Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2015 – Jour 1

Les pérégrinations d’un reporter au Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2015 : Expérimentation, Robert Rodriguez et Neige.  

Enfin. La rédaction a posé le pied sur le joli manteau blanc de Gérardmer. Pas de ski pour les braves, mais un programme chargé de films à voir et d’événements auxquels assister. Après avoir récupéré le sacro-saint pass d’accréditation, véritable graal au sein d’un festival où des centaines de journalistes et de professionnels de l’audiovisuel sont attendus, me voilà déambulant dans les rues enneigées de la ville vosgienne. Il est encore tôt pour une première séance et j’en profite pour avaler un premier café à la buvette des bénévoles, feuilletant une documentation festivalière fournie. Tasse vide, il est temps de se diriger vers la salle réservée à la presse au Grand Hôtel. C’est un cadre élégant et cosy qui accueille des dizaines de journalistes sur le point d’interroger toutes les stars de ce festival qui font des va-et-vient dans les couloirs de l’hôtel. Des fauteuils moelleux, un bar aguicheur, une salle immense et une vue imprenable sur les montagnes enneigés, je dois avouer que le cadre suscite quelques peu mon émerveillement. A peine le temps de s’asseoir que trois bénévoles m’assaillent gentiment et me demandent de leur accorder une interview pour la Gazette du Festival. Quel est votre meilleur souvenir de Gérardmer ? Quel film attendez-vous en particulier ? Un dernier mot sur cette édition ? Je me prête au jeu, et il ne leur en faut pas plus pour rédiger un court article. Très charmantes bénévoles par ailleurs, merci à elles. Moins de cinq minutes après leur départ, voilà qu’un jeune homme s’installe à ma table. Il m’interroge sur les formalités pour prendre contact avec des réalisateurs. Devant ma mine déconfite et mes paroles vides de réponse pour lui, il ne s’attarde pas plus et cesse de me poser des questions. Après renseignement, il s’agit d’un compositeur de musique qui souhaite vendre ses productions à des réalisateurs de renom. Bon courage à lui. Bon, assez de temps perdu, il me reste moins d’une heure avant la première séance et le Festival de Gérardmer est connu pour ses files d’attente interminables. Sur mon chemin pour sortir de la salle de presse, tout un tas de célébrités défile devant moi. A ma gauche, une interview avec Robert Rodriguez, à ma droite, une captation vidéo d’un entretien entre un journaliste et Alex Garland, réalisateur de Ex-Machina, film en compétition internationale qui a fait l’ouverture, la veille. Et ça tombe bien, c’est justement le premier film que je vais aller voir.

[EN COMPETITION] Ex-Machina

Réalisé par  Alex Garland (2014). Sortie annoncée le 27 mai 2015. 

Synopsis : Caleb, âgé de 24 ans, est programmateur dans l’une des plus importantes sociétés d’informatique au monde. Il gagne un concours pour passer une semaine en pleine montagne dans un lieu isolé appartenant à Nathan, le PDG solitaire de sa boîte. Caleb découvre alors qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience pendant laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde, incarnée sous les traits d’un superbe robot féminin.

 

Alex Garland ne vous dit certainement rien. Pourtant, on doit à ce romancier certains des scénarios de la filmographie de Danny Boyle (La Plage, 28 Jours plus tard, Sunshine). Alors forcément, quand on apprend qu’il écrit et réalise son premier film, il faut avouer que le projet suscite notre curiosité. On revient à ce thème phare du siècle dernier, où les scientifiques tentent de rivaliser avec Dieu. Cette rencontre entre un PDG et son employé est une collaboration hautement plus ambitieuse, vouée à accomplir des choses plus formidables, comme la toute première intelligence artificielle qui pourrait rivaliser avec le cerveau humain. Un film dans l’air du temps à l’heure où les grands PDG informatique du monde s’inquiètent des conséquences des travaux sur l’I.A. Dès lors que le triangle se met en place, une mécanique bien huilée apporte une véritable tension au récit. Manipulation, contre-attaque, retournement de situation, Alex Garland sait jouer avec les nerfs et s’amuse à déjouer les attentes des spectateurs. Il a également acquis un très beau sens du cadre en travaillant avec Danny Boyle et une direction artistique impeccable (les plans en extérieur sont magnifiques). Sans compter que le film est porté par un très bon trio d’acteur, Domnhall Gleeson, Alicia Vikander et une mention spéciale au bluffant Oscar Isaac. Il ne serait pas étonnant de voir le film repartir avec un prix à la fin de la semaine. En somme, Ex-Machina propose une nouvelle et intéressante réflexion sur l’intelligence artificielle et la place de la machine dans notre société. Un sujet longuement rabâché mais dont il serait fort dommage de bouder son plaisir. Ex-Machina est un huis-clos SF maîtrisé à la beauté plastique indéniable.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

[EN COMPETITION] Cub

Réalisé par  Jonas Govaerts (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Comme chaque été, le jeune Sam, âgé de douze ans et débordant d’imagination, part en camp de scouts dans la forêt. Il se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond quand il y découvre une mystérieuse cabane visiblement habitée par Kai, un enfant sauvage. Sam croit bon d’en avertir ses guides, mais ceux-ci ne le prennent pas au sérieux, interprétant son récit comme l’une de ses habituelles élucubrations. Et pourtant… Le jeune garçon de la cabane s’avère en plus aider un dangereux psychopathe, lequel va redoubler d’ingéniosité pour décimer les louveteaux de la troupe. Un par un…

C’est avec un honneur non dissimulé que le réalisateur Jonas Govaerts vient présenter son film et saluer un festival auquel il a rêvé de participer depuis tout petit, quand celui-ci était encore à Avoriaz. Le réalisateur ne cache pas le fait qu’il s’agit d’un film hommage avant d’être parfaitement original. Une salve d’applaudissements et puis s’en va. La projection démarre et laisse effectivement entendre que le film lorgnera clairement du côté du slasher référencé. Audacieux pari que de tourner ce film de genre dans une Belgique où seul Fabrice du Welz (Calvaire, Alléluia) se démarque.  Deux titres viennent tout de suite à l’esprit : Vendredi 13 et Massacre au camp d’été (Sleepaway Camp). Les plus fins amateurs trouveront même des hommages au cinéma de Dario Argento notamment dans une bande-son qui rappelle par moment les heures de gloire des Goblin. Le scénario révèle malheureusement vite ses limites. Jonas Govaerts donnent des informations ou présentent des personnages qui ne seront jamais remployés dans la suite du film. De même, le réalisateur semble avoir le cul entre deux chaises, oscillant entre le ton dramatique et épouvantable du massacre à l’humour débridé, gore et second degré. Au final, plutôt que de contenter tous les publics, Cub est affreusement bancal. Dommage car il faut reconnaître que la photographie comportait un vrai travail de cadrage. Si l’intention est louable, il faut malheureusement dire la vérité, à trop vouloir rendre hommage, Cub est paresseux et révèle une écriture bâclée. On préféra alors revenir aux originaux dont il s’inspire plutôt que s’attarder sur cette sympathique mais dispensable copie.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆ 

La neige s’abat avec force sur Gérardmer. Il en faut plus cependant pour empêcher les spectateurs d’aller au cinéma, surtout quand c’est pour la projection de The Signal de William Eubank. Pas la projection glamour de la soirée me-direz-vous mais c’est à cette occasion -avant la projection du film- que Robert Rodriguez est venu recevoir son hommage et sa récompense. Après avoir présenté le parcours de Robert Rodriguez de manière biographique et scolaire, le créateur du festival Lionel Chouchan remercie grandement la venue du texan et honore l’ensemble de sa carrière. Un bref montage vidéo réussi plus tard et voilà que Robert Rodriguez vient récupérer son prix sous les applaudissements d’une salle en extase. Dix minutes sur scène suffiront et le réalisateur rejoint les coulisses de la salle, remerciant une dernière fois les spectateurs et ses fans. Dans l’après-midi, il avait également tenu une conférence de presse où il avait pu s’expliquer plus longuement et répondre aux questions de Lionel Chouchan et des journalistes.

Mais la compétition ne s’arrête pas là et, à l’instar de Ex-Machina en début d’après-midi, la soirée s’annonce sous les auspices de l’expérimentation scientifique. Avec The Signal où une bande de trois amis vont se retrouver confiné et étudié par des hommes en combinaisons tandis que Le Projet Atticus nous montre des tests scientifiques et entretiens vidéos du cas d’une femme semblant présenter des dons de télékinésie, à moins qu’elle ne soit possédée.

[EN COMPETITION] The Signal

Réalisé par  William Eubank (2014). Sortie en DVD/Blu-Ray le 04 février 2015. 

Synopsis : Nic et Jonah sont deux étudiants de première année du MIT, l’un comme l’autre passionnés de piratage. Lors de leur traversée du sud-ouest des États-Unis en compagnie d’Haley, la petite-amie de Nic, un génie de l’informatique réussit à les attirer dans une zone étrangement isolée…  Lorsque Nic reprend connaissance, il doit s’engager, seul et déboussolé, dans une lutte contre des forces qui semblent désormais le dépasser……

Malheureusement absent de tout le festival, William Eubank a tout de même tenu a réaliser une courte vidéo remerciant le festival pour avoir sélectionné son film et saluant tous les spectateurs de la salle. Une chose est sûre, le film a énormément divisé. Les conversations endiablées entre les convaincus et les déçus empièteront même sur la projection du prochain film. Certains citent Dark City comme référence quand d’autres trouvent des similitudes avec Interstellar. Un terme revient souvent : « c’est du cinéma mindfuck ». Le mystère entretenu par l’intrigue jusqu’au dénouement ainsi que la complexité de son scénario vont effectivement dans ce sens. Bref, The Signal est d’abord un film SF aux premières allures de road-trip. D’un espace naturel, ouvert et magnifié par la caméra, l’élément perturbateur sonore amènera nos trois héros à être enfermé au sein d’un centre tout ce qu’il y a de plus isolé, froid et clinique. Dans un style indépendant à la Sundance, William Eubank livre une photographie des plus envoûtantes où la magnificence des espaces naturels lui sert de métaphore à la liberté de ces trois jeunes idéalistes. Les interprétations sont toutes correctes et Lawrence Fishburne est d’une froideur implacable. Hormis une séquence filmée en found-footage sans raison aucune, il n’y a que du bon dans ce film où l’on s’accroche aux lèvres des protagonistes pour découvrir le mystère de ce centre. Les indices tombent, la situation devient plus claire mais à force de vouloir emmener son spectateur sur des terrains inconnus, William Eubank le perd en route. La faute à des longueurs interminables dans la deuxième partie et une intrigue rocambolesque où il sera difficile d’arriver à satisfaire les attentes et les cohérences de chacun. Résultat, le réalisateur oublie de résoudre des énigmes et finit sur un plan surréaliste qui remet tout le film en question. The Signal avait tous les éléments pour être l’un des évènements SF de l’année. Finalement, il ne s’avèrera être qu’un ambitieux projet s’écroulant sous le poids d’une intrigue trop complexifiée et jamais aboutie. On gardera néanmoins en tête l’excellente photographie du film et certaines séquences impressionnantes. Une maigre récompense en fin de compte.

Note de la rédaction : ★★★☆☆  

[HORS COMPETITION] Le Projet Atticus

Réalisé par Chris Sparling (2014). Sortie en DVD/Blu-Ray le 25 mars 2015.

Synopsis : Fondé en 1976 par le Dr Henry West, l’institut Atticus était spécialisé dans l’étude de personnes développant des capacités paranormales : parapsychologie, voyance, psychokinésie, etc. Des centaines de personnes présentant ce genre d’aptitudes ont été étudiées par les chercheurs de l’institut et de nombreux articles annonçant leurs résultats ont été publiés. Mais aucun cas étudié jusque-là n’avait préparé le Dr West et son équipe à l’arrivée de Judith Winstead…

Le Projet Atticus est un énième film found-footage sur une possession qui tourne mal. Toute l’originalité (ironie) du film provient du fait qu’il est filmé comme un documentaire, bien à l’américaine avec des entretiens avec les personnes concernés après les événements, entremêlées par des extraits des cassettes vidéo. En termes de mise en scène, Chris Sparling ne s’embarrasse d’aucune audace visuelle ou photographie léchée. C’est du found-footage, donc c’est cadré sans but précis, hormis prendre un point de vue objective sur la situation. Il faut savoir que Chris Sparling est avant tout scénariste, récompensé pour Buried de Rodrigo Cortes et attendu avec le prochain film de Gus Van Sant, The Sea of Trees. Et il est vrai que sur ce coup, le réalisateur développe une intrigue intéressante et plus fouillée que d’habitude. Les expériences de télékinésie laissant place à un cas de possession démoniaque, Chris Sparling en profite pour balancer une critique sur le gouvernement américain et l’Armée plus particulièrement. Certaines séquences font penser à la situation à Guantanamo tandis que l’autorité d’un responsable de l’armée sur la situation est mise à mal par l’ampleur du désastre. Ainsi Le Projet Atticus voit s’affronter trois instances, que sont la science, l’armée et la religion. Ça peut paraître anodin mais ce triangle apporte une dimension bienvenue à un récit tout ce qu’il y a déjà de plus rabâché. Pour apporter suffisamment de sensations à son film, Chris Sparling n’a malheureusement pas d’autre choix que d’avoir recours aux scare-jumps. Efficaces à certains moments mais généralement très prévisibles. Et comme tous les films de genre, le dénouement entretient le mystère et se finit à la mode Paranormal Activity. Un peu de frustration à la sortie du film tant certains éléments du scénario nous sortaient de notre torpeur habituelle. Au fond, Le Projet Atticus est comme tous les DTV du genre, un film qui reprend avec aisance les codes du genre mais ne les renouvelle pas. On garde à l’esprit le souvenir d’un film sympathique mais dont on aurait très bien pu se passer.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

C’est tout pour aujourd’hui. Demain, une journée moins marathon qu’aujourd’hui. Pour ne pas vous occulter le mystère de ce qui m’attend (et crée un pseudo cliffhanger censé vous faire revenir demain), je ne dévoilerais pas le programme de ma journée. Tout juste dirais-je que des films, il y en aura, des files d’attente interminables, il y en aura encore, et que de nouvelles rencontres, il y en aura aussi. Alors rendez-vous demain ! Bisous enneigés.

Reporter/Rédacteur LeMagduCiné