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Suite Française, un film de Saul Dibb : critique

Un magnifique livre et film, Le silence de la mer, conte l’histoire d’un officier allemand mélomane débarquant dans une famille (une jeune fille et son grand-père) qui résiste par son silence à cet envahisseur amoureux de la France, mais ennemi puisqu’on est en temps de guerre. C’est comme ça que commence l’histoire de Suite française, quelque chose d’un rejet de l’ennemi est visible à l’écran malgré le calme apparent.

Synopsis : Été 1940, France. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’oeil inquisitoire de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter, mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

Un village français

Lucile vit dans le village de Bussy encore provisoirement protégé de la guerre. Elle y attend le retour de Gaston, son mari parti au front. Dans une magnifique demeure, Lucile partage ses journées avec sa belle-mère plutôt austère et d’abord présentée comme « sans cœur » tant elle traite ses métayers avec peu d’égard, leur prenant l’argent qu’ils lui doivent avec mépris. Lorsque l’on débarque dans le film, la voix off de Lucile nous explique que nous sommes au moins de juin, une semaine après les premiers bombardements sur Paris. Dans le calme éphémère qui règne encore au village, une menace sourde se fait entendre, bientôt de plus en plus prégnante lorsque, sur leur route, Lucile et sa belle-mère croisent des réfugiés qui se déplacent par centaines, sans foyer où atterrir et soumis aux aléas des bombardements puisque les ennemis qui ont frappés Paris les ont suivi et bombardent désormais Bussy. Le calme ne reviendra plus. C’est la tempête qui commence, celle du cœur, de l’esprit, des certitudes et de la vie de campagne déjà bien rude qui va devenir soumission.

Remettre les pendules à l’heure

A chaque instant le récit ne fait que remettre en question la bonté de chacun, les confronter à leurs ennemis. Être ou n’être pas humain, voilà la question que pose la guerre et le propos est clair : « pour connaître vraiment les gens, faîtes une guerre ». Quand les allemands débarquent à Bussy, la caméra est au cœur de l’église où les paroissiens écoutent la messe leur dire qu’il faut être solidaires en ces temps de division profonde, n’être qu’un (et indivisible). Au sein de l’église cet esprit-là demeure dans la prière, mais il est bientôt ébranlé par un tremblement cadencé : les pas de l’ennemi. Les allemands sont là. Les premières à quitter l’église sont la belle-mère et Lucile qui la suit docilement. Regroupés sur la place, les villageois écoutent les allemands leur dire que les nouvelles valeurs sont désormais le droit au travail ainsi que la famille. Pourtant, ces familles-là vont être bouleversées par l’arrivée, dans les meilleurs foyers, d’un officier qui prendra ses quartiers. Madame Angellier (la belle-mère) est claire, en s’éloignant du rassemblement, là encore la première, elle exprime sa rébellion : « je ne vivrais jamais à l’heure allemande ». C’est donc tout naturellement que l’accueil est très froid quand Bruno Von Falk arrive dans la demeure des deux femmes. Il a l’air plutôt doux, cordial bien qu’un peu brutal. Il remet d’ailleurs les pendules à l’heure, non pas symboliquement, mais véritablement comme pour faire écho à la résistance de Madame Angellier. Lucile est une femme docile, sûre de la méchanceté de sa belle-mère et de la bonté de voisins proches, des fermiers qui vivent avec leurs deux enfants. Le mari, Benoit, est blessé et profondément remonté contre la bourgeoisie comme les allemands. Un sanguin. L’ennemi envahit donc la demeure des deux femmes qui se refusent à tout signe de faiblesse devant lui.

Guerre et amour

Pourtant, très vite, une petite flamme s’allume dans le cœur de Lucile quand elle entend Bruno jouer un morceau au piano qui lui est inconnu. Leur première discussion tourne d’ailleurs autour de la musique. Mais ce qui va pousser Lucille, qui est encore dans le jugement, dans les bras de son ennemi, c’est la découverte de l’infidélité de son mari avant la guerre. Son monde est ébranlé bien plus par cette nouvelle que par la pénurie qui se fait partout sentir. Cette âme pure va peu à peu se confronter à la réalité du monde. La caméra prend le temps d’observer son visage, et les frémissements de sa peau. Ce visage va d’ailleurs peu à peu se durcir, elle prendra des décisions qui la font enfin gouverner sa vie. C’est d’abord dans le rêve qu’elle s’égare. Loin du regard réprobateur de sa belle-mère, elle se laisse aller à son amant bien que leur étreinte soit brisée. Il n’y a aucun mot d’amour échangé entre eux, juste des corps qui s’attirent. Car dans leurs yeux, ils voient bien qu’il y a quelque chose qui les lie profondément, une humanité. Mais Bruno est un soldat, avec du sang sur les mains. S’il nous est montré tantôt comme un exécutant, tantôt comme un chef, c’est pour le rendre duel, jamais ni héroïque, ni complètement salaud. D’ailleurs, dans ce film personne n’est montré ainsi. Avec une exactitude assez bluffante, la reconstitution proposée n’est pas qu’un décor, c’est un théâtre des mœurs, des sentiments, des actes. Des lettres que des voisins envoient aux allemands pour se dénoncer les uns les autres aux petits actes qu’ils font sans en retirer aucune gloire, chacun fait comme il peut avec sa conscience. Le film ne se propose pas comme une démonstration de force, il observe finement la quintessence d’un monde où l’homme est fait pour être guerrier et la femme pour son repos, comme un officier allemand peu scrupuleux le fait remarquer au couple de fermiers, amis de Lucile. Une autre femme dira d’ailleurs « je travaille tout le temps, il ne me reste que l’amour ». La question des idylles entre les soldats allemands et certaines femmes françaises a toujours été très cinématographique. On connaît le sort réservé à la libération aux femmes qui avaient eu des liaisons avec l’ennemi. Pourtant, dans l’esprit de Lucille, il y a tout un tas de questions, elle reconnaît tantôt Bruno comme son semblable et le rejette bientôt violemment.

Classicisme et pudeur

La mise en scène reste très classique, de la musique très « sentimentale » aux mouvements de caméra qui s’approchent au plus près des émotions, mais aussi surprennent les regards volés. Même quand un homme est exécuté pour l’exemple, le traitement choisi par le réalisateur est sobre, il ne part dans aucune effusion. Mais cette pudeur et cette maîtrise vient aussi des acteurs qui n’en font jamais trop. On retrouve avec plaisir Matthias Schoenaerts, ici transformé (loin de Bullhead) et d’une maîtrise éclatante car elle cache mille émotions qui se déploient au fur et à mesure du film. Il en est de même pour la belle Michelle Williams qui n’est pas que ça, c’est aussi une âme qui pense, qui vit et qui se questionne. Le reste du casting vaut aussi le détour. Ce qu’on sent dans ce film, c’est la nécessité de tout englober, d’essayer de comprendre l’ennemi autant que ceux qui sont censés être des alliés. Une nécessité d’autant plus prégnante que le film est l’adaptation d’un roman inachevé écrit par Irène Némirovsky, dont on n’a découvert le manuscrit que bien des années après son écriture. Ce qu’Irène n’a pu écrire, c’est notamment le manuscrit qui s’intitule La paix, qu’elle n’a pas connue puisqu’elle fut déportée en 1942, année de sa mort. C’est sa fille qui l’a publié des années après, le livre a d’ailleurs été couronné d’un Prix Renaudot. Mais la paix on la sent pourtant dans le cœur de Bruno comme de Lucile quand ils partagent ensemble quelques notes de musique, une « suite française » qui relie leurs esprits à jamais. C’est ça leurs mots d’amour. Un film touchant principalement parce qu’il n’en fait jamais trop, malgré son classicisme. Le seul bémol : que tous parlent anglais au beau milieu de la France, c’est assez incongru. Au final, rien de « neuf », mais une belle fresque romanesque magnifiée par des interprètes pudiques et sensibles.

Fiche Technique – Suite Française

Genre : Guerre, Drame – Sortie le 1 avril 2015
Réalisateur : Saul Dibb
Scénariste : Saul Dibb, Matt Charman, d’après l’œuvre de Irène Némirovsky
Distribution : Michelle Williams (Lucile), Matthias Schoenaerts (Bruno von Falk), Kristin Scott Thomas (Madame Angellier), Ruth Wilson (Madeleine Labarie), Lambert Wilson (Le Vicomte de Montmort)
Producteurs : Simon Oakes, Tobin Armbrust, Ben Holden Richard Jackson
Directeur de la photographie : Eduard Grau
Compositeur : Rael Jones ( et Alexandre Desplat pour la musique au piano jouée par Bruno)
Monteur : Christopher Dickens
Distributeur : UGC Distribution

Suite Française trailer

Someone You Love, un film de Pernille Fischer Christensen – Critique

Des histoires familiales compliquées au cinéma, il y en a des centaines. La relation houleuse entre un père star du rock qui n’a jamais élevé sa fille est un leitmotiv du cinéma hollywoodien. Pourtant, on attendait de Someone You Love une approche différente, plus « scandinave » de ce thème de l’abandon paternel et de la rédemption, dans le style peut-être du grand Ingmar Bergman.

Synopsis : Après des années à Los Angeles, Thomas Jacob, célèbre chanteur au parcours chaotique, revient enregistrer son nouvel album au Danemark. Sa fille Julie, qu’il n’a pas vue depuis des années, en profite pour réapparaître dans sa vie et lui présenter son petit-fils Noah. Thomas s’est détourné de sa famille et c’est bien malgré lui qu’il doit s’occuper du jeune garçon. Sa relation avec son petit-fils évolue et il est bientôt confronté à un choix qui pourrait bouleverser sa vie.

Certes, ce drame de Pernille Fischer Christensen, sélectionné à la Berlinale, donne parfois lieu à des contrastes très forts et symboliques, qui donnent une dynamique au film. Cette neige qui tombe constamment dans le parc de l’immense château que Thomas a loué pour son retour au Danemark traduit la solitude d’un homme qui ne retrouve sa vitalité que dans l’atmosphère tamisée et les couleurs chaudes du studio d’enregistrement. Thomas est un musicien doué, passionné et colérique : l’acteur Mikael Persbrandt, très charismatique, fait étrangement penser au chanteur Renaud. Mal rasé, yeux bleus clair, cheveux longs ramenés en arrière. Sa voix elle tient plus à celle d’un Johnny Cash danois.

Thomas revit depuis qu’il a arrêté drogue et alcool. Le seul problème, c’est que sa fille qu’il a abandonnée et qui maintenant est mère d’un petit garçon, vient lui demander de l’argent pour payer sa coke. Au risque de se faire virer de son boulot, elle se voit obligée de partir en cure de désintoxication pendant six semaines, laissant son fils Noa à la charge d’un grand-père plus que réticent. On connaît le dénouement sans même avoir besoin de continuer : progressivement, des liens profonds vont se tisser entre cet homme égocentrique et ce petit-fils touchant et doux. On s’attend au happy end et ça ne loupe pas.

Cependant la réalisatrice réussit à ne pas tomber dans un pathos trop lourd et signe même quelques moments de grâce : la bataille de boules de neige entre Noa et son grand-père, un des rares moments léger du film, ou encore la crise d’angoisse que fait Thomas en plein enregistrement de son nouvel album sont autant de moments où la sensibilité et la fragilité du personnage principal sont révélées.

La solitude scandinave

Il semble intéressant de replacer Someone You Love dans le contexte actuel des productions scandinaves. La vitalité des séries nordiques a insufflé une nouvelle dynamique à ces fictions que l’on aime froides, parfois sanglantes, souvent étranges à l’image de Real Humans ou de The Killing (Forbrydelsen en danois). Les personnages y sont bien souvent des êtres solitaires, asociaux, marginaux qui vivent en décalage avec la société. On retrouve cette caractéristique dans Someone You Love. Thomas est un inadapté social, dans tous les sens du terme : il a fui son devoir paternel, refusant par là de se conformer à l’institution matrimoniale. Extrêmement égocentrique, il se croit supérieur aux autres et donc hors de la société. Thomas est ce qu’on pourrait appeler un « artiste maudit », profondément malheureux mais sur la voie de la rédemption.

En résumé, Someone You Love n’est pas un mauvais film, plutôt un film plat. D’un sujet déjà-vu, la réalisatrice parvient ponctuellement à sortir des sentiers battus, mais y revient malheureusement très vite, malgré un casting convaincant (en particulier Molly, interprétée par Trine Dyrholm, vue dans l’excellente série danoise Arvingerne.

Someone You Love – Bande-annonce vostfr

Fiche Technique – Someone You Love

Réalisateur : Pernille Fischer Christensen
Scénariste : Pernille Fischer Christensen, Kim Fupz Aakeson
Genre : Drame familial
Durée : 1h35 min
Date de sortie : 21 janvier 2015
Nationalité : Danemark
Interprétation : Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm, Birgitte Hjort Sorensen, Sofus Ronnov, Eve Best, Lourdes Faberes, Peter Frödin
Directeur de photographie : Laust Trier-Mork
Musique :
Montage : Janus Billeskov Jansen, Anne Osterud
Producteurs : Jessica Ask, Bo Damgaard, Vinca Wiedemann…
Production : European Film Bonds, Film i Väst, Zentropa Productions

 

Foxcatcher, un film de Bennett Miller : Critique

Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, suivi de nombreux prix et nominations dans divers festivals, en attendant les oscars ou le film a 5 nominations : meilleur réalisateur : Bennett Miller, acteur : Steve Carell, acteur dans un second rôle : Mark Ruffalo, scénario original : E. Max Frye et Dan Futterman, puis maquillages : Bill Corso et Dennis Liddiard. Foxcatcher était très attendu, surtout pour la prestation de Steve Carrel, encensé depuis des mois.

Synopsis: Inspiré d’une histoire vraie, Foxcatcher raconte l’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique et deux champions de lutte.

Dans l’antre de l’aigle doré

Le film fait honneur à sa réputation et devrait déjà faire partie des dix meilleurs de cette année. Il met la barre très haut, aussi bien dans la mise en scène, que dans l’interprétation, le scénario ou encore, la photographie. Après Night Call, Whiplash ou A Most Violent Year entre autres, le cinéma américain continue son introspection, en offrant un visage de plus en plus sombre de son pays. Mais à la différence de ces trois films, il s’inspire d’une histoire vraie, ce qui le rend encore plus glaçant et effrayant.

Nous sommes dans les années 80, celles du libéralisme, initié par Ronald Reagan, le nouveau président des Etats-Unis en 1982. Avec le capitalisme à outrance, cette nouvelle politique accentua les inégalités sociales. C’est dans ce contexte politique et social, que les frères Schultz, Mark et Dave, remporte l’or aux jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Trois ans plus tard, on retrouve Mark, s’entraînant dans l’anonymat avec son frère Dave devenu un entraîneur respecté et reconnu. Mark est un homme solitaire, vivant dans l’ombre de son aîné, un homme stable, marié à Nancy et père de deux enfants. Face à la réussite et la stabilité de son frère, Mark semble nourrir une forme de jalousie en lui, s’exprimant lors de leurs affrontements durant les entraînements. Mais un jour, Mark va recevoir un coup de téléphone de la part du secrétaire de John Eleuthère Du Pont, un philanthrope, héritier de la famille Du Pont et se présentant comme l’homme le plus riche des Etats-Unis. Cette rencontre, entre deux hommes socialement à l’opposé, de même qu’intellectuellement, va dramatiquement changer le cours de leurs vies.

Ce fait divers, qui a défrayé la chronique en 1996, devient un thriller psychologique sombre et étouffant, ou plane un sentiment de malaise permanent, dès l’apparition de Steve Carell. Son interprétation est monstrueusement terrifiante. C’est un homme célibataire, héritier milliardaire, au physique disgracieux et vivant dans l’ombre d’une mère castratrice, ayant les traits de Vanessa Redgrave. Son visage est dénué d’émotions, son regard vide, sa voix monotone et son caractère lunatique, fait de lui un homme froid comme la mort. Il devient un père de substitution pour Channing Tatum, qui ne démérite pas face à lui. Mais c’est un esprit influençable, qui va devenir le jouet de cet homme riche, excentrique et s’offrant un athlète, comme il s’offre un char, un trophée en subventionnant une compétition, ou une équipe olympique de lutte, car pour lui, tout à un prix et donc, il peut acquérir tout ce qu’il désire.

Mais tout n’est qu’illusion et l’argent n’achète pas tout. C’est un homme frustré, il vit par procuration sa passion du sport, à travers Channing Tatum. En dehors de la relation père/fils qui s’installe entre eux, il y a aussi cette homosexualité refoulée qui transpire dans leurs corps à corps. Au début absent, Steve Carell se fait de plus en plus présent durant les entraînements, jusqu’à s’octroyer le rôle de coach, en finançant une fiction sur la préparation qui doit les mener aux Jeux Olympiques de Séoul en 1988.

La réalisation est sobre, Bennett Miller colle sa caméra aux corps, filmant leurs nuques, leurs épaules voûtées et leurs frustrations sur leurs visages tristes. l’éclairage est sombre, avec une absence de couleurs dans la photographie. Il n’y a pas de chaleur dans leurs vies, elle perce parfois après une victoire, ou le champagne coule à flots, au son du « Fame » de David Bowie, mais elle est éphémère. La solitude de Steve Carell, comme celle de Channing Tatum offre peu de joie, dans leurs mornes vies. Au contraire de Mark Ruffalo, personnage secondaire, mais si important. Sa vie de famille, lui permet de trouver le sourire, de respirer, pendant que son frère étouffe, sous le joug de son mentor.

Bennett Miller a pris le parti de ne montrer que le côté obscur de l’histoire, en gommant tout espoir d’évasion. On est comme Channing Tatum, enfermé dans la propriété de Steve Carell, couper du monde extérieur, des loisirs, de la vie. C’est un manipulateur, il nous étouffe, on est pris au piège et cette fin glaçante, enterrant le rêve américain en une image, s’imprègne durablement dans la rétine.

A travers ce drame, Bennett Miller apporte sa pierre à la démystification de ce pays, en mettant à mal le rêve américain, avec ce personnage de John Eleuthère du Pont. Steve Carell, Channing Tatum et Mark Ruffalo, livrent chacun, une immense performance. Même si le premier concoure pour l’oscar du meilleur acteur, c’est difficile de les dissocier, tant ils semblent indissociables l’un de l’autre.

C’est le film de ce début d’année, le coup de poing direct au foie, nous laissant au bord du ko, tant l’oxygène se faire rare, dans l’univers dérangeant et malsain, de cet homme, qui n’en a que l’apparence.

Fiche technique : Foxcatcher

USA – 2014
Réalisation : Bennett Miller
Scénario : E. Max Frye et Dan Futterman
Distribution : Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo, Sienna Miller, Anthony Michael Hall, Vanessa Redgrave, Tara Subkoff et Lee Perkins
Musique : Mychael Danna et Rob Simonsen
Photographie : Greig Fraser
Montage : Jay Cassidy, Stuart Levy et Conor O’Neill
Production : Anthony Bregman, Megan Ellison et Bennett Miller
Sociétés de production : Annapurna Pictures et Likely Story
Société de distribution : Sony Pictures Classics
Durée : 130 minutes
Genre : drame, thriller
Date de sortie française : 21 Janvier 2015

The Man in The High Castle : le pilote, critique

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Adapter un roman n’est jamais une mince affaire, tout est question de choix. Choisir de garder certains personnages, d’en éliminer d’autres, de développer certaines intrigues et passer les secondaires sous silence, tout en gardant une cohérence de l’ensemble. Il faut donner au public l’impression qu’il a sous les yeux une œuvre entière qui ne souffre d’aucune coupe trop visible. Il arrive régulièrement que les scénaristes s’arrachent les cheveux pour traduire en image même les romans les plus simples, alors quand l’auteur s’appelle Phillip K. Dick, la tâche s’annonce déjà ardue dès les premières pages.

Synopsis: Suite à victoire de l’Axe en 1945, le monde est partagé entre l’empire Japonais et le Grand Reich. Les deux blocs maintiennent une entente cordiale, mais la santé déclinante d’Adolf Hitler et sa mort prochaine pourrait bien bouleverser cet équilibre fragile. Aux Etats-unis, côté japonais, plusieurs personnes mettent la main sur un film pirate, réalisé par le maître du haut château, un ermite reclus dans une forteresse imprenable dans les rocheuse. Un film absurde racontant un monde où les alliés aurait gagné la guerre…

Réécrire l’irréel…

Dick, c’est cet auteur mythique de science fiction dont l’œuvre géniale a souvent séduit les producteurs de cinéma, notamment ses anticipations du futur, mais qui pose problème avec ses obsessions. Le génie cache souvent une part sombre, dans ce cas ci, on a affaire à un homme paranoïaque et toxicomane, persuadé que le monde que l’on perçoit n’est qu’une illusion créée par le cerveau, les drogues lui permettant alors l’accès à de nouvelle strates de réalités. Un génie à la fois avant-gardiste et maudit, décédé en 1982, juste avant la sortie de Blade Runner, qui aurait pu le sortir de la misère, et fit véritablement connaître son œuvre dans le monde entier. Cette obsession de la frontière entre le réel et l’illusion est au centre de ses écrits ; ses personnages, ses univers, ses mondes… ne sont jamais véritablement ce qu’ils semblent de prime abord. La réalité n’est jamais figée et ne cesse de se retourner et de se tordre sur elle même. Tout ce qui fait l’essence de son œuvre… tout ce que le cinéma ne retiendra pas. Sauf quelques exemples, en général, Hollywood ne voit en ses écrits des pitch originaux propices à mettre en place des blockbuster d’anticipations simplistes dans des futurs aseptisés, en témoignent les affligeants Paycheck de John Woo ou Next de Lee Tamahori; même Minority report de Spielberg, s’il est de bonne facture, n’atteint pas le potentiel « mindfuckesque » de ses livres les plus fous. Cette adaptation de son plus célèbre roman, Le maître du haut château, changera-t-elle la donne ? Pas sur, mais laissons lui le bénéfice du doute.

Pour remettre dans le contexte, le monde décrit ici a pris un virage bien différent. Suite à la mort prématurée du président Roosevelt, les alliées ont perdu la seconde guerre mondiale, laissant le monde aux mains de l’empire du Japon et du troisième Reich. Les deux puissances se sont partagées les Etats-Unis et vivent à présent, dans un climat de guerre froide. Tandis que les Japonais favorisent l’intégration des peuples colonisés, le grand Reich continue sa politique de purification ethnique tout en étant divisé par une guerre de succession, Adolf Hitler étant à l’article de la mort. Ce qui fait plaisir dès le début, c’est la qualité de la production. Les décors sont réussis, créant une vision crédible des États-Unis sous domination Japonaise et Allemande. Pareil pour les costumes récréant une ambiance d’époque réussie. Les acteurs interprètent bien leur personnages, aucun ne sort véritablement du lot, mais leur jeu n’est pas non plus caricatural. La réalisation est plutôt efficace, prenant le temps de poser les enjeux pour la suite, sans précipitations. Le tout aidé par une lumière travaillée et une musique adéquate. Le générique est dans la veine de ceux d’HBO, assez graphique porté par un thème mélancolique, aux résonances germaniques (mais pas japonaise bizarrement). En vérité, ce pilote a deux défauts, en lien avec les libertés prises nécessaires à toute adaptation, mais qui pourrait porter préjudice à la qualité de l’ensemble.

Le premier se remarque dès l’introduction à New York, sous occupation allemande. Dans le roman de Dick, l’action se passe en zone Japonaise et en zone neutre (les montagnes rocheuses). La partie Nazie (le grand Reich), n’est évoquée qu’au travers de rumeurs, de journaux ou de reportages télévisés. Dans l’adaptation, elle nous est montrée directement et l’empire belliqueux n’est plus une menace sans visage, mais se trouve personnifié par l’officier SS américain John Smith, qui correspond a peu près à ce que l’on peu attendre d’un tel personnage. Machiavélique, cruel, manipulateur, sadique… bien interprété par Rufus Sewell (Hercules, Chevalier…) qui apparaît directement comme l’homme a abattre, le salaud qui tire les ficelles. Au travers de cette invention narrative, on ne peut s’empêcher d’y voir une intention mercantile. C’est difficile à dire, d’autres comme le réalisateur Hans Syberberg (Hitler, un film d’Allemagne) l’avait déjà remarqué, mais le Nazi… fait vendre. En effet, depuis les procès de Nuremberg ayant révélés toutes les horreurs commises par le troisième Reich, la figure du Nazi fascine par son inhumanité, elle est devenue l’incarnation parfaite du mal, un mal total que l’on arrive pas à cerner ou à comprendre. Le SS plus encore est la personification de cette horreur froide, légalisée et scientifiquement justifiée. Et cette fascination attire le public vers des films aussi divers que La Chute ou Iron Sky. Ainsi on peu comprendre le point de vue des producteurs. Comment produire une série qui parle du nazisme, sans en faire intervenir aucun à l’écran, et risquer ainsi de « décevoir » son audience? John Smith est la réponse, il donne au mal un visage à détester, à haïr comme le grand méchant irrécupérable qui manipule les autres personnages. On le sait que trop bien, les américains aiment donner des visages à des concepts, ils suffit de regarder les films de super héros d’aujourd’hui qui ne construisent leur super vilains qu’autour d’une idée fixe : le Joker de Batman est l’anarchie, Raz al’ gul est le fanatisme, le Mandarin d’Iron Man est le média détourné etc…, sans véritablement en développer d’autres facettes. Comme s’ils ne pouvait se satisfaire d’une menace déjà puissante attaquant sur plusieurs fronts. Il faut lui donner un nom, un corps, un épicentre, il faut un ennemi à abattre ! Cela semble être la seul raison d’existence de ce personnage, en plus de justifier les scènes d’action et de torture, qui se greffe un peu arbitrairement aux autres protagonistes du roman, déjà nombreux. Un peu comme un sceau d’ « authentique méchant depuis 1940 ». Il reste encore beaucoup d’axes narratifs à développer, pas sur que celui-ci soit des plus passionnant à suivre.

L’autre point qui pourrait faire défaut tient au nœud de l’intrigue lui même, celui qui lie tous les personnages : Le poids de la Sauterelle. Dans l’œuvre de Dick, il s’agit d’un roman dans le roman, écrit par un auteur de science-fiction mystérieux, qui vivrait reclus dans une forteresse (le haut château), décrivant un monde où les alliés auraient gagné la guerre. C’est dans cette géniale double uchronie que réside toute l’essence du livre et à partir de là que découlent les questionnements des personnages quand à la nature de leur réalité propre. Ici, le roman, qui se passe sous le manteau, est remplacé par un film d’actualité pirate fonctionnant sur le même principe. Un ajustement qui parait logique afin de conserver la puissance de la mise en abyme originelle, mais cela pourrait également être une fausse bonne idée mettant à mal la vraisemblance de l’ensemble. On peu en effet trouver crédible l’idée d’un roman écrit qui circule facilement de mains en mains, il ne faut à l’auteur qu’un stylo et du papier pour faire naître son monde alternatif. Mais si c’est un film, il faut le tourner, avec des protagonistes censés êtres mort (Roosevelt, Churchill, Staline…), dans des décors supposés être occupés par les Nazis (New York, Yalta…). Par quel moyens l’homme reclus dans sa forteresse aurait-il pu tourner ces films ?

De plus, les images montrées semblent décrire la guerre comme elle s’est déroulée dans notre réalité, ce qui n’est pas le cas du roman lu par les protagonistes du livre. Dans une idée de télescopage des dimensions, c’est encore une autre issue possible au conflit qui y est décrite, menant à une résolution particulièrement capillotractée. Le poids la sauterelle en version papier provoquait surtout la curiosité chez les personnages de tous bords qui s’étonnaient devant cette vision alternative du monde. Le problème avec le cinéma, c’est l’impression de réel qu’il donne au spectateur. Ainsi, les personnages qui visionnent le film ne cherchent pas véritablement à comprendre le pourquoi de cette œuvre, mais sont rapidement persuadés que c’est la vérité qui défile à l’écran et que le monde dans lequel ils vivent est un mensonge. On en revient au « ça a été » de l’image photographique défini par Roland Barthes : la photo ou le cinéma, en imprimant une trace sur pellicule, témoigne forcément de l’existence d’un fait révolu. Sauf que le livre imaginé par Dick dans son roman n’est pas la vérité dissimulée aux protagonistes qui aurait été modifié par un paradoxe temporel, il n’est qu’une possibilité parmi tant d’autres. Et surtout, la victoire de l’Axe sur le monde n’est pas le sujet principal de l’histoire, le moteur du Maître du Haut château c’est plutôt les variations et les formes multiples que peuvent prendre la réalité, et comment la création et les arts (Martiaux, sculpture, écriture…) permettent de contourner les règles de ce monde que l’on suppose figé et unique. En voulant jouer au plus malin, les scénaristes s’éloignent finalement de l’essence de l’œuvre de Dick et semblent s’être tirés une balle dans le pied. La question est de savoir comment réussiront-ils a se sortir d’un tel sac de nœud…

The Man in the High Castle possède des qualités évidentes, surtout visuelles, mais adapter Phillip K. Dick n’est pas si simple. les deux changements majeurs apportés à l’intrigue, et leurs développements par la suite, finiront par nous révéler si cette série va dans le mur ou si elle sera l’une des nouveautés majeures de l’année. Affaire à suivre donc.

The Man in the High Castle : Bande annonce

Fiche technique: Le Maître du Haut Château

Titre original : The Man in the High Castel
Genre : Drame, science-fiction
Créateur(s): Ridley Scott,
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2015
Chaîne d’origine : Amazon
Épisodes : 1
Durée : 60 min
Statu : en cours
Avec : Alexa Davalos, Rupert Evans, Cary-Hiroyuki Tagawa, Rufus Sewell…

Nobody knows, un film de Hirokazu Kore Eda : Critique

Fragiles mais unis dans leur solitude, Akira, Kyoku, Sherigu, et Yuki sont quatre enfants, affiliés uniquement par le sang de leur mère, car tous de pères différents. Âgés de 4 à 12 ans, les traits fins, et les yeux flamboyants. Ils se retrouvent rapidement esseulés dans l’appartement dans lequel ils viennent d’emménager. Leur maman, entre deux emplois, entre deux amants, délègue aisément et avec une affligeante légèreté d’âme, la tâche de conduire cette petite famille. Les ainés, Akira et Kyoku vieux de leur unique décennie, s’occupent langoureusement des tâches ménagères, jour après jour, d’illusions en désillusions. Leur enfance, morte née, est rythmée au grès des va-et-vient, de plus en plus espacés, de leur génitrice. Aucun d’entre eux ne va à l’école, mais tous en meurent d’envie. Et seul Akira peut sortir de sa maison, puisque lui seul est officiellement connu du voisinage. Car pour une jeune femme seule, louer un appartement est plus facile lorsque l’on incarne une pérenne stabilité qu’un cirque itinérant. L’emménagement simulé, représentation factice d’un foyer heureux, met en scène Akira, élève studieux dont le père travail à l’étranger. Alors que deux de ses cadets sont cachés dans les valises et que la troisième attend à la gare. Pour assurer cette vacillante situation, des règles du jeu sont établies : on ne crie pas, on ne sort pas.

Inévitablement, après une énième escapade, l’aller de la mère sera sans retour. Laissant un peu d’argent, un peu d’espoir, mais très peu d’amour ; son « droit d’être heureuse » comme elle le dit calcinant ses devoirs, incendiant sa raison, carbonisant sa conscience, la pousse à l’inconcevable, la pousse à abandonner ses enfants. Comme un meuble encombrant, un pantalon trop grand, que l’on juge plus gênant qu’utile, et qu’on laisse derrière soit, délesté, mais avec sans doute une acide amertume de regret. Évidemment, on n’annonce pas aux quatre personnes que l’on a mise au monde, que l’on s’en va et qu’elles ne viennent pas. On dit que reviendra pour Noël, avec cette cruelle lâcheté qu’est le mensonge. Akira comprendra le premier, et il tentera de faire vivre ce mensonge le plus longtemps possible, de maintenir l’illusion, d’entretenir le foyer, vulgaire tas de cendre. Mais lorsque ils auront accepté, ou du moins réalisé l’irréalisable, ils s’ouvriront, bourgeonneront en quelque sorte, comme les mauvaises herbes qu’ils cultivent sur leur balcon. Peut être faneront-ils rapidement, mais ils auront vécu, enfants, ensemble.

Rarement le désespoir et l’espérance ne se sont confondus dans une telle justesse. Où l’élégante innocence, mère de tous les maux d’une fratrie abandonnée, les jette dans le puits sans fond qu’est l’ignorance et la misère. Hirokazu Kore Eda ; dont l’atomisation de la famille nucléaire lui est un sujet cher, a par la suite réalisé le très délicat Tel père, tel fils (2013) où deux familles radicalement différentes apprenaient que leur enfant respectif avait été échangé à la naissance. Les deux films ont été présentés à Cannes, remportant dans un premier temps, la palme de la meilleur interprétation masculine pour le rôle d’Akira (Yûya Yagira) puis 10 ans plus tard le prix du jury.

Dans Nobody Knows, Kore Eda prend sont temps, s’attarde, s’arrête parfois même, voulant à tout prix graver l’histoire de ces quatre enfants. Bouleversant de sincérité et d’intimité ce triste conte moderne, malheureusement inspiré de faits réels, disperse de vrais moments de grâce. Il y plane une ambiance grave, légère, qui règne pendant plus de deux heures, où trône amicalement une déchéance annoncée. Les factures s’amoncèlent et les mains tendues se font rares, pourtant, toujours, dans leurs yeux, dans leurs sourires, persiste cette ineffable espérance. Non pas de retrouver leur mère, non pas de retrouver une vie normale, seulement de continuer ainsi, surfer sur leur invisibilité, dormir sur leur innocence. Dans ce huis clos à ciel ouvert, à la fois prison et royaume, naissent et meurent les attentes et les craintes. Et dans cette cité urbaine, fière mais recroquevillée, se déploie ce petit monde, cette auto gestion fraternelle. Sous une photo irradiante, auréolant l’enfance qui continue de jouer malgré tout, la lumière qui surabonde, hâle ces silhouettes dont on ne sait pas si elles sont perdues. La caméra traque le moindre échange, la moindre complicité, visant les mains, les doigts, les ongles qui se salissent en même temps que leur avenir s’obscurcit. Et on se demande ce que l’on souhaite pour eux, un refuge, un parent… Et on espère. On désespère surtout, de l’aide qui ne vient pas, des regards qui se détournent, de cette cécité générale. On se demande ce qui est le pire, les voisins, les amis, tous les autres ? Ceux qui ne voient pas. Ceux qui ne savent pas.

 Nobody knows ( bande annonce VOST )

Noboby Knows : Fiche technique

Réalisateur: Hirokazu Kore Eda
Nationalité: Japonaise
Scénariste: Hirokazu Kore Eda
Distribution: Akira: Yuya Yagira, Kyoko: Ayu Kitaura;,Shigeru: Hiei Kimura, Yuki: Momoko Shimizu,Saki : Hanae Kan: Keiko: You
Musique: Titi Matsumura et Gonzalez Mikami
Photographie: Yutaka Yamasaki
Production: Hirokazu Kore Eda, Toshiro Uratani, et Yutaka Shigenobu
Genre: Drame
Durée: 141 minutes
Date de sortie: Japon: 7 aout 2004/ France: 10 novembre 2004
Box office France: 163 073 entrées

Invincible de Angelina Jolie : Critique

Invincible : Un exercice d’autocélébration nationale indigeste et daté

Synopsis: L’incroyable destin du coureur olympique et héros de la Seconde Guerre mondiale Louis « Louie » Zamperini dont l’avion s’est écrasé en mer en 1942, tuant huit membres de l’équipage et laissant les trois rescapés sur un canot de sauvetage où deux d’entre eux survécurent 47 jours durant, avant d’être capturés par la marine japonaise et envoyés dans un camp de prisonniers de guerre.

Auréolé outre-Atlantique d’un retour autant critique que public dithyrambique, le plaçant derechef comme un solide concurrent aux Oscars, et ce malgré son absence manifeste aux Golden Globes, Invincible (en VO Unbroken) s’affichait au fur et à mesure de sa promotion teintée d’autocélébration héroïco-centrée, comme une réponse contemporaine et actualisée des odes à l’humain et à la guerre, comme le furent avant Lawrence d’Arabie du grand David Lean ou Mémoires de Nos Pères du tout aussi grand Clint Eastwood.

2 grands noms, si ce n’est légendes auxquelles Angelina Jolie a souhaité se confronter, voire se conformer à travers une histoire sacrant plus que jamais la résistance et la puissance de l’être humain à travers ses moments les plus sombres. Un souhait honnête, se plaçant au diapason de la carrière de la metteuse en scène, qui a entamé au cours de la dernière décennie, une transformation radicale, la faisant se muer d’une jeune actrice rebelle, tatouée et très extravertie, à un modèle d’humanisme, de féminité et d’engagement, n’hésitant pas à troquer ses robes affriolantes pour des tenues d’ambassadrice de bonne volonté de l’ONU tout en arpentant les contrées meurtries par les guerres civiles que sont le Darfour, la Namibie ou encore la Thaïlande.

A travers ce combat de tous les instants, occupant maintenant une très grande partie de sa vie, s’est aussi affirmé ses besoins de cinéma. Des besoins, qui là encore, se devaient d’illustrer le profond penchant humaniste qu’elle a endossé. Des besoins qui ont ainsi donné un premier long métrage difficile, ambitieux et accompli avec son remarqué Au Pays du Sang et du Miel, évocation douloureuse et exacerbée d’un amour impossible sur fond de guerre de Bosnie. On n’en retiendra au final que très peu, si ce n’est une prédisposition à enchaîner sur un futur long-métrage, les tenants d’une ambitieuse fresque sacrant l’humain : la guerre.

On le sait la guerre a toujours revêtuoripeaux de changements sur les personnes s’y engageant. Rite initiatique, passage à l’âge adulte, affirmation de valeurs, autant de dénominations tendant à se rapprocher inexorablement d’une amère vérité : la guerre altère les perceptions, révèle des comportements cachés et détruit autant psychologiquement que physiquement. Un constat alarmant quoique prévisible, pourtant initiateur de certaines des plus belles et des plus héroïques histoires que peut recenser un conflit.

Comment ainsi oublier la trame du Il faut Sauver le Soldat Ryan, qui malgré son caractère fictive, n’en est pas moins inspirée d’une histoire somme toute réelle ? Ou celle du prochain The Imitation Game avec le mathématicien méconnu Alan Turing ayant par son travail contribué à la victoire des Alliés ? Autant d’histoires que la Seconde Guerre Mondiale renferme en elle, et qui parfois, au hasard d’un coup de chance peuvent se voir remises sur le devant de la scène, tant pour raviver la mémoire du soldat que pour constituer un legs historique ou une preuve intrinsèque de la puissance de l’être humain. L’occasion ainsi pour Angie de pouvoir affirmer plus que jamais ses envies.

Et à bien des égards, celle d’Invincible se voulait davantage comme un manifeste de l’humain et de sa force que comme une vaine itération de la toute-puissance de l’armée américaine, parachevant de la sorte le questionnement humaniste plus qu’apparent d’Angelina Jolie, sachant conjuguer affirmation de la primauté de l’humain autant hors que face caméra. Car, alors que le film pose sa trame dans le Pacifique, proche pourrait-on penser de Guadalcanal ou des plages d’Iwo Jima, c’est avant tout un soldat qui occupe l’écran. Un soldat italo-américain qui plus est promis à un destin hors du commun et qui a pourtant dû attendre sagement près d’un demi-siècle avant de se voir porté à l’écran. Son nom : Louis Zamperini.

L’Histoire avec un grand H

Véritable arlésienne car acquise par les studios Universal dès 1957, l’histoire de Louie Zamperini avait ainsi tout d’une histoire à l’américaine, convoquant autant abnégation, courage que réussite. Des éléments déjà grandiloquent auxquels il faudra ajouter un élément de taille et non des moindres : sa véracité. Car ce qui force le respect avec l’histoire de ce jeune italo-américain, c’est bel et bien de savoir qu’elle est réelle. Et à la vue de cette vie, facile est de comprendre pourquoi les studios de cinéma et finalement Angelina Jolie ont su voir dans ce récit de guerre hors norme un fascinant morceau d’Histoire à raconter.

Car encore relativement méconnu sur le vieux continent, ce qui constitue une tare, tant le parcours de cet Italo-Américain laisse pantois et admiratif, l’histoire de Louie Zamperini a tout d’une épopée humaine où coïncident force, endurance et courage.

Issue de la vague d’immigration italo-américaine du début du 20ème siècle, le jeune Louie Zamperini nous est ainsi montré d’emblée comme un garçon à problème. Violent, rebelle, et se voulant déjà comme un adulte, celui-ci est montré dans ses moins bons moments, faits d’incertitude, d’illégalité, le tout saupoudré d’un étrange sentiment, qui au fur et à mesure du développement du récit, s’éclaircira jusqu’à apparaitre en pleine lumière : sa hargne. Le poussant à ne jamais baisser les bras et à ne pas laisser tomber, cette hargne va devenir l’atout de ce jeune homme pour qui sa frêle condition physique et son statut social ont fait naitre une rage, qu’il parviendra à canaliser par la course à pied.

Une discipline physique illustrant l’extrême motivation de cet homme qui en ce sport trouvera son exutoire et sa manière d’échapper à la rue qui lui tendait si injustement les bras tout en le transformant en légende vivante, quand en 1936, il foulera la piste des Jeux Olympiques de Berlin, avant de s’envoler dans les airs du Pacifique, pour participer à la Seconde Guerre Mondiale.

Une guerre, qu’il passera un temps dans les airs avant de voir son avion abattu par l’armée japonaise au cours d’un raid aérien, le laissant lui, ainsi que deux amis, errer dans un canot de sauvetage, 47 jours durant, à l’assaut du soleil, des requins et de la soif ; avant de se voir très injustement encore interné dans un camp de prisonniers japonais, où il subira bien évidemment les brimades de certains, trop heureux de compter un athlète olympique dans leurs rangs.

Quand la fascination vire à l’obsession.

Toutefois, à la vue de ce projet à l’apparence inoubliable, une question demeurait en suspens : un destin extraordinaire suffit-il pour en faire un film extraordinaire ?

Là, était toute la question. Car Invincible, de par les nombreux choix animant sa mise en scène et de par les thématiques qu’il cherchait à aborder prenait de nombreux risques.

Car en cherchant à compiler autant les errances de l’enfance, la question de l’immigration, que le récit de survie exemplaire, tout en omettant d’induire une quelconque remise en question des personnages qu’elle filme, laissant ainsi planer le plus parfait manichéisme sur l’ensemble, Angelina Jolie, malgré son ambition et ses envies, ne détourne que très peu des autres parangons du genre.

Pire, vu son souhait vif, si ce n’est ardent de proposer qu’uniquement la vérité, comme indiqué par son écriteau « a true story« , différant déjà des cadors américains en la matière, apposant le « inspired by«  comme preuve de modifications stylistiques ou artistiques, elle laisse dérouler une intrigue, belle sur le papier, mais ne présentant au demeurant aucun potentiel cinématographique, ne se résumant qu’à un empilement de scènes, tantôt héritées du passé, tantôt du présent, sublimé par le travail de Roger Deakins (Skyfall, Fargo), chef opérateur, qui sait à tout instant illustrer la petitesse de l’homme face au géant combat qui s’offre à lui, mais entachée par une mise en scène virant à l’obsession voire l’admiration béate.

Manquant alors clairement de recul sur son œuvre, Jolie en vient à appuyer inutilement de sous-propos héroïques une mise en scène déjà référencée et qui n’a pour but que d’exposer un pur produit de l’Amérique triomphante, engoncé finalement dans linéarité odieuse, paralysant le récit fait de fulgurance visuelle, pauvreté verbale et ficelles scénaristiques usées jusqu’à la corde.

On en retiendra alors une reconstitution plutôt honnête et des acteurs engagés, jouant dans une ode au dépassement de soi inégale dont la forme fait cruellement défaut à la beauté du fond, rendant ce morceau d’Histoire ainsi assimilable à une gentille hagiographie d’un personnage en tout point de vue exceptionnel, exposé à un long calvaire doloriste autocélébrateur.

Invincible – Bande annonce officielle VOST

Fiche technique: Invincible (Unbroken)

États-Unis – 2014
Réalisation: Angelina Jolie
Scénario: William Nicholson, Richard LaGravenese, Joel Coen, Ethan Coen
d’après: le livre de: Laura Hillenbrand
Interprétation: Jack O’Connell (Louis Zamperini), Domhnall Gleeson (Russell Allen « Phil » Phillips), Garrett Hedlund (Commandant John Fitzgerald), Jai Courtney (Hugh « Cup » Cuppernell), Miyavi (Mutsushiro Watanabe), Finn Wittrock (Francis « Mac » McNamara), Maddalena Ischiale (Louise Zamperini), Vincenzo Amato (Anthony Zamperini)…
Photographie sous-marine: Simon Christidis
Distributeur: Universal Pictures International France
Date de sortie: 7 janvier 2015
Durée: 2h17
Genre:
Image: Roger Deakins
Montage: Tim Squyres, William Goldenberg
Musique: Alexandre Desplat
Producteur: Matthew Baer, Angelina Jolie, Erwin Stoff, Clayton Townsend
Production: Universal Pictures, 3 Arts Entertainment, Legendary Pictures, Jolie Pas

La Dame en Noir 2 : L’Ange de la Mort, un film de Tom Harper – Critique

Véritable institution de l’horreur à la gothique dans les années 50 à 70, la Hammer a donné vie à nombre de monstres populaires sur grand écran, avant de connaître le déclin dans les années 80. Revenus sur le devant de la scène il y a deux ans grâce à La Dame en Noir, film sympathique doté d’un budget minuscule, les studios ont décidé de poursuivre la stratégie qui leur a apporté le succès.

Synopsis : Pendant la Seconde Guerre mondiale, huit écoliers accompagnés par la directrice de l’école et une jeune enseignante, quittent Londres pour se mettre à l’abri dans le petit village de Crythin Gifford. Ils s’installent dans une vieille demeure sur une petite île au large de la côte. Leur présence va bientôt réveiller une épouvantable force maléfique…

La relique de la mort

Fort de recettes record de plus de 130 millions de dollars à travers le monde (record pour la Hammer, s’entend), les producteurs ont rapidement mis en chantier une suite, centré sur le même « monstre » qui terrorisait Daniel Radcliffe. Voici donc La Dame en Noir partie pour devenir la nouvelle égérie du groupe. Pour combien de temps encore ?

Le spectre de l’ennui

L’entreprise est en effet délicate. Combien de franchises se sont ainsi créées qui ne finissaient pas par sombrer dans le ridicule ou la lassitude du spectateur après le film de trop (voire les deux ou trois) ? D’autant que, s’il pouvait paraître rafraîchissant de voir enfin surgir un film qui s’éloigne un peu du style en vogue aux États-Unis, La Dame en Noir premier du nom n’était pas non plus un chef d’oeuvre du genre. L’ambiance gothique était travaillée, peut-être un peu trop, et les montées d’adrénaline se faisaient souvent attendre. Le second film, bien entendu, reprend plus ou moins les mêmes recettes, et tente de les moderniser en transportant l’action quarante ans plus tard, en pleine Seconde Guerre Mondiale.

Un cadre qui aurait pu servir de toile de fond à une réflexion sur la cruauté de la guerre et ses premières victimes : les enfants, comme le faisait si bien Guillermo Del Toro dans l’excellent Labyrinthe de Pan. Las, le conflit n’est ici qu’une toile de fond, et une excuse pour une histoire un peu ridicule de jeunes orphelins éloignés de la zone des conflits dans une maison déserte. Une idée qui tourne vite mal, on s’en doute, et qui paraît si peu crédible que même certains personnages vont s’en étonner. Autre problème, si le huis-clos fonctionnait déjà difficilement dans le premier opus, il explose ici carrément en vol, et le dernier tiers devient franchement risible.

La maison est en carton

Non pas que le reste du film soit un exemple non plus. La réalisation de Tom Harper peine à provoquer des frissons, quelques idées sont à noter qui pourraient être intéressantes, mais celui-ci a trop souvent à retomber dans le cliché. On a l’impression d’avoir déjà vu certains plans des milliers de fois, et le rythme du scénario est bien trop lent pour permettre des montées d’angoisse. Du coup, pour compenser, Harper tombe dans la facilité en utilisant le raccourci favori de tout bon réalisateur de film d’horreur feignant : le jump-scare. Certes, il en abuse moins que d’autres, mais ceux-ci sont tellement risibles qu’ils provoquent l’effet inverse de celui recherché.

L’esthétique gothique, elle, est toujours là, plutôt bien mise en avant par une photographie soignée, malgré dix premières minutes un peu délicates. Dommage qu’elle ne suffise plus à assurer l’ambiance, comme c’était le cas dans le premier volet. À ce rythme-là, il a peu de chances que La Dame en Noir rejoigne les rangs des monstres classiques de la Hammer, aux côtés des Dracula, Frankenstein et autres momies…

La Dame en Noir 2 – Fiche Technique

Angleterre – 2014/Titre orignal: The Woman in Black 2: Angel of Death
Genre : Horreur, Thriller
Réalisateur : Tom Harper
Scénariste : Jon Crooker, d’après l’oeuvre de Susan Hill
Distribution : Phoebe Fox (Eve Parkins), Helen McCrory (Jean Hogg), Jeremy Irvine (Harry Burnstow), Oaklee Pendergast (Edward)
Producteurs : Simon Oakes, Tobin Armbrust, Ben Holden Richard Jackson
Directeur de la photographie : George Steel
Compositeur : Marco Beltrami
Monteur : Mark Eckersley
Production : Hammer Films Production, Talisman Productions
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Taken 3, un film d’Olivier Megaton : Critique

Taken 3, : Une copie du Fugitif divertissante mais mal réalisée

Synopsis : Après un retour au calme avec sa famille, l’ex agent spécial Bryan Mills est de nouveau confronté à un tragique incident lorsque celui-ci constate la mort de Lenore son ex-femme. Alors que la police prend en charge l’enquête et arrête Bryan, il réussit à s’échapper. Désormais traqué, il n’a plus d’autres choix que de fuir, forcé de faire la lumière sur le crime dont on l’accuse et découvrir le véritable meurtrier…

Après la trilogie du Transporteur, Taken est devenue la franchise la plus lucrative d’EuropaCorp. Il faut dire que le premier, même s’il avait été boudé par la presse lors de sa sortie en salles, avait tous les ingrédients pour être un divertissement sympathique : un héros charismatique, une mise en scène très énergique, de l’action à gogo… Des atouts que n’avait pas su reprendre convenablement la suite, se présentant alors comme un vulgaire copié-collé mollasson et bien trop invraisemblable du précédent long-métrage. De quoi appréhender ce Taken 3, concocté par la même équipe que le 2 et qui se vante de retrouver Liam Neeson en tête d’affiche après que ce dernier ait accepté un gros chèque de la part de la production. Un nouveau produit purement commercial estampillé EuropaCorp et bâclé jusqu’à la moelle ? Pas tant que cela !

La première cible des cinéphiles purs et durs sera sans nul doute le scénario, comme souvent chez Besson. En même temps, comment ne pas pester devant autant de clichés, d’invraisemblances et de manque d’originalité et d’âme ? C’est sûr que de ce point de vue-là, les Taken sont de très mauvais films. Mais jamais un opus n’a prétendu être autre chose qu’un divertissement. Il suffit de voir le premier film, qui faisait rapidement entrer le spectateur dans le feu de l’action sans que celui-ci ait le temps de reprendre son souffle. Alors ne blâmer pas Taken 3 pour son script dit « bidon », il n’a nullement l’intention d’être à la hauteur d’un Shakespeare. Juste l’ambition de divertir, ni plus ni moins, et il s’en sort pas trop mal grâce à son concept : ne pas reprendre la trame scénaristique du premier film (pays étranger, enlèvement, le héros tue tout le monde et sauve ses proches), chose qu’avait fait le 2. Taken 3 fait partir la franchise sur de nouvelles bases et c’est plutôt rafraîchissant. Alors oui, le film se présente comme une pâle copie du Fugitif (et pas dans les plus petits détails), recycle pas mal de séquences issues d’autres divertissements (dont un final qui rappelle celui du Transporteur 2) et ne cache pas ses invraisemblances même vis-à-vis de la saga (le fait d’avoir un Stuart rajeuni par rapport au premier Taken). Mais il remplit son cahier des charges en livrant au public une enquête simple et entraînante à suivre, tout en s’intéressant aux personnages et rendant leurs enjeux plus intéressants à suivre. Sans oublier quelques références bienvenues aux autres opus, comme la réplique « Bonne chance ! ». Chose que Taken 2 n’avait pas réussi à faire, et c’est déjà ça !

Ensuite, d’autres spectateurs critiqueront le fait de retrouver l’oscarisé Liam Neeson dans un énième rôle d’ex-agent badass au bout du rouleau. Il est vrai que l’acteur est abonné à ce type de personnage depuis – tiens, tiens ! – le premier Taken (soit 2008). Mais en même temps, les gens semblent beaucoup l’apprécier dans ce genre de divertissement, il est donc normal que les producteurs se l’arrachent dans des longs-métrages de ce calibre. Et même s’il se retrouve à cachetonner comme un certain Nicolas Cage, Neeson reste bien plus prestigieux que ce dernier. Taken 3 en est le nouvel exemple en date : le comédien ne crève pas l’écran niveau interprétation, cela va de soit, mais son charisme reste intact et sa façon de jouer est assez bonne pour que le public s’attache à lui. Quant aux autres comédiens (Forest Whitaker, Maggie Grace…), ils sont loin du cabotinage habituel des productions Besson et cela fait plaisir à voir.

Le gros défaut de Taken 3 revient néanmoins à son réalisateur Olivier Megaton, qui avait déjà massacré le travail de Pierre Morel (cinéaste du premier opus), avec la suite. Celui qui pourrait être nommé comme le recycleur de Besson, ne s’occupant que de suites de franchises (Le Transporteur 3, Taken 2 et 3) ou bien de projets lointains (Colombiana, un temps annoncé comme la séquelle de Léon portant sur le personnage Mathilda), s’est nettement amélioré par rapport au film précédent, il faut bien l’avouer : les séquences d’action sont plus énergiques, plus entraînantes et plus palpitantes, à tel point que vous verrez des course-poursuites avec des voitures valdinguant dans les airs et des explosions à tout-va. Même les scènes au corps-au-corps se révèlent bien plus percutantes, sans que cela n’atteigne le niveau du premier film. Mais cela n’enlève rien au fait qu’Oliver Megaton est un mauvais réalisateur. Parce qu’il livre un divertissement à la mise en scène impersonnelle aux allures de clips ? Toutes les productions Besson possèdent cette étiquette. Non, le problème est que le bonhomme ne sait pas faire un film d’action. Atteint d’une mollesse extrême dans Taken 2, il plonge ici dans le too much question dynamisme : la caméra tremble dans tous les sens faisant perdre les points de repère spatio-temporels aux spectateurs, pour finaliser le tout par un montage qui enchaîne des plans d’une durée inférieure à une seconde chacun. Le résultat est tout simplement illisible et fait perdre le fil des séquences du film, même quand l’action ne pointe pas encore le bout de son nez, toujours à cause de ce montage qui semble sauter du coq à l’âne bien trop souvent (cela se remarque dans l’introduction du film). Si Taken 3 ne se montre pas à la hauteur du 1 à son tour, c’est encore une fois la faute à ce cinéaste que semble pourtant apprécier Luc Besson au point de lui donner la plupart de ses productions à réaliser.

Cela ne fait aucun doute, Taken 3 n’est pas le meilleur film d’action, perdant ses nombreux atouts de divertissement bien calibré dans une réalisation véritablement mauvaise. Mais la catastrophe qu’avait été Taken 2 est évitée haut la main, grâce à un scénario qui oriente la saga sur de nouveaux horizons, du peps et un Liam Neeson toujours aussi charismatique, permettant au film de n’être jamais ennuyeux (c’est toujours mieux quExpendables 3 et Lucy). Taken 3, le dernier de la franchise ? À en croire le comédien et le chiffre que fera ce long-métrage au box-office, il faudra bien s’attendre à ce qu’un quatrième opus voit le jour. Pourquoi pas ? Du moment que Besson trouve un autre réalisateur ou fasse de nouveau appel à Pierre Morel, aucune raison d’être contre !

Taken 3 – Bande-annonce

Fiche technique – Taken 3

France – 2015
Réalisation : Olivier Megaton
Scénario : Luc Besson et Robert Mark Kamen
Interprétation : Liam Neeson (Bryan Mills), Maggie Grace (Kim Mills), Forest Whitaker (Franck Dotzel), Famke Janssen (Lenore Mills), Dougray Scott (Stuart St. John), Leland Orser (Sam Gilroy), Sam Spruell (Oleg Malankov), Don Harvey (Garcia)…
Date de sortie : 21 janvier 2015
Durée : 1h49
Genre : Action
Image : Eric Kress
Décors : Sébastien Inizan
Costumes : Olivier Bériot
Montage : Audrey Simonaud et Nicolas Trembasiewicz
Musique : Nathaniel Méchaly
Budget : 48 M$
Producteurs : Luc Besson et Michael Mandaville
Productions : EuropaCorp et M6 Films
Distributeur : EuropaCorp Distribution

Auteur de la critique : Sebi Spilbeurg

 

Souvenirs de Marnie, un film de Hiromasa Yonebayashi : Critique

Souvenirs de Marnie est le dernier film du studio Ghibli, voire le dernier tout court. A sa sortie en Juillet 2014 au Japon, ce fût un flop, comme Le Conte de la princesse Kaguya et avec la retraite d’Hayao Miyazaki, après son Le vent se lève, le studio pourrait ne pas se remettre de cette dernière déconvenue. C’est le second film d’Hiromasa Yonebayashi, après Arrietty et le petit monde des Chapardeurs (2011), qui fût un succès critique et financier. L’histoire est inspirée du roman When Marnie was there de Joan G. Robinson.

Synopsis : Anna, une petite fille, est envoyée en vacances par sa mère adoptive chez de la famille pour prendre l’air et se reposer. Là-bas, elle fait la connaissance de Marnie, fille de son âge aux longs cheveux blonds.

Marnie et Anna, des amies pour la vie

La première partie, avec la découverte du personnage d’Anna, est particulièrement réussie. Cette jeune fille, mal dans sa peau, souffrant d’être adoptée, tout en étant fille unique, se réfugie dans le dessin pour oublier sa vie. Mais après une forte crise d’asthme, sa mère adoptive l’envoie reprendre des forces à la campagne, chez sa tante et son oncle.

On retrouve la simplicité des films du studio Ghibli, avec l’éloge de la vie au grand air, loin de ses grandes villes polluées, détruisant le métabolisme de l’être humain, tout en le rendant superficiel. Ce village en bord de mer, semble d’un autre temps, absence de technologies modernes : télévision, ordinateurs et portables. Mais aussi une nourriture plus saine : légumes et poissons, péchés et cultivés par eux-mêmes. Anna trouve rapidement ses marques dans cet univers, même si les filles de son âge, la perturbent toujours autant, par leurs conversations futiles et leurs rêves d’un ailleurs meilleur, dans une grande ville avec de beaux garçons.

Elle est attirée par une vieille maison abandonnée en bord de mer. Elle en rêve même et ne peut s’empêcher de s’y rendre, malgré la marée. Elle va y faire la connaissance de Marnie et devenir son amie. Dès cet instant, le film bascule dans la mièvrerie, avec ses deux amies passant leurs temps, à se prendre dans les bras et en se disant des mots doux, encore et encore…. Cela devient lassant, long et forcément ennuyeux. Les films du studio Ghibli ont la particularité, de satisfaire aussi bien, le public adulte, que celui des enfants. Ce n’est pas le cas cette fois-ci, du moins dans la seconde partie.

Malgré une trame trop prévisible, le film n’est pas dénué de tendresse. On est ému, face aux événements se déroulant dans les dernières minutes. Même si la poésie est moins présente, si le fantastique est trop classique, si les personnages sont rares et caricaturaux, malgré une affection particulière pour Toichi. Hiromasa Yonebayashi ne fait ni preuve d’imagination, ni d’audace. On se laisse porter par la beauté de l’animation, de cette douce musique, englobant parfaitement chacune des images, tout en restant discrète.

Souvenirs de Marnie est malgré tout, un film de bonne facture, mais le studio Ghibli ne semble plus en mesure de fédérer un large public. Les périodes fastes, aussi bien artistiques, que commerciales, semblent révolues. On sent une perte d’identité dans ses dernières productions, malgré des thèmes récurrents, dont la nature reste le plus fort. Ce dernier film est-il le chant du cygne ? Ce serait dommage de disparaître sur cette dernière note manquant de résonance.

Souvenirs de Marnie (Omoide no Marnie) – Bande annonce

Fiche technique : Souvenirs de Marnie

Omoide No Mani
Japon – 2014
Réalisation : Hiromasa Yonebayashi
Scénario : Keiko Niwa, Masashi Andō et Hiromasa Yonebayashi
Distribution : Sara Takatsuki (Anna Sasaki), Nanako Matsushima (Yoriko), Susumu Terajima (Kiyomasa Oiwa), Toshie Negishi (Setsu Oiwa),Ryôko Moriyama (La veille dame), Kazuko Yoshiyuki (Nan), Hitomi Kuroki (Hisako)..
Musique : Takatsugu Muramatsu
Production : Yoshiaki Nishimura et Toshio Suzuki
Sociétés de production : Studio Ghibli et Walt Disney Studios Entertainment
Société de distribution : Tōhō
Genre : Animation
Durée : 103 minutes
Date de sortie française : 14 Janvier 2015

The Voices, un film de Marjane Satrapi : critique

Marjane Satrapi a été sélectionnée au festival d’Alpe d’Huez début 2015 (qui s’est déroulé du 14 au 18 janvier) pour son dernier film. Disons qu’au premier abord ça ne ressemble pas vraiment à la réalisatrice de Persepolis d’être sélectionnée dans un festival récompensant des comédies. Cette catégorie surprend d’autant plus pour The Voices qui est loin d’être une comédie au sens classique du terme.

Synopsis : Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il fabrique des baignoires. Célibataire, il n’est pas célibataire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, Monsieur Moustaches, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments. 

Nouveau monde

The Voices est un hybride, un film transgenre. Si on rit franchement, on est aussi plongé en plein gore. Le film est un petit bijou d’humour noir, une œuvre profondément décalée. C’est tantôt un film de tueur en série, une comédie musicale (avec ses chansons heureuses), mais aussi une comédie romantique (mais sans amour qui dure). En fait, comme le dit très bien la réalisatrice : « [le film] repose sur un type qui ne voit pas les choses comme les autres« *. Et quel type : un schizophrène qui parle à son chat (un sacré diablotin) et à son chien (un « bon chien »), tout autant qu’aux têtes de ses victimes. Jerry ne voit la réalité comme elle est qu’une seule fois : le jour où il reprend ses médicaments. Le reste du temps, ses seuls moments de sérieux sont ceux où il est chez sa psy et s’interroge sur le bien fondé de ses actes, accepte d’être jugé par une entité suprême (ici dieu), mais pas d’être enfermé. Il n’y a pas à proprement parler de morale dans le film, puisqu’on sait que ce que fait Jerry est « mal », l’important est de détailler ce qui se passe dans son esprit, à l’intérieur de lui. On rit et on a peur, sans frontière. Le film joue avec de nombreux codes et les détourne. Le gore est suggéré, le sang gicle tellement qu’il devient irréel, qu’on le met à distance. Les meurtres sont trop graphiques pour être simplement de l’horreur qui créer l’effroi. Dans les yeux de Jerry, les corps morts ne pourrissent pas.

C’est le chat finalement qui est le plus ancré dans la réalité, balançant à Jerry toute la vérité que pourtant on cache : l’exploitation au travail, le désamour des filles pour Jerry et surtout les médicaments qui rendent la réalité trop fade. Comme il emballe les baignoires dans son usine toute rose, Jerry découpe et emballe les corps dans des tupperwares. Le nombre de boîtes nécessaires est d’ailleurs calculé au poids près – celui des différentes victimes – car dans The Voices, tout est dans les détails, souvent savoureux. La mise en scène parvient à accentuer le côté « jouissif » du film. On débarque dans le film comme dans la mélodie du bonheur, avant de basculer peu à peu dans le gore. Milton est d’abord un endroit où l’on fait des piques-niques, la chenille et où on va au karaoké. D’ailleurs, Jerry va boire tranquillement des verres avec ses copines. De l’essence de la femme à la petite naïve amoureuse, Jerry passe par toutes les phases : l’abandon et le désir de « fonder un foyer ». Or, si toutes ses femmes sont magnifiques, ce n’est pas le portrait d’un pervers sexuel pour autant, Fiona, très féminine, est vue comme un ange par Jerry, c’est d’ailleurs un accident qui lui coûte la vie. L’élément déclencheur qui a fait de Jerry un tueur l’a laissé enfant pour toujours, c’est là qu’il vit, dans l’enfance. Et il va peu à peu découvrir qu’il est un vrai tueur. Il tue toutes les femmes (en 3 victimes) – leur essence du moins – de la « femme fatale » à celle qu’on ne regarde pas forcément, mais qui a beaucoup de désir. Pour incarner ces personnages hauts en couleurs, Marjane Satrapi s’est très bien entourée, de Gemma Arterton à Anna Kendrick (superbe) pour les rôles féminins. Mais c’est surtout Ryan Reynolds qui est ici parfait : de toutes les voix, complètement flippant, mais aussi profondément attachant. C’est un paumé magnifique, tellement pris dans sa folie qu’il nous ferait presque oublier qu’on nage en plein délire sanguinaire.

Inclassable

L’univers est foutraque du début à la fin, et surtout à la fin ! Sans se prendre au sérieux, il en dit beaucoup sur tous les états de la schizophrénie, en épousant la forme de la pensée d’un malade. La caméra suivant à pas feutrés cet homme dans son univers tout modifié où il ne peut agir seul, alors qu’il planifie tout seul puisque les « voix » qu’il entend sont les siennes (mais avec un accent écossais pour le chat !). Pourtant, l’analyse est simple : ses pensées à lui, il ne les refoule pas, il les vit, contrairement à nous tous qui refoulons les idées noires pour garder un équilibre. Or, The Voices est le film d’un déséquilibre. Plus rien n’est perçu normalement.

Après avoir parlé de son enfance iranienne (Persepolis), puis écrit un joli conte musical (Poulet aux prunes) et une histoire de mafia, entre comédie et thriller (déjà!), Marjane Satrapi, habituée à écrire elle-même ses scénarios, s’est dit cette fois, en lisant le scénario d’un autre, « non de Dieu, qu’est-ce que c’est que ce truc, il faut que le fasse »**. Voilà qu’elle a ajouté son regard affûté sur une intériorité particulière pour livrer un film étonnant, parfois kitsch (mais c’est assumé !), souvent hilarant et parfaitement maîtrisé. Le film a également été primé lors de l’Etrange Festival (organisé chaque année au Forum des images) d’un prix du Nouveau Genre. Une nouveauté qui se ballade entre un Shining sous acide et l’esthétique déjantée d’un Wes Anderson.

*Citation issue du dossier de presse du film

**Interview donnée à France 3

The Voices – Bande annonce

Fiche technique – The Voices

Réalisation : Marjane Satrapi
Scénario : Michael R. Perry
Interprétation : Ryan Reynolds (Jerry, Monsieur Moustaches, Bosco), Gemma Arterton (Fiona), Anna Kendrick (Lisa), Jacki Weaver (Dr. Warren), Ella Smith (Alison)
Date de sortie : 11 mars 2015
Durée : 1h43
Genres : Comédie, Policier, Thriller
Image : Maxime Alexandre
Costumes : Bettina Helmi
Montage : Stéphane Roche
Musique : Olivier Bernet
Directeur de production : Jens Enderling

 

22ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer

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Festival Gérardmer 2015

Après le FEFFS et le PIFFF 2014, deux événements du cinéma de genre dans l’hexagone, CineSeriesMag continue sa chevauchée fantastique en pénétrant les coulisses de l’un des plus vieux festivals de genre en France. Si vous avez bien lu le titre de l’article, alors vous avez deviné que la rédaction sera présente à partir de jeudi dans les Vosges, à Gérardmer pour découvrir un panorama mondial du cinéma fantastique. Durant quatre jours, vous pourrez suivre les pérégrinations de notre reporter fraîchement débarqué sur place pour vous donner un avis à chaud sur les productions frissonnantes qui ne tarderont pas à venir hanter vos écrans. Le mythique Festival de Gérardmer se tiendra du 28 janvier au 1er février 2015, avec un hommage tout particulier à la société de production Hammer Films, qui nous a offert les classiques de Frankenstein, Dracula ou encore La Momie. Robert Rodriguez sera également honoré lors d’un événement spécial en sa présence où il sera récompensé pour l’ensemble de sa carrière. A cette occasion, vous pourrez revisionner sur grand écran ses plus grands succès que sont Une Nuit en Enfer, The Faculty et Sin City.

A cette occasion, et après nous avoir offert une relecture du conte de La Belle et la BêteChristophe Gans présidera le Jury long-métrage de cette vingt-deuxième édition du festival vosgien. Il sera accompagné d’un jury de renom, avec entre autres Alexandre Aja (La Colline a des Yeux, Piranha 3D, Horns), son compère Franck Khalfoun (Maniac, et en attendant son remake de Amytiville) et son pote Grégory Levasseur (scénariste sur les films de Aja et réalisateur de The Pyramid, bientôt en salles).

Qui succédera au japonais Miss Zombie de Sabu, Grand Prix du Jury l’an passé, qui n’a malheureusement bénéficié d’aucune distribution dans nos contrées ? Il est encore tôt pour le dire. Tout ce que l’on sait, c’est que cette année, le festival a mis les petits plats dans les grands et c’est une sélection audacieuse qui nous est proposé. Un point sur les films en compétitions.

COMPÉTITION OFFICIELLE LONGS MÉTRAGES

Cub (Welp), un film de Jonas Govaerts (Belgique): 
Synopsis : Comme chaque été, le jeune Sam, âgé de douze ans et débordant d’imagination, part en camp de scouts dans la forêt. Il se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond quand il y découvre une mystérieuse cabane visiblement habitée par Kai, un enfant sauvage. Sam croit bon d’en avertir ses guides, mais ceux-ci ne le prennent pas au sérieux, interprétant son récit comme l’une de ses habituelles élucubrations. Et pourtant… Le jeune garçon de la cabane s’avère en plus aider un dangereux psychopathe, lequel va redoubler d’ingéniosité pour décimer les louveteaux de la troupe. Un par un…

Ex_Machina, un film de Alex Garland (Royaume-Uni & USA) : 
 Synopsis : Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.

Goodnight Mommy (ich seh, ich seh), un film de Veronica Franz et Severin Fiala (Autriche) :
Synopsis : Durant un été caniculaire, dans une maison de campagne, perdue au milieu des champs de maïs et des bois, des jumeaux de neuf ans attendent le retour de leur mère. Lorsqu’elle revient à la maison, la figure cachée par des bandages, suite à une chirurgie esthétique, ces derniers doutent de son identité…

Honeymoon, un film de Leigh Janiak (Etats-Unis) : 
Synopsis : Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au cœur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa.

It Follows, un film de David Robert Mitchell (Etats-Unis) : 
Synopsis : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

Jamie Marks is Dead, un film de Carter Smith (Etats-Unis) :
Synopsis : Quand Jamie Marks disparaît, il ne manque à personne. Sauf à Adam, qui est hanté par lui…

The Man In The Orange Jacket, un film de Aik Karapetian (Lettonie) :
Synopsis : Suite à son licenciement, un jeune homme poursuit à la trace son ancien patron et sa charmante épouse. Au travers d’événements tous plus sanglants les uns que les autres, il tente d’échapper à son propre passé et, en s’installant dans la superbe demeure de son patron, de se construire une nouvelle identité en y menant une vie luxueuse. Mais rien ne le prépare à la visite surprise d’un invité qu’il semble vaguement connaître…

The Signal, un film de William Eubank (Etats-Unis) : 
Synopsis : Nick et Jonas sont étudiants en première année à MIT (Massachusetts Institute of Technology). Passionnés de piratage, ils ont déjà déjoué le système de sécurité de MIT. Quand ils décident de faire un road trip à travers le Sud-Ouest des Etats-Unis avec la petite amie de Nick, Hailey, leur trajet se trouve être détourné par un génie de l’informatique qui attire leur attention. Le trio se retrouve alors entraîné dans une zone étrangement isolée. Soudain, tout devient noir. Nic est devenu un captif, ils découvrent alors qu’ils font partie d’un complot hors normes. 

The Voices, un film de Marjane Satrapi (Etats-Unis, Allemagne & France) :
Synopsis : Jerry est amoureux de la comptable de son travail. Il va se confier à ses animaux de compagnie qui ont la faculté de parler : un chat qui le pousse à commettre des meurtres en série et un chien affable.

These Final Hours, un film de Zak Hilditch (Australie) : 
Synopsis : À douze heures de la fin du monde, avant qu’un terrible événement n’éradique la vie sur Terre, James traverse une ville où le crime règne en maître pour se rendre à une fête phénoménale – la fête ultime. En chemin, il sauve à contrecœur la vie d’une fillette, prénommée Rose, qui recherche son père à tout prix. Tandis que l’échéance fatale se rapproche, James, désormais investi d’une nouvelle responsabilité, est contraint de remettre en question ses priorités.

Mais Gérardmer, c’est également une sélection hors-compétition remarquable avant des avants premières remarquables. De Disney aux Wachowsky en passant par le dernier Quentin Dupieux, tout le monde y trouvera son compte. Voici un aperçu des quelques films phares de la programmation.

FILMS HORS-COMPETITION

Jupiter Ascending, un film de Andy & Lana Wachowsky (Etats-Unis) : 
Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais elle enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que celle de gagner sa vie en nettoyant les toilettes des autres. Lorsque Caine, un ancien chasseur militaire conçu génétiquement, débarque sur Terre pour retrouver sa trace, Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre même du cosmos…

 Les Nouveaux Héros, un film de Don Hall & Chris Williams (Etats-Unis): 
Synopsis : Un petit génie de la robotique nommé Hiro Hamada découvre qu’un complot criminel menace de détruire la ville de San Fransokyo. Avec l’aide de son plus proche ami, Baymax le robot infirmier, et de ses compagnons qu’il va transformer en une bande de superhéros high-tech, Hiro va tout faire pour sauver la ville et sa population de l’infâme Yokai…

Ouija, un film de Stiles White (Etats-Unis) : 
Synopsis : Après avoir réveillé les forces obscures d’une antique planche de jeu de spiritisme, un groupe d’amis se voient confrontés à leurs peurs les plus terribles…

Tusk, un film de Kévin Smith (Etats-Unis) : 
Synopsis : Un célèbre podcaster américain, connu pour ses sujets farfelus, se rend au Canada pour interviewer un vieil homme totalement fasciné par les morses. Leur rencontre va très vite dégénérer…

Réalité, un film de Quentin Dupieux (France) : 
Synopsis : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…  

What We Do in the Shadows, un film de Taika Watiti & Jemaine Clement (Nouvelle-Zélande) : 
Synopsis : Les vampires Viago (379 ans), Deacon (183 ans), Vladislav (862 ans) et Peter (8 000 ans) partagent un appartement à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Malheureusement pour eux, et à cause de leur irrépressible besoin de s’alimenter en sang, ils ont du mal à se faire des amis ou à maintenir en vie des relations qui leur permettraient de fréquenter les établissements branchés de la ville. Sans vie sociale, ces créatures de la nuit arriveront-elles à surmonter leurs différences et s’adapter ainsi au monde moderne ?

Et comme chaque année, Gérardmer propose une nuit consacré au cinéma à l’humour dépravé, au second degré jubilatoire et où le sérieux n’a pas sa place, une nuit décalée où tous les amateurs de cinéma de série Z se rejoignent pour apprécier ensemble une nuit particulièrement décalée. Une nuit sous les auspices du gore et de la chair humaine.

La Nuit Décalée – Bon Appétit!

American Burgers, un film de Bonita Drake et Johan Bromander (Suède):
Synopsis : Un bus, avec à son bord une horde de lycéens américains, fait un tour d’Europe et s’arrête au cœur d’une forêt afin qu’ils visitent une usine de « hamburgers 100% américains » comme le proclame fièrement son slogan publicitaire. Malheureusement pour ces jeunes, les cuisiniers ont besoin de chair fraîche… Les lycéens vont alors devoir fuir pour échapper au massacre et tenter de survivre…

Eat, un film de Jimmy Weber (Etats-Unis) :
Synopsis : Novella McClure est dans la même situation que la plupart des jeunes comédiennes qui veulent percer à Hollywood : elle vient de dépasser la trentaine, son nom d’artiste n’est plus trop dans le coup, et elle n’a pas décroché un rôle depuis trois ans. L’argent hérité de son père, mort tragiquement lorsqu’elle était petite, lui a permis de tenir jusque-là, mais cet argent commence à manquer. La manie qu’a Novella de se ronger furieusement les ongles quand elle est stressée et sous pression peut alors devenir  bien dangereuse pour elle…

Zombeavers, un film de Jordan Rubin (Etats-Unis) : 
Synopsis : Un groupe d’adolescents, partis pour un week-end de débauche au bord d’une rivière, se retrouve confronté à une horde de castors-zombies affamés. Pour réussir à rester en vie, les jeunes vont devoir affronter ces animaux d’une nouvelle espèce…

Enfin, de nombreuses animations seront proposés entre les séances de visionnages. Hommage tout naturel à la Hammer Films, une rencontre  « Dans les griffes de la Hammer » aura lieu pour fêter le 80ème anniversaire de la célèbre société de production britannique. Une compétition de courts métrages récompensera également le meilleur court francophone parmi cinq films. Les lecteurs assidus pourront se délecter des ouvrages du salon littéraire fantastique Le Grimoire et l’Espace fantastique. Un espace jeunesse stimulera l’imaginaire fantastique chez les plus jeunes et des manifestations viendront embellir cette édition du Festival avec l’annuel Zombie Walk, le Concours des 24h des Réalisations ou le localement célèbre concours des vitrines et balcons. Mais il ne s’agit là que d’une infime partie de toutes les animations prévues pour faire vivre la ville vosgienne durant cinq jours sous le thème du fantastique.

Rendez-vous tous les jours à partir de jeudi 29 janvier pour un point quotidien sur les déambulations vosgiennes de notre reporter et les films visionnés au Festival de Gérardmer. 

The smell of us, un film de Larry Clark : Critique

Synopsis : Paris, Le Trocadéro. Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître. Certains sont inséparables, liés par des vies de famille compliquées. Ils vivent l’instant, c’est l’attrait de l’argent facile, la drague anonyme sur Internet, les soirées trash « youth, sex, drugs & rock’n’roll ».
Toff, filme tout et tout le temps……

Le vieil homme et l’amer 

Les films de Larry Clark ont permis la découverte d’un certain nombre de jeunes talents plutôt arty tels que Chloë Sevigny, Rosario Dawson ou encore Michael Pitt, et avec son premier film Kids, a vraisemblablement mis sur orbite Harmony Korine , son scénariste, qui depuis a livré entre autres le très beau Spring breakers.

Son travail jusque-là est cohérent et plein de sens,  montrant des jeunes confrontés à une réalité compliquée (le sida et la drogue dans Kids, l’assassinat d’un autre jeune dans Bully, un film aux airs de revenge movie se basant sur des faits réels, l’inceste dans Ken Park ou encore la ghettoïsation des jeunes latino de la banlieue de Los Angeles dans Wassup rockers, son plus beau film à ce jour). Le travail pointe la noirceur du monde des adultes et la nécessité pour les jeunes de rester groupés et entre eux, au mieux dans le cadre d’une saine activité comme le skateboard, au pire dans la consommation de drogues et dans différentes expériences sexuelles limite.

Un travail cohérent, même s’il est interpellant dans sa frontalité, largement autobiographique dans ce qu’il fait écho à sa propre jeunesse baignée de sexe, de drogue et de rock and roll. Un travail radical et sans concession, censuré dans bon nombre de pays, regorgeant de scènes explicites et plus ou moins dérangeantes, mais une œuvre qui a fait sens jusque-là.

Jusque-là, car dans ce nouveau film, The smell of us, rien ne va plus. Quand Larry Clark choisit de s’intéresser de près à la jeunesse parisienne, le contenu social de son cinéma n’est plus lisible et les provocations multiples deviennent des coquilles vides ennuyeuses, répétitives et malsaines. Ayant mûri ce projet dit-il depuis son passage en France lors de la sélection de Kids au Festival de Cannes, il a franchi le pas, dans un contexte de tournage cauchemardesque, avec des acteurs en grève et d’autres comme Lukas Ionesco, le personnage principal, qui en gardent jusqu’à ce jour encore un traumatisme violent. Son projet a dû sans doute s’appuyer sur l’idée d’une certaine liberté en France, d’une certaine liberté d’expression comme on a pu en avoir la preuve dans ces tous premiers et funestes jours de Janvier 2015, de la possibilité encore d’aller où on veut sans subir la censure, la bien-pensance anglo-saxonne, l’opprobre morale… Seulement voilà, ce qui a marché dans un contexte californien ou new-yorkais ne fonctionne pas du tout à Paris, ce qui a touché avec les scénarios d’Harmony Korine ne résonne pas avec celui de son scénariste français Mathieu Landais, alias Scribe.

Le voilà donc, Larry Clark parmi une bande de skaters, sur une Place de Trocadéro déserte, payant de sa personne la défection de Pete Doherty pour le rôle de Rockstar, un homme déchu, vautré dans sa propre urine, couvert de sa propre bave avinée, ivre et abruti de sa médiocrité, sur lequel les jeunes skaters font des figures, et qui finit par ramper tel un ver pour sortir de leur trajectoire. Dès images terribles dès la première séquence, mais des images qui ne fonctionnent pas. La séquence ressemble davantage à une performance qu’à une vraie séquence de vie, les jeunes semblent s’ennuyer, les personnages certes, puisque c’est inscrit dans le récit, mais aussi les acteurs, ce qui est nettement plus problématique. Même la belle prestation de Michael Pitt comme chanteur de rue grunge (comme en écho à son rôle de Blake/Kurt Cobain dans Last days de Gus van Sant) ne parvient pas à animer l’ensemble.

Rockstar aime s’entourer d’un groupe composé de beaucoup de jeunes garçons et d’une jeune fille, des jeunes censés être à la dérive, les uns jouant les escort boys dans une veine homoérotique assez prononcée, et l’une se morfondant, personne ne voulant coucher avec elle car « on est en 2013, tout le monde est gay ». De fait, tout le monde couche avec des hommes vieux et/ou des femmes flétries, pour quelques grosses poignées d’Euros. Larry Clark lui-même joue le vieux pervers fétichiste, en reprenant cette fois-ci le rôle de Bouli Lanners pressenti mais tombé malade au moment du tournage. De jeunes fils à papa qui se prostituent donc, alors que le besoin d’argent n’est pas flagrant, des jeunes dont on renifle la nuque avec avidité ou dont on lèche les orteils avec des grognements plus bestiaux que suggestifs, entrecoupés  de « Mon petit garçooonnne » à la limite de la pédophilie. Des scènes inutiles et éprouvantes, car tournant à vide, sans aucun sens à leur donner. Des scènes d’un réalisateur qui a l’air lassé par son propre sujet si ce n’est son propre cinéma.

Larry Clark  introduit dans son dispositif un personnage qui filme tout avec son smartphone, un personnage qui n’est pas sans rappeler le jeune Larry Clark photographiant ses camarades de Tulsa en train de se droguer ou de faire l’amour, ou de se droguer en faisant l’amour (cf les livres Tulsa & Teenage lust). Le personnage d’un voyeur dans un film de voyeur, et la boucle est bouclée…

Seule une  séquence hallucinée avec Dominique Frot, extraordinaire dans l’abjection de son personnage de mère monstrueuse engendre quelques frémissements, l’illusion d’une vérité dans le film de Larry Clark. Pour le reste, on reste complètement à la marge, désolé pour un réalisateur qui n’est plus que l’ombre de lui-même et en même temps furieux de la manipulation de ses jeunes acteurs qui sourd de son film. Un mauvais film à oublier bien vite, en espérant qu’il ne sera pas la triste conclusion d’une filmographie singulière et intéressante.

The smell of us : Bande annonce

The smell of us – Fiche Technique

Titre original : –
Réalisateur : Larry Clark
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 14 janvier 2015
Durée : 92 min.
Casting : Lukas Ionesco (Math), Diane Rouxel (Marie), Théo Cholbi (Pacman), Hugo Behar-Thinières (JP), Ben Yaiche (Guillaume), Maxime Terin (Toff), Larry Clark (Rockstar), Dominique Frot (Mère de Math)
Scénario : Mathieu Landais aka Scribe, Larry Clark
Musique : Howard Paar
Chef Op : Hélène Louvart
Nationalité : France
Producteur : Gérard Lacroix, Christophe Mazodier, Pierre-Paul Puljiz
Maisons de production : Polaris Film Production & Finance, Morgane Production, Polyester
Distribution (France) : Jour2fête