Un destin extraordinaire suffit-il à faire un film extraordinaire ? C’est bien la question que pose Une merveilleuse histoire du temps, dont toute la fabrication – des plans, aux choix scénaristiques, en passant par les acteurs – tend à conter une histoire merveilleuse, féerique teintée de quelques drames.
Synopsis : 1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans. Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable.
Le temps, c’est de l’amour
Un homme et une femme … d’exception
Le film semble tout droit sorti d’un temps indéfinissable où l’on filme encore les premiers regards amoureux avec l’actrice le rose aux joues, où les âmes sœurs se convoitent de loin, font du manège ensemble avant de s’embrasser pour la toute première fois devant un magnifique feu d’artifice. Stephen est un cosmologiste, persuadé que si l’univers a un commencement – ce dont il peinera à être intimement persuadé toute sa vie – il a forcément une fin à venir. Le temps, c’est ce qui l’obsède, jusqu’à ce qu’il devienne une réelle quête quand on lui apprend qu’il lui est compté : une maladie vient briser son avenir et la mort doit surgir sans surprise dans moins de deux ans. Pire encore, si tout son corps se dégradera jusqu’à le priver de motricité et de parole, son esprit restera intact, bref, il sera pleinement conscient de sa propre chute. De son côté, Jane aime la littérature, va à l’église et croit en Dieu, c’est avec lui que commence l’univers pour elle et c’est certainement avec lui qu’il se terminera sans qu’elle y pense vraiment. Elle est très vite fascinée par l’univers de Stephen et décide de le suivre, avec courage, dès qu’elle apprend sa maladie. De valide, Stephen passe à invalide et d’épouse dévouée, Jane passe à garde malade. Elle aime dans la dévotion la plus totale. L’amour que ces deux-là se portent triomphera de la maladie, puisqu’ils auront pas moins de trois enfants ensemble.
Un amour extraordinaire
De cette histoire vraie et fascinante – Stephen Hawking étant véritablement un des plus grands scientifiques de notre ère puisqu’il vit encore aujourd’hui, à 72 ans – James Marsh a tiré un film qui se veut exemplaire. On voit tout au travers des yeux de Jane puisque c’est du livre qu’elle a écrit, après sa séparation d’avec Stephen, que le film s’inspire. Pourtant, tout est fait pour montrer les réussites de Stephen, sans les combats intimes qui le malmènent. On n’entre jamais au cœur de son état, de sa force. L’histoire est bien lisse, on reste du côté de la fable, de l’extraordinaire, du dévouement. La maladie est là, pleinement inscrite. Mais quand Stephen Hawking écrit sa brève histoire du temps, vendue à plus d’un million d’exemplaire, on sait que ses idées tiennent plus qu’à la réflexion d’un scientifique. C’est avant tout un corps qui éprouve le temps dans toute sa dimension, mais aussi l’espace, l’échec de la matière, et ce dépassement du diagnostic. Comment est-ce possible qu’il soit toujours là aujourd’hui ? Sa femme, rien que sa femme répond le réalisateur. Jane, dont il finira par se séparer sans haine et pour la laisser libre d’aimer à nouveau pleinement et sans sacrifice, est montrée comme un symbole de courage, érigée en exemple d’amour. On sort donc la femme de l’ombre, pour ne pas simplement montrer l’homme et sa réussite. C’est pourtant à cela que tient l’extraordinaire de la vie de Stephen, avoir écrit un livre sans pouvoir bouger un seul membre, n’avoir jamais lâché le temps ou l’univers.
A la force de la douleur, d’épreuves psychiques et physiques, Stephen finira même par suggérer la possible existence de Dieu. On entre dans cette intimité fascinante, mais seulement en surface, bercé par une douce musique, des violons, du piano et des visages qui se regardent et tiennent ensemble. L’histoire est ici filmée comme unique et universelle, c’est ça la force principal du film. Le Biopic, cependant très conventionnel dans sa forme comme dans le fond, prend un contre-pied : il montre la vie domestique du scientifique qu’on a l’habitude d’identifier à un vieil homme paralysé qui parle à l’aide d’un ordinateur. Malgré l’effort fourni par les scénaristes, il demeure tout de même un certain pathos et beaucoup de sentimentalisme dans cette histoire universelle du temps. Les visages sont bienveillants, les plans veulent inspirer les larmes, la compassion, l’empathie pour des personnages dont les corps et les ambitions prennent d’autres formes. Jane ne reste pas la niaise petite étudiante fan de littérature médiévale, mais celle qui peut traverser toutes les époques avec sur les épaules un fardeau immense : aimer et soigner. Graviteront donc inévitablement d’autres personnages, dont celui du nouveau mari de Jane. Le film n’hésite pas à montrer les hauts et les bas du mariage de Stephen, mais il n’éprouve pas assez le concept de l’amour-sacrifice, il n’ébranle pas assez le mythe du grand scientifique respecté et optimiste. La foi chrétienne de Jane la fait aider son prochain, l’aimer, l’adorer même, sans cri ni haine.
De l’intime à l’universel
Il aura fallu du temps – presque trois ans – pour convaincre la vraie Jane Hawking de voir son livre* adapté à l’écran, elle s’en félicite aujourd’hui. Mais plus qu’un ressenti sur le temps et sa pression sur nos vies, ou encore le commencement, le film est avant tout romantique, profondément, la réflexion scientifique est trop mise de côté, trop embellie pour qu’elle nous apparaisse dans toute sa force. On la comprend cependant puisqu’elle est le plus souvent simplifiée. Stephen explique à Jane ce qu’il comprend d’immense, elle le retranscrit avec ses mots. Le temps nous fascine, nous entraîne, nous oppresse, et le film ne nous le fait pas assez ressentir. Il reste cependant braqué vers les étoiles qui se construisent et meurent dans une même explosion, fascinantes. Pour incarner les deux personnages principaux, les acteurs Eddie Redmayne et Felicity Jones sont parfaits, bluffants même. On est dans la ressemblance et ils s’en sortent très bien, tout en faisant passer une vaste palette d’émotions. Les images elle aussi sont magnifiques, nimbées d’une douceur certaine, s’intéressant de près au corps qui flanche et à sa chorégraphie. On scrute l’infiniment petit des visages, l’infiniment grand du ciel, la petitesse de l’être humain dans l’univers et la grandeur d’un esprit pourtant enfermé dans un corps infirme. De l’intime à l’universel il n’y a qu’un pas, qu’importe le temps qu’il reste. Du cinéma à grand spectacle pour les amoureux de l’amour.
*Le livre de Jane Hawking s’intitule : Travelling to Infinity: My Life with Stephen
Une Merveilleuse Histoire du temps: Bande annonce
Fiche technique – Une merveilleuse histoire du temps
Titre original : The Theory of Everything / Royaume-Uni – 2014
Réalisation : James Marsh
Scénario : Anthony McCarten, d’après Travelling to Infinity: My Life with Stephen de Jane Wilde Hawking
Interprétation : Eddie Redmayne : Stephen Hawking, Felicity Jones : Jane Wilde Hawking, Maxine Peake : Elaine Mason, la seconde femme de Stephen, Charlie Cox : Jonathan Jones, le second mari de Jane, Harry Lloyd : Brian, le colocataire fictif de Stephen, Emily Watson : Beryl Wilde
Date de sortie : 21 janvier 2015
Durée : 2h03
Genres : Biopic, drame
Image : Benoît Delhomme
Costumes : Steven Noble
Montage : Jinx Godfrey
Musique : Jóhann Jóhannsson
Production : Tim Bevan, Lisa Bruce, Eric Fellner et Anthony McCarten
Sociétés de production : Working Title Films
Face au succès surprise de French Connection, une suite est mise en chantier. Elle sortira 4 ans plus tard, en 1975. On retrouve John Frankheimer derrière la caméra, un réalisateur proche du style de William Friedkin, à la carrière solide, avec des films comme : Le prisonnier d’Alcatraz, Un crime dans la tête ou Le train. Gene Hackman reprend le rôle de Popeye Doyle, au contraire de Roy Scheider. Ce dernier avait repris son rôle de Buddy Russo dans un prequel sorti en 1973, Police puisssance 7, qui fût un flop.
Synopsis : Toujours à la poursuite du trafiquant de drogue Alain Charnier, dont il vient de démanteler le réseau américain et qu’il est le seul à pouvoir identifier, « Popeye » Doyle, arrive à Marseille où il prend contact avec l’inspecteur Barthélémy. Mais il est accueilli plutôt fraîchement, ses homologues français lui interdisant notamment de porter une arme. Esseulé, ne parlant pas la langue, il poursuit néanmoins son enquête avec obstination.
A la poursuite d’Alain Charnier
Après New-York, l’action se déroule entièrement à Marseille. Popeye Doyle se retrouve seul dans les rues de cette ville, aussi sale que celle de la grande pomme. Il traîne sa grande carcasse, toujours affublé de son fameux chapeau, à la poursuite d’Alain Charnier, qu’il est le seul capable d’identifier. Il découvre un monde différent du sien, avec la barrière de la langue, qui l’empêche de mener à bien ses investigations, surtout que ses homologues français; avec en tête l’inspecteur Henri Barthélemy; ne semble pas vraiment ravi de sa présence. C’est dans cette atmosphère hostile, qu’il tente de s’intégrer, malgré la frustration de n’être qu’un simple observateur.
Cette suite reprend les codes du premier, John Frankheimer filmant aussi caméra à l’épaule, en restant au cœur de l’action et toujours dans les pas de Gene Hackman. Celui-ci est à l’aise avec son personnage, sa performance est encore une fois impeccable. Après la fameuse course-poursuite, cette fois-ci, c’est une scène plus intimiste qui marque l’esprit. Celle de la désintoxication de Gene Hackman, avec toujours cette impression de vérité dans son jeu et ses mots. Un moment difficile, qui permet au film de sortir d’une certaine torpeur et de définitivement lancer une histoire, un brin simpliste.
Il est rare qu’une suite soit supérieure à l’original, cela se confirme encore ici. Le film pêchant par un scénario, manquant de profondeur et fait de facilités. L’histoire se reposant principalement sur les larges épaules de Gene Hackman, mais aussi sur celles de Bernard Fresson, solide second rôle du cinéma français. On retrouve d’autres acteurs français, comme Philippe Léotard et Jean-Pierre Castaldi. Mais aussi américain avec Ed Lauter à ses débuts.
On retrouve tout de même une course-poursuite dans cette suite, mais pas de voitures cette fois-ci. Elles se font à pieds, dans les rues et le vieux-port. Le film remplissant le cahier des charges imposé par le précédent, avec aussi une scène de bar. Cela manque vraiment d’originalité, même si le lieu change, comme le climat, en passant de la froideur hivernale new-yorkaise, à la chaleur printanière marseillaise, permettant à Gene Hackman de sortir ses plus belles chemises à fleurs. John Frankheimer a rendu une bonne copie, son côté réaliste est toujours bien présent, mais la surprise n’est plus au rendez-vous. On a l’impression de se retrouver devant un produit de commande, sans réelles ambitions artistiques. Une suite surfant sur le succès de son illustre aîné, avec le producteur Robert L. Rosen aux manettes.
Un polar honnête, qui vaut surtout pour la nouvelle grosse performance de Gene Hackman, pour découvrir le Marseille des années 70 et ses gueules du cinéma français. Le récent La French a remis au goût du jour, ce genre de films, en s’inspirant aussi de la filière de la French Connection.
The French Connection 2 (1975) Trailer
Fiche technique : French Connection 2
French Connection 2
USA – 1975
Réalisation : John Frankenheimer
Scénario : Robert Dillon, Laurie Dillon et Alexander Jacobs
Distribution : Gene Hackman, Fernando Rey, Bernard Fresson, Philippe Léotard, Ed Lauter, Charles Millot, Jean-Pierre Castaldi, Cathleen Nesbitt et Jacques Dynam
Musique : Don Ellis
Photographie : Claude Renoir
Production : Robert L. Rosen
Genre : Policier
Durée : 119 minutes
Il est d’usage aujourd’hui de railler les années 90, cette époque obscure bloquée entre l’effervescence joyeuse des années 80, où l’Amérique pouvait encore crier « fuck yeah » à la face du monde, et l’explosion des nouvelles technologies numériques des années 2000. Entre les deux, on se plaît à dire que l’on n’a pas retenu grand chose, si ce n’est les pulls pastels, les pokémons, et Britney Spears. Admettons le, on a tous préféré oublier le discman (ou baladeur CD), le mini-disque et le hip-hop « cool » de Biz Marckie et Markie Mark (Mark Walberg). Pour le cinéma c’est à peu près pareil, on aime dire qu’il y a eu une sorte de vide artistique, malgré l’émergence de cinéastes reconnus tel Fincher, Burton ou Michael Bay… oui Michael Bay, souvenez vous d’Armageddon, gros succès de l’époque. Pourtant de cette période étrange, est apparu un symbole qui s’est ancré dans la pop culture. Tout le monde les connait et en a déjà entendu parler au moins une fois. Qui sont ils ? Ils sont nous, ils sont eux, ils sont les meilleurs des meilleurs des meilleurs (avec mention) ils sont… Les Men in black !
Juste un fragment de notre imagination…
Au départ, il s’agissait seulement d’une légende urbaine apprécié des complotistes et ufologistes de tous poils. Une théorie comme quoi le gouvernement chercherait systématiquement à couvrir les apparitions d’aliens sur notre planète, envoyant des agents spéciaux pour effacer les traces. Êtres surnaturels ou organisation secrète, les théories sont diverses et variées, mais un détail revient sans cesse : ils sont par groupe de 2 ou 3 et sont toujours vêtus de costumes noirs. Puis cette rumeur a donné naissance à un comics écrit par Lowell Cunningham et illustré par Sandy Carruthers, publié par Malibu Comics. L’idée fait son chemin, tranquillement, mais reste cantonnée au domaine de la culture Geek, encore marginale à l’époque. Toutefois, le potentiel du sujet suffit à convaincre les producteurs de lancer une adaptation au cinéma. Le premier film sort en 1997, réalisé par Barry Sonenfield, ancien directeur photo des frères Coen, et réalisateur apprécié pour sont travail sur l’adaptation d’une autre bande dessinée : La famille Adams de Charle Adams. L’histoire raconte l’enquête de l’agent K, chargé de réguler l’activité extraterrestre sur la planète terre, aidé par James Edward, une jeune recrue qui deviendra l’agent J. Ensemble, ils doivent arrêter le criminel Edgard, avant que celui-ci ne déclenche une guerre inter planétaire. Le rôle de K avait d’abord été proposé à Clint Eastwood, qui le refusa, avant que Tommy Lee Jones, amusé par le scénario, accepte. Plusieurs acteurs furent envisagés pour le rôle de J, tel Chris O’Donell qui refusa après le flop Batman & Robin, et David Shwimmer. C’est finalement Will Smith qui est choisi, refuse d’abord le rôle, avant que sa femme le persuade de revoir sa décision. Il aurait pu le regretter, car Men in black est un succès surprise, et fait de lui une star internationale (plus de 500 millions de recettes dans le monde).
Son succès, le film le doit probablement à ce paradoxe : il parle d’aliens, et est un ovni lui même. A la fois film policier mettant en scène un duo improbable (le vieux briscard et le jeune cool), comédie familiale, film de science fiction et un peu film d’horreur, l’ensemble est une sorte de foutoir visuel ou se confronte référence pop, univers pulp, blagues potaches et effets spéciaux délirants. On est assez loin du produit formaté, car si le scénario n’est pas très original, il n’est finalement qu’un prétexte pour faire découvrir au spectateur un univers fantastique ou les possibilités semblent infinies. L’idée est simple sur le papier, mais tellement brillante : et si, dans notre vie de tout les jours, nous étions cernés d’extra-terrestres ? Si tous ces gens bizarres que l’on croisent dans la rue venaient en vérité d’un autre monde, et qu’une agence serait chargé de réguler tout ça ? Il n’en faut pas plus pour laisser le génial maquilleur Rick Baker, le designer Bo Welch et la jeune société ILM déployer des trésors d’imaginations pour mettre en place un univers formidable qui fourmille de détails absurdes. Tête qui repoussent, exosquelettes, lombrics accroc au café, chien qui parle, octopodes informaticiens, bébés calamars… Rarement un film avait proposé une telle diversité dans son bestiaire, mais la grande réussite de Baker restera surtout le maquillage d’Edgar (Vincent d’Onofrio), cafard géant se servant de la peau d’un fermier comme déguisement, qui s’abîme de plus en plus au fil du temps, devenant véritablement effrayant.
Les effets spéciaux sont une des grande réussite du film, mais leur donner tout le crédit du succès serait injuste. Ce que le public aura surtout retenu, c’est le duo d’acteur Tommy Lee Jones/ Will Smith qui, contre toute attente, fonctionne mieux que bien. Les deux acteurs sont devenus quasiment indissociables dans l’imaginaire collectif. Déjà, le film à réussi a rendre Tommy Lee Jones drôle, ce qui n’est pas une mince affaire. L’acteur, que l’on connaît surtout pour ses rôles sérieux, utilise à la perfection son mutisme coutumier pour déclencher le rire face à un Will Smith plus électrique et « cool ». Deux styles de jeu antithétiques qui se complètent à la perfection, donnant au film une identité comique assez inédite. L’humour du film fonctionne surtout par son ton décalé. Les blagues sont relativement drôles, mais lorsqu’elle sont dites avec le ton le plus sérieux du monde, par deux gugusses en costume noir, elles deviennent carrément hilarantes. Il suffit de voir la séquence de l’accouchement dans la voiture : K au premier plan qui discute politique interplanétaire avec un type qui à l’air normal et derrière J qui se débat avec des tentacules géantes sortant d’une voiture à l’arrêt. Comment rester impassible devant un tel plan ? La situation est plus qu’absurde, pourtant elle est ramenée sur le ton de la banalité du quotidien, provoquant alors non pas la peur ou l’admiration, mais simplement le rire. Il en est de même pour le reste du film. Tout cela se prend très peu au sérieux, et c’est tant mieux. Après tout, comment ne pas trouver ridicule cette agence qui impose aux hommes et au femmes qui travaillent pour elle un code vestimentaire aussi strict (costume noir, chemise blanche, cravate noire…) pour se fondre dans la masse…alors qu’il n’y a rien de moins discret. On doute franchement de leur capacité à passer inaperçu. Ces hommes de l’ombre semblent littéralement hors du temps, complètement anachroniques, renforçant plus encore le décalage. Men in black est donc un film étrange qui n’a pas volé son succès, propulsant ses deux acteurs au rang de stars internationales et se taillant la part du lion dans la pop culture, en partie grâce à la chanson de Will Smith, qui se propulse rapidement en tête des ventes de disques.
Back in black
Bien décidés à ne pas en rester là, les producteurs envisagent rapidement une suite, mais étrangement celle-ci mettra un certain temps à sortir. Entre deux, pour ne pas se faire oublier trop vite, les studio Amblin de Steven Spielberg, déjà derrière le premier film, produisent une série animée supposée faire le lien entre les deux épisodes. On note tout de même quelques incohérences, comme la présence de K au coté de J, malgré sa retraite ou le physique des personnages pas très fidèle (Agent L qui devient blonde, Z qui à les cheveux blancs…). La série durera quatre saisons et ne laissera pas un souvenir impérissable, la faute à des graphisme parfois assez laids, des scénarios très répétitifs et surtout un certain manque d’évolution des personnages. Reprenant assez simplement les figures iconiques du film, tels Franck ou Les Vers. Toutefois, elle permet aux fans de renouer occasionnellement avec cet univers si particulier.
Il faudra attendre 2002 pour voir une suite au cinéma. Un deuxième film très attendu qui aura pourtant déçu beaucoup de gens par plusieurs aspects, particulièrement son scénario jugé un peu niais et débile. Il est vrai que cette histoire étrange de « lumière de Zarta », couplée à une romance un peu trop fleur bleue, n’est pas véritablement trépidante. De plus quelques détails relatifs au premier film en auront fait tiquer certains. Le retour de K, malgré son départ à la fin du premier film, sonnant comme une volonté des producteurs de renouer coûte que coûte avec le succès, mais également, plus anecdotique tout de même, la disparition de L’agent L (Linda Fiorentino), qui rejoignait le MIB après la victoire contre Edgar, a peine expliquée au détour d’une conversation avec Z (Rip Torn). Une occasion manquée de rajouter un peu de féminité dans ce monde d’hommes. Mais le film n’est pas non plus un échec complet, la même équipe technique est de retour et réinvente l’univers que l’on aimait tant, en le faisant évoluer. Les armes on l’air plus futuristes, de nouvelles races aliens font leur apparition, jouant plus encore avec les échelles de taille que ne le faisait le premier film, en allant jusqu’à inventer un « peuple du casier de la gare » et une méchante entièrement végétale, la plante carnivore Seerlina (Lara Flynn Boyle), adoptant les mensurations d’un mannequin Victoria Secrets. On croise également un ver géant métro-phage, un testigeule et Michael Jackson.
Néanmoins, ce qui aura dérangé le plus de fans, c’est l’aspect auto-parodique du film. Au lieux de développer son univers et le faire évoluer, Men in Black 2 reprend plus ou moins la structure du premier film, en reformant son duo iconique, tout en le détournant, appuyant plus encore l’humour potache et l’aspect cheap du scénario, qui ressemble sérieusement à une mauvaise série B, ce dont les scénaristes semblent conscients en intégrant une caricature d’émission ufologique aux effets spéciaux risibles, présentée par Peter Graves. Mais pris comme tel, on passe un excellent moment car le duo Jones/Smith fonctionne toujours aussi bien (L’agent K en short qui explique le fonctionnement des timbres est en soit une scène hilarante) et beaucoup de gag font mouche, comme le chien Franck qui chante « I will survive » a la fenêtre de la voiture (à voir en français pour un effet comique d’enfer), ou cette image final e encore plus délirante que celle du premier film. Les principaux reproches que l’on peut faire au film, sont le lot de toutes les sagas, il ne respecte pas rigoureusement les attentes des fans qui continuent de tiquer sur des détails. Mais ce second opus reste tout de même une réussite technique indéniable et une comédie de qualité, bien que son scénario souffre de quelques gros défauts, comme le personnage bicéphale de Johnny Knoxville, qui disparaît sans explication au milieu du film. A part ces quelques couacs, aucune raison finalement de bouder son plaisir. Le film est un nouveau succès au Box office (légèrement inférieur au premier tout de même), hissant les agents du MIB au rang d’icônes pop définitivement.
Boucle temporelle
Pourtant il faudra encore attendre avant de retrouver les agents J et K dans de nouvelles aventures. Malgré le succès du second, aucune suite n’est annoncée, les Men in black semblent avoir rangé leur costumes au placard. C’est en 2009 que Sony annonce enfin un troisième épisode, sans en dire plus sur la teneur de l’intrigue. La nouvelle est plutôt bien accueillie, preuve que les personnages on encore une place dans le cœur du public mais malheureusement les tuiles s’accumulent. Le scénario ne cesse d’être réécrit et le tournage commence sans que celui-ci soit finalisé, prend du retard…et tout cela se ressent sur le produit final. Will Smith et Tommy Lee Jones reviennent (malgré ses hésitations), mais il aura fallu attendre 10 ans pour voir ces nouvelles aventures et du coup, l’univers que l’on aimait a beaucoup changé. Nous sommes en 2012, Rip Torn ne revient pas en Z, remplacé par l’agent O joué par Emma Thompson et beaucoup de choses semblent avoir disparu sans explications comme Franck le chien, les Vers ou les Jumeaux informaticiens… beaucoup de détails un peu agaçants pour les fans. Le scénario se veut plus ambitieux que les précédents en abordant le voyage temporel. K est assassiné par un des ses anciens ennemis, Boris l’animal (Jemaine Clement), J doit alors remonter dans les années 60 pour l’en empêcher, rencontrant alors son partenaire beaucoup plus jeune. En soit, l’ensemble est plutôt cohérent, et même le final qui aura fait tiquer beaucoup de monde conclue la saga de manière satisfaisante, en la refermant sur elle-même. Mais les réécritures se ressentent beaucoup, surtout lors du deuxième acte qui ressemble à un long sketch mettant en scène Will Smith paumé dans une autre époque, où le méchant pourtant réussi (sorte de biker interstellaire), passe complètement au second plan, avant de revenir pour un final au cap Canaveral.
On a aussi l’impression que le film est un peu a part, en présentant un univers légèrement différent, plus lisse et un peu moins étrange qu’a l’accoutumée. Aucune référence n’est faite au sujet de l’ex femme de K (pourtant évoquée dans les deux premiers), remplacé ici par un vague flirt avec l’agent O plus jeune (Alice Eve), malheureusement réduite au rang de blonde de service. On peu aussi remarquer que présenter le MIB dans les années 60 comme une entreprise à la Mad Men, détruit finalement l’aspect anachronique de l’agence. Le design des premiers films était déjà bien inspiré de l’imaginaire futuriste de ces années là, en donner une image différente, avec secrétaires sexy en robes et cheveux permanentés (on aurait pu supposer que des individus conscients d’une vie extraterrestre eurent trouvé futile une aberration tel que le sexisme) annule l’effet intemporel, et donc absurde, de ces hommes de l’ombre. Détails de fans, toujours déçus de ne pas revoir ce qu’il voulaient. Mais ne soyons pas trop méchant, Men in Black 3 à tout de même ses qualités. Le choix de Josh Brolin pour incarner un K plus jeune est une idée merveilleuse permettant de donner un peu de sang neuf à la saga, l’acteur s’approprie le personnage avec aisance et dévoile un potentiel comique inattendu. Le MIB des années 60 à également quelques pépites à offrir comme des neurolazer géants, ou un Andy Warhol chargé de surveiller les aliens qui skwattent la Factory. De plus, l’ensemble se suit sans déplaisir et possède quelques beaux moments de bravoure, comme une chute temporelle de l’Empire State Building très inventive. Non, le troisième épisode n’est pas l’échec de la saga, il en reprend juste les codes de manière différente et passe tout de même honorablement le cap de la réinvention. Peu de sagas peuvent véritablement s’en vanter, surtout quand elle sortent leur suite dix ans après (comme Sin City). Le film réussi même à faire mieux que ses aînés au box office mondial, preuve finale que le MIB à encore sa place dans le cœur du public.
Mais maintenant peut on espérer une suite ? Probablement pas. Sony pictures à déjà annoncé un reboot de la saga manifestement sans Will Smith, et il est peu probable que Tommy Lee Jones rempile, vu sa présence raccourcie dans le troisième volet. On imagine déjà les fans râler devant ce projet, car le concept de reboot n’a pas vraiment la côte. Il suffit de voir la saga Amazing Spiderman détruite par une horde de rageux avant même la sortie du film, pour le seul crime que Sam Raimi n’était pas aux manettes… Pourtant en prenant du recul, l’idée ne semble pas si mauvaise. Après tout Men in Black 3 concluait bien l’histoire de J et K, en remettre une couche serait peut être suicidaire, et comme on l’a dit, si le duo fonctionne très bien, c’est surtout l’univers de la saga qui lui donne son identité particulière. Tout y est possible, alors pourquoi ne pas raconter de nouvelles histoire en conservant le même concept ? Donnons leur chance au producteurs, regardons s’ils sont capables d’imaginer de nouvelle facette à cet univers, tout en y ajoutant un peu de sang neuf. Le principe de base est tellement simple qu’il ouvre des centaines de portes possibles (sauf cette idée de cross over avec 21 jump street, là c’est vraiment trop bête). La franchise pourrait même se développer à la télévision, cela pourrait donner quelque chose de fun, ou en jeu vidéo (autre que les nullités déjà sorties à la suite des films) tout en gardant ce ton particulier. Les producteurs aurait tort de laisser tomber, car plus que les super héros qui cartonnent aujourd’hui, le motif de l’homme en noir est connu de tous et facilement identifiable.
On ne peut pas nier que les films ont eu une certaine influence. Qui, aujourd’hui, n’y pense pas automatiquement dès qu’il voit quelqu’un portant un costume et des lunettes noires (les blues brothers ça marche aussi me direz vous) ? Et comment ne pas y penser en voyant des personnages aussi divers que le G-man de Half-life, les silences de Doctor Who ou encore l’agent du FBI qui poursuit Simon Pegg et Nick Frost dans le film Paul de Greg Motola? Même l’agent Coulson de l’univers cinématographique Marvel en semble inspiré. Non les Men in Black ne sont pas morts, bien au contraire, et les possibilités qui s’offrent à eux pour l’avenir sont pour l’instant infinies. Cette saga ne ressemble à aucune autre, et la seule crainte que l’on pourrait avoir, c’est de la voir dépossédée de son identité et de son étrangeté qui détonne dans le paysage un peu trop lisse des blockbuster hollywoodiens.
Les Nouveaux Héros restera certainement comme un tournant dans la filmographie des studios Disney. Depuis quelques années déjà, les princesses sont bien moins cruches, les héros meurent parfois et les princes charmants sont bien plus canailles. Mais ici plus de magie, aucune créature féérique à l’horizon, juste de la technologie, de la culture geek sur pellicule pour remplacer les formules de Merlin l’Enchanteur… Disney fête cette année ses 100 ans, marque la fin d’une époque et réussit brillamment son examen de passage.
Synopsis : Hiro est un petit génie qui rêve d’entrer dans la même grande école que son grand frère, il doit pour cela créer une invention qui lui en ouvre les portes. Il y parvient, mais toute son invention disparaît dans un énorme incendie qui va marquer le début d’une incroyable aventure et la naissance d’une nouvelle équipe de super-héros.
La Grande Aventure Hiro
Marvel vu par Disney
Qu’on se rassure, ce qui fait l’essence de Disney reste bien présent, qu’il s’agisse de l’humour, du divertissement, de l’innovation et de la performance technologique des studios, tout est là. Un brin d’histoire : nous sommes en 2009 et Disney, faisant preuve (comme toujours) d’un flair imparable en affaires, rachète Marvel Comics dont le potentiel cinématographique des personnages est énorme. Big Hero 6 (Les Nouveaux Héros) est donc le premier film d’animation Disney à transposer à l’écran l’univers Marvel, racontant donc la genèse de cette équipe de super-héros.
Repousser les limites
La réussite visuelle est incontestable et comme toujours, Disney repousse encore un peu plus des limites qu’on croyait désormais figées, mais qui continuent d’évoluer au gré de la capacité de calcul d’ordinateurs toujours plus puissants. Le résultat est de toute beauté : les couleurs, les détails d’une précision toujours plus grande et les personnages, nous font sentir toujours un peu plus que Toy Story date bien de 1995. Le final sort du lot, mettant en images un univers parallèle semblant sorti tout droit d’un rêve aux couleurs criardes, beau, tout simplement beau… Pour le reste, l’animation enchaîne les plans nerveux (univers Marvel oblige) et audacieux, mettant l’action au centre de l’image. Mais sans jamais oublier de souligner, comme jamais auparavant, les émotions qu’expriment les visages des personnages.
Action, humour et héroïsme
Et de l’action il y en a redisons-le, univers Marvel oblige. On retrouve le cocktail propre à la maison d’édition : action, humour et héroïsme, tout à fait ce qui convenait à l’univers Disney. Le dosage devient presque scientifique entre l’humour si touchant qui colle au personnage du Baymax (sorte de Bibendum Chamallow devenu docteur), l’action décoiffante des scènes narrant la naissance de ces super-héros et l’héroïsme tonitruant qui ressort du grand combat final. Disney semble avoir trouvé la formule magique pour transposer Marvel à l’écran. Plus de problèmes d’humour ici, pas plus que de problèmes métaphysiques façon « mais que faire de mes pouvoirs ?! » bref, c’est Marvel au cinéma, débarrassé d’une part des défauts inhérents au genre, pour ne laisser que l’ingrédient magique : du fun, encore du fun, toujours du fun.
Oui mais…
Juste un ou deux bémols. La mise en place de l’action et des personnages manque de rythme et traîne un peu en longueur. Là où il faudrait capter le spectateur dès les cinq premières minutes, les enjeux tardent à venir et l’humour compense à peine ce manque. Puis il y a un petit plagiat (certains diront un clin d’œil) qui gâche (très) légèrement la fête avec une « porte des étoiles » très, mais alors très très fortement inspirée de celle de Stargate. C’est incompréhensible d’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un clin d’œil ou d’un manque d’inspiration ? Mais peu importe, il s’agit d’un point de détail qui permet juste de dire que si le film frôle la perfection, il ne l’atteint pas.
Écrire une nouvelle page
Après cent ans de magie, Disney grandit, rachète des licences (4 milliards de dollars pour Marvel, 4 autres milliards pour LucasFilm, encore un autre milliard pour les Studios Ghibli), des franchises, et comprend que son avenir ne se jouera pas que sur les entrées dans les cinémas des têtes blondes. Voilà ce que représentent ces Nouveaux Héros pour Disney: le passage de l’enfance à la puberté et le constat que les enfants, moins naïfs, croient désormais un peu plus en la technologie qu’en la magie. Mais peu importe, d’une manière ou d’une autre le cinéma doit faire rêver et la bande à Hiro y parvient sans difficulté, bénéficiant d’un méchant charismatique et…masqué bien sûr ! Bref allez-y, ce film offre autant d’énergie de tous les complexes mutli-vitaminés, les effets secondaires en moins. Mais surtout, restez jusqu’au bout du générique final, vous aurez droit à une scène bonus hilarante avec une guest star en prime !
Les Nouveaux Héros – Bande annonce
Les Nouveaux Héros – Fiche Technique :
Titre original : Big Hero 6 avec les voix de Scott Adsit, Ryan Potter, Daniel Henney, T.J. Miller, Jamie Chung, Damon Wayans Jr., Genesis Rodriguez, James Cromwell, Alan Tudyk et Maya Rudolph.
Réalisation : Don Hall
Scénario : Don Hall et Jordan Roberts, d’après Duncan Rouleau et Steven T. Seagle
Musique : Henry Jackman
Production : Roy Conli, John Lasseter et Kristina Reed
Société de production : Walt Disney Pictures et Walt Disney Animation Studios
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Animation
Durée : 101’
Date de sortie : 11 février 2015
Les enfants loups, Ame & Yuki: Une ode tout bonnement rafraîchissante
Synopsis :Hana et ses deux enfants, Ame et Yuki, vivent discrètement dans un coin tranquille de la ville. Leur vie est simple et joyeuse, mais ils cachent un secret : leur père est un homme-loup. Quand celui-ci disparaît brutalement, Hana décide de quitter la ville pour élever ses enfants à l’abri des regards. Ils emménagent dans un village proche d’une forêt luxuriante…
L’animation japonaise ne rime pas forcément avec les studios Ghibli, et plus exactement aux œuvres intemporelles d’Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Château Ambulant…). Mais il existe d’autres productions du pays du Soleil Levant qui se sont également prêtées à ce genre d’exercice, telle la Toho (la saga de Godzilla et les films d’Akira Kurosawa). Il suffit de voir Summer Wars sorti en 2009, qui a su rafler bon nombre de prix à travers le monde. À la suite de ce succès, son réalisateur, Mamoru Hosoda, se permit deux ans après de réitérer cet exploit avec son nouveau long-métrage, Les enfants loups, Ame & Yuki.
Pourtant, à voir ce que pouvait bien réserver ce film d’animation aux spectateurs question originalité, ces derniers ne pouvaient qu’appréhender le résultat, surtout avec ces derniers divertissements pour ados (genre Twilight) qui n’ont cessé de sortir ces dernières années portant sur le même sujet (des humains lycanthropes qui doivent vivre en société et ce malgré leur « malédiction »). Pire, le long-métrage aurait très bien pu suivre le parcours de ces deux fameux enfants loups (en même temps, ils font bien l’objet du titre) lors de leur scolarité jusqu’à l’adolescence, proposant au passage des amourettes à l’eau de rose ou encore les éternelles thématiques de l’isolement et de la différence. Des sujets mille fois vus au cinéma et que le spectateur pouvait s’attendre à retrouver, le tout en y allant à reculons. Mais contre toute attente, Ame & Yuki va partir dans une toute autre direction.
Bien que la seconde partie du film s’intéresse aux deux enfants et aux thèmes cités précédemment, traités de manière juste et touchante (soit dit en passant), ces derniers ne sont aucunement présentés comme les personnages principaux de cette histoire, ce rôle revenant à leur mère Hana. Alors, que peut bien apporter la lycanthropie dans une telle trame ? D’autant plus qu’ici, le fait d’avoir des protagonistes se transformant en loup est montré comme un fait normal (bien que les protagonistes soient étonnés de cela). Elle est tout simplement utilisée pour souligner les différents thèmes qu’abordent Ame & Yuki. Oui, encore une fois, il y a bien la solitude, la différence et le rejet social. Mais le film ne s’arrête pas là !
Avec la lycanthropie comme banal prétexte, Ame & Yuki se présente comme une ode à la Nature. Où celle-ci n’a pas sa place dans d’immenses villes bétonnées et grises, mais plutôt dans les vertes campagnes où elle est respectée par chaque personne y habitant. Une ode à la vie, qui voit l’héroïne subir la douloureuse existence citadine (aucun travail et tout le temps surmenée par ses enfants et la pression de la ville même – serait-ce un portrait du Japon actuel ?), puis retrouver le goût de vivre en allant s’installer à la campagne et travailler dur pour enfin se sentir bien avec ses voisins et son entourage. Une ode à l’amour, montrant à quel point une femme peut être follement amoureuse d’un homme en s’occupant de ses enfants, qu’elle aime plus que tout, comme il se doit, en les protégeant de la vie réelle. Une ode à la générosité, qui montre que les hommes peuvent partager et s’entraider après une vision puérile de ces derniers (la ville, où la foule se montre indifférente vis-à-vis de vos besoins et de vos sentiments). Ame & Yuki se révèle être une véritable mine d’or question écriture, en plus d’être un dessin animé qui ne s’adresse pas forcément qu’aux plus jeunes.
Par ailleurs, le résultat final fait preuve d’une maîtrise incontestable dans le domaine de l’animation. Certes, le style visuel ne possède pas le charme ni les traits d’un Miyazaki, ce qui peut être le détail sur lequel chipoter. Mais cette ombre s’efface sans mal derrière toute la poésie qui se dégage d’Ame & Yuki. Grâce à une animation de toute beauté, qui s’offre un magnifique panel de couleurs, de dessins réussis et d’effets de mise en scène réalisés à merveille (l’exemple de la découverte du corps d’Ōkami saura convaincre même les plus réticents). Le tout accompagné par la sublime musique de Takagi Masakatsu, compositeur qui signe ici sa première collaboration pour un long-métrage, et vous obtenez une œuvre en tout point émouvante et féerique.
Avec Les enfants loups, Ame & Yuki, vous verrez bien que les studios Ghibli ne sont pas les seuls à savoir livrer un grand film d’animation japonais, et ce même s’ils ont le monopole de l’international. Que d’autres productions peuvent également offrir au public de véritables bijoux qui sauront toucher au plus profond du cœur chacun des spectateurs qui auront la chance de les voir. Ame & Yuki fait partie de ceux-là : vous ne regretterez aucunement son visionnage !
Les enfants loups, Ame & Yuki – Bande-annonce
Fiche technique – Les enfants loups, Ame & Yuki
Titre original : おおかみこどもの雨と雪 – Ōkami Kodomo no Ame to Yuki
Japon – 2012
Réalisation : Mamoru Hosoda
Scénario : Mamoru Hosoda et Satoko Okudera
Distribution : Aoi Miyazaki / Julie Jacovella (Hana), Haru Kuroki / Maryne Bertieaux (Yuki), Yukito Nishii / Hervé Grull (Ame), Takao Osawa / Damien Ferrette (Ōkami), Takuma Iraoka / Benjamin Pascal (Sōhe), Momoka Ōno / Cindy Lemineur (Yuki jeune), Amon Kabe / Hervé Grull (Ame jeune), Tadashi Nakamura / Gilbert Lévy (Hosokawa)…
Date de sortie : 29 août 2012
Durée : 1h57
Genres : Animation
Direction artistique : Hiroshi Ohno
Animation : Takaaki Yamashita
Musique : Tagaki Masakatsu
Producteurs : Takuya Itô, Yuichiro Sato et Takafumi Watanabe
Productions : Toho, NTV, Studio Shizu, Mad House Ltd., Kadokawa Shoten Publishing Company, Dentsu Productions Ltd., YTV et D.N. dreampartners
Distributeur : Eurozoom
Éducation = Art de former une personne, spécialement un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de façon à lui permettre d’affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie. Telle est la définition que nous donne le dictionnaire. Et tel est le sujet de ce film, brillamment enluminé par Carey Mulligan.
Synopsis: 1961, Angleterre. Jenny a seize ans. Élève brillante, elle se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, dans un pays qui passe de Lady Chatterley aux Beatles, Jenny va découvrir la vie, l’amour, Paris, et devoir choisir son existence.
L’école des femmes
Londres, sa banlieue du moins ; les années 60, 61 pour être précis ! L’école, les copines et les copains, mais surtout le latin… Et Jenny, smart and pretty, studieuse, un tantinet irrévérencieuse. Préparant son admission à Oxford entre deux cours de violoncelle, seul hobby concédé par ses parents. Son objectif, y étudier la littérature anglaise. Son rêve, vivre à Paris, écouter Greco sur les quais de Seine. Dans son école, cravatée et chaussée comme le sont toutes les étudiantes, elle y apprend normes et leçons, solfège sociétal, tout pour faire d’elle une demoiselle. Jenny est douée, protégée de sa prof de littérature, on lui prédit un avenir radieux, dans la continuité de son aptitude à raisonner. Et on peut encore lire sur le coin de ses lèvres une candeur juvénile, mais également cet ardent désir de s’affranchir. Et elle aime s’exprimer en français, d’un délicieux accent, sans une once d’hésitation. Et si tout n’est pas parfait, son sourire confiant traduit une certaine sérénité. Comme si, devant elle, la voie dégagée lui offrait la vue de jours parfaits. Puisque son éducation est sa passerelle, son pont vers sa vie d’adulte.
Seulement, lorsque la pluie battante met en jeu l’intégrité de votre violoncelle. Quand un homme, au volant de sa voiture bordeau se propose de le protéger et que vous acceptez, vous vous exposez à certains risques. Au risque de rencontrer des personnes merveilleuses, dont vous tomberez amoureuse par exemple. Mais si vous avez 16 ans, et que cette personne en a le double, il est peut être judicieux de sacrifier votre instrument. Évidemment il n’en est pas ainsi, et en refermant la portière, Jenny scelle une histoire qui a tout pour plaire.
David (Peter Sarsgaard), absolument charmant, flegmatique à souhait, passionné et cultivé, apparaît aux yeux de l’étudiante comme une évidence. Incarnant une toute nouvelle forme de vie, qui se nourrit de jazz, d’art et d’insouciance. Et, les rêves auxquels s’abandonnait Jenny, allongée sur la moquette de sa chambre, soigneusement étiquetés dans la partie utopique de ses aspirations, prennent matière devant elle. Les concerts se substituent aux cours, les devoirs s’effacent, laissant place aux nightclubs et aux voyages. L’instruction par la raison cède sa place à l’éducation par la passion. Et, rayonnante, presque solaire, Jenny n’est plus ce qu’elle était, mais n’est pas encore ce qu’elle veut être, une femme. Ainsi, bien qu’ayant abandonné l’uniforme, et revêtit les petites robes parisiennes qu’elle chérissait tant, elle demeure adolescente. Aveuglée par de cruelles promesses et de doux mensonges. Et, dans sa « nymphescence » comme nous disait Nabokov (Lolita), Jenny alimente le désir chez David, qui l’entraîne dans les méandres d’un monde qui n’est pas prêt à l’accueillir.
Lone Scherfig signe ici un excellent film, une totale réussite sur le fond comme sur la forme. Effleurant et déflorant la fougueuse jeunesse d’une jeune fille pressée de vivre. Déroulant dans un premier temps un tapis idyllique sous les pas d’une fraîche romance, jamais obscène. Baignant dans le beau, dans les arts, dans le visible. Chantant l’âme romanesque de Jenny, qui, noyée dans son bonheur, croit se forger son éducation. Au grès des ballades à Montmartre et des baisés volés.
Puis dans un second, rabattant sur l’intrigue tout ce qu’elle promettait, le film sursaute dans un élan de rationalité. Conférant à la méritocratie tout ce que la passion ne peut offrir, le sentiment d’avoir gagné le droit d’être heureux, tandis que l’amour est une victoire de tous les jours. Il s’agit alors pour Jenny de choisir entre bâtir ou découvrir.
Dans une mise en scène somme tout classique, relevée par une jolie distribution (Rosamund Pike, Alfredo Molina, Emma Thompson), le film s’enchevêtre entre deux conceptions de l’éducation radicalement différentes. L’une incarnée par l’institutrice de Jenny, en laquelle cette dernière voit son futur, pâle et sans relief. L’autre évidemment figurée dans David et ses amis, où jouissance et plaisir semblent tout rendre possible. Carey Mulligan (Drive, Inside Llewyn Davis), délivre une performance magistrale, abîmée par ses doutes, déchirée par ses certitudes. Dans une Angleterre conservatrice délicieusement sixties, où résonnent des airs désinhibés, le film s’érige en hymne à l’émancipation et à la femme moderne.
Une éducation (VOST) – Bande Annonce
Une éducation: Fiche Technique
Réalisatrice: Lone Scherfig
Titre original: An education
Distribution: Carey Mulligan/ Peter Sarsgaard/ Alfredo Molina/ Dominic Cooper/ Rosamund Pike/ Olivia Williams/ Emma Thompson
Scénario: Nick Hornby (D’après les mémoires de Lynn Barber)
Photographie: John de Borman
Musique: Paul Englishby
Production: Finola Dwyer
Distribution: E1 films
Date de sortie: 24 février 2010
Durée: 125min
Box office France: 140 452 entrées
Synopsis : Nick Wild, ex-marine addict au jeu, se reconvertit dans la protection rapprochée de clients lucratifs. Il compte ainsi quitter Las Vegas pour mener une vie meilleure. Lorsque son ancienne compagne, Holly, est retrouvée battue et laissée pour morte, Nick accepte de l’aider à se venger. Il va rapidement découvrir que le coupable n’est autre que Danny DeMarco, membre d’une puissante famille du milieu.
Certains acteurs ou réalisateurs sont connus pour être des constantes, avec quelques rares exceptions, sur lesquels peuvent compter le spectateur pour connaître à l’avance les qualités ou non d’un film. Par exemple, on sait à quoi s’attendre lorsque le nom de Martin Scorsese figure à l’affiche. À l’opposé du spectre, celui d’Uwe Boll suffit à inspirer des frissons de dégoûts aux cinéphiles avertis. D’autres, en revanche, sont des mystères, jouant au grand huit avec la qualité comme s’ils cherchaient à déstabiliser leur audience. Nicolas Cage en est un exemple frappant, capable du meilleur comme du pire. Jason Statham fait également partie de cette catégorie.
Loser Loser, Chicken Dinner
L’acteur britannique avait ainsi parfaitement commencé sa carrière, sous la direction de Guy Ritchie, avant de devenir une référence du cinéma d’action, certes rarement cérébral mais souvent jouissif et efficace. Et puis, ces dernières années, il a eu de plus en plus tendance à s’égarer dans des séries B de mauvaise qualité, dans lesquelles son talent pour la baston et son humour typiquement british ont été très mal exploités. Chaque séance dans lequel il se retrouve en tête d’affiche devient donc une forme de roulette russe. Va-t-on retrouver le grand Statham, celui de Braquage à l’Anglaise ou de Hyper Tension, ou celui qui s’affichait aux côtés de Jennifer Lopez dans Parker ?
Coupons court à tout suspens : Joker est sans aucun doute le pire film de Jason Statham, et probablement le pire film de ce début d’année 2015. Tout y et raté : le scénario est mal écrit et mal fichu, la réalisation est molle, le montage bâclé et Jason lui-même ne semble pas y croire une seconde, jouant sans conviction ce énième personnage de gros dur rangé des camions qui replonge pour une nouvelle mission. Ce film est une telle insulte au spectateur qu’à côté Lucy passe pour un chef d’oeuvre de finesse et d’intelligence.
90 minutes de purge
C’est bien simple, il n’y a rien à sauver, hormis peut-être l’apparition éclair de Stanley Tucci, excellent dans un rôle ultra stéréotypé dans lequel il s’amuse malgré tout. Personnages caricaturaux, bâclés et mal écrits, absence d’enjeux, rythme lent, certaines séquences sont presque douloureuses tant elles passent mal. Et dire que Brian DePalma a failli adapter ce scénario indigent… Si au moins les rares scènes d’action relevaient le niveau, mais elles ne font que l’enfoncer encore plus tant elles sont ridicules et mal filmées, avec cet abus de ralenti qui brûle la rétine.
Le Flop 10 de 2014 est à peine sorti que déjà, les concurrents pour 2015 sont là. Joker n’a qu’un seul intérêt en ce début d’année : servir de mètre-étalon à côté duquel devront se mesurer tous les navets de l’année…
Joker – Fiche Technique
Américain – 2015
Action, Thriller
Réalisateur : Simon West
Scénariste : William Goldman, d’après l’oeuvre de William Goldman
Distribution : Jason Statham (Nick Wild), Dominik Garcia-Lorido (Holly), Michael Angarano (Cyrus Kinnick), Milo Ventimiglia (Danny DeMarco), Stanley Tucci (Baby)
Producteur : Steve Chasman
Directeur de la photographie : Shelly Johnson
Compositeur : Dario Marianelli
Monteur : Padraic McKinley
Production : Cinema Seven Productions Ltd, Current Entertainment, Quad Films
Distributeur : La Belle Company
Imitation Game, un film à Oscars qui repose sur les épaules de Cumberbatch
Synopsis : Le destin du mathématicien Alan Turing, de sa triste adolescence à la fin de sa vie, qui connut la consécration durant la Seconde Guerre mondiale en inventant la Bombe électromécanique, un instrument qui permit aux Alliés de craquer les codes allemands…
Benedict Cumberbatch est devenu l’une des figures emblématiques du cinéma et ce depuis son rôle emblématique de Sherlock Holmes dans la série télévisuelle. Ainsi, il s’est montré aussi bien dans des blockbusters hollywoodiens (Star Trek Into Darkness, la trilogie Le Hobbit) que dans des films moins imposants niveau budget (Un été à Osage County). Le comédien n’avait cependant pas encore eu l’occasion d’être en tête d’affiche d’un projet important, hormis Le cinquième pouvoir (mais comme le film est passé inaperçu, il ne compte pas vraiment). Imitation Game change la donne, en lui proposant un rôle à Oscar, celui du mathématicien Alan Turing qui a été l’un des acteurs les plus importants de la Seconde Guerre mondiale. Le film rafle les nominations (Golden Globes et les Oscars, justement), autant dire qu’il s’agit d’une bonne pioche pour Cumberbatch.
S’il vous fallait une seule raison de vous déplacer pour voir Imitation Game, il s’agirait de Benedict Cumberbatch, sans la moindre hésitation. Surtout si vous avez aimé la série Sherlock, car le personnage d’Alan Turing se révèle être semblable à celui du détective de Baker Street : solitaire, arrogant, intelligent, déductif, insociable, renfermé sur lui-même… Un rôle taillé sur mesure pour Cumberbatch, qui se délecte à chaque instant des répliques et autres frasques qu’il doit débiter, sans oublier de donner de la profondeur et de la sensibilité à son personnage lors de séquences un peu plus sérieuses et émouvantes, le rendant incroyablement attachant. La prestation du comédien se présente donc comme l’atout majeur de ce long-métrage, surpassant et de très loin les compositions pourtant tout aussi bonnes de ses camarades de jeu (Keira Knightley, Matthew Goode, Mark Strong, Charles Dance…).
Mais même sans Cumberbatch, Imitation Game possède bon nombre d’atouts qui le font sortir de la multitude de biopics que le cinéma n’arrête pas de livrer au public depuis bon nombre d’années. D’accord, Imitation Game n’impressionne guère par sa mise en scène, plutôt classique, ne faisant que filmer les comédiens interpréter leur personnage respectif, mais possède un côté so british fort plaisant qui permet d’accrocher dès les premières minutes. Une ambiance qui allie légèreté et humour au second degré qui n’est pas sans rappeler Sherlock et qui permet donc d’aborder le destin d’Alan Turing avec facilité et non sans intérêt. Cette atmosphère permet de capter l’attention du public sur ce personnage, sur son génie et sur ce qu’il a accompli. Vous serez alors irrémédiablement plongés dans cet épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale, monté de manière énergique et sans aucune grande envolée musicale qui aurait très bien pu rendre l’ensemble niais au possible (Alexandre Desplat fait, une fois de plus, un excellent travail).
Sans oublier que le scénario aborde des thématiques autre que la guerre pour creuser un peu plus le personnage d’Alan Turing, comme son homosexualité, son adolescence difficile et ses nombreuses théories mathématiques et informatiques. Une approche sur le papier fort louable qui a pour but de faire découvrir aux spectateurs une personnalité dans son intimité. Le problème est qu’Imitation Game se disperse et use de ses thématiques assez maladroitement. Le fait de concentrer la trame du film sur la quête d’Alan Turing à vouloir casser les codes allemands ne laisse plus vraiment de place pour les autres sujets : soit ils sont survolés comme les théories d’Alan Turing, soit ils sont imposés voire même surexploités alors qu’il n’y avait pas besoin de le faire (l’adolescence et l’homosexualité du personnage).
Il aurait sans doute été préférable qu’Imitation Game ne se limite qu’à sa trame principale, qui donne déjà suffisamment d’informations sur la personnalité d’Alan Turing. Par exemple, en une seule réplique, vous apprendrez que le mathématicien a vécu une adolescence difficile. Mais non, vous aurez tout de même droit à des flashbacks qui vous le montrent alors que c’est inutile, donnant l’impression de meubler le film et cassant ainsi son rythme. Ou encore le fait que certaines actions et choix de Turing révèlent sa sexualité, sans oublier le dénouement du film qui saura en émouvoir plus d’un. Comme si cela ne suffisait pas, le scénario se permet de romancer les faits historiques (comme le nom qu’il donne à son invention), les changent irrémédiablement pour (trop) insister sur la sexualité du Turing, jusqu’à dire qu’Imitation Game se présente comme un hommage à la cause gay. Un statut malvenu étant donné que le film préfère se concentrer sur le décodage de la machine Enigma et n’a tout simplement pas l’ambition scénaristique d’un Philadelphia ou d’un Harvey Milk pour prétendre une telle chose.
Hormis ses erreurs d’écriture et sa démesure en thématiques, Imitation Game a tout d’un très bon biopic : une histoire passionnante, un personnage superbement interprété et charismatique, un côté pédagogique qui porte ses fruits, une bonne ambiance qui facilite le visionnage de l’ensemble… Un véritable film fait pour les Oscars et qui va sans l’ombre d’un doute servir de tremplin pour Benedict Cumberbatch, si Sherlock et les autres films ne l’avaient pas déjà fait avant !
Imitation Game – Bande-annonce
Fiche technique – Imitation Game
Titre original : The Imitation Game
États-Unis, Royaume-Uni – 2014
Réalisation :Morten Tyldum
Scénario : Graham Moore, d’après l’oeuvre d’Andrew Hodges
Interprétation : Benedict Cumberbatch (Alan Turing), Keira Knightley (Joan Clarke), Matthew Goode (Hugh Alexander), Mark Strong (Stewart Menzies), Rory Kinnear (l’inspecteur Robert Nock), Charles Dance (le commandant Denniston), Allen Leech (John Cairncross), Matthew Beard (Peter Hilton)…
Date de sortie : 28 janvier 2015
Durée : 1h55
Genres :Biopic, drame
Image : Óscar Faura
Décors : Nick Dent
Costumes : Sammy Sheldon
Montage : William Goldenberg
Musique : Alexandre Desplat
Budget : 15 M$
Producteurs : Nora Grossman, Ido Ostrowsky et Teddy Schwarzman
Productions : Warner Bros., Black Bear Pictures et Holden Automotive
Distributeur : StudioCanal
Quand Black Swan est sorti au cinéma, l’hebdomadaire Télérama s’était posé cette question en Une : « Danser est-ce souffrir ? ». Pour Wild, c’est autre chose, il s’agit de vivre.
Synopsis : Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaye de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.
Vivre est-ce souffrir ?
Pour se remettre à vivre, Cheryl Strayed, qui pense avoir beaucoup à se faire pardonner, s’inflige un parcours du combattant, celui du Pacific Crest Trail, un sentier de grande randonnée qui traverse les Etats-Unis, de la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Sur ce parcours long de plusieurs milliers de kilomètres, on sent qu’elle est partie pour souffrir, dès la mise en place de son « monstre », soit son énorme sac à dos qu’elle tente en vain de porter dans une scène aussi drôle que déconcertante. Après Dallas Buyers Club, Jean-Marc Vallée étudie à nouveau, face caméra, le corps qui souffre. Et après Matthew McConaughey, c’est Reese Witherspoon qui colle à la peau de cette femme réelle à laquelle elle offre un visage angélique et épris d’une certaine cruauté passée. Avec cette question : pourquoi souffrir autant ? Peut-être parce que « ta seule ennemie, c’est toi », répondent en cœur Jean-Marc Vallée et Cheryl.
« Mon corps cette machine soudain ne répond plus, s’évanouit dans le bruit, s’éclipse inaperçu »
Ce sont d’abord ses pieds que l’on aperçoit, meurtris jusqu’à la moelle. La première scène est tout autant un moment de souffrance que de jouissance. Oui, il y a un côté jouissif à se laver d’une erreur qu’on pense avoir commise en se dépassant. Dans cette première scène donc, Cheryl Strayed (Reese Witherspoon) perd un ongle entier et cri entre rage, douleur et soulagement. Son parcours n’est que ça, détaillé jour après jour, avec le climat qui bouge, qui la fait bouger aussi, changer d’itinéraire… Au grès du chemin, elle fera des rencontres plus ou moins grandioses qui la conforteront dans son choix. Mais rentrera-t-elle chez elle ? Une chanson au début du film lui répond indirectement. Chez elle, ça n’existe plus, elle doit se créer un nouvel espace pour elle. L’abandon est sans cesse présent, dans le visage de Cheryl Strayed qui souffre – peut-être pas assez – autant qu’il s’apaise au fur et à mesure de la marche. C’est un montage presque hallucinatoire qui nous explique, au goutte à goutte, la raison pour laquelle Cheryl marche comme ça, se fait mal. Sans dramatiser une situation déjà assez dramatique en soit, Jean-Marc Vallée nous livre ce passé par brides de moins en moins fugaces. Voilà que Cheryl cherche à se faire pardonner une chose, avoir été, selon elle, une mauvaise fille. L’élément déclencheur ? La mort de sa mère, puis les mecs, puis la drogue et un divorce qui la blesse. Bref, la lente descente aux enfers. Mais sans que le réalisateur nous demande de pleurer, Cheryl assume ses choix, elle pense même avoir eu du désir pour les coucheries parfois sordides qu’elle a connues. La voilà donc qui marche et surtout qui s’arrête, qui écrit et qui a mal. Son corps est plusieurs fois détaillé, marqué en plusieurs endroits. L’attention sur ce corps qui ploie sous le poids de la marche et du fardeau à porter – aussi bien réel que symbolique – pose l’accent sur une marche de la rédemption. Cheryl n’a pas concrètement commis une faute, elle cherche juste à rendre sa mère fière d’elle, c’est à elle que tout est destiné, rien qu’à elle et à son souvenir. Cette mère-là est présentée d’ailleurs, dans les fulgurances du passé, comme une mère courage. Cheryl s’en va seule, mais elle ne ressent plus la solitude comme avant, ce n’est pas tant une punition qu’un chemin de croix sans dieu qu’elle s’inflige. C’est plutôt un chemin de vie qui donne l’impression de faire peau neuve.
« Il y a une aube et un crépuscule chaque jour, on peut choisir d’en être, d’aller à la rencontre de la beauté »
Les mots de sa mère résonnent en Cheryl, ça l’énervait avant, aujourd’hui elle les vit, soumise aux caprices du temps, de la nature, des bêtes et plus à celui des hommes. Si elle est encore assimilée à sa condition de femme – parfois simple corps à consommer – au cours de sa ballade, elle sait s’en départir et choisir quand il est temps de s’offrir, quand c’est l’heure de tourner la page. Le visage de Reese Witherspoon paraît un peu lisse par moment, mais s’il a du mal à exprimer la souffrance, il est prodigieux dans l’apaisement. Cheryl regarde ainsi plusieurs fois les paysages et le ciel, respire l’odeur des plantes, et se superpose à celui de sa mère disparue. C’est elle, véritablement, qui envahit l’espace. Sacrifiée et libre à la fois, tout comme l’est Cheryl une fois sur le chemin qui la mènera au « Pont des dieux », et à sa rencontre avec l’avenir d’une « jeune fille rangée ». Ce parcours est sobrement mis en musique, car ce qui compte, c’est celle que nous fait entendre Cheryl dans ses pensées, mais aussi au travers de son écriture. Le film épouse l’esprit de Cheryl, c’est ce qui lui donne son rythme, rend son montage fluide, et donne de la force à ces images qui surviennent parfois d’un passé qu’il ne faut surtout pas enfouir. Ce va-et-vient constant entre le passé et le présent est plutôt bien mené.
Il ressort de ce film une certaine douceur même dans la violence de ce que le corps subi. Cheryl n’est pas portée en exemple, elle est simplement là où elle pense devoir être pour avancer non plus courbée, mais la tête haute. Et surtout, se réconcilier avec ce corps dont le cinéma – de Whiplash (toujours en salles) à des films comme Black Swan – a toujours filmé avec plus ou moins de pudeur et de distance, juste assez pour comprendre que vivre c’est souffrir certes, mais c’est aussi comprendre, créer et enfin trouver le bon chemin. Une douce réussite., teintée d’humour et de tendresse.
*Cette citation est tirée d’une chanson du groupe Ex Nihilo Vox – en savoir plus
Wild : Bande annonce
Fiche technique – Wild
Titre : Wild
Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Nick Hornby d’après Wild de Cheryl Strayed
Montage : Martin Pensa
Producteur : Pascal Caucheteux et Marine Arrighi de Casanova
Coproducteur : Olivier Père
Production : Bruna Papandrea et Reese Witherspoon
Distribution : Fox Searchlight Pictures
Genre : Drame , Biopic
Durée : 1h56
Date de sortie : 14 janvier 2015
Interprètes : Reese Witherspoon (Cheryl Strayed) Gaby Hoffmann (Aimee) Laura Dern (Bobbi)
Synopsis : Carrie Mathison est désormais responsable de la cellule de la C.I.A., installée dans les bâtiments de l’ambassade des U.S.A. à Karachi, au Pakistan. Elle va se retrouver au sein d’un immense complot qui vise rien de moins qu’à frapper violemment les U.S.A. sur le sol pakistanais.
Retour au sommet pour la série Homeland, saison 4 !
Une série « born again »
On la disait à l’agonie, cette série d’un nouveau genre, qui avait tant fait parler d’elle à sa sortie. Il y avait du vrai pour les saisons 2 et 3, dans lesquelles les sous-intrigues sans réel intérêt avaient tendance à venir combler quelques vides scénaristiques. Mais il y avait aussi un brin d’exagération de la part de quelques fans quelque peu extrémistes, trop heureux d’apparaître plus puristes que les puristes, incapables de prendre ce qui venait, à savoir une légère baisse de régime d’une série qui avait commencé à un rythme épuisant.
Retour aux fondamentaux
On l’attendait quand même, cette saison 4, d’autant que s’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher aux sept scénaristes, c’est de ne pas savoir terminer une saison. Du coup, même avec une baisse de régime, on attend toujours la suivante sinon avec angoisse, du moins avec impatience. Impatience récompensée, avec cette quatrième saison, qui conserve les atouts des précédentes : acteurs extraordinaires, stress permanent, danger de mort avec lequel vivent des agents en sursis, terrorisme international et magouilles au sommet des états protagonistes.
Monter…et frapper !
Pourtant, on commence en douceur, si l’on excepte le lynchage du début, la suite (sans manquer d’intérêt), sert à mettre en place une gradation incroyable de maitrise, qui amène sans que l’on puisse s’en rendre compte, à l’apothéose de l’épisode 9. Cet épisode a marqué les fans au fer rouge et reste probablement le meilleur de la série et aller… de toutes les séries en général. Insoutenable est ce qui le qualifie le mieux, pas par la violence des images, mais par un suspens si intense qu’il est difficile à intituler. Le cinéma est un art et ici, le suspens devient un art dans l’art.
L’art de rater une fin
Il y a quand même un sérieux bémol, qui peut paraître anodin, mais qui a son importance. Le dernier épisode est, aussi incroyable qu’il paraisse, une véritable catastrophe. Comme un soufflé qui retombe, l’intrigue qui nous avait tenus en haleine, disparaît presque totalement de manière incompréhensible. On s’ennuie ferme, espérant en vain que quelque chose ne se passe et puis…rien ! Rien ne se passe et la saison se termine en eau de boudin, oubliant même de mettre en place cette catastrophe de « dernière minute » qui fait qu’on y reviendra. On croirait presque que les scénaristes se sont trompés, n’avaient de scénarios que pour onze épisodes et se sont retrouvés à « remplir » le dernier. Cette faute n’enlève rien au génie de cette saison…mais ça reste une faute.
Triolisme
Faute à moitié pardonnée face à une Claire Daines (Roméo & Juliette) qui continue de tutoyer le firmament avec son jeu d’actrice. Il y a du génie en elle, c’est incontestable. Comment expliquer sinon qu’elle soit si convaincante en agent de la CIA bipolaire, aux prises avec une vie privée et professionnelle plus que compliquée ? Elle a été stupéfiante dès le premier épisode de la première saison et son talent ne s’est pas démenti depuis. Et puis non, cette série est une mine à génies car, aux côtés de Claire Danes, Mandy Patinkin (Le Rôle De Ma Vie) et F. Murray Abraham (Amadeus) offrent un des plus extraordinaires trios qu’on a vus.
Un générique
Puis il y a ce générique, aussi soigné que dans la plupart des séries actuelles, qui varie au gré des saisons et au gré des événements géopolitiques mondiaux. Ce générique, qui mélange avec intelligence les tenants et les aboutissants de la menace terroriste et les troubles obsessionnels de Carie. On le sait aujourd’hui, le générique d’une série est devenu le premier contact par lequel le téléspectateur jauge le niveau artistique de ce qu’il va regarder. Plus rien d’étonnant donc à ce que leur symbolique, leur esthétique et leur musique font l’objet d’autant de soins.
Saison 5 : transformer l’essai
Bref, une série qui doit assumer le petit ventre mou que sont les saisons 2 et 3, mais qui vient de donner une gifle magistrale à tous les fans qui avaient baissé leur garde. Les deux précédentes manquaient de rythme (difficile d’apprécier les limitations de vitesse quand on a l’habitude de rouler à tombeau ouvert), mais savaient ménager leur dernier épisode, cette fois c’est l’inverse. Espérons que pour la saison 5, les scénaristes parviendront de nouveau à concilier les deux, comme ils l’avaient brillamment fait lors de la première !
Homeland : Bande-annonce
Homeland – Fiche Technique
Créateurs: Howard Gordon & Alex Gansa
Diffuseur U.S.A: Showtime
Diffuseurs France: Canal+ & D17
Réalisation : Michael Cuesta, Clark Johnson et Jeffrey Nachmanoff
Scénario : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff, Chip Johannessen, Alexander Cary, Henry Bromell (saisons 1 et 2) et Meredith Stiehm
Direction artistique : Geoffrey S. Grimsman
Décors : John D. Kretschmer
Costumes : Katina Le Kerr et Marina Draghici
Photographie : Nelson Cragg
Montage : Jordan Goldman, Terry Kelley et Joe Hobeck
Musique : Sean Callery
Casting : Claire Daines, Mandy Patinkin, F. Murray Abraham, Rupert Friend, Laila Robins
En 1971, French Connection sort sur les écrans américains. Un polar à petit budget, sans stars au générique, avec un jeune réalisateur, dont les quatre premiers films, n’ont pas rencontré le succès. Cet homme, c’est William Friedkin, qui va exploser à la face du monde, avec son style proche du documentaire et la célèbre course-poursuite, qui fait concurrence à celle exceptionnelle de Bullitt sorti précédemment, en 1969 avec Steve McQueen.
Synopsis : Doyle et Russo, 2 flics narcotiques, tentent d’intercepter une livraison de drogues. Ils suivent plusieurs truands jusqu’à tomber sur un marseillais.
Dans l’enfer de la drogue
La genèse du film est tout aussi passionnante que le film en lui-même. Le projet va mettre deux ans, avant de prendre forme. Le producteur Philip D’Antoni croit au roman de Robin MooreFrench Connection sorti en 1969, tout comme il croit à ce jeune réalisateur William Friedkin. Mais cela n’est pas le cas des importantes firmes de production hollywoodienne. Mais comme souvent dans l’histoire du cinéma, la chance vient frapper à leur porte, en la personne du président de la Twentieth Century-Fox, Dick Zannuck, fils du producteur historique Darryl : Les raisins de la colère, Ève, Le Jour le plus long, et Cléopâtre, entre autres. Il avait auparavant refusé le projet, mais il lui reste un million et demi de dollars sur son budget annuel. Surtout, il est sur le point de se faire virer et jette ses dernières cartes dans ce film.
William Friedkin rêvait de Paul Newman dans le rôle de Popeye Doyle, mais son salaire plombe le budget, il doit se raviser et porte son choix sur Jackie Gleason. Refus catégorique de Dick Zannuck, ne voulant pas de celui qui fût tête d’affiche d’un des plus grands flops de la Fox Gigot, le clochard de Belleville. Aussi pressenti, Peter Boyle sort d’un succès d’estime Joe, et ne se voit que dans de grosses productions à la hauteur de son immense talent… William Friedkin suit son intuition et porte son dévolu sur Jimmy Breslin, un journaliste, au caractère proche de celui de Sonny Grosso, dont Popeye Doyle s’inspire. Un choix surprenant, qui ne va pas faire long feu. Après un premier essai réussi, Jimmy Breslin disparaît, puis refait surface, en expliquant qu’il a juré sur le lit de sa mère mourante, que jamais il ne conduira une voiture. Sue Mengers conseille Gene Hackman, elle est son agent. On apprendra plus tard, qu’elle avait tancé Jimmy Breslin, sur le fait que ce n’était pas son métier et qu’il volait la place d’un autre. Le premier dîner entre William Friedkin, Phil D’Antoni et Gene Hackman, un acteur habitué aux seconds rôles, dont le plus célèbre était celui du frère de Warren Beatty dans Bonnie and Clyde (1967), ne fût pas une réussite. Le réalisateur n’étant pas convaincu par cet acteur, mais avec un salaire de 25000$ et le manque de temps, il obtint le rôle, même si lui aussi, n’était pas très emballé.
La distribution fût complétée par d’autres acteurs méconnus : Roy Scheider et Tony Lo Bianco, puis Fernando Rey par erreur. William Friedkin avait vu l’acteur parfait pour le rôle d’Alain Charnier, dans un film de Luis Bunuel Belle de jour, mais ne connaissant pas son nom, il laissa le soin à son directeur de casting de le contacter, alors qu’en fait, c’était Francisco Rabal. Le tournage pût enfin commencer le 30 Novembre 1970 à New-York.
French Connection va sortir des sentiers battus, en offrant un visage réaliste, dû à une réalisation caméra à l’épaule et à son style documentaire. William Friedkin est un ancien réalisateur de documentaires, il met son expérience au service de l’histoire, tout en s’inspirant du film Z de Costa-Gavras. Sa recherche de réalisme est accentué, par une lumière et des décors naturels. Elle est aussi dû au scénario s’inspirant de l’enquête des policiers Sonny Grosso et Eddie Egan, sur les réseaux de la French Connection. En effet, William Friedkin a suivi ces deux hommes lors de leurs descentes. Il va se servir de leurs manières d’interroger les suspects, aussi bien dans le verbe, que dans la gestuelle.
On retrouve Gene Hackman dans le rôle du mauvais flic, au langage vulgaire, aux mœurs légères, au physique imposant et défiant en permanence l’autorité. Le gentil flic étant joué par Roy Scheider, plus effacé, mais calme et réfléchi. Ce duo est une des forces de ce polar sans concessions. Gene Hackman emporte tout sur son passage, même lui-même, mais Roy Scheider veille, tel l’aîné sur son benjamin. Leur complicité est palpable à l’écran, leurs interrogatoires sauvages en pleine ruelle sombre, où les questions s’enchaînent de la part des deux, avec ou sans rapport avec l’enquête pour déstabiliser le suspect, sont souvent improvisées. La caméra à l’épaule ne les lâche pas, lors de leurs descentes, l’immersion est totale, on sent la tension dans chaque scènes, comme le froid qui les étreint lors de leurs planques, pendant que Fernando Rey et Marcel Bozzuffi dégustent un bon dîner dans la chaleur d’un restaurant luxueux. Un contraste social, frustrant pour les deux inspecteurs, mais aussi une source de motivation pour mettre ses hommes derrières les barreaux, au risque d’aller trop loin.
L’action se déroule principalement dans les rues de New-York, en plein hiver. Avec en point d’orgue, cette fameuse course-poursuite avec Gene Hackman au volant d’une voiture réquisitionnée, pour ne pas perdre de vue Marcel Bozzuffi, fuyant par le biais du métro. On retrouve l’influence de cette scène culte, dans de nombreux films et encore récemment dans le très réussi A Most Violent Year. Une preuve de l’impact du film sur divers cinéastes, comme par la réussite de sa mise en scène, plus de trente ans plus tard.
Le succès du film fût aussi critique, que commercial. Cela lui valut huit nominations aux oscars en 1972, il en remporta cinq : Meilleur film, réalisateur, acteur, scénario et montage. Pourtant le film fût classé R (moins de 12 ans), lors de sa sortie en salles, à cause de son langage crû envers la communauté afro-américaine, au point d’être taxé de racisme. Une polémique vite étouffée, les mots et les scènes n’étant que le reflet d’une triste réalité, d’une Amérique gangrenée en son sein, avec l’arrivée de cette drogue, qui inonde ses rues et touche toute la population, sans distinctions sociales, ni de peaux.
Ce classique du cinéma policier a peu vieilli, ses défauts font partie de son charme et accentue son réalisme. Grâce à ce film, William Friedkin devient un réalisateur très courtisé et put mettre en scène un autre classique, mais dans le genre horrifique avec L’Exorciste. Gene Hackman passa du statut de second rôle, à premier rôle : L’aventure du Poséidon, l’Épouvantail ou Conversation Secrète. Il en fût de même pour Roy Scheider, futur Martin Brody dans un autre classique Les dents de la mer.
French Connection : Bande annonce
Fiche technique : The French Connection
USA – 1971
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Ernest Tidyman
Distribution : Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi, Tony Lo Bianco, Frédérique de Pasquale, Eddie Egan, Harold Gary, Sonny Grosso, André Ernotte, Benny Marino, Arlene Farber et Patrick McDermott
Musique : Don Ellis
Photographie : Owen Roizman
Montage : Gerald B. Greenberg
Producteur : Philip D’Antoni
Sociétés de production : D’Antoni Productions et Schine-Moore Productions
Société de distribution : Twentieth Century Fox
Budget : 1 800 000$
Genre : Policier
Durée : 104 minutes
Downton Abbey : De petites histoires dans la Grande Histoire : so british !
Synopsis : 1912, les héritiers de Downton Abbey ayant péri lors du naufrage du Titanic, la famille Crawley se retrouve dans une position délicate, les trois descendantes ne pouvant prétendre au titre de Lord Grantham. Or, le titre, le domaine et la fortune de la famille sont indissociables. Matthew Crawley, lointain cousin et avocat londonien, est le nouveau successeur et arrive à Downton Abbey. Il y découvre un style de vie nouveau, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs…
Vous aimez les manoirs gigantesques avec majordome, les grands parcs verdoyants, les ladys et les lords, les robes d’antan, et les tasses de thé Earl grey? Vous appréciez les histoires de famille, les ambiances feutrées, les héritages délicats, le flegme et l’accent anglais, la petite histoire qui se mêle à la grande ? Vous êtes fans de la période de la Belle Époque, de Jane Austen, du charme so british d’Orgueil et Préjugé (2005), The Dutchess (2008), ou du Discours d’un roi (2010) ? Ladies and gentlemen, n’attendez plus, Downton Abbey est la série faite pour vous !
Diffusée à l’Automne 2010 sur la chaîne britannique ITV, cette série chorale et historique a connu un vrai succès d’audience au Royaume-Uni (plus de onze millions de téléspectateurs par épisode), mais aussi un énorme succès à l’international (diffusée dans plus de 100 pays). A quoi doit-on le succès incontestable de cette série si particulièrement addictive, et capable de nous emmener dans un autre monde d’où l’on ne veut plus s’échapper ?
La première force de Downton Abbey tient dans la qualité de son scénario, certes simple, mais efficace, et aux rebondissements spectaculaires. Passés les trois premiers épisodes introductifs de présentation, et quelques éventuels préjugés sur le monde aristocratique, la série trouve immédiatement sa couleur, sa véritable tonalité. Dès l’instant où le générique commence, avec la musique singulière qui l’accompagne, vous êtes dans LA série. Dès le pilote même, un modèle du genre, on peut pressentir qu’il va s’en passer des choses dans la noble demeure : la première séquence associe l’art de l’introduction à la fluidité du mouvement perpétuel. Plongé dans le rush matinal, on découvre les différents personnages dans leur tâche, leur psychologie élémentaire et la géographie du manoir. La réalisation privilégie le plan séquence à la steadycam pour apprécier ce fourmillement ordonné. On sonne de tous les côtés, les domestiques se ruent pour obéir à une poignée de donneurs d’ordre qui agitent la sonnette. Tout ce petit monde a l’air bien millimétré. Vous retrouverez indéniablement l’univers de Gosford Park i de Robert Altman (2001), l’illustration du fonctionnement d’une grande maison de la noblesse anglaise, la scénographie verticale « upstairs / downstairs » (déjà présente dans la série Maîtres et Valets, 1971), et l’œuvre chorale nobles et domestiques. Mais Downton Abbey est bien mieux rythmée : si le film souffre d’un trop grand nombre de personnages, ici la série prend le temps de les présenter, et permet aux spectateurs de s’immerger dans cet époque méconnue, de s’attacher aux personnages principaux, mais aussi aux seconds rôles, tant les trames secondaires sont soignées, et tissent un nombre important d’intrigues aux multiples ramifications, tout en conservant une lisibilité irréprochable. De cette profusion luxuriante, le talent de Julian Fellowes élabore des récits bien ficelés à la simplicité insolente. Downton Abbey tire sa force de sa simplicité.
Ensuite, c’est la direction artistique exquise qui donne à Downton Abbey son véritable blason de noblesse : la réalisation évidemment, une mise en scène chatoyante, des costumes authentiques, une musique qui envoûte les sens, des dialogues ciselés, d’une rare perfection. Sans compter des décors resplendissants : tourner dans des décors réels constitue une vraie valeur ajoutée, et Highclere Castle devient une star à part entière. Tous ces éléments doublés d’une interprétation particulièrement inspirée, vous plongent immédiatement dans une autre époque, et permettent une immersion totale, quasi-définitive. L’irremplaçable Maggie Smith évidemment, en Violet Grantham, comtesse douairière et dignissime représentatrice de l’humour noir britannique, aux moues caractéristiques, et aux réparties grinçantes. Ses inévitables joutes verbales avec Isobel Crawley (Penelope Wilton) sont immanquablement une délectation savoureuse. Mais aussi Joanne Froggatt en attachante Anna, Hugues Bonneville (aperçu dans Coup de Foudre à Notting Hill, 1999) en comte et patriarche crédible, son épouse Cora (Elizabeth McGovern, New York : Unité Spéciale), l’aînée et placide Michelle Dockery (Mary Crawley), Dan Stevens (Matthew Crawley) le cousin avocat, parvenu puis adulé, et bien d’autres… Le casting de Downton Abbey ne se présente pas : il se ressent, il se partage, il fait vibrer par sa qualité, sa pertinence et son ampleur. La distribution est habile et chacun aura assurément son ou ses personnages préférés.
Car Downton Abbey se distingue également par la dimension humaine de ses intrigues, son humilité et la foi en ses personnages dotés d’une profondeur psychologique et d’une sobriété très anglaises. Nul machiavélisme dans la série. Au fond, il n’y a pas vraiment un monde d’en haut ou un monde d’en bas, ou du moins s’ils existent ou cohabitent, ils ne diffèrent pas significativement dans leur humanité : on retrouve les mêmes faiblesses et tourments de l’âme humaine, les mêmes trahisons, les mêmes manigances et petites manipulations, les mêmes doutes, les mêmes ambitions, les mêmes désirs d’amour et de romance… Comme le dit Julian Fellowes, également producteur de la série : « Dans Downton Abbey, il y a des bonnes et des mauvaises personnes à tous les étages, il n’y a pas de divisions sociales dans la manière dont sont faits les personnages ». Nul n’est parfait en ce monde en effet, et cela Downton Abbey le restitue parfaitement. Il y a surtout des personnes qui ne sont pas figés, mais évoluent sans cesse, bousculant parfois les codes sociétaux: ainsi dans cette très bonne famille, l’apparente froide Lady Mary prie en cachette pour son amoureux parti en guerre, la cadette Lady Edith (Laura Carmichael) en perpétuelle quête d’attention, s’éprend plus tard d’un magnat de presse ; la benjamine Lady Sybil (Jessica Brown Findlay) non-conformiste et en soif d’égalité, de son chauffeur; le valet de pied Thomas (Rob James-Collier), commère machiavélique absolument détestable dans la première saison, devient malgré lui plus attachant à travers son amitié avec un blessé de guerre, puis celle de Jimmy ; la comtesse douairière elle-même est tantôt hautaine et traditionaliste, tantôt une grand-mère tolérante, romantique, au grand cœur, etc… . Ce qui est le plus intelligemment fait, demeure bien entendu l’interaction entre les deux mondes à travers des portraits réalistes, attachants, voire drôles, d’aristocrates, de grands bourgeois et de domestiques. La série est pleine d’émotion simple, on rit, on pleure, on a peur pour les personnages et on sent leur douleur. Peu importe au fond que l’histoire se passe au début du XXe siècle, elle est avant tout universelle : on ne peut tout simplement pas rester indifférent à ces personnages attachants, bousculés comme nous, par le cours de l’histoire, et l’évolution du monde.
Downton Abbey évolue en effet, comme ses personnages, dans un monde qui change. La grande histoire influe sur les petites histoires de ce microcosme, et l’aristocratie anglaise, une des plus conservatrices d’Europe, doit peu à peu s’habituer aux changements et bouleversements sociétaux. De l’autre côté, la domesticité n’échappe pas à ce même sentiment que des changements immenses vont bientôt bouleverser le monde… Ainsi, la saison 1, située à l’époque Edwardienne, comprend 7 épisodes, et couvre la période du naufrage du Titanic (14 avril 1912) à l’entrée en guerre de l’Empire britannique contre l’Allemagne en 1914. La saison 2, dramatiquement passionnante de bout en bout, se déroule sur quatre ans : la Première Guerre Mondiale au front comme à l’arrière, redistribue les cartes au moins pour un temps, et fragilise considérablement les barrières sociales. Le manoir devient une maison de repos pour officiers, avec les bouleversements que cela entraîne dans l’existence d’une famille habituée au calme et à l’organisation de soirées mondaines. La saison 3, particulièrement sombre, poursuit cette dimension dramatique après la guerre: Bates (Brendan Coyle) en prison, les tragédies familiales se multiplient, les désaccords aussi. Deux personnages principaux disparaissent ce qui affaiblit le scénario, les événements et les scènes se succèdent en quelques mois cette fois, trop rapidement peut-être, pour donner un véritable relief aux personnages et à leurs rapports. La dynamique de cette saison est donc moins aboutie que les deux premières. Il en est de même pour la saison 4 : avec une ellipse temporelle de six mois, nous commençons dans une atmosphère figée dans le temps et dans le deuil pour finir par revivre et reprendre le goût de la vie, au même rythme que les personnages. Mais cette saison est un peu en dessous en termes de qualité et de rythme, l’intrigue devient plus répétitive avec les sempiternelles velléités de séduction de Mary, tiraillée entre ses prétendants, voire poussive, à l’instar de l’épisode de Noël qui se concentre pour moitié sur une intrigue inaboutie, tournant autour d’une lettre qui pourrait faire sauter la Monarchie britannique : heureusement cet épisode annonce aussi des rebondissements captivants pour la saison 5 (qui s’achève en 1924), notamment pour les personnages d’Edith et de Tom, avec en prime une guest star dans le mini-épisode comique, qui ne fera pas chavirer que le cœur de la comtesse douairière : oui, il s’agit bien de George Clooney transformé pour l’occasion en « marquis de Hollywood ». 12 années se sont écoulées devant nos yeux.
Même si la série perd un peu de sa superbe au fil des saisons, Dontown Abbey dresse le portrait passionnant d’une Angleterre écartelée entre modernité et tradition, entre aristocratie et bourgeoisie, entre machisme et féminisme. Elle montre le passage des mœurs du 19ème au 20ème siècle, d’une société anglaise de classe à une société plus libérale. Elle parle aussi de confrontation, entre l’Amérique décontractée et l’Angleterre guindée, entre la modernité et le respect des traditions, entre la bienséance et l’honneur de la famille. On y parle aussi d’évolution de la société et de progrès techniques (l’arrivée de l’électricité, du téléphone, du jazz, l’agriculture intensive ou la TSF), mais également de politique, de guerre, d’économie, de médecine, d’émancipation des femmes. On aborde également le meurtre, l’avortement, l’homosexualité, la misère et le cancer. Downton Abbey nous fait traverser une histoire tumultueuse avec le Titanic, la guerre mondiale, la grippe espagnole, le socialisme, le nationalisme irlandais, la ségrégation raciale ou la Révolution Russe. La saga vaut autant pour sa reconstitution historique soignée que pour l’écriture des personnages. Regarder Downton Abbey, c’est remonter le temps pour avoir un aperçu des deux mondes, contempler un spectacle qui se savoure avec délectation sans se presser, qui détend aussi, tant la combinaison de fraîcheur et de classicisme vous captive tout le long.
Downton Abbey n’a pas volé ses 4 Emmy Awards (meilleure mini-série, meilleur second rôle féminin, meilleure réalisation et meilleur auteur) : ici, le fond se déguste aussi goulûment que la forme. Cette belle fresque historique vient couronner l’âge d’or des séries anglaises, rivalisant avec les plus grosses productions HBO, et prouvant que les séries peuvent égaler le délice rétinien du 7ème Art, en produisant un film d’une qualité exceptionnelle. Downton Abbey est une série que la Reine d’Angleterre doit probablement adorer. Avec raison, car l’Angleterre a du talent et prouve que l’Albion n’est résolument plus perfide, mais délicieusement emplie de finesse et d’élégance.
Downton Abbey – Bande-annonce
Fiche technique – Downton Abbey
Titre version originale et version française : Downton Abbey
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : drame
Créateur : Julian Fellowes
Statut : en production
Année de création : 2010
Première diffusion au Royaume-Uni : 26 septembre 2010
Nombre de saisons : 5 (une sixième saison est annoncée)
Chaîne de diffusion : ITV
Nombre d’épisodes : 18 épisodes
Durée d’un épisode : entre 47 et 53 minutes
66 minutes pour le premier et le dernier épisode de chaque saison.
Société de distribution : Independant television (ITV)
Lieux de tournage : Ealing Studios (quartier des domestiques, les cuisines et plusieurs chambres du domaine).
La série est en majeure partie tournée dans des décors naturels en Angleterre mais aussi en Ecosse (Highclere Castle, Bampton…).
Distribution :
Hugh Bonneville : Robert Crawley
Jessica Brown Findlay : Lady Sybil Crawley
Laura Carmichael : Lady Edith Crawley
Jim Carter : Charles Carson
Brendan Coyle : John Bates
Michelle Dockery : Lady Mary Crawley
Kevin Doyle : Molesley
Siobhan Finneran : Sarah O’Brien
Joanne Froggatt : Anna Smith
Thomas Howes : William Mason
Rob James-Collier : Thomas Barrow
Phyllis Logan : Elsie Hughes
Elizabeth McGovern : Cora Crawley, Comtesse de Grantham
Sophie McShera : Daisy Robinson Mason
Lesley Nicol : Beryl Patmore
Maggie Smith : Violet Crawley
Dan Stevens : Matthew Crawley
Penelope Wilton : Isobel Crawley
Kevin Doyle : Molesley
Allen Leech : Tom Branson
Épisodes : Première saison (2010)
1) Question de succession
2) Le Nouvel Héritier
3) Le Diplomate turc
4) Entre ambitions et jalousies
5) La rumeur se propage
6) Secrets dévoilés
7) La famille Grantham s’agrandit Deuxième saison (2011)
1) La Fiancée de Mathieu
2) L’Entraide
3) La Maison des intrigues
4) Portés disparus
5) Le Poids du secret
6) Retour à Downton
7) Nouvelles Vies
8) Epidémie
9) Episode Noël: L’Esprit de Noël (Christmas Special: Christmas at Downton Abbey) Troisième saison (2012)
1) Mariage à Downton
2) Un dîner à l’américaine
3) Au pied de l’autel
4) Le Chemin de la perdition
5) Quand le destin frappe
6) L’Insoutenable Chagrin
7) Une nouvelle ère
8) Secrets et Confidences
9) Episode Noël: Un château en Écosse (Christmas Special: A Journey to the Highlands) Quatrième saison (2013)
1) La succession
2) Lettre posthume
3) Faste et renaissance
4) Le prétendant
5) Rien n’est terminé
6) Une vraie surprise
7) Rapprochement
8) Dernières festivités – 1ère partie
9) Dernières festivités – 2ème partie (The London Season) Cinquième saison (2015)
1) Tradition et Rébellion
2) Un vent de liberté
3) Le Bonheur d’être aimé
4) Révolution à Downton
5) Tout ce qui compte…
6) Étape par étape
7) Désillusions
8) Menaces et Préjugés
9) Titre français inconnu (A Moorland Holiday) + Sketch « Text Santa »
i Julian Fellowes est l’auteur des deux scénarios.