dénouement ainsi que la complexité de son scénario vont effectivement dans ce sens. Bref, The Signal est d’abord un film SF aux premières allures de road-trip. D’un espace naturel, ouvert et magnifié par la caméra, l’élément perturbateur sonore amènera nos trois héros à être enfermé au sein d’un centre tout ce qu’il y a de plus isolé, froid et clinique. Dans un style indépendant à la Sundance, William Eubank livre une photographie des plus envoûtantes où la magnificence des espaces naturels lui sert de métaphore à la liberté de ces trois jeunes idéalistes. Les interprétations sont toutes correctes et Lawrence Fishburne est d’une froideur implacable. Hormis une séquence filmée en found-footage sans raison aucune, il n’y a que du bon dans ce film où l’on s’accroche aux lèvres des protagonistes pour découvrir le mystère de ce centre. Les indices tombent, la situation devient plus claire mais à force de vouloir emmener son spectateur sur des terrains inconnus, William Eubank le perd en route. La faute à des longueurs interminables dans la deuxième partie et une intrigue rocambolesque où il sera difficile d’arriver à satisfaire les attentes et les cohérences de chacun. Résultat, le réalisateur oublie de résoudre des énigmes et finit sur un plan surréaliste qui remet tout le film en question. The Signal avait tous les éléments pour être l’un des évènements SF de l’année. Finalement, il ne s’avèrera être qu’un ambitieux projet s’écroulant sous le poids d’une intrigue trop complexifiée et jamais aboutie. On gardera néanmoins en tête l’excellente photographie du film et certaines séquences impressionnantes. Une maigre récompense en fin de compte.

Note de la rédaction : ★★★☆☆  

[HORS COMPETITION] Le Projet Atticus

Réalisé par Chris Sparling (2014). Sortie en DVD/Blu-Ray le 25 mars 2015.

Synopsis : Fondé en 1976 par le Dr Henry West, l’institut Atticus était spécialisé dans l’étude de personnes développant des capacités paranormales : parapsychologie, voyance, psychokinésie, etc. Des centaines de personnes présentant ce genre d’aptitudes ont été étudiées par les chercheurs de l’institut et de nombreux articles annonçant leurs résultats ont été publiés. Mais aucun cas étudié jusque-là n’avait préparé le Dr West et son équipe à l’arrivée de Judith Winstead…

Le Projet Atticus est un énième film found-footage sur une possession qui tourne mal. Toute l’originalité (ironie) du film provient du fait qu’il est filmé comme un documentaire, bien à l’américaine avec des entretiens avec les personnes concernés après les événements, entremêlées par des extraits des cassettes vidéo. En termes de mise en scène, Chris Sparling ne s’embarrasse d’aucune audace visuelle ou photographie léchée. C’est du found-footage, donc c’est cadré sans but précis, hormis prendre un point de vue objective sur la situation. Il faut savoir que Chris Sparling est avant tout scénariste, récompensé pour Buried de Rodrigo Cortes et attendu avec le prochain film de Gus Van Sant, The Sea of Trees. Et il est vrai que sur ce coup, le réalisateur développe une intrigue intéressante et plus fouillée que d’habitude. Les expériences de télékinésie laissant place à un cas de possession démoniaque, Chris Sparling en profite pour balancer une critique sur le gouvernement américain et l’Armée plus particulièrement. Certaines séquences font penser à la situation à Guantanamo tandis que l’autorité d’un responsable de l’armée sur la situation est mise à mal par l’ampleur du désastre. Ainsi Le Projet Atticus voit s’affronter trois instances, que sont la science, l’armée et la religion. Ça peut paraître anodin mais ce triangle apporte une dimension bienvenue à un récit tout ce qu’il y a déjà de plus rabâché. Pour apporter suffisamment de sensations à son film, Chris Sparling n’a malheureusement pas d’autre choix que d’avoir recours aux scare-jumps. Efficaces à certains moments mais généralement très prévisibles. Et comme tous les films de genre, le dénouement entretient le mystère et se finit à la mode Paranormal Activity. Un peu de frustration à la sortie du film tant certains éléments du scénario nous sortaient de notre torpeur habituelle. Au fond, Le Projet Atticus est comme tous les DTV du genre, un film qui reprend avec aisance les codes du genre mais ne les renouvelle pas. On garde à l’esprit le souvenir d’un film sympathique mais dont on aurait très bien pu se passer.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

C’est tout pour aujourd’hui. Demain, une journée moins marathon qu’aujourd’hui. Pour ne pas vous occulter le mystère de ce qui m’attend (et crée un pseudo cliffhanger censé vous faire revenir demain), je ne dévoilerais pas le programme de ma journée. Tout juste dirais-je que des films, il y en aura, des files d’attente interminables, il y en aura encore, et que de nouvelles rencontres, il y en aura aussi. Alors rendez-vous demain ! Bisous enneigés.

Critique Serie : Arrested Development saison de 1 à 4

Synopsis : Excédé par les membres de sa famille, tous plus irresponsables les uns que les autres, Michael Bluth, veuf et père d’un fils de 13 ans, décide d’aller s’installer en Arizona afin d’y commencer une nouvelle vie. Malheureusement, juste avant son départ, son père, qui dirige l’entreprise familiale, est arrêté pour une affaire d’abus de biens sociaux. Les capitaux sont bloqués, mettant dans l’embarras toute la famille habituée à un certain train de vie. Pris de remords, Michael décide de rester afin de les aider.

A dysfunctional family

En 2003, une sitcom originale va débarquer sur la chaîne FOX, elle va enthousiasmer la critique, mais déboussoler le public. Cette sitcom, c’est Arrested Development. Elle va rafler 5 Emmy Award en 2004 : meilleure série comique et casting, puis réalisation, scénario et montage pour son pilote. Pourtant, le public n’accroche toujours pas et malgré un nouvel Emmy Award en 2005 du scénario pour le season finale, puis du Golden Globe Award pour Jason Bateman, en tant que meilleur comique. Elle va prendre fin lors de sa troisième saison, avant d’être ressusciter par Netflix en 2013.

La sitcom est une création de Mitchell Hurwitz, dont l’oeuvre la plus connue en France est « Les craquantes ». Toutes ses créations sont des sitcoms et son association avec Ron Howard, semble une évidence. Ce dernier fût révélé par « Happy Days » dans le rôle de Richie Cunningham, avant de devenir un réalisateur majeur d’Hollywood, grâce à des comédies à succès : Splash, Cocoon et Portrait craché d’une famille modèle dans les années 80/90, puis de se retrouver aux manettes de blockbusters, comme : Appolo 13, Le Grinch et Da Vinci Code. Il est le narrateur de la sitcom, tout en la produisant avec son associé Brian Grazer, par le biais de leur société Imagine Entertainment.

Ils vont confier le rôle principal à Jason Bateman, un acteur précoce : La petite maison dans la prairie puis Ricky ou la belle vie, au début des années 80, avant de se contenter de petits rôles dans des séries et films mineurs. Un pari risqué mais à l’image d’une sitcom décalée et déjantée. Jason Bateman ne va pas rater cette chance. Souvent le rôle principal n’est pas forcément, celui qui marque le plus les esprits, comme dans « Malcom in the middle » ou Dewey (Erik Per Sullivan) et Hal (Bryan Cranston), éclipse Frankie Muniz, ou dans « Parks and Recreation« , Leslie Knope (Amy Poehler) est reléguée au second plan par Ron Swanson (Nick Offerman). On pourrait continuer comme cela longtemps.
Jason Bateman réussi le tour de force de rester le pilier central de la série, tout en étant entouré d’acteurs(trices) de talents. Portia de Rossi avait déjà fait ses preuves dans « Ally McBeal« . Jeffrey Tambor est un acteur à la carrière déjà bien longue, avec les séries « Hill Street Blues » et « Les craquantes », ou au cinéma « Justice pour tous » et « Mary à tout prix« , entre autres. Jessica Walter est une habitué des séries télévisées, elle apparaît dans Le fugitif, Mission Impossible, Mannix, Columbo, Matt Houston, Arabesque, etc….
Mais on va aussi découvrir de nouveaux talents, avec Will Arnett, dont le seul rôle conséquent était dans la série « The Mike O’Malley Show » qui ne dura qu’une saison et reste confidentielle en France. Michael Cera qui va devenir une figure majeure des comédies US de ce début du siècle : SuperGrave, Juno, Be Bad et Scott Pilgrim. Alia Shawkat révélée par « State of Grace« . Tony Hale qui continue sa route dans « Chuck » puis « Veep« . Enfin, David Cross acteur/scénariste/producteur/Voice, un touche à tout, qui fit ses classes dans le « Ben Stiller Show« , « Tenacious D » ou « King of the Hill » entre autres.

La réussite de cette sitcom, tient en plusieurs points. Tout d’abord, il y a cette absence de rires enregistrés, ce qui est assez rare sur une chaîne nationale, en l’occurrence, la FOX. Puis il y a cette particularité, elle est un peu déboussolante au début. A la fin de chaque épisode, on a des extraits du prochain, sauf qu’on ne verra jamais ses images. Un procédé sympathique, à la hauteur de la folie qui anime chaque épisode. Car c’est bien dans une famille de fous, que l’on se retrouve. Le comique de situation succède aux dialogues à double sens, par le biais des personnages. Comme Tobias Funke (David Cross), mari de Lindsay (Portia de Rossi) et père de Maeby (Alia Shawkat). Dans ses mots et son attitude, on comprend rapidement qu’il est attiré par les hommes, sans qu’il en soit conscient. Cela permet de jouer sur cette ambiguïté et d’offrir des moments drôles et jamais méchant. Sa fille Maeby, cousine de George Michael Bluth (Michael Cera), séduit ce dernier, qui en tombe amoureux. Là encore, cela rend plusieurs situations embarrassantes, mais toujours drôles. Il en est de même pour d’autres personnages, l’ensemble s’entrecoupant et semant la confusion. Le ballet est parfaitement maîtrisé, ce qui permet de lancer de nouvelles intrigues, sans jamais se perdre, ni ennuyer, du moins lors des deux premières saisons.

En effet, à partir de la saison 3, la série est réduite à 13 épisodes, avant son annulation. Même si les acteurs sont toujours aussi excellents, le ton change un peu et devient plus sarcastique, avec des allusions à la chaîne FOX. Ron Howard et Mitchell Hurwitz ne digèrent pas le sort de la série et se venge, à travers elle. Ce n’est pas déplaisant, mais cela casse la belle mécanique des saisons précédentes. Pire encore, cette saison 4, pas loin d’être catastrophique. Déjà, elle se déroule 7 ans plus tard. Les jeunes et mignons, Michael Cera et Alia Shawkat ne le sont plus vraiment et leurs rapports deviennent moins intéressants. Mais surtout, on les voit rarement ensemble. Car si le casting est au complet, les acteurs(trices) ne sont pas disponibles aux mêmes moments et on se retrouve avec des épisodes centrés sur un seul personnage. L’interaction entre chacun d’entre eux, qui était un des atouts majeurs de la série, disparaît totalement et son humour avec.

Durant ses 4 saisons, on va retrouver des acteurs(trices) récurrents, comme Liza Minnelli, Henry Winkler ou Ben Stiller. Des invités : Julia-Louis Dreyfus, Ed Begley Jr, Zach Braff, Amy Poehler, Charlize Theron, Scott Baio, Kristen Wiig et Seth Rogen. Un mélange d’anciennes gloires et de futures stars, la plupart issus du Saturday Night Live.

Arrested Development fait parti de ses séries réussies, mais n’ayant pas rencontré son public. Une séance de rattrapage s’impose, pour découvrir cet ovni très drôle, surtout lors des trois premières saisons. Une saison 5 ou un film sont annoncés, en espérant que l’on retrouve l’esprit du début.

Arrested Development : Bande annonce

Fiche technique : Arrested Development

USA – 2003-2013
Création : Mitchell Hurwitz
Distribution : Jason Bateman, Portia de Rossi, Will Arnett, Michael Cera, Alia Shawkat, Tony Hale, David Cross, Jeffrey Tambor, Jessica Walter et Ron Howard
Producteurs : Mitchell Hurwitz, Ron Howard et Brian Grazer
Chaîne de diffusion : FOX 2003-2006 et Netflix 2013
Genre : sitcom
Nombre de saisons : 4
Nombre d’épisodes : 68
Durée : 21 minutes

Auteur : Laurent Wu

 

Discount, un film de Louis-Julien Petit : Critique

Synopsis : Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menacent leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…

L’horreur économique 

Louis-Julien Petit n’est pas un novice du cinéma, puisqu’il a été assistant-réalisateur sur des projets divers et variés, y compris sur les scènes françaises de films comme Inception, Inglorious basterds ou encore Hugo Cabret.

Pour son premier film en tant que réalisateur, il choisit un sujet de société qui n’invite pas forcément à aller au cinéma, car il s’agit du gaspillage alimentaire et plus généralement, de « l’horreur économique » prédite depuis près de vingt ans déjà par la regrettée Viviane Forrester.

Pour ce faire, il s’éloigne du misérabilisme et de la victimisation, et au contraire choisit un angle d’attaque drôle, à la manière des comédies naturalistes et sociales du britannique Stephen Frears qu’il cite volontiers (époque The Van ou The Snapper, ndlr), mais aussi à certains films de Ken Loach (Looking for Eric dans une certaine mesure mais surtout La part des anges à la fois pour le propos et pour le traitement). Des filiations écrasantes, mais que Louis-Julien Petit arrive à mettre à distance en évitant la simple copie.

Il a  déjà commencé à écrire le scénario quand il a décidé d’aller rendre visite à Anne-Marie Costa, cette caissière d’hypermarché qui en 2011 a été accusée de vol par sa hiérarchie pour avoir récupéré un ticket de promotion abandonné par un client. Voir cette personne dans une dynamique positive et une humeur enjouée malgré tout, plutôt que dans la prostration ou la dépression  a achevé d’inspirer Louis-Julien Petit pour le ton qu’il a donné à son film, un ton résolument joyeux et optimiste, #solidaire et combatif.

L’histoire est celle de Gilles, Christiane, Alfred, Emma et Momo, ces caissiers d’un hypermarché discount qui sont menacés de perdre leur place afin d’être remplacés par des caisses automatiques. Parmi leurs activités figure la destruction  de denrées alimentaires à peine périmées ou en passe de l’être, dans une séquence qui fait froid dans le dos, d’autant plus qu’aucun spectateur n’est à l’abri de participer à un tel gaspillage. Les cinq « amis » s’unissent pour détourner ces denrées du pilon afin de créer un supermarché sauvage super discount, initialement dans l’idée de « se payer sur la bête », puis petit à petit pour être solidaires avec plus pauvres qu’eux.

Cette histoire est attachante, car elle n’est ni caricaturale, ni manichéenne. Elle n’est pas caricaturale, car les personnages sont des français « moyens», normaux, serait-on tenté de dire, des personnes qui ont un boulot, un logement, une vie de famille, mais qui vivent dans la limite de la précarité « malgré » leur salaire à plein temps, mais au smic. Il est seulement malheureux que le choix de la région Nord Pas-de-Calais fige le film dans un cliché dommageable à la fois pour les nordistes et pour le film… Elle n’est pas manichéenne non plus, car on s’aperçoit que tous les personnages, y compris le personnage de Zabou Breitman qui dirige cet hypermarché et qui doit « rayer des noms sur une liste », obéissent à un seul impératif, celui de garder son emploi,  au détriment de sa dignité parfois (« si tu acceptes ça , tu accepteras tout » dit un des personnages), et un seul maître : la recherche du profit imposée par les financiers.

Le sourire qui arrive aux lèvres du spectateur n’est pas tant due à des gags au kilomètre (à la manière d’Intouchables par exemple), car les dialogues sont truculents mais pas que, mais réellement à l’énergie positive engendrée par la révolte de cette petite bande, la solidarité donc, la joie des « pauvres » par rapport à cette manne pas chère, la joie des caissiers par rapport à cette illusion de pouvoir qu’ils se sont donné à l’encontre du système.  La récupération des fruits et légumes, des jambons et poulets relève quasiment d’un sauvetage… Les personnages ont du plaisir à servir cette histoire et montrent beaucoup de conviction, y compris chez les figurants. Corinne Masiero (Inoubliable Louise Wimmer)  frappe juste une fois de plus, ainsi que Pascal Demolon, en passe de sortir de son emploi d’éternel second rôle (tout comme Philippe Rebot l’année dernière).

Habitué à régler les scènes de foule et de figurants, Louis-Julien Petit arrive à faire de ce film fauché un film agréable, qui se laisse regarder, même si ses fermes n’évoquent aucune poésie, seulement la précarité et la boue, contrairement aux mystiques paysages flamands de Bruno Dumont…

Sans être une œuvre magistrale, Discount est un film qui n’inspire que de la sympathie, car comme disait Viviane Forrester dans l’Horreur économique, « Qu’est-ce qu’on fait quand on n’a pas de travail dans une société où il y en a de moins en moins? Que faire dans une société où le travail salarié, l’emploi salarié, est en train de rétrécir comme peau de chagrin? Est-ce qu’on va continuer à dire que la dignité dépend du fait d’avoir un emploi? La dignité, selon moi, consiste à savoir donner un sens à sa vie. ».

Ce que font admirablement les personnages de Discount…

Discount Bande annonce

Discount : Fiche Technique

Titre original : –
Réalisateur : Louis-Julien Petit
Genre : Comédie
Année : 2013
Date de sortie : 21 janvier 2015
Durée : 105 min.
Casting : Olivier Barthelemy (Gilles), Corinne Masiero (Christiane), Pascal Delomon (Alfred), Sarah Suco (Emma), M’barek Belkouk (Momo), Zabou Breitman (Sofia Benhaoui)
Scénario : Louis-Julien Petit, Samuel Doux
Musique : Julien Blasco, Bruno Mercere
Chef Op : David Chambille
Nationalité : France
Producteur : Liza Benguigui, Philippe Dupuis-Mendel
Maisons de production : Elemiah, et Orange Studio, France 3 Cinéma, Pictanovo
Distribution (France) : Wildbunch distribution

Insomnia, un film de Christopher Nolan : Critique

Avec le film, Insomnia, Christopher Nolan fait une entrée dans le monde hollywoodien plutôt réussie

Synopsis : Will Dormer, un flic expérimenté et désabusé de Los Angeles, est envoyé en Alaska avec son coéquipier Hap Eckhart afin d’enquêter sur le meurtre sordide d’une adolescente. Alors qu’une embuscade est montée pour attraper le tueur, Will, perdu dans la brume, abat involontairement son partenaire. Pour dissimuler sa culpabilité, Will met tout sur le dos du tueur, toujours en cavale et qui a été le témoin de la scène. L’inspecteur doit agir en solo pour coincer le tueur qui le fait chanter, ainsi que d’affronter une crise d’insomnie due aux interminables journées de l’Alaska qui bouleverse ses capacités et sa concentration…

Avec le succès critique de Memento, Christopher Nolan entre dans la cour de ces réalisateurs indépendants qui intéressent les grosses productions hollywoodiennes, qui attendent l’occasion pour faire appel à un cinéaste de talent pour le mettre à la tête d’un plus gros projet. Ce fut le cas de la Warner, qui demanda à Nolan de s’occuper d’Insomnia, remake d’un film norvégien encensé par les médias. Mais il n’est pas rare qu’Hollywood ruine leur réputation, empêchant ces réalisateurs d’user convenablement de leur talent pour finalement livrer au public un produit fade et sans âme. Christopher Nolan s’est-il fait happer par la machinerie hollywoodienne au point de faire honte à ses œuvres précédentes ? Que nenni !

En même temps, il faut dire que la Warner lui a offert un scénario taillé sur mesure, à savoir un thriller qui se préoccupe autant de l’enquête principale que des personnages en jeu. D’autant plus que le protagoniste de Will Dormer rappelle les héros nolaniens vus dans Following et Memento : une personne hantée par quelque chose (ici, par son passé et son crime), plongée au cœur d’une machination (le chantage fomenté par le tueur) et qui se retrouve livrée à lui-même (ne voulant rien révéler à ses collègues), tout en étant manipulée par l’antagoniste (le tueur se servant de la situation pour se sortir d’affaire). Une trame taillée sur mesure pour le cinéaste, qui se retrouve avec un concept scénaristique pour le moins original, le héros atteint d’insomnie, servant à complexifier l’ensemble et à donner plus d’enjeux à l’ensemble. Et si vous vous rappelez des films précédents de Nolan, où ce dernier avait réussi à transformer de simples enquêtes en scripts terriblement labyrinthiques, Insomnia version américaine s’annonçait comme la nouvelle œuvre majeure du cinéaste.

Petit problème au tableau : contrairement à Following et Memento, Christopher Nolan n’est pas le scénariste d’Insomnia, et cela se ressent grandement. Le cinéaste s’amusait jusqu’ici à distordre la chronologie de ses histoires pour se jouer du spectateur, pour le surprendre pleinement avec un climax qui lui faisait voir le film d’un autre œil. Pour Insomnia, n’ayant pas vraiment de liberté sur le projet, il se contente donc de mettre en scène une enquête plutôt classique qui suit un schéma scénaristique bien tracé : le policier enquêtant sur un meurtre, rencontre avec le tueur, machination et ultime face-à-face. Le spectateur ne peut donc que se laisser emporter par une histoire sans grande surprise et qui n’exploite pas le concept de l’insomnie comme il se doit, cette dernière ne semblant pas prendre une place importante dans les enjeux du long-métrage. Néanmoins, il faut reconnaître qu’Insomnia peut se vanter d’avoir des personnages bien écrits et de proposer des dialogues qui sonnent juste pour que le film soit suffisamment palpitant à suivre.

Mais bien que Nolan n’ait pas pu améliorer le scénario, il a cependant su l’exploiter grâce à sa mise en scène. Il est vrai que le cinéaste a tenté un montage marchant sur les pas de Following et de Memento via quelques plans d’insert en guise de flashbacks, mais ces derniers sont trop peu présents et bien trop rapides pour qu’ils titillent suffisamment la curiosité du spectateur. Non, là où Nolan a voulu se concentrer pour qu’Insomnia ait fière allure, c’est par ses nombreux plans : panoramiques pour les paysages de l’Alaska (le côté spectaculaire) ou rapprochés quand le personnage de Will Dormer rentre en scène (le côté intimiste). À défaut d’impressionner avec le scénario, le cinéaste le fait soit en mettant plein la vue au spectateur, soit en lui permettant de s’identifier au héros, et cela lui permet de capter l’attention de son public avec une très grande efficacité. D’autant plus qu’il s’amuse à user de jeux de lumière saisissant et de décors travaillés (plus sombres qu’à l’ordinaire) pour rendre les rayons du soleil aussi douloureux et déstabilisants afin de mettre en scène les rares moments d’insomnie du héros.

Bien qu’il soit inférieur aux œuvres précédentes du réalisateur, Insomnia marque tout de même un tournant dans la filmographie de Christopher Nolan, étant donné qu’il se retrouve à la tête d’un projet dans lequel il doit diriger des acteurs de plus grande renommée. Ici, Nolan s’offre deux monstres hollywoodiens que sont Al Pacino et Robin Williams. Un casting bien plus prestigieux qu’il arrive à mener brillamment : Pacino se révèle être grandement impliqué dans la peau de son personnage tandis que Williams se délecte d’un rôle à contre-emploi (le tueur). Un face-à-face inattendu et diablement électrique sublimé par la mise en scène de Nolan, qui fait que le spectateur s’attarde bien plus longuement sur cet Insomnia que sur un autre thriller.

Première « fausse note » de Christopher Nolan qui signe donc ici un polar classique qui ne surprendra pas autant que Following et Memento. Mais même avec la situation d’un réalisateur devant faire ses preuves dans l’univers hollywoodien, Nolan est arrivé à livrer un thriller bien plus efficace que la moyenne du genre, proclamant haut et fort qu’il est un cinéaste au savoir-faire inépuisable. Si la Warner ne le lui a pas offert énormément de libertés sur Insomnia, elle lui a néanmoins permis de se faire connaître auprès d’un plus large public. Et vu la qualité de ce film, ce dernier ne peut que le remarquer !

Insomnia : Bande-annonce

Fiche technique –  Insomnia

Etats-Unis, Canada – 2002
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Hillary Seitz, d’après le scénario originel de Nikolaj Frobenius et Erik Skjoldbjærg
Distribution : Al Pacino (l’inspecteur Will Dormer), Robin Williams (Walter Finch), Hilary Swank (l’inspectrice Ellie Burr), Maura Tierney (Rachel Clement), Martin Donovan (l’inspecteur Hap Eckhart), Paul Dooley (chef Charlie Nyback), Nicky Katt (Fred Duggar), Larry Holden (Farrell)…
Date de sortie : 6 novembre 2002
Durée : 1h58
Genres : Policier, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley
Costumes : Tish Monaghan
Montage : Dody Dorn
Musique : David Julyan
Budget : 50 M$
Producteurs : Broderick Johnson, Andrew A. Kosove, Edward McDonnell et Paul Junger Witt
Productions : Summit Entertainment, Alcon Entertainment et Section Eight
Distributeur : Warner Bros. France

Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 – Un point sur les films déjà vus

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Les pérégrinations d’un reporter au Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 : Récap’ express !

C’est aujourd’hui le premier jour où la rédaction va poser son pied sur le sol vosgien,  à la conquête du mythique Festival de Gerardmer où toute une tripotée de films fantastiques nous attend sagement dans les projecteurs des cinémas géromois. Avant de découvrir la crème de la crème de la programmation, piqûre de rappel à tous nos lecteurs sur les films que la rédaction a déjà eu l’occasion de voir au cours de récentes avant-premières ou lors des précédents festivals de films fantastiques.

[EN COMPETITION] Honeymoon

Réalisé par  Leigh Janiak (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au cœur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa.

Pour un premier long-métrage, la réalisatrice Leigh Janiak en a dans le ventre pour ce qui est d’esthétiser des endroits qui ne le sont pas forcément. Dans une mise en scène assez crépusculaire, la réalisatrice nous offre de très bonnes tranches de vie de ce jeune couple, aidées par les performances de ces deux acteurs principaux (Rose Leslie, vue dans Game of Thrones; et Harry Treadaway, vu dans la série Penny Dreadful). Poignant et terrifiant, Honeymoon est un film qui malheureusement rallonge jusqu’à l’ennui des séquences conjugales dispensables. Au dénouement diablement efficace, Honeymoon est une production indépendante intéressante qui s’approprie avec brio les codes du fantastique et du mystère, bien qu’on lui reprochera d’avoir trop voulu expliciter son final, laissant s’échapper l’effroi d’un film qui aurait pu nous laisser positivement dans l’incompréhension la plus totale. C’est peut-être l’absence de vérité qui aurait été le plus terrifiant.

 Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

[EN COMPETITION] The Voices 

Réalisé par  Marjane Satrapi (2014). Sortie annoncée le 11 mars 2015. 

Synopsis : Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il fabrique des baignoires. Célibataire, il n’est pas célibataire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, Monsieur Moustaches, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments. 

The Voices est loin d’être une comédie au sens classique du terme. C’est un hybride, un film transgenre, un petit bijou d’humour noir, une œuvre profondément décalée. C’est tantôt un film de tueur en série, une comédie musicale, mais aussi une comédie romantique […] La mise en scène parvient à accentuer le côté « jouissif » du film. On débarque dans le film comme dans la mélodie du bonheur, avant de basculer peu à peu dans le gore. […] Pour incarner ces personnages hauts en couleurs, Marjane Satrapi s’est très bien entourée, de Gemma Arterton à Anna Kendrick pour les rôles féminins. Mais c’est surtout Ryan Reynolds qui est ici parfait : de toutes les voix, complètement flippant, mais aussi profondément attachant. C’est un paumé magnifique, tellement pris dans sa folie qu’il nous ferait presque oublier qu’on nage en plein délire sanguinaire. Marjane Satrapi a ajouté son regard affûté sur une intériorité particulière pour livrer un film étonnant, parfois kitsch (mais assumé !), souvent hilarant et parfaitement maîtrisé […] Une nouveauté qui se ballade entre un Shining sous acide et l’esthétique déjantée d’un Wes Anderson.

Note de la rédaction : 3,5/5

[HORS COMPETITION] ABC’s of Death 2 

Réalisé par 26 réalisateurs (2014). Sortie le 02 octobre 2014 en VOD. 

Synopsis : La suite de l’une des plus ambitieuses anthologies jamais conçues au cinéma, réalisée par des cinéastes de tous horizons, du Nigeria au Royaume-Uni en passant par le Brésil, Israël ou les Philippines. Un film composé de 26 segments, chacun dirigé par un réalisateur différent, qui s’est vu attribuer une lettre de l’alphabet, puis qui a choisi de l’illustrer à l’écran par un mot et une histoire dans laquelle la mort joue un rôle.

Ces dernières années ont vu apparaître de nombreux films fantastiques qui reprenaient ce concept de films à sketchs et que les festivals s’arrachent. The Theatre Bizarre et sa suite prochainement attendu ou V/H/S et V/H/S 2, en attendant V/H/S Viral qui doit également sortir prochainement. Des films efficaces et terriblement décomplexés qui montrent une fureur et une frénésie chez des réalisateurs dotés d’une totale liberté artistique. Comme tout film à sketchs, l’inégalité entre segment est une tare car il laisse parfois des impressions négatives alors que certains courts valaient franchement le détour. Le concept du film permet de voir une multitude de formats de médias être employés, du court classique à de l’animation en passant par le stop-motion, sans oublier le found-footage ou des formats esthétiques plus audacieux. La variété des segments est vraiment la meilleure qualité de ces films. Libéré artistiquement, cette ABC’s of Death 2 ne fait pas dans la demi-mesure et propose des segments parfois déroutants, parfois pas, souvent gores et assurément de mauvais goûts. L’alchimie idéale pour une séance de minuit festive où les rires s’entremêlent avec les réactions de dégoût. Ceux qui ont adoré le premier opus aimeront assurément cette suite dans une vraie continuité de ce qui avait fait le succès du précédent.

 Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

[JEUNE PUBLIC] Les Nouveaux Héros

Réalisé par Don Hall & Chris Williams  (2014). Sortie annoncée le 11 février 2015. 

Synopsis : Hiro est un petit génie qui rêve d’entrer dans la même grande école que son grand frère, il doit pour cela créer une invention qui lui en ouvre les portes. Il y parvient, mais toute son invention disparaît dans un énorme incendie qui va marquer le début d’une incroyable aventure et la naissance d’une nouvelle équipe de super-héros.

Les Nouveaux Héros restera certainement comme un tournant dans la filmographie des studios Disney. Ce dernier réussit brillamment son examen de passage à la culture geek avec cette première adaptation d’un comic Marvel. Ce qui fait l’essence de Disney reste bien présent, qu’il s’agisse de l’humour, du divertissement, de l’innovation et de la performance technologique des studios, tout est là […] La réussite visuelle est incontestable et comme toujours, Disney repousse encore un peu plus des limites qu’on croyait désormais figées, mais qui continuent d’évoluer au gré de la capacité de calcul d’ordinateurs toujours plus puissants. Le résultat est de toute beauté : les couleurs, les détails d’une précision toujours plus grande et les personnages, nous font sentir toujours un peu plus que Toy Story date bien de 1995. Et de l’action il y en a redisons-le, univers Marvel oblige. On retrouve le cocktail propre à la maison d’édition : action, humour et héroïsme, tout à fait ce qui convenait à l’univers Disney. Voilà ce que représentent ces Nouveaux Héros pour Disney: le passage de l’enfance à la puberté et le constat que les enfants, moins naïfs, croient désormais un peu plus en la technologie qu’en la magie. Mais peu importe, d’une manière ou d’une autre le cinéma doit faire rêver et la bande à Hiro y parvient sans difficulté, bénéficiant d’un méchant charismatique et…masqué bien sûr ! Bref allez-y, ce film offre autant d’énergie de tous les complexes mutli-vitaminés, les effets secondaires en moins.

Note de la rédaction : 4,5/5 

[HORS COMPETITION] Ouija

Réalisé par   Stiles White (2014). Sortie annoncée le 29 avril 2015. 

Synopsis : Debbie trouve dans le grenier de sa maison, une planche Ouija qu’elle va utiliser pour communiquer avec les morts. Elle va malheureusement réveiller les esprits d’une mère et de sa fille qui ont vécu la cinquante auparavant. Ce réveil va entraîner une suite de drames pour elle et ses amies.

Bourré de défauts et de très peu de qualitésOuija est un énième film d’horreur pour adolescents qui vient s’ajouter à toutes ces histoires pour faire peur, mais qui passent complètement à côté. Conséquences : au mieux on s’ennuie, au pire on s’agace (et on s’agace beaucoup ici). Car, non content d’être un mauvais film « d’horreur », Ouija est un mauvais film tout court […] C’est d’un vide total, d’une vanité incroyable et ça semble surtout par moment très prétentieux.

Note de la rédaction : 1,5/5

[HORS COMPETITION] What We Do in the Shadows  

Réalisé par Jemaine Clement et Taika Waititi (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère. Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Célèbre pour nous avoir offert le Peter Jackson première période avant sa maestria hollywoodienne, la Nouvelle-Zélande revient à ses premiers amours grâce à Jemaine Clement et Taika Waititi, à savoir un cinéma gore et décalé. What We Do in the Shadows est un « mockumentary », un genre fictif où les documenteurs suivent une bande de vampires vivant sous le même toit […] Jamais les vampires ne nous seront apparus sous ce jour si comique et si absurde. Le film tranche et parodie avec des coups vifs tous les plus célèbres films de vampire que sont Entretiens avec un Vampire, Nosferatu et bien évidemment (voire majoritairement) la saga Twilight. De tous ses codes qui ont construit le mythe du fantastique, les deux réalisateurs néo-zélandais en tirent tout l’absurde et le grotesque pour donner lieu à une comédie horrifique jubilatoire comme ce n’est pas permis. Servi par une écriture humoristique fine et interprété par des personnages déments, What We Do in the Shadows est un film qui jusqu’à la dernière goutte de sang aura raison de vos zygomatiques.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[NUIT DECALEE] Zombeavers 

Réalisé par   Jordan Rubin (2013). Sortie annoncée en DVD/Blu-Ray le 17 février 2015. 

Synopsis : Trois étudiantes sexy partent pour un weekend entre filles dans la classique hutte isolée au fond des bois. Tout baigne au soleil mais, au milieu du lac, il y a un drôle de barrage de castors, d’où suinte une substance vert-pomme. Cette décharge toxique a engendré une fièvre ravageuse… les timides rongeurs renaissent en stratèges carnivores : les ZOMBEAVERS. Les petits amis hypersexués des filles finissent par arriver pour un grand final gore à la nuit des casmorts vivants.

Comédie horrifique bien heureusement assumée, Zombeavers est le genre de long métrage idéal pour une séance de minuit, comportant assez de sang, d’humour débridé et de sexe pour contenter une audience venue pour la simple et unique raison de se marrer devant une dose revigorante de mauvais goût. Faux nanar mais bien slasher conçu au vingtième degré, Zombeavers propose une ressasse du film de série B avec son lot de maison à la campagne, de filles en bikini, de nichons, de sang et de plaisanteries grivoises. Quand bien même on s’attend à regarder un film cheap et mauvais qui n’a que son pitch pour attirer le public, on reste relativement déçu par ce film qui trouve difficilement son salut. Zombeavers est paresseux, autant dans sa forme qui se rapproche davantage du court-métrage d’un amateur que d’un long métrage avec de l’audace, que dans son fond, le récit n’étant qu’une histoire d’infidélité, de sexe et de sexe again (du sexe soft, attention on reste en Amérique !) dans un seul but d’être la combinaison publicitaire idéale : Sujet idiot, gore et sexe. Bingo ! […] Zombeavers loupe le coche et la bande-annonce se suffisait à elle-seule, bien plus efficace pour nous faire prendre conscience du délire qu’est le croisement entre zombies et castors.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆ 

Into the Woods, un film de Rob Marshall : Critique

Si, en 2002, le succès oscarisé de Chicago a relancé ce genre que l’on croyait disparu depuis longtemps qu’est la comédie musicale, la seconde tentative de Rob Marshall d’adapter à l’écran un succès de Broadway, Nine, s’est révélée être un cuisant échec tant artistique que commercial. Voyant Marshall travailler depuis sur des réalisations plus formatées, on pouvait penser que la page était tournée. Mais c’était sans compter sur sa volonté de faire du show musical de Stephen Sondheim et James Lapine, Into the Woods, un long-métrage ambitieux.

Synopsis : Les récits de plusieurs contes de fées célèbres (Cendrillon, le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique et Raiponce) s’entremêlent autour de l’histoire d’un couple de boulangers essayant, sous l’influence d’une effrayante sorcière, d’avoir un enfant, le tout dans une forêt où les souhaits de chacun semblent réalisables, à condition d’en payer le prix.

Le nouveau défi musical de Rob Marshall

Incontestablement, Marshall a trouvé le bon filon en constatant que Walt Disney, pour qui il a signé son précédent film, Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence, est actuellement obnubilé par les versions live de ses propres dessins-animés célébrissimes (Maléfique l’an dernier, Cendrillon dans quelques semaines et prochainement Le livre de la jungle). Avec un tel producteur, réunir un casting prestigieux n’a pas dû être bien difficile. De plus, la participation de Sondheim et Lapine à l’écriture du scénario et des chansons assurait une parfaite fidélité au matériau de base, et donc une adhésion du public.

Une certaine maturité mais trop peu de développement

La façon dont le film dénature la naïveté des contes tels qu’ils nous ont été relatés durant notre enfance, apparaît dès la scène d’ouverture dans laquelle le Petit Chaperon Rouge est présentée comme étant quelque peu cleptomane et boulimique. Si, quelques minutes plus tard, sa rencontre avec le Gand méchant Loup possède un sous-texte sexuel flagrant, c’est en revanche vers la crudité qu’avaient initialement les écrits de Charles Perrault et des frères Grimm, que se réoriente le scénario. C’est donc en amplifiant la face cachée des personnages principaux et en rendant plus complexes les protagonistes les plus lisses (à commencer par le prince) que cette relecture des quatre célèbres fables trouve sa tonalité toute particulière. Bien que plus sombre que les habituels films Disney et moins drôle que d’autres mélanges de ces histoires fantastiques –tels que Shrek–, Into the Woods n’en reste pas moins un spectacle directement destiné à un jeune public. Les agréables passages chantés aident évidemment à donner de la légèreté à ce récit parfois très dur, mais c’est dans la morale pleine d’espoir qui finit par naître de la relation entre les personnages que, bien qu’il cherche à contourner le sempiternel happy-end mielleux, le film peut être qualifier de joyeux.

Si elles apparaissent d’abord comme parfaitement illustratives, et donc narrativement accessoires, les chansons prennent toutefois, au fil de l’évolution du récit, une importance croissante. La narration peut en effet se scinder en deux parties, la première suivant cinq histoires qui s’entremêlent et la deuxième suivant l’union de leurs personnages face à une menace commune, et c’est dans cette seconde moitié que les chansons prône la solidarité (selon le refrain « Vous n’êtes pas seuls, aucun d’entre nous n’est seul. » emprunté à un discours de Barack Obama), ou apprennent à se montrer responsable sur les conséquences de ses actes.

Les passages chantés ne sont globalement pas mémorables, et ce essentiellement à cause d’un casting pas forcément enclin à un tel exercice. Avoir réuni quelques stars, comme Chris Pine (qui semble promis à apparaître dans la plupart des grosses franchises de ces prochaines années), Johnny Depp (qui n’apparaît finalement que peu de temps mais dont les récents films ont prouvé qu’il n’attirait plus les foules) et surtout de Meryl Streep (pour la deuxième fois dans une comédie musicale six ans après Mama Mia), peut certes garantir un box-office confortable (et, accessoirement, quelques nominations aux Oscars) mais en aucun cas des performances musicales et des chorégraphies aussi réussies qu’en ayant recours à des spécialistes ayant déjà fait leurs preuves sur les planches. Formellement, on retiendra davantage la direction artistique, qui pour sa part est une vraie réussite mais qui n’a malheureusement pas de quoi maintenir le public émerveillé pendant deux heures.

Car, il faut le reconnaître, la durée d’Into the Woods est incontestablement son principal défaut. Elle n’est pas excessivement longue, mais elle aurait pu permettre de soit développer davantage les personnages et intrigues, soit en intégrer de nouvelles en prenant par exemple en compte d’autres références littéraires. Au lieu de ça, le scénario, et tout particulièrement dans la première partie, se construit sur un amoncellement de longueurs, caractérisées par leur inutilité vis-à-vis de la narration et leur manque d’humour, et qui nuisent même à l’empathie pour les personnages en accentuant la superficialité du procédé cinématographique.

Le public français étant bien moins friand de comédies musicales que peut l’être le public anglo-saxon, il ne fait aucun doute que, plus encore que Les misérables (qui, dans l’hexagone, avait l’avantage d’attirer la curiosité des férus de littérature), Into the Woods aura du mal à fédérer le public. Pourtant, lui donner sa chance en faisant confiance à l’âme d’enfant qui repose en chacun de nous, peut assurément faire de ce long-métrage un agréable moment mais aucunement une nouvelle référence du genre.

Into the Woods : Bande annonce

Into the Woods : Fiche technique

Réalisation : Rob Marshall
Scénario : James Lapine et Stephen Sondheim d’après leur pièce
Inteprétation : James Corden, Emily Blunt, Meryl Streep, Anna Kendrick, Daniel Huttlestone, Lilla Crawford, Johnny Depp, Chris Pine, MacKenzie Mauzy…
Musique : James Lapine et Stephen Sondheim
Photographie : Dion Beebe
Montage : Wyatt Smith
Production : John DeLuca, Rob Marshall
Sociétés de production : Walt Disney Pictures
Distribution : The Walt Disney Company
Durée : 122 minutes
Genre : Comédie musicale, fantastique
Date de sortie française : 28 Janvier 2015

Etats-Unis – 2014

 

Memento, un film de Christopher Nolan : Critique

Avec le film, Memento, Christopher Nolan transforme un simple polar en thriller remarquablement intelligent

Synopsis : Leonard Shelby n’a qu’une idée en tête : retrouver l’assassin de sa femme Catharine et le tuer. Mais depuis un violent à la tête lors de l’agression, il est atteint d’une forme d’amnésie qui lui fait tout oublier au bout de quelques instants. Et il a beau se tatouer des informations sur le corps pour l’aider dans sa quête, rechercher le meurtrier ne sera pas chose aisée…

Couronné de succès dans divers festival grâce à son film Following, Christopher Nolan décide de partir s’installer aux États-Unis pour s’atteler à son nouveau projet, un thriller traitant de la mémoire. Son frère Jonathan l’accompagne, profitant du voyage pour terminer ses études universitaires à Washington. Par correspondance, ils vont établir ensemble le scénario du nouveau projet de Christopher, peaufinant chacun de leur côté leur propre version : Jonathan en fera une nouvelle intitulée Memento Mori tandis que Christopher livrera le film qui le fera connaître des puristes du cinéma, Memento.

Un script qui a été présenté au producteur Aaron Ryder (l’un des dirigeants de la société Newmarket Films) par Emma Thomas, la compagne de Christopher Nolan, et qui a tout de suite été séduit par le projet. Parce que le film suit un homme atteint d’une amnésie rare tentant tout de même de retrouver l’assassin de sa femme ? Plutôt par l’idée de Christopher qui diffère principalement de la version de son frère Jonathan : raconter l’histoire à l’envers, soit commencer par le dénouement et terminer par le début. Un concept pour le moins inédit dans le milieu cinématographique et qui pouvait perdre plus d’un spectateur. Et pour cause, comment intéresser ce dernier quand la fin lui est révélée ? Surtout qu’ici, il est question d’un thriller, un genre de divertissement qui ne jure que par le suspense et donc son climax basé sur une ou plusieurs révélations devant impressionner.

De ce fait, lors des premières minutes du film, difficile de savoir où Christopher Nolan veut en venir, surtout quand ce dernier alterne séquences montées à l’envers et passages en noir et blanc étrangers à la trame principale qui s’enchaînent, eux, dans un ordre chronologique tout ce qu’il y a de plus normal. Il faut bien le dire, Nolan n’arrive pas à capter l’attention, son scénario se montrant à première vue plutôt fouillis pour ne pas dire sans queue ni tête. Et la mise en scène n’aide pas vraiment, cette dernière ne présentant aucune ambiance. Pas la moindre atmosphère qui pourrait titiller la curiosité, la faute à une musique absente du projet et un style visuel qui se rapprocherait bien plus du documentaire que de la fiction. Un choix tout ce qu’il y a de plus honorable, permettant au spectateur de se rapprocher du personnage principal. Mais cela n’enlève pas cette sensation qu’il manque de l’envergure au projet pour que celui-ci puisse véritablement attiser la curiosité. Serait-ce un coup dans l’eau pour Nolan ? Bien sûr que non !

Raconter cette histoire à l’envers a permis au réalisateur de faire le même exercice qu’avec Following, à savoir divertir et intriguer le spectateur tout en le trompant. En effet, chaque séquence (représentant 15 minutes d’enquête du personnage principal avant que celui-ci n’oublie tout) est l’occasion de dévoiler une facette des protagonistes, qui sera remise en cause avec la séquence suivante, ces derniers se jouant du héros et de son amnésie soit pour l’aider soit pour se servir de lui à des fins personnelles. Il se retrouve donc trompé par ceux qui l’entourent, ses propres préjugés mais aussi par son système de mémo à base de post-it et de tatouages dont les messages prennent une toute autre signification à chaque séquence passée. Et comme le style documentaire rapproche le spectateur de Leonard, c’est lui qui se retrouve berné à son tour, jusqu’à un dénouement (le début de l’enquête) tout bonnement inattendu qui vous fera voir le film d’un autre œil lors du second visionnage.

Qu’en est-il alors des scènes en noir et blanc, étant donné qu’elles racontent une toute autre histoire ? Premièrement, elles permettent de faire une transition entre chaque séquence de l’enquête, étant donné qu’elles s’immiscent entre chacune d’entre elles pour éviter les retours en arrière trop brutaux. Deuxièmement, elles servent à établir une mise en abyme du héros : en lisant entre les lignes, vous verrez que le destin de cet homme, Sammy Jankis, atteint d’une amnésie similaire au héros, est le même que celui de Leonard. Encore une fois, vous vous retrouverez trompés par une histoire qui n’a rien à faire là et qui, pourtant, vous fournit tout un lot d’indices sur l’enquête principale. Et pourquoi ce format en noir et blanc ? Là, plusieurs explications sont possibles, notamment celle de différencier cette histoire à l’enquête principale. Mais ce procédé marque également une transition dans le cinéma de Christopher Nolan, celle où le réalisateur a quitté le Royaume-Uni, sa terre natale (ses courts-métrages et The Following sont tournés en noir et blanc), pour se tourner vers les productions américaines, pour ne pas dire hollywoodiennes (le passage à la couleur).

Il est certain que Memento en fera fuir plus d’un à cause d’un concept scénaristique dit révolutionnaire qui casse tous les codes spatio-temporels d’un thriller classique et donc les repères du spectateur. Mais une fois cette nouveauté assimilée, il ne sera pas compliqué d’aller jusqu’au générique de fin et de découvrir un bijou cinématographique hors normes, qui jouit d’un script malin au possible et d’une mise en scène personnelle et travaillée faisant de Memento un véritable chef-d’œuvre, servi qui plus est, par d’excellents acteurs. Un coup de maître pour un réalisateur-scénariste qui n’en été encore qu’au début de sa carrière internationale !

Memento : Bande-annonce

Memento : Fiche technique

Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan
Interprétation : Guy Pearce (Leonard Shelby), Carrie-Anne Moss (Natalie), Joe Pantoliano (Teddy), Mark Boone Jr. (Burke), Jorja Fox (Catharine Shelby), Russ Fega (Walter), Stephen Tobolowsky (Sammy Jankis), Harriet Sansom Harris (Ellen Jankis)…
Image : Wally Pfister
Décors : Patti Podesta
Costumes : Cindy Evans
Montage : Dody Dorn
Musique : David Julyan
Budget : 9 M$
Producteurs : Jennifer Todd et Suzanne Todd
Société de productions : Summit Entertainment, Newmarket Capital Group et Team Todd
Distributeur : UFD
Durée : 116 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 11 octobre 2000

États-Unis – 2000

 

Les Chevaliers Du Zodiaque: La Légende Du Sanctuaire, un film de Keiichi Sato: Critique

Les Chevaliers Du Zodiaque : La Légende Du Sanctuaire est, après l’adaptation au cinéma d’Albator, Le Corsaire De l’Espace, la nouvelle production de Toei Animation, société bien connue de tous ceux qui ont passé leurs mercredis d’enfance bien calés devant Le Club Dorothée. Toei semble avoir fait le pari, peut-être par manque d’inspiration, d’adapter sur grand écran les héros de jeunesse de toute une génération dans l’espoir, peut-être, d’en conquérir une nouvelle.

Synopsis : Il y a un traître au sanctuaire, un traître qui a juré d’assassiner la déesse Athéna, de la remplacer par une doublure pour prendre ainsi le pouvoir. Mais Athéna s’est réincarnée et sera protégée par des Chevaliers Saints, jusqu’à ce qu’elle retrouve sa place au sanctuaire.

Pour les initiés

Si le verdict vis-à-vis d’Albator était déjà nuancé, c’était surtout par rapport à une narration décousue, qui ôtait l’intérêt qu’on pouvait porter à l’intrigue. Pour Les Chevaliers Du Zodiaque c’est différent, même si on ne tient toujours pas l’adaptation réussie qui ferait renaître un mythe. Tout comme la série, le film reste réservé aux initiés, de par une seconde partie exclusivement consacrée aux combats et qui condense en 90 minutes ce qui, avec le dessin animé, tenait sur des heures. Une violence donc, qui en rebutera certains. Un univers à appréhender également, qui mélange plusieurs mythologies et fixe des enjeux qui pourront laisser indifférent.

Un scénario confus

Comme Albator, la première partie souffre d’une narration mal maîtrisée, elle va si vite qu’il sera difficile d’y comprendre quelque chose, pour tout débutant en Chevaliers. Grosso modo, le tout doit être expédié environ en quinze minutes (alors que la série comptait pas moins de 114 épisodes). Vu le mélange qui est fait entre zodiaque, dieux grecs, trahison, imposture et réincarnation, il faudra se contenter de la succession de combats, en se disant qu’on la comprendra bien au fur et à mesure, cette histoire.

Maîtres de l’animation

Il y a quand même un point fort dans ce film, un point que maîtrisent les Japonais, une animation splendide dont on sait, depuis la série des Final Fantasy, qu’ils sont capables d’en faire quelque chose qui laisse stupéfait. Bien sûr que ça ne suffit pas à faire un film, bien sûr que ça ne donne pas l’œuvre ultime, l’adaptation que nous attendions tous. Par contre, cette animation sauve le film d’un naufrage complet et, pour peu que l’on a aimé enfant, assister à ces combats de chevaliers qui s’étiraient sur dix épisodes, alors on sera contenté. D’autant qu’ils sont beaux, ces combats, atomiques, stratosphériques même, Keiichi Sato ayant poussé encore plus loin les possibilités visuelles qu’offre l’animation numérique.

Toujours pas de motion capture

Mais il y a quand même une petite particularité, peut-être une marque de fabrique, qui différencie l’animation numérique japonaise des U.S.A. : c’est ce qui semble être un refus (pour l’instant) d’utiliser la motion capture. Il y a peut-être une raison à cela, liée au malaise que peut créer cette technique sur les visages « humains ». Sur des personnages non humains, comme Gollum ou Cesar, cette technique a des résultats et relègue au Neandertal des maquillages pourtant très aboutis. Mais sur les visages humains « réalistes » comme ici, cette technique donne jusqu’ici un sentiment de pâle imitation.

Forme : 1 – Fond : 0

Les Chevaliers Du Zodiaque : La Légende Du Sanctuaire, restera donc un semi-échec. Une pure réussite sur la forme, puisque le résultat technique et visuel, qui était attendu, est bien présent. Mais sur le fond c’est décevant, car en plus d’une narration qui échappe à son réalisateur, les dialogues sont très souvent navrants, en particulier lorsqu’ils tentent cet humour ras des pâquerettes, marque de fabrique de nombreux mangas. Il va donc falloir attendre encore avant de l’avoir, ce chef-d’œuvre qu’on voudrait voir émerger de notre enfance. Il y a toujours le serpent de mer d’une adaptation de Cobra qui dure depuis des années. On aimerait le voir un jour, sauf bien sûr si le résultat doit être comme celui-ci.

Les Chevaliers du Zodiaque : La Légende du Sanctuaire – Bande-annonce

Les Chevaliers Du Zodiaque : La Légende Du Sanctuaire : Fiche Technique

Titre original : 聖闘士星矢 Legend of Sanctuary
Titre français : Les Chevaliers du Zodiaque : La Légende du Sanctuaire
Réalisation : Keiichi Sato
Scénario : Chihiro Suzuki et Tomohiro Suzuki, d’après le manga Saint Seiya de Masami Kurumada
Musique : Yoshihiro Ike
Production : Masami Kurumada
Sociétés de production : Toei Animation
Sociétés de distribution : Tōei Company, Wild Bunch Distribution
Pays d’origine : Japon
Langue originale : japonais
Genre : anime
Durée : 93 minutes
Sortie France : 25 février 2015

Auteur : Freddy M.

Dead Space : Downfall, un film de Chuck Patton : Critique

Dead Space: Downfall, un pur produit marketing sans âme ni intérêt

Synopsis :  2508. Sur une colonie minière appelée Aegis VII, un étrange monolithe est mis à jour. Aussitôt, une inexplicable vague de suicides se produit parmi les colons, qui demandent alors de l’aide au vaisseau USG Ishimura, afin que celui-ci transporte la relique loin d’eux. Mais les événements se  propagent sur le vaisseau même, amenant à une mystérieuse infection qui ressuscite les morts et les transforme en monstres sanguinaires. De quoi donner du pain sur la planche à Alissa Vincent, chef de la sécurité de l’Ishimura…

Quand un jeu vidéo connait le succès à sa sortie, il n’est pas rare que celui-ci donne naissance à divers produits dérivés. Le dernier exemple en date étant Assassin’s Creed, qui a vu naître une série de quelques livres. Bien entendu, le cinéma est l’un des premiers milieux culturels à vouloir surfer sur le succès d’un bon titre (Resident Evil, Prince of Persia, Silent Hill…). Parfois, il arrive même que de « petits longs-métrages » voient le jour, sortant dans l’indifférence la plus totale, n’ayant que pour seul but d’accompagner la sortie d’un de ces hits de console (l’exemple le plus récent en date étant la mini-série Halo : Nightfall). Un effet marketing qui s’est appliqué à Dead Space, véritable objet vidéoludique qui a fait frissonner bon nombre de joueurs par son ambiance diablement angoissante, et qui s’est donc vu complété avec ce film d’animation, sous-titré Downfall.

Que s’est-il passé à bord du vaisseau USG Ishimura, lieu d’action du jeu vidéo ? Comment les nécromorphes, ces immondes créatures assoiffées de sang, ont-elles pu décimer tout l’équipage ? Dead Space : Downfall répond à cette question, se présentant comme étant le prequel du jeu vidéo, dont le but est de faire des révélations et expliquer les origines de ce qui se déroule dans l’oeuvre de base. Le prequel doit donc apporter quelque chose à cette histoire qui a séduit bon nombre de gamers. Et même s’il peut se montrer dispensable sur le papier, il se doit de donner quelques informations supplémentaires qui peuvent combler les fans en question. Avec Dead Space : Downfall, vous pourrez voir qu’un prequel qui n’arrive pas à atteindre cet objectif n’est qu’un prequel simplement loupé. Vous pensiez en découvrir plus avec ce film d’animation ? Passez votre chemin, vous serez grandement déçus ! Et pour cause, Downfall ne fait que reprendre les quelques trames déjà évoquées dans le jeu (via des enregistrements vidéos, des personnages, des cinématiques…) sans donner le moindre supplément scénaristique digne de ce nom. Plus commercial, tu meurs !

Et si ce n’était que ça… mais même le scénario en lui-même, qu’il apporte ou non quelque chose au produit de base, se montre très mal écrit. Il suffit de voir le début du film, tout aussi brouillon que le premier jet d’un script : tout est narré rapidement (pour ne pas dire n’importe comment), à tel point que le spectateur risque de se perdre dans un gloubi-boulga d’ellipses à outrance qui cherche à lever le voile sur le mystère du fameux monolithe sans jamais y arriver. Une incroyable perte de temps accumulant les personnages sans aucune saveur qui ne servent alors que de chair à canon au service d’une trame jouant à fond la carte du suspense alors que le final est connu d’avance, surtout par les fans du jeu.

Au final, Downfall se présente comme un simple survivor, rien de plus. Une sorte de film d’horreur à la Resident Evil dans lequel le spectateur suit un groupe de personnages nullement travaillés, auxquels il est donc difficile de s’attacher ne serai-ce qu’un minimum. Il est vrai que le film ne dure que 1h13, ce qui complique le travail d’écriture, mais ce n’est pas une raison pour expliquer ce manque d’âme qui parasite Downfall de bout en bout. Dès que l’infection commence, l’ensemble se laisse suivre sans réfléchir, ce qui permettra aux moins difficiles de passer le temps et ce malgré des invraisemblances à s’en arracher les cheveux (comme des protagonistes qui disparaissent de l’histoire sans laisser de traces).

Après, il faut reconnaître que ce film d’animation reste assez fidèle au produit originel, notamment en ce qui concerne le bestiaire des nécromorphes et tout ce qui touche l’univers du jeu vidéo (costumes, décors, accessoires, côté gore…). Malheureusement, tout est gâché par le parti pris d’avoir fait ce film en animation, qui plus est avec le visuel d’une vieille série animée digne des années 80-90 comme Denver le dernier dinosaure ou encore Men in Black. Un parti pris justifié par un budget vraiment limité mais qui, du coup, donne un aspect enfantin à l’ensemble, faisant perdre toute l’ambiance horrifique et angoissante du jeu originel. D’autant plus qu’à aucun moment le dégoût exprimé lors de chaque séquence gore du jeu ne refait ici surface, le spectateur étant bien trop occupé à observer les erreurs d’animation flagrantes comme un problème de proportion (un personnage pouvant être plus imposant d’un à un autre sans avoir changer de décor). Même avec peu de moyens, un film live aurait sans doute été mieux pour le bien-être de ce long-métrage.

Procédé marketing qui a eu autant d’impact qu’un coup d’épée dans l’eau, Dead Space : Downfall fait honte au jeu de base, comme la majorité des longs-métrages adaptés du domaine vidéoludique. Et même s’il était prédestiné à être de mauvaise qualité, rien ne l’empêchait d’offrir des réponses aux fans du jeu, ce qu’il ne fait nullement, à leur plus grande déception. Même les deux Resident Evil en animation (Degeneration et Damnation) était de bien meilleure qualité, allant jusqu’à surpasser les films avec Milla Jovovich. Deux exemples qui montrent que Dead Space : Downfall aurait pu être bien plus que ce ratage intégral.

Dead Space : Downfall – Bande-annonce

Fiche technique – Dead Space : Downfall

Etats-Unis – 2008
Réalisation : Chuck Patton
Scénario : Jimmy Palmiotti et Justin Gray, d’après le jeu vidéo Dead Space
Distribution : Nika Futterman (Alissa Vincent), Keith Szarabajka (le docteur Kyne), Jim Cummings (le capitaine Mathius / Farum), Kevin Michael Richardson (Samuel Irons / Pendleton / un minier), Kelly Hu (Shen), Bruce Boxleitner (Colin Barrow), Lia Sargent (Jen Barrow), Hal Sparks (Ramirez)…
Date de sortie : directement en vidéo
Durée : 1h13
Genres : Animation
Direction artistique : Ben Wanat
Animation : Ian Milham
Musique : Seth Podowitz
Producteurs : Joe Goyette, Robert Weaver, Chuck Beaver, Cate Latchford et Glen A. Schofield
Productions : Electronic Arts et Film Roman Productions
Distributeur : Sony Pictures Home Entertainment

 

Following, le suiveur – Un film de Christopher Nolan : Critique

Following, le suiveur, un premier coup d’essai réussi 

Synopsis : Bill est un jeune écrivain qui, par curiosité, prend des inconnus en filature dans les rues de Londres. Un jour, il jette son dévolu sur Cobb, un cambrioleur qui va le repérer. Mais au lieu de disparaître, il va aller à la rencontre de Bill et va l’entraîner dans ses combines…

Premier long-métrage pour le réalisateur Christopher Nolan qui, malgré qu’il soit méconnu du grand public, beaucoup de spectateurs considérant encore Memento comme le premier film du Britannique, a su se faire connaître via divers festivals indépendants durant lesquels il a raflé quelques récompenses et des critiques élogieuses. Un succès certes discret aux yeux du monde entier mais qui sera pourtant les prémices d’une carrière internationale reconnue. À l’occasion de cette rétrospective sur le papa d’Inception et d’Interstellar, voici la critique de Following, le suiveur, un film qui mérite d’être vu au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour les aficionados acharnés du réalisateur.

Faire un premier long-métrage qui puisse être repéré par des producteurs beaucoup plus influents qu’à ses débuts est le but primordial d’un cinéaste. La plupart du temps, pour réussir, il faut se plier aux règles des producteurs en question pour que ceux-ci acceptent de financer le film, le réalisateur n’ayant alors pas encore assez de pouvoir pour imposer son style ou ses ambitions, tout en se pliant aux codes du genre auquel il s’attaque (thriller, comédie, horreur…). Bien que cette remarque s’applique principalement au monde hollywoodien, elle s’adresse pourtant à chaque réalisateur en herbe qui ne cherche qu’à montrer son talent, son savoir-faire. Bien avant de connaître la notoriété grâce à la trilogie de The Dark Knight et ses premières œuvres américaines, Christopher Nolan faisait parti de ces cinéastes et pourtant, en livrant Following, le Britannique a su se démarquer très vite grâce notamment à une technique scénaristique qu’il affectionne tout particulièrement et qu’il réutilisera dans d’autres films (principalement Memento, la première partie de Batman Begins et Le Prestige) : la narration non-chronologique.

 

Le but est simple : le scénario et donc le film racontent une histoire qui ne suit nullement l’ordre établi par le temps. Ainsi, vous vous retrouverez avec une séquence qui se passe avant celle qui la précède dans le montage. Un procédé assez tortueux et risqué auquel le spectateur n’est pas spécialement habitué, pouvant lui faire peur et se désintéresser du long-métrage. Un danger que courait principalement Following, surtout avec une histoire aussi peu accrocheuse (un écrivain paumé qui s’amuse à suivre des inconnus dans la rue et qui devient cambrioleur malgré lui) et des personnages mis de côté au profit de l’histoire elle-même (juste un seul d’entre eux possède un nom). Au début du film, le résultat donné n’en est que plus frustrant : un enchaînement de scénettes à première vue sans aucun lien qui se terminent brutalement par un fondu en noir. Mais le fait d’utiliser une telle narration va permettre à Christopher Nolan de complexifier une histoire pourtant simple sur le papier, de se jouer aussi bien de son personnage principal que du spectateur, comme il l’avait fait pour son court-métrage Doodlebug.

Following se présente donc comme un thriller à la trame labyrinthique qui pousse le spectateur à rassembler les morceaux d’un même puzzle pour lui permettre de reconstituer l’histoire dans sa tête, jusqu’au moindre détail, et d’être impressionné par une révélation finale, un twist qu’il n’aura pas su voir venir malgré un synopsis basique. Ce film en quelque sorte interactif, Nolan le raconte certes à sa manière, mais ne laisse jamais le spectateur sur le banc de touche en lui fournissant des plans d’insert, des images subliminales qui permettent d’indiquer l’importance de celle-ci à l’histoire (gros plans sur un objet, séquence qui s’attarde sur le regard d’un personnage…). Un effet de mise en scène classique qui permet néanmoins de titiller la curiosité du spectateur vis-à-vis de l’histoire et d’essayer de la construire lui-même avant que celle-ci ne lui soit révélée. Et comme vous vous laisserez emporter par la trame et les indices disséminés par Nolan, vous vous ferez prendre au jeu comme le personnage principal.

 

Et le format en noir et blanc dans tout cela ? Est-ce par manque de moyen (le budget du film s’élève à 6 000 dollars) ou par caprice de Nolan qui utilise ce dernier depuis ses courts-métrages (Doodlebug en tout cas) ? Si Christopher Nolan est souvent considéré comme un excellent conteur d’histoires (ce film et son montage en sont la preuve) et non un metteur en scène exceptionnel qui use d’effets mémorables, Following saura convaincre les plus réticents à son cinéma. S’il est vrai qu’ici, le réalisateur ne fait que filmer et suivre ses comédiens (très bons, soit dit en passant), le fait d’avoir choisi le noir et blanc participe également à se jouer du spectateur. Cela donne une certaine classe à l’image, certes, mais ce format donne un côté 50’s à l’histoire, si bien que le spectateur peut se retrouver perdu en ce qui concerne l’époque à laquelle se déroule le film. Bien que celui-ci semble se passer dans le présent (il suffit de voir les vêtements et les décors), le noir et blanc donne pourtant l’impression que Following embarque le spectateur dans l’époque de la Prohibition en faisant dériver son histoire dans une ambiance plutôt mafieuse où défilent décors luxueux et rétros (un club, un appartement chic), objets anciens (une machine à écrire) et une blonde hitchcockienne (coiffure et apparence vestimentaire d’époque) au service d’une histoire de gangster. Une simple apparence filmique dans laquelle le spectateur va pourtant se laisser plonger sans se rendre compte qu’il a affaire à une illusion, se retrouvant ainsi aussi naïf et impuissant que ne le sera le héros au cours de l’histoire.

Bien que Following préfère s’attarder sur son enquête et non sur l’histoire des personnages qui ne servent de pions qu’au déroulement du script, Christopher Nolan livre une première œuvre tout simplement bluffante de maîtrise, tout en imposant son style scénaristique. Un coup d’essai réussi pour celui qui deviendra le réalisateur hollywoodien le plus acclamé du XXIe siècle.

Following, le suiveur : Bande-annonce

Following, le suiveur : Fiche technique

Titre original : Following
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Interprétation : Jeremy Theobald (Bill), Alex Haw (Cobb), Lucy Russell (la blonde), John Nolan (le policier), Dick Bradsell (l’homme chauve), Gillian El-Kadi (le propriétaire de la maison), Jennifer Angel (la serveuse), Nicolas Carlotti (le barman)…
Image : Christopher Nolan
Décors : Tristan Martin
Costumes : Tristan Martin
Montage : Christopher Nolan et Gareth Heal
Musique : David Julyan
Budget : 6 000 $
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas et Jeremy Theobald
Productions : Syncopy et Next Wave Films
Distributeur : Les Acacias
Durée : 69 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 1er décembre 1999

Royaume-Uni – 1999

Doodlebug, un film de Christopher Nolan : Critique

Avant de commencer par une carrière internationale, la grande majorité des réalisateurs sont passés par la voie des courts-métrages. Des films de petite durée par lesquels les cinéastes dévoilent déjà leur talent qui leur permettront de se faire repérer par les producteurs. Christopher Nolan fait partie de ceux-là, ayant démarré par trois courts-métrages dont : Doodlebug, dans lequel il imposait déjà sa marque de fabrique : divertir le spectateur en le troublant.

Synopsis : Dans une petite pièce obscure, un homme armé d’une chaussure essaye désespérément de poursuivre une chose « invisible »…

Nolan, le manipulateur

Doodlebug n’avait pourtant rien de bien passionnant sur le papier, surtout avec un scénario qui suit un personnage chassant quelque chose avec sa chaussure. Même en trois minutes, cela peut sembler fort ennuyeux, d’autant plus que le script ne présente rien de bien passionnant : aucune information concernant le protagoniste, pas la moindre explication qui puisse renseigner le spectateur sur la situation… le tout sans la moindre réplique, le film étant muet de bout en bout. Mais c’était sans compter sur le talent scénaristique de Christopher Nolan à raconter des histoires, ayant compris qu’un scénario se construisait également par le biais de l’image.

Beaucoup de personnes critiquent encore aujourd’hui le manque de mise en scène de Nolan, ce dernier ne faisant que filmer ses personnages, leurs actions et leur environnement. Comparé à d’autres réalisateurs, il est vrai que Nolan n’a rien inventé. Mais avec Doodlebug, il prouve qu’une mise en scène des plus classiques peut se révéler être diablement efficace. Ici, il filme le personnage principal de près, dans un décor qui semble réduit pour créer un sentiment de claustrophobie difficile à supporter. Il instaure même une ambiance déroutante avec des plans d’insert (gros plan sur un objet précis) accompagnés de bruitages dérangeants (le tictac d’une horloge, les bulles d’un téléphone plongé dans un bocal), le tout rehaussé par un noir et blanc assombri et la musique quelque peu angoissante de David Loyd et David Julyan, pour que le spectateur ne se sorte pas indemne du visionnage après avoir été captivé pendant 3 minutes. Vous l’aurez compris : en jouant seulement avec les cadrages et le montage, Nolan arrive à titiller l’attention sans aucune difficulté quelconque.

Le réalisateur rend son film encore plus intrigant en cachant jusqu’à la toute fin ce qu’est cette fameuse chose pourchassée par le protagoniste. Il se joue ainsi du spectateur en laissant libre cours à son imagination en se posant certaines questions: que poursuit le personnage ? Est-ce un insecte ? Le fruit de son imagination ? Le protagoniste est-il fou en fin de compte? Par ce procédé, Nolan renforce le suspense de son film tout en faisant participer le spectateur via sa propre réflexion, l’incitant ainsi à rester jusqu’au dénouement. Et quand celui-ci arrive enfin, l’étonnement et la frustration n’en sont que plus imposants. Le final en déstabilisera plus d’un tout en dévoilant une mise en abyme inattendue qui révèle que l’homme, quelque soit la situation dans laquelle il se trouve, est son pire ennemi.

Avec un simple court-métrage de trois minutes, Christopher Nolan arrive à en tirer un huis clos sombre grandement travaillé et qui suscite irrémédiablement l’attention. Doodlebug se présente ainsi comme les prémices d’une carrière florissante avec laquelle le Britannique connaîtra la renommée en livrant des divertissements tortueux qui incitent le spectateur à ne pas laisser son cerveau de côté.

Doodlebug : Film complet

https://vimeo.com/126005936

Fiche technique – Doodlebug

Royaume-Unie – 1997
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Interprétation : Jeremy Theobald (l’homme à la chaussure)
Durée : 3 min
Genres : Court-métrage, thriller, fantastique
Image : Christopher Nolan
Décors : Christopher Nolan et Alberto Matiussi
Costumes : Christopher Nolan et Alberto Matiussi
Montage : Christopher Nolan
Musique : David Julyan et David Lloyd
Budget : 1 000 $
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas et Steve Street
Production : UCL Film Society