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Un prof pas comme les autres, un film de Bora Dagtekin : Critique

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Synopsis: Zeki (Elyas M’Barek) sort de prison après une peine de 13 mois pour braquage de banque. Il est heureux car il va retrouver le butin caché par sa compagne, la prostituée Charlie (Jana Pallaske). Problème, celle-ci l’a enterré sur le site d’un chantier où se dresse maintenant le gymnase d’un collège. Zeki va donc devoir devenir le professeur remplaçant de la pire classe d’un établissement à la dérive. Il y fera la connaissance de Lisi (Karoline Herfurth, qui ressemble étrangement à Sara Forestier), jeune professeure stagiaire pleine de bonne volonté mais pas d’autorité.

Great Teacher Zeki

De l’exotisme du cinéma commercial allemand

Les films qui nous viennent de l’étranger se répartissent globalement en deux catégories : les films anglo-saxons, et le cinéma d’art et d’essai.

Un prof pas comme les autres (Fack Ju Göthe) ne rentre dans aucune de ces deux catégories. Il s’agit en effet d’une grosse comédie populaire allemande, deuxième du box-office germanique l’année dernière derrière le Hobbit, affirmant un peu plus le duo gagnant Bora Dagtekin (réalisateur) et Elyas M’Barek (acteur) de Türkish für Anfänger (inédit en France).

L’occasion de rappeler que le couple franco germanique ne marche pas très bien en terme d’échange de comédies : si Intouchable et Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? ont  cartonné outre-Rhin, nous n’avons pas eu la chance de goûter aux délices des films avec Erkan et Stefan, des comédies romantiques avec Til Schweiger ou des Sept nains version Otto Waalkes. Tout au plus a-t-on pu se délecter en vidéo des films si fins de Bully Herbig, tels que Space movie : la menace fantoche ou Vik le Viking.

Un prof pas comme les autres est donc l’occasion de savoir s’il faut ouvrir en grand les frontières des salles de cinéma ou au contraire reconstruire la ligne Maginot.

Grosse Lehrer Zeki

Un prof pas comme les autres se situe à la croisée des deux approches traditionnelles du film de prof : celle comique où l’on se moque gentiment des profs, ces gens plus ou moins loufoques qui font face à des élèves plus ou moins motivés, que l’on a pu voir dans Le plus beau métier du monde, P.R.O.F.S , la Vraie vie des profs et enfin les Profs, et celle plus sérieuse du professeur confronté à une classe privée de tous repères, qui va s’imposer grâce à des méthodes inhabituelles, dont le prototype serait Esprits rebelles.

Zeki est un professeur peu banal, il fait des fautes de grammaire à chaque phrase, ne connaît pas les bonnes manières et ne comprend pas ce qu’il est censé enseigner. Il va se trouver confronté à une classe qui, de toute façon, a décidé de punir tous les enseignants qui viendraient. Si cette prémisse vous dit quelque chose, ce n’est certainement pas un hasard. Un prof pas comme les autres rappelle en effet très fortement le manga Great teacher Onizuka de Tôru Fujisawa, au point que ses lecteurs fidèles joueront au jeu des sept différences tout au long de la projection.

Le film est parfois plus fidèle qu’une adaptation officielle car Bora Dagtekin a bien compris ce qui en faisait l’essence : la relation amicale semi-amoureuse avec la jeune prof, la pédagogie par les muscles dans un premier temps, puis par la compréhension des problèmes des élèves dans un deuxième temps, et enfin l’humour bien lourd qui passe par une constante humiliation du personnage principal.

Un film qui ne Freinet jamais

Visuellement, on pourrait dire qu’Un prof pas comme les autres est laid, avec ses couleurs saturées et son montage cut. Mais le film ne possède aucune réelle ambition de ce côté là, et rappelle bien plutôt les émissions de télé-réalité type « Les Ch’tis à Hollywood », avec ses dialogues bien vulgaires et un certain penchant pour le trash : on retiendra notamment une sortie pédagogique à base de vomi d’héroïnomane qui réjouira les fédérations de parents d’élèves.

Mais cette tonalité bien particulière sert un film qui respecte toutes les étapes d’une bonne comédie populaire : si la partition est connue, elle a le mérite d’être bien exécutée. Le film ne baisse jamais de rythme, car il y a toujours quelque chose pour attirer l’attention du spectateur : gestion de la classe, de la love-story, de l’opération récupération d’argent, avec à chaque fois un gag pas fin mais sympathique pour conclure les scènes.

De sorte que comme au McDonald, on sait que l’on n’est pas en train de manger quelque chose de bon pour son corps, mais il y a suffisamment d’additifs pour que l’on ait envie d’aller jusqu’au bout.

Un film qui est Meirieu que rien

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Fack Ju Göthe (titre original qui joue sur l’incapacité des élèves à écrire même les insultes) a eu autant de succès en Allemagne : sous son aspect gentiment trash bat un cœur tendre : il a tout de la comédie dont on sort content, empli de l’espérance que même les pires élèves peuvent s’en sortir, pour peu qu’on les inscrive au club de science et que l’on croie en eux.

Si la France ne lui a pas réservé un accueil très chaleureux (il n’apparaît même pas dans le box office), ses effets clipesques et son découpage parfait pour y insérer de la publicité, devraient en faire un incontournable de la TNT.

Note : Les jeux de mots des intertitres font références aux pédagogues Célestin Freinet (1896 – 1966) et Philippe Meirieu (1949 – …)

Un prof pas comme les autres – Bande-annonce VOST

Fiche technique – Un prof pas comme les autres

Titre original : Fack Ju Göthe

Réalisateur : Bora Dagtekin
Scénariste: Bora Dagtekin
Acteurs : Elyas M’Barek, Karoline Herfurth, Jana Pallaske, …
Directeur De La Photographie: Christof Wahl
Compositeur : Michael Beckmann
Genre : Comédie
Date de sortie : 12 novembre 2014
Durée : 01h58

L’Affaire SK1, un film de Frédéric Tellier – Critique

Il y a des films dont la sortie, par le hasard plus ou moins malheureux du calendrier et de l’actualité, trouvent un écho tout particulier. L’Affaire SK1 sortait donc ce mercredi 7 janvier, un jour devenu dans l’imagination des médias l’équivalent Français du 11 septembre.

Synopsis : Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble.

Les Experts Paris

Alors que s’entamait une chasse à l’homme au niveau national, qui allait aboutir à la mort des deux frères responsables du massacre des journalistes, et tandis que la psychose s’installait à Paris au rythme du bruit des balles résonnant de Porte de Chatillon à Porte de Vincennes, voilà qu’arrive sur les écrans le résumé d’une autre traque, d’un autre genre, qui avait lieu presque deux décennies auparavant. L’Affaire SK1 résume l’enquête autour des crimes commis par Guy George, le tueur de l’Est Parisien, sur presque dix ans. Un film qui trouve donc un triste écho cette semaine.

Une affaire bien trop complexe

Frédéric Tellier, le réalisateur, a consacré des années à ce projet. Metteur en scène venu du monde de la télévision, il a lui-même mené l’enquête pendant des années, afin de retranscrire au mieux l’ambiance dans le milieu de la PJ, les détails de la chasse à l’homme qui a eu lieu et toutes les fausses pistes suivies par les inspecteurs et les hommes de la Criminelle. Un travail de reconstitution gigantesque, qui permet une reconstitution minutieuse de l’affaire dans ses moindres détails. Malheureusement, si on ne peut que louer ce souci de réalisme, il faut reconnaître que cette précision dessert le film.

Suivre ainsi de A à Z une enquête qui a duré des années, a accaparé des dizaines, voire des centaines de flics, est un projet sans doute trop ambitieux, surtout sur deux heures de film. Tellier tente d’humaniser cette traque en mettant en avant le travail de Frank Magne mais, dans son souci de coller à la réalité, passe de personnage en personnage sans vraiment prendre le temps de creuser les personnalités. De plus, le déroulé de l’enquête fait que l’on saute ainsi de scène en scène, d’année en année, sans prendre le temps de s’installer, de découvrir les enjeux de telle ou telle agression. Le film prend ainsi un aspect catalogue qui nuit à l’immersion.

Classique et bancal

D’autant que le scénario, dans sa structure, manque d’originalité. Le film débute lors du procès, puis déroule la chasse à l’homme en séquences flashbacks. Des aller-retour pas franchement justifiés, et pas forcément bien construits ou mis en valeur. L’histoire en elle-même est plutôt cliché, avec certaines séquences bien trop classiques pour convaincre car déjà vues mille fois. L’histoire d’amour entre Magne et sa fiancée tombe ainsi comme un cheveu sur la soupe, et aurait probablement pu laisser place à des scènes supplémentaires.

Si l’on sent la passion sincère de Tellier pour son sujet, et son désir de retranscrire au plus près ces dix années qui auront fait trembler Paris, difficile de se projeter dans ce qui ressemble plus à un Faites entrer l’accusé qu’à un film. Une sorte de reportage aux qualités cinématographiques indéniables, mais à la construction brouillon. Mieux aurait valu, peut-être, se concentrer sur un moment précis de la traque, afin de mieux faire sortir la tension. L’Affaire SK1 se regarde sans déplaisir, mais se rattrapera sans problème lors de sa rediffusion sur TF1 accompagné d’un documentaire sur Guy George.

L’Affaire SK1 – Fiche Technique

Français – 2015
Drame, Policier
Réalisateur : Frédéric Tellier
Scénariste : Frédéric Tellier, David Oelhoffen, d’après l’oeuvre de Patricia Tourancheau
Distribution : Raphaël Personnaz (Franck Magne), Nathalie Baye (Frédérique Pons), Olivier Gourmet (Bougon), Adama Niane (Guy George)
Producteurs : Julien Madon, Julien Leclercq
Directeur de la photographie : Matias Boucard
Compositeur : Christophe La Pinta
Production : Labyrinthe Films
Distributeur : SND

Auteur : Mikael yung

Captives, un film de Atom Egoyan : Critique

Ayant provoqué l’ire de pas mal de festivaliers, sans doute déçu de voir un thriller aux transgressions formelles et artistiques peu originales se frayer une place parmi l’élite de la compétition cannoise, Captives d’Atom Egoyan arrive finalement sur nos écrans, non sans être accompagné d’une odeur de soufre caractéristique, issue sans surprise de l’exaspération de journalistes, consternés des habitudes coutumières de dirigeants cannois raillés de toute part, pour leur refus systématique d’oser la diversité en proposant une pluralité de candidats identiques à chaque montée des marches annuelles.

Captives : Un thriller nordique glacial et captivant !

Synopsis: Huit ans après la disparition de Cassandra, quelques indices troublants semblent indiquer qu’elle est toujours vivante. La police, ses parents et Cassandra elle-même, vont essayer d’élucider le mystère de sa disparition.

C’est un fait, mais Thierry Frémaud et consorts, aiment le spectacle et le glamour. Deux conditions nécessaires pour légitimer aux yeux des cinéphiles du monde entier, la place de choix qu’occupe Cannes, comme phare de la cinématographie moderne. On veut du clinquant, du brillant, de l’extravagant, du séduisant. On veut du célèbre. Une condition uniquement acquise par la venue de gens de renom ou d’habitués de la Croisette. On pourra recenser les metteurs en scènes s’étant fait découvrir par Cannes (Steven Soderbergh, Quentin Tarantino), ceux ayant été primés (les frères Dardennes, Mike Leigh) et les autres, issus la plupart du temps de franchises mercantiles guindées grand public, à elles seules capables de transformer ce petit bout de plage en the place to be pendant une dizaine de jours. Et à bien des égards, et ce malgré l’absence notable du caractère mercantile entourant son œuvre, Atom Egoyan est un autre. Un cinéaste accompli, au talent reconnu mais à la discrétion hors-pair, le faisant ainsi passer inaperçu pour nombre de cinéphiles émérites. Inégal, au talent virant à une redite des thèmes le fascinant, tels que l’identité, l’aliénation et la solitude, Egoyan est ainsi un cinéaste imprévisible. Une imprévisibilité ayant sans doute motivé la sélection de son film, tant le Festival de Cannes se plait à se muer au gré de sa sélection annuelle en porte-voix de l’industrie cinématographique moderne. Un porte-voix ayant eu au cours des années le flair pour raviver, si ce n’est encourager, des pans entiers du cinéma mondial à naître. Comment oublier la reconnaissance dans les années 1990 de la relève du cinéma indé américain avec les sacres respectifs de Steven Soderbergh pour Sexes, Mensonges et Vidéos et Quentin Tarantino pour son culte Pulp Fiction, ou les balbutiements qui deviendront cris du cinéma numérique (Shrek, Sin City).

Une volonté de découverte poursuivie par cette édition 2014, qui bien que considérée par beaucoup comme un cru en demi-teinte, a, de par sa sélection, œuvré à suivre une thématique, terriblement d’actualité ; à savoir celle de voir le support cinématographique se muer en dénonciateur, en informateur, ou comment assister au travestissement d’un art ayant le temps d’une décade, sombré dans les affres du journalisme clinquant. C’est loin d’être rédhibitoire, tant certains films de la sélection ont su adhéré à cette thématique, sans perdre la force de leur récit ou de leurs ambitions, et su transformer une édition ayant vu le cinéma se muer en parangon d’un monde à l’agonie. Une agonie d’ordre sociale telle que montrée dans Deux Jours, Une Nuit des frères Dardennes, qui décrivait de manière dure et sans équivoque les conséquences humaines et sociétales d’une crise économique galopante; d’ordre géopolitique avec Timbutku, d’Abderrahmane Sissako, qui relatait l’invasion des milices islamiques dans le quotidien de populations maliennes désœuvrées, et finalement d’ordre sociétale et générationnelle, avec Captives, qui loin de son image de thriller sur fond de kidnapping, prend le pari de faire coïncider aussi bien cette variable abjecte et toujours aussi présente, que les dangers d’Internet, ici utilisé dans le film à des fins malhonnêtes.

Toutefois, si le choix, discutable pour certains, ne manque pas de logique, quid de la qualité du film en lui-même ? Thriller de bas-étage ou perle cachée ? Là est toute la question.

Quand Prisoners et Fargo se rencontrent.

De par son sujet et son affiche, Captives illustrait déjà son net penchant pour le passé. A la fois minimaliste et métaphorique, le choix de placer Ryan Reynolds regardant dans son rétroviseur, alors que devant lui s’étend un fond blanc indéchiffrable, quasi oppressant, ne servait rien de moins qu’à montrer la déchéance psychologique et émotionnelle endurée par ce père de famille après la disparition de sa fille. Une déchéance personnifiée dans le cas présent par l’attitude de ce père, qui par ce regard de défiance entremêlé de suppléance, laissait transparaître autant l’errance, l’ignorance et l’impasse dans laquelle il s’engouffre, que la culpabilité et les remords, ayant eu pour finalité paradoxale de le voir reculer, synonyme alors du regard en arrière, pour avancer et donc rester prisonnier, captif d’une vie fantasmée.

Une dimension purement abstraite revêtue par l’affiche, qui à elle seule, rend compte de la volonté d’Egoyan de laisser son film demeurer une œuvre d’art au sens littéral, c’est-à-dire, rester unique pour la personne la regardant. Choix hautement curieux en l’espèce, mais qui parvient à trouver un étonnant point d’orgue avec la narration.

A la fois non-linéaire, mélancolique, paisible et glaciale, la mise en scène oscillant constamment entre Prisoners pour sa radicalité et son absence notable de lumière ou autre source de réconfort, et Fargo, pour son décor enneigé et statique, cherche à atteindre une certaine complexité, au gré d’une déconstruction en bonne et due forme, qui outre le fait d’impliquer davantage le spectateur dans l’enquête, laisse transparaître la réelle motivation du titre du film, qui aurait dû se voir nommé Queen of The Night.

Un choix logique loin s’en faut, tant Egoyan, encore aveuglé par ses thèmes de prédilection que sont la quête d’identité, l’aliénation ou la solitude, semble vouloir dresser des personnages, tous paralysés par un passé qu’ils souhaiteraient oublier. Ainsi, en lieu et place de s’accorder uniquement à la fille disparue, ce titre évocateur sert davantage à démontrer les relents de captivité enserrant tous les acteurs de cette enquête nébuleuse, allant d’une inspectrice ayant été séquestrée, à une mère désespérée par le chagrin, et d’un pédophile jamais rassasié par ses fantasmes, et dont le jeu presque cartoonesque et empli de clichés, finit presque d’accentuer la froideur inhérente au cadre et au sujet. On pourra toutefois dénoter un récit dont l’emprise se resserre à mesure qu’on s’approche de la fin et qui en lieu et place d’un final glacial et machiavélique, s’achève de manière abrupte et sèche, sans compter la très longue gamme de seconds-rôles ou de sous-arcs narratifs, qui amenuise parfois la puissance logique et dévastatrice du récit, et amène quelques longueurs involontaires.

Au final, et d’après les mots de son propre metteur en scène, Captives se veut comme un Prisoners en plus abstrait. Une abstraction du récit amenant le flou sur divers points du récit tels que le réseau pédophile du principal antagoniste, mais qui ne gâche en rien le plaisir éprouvé à la vue d’un thriller aussi retors, glacial et captivant, mais qui assurément ne mériterait pas sa nomination au festival de Cannes, vu le genre déjà racé auquel il appartient.

Captives – Bande-annonce VOST

Captives (The Captive) : Fiche Technique

Canada – 2014
Interprétation: Ryan Reynolds (Matthew Lane), Scott Speedman (Jeffrey Cornwall), Rosario Dawson (Nicole Dunlop), Mireille Enos (Tina), Kevin Durand (Mika), Alexia Fast (Cass Lane), Peyton Kennedy (Cassandra enfant), Bruce Greenwood (Vince)…
Distributeur: ARP Sélection
Date de sortie: 7 janvier 2015
Durée: 1h52
Genre: Thriller
Réalisation: Atom Egoyan
Scénario: Atom Egoyan, David Fraser
Image: Paul Sarossy
Décor: Phillip Barker, Robert Hepburn
Costume: Debra Hanson
Montage: Susan Shipton
Musique: Mychael Danna
Producteur: Atom Egoyan, Simone Urdl, Jennifer Weiss, Stephen Traynor
Production: Ego Film Arts, The Film Farm

Below Sea Level – Film documentaire : Critique

Below Sea Level – film documentaire « 2008 »

Synopsis: A 300 kilomètres au sud-est de Los Angeles et 35 mètres au-dessous du niveau de la mer, un groupe de marginaux vit au milieu du désert. Il ne s’agit pas d’une communauté de hippies, seulement de gens qui ont tourné le dos à la société et qui veulent qu’on les laisse tranquilles.

L’art de rendre naturel l’anticonformisme

Rarement la marginalité n’avait été aussi bien filmée. Le réalisateur parvient à nous faire comprendre, ce qui nous paraît au préalable inconcevable, ne pas aller vivre à LA et rester dans un désert … Gianfranco Rosi a également beaucoup de mérite, car de nos jours peu de personnes auraient accepté de suivre cet autre univers rempli de marginaux, pendant près de 3 ans !!! Cela relève à la fois de la passion, de la frénésie, et d’une certaine étude philosophique de ce qu’il nous manque peut-être. On pourrait considérer ce réalisateur comme étant un réel artiste « anthropologique », puisque l’auteur cherche pertinemment à retranscrire la philosophie de ce monde volontairement marginalisé et jusqu’au-boutiste.

Il arrive notamment dans une première partie à nous faire presque regretter d’être dans notre société actuelle, on finit par se dire « Mais pourquoi, moi j’irais dans ce monde de requins ». Même si bien entendu on reste surtout admiratif de ce mode de vie, et l’on a nullement envie de partager leurs quotidiens. Cependant, l’idée n’est pas là, l’essence même de ce film est de comprendre ce que nous ne comprenons plus. Cette incompréhension collective ne peut être élucidée seulement par le biais d’une certaine distance face aux réalités, d’où l’intérêt d’avoir pris la peine de passer trois ans en compagnie de ces marginaux pour mieux retranscrire leur vision des choses.

Ce qui est vraiment appréciable avec ce documentaire est qu’il diffère vraiment de toutes les autres œuvres où l’on filme un monde marginalisé d’un point de vue omniscient, sans jamais chercher à aller plus loin, juste des images ternes sans réelle profondeur, où au mieux, on peut finir choquer. Mais celui-ci est bien différent, on sent une réelle recherche de se distinguer des documentaires similaires, la forme est sans doute moins prenante, mais le fil conducteur et la réelle qualité de cette oeuvre reposent sur le fond du film. Ainsi, plus ce long métrage avance, plus l’on est pressé de découvrir ce monde pour d’une certaine façon, en apprendre davantage sur nous-mêmes.

Continuons, sur cette première partie vraiment agréable voire joviale, puisqu’on distingue en effet un naturel déconcertant « des acteurs de leur vie ». On pourrait ainsi dire, qu’être conforme nous force à adopter un comportement qui peut aller au-delà de notre propre intérieur. Alors qu’être anticonformiste c’est en quelque sorte ce que l’on peut comprendre au travers de cette œuvre : retrouver son « être initial ». En effet, on a réellement envie de se décomplexer (à l’image du personnage principal se prélassant dans son hamac) en visionnant une telle oeuvre d’éventuelles « peurs » qui nous empêcheraient d’avancer. On pourrait même dire qu’il y a une certaine vertu thérapeutique.

On peut aussi interpréter cette partie comme un monde, où l’extériorisation n’est plus tabou, puisque l’on distingue une exhibition voire une caricature de nos vies qui fait que l’extériorisation vient d’elle-même et que les préjugés seront inexistants. On finit même par ne plus être choqué par la laideur de « l’actrice principale », on finit de plus en plus par la prendre pour la top lady de ce village …

On pourrait également établir un parallèle avec Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975). Ces fameux patients qui ont le choix de partir, mais qui restent pour la plupart, afin d’échapper à la réalité. En quelque sorte, on pourrait dire que nos marginaux sont des anciens patients de l’hôpital psychiatrique … A quoi bon, affronter la réalité quand celle-ci nous dépasse et paraît incontrôlable.

Ensuite, La 2ème Partie : L’anticonformisme, la réalité reprend le dessus sur ce sentiment idyllique …

On pourrait souligner le changement assez habile du réalisateur de personnages qui sont mis en premier plan. Il décide afin de rendre l’oeuvre plus tragique, pour contrecarrer le déroulement de « cette vie en rose », de mettre plus en avant celui que l’on appellera « le toxico » (ou encore le Conséquent…), comme acteur majeur et représentant officielle de cette philosophie.

On prend notamment un énorme choc dans la scène d’ébat qui est tellement osée et superbement tournée. Ainsi, une certaine fatalité finit peu à peu par s’installer et l’on revient en quelque sorte sur terre.

En effet, plus le film explore ce côté lugubre plus l’on a du mal à discerner cette spiritualité qui faisait la force de la première partie. On finit par ressentir de la tristesse, voire un réel dégoût concernant certains personnages.

De plus, le réalisateur a réellement sélectionné les meilleurs passages pour dresser un tableau parfait de la situation à la fois extrêmement séduisante en termes de liberté individuelle, et à la fois tellement cruelle en ce qui concerne la prise de conscience de la réalité qui est finalement une étape obligatoire.

Cette oeuvre Réaliste est principalement destinée à tous les amateurs de documentaire, cette représentation est très riche et remplie de bonnes vertus. C’est un documentaire finalement idéaliste, mais dans l’ensemble assez optimiste. A l’image du moment, où au sein de la voiture plus rien ne fonctionne, elle roule tout de même : ce passage est assez révélateur des nombreux éléments volontairement absents de ce monde de marginaux, mais l’essence même de ce peuple réside en la croyance de sa philosophie pour tenter de s’échapper de la réalité à laquelle ils avaient dû faire face auparavant.

En visionnant ce documentaire, on se prend également une véritable claque, sur la façon d’agir de notre société contemporaine.

Enfin, ce documentaire a remporté le prix qu’il méritait en 2009, « Le cinéma du réel ».

Below Sea Level – « Sous le niveau de la mer »: Bande-annonce 

Auteur : Adrien Lavrat

Analyse et critique de la série Stargate SG1

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Stargate SG1 a réussi à rendre la science-fiction spatiale populaire, là ou la seule série connue était Star trek, qui souffre d’une mauvaise réputation de kitch en France. Pendant un temps elle suscita un fort enthousiasme auprès de nombreux fans. Un enthousiasme qui perdure encore aujourd’hui.

Synopsis :Après l’activation d’un appareil extraterrestre permettant d’ouvrir des passages vers d’autres mondes, la Terre découvre la menace d’une espèce alien hostile. Le programme SGC est alors mis sur pied pour trouver de nouvelles technologies et nouer des alliances qui permettront à la Terre de se défendre. L’équipe SG1 est la plus importante, à l’origine des aventures les plus étonnantes et des découvertes cruciales. Au-delà de ses applications militaires, le programme vise également une meilleure compréhension de l’univers et des échanges avec d’autres cultures. Des alliances sont créées, mais de nouvelles menaces apparaissent. 

Cross the gate 

En rendant possible la découverte d’autres planètes et d’autres races de nos jours grâce à un appareil alien, SG1 devient crédible et permet de s’identifier aux personnages, qui sont de notre époque, de notre civilisation et non d’un autre monde. Au final, une aventure humaine et scientifique d’autant plus prenante.

Cette série à l’exceptionnelle longévité est d’abord diffusée sur Showtime pendant 5 saisons, avant d’être annulé et récupéré par Sci-Fi. Les créateurs envisagent l’annulation mais à chaque fin de saison, cette dernière est repoussée – conduisant à  modifier les plans pour la série dérivée et même à remodeler profondément la mythologie – jusqu’à la saison 10, où l’histoire se conclura par deux téléfilms.

Stargate SG1 : Un univers riche

Au fil des saisons, SG1 développe tout un univers, avec  ses races, ses planètes, ses technologies, et va bien au-delà du schéma « un épisode=un monde ». Si les épisodes ne s’inscrivent généralement pas dans la continuité, de fréquentes références sont faites aux épisodes passés, souvent même de plusieurs saisons avant, rendant une connaissance de base indispensable pour tout comprendre et profiter de l’histoire (à l’inverse de la première série Star trek). Ce format donne une cohérence très appréciable à la série, là où d’autres se perdent dans leur mythologie.

Egalement, SG1 se base toujours sur de vrais notions ou théories scientifiques, ce qui permet une véritable crédibilité, et un avantage sur beaucoup d’autres séries de science-fiction, même si en contrepartie ces dernières sont plus fun ou décalées, à l’image de Doctor who ou Farscape. Pour un peu, on serait tenté d’imaginer que tout ceci est bien réel, caché par le gouvernement !

ascension-stargate-sg1-Michael-Shanks-as-Dr-Daniel-JacksonLa série explore tous les thèmes chers à la science-fiction, entre voyage dans le temps, réalités parallèles, dimensions cachées, transfert d’esprit, manipulation de mémoire, humains améliorés, intelligences artificielles, ou encore stades de conscience supérieur. Mais elle développe aussi plusieurs thèmes de réflexion : communication compliquée entre différentes formes de vie ou différentes races, difficultés de maintenir la paix, problème de l’ingérence envers d’autres peuples, danger de la technologie mal utilisé et avec de mauvaises intentions, réaction face à un peuple inconnu, entre hostilité et diplomatie, et enfin à quel point et jusqu’où peut-on abandonner ces principes pour protéger les siens. En effet de nombreuses fois SG1 l’équipe se retrouve dans des situations délicates où elle est face à de difficiles dilemmes moraux. Enfin elle rencontre souvent des cultures où se produisent des événements similaires à ceux qui se sont déroulés dans notre histoire, du racisme à la guerre froide, ce qui permet une certaine critique de notre société.

Cet univers varié est à l’origine de la diversité des épisodes qui parviennent à susciter l’intérêt du spectateur même après plusieurs saisons, entre les missions sur d’autres planètes avec un problème imprévu, un artefact sans contrôle qui menace la base, des problèmes politiques internes, sans compter les combats contre les Goa’ulds, entre affrontements occasionnels ou missions capitales pour éliminer un dangereux seigneur. Espèce primitive ou évoluée, humaine ou alien, hostile ou pacifique, les variétés de rencontres possibles sont à même de concevoir toute une gamme d’histoires. Une diversité qui se retrouve dans le ton des épisodes, tantôt orientées action, aventure, thriller ou complètement décalés.

Brat-ac-as-Tony-Amendola-et-Teal-c-Christopher-JudgeAu fil des missions et des rencontres, la série s’est construite une galerie de personnages dont certains effectuent des apparitions remarquées, tel Bra’tac, Selmac, Thor, Martouf, ou encore Maybourne, militaire corrompu antipathique devenu un allié inattendu… à sa façon. Autant de personnages qui participent à l’enrichissement de l’univers.

Citons en plus de ces qualités une réalisation maitrisée, des effets spéciaux plutôt réussis pour l’époque, des épisodes qui parviennent à générer du suspens grâce à leurs lots de péripéties et de rebondissements, et une musique marquante signée Joel Goldsmith.

Des héros attachants

L’équipe est composée de personnes aux compétences et tempéraments au début bien déterminés, mais bien nuancés avec le temps. Chacun aura son évolution et son lot de souffrances. Sans atteindre bien sur la complexité de Battlestar Galactica, les héros restant très compétents et parvenant toujours à se sortir des situations, mais sans que ce soit trop gros pour autant (contrairement à Atlantis…).

Ainsi, Jack O’Neill, dépressif et militaire stricte, finit par devenir plus positif et lâcher prise face à des événements incontrôlables, d’où une profonde dérision souvent proche de l’impertinence. S’il peut devenir sans pitié face à un ennemi, il montre une touchante sensibilité envers les enfants, suite à la tragédie qu’il a vécue. Daniel, idéologiste naïf, devient plus réaliste, moins obsédé par l’enlèvement de sa femme qui au départ est la raison qui l’a poussé à rejoindre le programme, pour se concentrer sur la recherche des mystérieux Anciens. Un cheminement spirituel qui l’amènera pour un temps à accéder à une conscience supérieure. Sa sagesse et ses convictions humanistes ont permis à plusieurs reprises de désamorcer des situations tendues.

Lui et O’Neill sont antagonistes : face à un ennemi, Jack choisit la défense tandis que Daniel prône la diplomatie. Ils sont donc en fréquent désaccord, mais au fil du temps, ils apprennent à mieux s’apprécier et une vraie amitié naît entre eux, allant jusqu’à s’influencer mutuellement. Une amitié née dans la douleur puisque les deux ont vu des êtres chers se faire enlevés par les Goa’ulds.

Et c’est aussi dans la douleur que Teal’c rejoint l’équipe, juste après avoir trahit les siens. Ce guerrier venant d’un autre monde est différent, parle peu, et vit avec la souffrance d’être un traître pour les siens, luttant contre un ennemi sans vrai espoir de vaincre. Mais au fil des victoires et des combats, du temps passé sur Terre, de la propagation du mouvement de liberté qu’il a initié et dont il est devenu une icône, le grand guerrier baraqué et peu bavard finit par s’ouvrir, jusqu’à devenir un vrai orateur. Depuis qu’il lui a proposé de rejoindre l’équipe, Teal’c considère O’Neill comme un frère et ressent une profonde affection pour lui.

Enfin, Carter, à la fois femme, scientifique et militaire, brillante, forte et belle, capable à la fois de pleurer que de se transformer en guerrière. Au début agressive pour se faire une place en tant qu’une femme dans un milieu d’hommes, elle gagne ensuite en confiance et devient plus sympathique.

Même si on peut leur reprocher d’être un peu lisse, les quatre acteurs savent passer par toute une palette de sentiments. Ils deviennent donc attachants et il y a une vraie dynamique d’équipe.

Enfin SG1 ne serait pas ce qu’elle est sans son savant mélange entre action et un humour bien placé, incarné par le colonel O’Neill majoritairement. Nombre de ses répliques sont ainsi mémorables et même devenues cultes !

« -quel est ce langage Carter ? 

-Ce sont des math mon colonel

-ah… ».

« -c’est un jaffa ?

-non mais il en joue un dans une série TV »

Stargate SG1, une histoire qui se renouvelle

Dans les premières saisons, l’histoire traite principalement de la lutte contre l’ennemi, les Goa’uld, d’abord incarné exclusivement par Apophis, puis avec de nombreuses autres fausses divinités empruntant aux divers mythologies. Citons le sage et mesuré Yu (« Youpi ! »), le mystérieux Anubis ou encore le machiavélique Baal (« ça n’a pas du être facile à l’école »).

L’équipe SG1 a pour mission de trouver de nouveaux alliés et de nouvelles technologies. Aussi, après quelques saisons, la Terre a développé de vraies relations avec d’autres peuples, et commence à se doter d’une certaine connaissance. Tandis que certains Seigneurs Goa’ulds s’approprient les armées vaincues, des créatures plus redoutables font peser une menace dans la galaxie. A partir de la saison 5 s’amorce un tournant (au moment de sa récupération par Sci-Fi). En effet après plusieurs victoires menées conjointement avec les alliés, la lutte contre les Goa’uld se fait en parallèle de recherches sur les Anciens, créateurs de la porte des étoiles, et dont les technologies avancées suscitent beaucoup d’intérêt. Les nouvelles technologies de la Terre, notamment en vaisseaux spatiaux, lui permettent de se défendre sans l’aide d’alliés, alliés qui montrent des failles et dont les relations se compliquent.

Dans le même temps, le programme SGC se développe et prend une envergure internationale avec tous les problèmes diplomatiques que cela peut entraîner. Des organisations clandestines se créent pour mettre la main sur des technologies aliens sans s’embarrasser de problèmes éthiques, pour se défendre plus efficacement ou pour des raisons financières moins justifiables.

Les saisons 9 et 10 voient des changements majeurs, comme le renouvellement de la mythologie avec de nouveaux ennemis, le départ d’O’Neill et l’apparition de nouveaux personnages. La nouvelle menace, les Oris, êtres de pures énergies malveillants, tentent par tous les moyens de convertir les peuples de la Voie Lactée. Lorsqu’il avait demandé à travailler avec les célèbres membres de la mythique équipe, le colonel Mitchel ne s’attendait pas à devoir gérer une menace aussi grave. Tandis que vient les rejoindre Vala Mal Doran, voleuse alien manipulatrice experte et irrévérencieuse, qui va se retrouver malgré elle mêlée au conflit.

De fait de tels bouleversements mécontent certains fans qui parlent de décadence de la série. D’autres au contraire félicitent cette prise de risque et ce renouvellement, qui dote la série d’un ton plus mature.

Ces dernières saisons présentent effectivement un monde post-Goa’uld intéressant : nouvelle dynamique d’équipe, série plus mature avec des réflexions sur la religion et la liberté, ennemi de nouveau bien plus puissant que la Terre comme aux débuts de la série, et d’avantage d’exploration. Mais une mauvaise transition effectuée avec le départ d’O’Neill mal expliqué, une puissance de l’ennemie plus vraiment réaliste, et certaines races quasiment absentes confortent l’opinion des détracteurs.

Au sujet du départ d’O’Neill qui fut quelque peu controversé, beaucoup pensent qu’il était le personnage principal et que sans lui SG1 n’est plus SG1. Une impression qui provient majoritairement du fait qu’il incarne l’humour, mais à bien y regarder il reste le membre le moins développé, celui qui évolue le moins, même si ces interactions avec les autres membres de l’équipe sont les plus intéressantes. On pourrait considérer que le vrai élément central de la série, c’est l’univers, et par conséquent son départ ne doit pas signifier que la série n’a plus rien à raconter.

« Ark of Truth », le premier téléfilm, conclut de manière correcte l’arc des Oris, bien que non dénué de défauts. « Continuum » se montre nettement plus captivant par sa réalisation plus aboutie et ses bonnes idées, s’adressant aux fans de toute heure.

Beyond the gate

Mais saisons de trop ou non, il faut bien reconnaître quelques défauts propres à l’ensemble de la série, tel un manque d’imagination sur les peuples rencontrés qui nous ressemblent trop, quelques facilités (tout le monde parle anglais), et des Goa’uld parfois vaincus trop facilement et à la technologie parfois étonnamment primitive. Trop souvent les terriens s’avèrent être meilleurs que les peuples rencontrés, et ce sont trop souvent eux qui offrent leur savoir plutôt que l’inverse, comme s’ils n’avaient rien à nous apprendre. Plusieurs races ne sont rencontrées qu’une fois et plus jamais revues ensuite (Star Trek avait le même défaut). Certaines intrigues se terminent malgré un potentiel intéressant. Si le côté « des américains les plus forts qui protègent le monde » est assez peu prononcé, et parfois même nuancé, certains choix auraient pu être évités, tel les Russes en rival malgré la fin de la guerre froide, ou la faible présence des autres nations.

Paradoxalement, ce qui a fait son succès populaire la rend aussi critiquable chez certains adeptes de SF, qui lui reprochent son côté grand public. Pourtant, sur plusieurs points Stargate SG1 se démarque des autres séries SF références et il serait juste d’affirmer qu’elle mérite parfaitement sa place, par sa cohérence, la richesse de l’univers, et le parti pris réussi de se baser sur des concepts scientifiques. De bonnes histoires, des personnages attachants et un univers varié, voilà ce qui explique pourquoi pendant un temps la série fut l’objet d’un enthousiasme irrationnel de personnes qui ne juraient que par elle.

Alors que les fans continuent de ravaler leur déception après l’abandon de la franchise par la MGM (l’annulation des deux téléfilms prévus et de Stargate Universe), voilà que le studio donne son feu vert à une nouvelle trilogie par Roland Emmerich, qui reprendrait la version du film original mais en ne prenant pas du tout compte des séries… Un projet qui ne séduit pas vraiment.

Stargate SG1 – Bande-annonce

Fiche technique : Stargate SG1

Création : Jonathan Glassner, Brad Wright

Genre : science-fiction

Pays d’origine : Canada, États-Unis

Production : Jonathan Glassner (saison 1-3) ; Brad Wright ; Robert C. Cooper (saison 5-10) ; Joseph Mallozzi (saison 8-10) ; Richard Dean Anderson (saison 1-8) ; Michael Greenburg (saison 1-8)

Casting : Michael Shanks – Dr. Daniel Jackson ; Richard Dean Anderson – Jack O’Neill ; Amanda Tapping – Lt. Colonel Samantha Carter ; Christopher Judge – Teal’c ; Don S. Davis – Lt. General George Hammond ; Teryl Rothery – Dr. Janet Fraiser ; Carmen Argenziano – Selmak / Jacob Carter ; Tony Amendola – Bra’tac ; Claudia Black – Vala Mal Doran ; Beau Bridges – Major General Hank Landry ; Ben Browder – Lt. Colonel Cameron Mitchell
Musique : Joel Goldsmith

This Is Where I Leave You, un film de Shawn Levy: Critique

Le réalisateur Shawn Levy s’offre une parenthèse avec cette production légère, après La nuit au musée 1 et 2, Crazy Night, Real Steel, Les stagiaires et avant un nouvel épisode de La nuit au musée. Il s’agit de l’adaptation du livre du même nom de Jonathan Tropper, qui a également écrit le scénario, son premier au cinéma, mais déjà à l’oeuvre pour la télévision avec la série Banshee.

Synopsis: À la mort de leur père, quatre enfants, reviennent dans la maison où ils ont passé leur enfance. Ils se retrouvent contraints de cohabiter sous le même toit pendant une semaine, en compagnie de leur mère indiscrète et de leurs conjoints, ex-conjoints et anciens amoureux transis.

Sept jours et nuits au bord de l’ennui

L’histoire se déroule au sein d’une famille dysfonctionnelle, réunie après le décès du patriarche et contrainte de réaliser son dernier souhait, en restant sous le même toit durant sept jours, pour faire Shiv’ah. Ils vont se retrouver face à eux-mêmes, à leurs rêves brisés, à leur passé et tenter de se réconcilier.

Une famille avec des problèmes relationnels, c’est un sujet souvent traité, voire maltraité. La différence se fait dans le ton, la mise en scène et/ou le casting. Mais dans ce cas-ci, c’est trop propre, rien ne déborde, et c’est bien ça le problème. This Is Where I Leave You n’est ni un bon film, ni un mauvais film. C’est rarement drôle et émouvant, ce qui laisse indifférent. Il y a comme un sentiment de gâchis, dès que le générique de fin se met à défilé, alors que potentiellement, il y avait matière à nous offrir un film grinçant, aux répliques corrosives. Mais le roman de Jonathan Tropper a été poli pour sa transition au cinéma. C’est assez étonnant, que cela se fasse de sa propre main, alors que ce n’est pas une grosse production. Influence de Shawn Levy, aussi producteur et habitué aux comédies familiales ? Quoiqu’il en soit, on se retrouve devant un film rempli de clichés, malgré de légères tentatives de sortir de son confort, avec le personnage de Jane Fonda, le seul à être un brin décalé, mais noyé par un entourage trop lisse.

Pourtant le casting est monstrueux, avec des acteurs(trices) surtout connus pour leurs séries télévisées, mais avec aussi une belle carrière au cinéma. Actuellement dans Comment tuer son boss 2, Jason Bateman s’est fait connaitre du grand public avec Arrested Development sur FOX, puis Netflix. Il était déjà au sein d’une famille dysfonctionnelle et joue un rôle presque similaire ici. On retrouve aussi Tina Fey (30 rock), qui retrouve Shawn Levy après Crazy Night en 2010. Adam Driver (Girls), Corey Stoll (The Strain), Connie Britton (Friday Night Lights), Rose Byrne (Damages), Timothy Olyphant (Justified), Abigail Spencer (Rectify), Kathryn Hahn (Preuve à l’appui), Ben Schwartz (Parks & Recreation) et Dax Shepard (Parenthood), sans oublier Jane Fonda, actrice iconique des années 60/70, en retrait depuis le début des années 90, avant de faire son retour en 2005 dans Sa mère ou moi, puis au petit écran dans The Newsroom.

Un cocktail alléchant, pouvant fédérer un public nombreux, amateur de séries et voulant retrouver leurs « stars » sur grand écran, avec cette immense réunion. Mais en l’absence d’un scénario intéressant, qui n’apporte pas de profondeur aux personnages et une mise en scène bien trop banale, la plupart de la distribution ne brille pas, se contentant de faire le job, dans des rôles qu’ils leurs sont familiers. Adam Driver sort son épingle du jeu, de par son énergie, face à des partenaires légèrement amorphes. Tout comme Jane Fonda, qui exhibe sa nouvelle poitrine pulpeuse, tout en parlant de sexe à ses enfants et devant tout le monde. C’est légèrement savoureux, mais sans jamais aller trop loin, on reste dans le politiquement correct.

On comprend rapidement, qu’ils ne s’aiment pas, mais on ne sait pas trop pour quelles raisons. Les tensions entre-eux sont minimes, on ne les ressent pas vraiment, et explosent rarement, cela manque de subtilité. Pourtant, il se passe beaucoup de choses, voir trop et tout est traité superficiellement. En revenant dans la maison de leurs parents, ils ramènent leurs problèmes avec eux, mais se retrouvent aussi confrontés à ceux de leurs passés. Ils sont dans un tournant de leurs vies, renouer avec leurs passés ou continuer à vivre avec leurs regrets. La relation entre Jason Bateman et Rose Byrne est touchante, c’est la seule à nous donner un peu de tendresse et d’émotion. Ces deux êtres cassés, dont le premier est le point du départ du film, et la seconde, qui ne sera jamais révélé, mais semble douloureux.

Tout ses personnages sont en couple, aucun ne semble, ne veut ou ne peut être heureux. Surement l’héritage de leur enfance, de leur éducation, qui semble pourtant s’être faite dans un relatif bonheur et pourtant… Leur mal-être se voit, mais se ressent peu, cette absence d’émotion est vraiment handicapante pour s’attacher à cette famille, surtout que l’humour ne vient que trop rarement à son secours.

Les critiques n’étaient pas élogieuses à son sujet et son flop en salles aux states, va surement le priver d’une sortie en salles dans nos cinémas. Cela ne mérite pourtant pas une sortie DTV, le film a malgré tout ses qualités. Certes rien de mémorable, mais il se regarde sans déplaisir, grâce à son casting, même s’il s’oubliera à cause de sa réalisation et scénario sans surprises.

This Is Where I Leave You – Bande Annonce

This Is Where I Leave You : Fiche Technique

USA – 2014
réalisation : Shawn Levy
scénario : Jonathan Tropper
distribution : Jason Bateman, Tina Fey, Adam Driver, Corey Stoll, Rose Byrne, Connie Britton, Jane Fonda, Kathryn Hahn, Timothy Olyphant, Abigail Spencer, Ben Schwartz, Dax Shepard et Debra Monk
photographie : Terry Stacey
montage : Dean Zimmerman
musique : Michael Giacchino
production : Shawn Levy, Jonathan Tropper, Jeff Levine, Paula Weinstein, Jesse Ehrman et Mary McLaglen
sociétés de production : Warner Bros, 21 Laps Entertainment et Spring Creek productions
société de distribution : Warner Bros
genre : comédie dramatique
durée : 103 minutes

 

Queen and Country, un film de John Boorman – Critique

Synopsis: En 1952, le jeune britannique Bill Rohan est appelé pour effectuer deux années de service militaire. Mettant de côté ses rêves de vivre de grand amour, il commence sa formation et se lie d’amitié avec son colocataire Percy, un trublion sans scrupule qui va le pousser à participer à sa guerre psychologique avec leur supérieur. Mais sa rencontre, lors d’une de ses sorties, avec la très raffinée Ophélia va raviver sa flamme de grand romantique.

Les mémoires d’un amoureux de la libre pensée 

La sonorité du titre et la rapide scène d’ouverture nous renvoient automatiquement au précédent chef d’œuvre autobiographique de John Boorman, Hope and Glory, sorti en 1987, qui relatait son enfance dans un Londres en pleine seconde guerre mondiale. C’est donc une douzaine d’années plus tard que l’on retrouve Bill, l’alter-égo du réalisateur (dont le patronyme s’est mystérieusement transformé de Rowan en Rohan d’un film à l’autre), pendant une autre guerre, celle de Corée. L’initiation militaire que reçoit Bill n’aboutit pas, comme aurait pu s’y attendre tout spectateur, à son envoi sur le lointain front asiatique mais fait, au contraire, de lui un chargé de la formation des apprentis soldats.

La description faite du quotidien de ces sous-officiers est aux antipodes de l’image que le cinéma de genre britannique a l’habitude de nous donner de son armée. De ce décalage, créé notamment par la psychorigidité du Sergent Major Bradley qui exaspère toutes les strates de la hiérarchie, nait un irrésistible humour très anglais. La lâcheté du  soldat Redmond, autoproclamé « roi des planqués », et les malices de Percy sont également des éléments très drôles mais surtout sources d’une irrévérence envers le légendaire flegme britannique.

Mais plus qu’une comédie satirique sur les souvenirs qu’a Boorman de ses deux années de service, Queen and Country est à la fois une réflexion assez finement menée sur la limite entre la liberté de penser et l’irrespect autodestructeur, mais aussi un retour mélancolique sur toute une époque charnière de l’histoire du pays. Dans le contexte d’une nation qui se voit marquée par l’effritement de son empire colonial, l’éloignement entre l’état d’esprit libertaire de la jeunesse et le conservatisme de leurs aînés, est joliment développé. Moins présent que chez Percy, mais important tout de même, la volonté d’émancipation de Dawn, la sœur de Bill, marque les prémices de la révolution sexuelle et la libération des mœurs à venir. La meilleure scène marquant cet écart des valeurs entre les différentes générations est incontestablement, celle voyant toute la famille assister à la cérémonie d’intronisation de leur reine.

Une autre sous-intrigue, plus intime, et très probablement très romancée, vient ajouter au poids nostalgique de la réalisation. Il s’agit de la rencontre entre Bill et Ophélia, une jeune femme, de cinq ans son ainée, aussi ravissante que mystérieuse. Cette histoire de premier amour, elle aussi traitée non sans humour, apporte au personnage de Bill une profondeur émotionnelle qui le rende encore plus attachant. Le dénouement de cette brève aventure est l’occasion pour Boorman qui lancer un pic aux traditions anglaises, et en particulier l’imperméabilité entre le petit monde de la haute bourgeoisie, de la monarchie, et le reste du peuple.

Le choix du casting est plein de bonnes surprises. La première d’entre elles est évidemment la révélation Callum Turner, dans le rôle principal, destiné à une belle carrière. L’américain Caleb Landry Jones (découvert il y a peu de temps dans X-men, first class et Antiviral) et l’irlandais Pat Shortt confirment leur talent d’acteur, tandis que, dans le rôle du Sergent Bradley, la prédisposition de David Thewlis à faire de ses personnages des êtres aussi drôles que tragiques, est ici superbement mise à profit.

A l’âge de 81 ans, John Boorman n’hésite donc pas à revenir avec une subtilité et un humour parfaitement maitrisés sur une période importante de son adolescence. En plus de ses heurts avec les autorités militaires et ses premiers amours, le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas évoquer, sans jamais flirter avec un quelconque égocentrisme, sur son gout pour le cinéma – il n’hésite à citer des répliques de Casablanca ou Laura et à emmener sa petite-amie voir Rashomon –  et à ses débuts de cinéastes. Faudra-t-il attendre encore 17 ans pour voir un troisième film qui verrait Bill devenir le réalisateur de l’un des plus grands films d’aventures de tous les temps (un avatar fantasmé de Delivrance) ?

Queen and Country : Bande-annonce

Queen and Country : Fiche Technique

Réalisatrice : John Boorman
Scénariste : John Boorman
Distribution : Callum Turner (Bill Rohan) ; Caleb Landry Jones (Percy) ; David Thewlis (Bradley) ; Tamsin Egerton (Ophelia) ; Vanessa Kirby (Dawn Rohan) ; Patt Shortt (Redmond)
Producteurs : John Boorman ; Jean Labadie
Directeur de la photographie : Seamus Deasy
Compositeur : Stephen McKeon
Monteur : Ron Davis
Production : Merlin Films
Distributeur : Le pacte
Durée: 115 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie: 7 janvier 2015

Royaume-Uni – 2014

Mon amie Victoria, un film de Jean-Paul Civeyrac : Critique

Ce huitième long métrage du français Jean-Paul Civeyrac, sorti le 31 Décembre 2014, a conclu en délicatesse l’année qui vient de s’écouler. Adapté de Victoria and the Staveneys, une des nouvelles de Doris Lessing rassemblées dans le recueil « The grandmothers », dont a également été tirée la nouvelle éponyme servant de base au film Perfect mothers d’Anne Fontaine, transposé à Paris, le métrage raconte l’histoire de Victoria, une jeune fille noire, française mais semblant étrangère en son pays, semblant étrangère même à sa propre vie.

Synopsis: Victoria, fillette noire de milieu modeste, n’a jamais oublié la nuit passée dans une famille bourgeoise, à Paris, chez le petit Thomas. Des années plus tard, elle croise de nouveau celui-ci. De leur brève aventure naît Marie. Mais Victoria attend sept ans avant de révéler l¹existence de l¹enfant à Thomas et à sa famille. Sous le charme de la petite fille, ils lui proposent alors de l’accueillir régulièrement. Peu à peu, Victoria mesure les conséquences de cette générosité…

La vie est un roman 

Son histoire est racontée en voix off par son amie Fanny (d’où le titre), ce qui n’est pas le moindre des charmes de ce film. Le  cadre « bobo parisien de gauche » remet en effet dans un contexte très  actuel ce beau texte littéraire cité pratiquement tel quel dans le film. On a comme un léger décalage entre la littérature de la nobélisée Doris Lessing et l’image plus terre-à-terre du film, ce qui donne un ton singulier à l’œuvre, en permettant une lecture plus riche de ce qu’on voit à l’écran. Au lieu d’affadir le texte, cette mise en perspective donne au contraire envie de lire ou relire le livre de Doris Lessing, tant la musicalité de ses mots est mise en avant par Jean-Paul Civeyrac. Pour autant, les images ont leur propre puissance, dans cette histoire de conscience de classe où les choses matérielles, l’espace de vie, les lumières tamisées, les mets servis à table, les jouets dans les chambres définissent l’appartenance ou la non-appartenance sociale.

Tout commence quand Victoria, 8 ans, se retrouve seule devant son école, stoïque quand le jeune Edouard, le grand frère d’un de ses camarades de classe Thomas n’est pas venu la rechercher. Plus exactement, il est venu, il ne l’a pas vu, elle qui est pourtant aussi visible que le nez au milieu de la figure. Victoria habite chez sa tante malade et admise à l’hôpital pour quelques jours. La maman de Thomas et d’Edouard s’est proposée pour la garder une nuit. Edouard a des aspirations nobles, des idéaux tiers-mondistes comme ses parents, militant pour la justice dans le monde, mais il ne voit pas ce qui est sous ses yeux, il n’avait pas imaginé que la petite fille qu’il attendait c’est précisément cette petite noire…

Cet épisode fonde le film, mais il fonde surtout Victoria, découvrant un univers qu’elle n’imaginait pas pouvoir exister, prenant conscience de puissances et de pouvoirs qu’elle ne se sent pas en mesure d’accaparer, la façonnant peut-être à devenir cette jeune fille, puis cette femme qui laisse la vie glisser sur elle sans  réelle envie d’avoir prise.

Victoria découvre aussi autre chose, un sentiment très diffus, elle n’a que 8 ans, mais un sentiment nouveau engendré par la présence d’Edouard, par l’existence même d’Edouard.

Le film est fait de petites touches de vie et de sensation, et avance par ellipses simples mais intelligentes. Avec toujours ce texte qui nimbe l’image d’un voile poétique et romanesque. Victoria évolue, mais régulièrement, ses pas reviennent vers les Savinet, son miroir aux alouettes. A défaut d’avoir Edouard, avoir Thomas,  avoir une enfant de lui. A défaut d’avoir une bonne vie, révéler l’existence de la petite Marie à une famille qui assurerait son avenir…

Victoria est mystérieuse, on ne connaît pas ses motivations, elle ne nous dit pas grand-chose, la voix off non plus. Le décès de sa mère puis de sa tante, en font une déracinée précoce qui ne se sent bien presque nulle part. La mélancolie et la solitude qui semblent constamment l’envelopper sont très bien illustrées par cette actrice à la voix douce presque éteinte, au physique fragile et menu, et dont le personnage jamais ne part en larmes ni en éclats de rire. Le choix des autres acteurs est tout aussi judicieux : Catherine Mouchette et Pascal Greggory font de parents et de grands-parents convaincants, à la fois compréhensifs et condescendants, un peu à la limite de la caricature,  et Fanny (Nadia Moussa) fait un bon contrepoint à son amie Victoria, aussi pragmatique que Victoria est rêveuse…

Sous ses dehors d’histoire simple, romanesque par construction, Mon amie Victoria est un film censé nourrir la réflexion sur cette conscience de classe, précisément. Marie, la petite fille métisse, cristallise tous les fantasmes de cette famille bien sous tous rapports. Mais justement, on pourrait reprocher à Civeyrac d’avoir édulcoré le propos et rendu ses protagonistes trop lisses et trop aimables. L’hypocrisie de la famille, sa volonté d’accaparement de la petite Marie, la relative inconséquence de Victoria, le désarroi de son autre fils Charlie, totalement transparent aux yeux de la famille de Marie, tout cela est évoqué, mais à peine effleuré, le souci du réalisateur ne semblant pas être de dénoncer, mais de rester dans la veine romanesque, voire mélodramatique par moments…

Comme le soleil rasant et automnal de sa dernière séquence, Mon amie Victoria est un film porteur d’une douceur, d’une délicatesse, d’une sorte de minimalisme, qui laisse malgré tout une empreinte sur le spectateur ; si bien qu’il finit par se sentir en empathie et même inquiet pour cette fragile Victoria…

Mon Amie Victoria – Bande Annonce

Mon amie Victoria : Fiche Technique

Titre original : –
Réalisateur : Jean-Paul Civeyrac
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 31 Décembre 2014
Durée : 95 min.
Casting : Guslagie Malanga (Victoria), Nadia Moussa (Fanny), Catherine Mouchet (Elena Savinet), Pascal Greggory (Lionel Savinet), Alexis Loret (Edouard Savinet), Pierre Andrau (Thomas Savinet), Elise Akaba (Diouma) Tony Harrisson (Sam) Scénario : Jean-Paul Civeyrac, d’après une nouvelle de Doris Lessing
Musique : Frédéric Junqua
Chef Op : David Chambille
Nationalité : France
Producteur : Philippe Martin, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
Maisons de production : Les films Pelléas, Versus Production
Distribution (France) : Les films du Losange

 

A Girl Walks Home Alone at Night, un film de Ana Lily Amirpour : Critique

Lorsque nous avions assisté à l’avant-première du film au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, le film venait tout juste de recevoir le Prix Révélation Cartier au Festival Américain du Film de Deauville. Inconnu la veille, le film suscitait soudainement la curiosité et l’engouement des spectateurs strasbourgeois. A Girl Walks Home Alone at Night était devenu LA séance à laquelle il fallait assister au festival.

Salle bondée, le film a véritablement enchanté le public, même si certains spectateurs ont été plus divisés. Film fantastique sublimé par une mise en scène hypnotisante et une bande-son des plus électriques, A Girl Walks Home Alone at Night est peut-être ce que vous verrez de plus audacieux en ce début d’année. La réalisatrice Ana Lily Amirpour s’approprie avec brio les codes du film de vampire et les plie aussitôt pour en faire un long-métrage estampillé « premier film de western vampire américano-iranien ». Pas banal. Avec ce film, il n’est pas question pour la cinéaste d’en faire une critique acerbe d’une Iran vampirisante, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour fantastique qui trouve son essence et son insolence dans les racines de la cinéaste.

Only lovers left alive

Pour bien comprendre le film, il est intéressant de se pencher sur le parcours de la réalisatrice. Ana Lily Amirpour a d’abord fui la révolution iranienne de 79 avec sa famille pour s’installer à Margate, une petite contrée anglaise en bord de mer. Elle y a grandi avant de repartir, cette fois pour la Californie. C’est dans cet univers du skate, du punk et de la culture underground qu’Ana Lily est devenu pubère. Touche-à-tout insatiable, elle pratique la peinture, sculpte à ses heures perdues, fait une tournée américaine comme leader d’un groupe de rock et revient finalement en Californie, dans la ville des anges pour réaliser des films. Bien que n’ayant jamais foulé la terre de ses parents, elle conserve une attache particulière à ses origines iraniennes. C’est ce qui fait l’authenticité et l’identité de son premier long-métrage. Déjà forte d’une expérience à l’écriture et la réalisation sur huit courts métrages, la jeune cinéaste s’attaque pour son premier film au célèbre mythe du vampire. Une passion pour l’épouvante qui ne date pas de si tôt. A l’âge de douze ans, elle avait déjà réalisé un premier film, un court métrage d’horreur qui se déroule lors d’une soirée pyjama. A croire que la commission de classification américaine (MPAA) n’a eu aucun effet sur sa personne.

Pour Ana Lily Amirpour, A Girl Walks Home Alone at Night « est comme si Sergio Leone et David Lynch avaient donné naissance à un bébé rock’n’roll iranien, et que Nosferatu avait rempli le rôle de baby-sitter pour cet enfant ». Et pourtant derrière toutes ces belles et respectables références, on peut également mettre le film en parallèle avec un autre réalisateur, tout aussi underground et dandy que la cinéaste iranienne, Jim Jarmusch et son récent Only Lovers Left Alive. Présenté au dernier Festival de Cannes, le dernier Jarmusch contient quelques similitudes notables. Il est vrai que depuis toujours, les histoires de vampires sont avant tout des romances érotiques stylisées. Mais ici, certaines thématiques nous frappent directement. On y retrouve cette passion musicale exaltante, celle qui donne la motivation à ses personnages isolés de continuer à vivre. Une musique indie-rock aux accents électro du plus bel effet, qui fait également la part belle aux compositions instrumentales dignes des grands westerns d’Ennio Morricone. Tout comme le film de Jim Jarmusch, on retrouve également ces mêmes personnages désabusés par la société. Les deux héros du film semblent perdus dans une quête d’identité, de rapport aux autres et du temps perdu. Il y a quelque chose de très charnelle qui s’évapore dans l’union de cette vampire -proche du tempérament de la réalisatrice- et d’Amish, un iranien aux allures de James Dean. Ils voguent tous deux sans le savoir vers un avenir en commun incertain mais rempli d’un amour inexplicable. Sans montrer une seule séquence érotique, un parfum terriblement sulfureux se dégage du film, comme en témoigne cette séquence au détour d’un vinyle qui tourne en boucle et laisse les amoureux frémir dans un ballet de corps et de souffles incroyablement sensuel. Au fond, on ne peut pas dire que A Girl Walks Home Alone at Night marche sur les plates-bandes de Jim Jarmusch. De par les origines iraniennes de la réalisatrice, il y a un autre degré de fascination pour l’esthétique et le style du film. Envoûtante, minutieuse, contemplative, la mise en scène offre un très beau rendu de noir et blanc saturé aux allures d’expressionnisme allemand. De la même manière que le film de Jarmusch décrié pour sa lenteur, tout l’intérêt du film se retrouve dans cette expérience graphique remarquable. Un récit maîtrisé bien que très lancinant, qui pourra en rebuter certains.

A-GIRL-WALKS-HOME-ALONE-AT-NIGHT-ARASH

Ana Lily Amirpour ne passe pas par quatre chemins pour nommer le lieu de son intrigue. Bad City, une ville pécheresse où tous les vices de la société semblent se trouver au coin d’une rue sombre et déserte. Cité figée dans un décor désertique et industriel qui ne semble pas s’être adaptée aux changements de la société. Au détour d’élégants travellings, la réalisatrice dénonce l’emprise de la drogue, le poids d’une famille emprisonnante et la femme en tant qu’objet. Des critiques se sont insurgés contre la portée critique de la société iranienne. Pourtant, les thèmes du film ne sont pas nécessairement cantonnés à l’Iran. Ils sont même encore trop ancrés dans les cultures occidentales, et il faudrait plutôt y voir une métaphore de la vie de débauche que l’on peut trouver dans les bas-fonds de la Californie. Même si la domination masculine y est très présente, il convient de la nuancer puisque Amish serait plutôt une représentation de l’évolution de la société. Un changement de mœurs et du rapport social entre les hommes et les femmes. A l’inverse, le personnage de cette fille vampire donne également matière à révolution pour la gente féminine, celle qui ne se contente pas d’être cantonnée à un objet, obéissant sans bornes au sexe mâle. Il est vrai qu’il est difficile alors de ne pas faire le rapprochement avec la situation iranienne actuelle. Dans un pays où autrefois la musique occidentale était encore interdite (pensez à Persepolis), Ana Lily Amirpour entend lui donner une place conséquente dans ce film. A l’instar du film de Jim Jarmusch, la passion de son énigmatique vampire se retrouve dans sa collection de vinyles et de posters tapissant les murs, bafouant les conventions d’un pays despotique. Sans tomber dans la lourdeur d’un brûlot anti-Iran, Ana Lily Amirpour fait preuve d’une volonté sincère de retranscrire avant tout l’amour de deux êtres isolés sur fond de toile fantastique.

A-GIRL-WALKS-HOME-ALONE-AT-NIGHT-DRACULA-ROMANCE

Premier long-métrage impressionnant de maîtrise, A Girl Walks Home Alone at Night est le plus iranien de tous les films américains. Cette enfant de la culture underground reprend les codes du fantastique à son plus bel avantage et délivre un film d’une romance envoûtante. Pour ceux qui aimerait prolonger l’expérience, sachez que la réalisatrice en a également tirer un roman graphique qui sera certainement disponible à la sortie du film. C’est une pièce maîtresse dans la genèse du film puisque le roman a été fait en amont du développement et a finalement servi de storyboard. Prolifique, Ana Lily Amirpour a déjà évoqué son prochain film qui sera une « cannibal love-story post-apocalyptique». Elle est assurément une cinéaste dont on ne fait que commencer à en entendre parler. La revue américaine Filmmaker Magazine l’a même déjà classé dans les vingt-cinq nouveaux visages du cinéma indépendant. A Girl Walks Home Alone at Night est l’un des plus bels exercices de style que vous pourrez voir en ce début d’année.

Synopsis: Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…

A Girl Walks Home Alone at Night – Bande-annonce VOST

Fiche Technique: A Girl Walks Home Alone at Night

Titre original: A Girl Walks Home Alone at Night
Genre: Épouvante-horreur, romance, thriller
Durée: 100min
Sorti le 14 janvier 2015

Réalisation: Ana Lily Amirpour
Scénario: Ana Lily Amirpour
Décor: Sam Kramer & Sergio De La Vega
Costume: Natalie O’Brien
Montage: Alex O’Flinn
Son : Kyle Arzt
Producteur: Sina Sayyah, Justin Begnaud, Ana Lily Amirpour, Sheri Davani, Elijah Wood, Daniel Noah, Josh C. Waller, Nick Moceri, Ben Conrad, Alexei Tylevich, Reza Sixo Safai, Daniel Grove, Patrick Grove
Production: Say Ahh Productions, SpectreVision, Logan Pictures, Black Light District
Distributeur: Pretty Pictures
Budget : /
Festival: Prix Révélation Cartier au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2014, Prix du Jury et Prix Citizen Kane (meilleure nouvelle réalisation) au Festival International du Film Fantastique de Sitges 2014

Galavant – Épisode 1 et 2 : Critique de la série

Pour ouvrir la mi-saison, ABC ose un pari risqué : proposer une petite série (8 épisodes prévus), comique et musicale, dans l’univers des romans de chevalerie. Glee prépare sa sortie par la petite porte, toutes celles qui avait tenté de lui emboîter le pas se sont plantées lourdement, des centaines de série comiques sortent tous les ans et la chevalerie héroïque, cela fait bien longtemps que plus personne n’en rêve. Autant dire que si la chaîne cherchait un projet casse gueule, elle a décroché le gros lot. Mais parfois, la fortune sourie aux audacieux. Seule contre toutes, Galavant tire son épingle du jeu et s’en sort avec panache.

Synopsis: Le Prince Galavant, héros des contes de fées toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin, est en guerre contre l’affreux Roi Richard qui lui a volé l’amour de sa vie, la belle Madalena. Pour la retrouver et reconquérir son cœur, il doit traverser les royaumes, les montagnes et les forêts, combattre des dragons, déjouer les pièges de son ennemi juré.. et chanter !

La chanson de Galavant

L’introduction est rapide, vive et précise comme un coup d’estoc : une chanson reprise en cœur par tout ce que le royaume compte de paysans, villageoises, pégus et autres manants louant Galavant le héros, la légende partie sauver sa chère et tendre Madalena des griffes du despotique roi Richard prêt a l’épouser de force. Autant dire que vous êtes prévenu dès l’ouverture, si vous n’aimez pas la comédie musicale et que le kitsch vous file de l’urticaire, fuyez sans demander votre reste; pour les autres, vous ne regretterez pas le voyage. La déculottée sera tout aussi rapide, la douce préfère le confort matériel à l’amour véritable, il n’en faudra pas plus pour que l’univers de notre flamboyant héros s’effondre et qu’il sombre dans l’alcoolisme. De son coté, Richard voit son mariage parfait se transformer en relation froide avec une femme vénale et matérialiste, ne trouvant le réconfort qu’auprès de son garde du corps, le taciturne Gareth et son marmiton, le peureux Sid. Et tout cela en musique.

La principale qualité de Galavant, ce sont ses moments musicaux à la fois très bien écrits et délicieusement parodiques. Entre le roi qui se plaint que les caprices de sa femme l’empêchent de se concentrer sur des choses plus amusantes comme les taxes et les pillages ou la chanson qui s’excuse elle même de traîner en longueur, on reste charmé par cet esprit déjanté qui accompagne chaque instants de cette aventure délirante. On en attendait pas moins d’Alan Menken, déjà auteur des chansons d’Aladin, et Glenn Slater, qui a travaillé sur Raiponce. Les thèmes sont enlevés et les paroles excellentes, pleines d’humours et de doubles sens, donnant a cet univers sonore un cachet que n’aurait pas renié une grosse production Disney, tout en gardant cet esprit roublard et décalé.

On nous promettait une série comique, Galavant s’en donne à cœur joie dans le registre parodique, enchaînant dialogues rythmés, anachronismes loufoques et situations débiles. Le tout porté par une troupe d’acteurs motivés et sympathiques. Le héros est idiot et narcissique et son antagoniste, interprété par un Timothy Omundson formidable, est aussi cruel que maniéré et en manque d’affection (rappelant d’ailleurs le prince Jean de Robin des bois). Si le pilote s’attarde un peu à poser les bases d’une intrigue un peu lourdaude, dés le deuxième on sent que la série décide de jouer plus encore la carte de l’absurde, tout en développant de manière surprenante ses personnages. Si ces deux épisodes ne sont pas encore parfaits, avec des scènes de combats frôlant l’amateurisme, cette nouveauté s’annonce comme un vrai divertissement de qualité et promet un vent de fraîcheur dans le paysage trop formaté des comédies américaine. On retrouve le souffle enchanteur de Princess Bride avec un soupçon du non-sens des Monty Pythons. Peut être que le concept ne tiendra pas dans la durée, mais avant de miser sur une éventuelle deuxième saison, autant prendre Galavant pour ce qu’elle est : un cadeau sympathique et original d’ABC, n’ayant aucune autre ambition que d’amuser, avant le retour des mastodontes de la pleine saison.

Galavant Bande-annonce

Galavant : Fiche Technique

Titre original : Galavant
Genre : Comédie, Musical, Fantasy
Créateur(s):Dan Fogelman
Production : Dan Fogelman, Alan Menken, Glenn Slater, Chris Koch
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2015
Chaîne d’origine : ABC
Épisodes : 2 (8 prévus)
Durée : 30 minutes
Statu : en cours
Avec : Joshua Sasse, Mallory Jansen, Karen David, Timothy Omundson, Vinnie Jones…

Halo : Nightfall, saison 1 : Critique de la série

La série, Halo : Nightfall – Saison 1 : Pour les fans et les néophytes, un véritable pétard mouillé

Synopsis : Enquêtant sur un acte terroriste d’origine Covenant ayant touché une colonie établie sur la planète Sedra, un groupe de soldats de l’ONI mené par Jameson Locke et Randall Aiken se rend sur un morceau de l’Halo, détruit par le Master Chief par le passé et qui se trouve actuellement en orbite autour d’une étoile. Sur place, la troupe va se retrouver coincée et pourchassée par des vers carnassiers appelés Lekgolos. Le but de la mission sera finalement de survivre et d’arriver à quitter les lieux avant que la surface ne soit s’exposée à l’étoile, devenant ainsi brûlante et donc mortelle…

Tant de fans attendaient ce jour. Celui de voir leur jeu vidéo favori « Halo », adapté sur grand écran. Un projet de très longue date, qui n’a cessé de faire parler de lui que via des annulations ou des changements de producteurs (dont Peter Jackson). Finalement, à en croire Microsoft, le long-métrage ne verra pas le jour, ou du moins n’est pas prévu pour le moment. Ce qui n’a pas empêché Steven Spielberg d’annoncé une adaptation, cette fois-ci sous le format d’une série TV. Depuis, plus rien, jusqu’à cette mini-série intitulé Nightfall, produite par un certain Ridley Scott, ayant pour but de faire le pont entre le quatrième et le cinquième opus de la saga vidéo ludique (et disponible depuis la sortie du jeu « Halo : Master Chief Collection »). Enfin l’occasion pour les fans de voir leurs héros et cet univers qu’ils vénèrent en live, sans que cela ne passe par la case du film amateur sur Youtube et autre Dailymotion. Une grosse attente qui a porté ses fruits ?

Cela ne fait aucun doute là-dessus, Halo : Nightfall avait tout de la série surfant sur la mode du fan service. Ce concept qui consiste à n’user que des caractéristiques et personnages d’une œuvre de base pour attirer les fans et assurer le succès. De ce côté, avec son budget et les gens travaillant dessus (dont le studio 343 Industries, qui possède désormais les droits sur la franchise tout support confondu), la série saura convaincre les moins réfractaires. Il suffit de voir les costumes et autres accessoires, dont les fameuses armes à feu, pour se rendre compte d’avoir bien affaire à l’univers de « Halo« . D’autant plus que la trame fait référence aux événements survenus dans le premier jeu vidéo, à savoir l’explosion de Halo par le Master Chief et qu’elle promet, sur le papier, de faire intervenir les fameux Covenants et autres Lekgolos (les races extraterrestres ennemies). Alors, avec des effets visuels de bonnes factures pour ce genre de projet et les décors inquiétants de l’Islande (qui ne sont pas sans rappeler ceux de Prometheus), le spectacle était assuré d’avance malgré une mise en scène impersonnelle. Jusqu’au visionnage de la série dans son intégralité…

Dès les premiers épisodes, l’espoir va vite retomber pour les fans, la série ne respectant pas vraiment l’esprit même du jeu. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce dernier, « Halo » est un FPS, un jeu de tir à la première personne (action vue par le personnage jouable), qui permet de vivre des séquences de batailles et d’action bien bourrine, avec du spectaculaire à la clé. Ici, c’est juste un banal survivor, mal écrit qui plus est, car se montrant hautement prévisible et proposant des protagonistes sans âme qui sentent les clichés à plein nez. Sans parler de l’histoire elle-même, qui se distingue par un vide scénaristique abyssal : des soldats se rendant sur un fragment orbitaire pour trouver un « élément inconnu » et qui s’y retrouvent coincés, avec pour seul but de survivre et de partir de là, oubliant ce pourquoi ils étaient venus (à part tout faire exploser). Le tout agrémenté de moments de bravoure par épisode sans ampleur et d’instants dits psychologiques juste inutiles, ne faisant que meubler vainement l’ensemble. Pour les fans, Halo : Nightfall est une véritable insulte et ce malgré le fan service, qui n’est même pas aussi complet que cela : la série ne met en scène qu’un seul Covenant, ne fait même pas intervenir le Master Chief pour un caméo, n’use aucunement du thème principal du jeu orchestré par Martin O’Donnell… Bref, elle ne propose pas grand-chose de concret à se mettre sous la dent, n’apportant tout bonnement rien à l’univers de « Halo ».

Mais même pour un spectateur lambda, Halo : Nightfall n’est pas un divertissement de qualité. La faute notamment à son statut de passerelle entre deux jeux vidéo. Avec cette étiquette, il est clair que la série ne vise que les fans de la franchise vidéo ludique. Du coup, Nightfall se passe de toute explication et détail, pensant que le public, dans son intégralité, connait l’univers de « Halo » sur le bout des doigts (le nom des extraterrestres, des corporations, des institutions, des lieux…), ce qui n’est pas le cas. De ce fait, beaucoup de néophytes se sentiront grandement perdus et n’arriveront pas à s’intéresser à cette aventure qu’ils trouveront ennuyeuse et quelconque. Juste une perte de temps. Et c’est vraiment dommage car les acteurs ne sont pas mauvais (il y a déjà eu pire ailleurs) et le visuel de l’ensemble n’est pas à jeter.

Mais que l’on soit fan ou pas, Halo : Nightfall déçoit avant tout par son format : une mini-série composée de cinq épisodes d’une durée de 20 minutes chacun. En prenant compte de ce qui a été dit précédemment, le manque d’action et le vide scénaristique, une question vous viendra aussitôt à l’esprit : pourquoi ne pas avoir assemblé le tout pour livrer à la place un long-métrage d’environ une heure et demie ? La pilule aurait pu passer un peu plus facilement. Là, il a fallu attendre à chaque fois une semaine entre chaque épisode. Sept jours de patience (multipliés par quatre) pour voir du vide inutilement morcelé à tel point, que le semblant de rythme de l’ensemble s’en est retrouvé démoli.

Après des années d’attente et plusieurs produits dérivés pour aider à patienter, les fans se retrouvent au bout du compte face au néant le plus total. Une très grosse coquille vide qui n’est finalement qu’un petit bonus accompagnant le véritable intérêt de la franchise qu’a été le jeu « Halo : Master Chief Collection ». Un supplément qui non seulement ne captivera nullement les néophytes, mais décevra avant tout les fans, public pourtant visé. Un pétard mouillé d’envergure qui relance l’espoir de voir un jour débarquer dans les salles obscures une adaptation cinématographique qui viendrait réparer cela. Ou bien d’attendre que Spielberg décide enfin à mettre en chantier la fameuse série TV annoncée il y a de cela plusieurs mois. Quant aux fans, réjouissez-vous, Halo 5 : Guardians ne saurait tarder !

Bande-annonce – Halo : Nightfall

Fiche technique – Halo : Nightfall

États-Unis – 2014
Réalisation : Sergio Mimica-Gezzan
Scénario : Paul Scheuring
Distribution : Mike Colter (Jameson Locke), Christina Chong (Talitha Macer), Steven Waddington (Randall Aiken), Luke Neal (Michael Bradley Horrigan), Alexander Bhat (Alistair Bov Estrin), Alexis Rodney (Arris Le), Christian Contreras (Gregory Aio Ramos), Eric Kofi Abrefa (Haisal Wari)…
Genres : Science-fiction, action
Saisons : 1 – Épisodes : 5
Durée : 19 à 24 minutes
Productions : Scott Free Production et 343 Industries
Distributeur : Microsoft Corporation

 

 

The Riot Club, un film de Lone Scherfig – Critique

Entourés d’un aura de mystère, les sociétés secrètes ont toujours passionné le grand public, que ces mystérieux clubs fassent partie de notre quotidien ou qu’ils renvoient aux plus prestigieuses universités. Il suffit de regarder la presse, qui fait sans cesse ses unes sur la franc-maçonnerie, sans jamais apporter grand chose au moulin. Aux États-Unis les fraternités, qu’elles aient ou non pignon sur rue, sont un sujet pour quantité de cinéastes dans divers genres, du thriller à la comédie pour adolescents. The Riot Club n’a donc rien d’original dans son propos, si ce n’est peut-être sa localisation. Car voir les débordements d’une université aussi prestigieuse et supposément coincée qu’Oxford pourrait surprendre. Mais après tout, la débauche n’est pas exclusive à l’autre côté de l’Atlantique.

Synopsis : Le Riot Club est réservé à l’élite de la nation. Ce cercle très secret d’Oxford fait de la débauche et de l’excès son modèle depuis 3 siècles. Miles et Alistair, deux étudiants en première année, ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie…

Dix gosses en colère

C’est donc dans la seconde plus vieille institution d’outre-Manche (Cambridge les précédant de peu) que se situe l’action. Un repère de jeunes hommes et femmes sur les épaules desquels repose une partie du destin du royaume. Certains viennent d’un milieu difficile, d’autres sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, qui se transmet de génération en génération. C’est bien sûr à cette seconde catégorie que The Riot Club va s’intéresser. Cette société d’élite est en effet réservée aux plus riches, aux plus intelligents et aux plus influents des élèves. Chaque génération doit compter dix membres dans ses rangs.

Soit dix personnages (au minimum) à la personnalité unique et suffisamment reconnaissable, malgré des tenues vestimentaires relativement proches. Forcément, il faut malgré tout faire des choix. Le scénario nous montre donc l’essentiel de la majorité de ses membres, et les rend tous distincts, ce qui en soi est déjà remarquable. Il se concentre ensuite sur deux d’entre eux, nouvellement arrivés et qui auront pour tâche de faire découvrir au spectateur les dessous du Riot Club avec un œil neuf. Si cette partie est plutôt bien traitée, les conflits, eux, sont malheureusement réduits à la portion congrue.

Orgueil et préjugés

Car ce qui fait le sel de ce récit, plus que le comportement gentiment choquant des membres du club, c’est bien l’évolution des rapports entre ses membres, et principalement la relation entre Alistair et Miles, les deux nouveaux précédemment cités. Si leur rivalité apparaît vite évidente, le récit peine à nous la faire vraiment ressentir, ou à lui donner une raison autre que « c’est comme ça ». Si l’on découvre assez bien la personnalité de Miles, incarné par un Max Irons convaincant, c’est bien le vénéneux Alistair, interprété par l’excellent Sam Clafin, qui nous échappe. Et c’est bien dommage, car c’est lui qui va se révéler l’élément déclencheur du film. Passer plus de temps en sa compagnie aurait pu être un choix judicieux.

Malgré tout, la réalisatrice Lone Scherfig remplit parfaitement son office. Sa caméra suit ce groupe de garçons en offrant un regard extérieur, sans chercher à susciter ni l’empathie ni le dégoût. La montée en tension lors du repas, qui occupe facilement les deux tiers du film, est parfaitement exécutée. On sait par avance ce qui va se passer, mais on ne sait pas quand ou comment l’orage va éclater. Saluons également le travail de Laura Wade, qui a parfaitement réussi le passage de la pièce de théâtre au scénario pour le grand écran.

Sans vraiment surprendre, The Riot Club est une très belle plongée dans l’univers de ses sociétés secrètes auxquelles sont censés avoir adhéré la majorité des puissants du royaume (le premier ministre David Cameron et le maire de Londres Boris Johnson ont supposément été membres de clubs de ce genre). Si elle n’apporte finalement rien de nouveau au genre, Lone Scherfig parvient à nous entraîner dans ce monde fascinant réservé à l’élite. La fin, en particulier, est absolument superbe dans son cynisme glaçant.

The Riot Club – Fiche Techinique

Royaume-Uni – 2014
Drame
Réalisatrice : Lone Scherfig
Scénariste : Laura Wade, d’après son oeuvre
Distribution : Max Irons (Miles Richards), Sam Clafin (Alistair Ryle),Holloday Grainger (Lauren), Freddie Fox (James Leighton), Douglas Booth (Henry Villiers)
Producteurs : Graham Broadbent, Peter Czemin
Directeur de la photographie : Sebastian Blenkov
Compositeur : Kasper Winding
Monteur : Jake Roberts
Production : Blueprint Pictures
Distributeur : Paramount Pictures France

Auteur : Mikael Yung