Someone You Love, un film de Pernille Fischer Christensen – Critique

Des histoires familiales compliquées au cinéma, il y en a des centaines. La relation houleuse entre un père star du rock qui n’a jamais élevé sa fille est un leitmotiv du cinéma hollywoodien. Pourtant, on attendait de Someone You Love une approche différente, plus « scandinave » de ce thème de l’abandon paternel et de la rédemption, dans le style peut-être du grand Ingmar Bergman.

Synopsis : Après des années à Los Angeles, Thomas Jacob, célèbre chanteur au parcours chaotique, revient enregistrer son nouvel album au Danemark. Sa fille Julie, qu’il n’a pas vue depuis des années, en profite pour réapparaître dans sa vie et lui présenter son petit-fils Noah. Thomas s’est détourné de sa famille et c’est bien malgré lui qu’il doit s’occuper du jeune garçon. Sa relation avec son petit-fils évolue et il est bientôt confronté à un choix qui pourrait bouleverser sa vie.

Certes, ce drame de Pernille Fischer Christensen, sélectionné à la Berlinale, donne parfois lieu à des contrastes très forts et symboliques, qui donnent une dynamique au film. Cette neige qui tombe constamment dans le parc de l’immense château que Thomas a loué pour son retour au Danemark traduit la solitude d’un homme qui ne retrouve sa vitalité que dans l’atmosphère tamisée et les couleurs chaudes du studio d’enregistrement. Thomas est un musicien doué, passionné et colérique : l’acteur Mikael Persbrandt, très charismatique, fait étrangement penser au chanteur Renaud. Mal rasé, yeux bleus clair, cheveux longs ramenés en arrière. Sa voix elle tient plus à celle d’un Johnny Cash danois.

Thomas revit depuis qu’il a arrêté drogue et alcool. Le seul problème, c’est que sa fille qu’il a abandonnée et qui maintenant est mère d’un petit garçon, vient lui demander de l’argent pour payer sa coke. Au risque de se faire virer de son boulot, elle se voit obligée de partir en cure de désintoxication pendant six semaines, laissant son fils Noa à la charge d’un grand-père plus que réticent. On connaît le dénouement sans même avoir besoin de continuer : progressivement, des liens profonds vont se tisser entre cet homme égocentrique et ce petit-fils touchant et doux. On s’attend au happy end et ça ne loupe pas.

Cependant la réalisatrice réussit à ne pas tomber dans un pathos trop lourd et signe même quelques moments de grâce : la bataille de boules de neige entre Noa et son grand-père, un des rares moments léger du film, ou encore la crise d’angoisse que fait Thomas en plein enregistrement de son nouvel album sont autant de moments où la sensibilité et la fragilité du personnage principal sont révélées.

La solitude scandinave

Il semble intéressant de replacer Someone You Love dans le contexte actuel des productions scandinaves. La vitalité des séries nordiques a insufflé une nouvelle dynamique à ces fictions que l’on aime froides, parfois sanglantes, souvent étranges à l’image de Real Humans ou de The Killing (Forbrydelsen en danois). Les personnages y sont bien souvent des êtres solitaires, asociaux, marginaux qui vivent en décalage avec la société. On retrouve cette caractéristique dans Someone You Love. Thomas est un inadapté social, dans tous les sens du terme : il a fui son devoir paternel, refusant par là de se conformer à l’institution matrimoniale. Extrêmement égocentrique, il se croit supérieur aux autres et donc hors de la société. Thomas est ce qu’on pourrait appeler un « artiste maudit », profondément malheureux mais sur la voie de la rédemption.

En résumé, Someone You Love n’est pas un mauvais film, plutôt un film plat. D’un sujet déjà-vu, la réalisatrice parvient ponctuellement à sortir des sentiers battus, mais y revient malheureusement très vite, malgré un casting convaincant (en particulier Molly, interprétée par Trine Dyrholm, vue dans l’excellente série danoise Arvingerne.

Someone You Love – Bande-annonce vostfr

Fiche Technique – Someone You Love

Réalisateur : Pernille Fischer Christensen
Scénariste : Pernille Fischer Christensen, Kim Fupz Aakeson
Genre : Drame familial
Durée : 1h35 min
Date de sortie : 21 janvier 2015
Nationalité : Danemark
Interprétation : Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm, Birgitte Hjort Sorensen, Sofus Ronnov, Eve Best, Lourdes Faberes, Peter Frödin
Directeur de photographie : Laust Trier-Mork
Musique :
Montage : Janus Billeskov Jansen, Anne Osterud
Producteurs : Jessica Ask, Bo Damgaard, Vinca Wiedemann…
Production : European Film Bonds, Film i Väst, Zentropa Productions

 

Festival

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