Accueil Blog Page 769

Vacances romaines, un film de William Wyler: Critique

Critique du film Vacances romaines avec Audrey Hepburn & Gregory Peck

Synopsis: Princesse soumise à un étouffant protocole, Ann n’a pas une minute de liberté. En déplacement à Rome, elle fait la rencontre du journaliste Joe Bradley qui la reçoit chez lui sans connaître son statut. Sous le charme du jeune homme, Ann profite enfin d’un moment d’évasion avant que sa condition ne la rattrape.

Pourquoi s’aimer toujours lorsque l’on peut s’aimer un jour ?

Vous allez rencontrer une belle et sombre inconnue.

L’Europe blessée, l’Europe libérée: Ann, jeune princesse d’une vieille monarchie s’affaire à renouer les liens diplomatiques avec ses pays voisins. Londres, Paris, Amsterdam se succèdent au rythme des discours et des visites. Puis, vient Rome : la fière, l’insubmersible, capitale millénaire. Rome, en plein été, chaleureuse, fourmillante, capitale monumentale. Scène ancestrale mais théâtre de l’amertume pour Ann (Audrey Hepburn), la vie princière pèse lourd sur ses fines épaules. L’étiquette collante, souvent irritante de sa situation dorée la conduit inéluctablement à la fuite. Prise de panique, mais sous calmant injecté par son docteur, la princesse s’échappe. Seule dans la ville bourdonnante, absolument heureuse, complètement perdue, elle rencontre à son insu Mr Bradley. Celui-ci, face à cette jeune femme à l’allure respectable et à la diction honorable, accepte de l’héberger. Il mène sa dame, somnolente, jusqu’à son petit appartement, au cœur de la ville. « Is this the elevator ? » s’enquiert elle impérieusement. « It’s my ROOM » répond t-il d’un ton sec. S’offusquant des manières de son hôte mais se réjouissant lorsque celui-ci lui prête un vieux pyjama, la jeune princesse se glisse dans le lit, soupirant un dernier « I’m happy ».

vacances-romaines-film1953-hepburn-gregory-peck

Mr. Joe Bradley (Gregory Peck), journaliste de profession et américain de naissance doit couvrir, le lendemain matin, l’interview donné par la princesse. En retard, il apprend par son patron que cette dernière est malade ; c’est à la une de tous les journaux : le portrait princier placardé sous les titres inquisiteurs. Non sans hésitation, Joe découvre l’identité de celle qui, en ce moment, dort dans sa chambre. Fort de cette opportunité, Joe promet à son rédacteur en chef une interview complète, personnelle, et exclusive de la princesse Ann. Une grosse somme d’argent est mise sur la table, suffisante pour rentrer à New York, suffisante pour quitter Rome.  Il s’empresse alors d’appeler un ami photographe, et se précipite vers son appartement. La belle est là, sous les draps, à côté du lit. Ah oui, le canapé en avait fait office, Joe, galant mais pas trop, s’était réapproprié son lit, poussant la jeune femme sur la banquette. Celle qui hier soir s’apparentait, au mieux, à une sans domicile de luxe, se révélait être en ce matin, une tête couronnée. Et comment réveille t-on une tête couronnée ? On la remet sur le lit dans un premier temps, puis dans un second on lui susurre à l’oreille, un léger mais respectueux : Votre majesté.

Émergente, le sourire toujours aux lèvres, la princesse commence par raconter son drôle de rêve, à celui qu’elle croît être son docteur. Mais, ouvrant les paupières, découvrant les modestes moulures du plafond, le rêve se prolonge ou du moins la réalité continue. Un petit lit, une petite pièce, un grand homme. Et quel est le premier réflexe d’une princesse qui se réveille dans le petit lit d’un grand homme ? On vérifie qu’on a bien son bas de pyjama. Cela fait, on découvre que l’on a été recueilli alors que l’on dormait sur un banc, puis l’on tisse discrètement les files d’une identité non royale. La princesse Ann, est Anya, étudiante en fuite. Enfin on se fait prêter de l’argent et l’on rentre chez soi. Alors, mille lires en poche (quelques dollars) Anya se retrouve seule dans Rome. Et que fait une princesse seule pour la première fois avec quelques dollars en poche ? On achète des chaussures, on se coupe les cheveux, on mange une glace. On profite pleinement, histoire d’apercevoir ce que l’on nous refuse le temps d’une journée, parenthèses d’une vie volée.

Mr Joe Bradley n’a évidemment pas laissé filer sa proie, il la traque depuis qu’elle a quitté son appartement. Prétextant une fortuite rencontre, il l’invite à boire un verre, et sous le soleil romain, elle accepte. Ils y retrouvent Irving (Eddie Albert), l’ami photographe, qui immortalise discrètement la première cigarette de la princesse. Joe prétend être vendeur à la prétendue étudiante. Et, tout deux sous couvertures, se laissent porter par la folie urbaine. Parcourant la ville à dos de vespa.

roman-holiday-vacance-romaines-vespa-ballade

In the mood for Rome

Bon évidemment, c’est une histoire d’amour. Sur le papier c’est presque cliché : une belle ville, une belle fille, un beau mec… Des mensonges, des secrets etc. Mais voilà c’est les fifties et c’est délicieux. Suante et fraiche : Rome est brûlante, Rome est omniprésente ! La ville dévore la caméra, s’immisce, se glisse dans tous les plans. Cette immersion dans la capitale n’est pas sans rappeler Le voleur de bicyclette (1949). Mais là où De Sica en faisait l’amphithéâtre d’un drame, Wyler utilise l’énergie abondante de la foule, le magnétisme antique du Colisée pour légitimer cet amour d’un jour. Et L’intelligence du film réside évidemment dans sa dernière partie, lorsque Joe est amené à la revoir, lors d’une conférence de presse. Où, sobrement, Anya redevenue princesse et Joe redevenu journaliste, comprennent et se font comprendre, par le regard, par de courtes phrases distillées, qu’ils s’appartiennent dans le passé, mais qu’à l’avenir ils ne peuvent être que des souvenirs.

A l’ombre des arcades, Audrey Hepburn qui est toujours plus jolie en noir et blanc (Ariane, Sabrina de B. Wilder) s’élève en figure d’une élégance disparue sous la caméra de W. Wyler. Égérie gracieuse, forte ou fragile, on ne sait pas trop, mais rayonnante de bout en bout de ses vacances romaines.

Vacances romaines Bande annonce

Fiche Technique: Vacances romaines

Titre original : Roman Holiday
Date de sortie : 27 août 1953
Réalisation : W. Wyler
Scénario : Ian McLellan Hunter/ John Dighton
Interprétation : Audrey Hepburn/ Gregory Peck/ Eddie Albert
Musique : Georges Auric
Photographie : Henri Alekan et Franz Planer
Production : Robert Wyler et William Wyler
Durée : 112 minutes
Genre : Comédie Romantique

L’Interview qui tue, un film d’Evan Goldberg et Seth Rogen: Critique

De deux choses l’une, ou bien le pouvoir nord-coréen a des goûts cinématographiques exécrables, ou bien Kim-Jong un est le dirigeant en exercice le plus susceptible, les deux sont probablement vrais. L’Interview qui tue (titre français épouvantable de ridicule) est bien un film atroce qui démontre l’absence de culture du « leader suprême », qui lui accorde une importance qu’il ne mérite pas.

Synopsis : Présentateur d’une émission people à succès, Dave Skylark tente de gagner sa légitimité de journaliste en allant interviewer le leader nord-coréen Kim Jong un. La C.I.A. lui demande alors de participer à l’assassinat du chef d’état.

La Grande Usurpation

Le cas Kim

C’est aussi la seule œuvre à ce jour, qui met en scène la mort par assassinat d’un chef d’état en cours de mandat, parions que nul ne se le serait permis s’il ne s’était agi d’un pays autre que celui-là. On pourra y voir une sorte de mépris contestable de la part des producteurs, qui pourront pourtant remercier Kim-Jong un de la formidable publicité qu’il a faite à une comédie ridicule qui autrement, été promise aux tréfonds du box-office international. Depuis l’affaire de piratage informatique, voir ce film est devenu un acte de « rebellitude » pour adolescents aux joues bombardées d’acné juvénile et purulente.

L’humour sans esprit

Soyons tranchant, The Interview (le titre v.o. est quand même moins insupportable) est totalement nul, à deux ou trois exceptions près. Il raconte le long cheminement d’un présentateur télé totalement imbécile et superficiel, vers la rédemption journalistique que pourrait lui offrir l’interview du chef d’état coréen. Nous sommes censés voir une comédie, mais pour être drôle, encore faut-il avoir de l’esprit et pour avoir de l’esprit, encore faut-il être doté d’un cerveau. De cerveau il ne semble pas y en avoir ici, tant le film ne semble pas savoir ce qu’il veut. On passe sans cesse d’une pâle critique d’un régime totalitaire à bout de souffle (qui méritait un traitement plus profond et documenté), à une comédie pas drôle qui lorgne le travail des frères Farrelly, sans jamais parvenir à se lâcher. On est dans le même humour scatophile et sexuel, mais là où les frangins maitrisent la mécanique du fou rire, Evan Goldberg et Seth Rogen (déjà responsables de C’Est La Fin) n’ont qu’un vieux moteur rouillé qui tousse au lieu de rigoler. On aurait aimé du cynisme, de l’ironie bref, un second degré qui aurait vraiment rendu le film subversif. Au lieu de ça, ses créateurs choisissent la facilité et s’en prennent frontalement au régime coréen, se contentent du coup d’enfoncer des portes ouvertes, sans rien apporter de neuf ni au genre de la comédie, ni à l’aspect politique de l’histoire. Pourtant, il y avait matière à faire grincer les dents avec un tel sujet et pas seulement celles de Kim Jong un, il aurait pu y avoir des retours de manivelles soulignant les pertes de libertés individuelles que nous subissons depuis le début de la guerre contre le terrorisme.

Dans la peau de Jim Carey

Ajoutez-y des acteurs qui tentent le contre-emploi sans savoir que ça ne marche pas à tous les coups et que n’est pas Jim Carey qui veut, vous obtenez un mélange aussi digeste que la dinde fourrée aux marrons de tata Lucette un soir de réveillon. Car oui messieurs dames, James Franco (La Planète Des Singes, l’Affrontement), acteur plutôt prometteur, joue ici le journaliste débile et pompe son jeu sur celui de Jim. Il lui pique ses mimiques, ses grimaces, ses gesticulations mais oublie de lui emprunter un peu de son talent. Du coup le petit James se transforme en tête à claques stressante qui provoque des envies de meurtre. Seth Rogen (22, Jump Street) qui joue son sparring partner, est à peine moins énervant, il faut dire que son rôle est un peu moins ingrat et laisse quelques moments de bravoure…ridicules. Il ne reste finalement que la délicieuse Diana Bang (Bates Motel, Continuum), superbe officière coréenne, qui permettra aux connaisseurs de soulever un sourcil de plaisir à défaut de s’endormir.

On ne rit jamais

Finalement c’est peut-être la réalisation qui marque le plus, nous faisant prendre le visage à deux mains… de consternation. Il y a bien une ou deux véritables idées, comme la combustion finale du dictateur, esthétiquement réussie grâce à un ralenti bien utilisé. Mais on retrouve ici toute la finesse d’un Gérard Depardieu, juché sur son scooter et qui se retrouverait face à deux gendarmes, découvrant stupéfaits qu’il ait fait exploser le ballon dans lequel il soufflait. Sincèrement on est navré pour l’équipe du tournage qui participe à cette mascarade, consterné par ses allusions stupides au Seigneur Des Anneaux de Jackson qui ne mérite pas ça, consterné par la chanson finale qui n’est autre que le « Wind Of Change » des Scorpions (chanson lourde de sens, elle) et donne l’espoir d’un vent nouveau sur la Corée du Nord. Sauf qu’ici c’est totalement déplacé, ça ne fait pas rire, pas rêver, juste grincer des dents à s’en faire saigner les gencives.

Kim Wild !

Vous l’aurez compris, The Interview est une gigantesque imposture qui est aussi irrévérencieuse que les vœux d’un président un soir de Saint-Sylvestre. C’est la même chose en fait : c’est long, c’est pénible et ça donne envie de pleurer tant c’est vide. The Interview n’est rien, ni drôle, ni méchant et mérite de disparaître sans que personne ne se donne plus la peine d’aller le chercher en toute illégalité sur le net. Jamais un film n’aura autant usurpé le foin médiatique qu’il a fait. Mais finalement, personne n’a jamais prétendu qu’il était bon, juste qu’il a dérangé un dictateur de pacotille dans un pays moribond et qui affiche à la face du monde l’immensité de son mauvais goût, qui n’a d’égale que sa cruauté folle.

L’interview qui tue – Bande annonce

Fiche Technique : L’Interview qui tue

Réalisateurs : Evan Goldberg & Seth Rogen
Titre original : The Interview
Scénario : Evan Goldberg, Seth Rogen & Dan Sterling
Décors: John Billington
Costumes: Carla Hetland
Photographie: Brandon Trost
Montage: Zene Baker
Musique:m Henry Jackman
Production: Evan Goldberg, Seth Rogen & James Weaver
Société de production, Point Grey Pictures
Distribution : Columbia Pictures, Sony Pictures
Budget : 30 000 000 dollars
Pays: U.S.A.
Durée: 112’
Distrobution : James Franco, Seth Rogen, Lizzy Caplan, Randall Park, Diana Bang

Auteur : Freddy M.

A Most Violent Year, un film de J.C. Chandor – Critique

Synopsis : New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’Abel Morales, un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

L’American Dream désenchanté

Abel Morales (Oscar Isaac) a le profil parfait de l’immigré qui a réussi : homme d’affaires remarquable, patron d’un business florissant et plus que rentable, lui permettant d’entretenir sa petite famille dans une luxueuse maison, Abel se garde de participer à toutes magouilles, qui sont pourtant monnaie courante dans le milieu de la vente et du transport pétrolier. Son crédo : ce qui importe, ce n’est pas de réussir, mais le chemin qu’on a pris pour y arriver. Anne Morales (Jessica Chastain), sa femme, est un personnage plus ambivalent : admirative de la conviction morale de son mari, persuadée de sa réussite, elle est activement engagée dans l’entreprise dont elle gère –plus ou moins légalement-  la comptabilité. Abel, à la fois dur et attachant, sa femme et son avocat (l’excellent Albert Brooks, vu dans Drive notamment) forment un trio solide où règne a priori une parfaite transparence.

Seulement, Abel et ses associés se retrouvent bien seuls dans un monde de brutes où les entreprises concurrentes n’hésitent pas à faire tabasser leurs conducteurs de camions, en plein Manhattan. Le pauvre Abel assiste impuissant aux vols quotidiens de ses litres de pétrole, refusant jusqu’au bout que l’on donne des armes à ses conducteurs pour qu’ils puissent se protéger.

A Most Violent Year montre en fait le basculement d’un personnage confrontés aux dessous de l’American Dream. Abel perd progressivement, presque inconsciemment, son intégrité morale du début, face à un marché impitoyable et une ville corrompue jusqu’à l’os. Il devient le « gangster » qu’il ne voulait pas être.

Oscar Isaac et Jessica Chastain : un duo efficace

La réussite du film de J.C. Chandor repose en grande partie sur le couple Abel-Anne, un duo séduisant à la tête d’une grande entreprise d’achat et de transport de fioul. Lui, brun ténébreux, elle, blonde platine, les deux personnages sont à la fois complémentaires et antagonistes. Si au premier abord il paraît être l’homme de tête, le patriarche, les rôles s’inversent rapidement : Anne, fille d’un de ces « gangsters » du capitalisme, n’a pas toute la rigueur morale d’Abel et semble prête à emprunter les chemins « faciles » que ce dernier se refuse justement à emprunter.

Les mouvements lents et réfléchis d’Abel, la nervosité de la fumeuse Anne, traduisent cet antagonisme profond qui éclate lors de plusieurs scènes en huit clos où ces deux personnalités fortes entrent violemment en conflit. Progressivement, Anne parvient à faire fléchir l’incorruptible Abel : face à la menace de voir son entreprise s’effondrer, il ne lui reste pas d’autres choix que d’accepter de jouer, comme tout le monde, le jeu de la fraude fiscale.

A Most Violent Year s’inscrit ainsi dans la lignée de Margin Call (2011), premier film du réalisateur, comme critique acerbe d’un capitalisme agressif où domine la loi du plus fort. Dans un New York industriel, entre voies ferrées et terminaux maritimes à l’abandon, le réalisateur nous offre des scènes magnifiques de courses poursuites effrénées, pour un film qui marque, sans doute, la naissance d’un futur grand du cinéma américain.

Most Violent Year : Bande Annonce VOST

Fiche Technique : A Most Violent Year

États-Unis – 2014
Réalisation: J.C. Chandor
Scénario: J.C. Chandor
Interprétation: Oscar Isaac (Abel Morales), Jessica Chastain (Anna Morales), Alessandro Nivola (Peter Forente), David Oyelowo (Lawrence), Albert Brooks (Andrew Walsh), Glenn Fleshler (Arnold Klein), Elyes Gabel (Julian)
Distributeur: A24 Films
Date de sortie: 31 décembre 2014
Durée: 2h05
Genre: Drame, Thriller, Policier
Image: Bradford Young
Décor: Doug Huszti
Costume: Kasia Walicka-Maimone
Son: Steve Boeddeker
Montage: Ron Patane
Musique: Alex Ebert
Producteur: Neal Dodson, Anna Gerb
Production: Before The Door Pictures, Washington Square Films, Participant Media

 

The Affair, saison 1 : critique de la série

The Affair est la première création américaine d’Hagai Levi, écrite à deux mains avec Sarah Treem. Il était le créateur de Betipul pour la télévision Israélienne, adapté aux USA, sous le titre In Treatment diffusé par HBO, avec Sarah Treem à la production et au scénario. C’est donc logiquement que les deux scénaristes se retrouvent sur un projet commun, l’histoire d’un adultère, du point de vue de la femme et de l’homme.

Synopsis : Au début de l’été, Noah, un homme marié et père de quatre enfants, fait la rencontre d’Alison, une femme mariée elle aussi, qui pleure la mort récente de son enfant. Dès le premier regard échangé, le coup de cœur est instantané et partagé. Commence alors une relation adultérine.

Une affaire dans l’affaire

On retrouve Noah Solloway et Alison Lockhart, interprétés par deux acteurs britanniques, Dominic West et Ruth Wilson. Le premier, inoubliable interprète de l’inspecteur Jimmy McNulty dans The Wire, la seconde d’Alice Morgan dans Luther, où elle est troublante en meurtrière froide et intelligente, vivant une relation complexe et perverse avec John Luther, interprété par Idris Elba.

Noah Solloway est marié à Helen (Maura Tierney) et père de quatre enfants. Ils partent en vacances d’été chez les parents de sa femme, Bruce (John Doman) et Margaret Butler (Kathleen Chalfant). Lors du premier jour, Noah va croiser le regard d’Alison, mariée à Cole (Joshua Jackson), ce sera le début de leur romance.

Cette liaison est racontée façon Rashomon, du nom du classique d’Akira Kurosawa datant de 1950. Chaque épisode se scindant en deux parties (à l’exception d’un seul) : la version de Noah (écrite par Hagai Levi) et celle d’Alison (écrite par Sarah Treem). Ce procédé a aussi été utilisé en début d’année dans True Detective, chaque protagoniste racontant presque la même histoire, mais avec des divergences et un vécu différent, sans que l’on sache vraiment, où est la vérité. C’est avec justesse et profondeur que cet adultère est raconté, le sujet étant simple, mais sa narration le rend complexe, ne sachant pas quelle est la part du réel et du fantasme.

Mais c’est surtout l’intimité qui s’installe entre ces deux êtres, qui est le plus important. Elle est meurtrie dans sa chair, par le décès de son enfant, son mariage en souffre, la douleur étant plus forte que tout, avant qu’elle ne rencontre Noah. Lui semble désabusé, en manque d’inspiration pour son second roman, perdu dans une vie qui ne lui convient plus vraiment. Il lui permet d’oublier sa douleur et elle devient sa muse. Le lieu est idyllique : une station balnéaire en plein été. Le soleil, le ciel bleu et la mer, un contexte idéal pour un flirt estival, devenant rapidement passionnel, puis amoureux. La réalisation léchée, offre un bel écrin pour les deux amants.

L’alchimie entre Ruth Wilson et Dominic West est une des principales réussites de la série. Leur passion est palpable à chaque regard, sourire, caresse et baiser échangés. On sent le désir entre eux, plus cérébral chez elle et plus physique chez lui. Il n’est pas étonnant de les retrouver nominés comme meilleure actrice et acteur dans une série dramatique aux Golden Globes. Car n’oublions pas, que c’est surtout un drame familial. Leur passion a des conséquences, qui se répercute sur la vie de chacun.

Pour pimenter l’ensemble, on retrouve une enquête en toile de fond. Le détective Jeffries (Victor Williams) est chargé de l’affaire, celle du meurtre d’un des personnages. Il interroge les deux amants, chacun séparément, accentuant les divergences entre les deux récits. Il les manipule, en mentant aussi sur lui-même, donnant lieu à un jeu du chat et des deux souris. Cela devient difficile, de faire la différence entre la vérité et le mensonge.

Hagai Levi a fait une concession avec ce meurtre, il a avoué dans une interview, avoir adapté son histoire au public américain, alors qu’il voulait se concentrer exclusivement à la liaison. Cela ce sent, tant elle semble superflue. Il aurait été peut-être plus intéressant de développer les personnages secondaires : Maura Tierney et Joshua Jackson, tout comme les rapports entre Dominic West et ses enfants, ce qui était le cas dans le premier épisode, beaucoup moins par la suite. Le couple Ruth Wilson/Dominic West est magnifique, mais ils vampirisent l’ensemble, ce qui a pour conséquence d’éclipser le reste du casting, qui ne manque pourtant pas de talents.

La série semblait construite pour une unique saison, du moins en apparence. Avec son renouvellement, malgré de faibles audiences mais face à son succès critique, Showtime offre l’opportunité aux créateurs, d’approfondir cette relation, qui évite les clichés et ne tombe pas dans la facilité.

Fiche technique : The Affair

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisateurs : jeffrey Reiner, Carl Franklin, Mark Mylod et Ryan Fleck
Scénaristes : Sarah Treem, Hagai Levi, Kate Robin, Dan LeFranc, Eric Overmeyer et Mélanie Marnich
Distribution : Dominic West, Ruth Wilson, Maura Tierney, Joshua Jackson, Julia Goldani Telles, Victor Williams, John Doman, Kathleen Chalfant, Mare Winningham, Colin Donnell, Danny Fisher, Michael Godere, Kaija Matiss, Lynn Cohen, Deirdre O’Connell, Jake Siciliano, Jadon Sand et Leya Catlett
Musique : Marcelo Zarvos
Photographie : Steven Fierberg
Producteurs : Sarah Treem, Hagai Levi, Eric Overmeyer et Mark Mylod
Chaîne de diffusion : Showtime
Genre : drame
Nombre d’épisodes : 10 épisodes de 55mn

Whiplash Musique, la BO / Trame sonore

0

Musique Whiplash : Le Fight Club Jazzy

Whiplash, est un film dramatique américain, écrit et réalisé par Damien Chazelle (Grand prix à Deauville et à Sundance), sur une musique composée par Tim Simonec et Justin Hurwitz. La musique Jazz est le cœur de la relation intense entre Andrew, jeune batteur de 19 ans du Shaffer Conservatory de Jazz incarné par Miles Teller (Divergente, The Spectacular Now ou encore Projet X), et son professeur interprété par un hallucinant J.K. Simmons (qui s’est illustré déjà dans la série Oz dans le rôle de Vernon Schillinger, et dans New York District), un mentor de la même trempe que le célèbre Sergent instructeur Hartman de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick.

Démolissant les clichés du genre musical, les répétitions au conservatoire deviennent une véritable arène, un duel entre deux passionnés de musique à la recherche de l’Absolu. Pour transcrire ce voyage « cymbalisant » la difficulté d’être un artiste, la musique devient sang, larmes et sueur.

Une partition installant le spectateur dans un univers jazzy, dopé au rythme terrassant de la batterie, complètement happé par cet univers de sons tantôt légers et aériens, tantôt lourds et oppressants. La bande son de Tim Simonec et Justin Hurwitz (plusieurs fois nominés aux Golden Globes) est viscérale, les morceaux d’anthologie raviront les amoureux de Jazz… Cette musique orgasmique alliée à une réalisation insufflant la vie, l’énergie à ses instruments tels trompettes, cordes, cuivres, trombone, vents, cymbales ou encore la batterie, est magistralement orchestré.

Whiplash, c’est une ambiance tétanisante, l’incarnation de la musique dans l’univers physique. L’écran donne corps à une véritable expérience des sens. Une performance toxique avec des dialogues inoubliables (« Are You a rusher? Are you a dragger? Or are you gonna be on my FUCKING Time?! »), un duo d’acteurs exceptionnel et une apothéose dantesque. La batterie y est filmée comme jamais, un déchaînement paroxystiquechaque percussion nous assomme le tempo magistralement.

Whiplash Musique – Extrait de la bande son 

Whiplash : un film singulier, immersif, saignant, un Full Metal, un Fight Club Jazzy incluant dans sa bande sonore des artistes tels que Stan Getz, Duke Ellington, Juan Tizol…

Damien Chazelle voue un véritable amour à la musique Jazz, à travers ce deuxième long métrage, le réalisateur rend un bel hommage à Buddy Rich, le batteur virtuose de Charlie Parker aux solos légendaires.

Notons qu’en 2009, Damien Chazelle a réalisé un film indépendant sur le Jazz intitulé Guy and Madeline on a Park Bench (sans date de sortie en France), mettant à l’honneur les musicals old fashion, sur une série de chansons composées par Justin Hurwitz.

Soundtrack Whiplash

Interprété par Justin Hurwitz /Tim Simonec

I Want To Be One Of The Greats”
1. Snare Liftoff [Dialogue] (:43)
2. Ouverture (3:19)
Ecrit par Justin Hurwitz
3. Too Hip To Retire (3:03)
Ecrit par Tim Simonec
4. Whiplash (1:55)
Ecrit by Hank Levy
5. Fletcher’s Song In Club (1:28)
Ecrit par Justin Hurwitz
6. Caravan (9:14)
Ecrit par Duke Ellington & Juan Tizol
Arrangé par John Wasson

“If You Want The Part, Earn It”
7. “What’s Your Name” [Dialogue] (1:30)
8. Practicing (1:43)
Ecrit par Justin Hurwitz
9. Invited [Includes Dialogue] (:54)
Ecrit par Justin Hurwitz
10. Call From Dad (:40)
Ecrit par Justin Hurwitz
11. Accident (5:21)
Ecrit par Justin Hurwitz
12. Hug From Dad (1:19)
Ecrit par Justin Hurwitz
13. Drum & Drone (1:34)
Ecrit par Justin Hurwitz
14. Carnegie (:36)
Ecrit par Justin Hurwitz
15. Ryan / Breakup (:31)
Ecrit par Justin Hurwitz
16. Drum Battle (2:21)
Ecrit par Justin Hurwitz
17. Dismissed (2:51)
Ecrit par Justin Hurwitz

“He Was A Beautiful Player”
18. “Good Job” [Dialogue] (1:28)
19. Intoit (3:19)
Ecirt & interprété Stan Getz
20. No Two Words (1:41)
Interprété par Nicholas Britell et Justin Hurwitz
Ecrit par Justin Hurwitz
Produit par Nicholas Britell
21. When I Wake (3:50)
Ecrit par Justin Hurwitz
Prduit par Nicholas Britell
22. Casey’s Song (1:57)
Ecrit par Justin Hurwitz
23. Upswingin’ (2:12)
Ecrit par Tim Simonec

Rehearsal Medley:
24. First Nassau Band Rehearsal /
Second Nassau Band Rehearsal /
Studio Band Eavesdrop /
Studio Band Rehearsal After Breakup (1:34)
Ecrit par Tim Simonec

 

Hard Day, un film de Kim Seong-hun : Critique

0

Critique Hard Day

Synopsis: En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère. Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Inconnu dans nos contrées, le réalisateur coréen Kim Seong-hun est un homme patient et perfectionniste qui prend le temps nécessaire pour écrire ses films. Avec Hard Day, il est à la tête de son second long-métrage. Pourtant, il ne s’agit que du premier à trouver le chemin de nos salles hexagonales. En 2006, après une comédie noire ayant reçu un accueil mitigé (il dira « j’ai été le seul à trouver le film drôle »), il se lance dans l’écriture d’un nouveau scénario après avoir visionné Volver de Pedro Almodovar. C’est en s’interrogeant sur la manière dont un homme peut se débarrasser d’un cadavre que les sens du cinéaste se sont excités. Il revendique fièrement un film de genre décalé. Un long métrage qui serait à la croisée du cinéma des Frères Coen pour l’humour noir et du talent de son illustre aîné, Bong Joon-Ho (Memories of Murder, The Host, Snowpiercer). Déçu par l’accueil mitigé de son premier film, il travaille durant huit ans l’écriture d’un projet de polar décalé. Il jugera que c’était le temps nécessaire (« mais effectivement trop long ») pour arriver à un scénario qui contienne suffisamment de cohérence et de situations à rebondissements pour obtenir l’effet voulu. Celui d’un film en constant équilibre entre l’humour et la tension. Hard Day est une telle accumulation de malchance que le film semble faire des clins d’œil à ces personnages de cartoons plongés malgré eux dans une escalade de poisse. Il en résulte au final un film nerveux, tendu, jouissif mais freiné par quelques longueurs, des scènes beaucoup trop alambiquées et une morale franchement discutable.

Enterre-moi si tu peux

Rarement un personnage n’aura été aussi proche de la définition littérale d’anti-héros. Corrompu jusqu’à l’os, empêtré dans des enquêtes judiciaires, père de famille absent, le personnage principal est un flic tout ce qu’il y a de plus ripou. Alors qu’il se rend à la morgue où est entreposé le corps de sa défunte mère, il est malencontreusement impliqué dans un tragique accident. Au volant de sa voiture, il est venu percuter un individu au beau milieu de la route. Ce dernier décédant sur le coup. Les ennuis de notre protagoniste ne concernent désormais plus que sa propre personne. Fini les problèmes collectifs (l’enterrement de sa mère avec la famille, l’enquête judiciaire avec ses collègues), il va devoir régler tout cela par sa seule logique précipitée. Une logique des plus insensée qui l’amènera à transporter le corps de l’individu, le déposer dans le cercueil de sa mère et échapper sans cesse aux contrôles à la police. Et si déjà là, on pouvait tenir un brillant court métrage d’une ironie et d’une loufoquerie sans nom, l’intrigue ne s’arrête pas là et va enchaîner les situations les plus rocambolesques. L’arrivée d’un antagoniste plus fourbe que notre personnage principal sera le prochain vecteur du film et sonnera comme le début d’ennuis toujours plus poussifs. Il y a là un vrai plaisir viscéral à voir toutes les situations les plus inimaginables lui tomber dessus. Une empathie semble naître à son égard tant chaque problème réglé semble en amener de nouveaux, l’enfonçant un peu plus dans une situation irrécupérable. Avec l’arrivée de cet intrus, une ambiguïté se dessine soudainement chez notre héros et il commence à révéler une profondeur psychologique et altruiste insoupçonnée. Le cinéaste nous fait prendre conscience que son héros agit de la sorte malgré lui, et aimerait raisonnablement éviter d’avoir recours à ce genre de solutions abominables. Pourtant, si au départ, on pouvait penser qu’il ne le faisait que pour assurer sa propre personne (individualisme), on comprend finalement qu’il tente de s’en sortir pour assurer également celle de sa fille (altruisme familial). Un homme qui se bat pour sa fille et sa dignité ne peut pas être foncièrement mauvais, semble-nous dire le réalisateur. Et c’est le message très implicite (et très discutable) du film, faut-il agir immoralement pour le bien des autres ? Voilà un discours qui mérite particulièrement réflexion.

Si le personnage remporte finalement (malheureusement ?) l’adhésion du public, il faut néanmoins avoir à l’esprit que Hard Day est un film où presque tous les personnages semblent être des anti-héros. Le réalisateur prend ainsi un malin plaisir à tacler la police de son pays. Alors que le réalisateur se défend d’avoir voulu en donner une image négative, le comportement des autorités coréennes en prend véritablement pour son grade. C’est bien simple, le personnage principal -policier donc de son état- dont la mission est de punir les crimes, ne cesse de maquiller les siens. Sans compter que les agents en service ne semblent être que des pions idiots malmenés par la hiérarchie. La seconde partie du film offre alors une forme de rédemption à son héros, en le faisant donc affronter un personnage indésirable dans l’équation. Hard Day se mue ainsi au bout d’une heure en une forme de chasse à l’homme où l’un comme l’autre vont rivaliser d’ingéniosité pour se mettre des bâtons dans les roues. A ce moment donné, le film perd en rythme ce qu’il gagne fébrilement en affrontement psychologique. Les nerfs du spectateur sont cependant mises à rudes épreuves jusqu’à cet affrontement final, long, intense, tendu et particulièrement jouissif. Une petite merveille de mise en scène en huis-clos.

Il faut reconnaître par ailleurs que, si le scénario part dans tous les sens, la mise en scène de Kim Seong-hun est remarquable de virtuosité. On notera une course-poursuite particulièrement haletante tandis que l’affrontement final -précédemment cité- est d’une réjouissance monstrueuse. La fluidité des plans aériens côtoie la brutalité d’une caméra à l’épaule en passant par une steady-cam des plus appréciables ou la magnificence de certains plans larges. Sur ce point, le cinéaste atteint la hauteur de ses ambitions avec des plans originaux comme cette course-poursuite à pied filmé entièrement en plongé et à une hauteur sensiblement complexe. Le montage y est également ultra-efficace et découpé avec une fluidité chirurgicale. Ce n’est pas pour rien que les techniciens sud-coréens sont reconnus pour l’expertise et la qualité de leur travail sur les images. Cet enchaînement parfaitement exécuté à l’écran témoigne d’une énergie soutenue et d’une succession d’idées visuelles qui ne faiblissent que lors de certaines séquences plombantes.

Hard Day est un polar « Made in Korea » ne laissant que très peu de répit à son spectateur. Alors que le cinéma coréen a redéfini le genre polar par la noirceur et la violence de ses récits, Kim Seong-hun propose une alternative audacieuse au genre en lorgnant du côté de la satire, du thriller et de l’humour noir. Un film tendu et bien barré pour commencer l’année. Perdant un peu de souffle en cours de route, le film aurait tout de même gagné à voir sa durée raccourcie pour se concentrer pleinement sur ses intentions initiales. L’équilibre entre le thriller et l’humour était une ambition louable mais reste au final trop convenu et terre-à-terre pour se démarquer des codes habituels du genre. Il en reste une mise en bouche appréciable avant le vrai plat principal, le jubilatoire Les Nouveaux Sauvages, qui sortira la semaine d’après.

Hard Day – Bande-annonce VOST

Fiche Technique: Hard Day

Titre original: Moo-deom-kka-ji Gan-da
Corée du Sud
Genre: Policier, thriller
Durée: 101min
Sorti le 07 janvier 2015

Réalisation: Kim Seong-hun
Scénario: Lee Seon-gyoon (Go Geon-soo), Jo Jin-woong (bad guy), Jeong Man-Sik (detective Choi)
Image: Kim Tae-Sung
Décor: Lee Mi-kyoung
Costume: Ko Hee-jung
Montage: Kim Chang-ju
Son : Mok Young-Jin
Producteur: Billy Acumen, Cha Ji-Hyun, Dong-Yoon Lee, You Jeong-hun
Production: AD406, Dasepo Club
Distributeur: Bodega Films
Budget : /
Festival: Meilleur Réalisateur aux Grand Bell Awards de Corée 2014

Exodus : Gods and Kings, un film de Ridley Scott : Critique

 Exodus : Gods and Kings, un film Impressionnant mais incomplet

Synopsis: L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Bien qu’un nouveau film de Ridley Scott soit toujours un événement, il faut bien avouer que ces derniers temps, le Britannique s’est quelque peu embourbé dans les échecs critiques (Prometheus) et/ou commerciaux (Cartel), tout en passant par les œuvres oubliables du grand public (Mensonges d’État). La question se pose donc aujourd’hui : Ridley Scott, du haut de ses 77 ans, est-il un réalisateur qui puisse à nouveau proposer un nouveau long-métrage du même calibre qu’Alien, Thelma et Louise ou bien Gladiator ? Exodus : Gods and Kings est donc sa dernière chance de montrer qu’il est encore l’homme de la situation pour mettre sur pied ses futurs projets (The Martian et Prometheus 2, ayant passé la main pour Blade Runner 2). Et ce film a de quoi donner de l’espoir, malgré un résultat pour le moins imparfait.

Ridley Scott a beau avoir une filmographie en dents de scie, il a toujours su montrer qu’il était fait pour le métier de réalisateur en livrant des films à l’esthétique hautement maîtrisée. Un sens du détail à la limite de la manie (pour ne pas dire la paranoïa) qui s’est confirmé avec des œuvres comme Alien, Blade Runner et surtout la plupart des films historiques de sa conception : 1492 : Christopher Colomb, Gladiator, Kingdom of Heaven, La Chute du Faucon Noir, American Gangster… Du grand spectacle hollywoodien qui nécessite forcément tout un lot d’accessoires, de décors, de maquillages, et autres costumes, pour donner un semblant de crédibilité et permettre au spectateur de plonger sans mal dans l’époque voulue. Avec Exodus : Gods and Kings, le public était en droit d’attendre un tel divertissement, surtout avec un budget avoisinant les 140 millions de dollars. De ce côté-ci, Scott ne déçoit aucunement. Une fois de plus, le réalisateur s’est entouré des bonnes personnes pour dresser une Égypte tout bonnement impressionnante du point de vue visuel. Le film est un régal pour la rétine, proposant ce qu’il faut de détails en arrière-plan et de réalisme, pour effacer toute trace qui aurait été nuisible à ce résultat.

Ne reste plus qu’à savoir si Exodus se présente comme le nouveau Gladiator ou bien un ersatz de Robin des Bois, film de genre du pauvre sur le plan spectaculaire. De ce point de vue, cette version de Moïse se range plus du côté du péplum romain. Bien qu’il l’avait déjà montré avec Prometheus malgré son scénario hautement bâclé, le Britannique prouve qu’il peut encore en mettre plein les yeux. Il suffit de voir le début du film, une simple bataille comme le cinéma hollywoodien en a déjà tant livré, mais suffisamment énergique et bien mise en scène pour capter l’attention. Après, Exodus ne sera qu’une pression qui ne va cesser d’augmenter au fur et à mesure que les personnages exposent leurs ambitions, pour déboucher sur les fameuses Plaies et la séquence de la Mer Rouge, servies par des effets spéciaux de toute beauté (dans un autre genre, 300 et Les Immortels peuvent aller se rhabiller). Le tout accompagné par les créations musicales d’Alberto Iglesias (compositeur attitré de Pedro Almodóvar), qui permettent de souligner le souffle épique qui se dégage de cet Exodus. Quant aux comédiens, ils font leur boulot avec savoir-faire, Christian Bale et Joel Edgerton en tête pour ne citer qu’eux. Divertissement à grande échelle garanti !

Le problème provient du fait que Ridley Scott n’est que réalisateur. C’est-à-dire qu’il ne fait que mettre en images les scripts qu’il reçoit entre les mains, bons ou mauvais. Ce qui explique pourquoi sa filmographie n’a pas si fière allure que ne laisse l’entendre sa renommée. Non pas que ce film soit aussi mal écrit que Prometheus ou incompréhensible que Cartel. Ici, les personnages sont bien écrits (notamment en ce qui concerne la relation fraternelle entre Moïse et Ramsès) et l’ensemble propose de bonnes idées qui, pour certains, frôleront sans aucun doute le blasphème (le but du film étant de donner une version différente et réaliste des faits). Non, ce qui gêne, c’est la même impression ressentie après le visionnage de Kingdom of Heaven : un long-métrage incomplet au possible. Exodus a une version longue qui sera disponible à sa sortie en vidéo, le montage de base fait plus de trois heures… Peu importe, Exodus possède les mêmes défauts : un enchaînement de séquences sans aucun lien réel, haché par des ellipses de grandes ampleurs qui empêchent de mettre en avant la prestation des comédiens (surtout en ce qui concerne Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Aaron Paul), le travail effectué sur les personnages (certains apparaissant/disparaissant comme bon leur semblent) et les différentes idées scénaristiques suggérées. Du coup, difficile de retrouver toutes les thématiques émises par l’équipe du film lors de la promotion de ce dernier (comme le côté psychopathe de Moïse évoqué par Christian Bale) et de trouver un quelconque intérêt à tout cela, sauf d’en avoir pour son argent.

Exodus ne sera donc pas le film qui sonnera le retour de Ridley Scott dans le firmament des chefs-d’œuvre hollywoodiens. Néanmoins, le spectacle qui est offert aux spectateurs saura convaincre sur le savoir-faire encore intact de ce réalisateur. Exodus : Gods and Kings est le blockbuster qui saura clôturer l’année 2014 de manière grandiose (plus ou moins bien que Le Hobbit 3, selon les avis), et c’est déjà une bonne chose ! « À mon frère, Tony Scott » sont les premiers mots du générique de fin. L’hommage a bien plus d’envergure que Cartel, cela ne fait aucun doute.

Exodus : Gods and Kings – Bande-annonce

Fiche technique – Exodus : Gods and Kings

États-Unis, Royaume-Uni, Espagne – 2014
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Adam Cooper, Bill Collage, Jeffrey Caine et Steven Zaillian
Interprétation : Christian Bale (Moïse), Joel Edgerton (Ramsès II), Aaron Paul (Josué), Sigourney Weaver (Tuya), Ben Kingsley (Noun), John Turturro (Séthi Ier), Indira Varma (Miriam), María Valverde (Séfora)…
Date de sortie : 24 décembre 2014
Durée : 2h30
Genre : Péplum
Image : Dariusz Wolski
Décors : Arthur Max et Celia Bobak
Costumes : Janty Yates
Montage : Billy Rich
Musique : Alberto Iglesias
Budget :  140 M$
Producteurs : Peter Chernin, Mark Huffam, Michael Schaefer, Ridley Scott et Jenno Topping
Productions : Scott Free Productions et Chernin Entertainment
Distributeur : 20th Century Fox

Cours sans te retourner, un film de Pepe Danquart: Critique

0

 [Critique] Cours sans te retourner

Synopsis : Entre 1942 et 1944, Srulik, un jeune garçon juif enfui du ghetto de Varsovie, survit en se cachant dans la forêt et en demandant auberge à des polonais compatissants. Mais, pour échapper aux soldats allemands et aux collaborateurs qui sont prêts à le dénoncer, il doit suivre le dernier conseil que lui a donné son père : se faire passer pour un polonais chrétien sans pour autant oublier, au fond de lui, qu’il est juif.

Un étalage outrancier de pathos 

Dès les premières images, la détermination du réalisateur allemand Pepe Danquart de filmer au plus près l’horreur et les conditions de vie précaires du jeune fugitif, saute aux yeux. Dans l’alternance entre les mésaventures, plus ou moins anecdotiques, et les flashbacks de Srulick (qui, par la force des choses, se fait à présent appeler Jurek Staniak), la tonalité larmoyante est bien plus appuyée que la volonté de louer l’instinct de survie qui semble pourtant motiver l’ouverture du film.

Incarné tour à tour par les deux jumeaux Kamil et Andy Tkacz, deux acteurs juvéniles mais prometteurs, le personnage de Srulick devient immédiatement attachant. La misère et la tristesse d’un tel enfant, brutalement privé de ses parents et livré à lui-même, est une figure mélodramatique imparable. Le choix d’adapter les mémoires d’Uri Orlev pour dépeindre la cruauté des soldats nazis à l’encontre des populations juives de Pologne, était donc une garantie d’apporter à son propos depuis longtemps surexploité un point de vue immanquablement tragique.

Le parcours de l’orphelin va d’abord passer par une rencontre avec une polonaise altruiste lui donnant des cours de catéchisme afin de réussir à se faire accepter des autres. Dans cette courte séquence, jouée en duo avec Elisabeth Duda, le film, Cours sans te retourner semble prendre une tournure de thriller psychologique sur fond de thèmes religieux, mais rapidement le scénario va reprendre son schéma épisodique dépourvu d’intrigue autre que celle d’une course contre la mort.

 Depuis son adoption d’un chien, jusqu’à son intégration dans un village sous la houlette de l’armée russe, en passant par son travail dans une ferme, chaque étape de la fuite du jeune héros est prédestiné à s’achever par un drame (qui, de fait, devient ridiculement prévisible). Ces tragédies sont chaque fois soutenues par une même mise en scène qui appuie gauchement, par des gros plans, les larmes du garçon, et par une musique se voulant poignante. Ces procédés tire-larmes lourdingues n’aident aucunement cette redondance de grosses ficelles d’écriture mélodramatique, qui consiste à faire du parcours de ce jeune juif, un spectacle ni émotionnellement ni historiquement pertinent.

Le fait de découvrir, en guise de conclusion, le véritable Uri Orlev pour confirmer la véracité des faits ne fait que renforcer la finalité pompeuse qui relève davantage du voyeurisme obséquieux que d’un quelconque moralisme humaniste.

Cours sans te retourner : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YwsfMMw_l2k

Cours sans te retourner : Fiche Technique

Réalisateur : Pepe Danquart
Scénariste : Heinrich Hadding &Pepe Danquart d’après le roman de Uri Orlev
Interprétation : Kamil & Andy Tkacz (Srulik / Jurek Staniak) ; Elisabeth Duda (Magda) ; Zbigniew Zamachowski (Hersch Fridman, le père de Srulik)
Directeur de photographie : Daniel Gottschalk
Musique : Stéphane Moucha
Montage : Richard Marizy
Producteurs : Pepe Danquart, Susanne Kusche, Uwe Spiller…
Production : Bittersuess Pictures, Ciné Sud Promotion, Arte…
Genre : Drame, Guerre
Durée : 1h 47mn
Date de sortie : 24 décembre 2014

France/ Allemagne – 2014

Whiplash, un film de Damien Chazelle: Critique

 [Critique] Whiplash

Synopsis : Andrew, jeune batteur  au talent insoupçonné a l’ambition de devenir le prochain Charlie Parker. Terence Fletcher, le professeur le plus réputé de son école de musique, lui fait intégrer son groupe. Pour devenir meilleur musicien, Andrew doit surmonter l’humiliation, le sadisme et la manipulation de Fletcher.

Sang, sueur et larmes : la torture mélomane

« Not my quite Tempo » : cette phrase va vous hanter
Sang, sueur et larmes. Voilà à quoi s’attendre en s’immergeant dans Whiplash sur fond de rythme déchaîné de caisses et de cymbales. Pour son second film, Damien Chazelle, le réalisateur américain d’origine française a su trouver le bon tempo de la torture mélomane. Il s’inspire de sa propre expérience en tant que batteur pour réaliser ce film, très bien orchestré. Avant même d’être en salle, ce film a été récompensé au Sundance 2014, Deauville 2014 et a reçu un standing ovation au Festival de Cannes 2014 pour la catégorie « Quinzaine des Réalisateurs ».

Un montage et une réalisation orchestrés
Damien Chazelle, est parvenu à traduire l’univers musical du Jazz à travers la caméra. Avec une manière chirurgicale de découper et monter les scènes, en totale accord avec les performances musicales. On ressent cette alliance amoureuse de la musique à l’image, ainsi que cette volonté de lui rendre corps. Il donne du mouvement au rythme, avec des travelling latéraux sur les musiciens, ces gros plans sur les partitions et les instruments. L’immersion au chœur du groupe musical est telle que l’on devient plus que simple spectateur, mais nous-même maîtres d’orchestre battant le tempo.

Relation maître/apprenti très masochiste
Le récit nous montre cette relation mentor/élève qui devient rapidement celle d’un bourreau et sa victime. Le réalisateur dit même s’être inspiré particulièrement de film de guerre et non de films sur le jazz, pour mieux représenter ce lien entre chef et élève. Full Metal Jacket de Stanley Kubrick devient l’exemple le plus approprié pour dépeindre cette dévotion empoisonnée d’Andrew à Fletcher.

J.K. Simmons interprète avec brio cette figure despotique. Crâne chauve mis en lumière, ridules exacerbés et corps parfaitement athlétique ; il incarne cette autorité tranchante et ambiguë L’acteur a lui-même suivi des études qui le destinait à devenir compositeur. Le personnage de Terence Fletcher est donc difficile à cerner, sous sa poker face de génie, il pousse à bout, torture ses élèves pour les élever au-delà de ce que l’on attend d’eux. Ce professeur représente parfaitement le tyran, surgissant toujours de manière inattendue dans le cadre, aux répliques cinglantes, et à la personnalité difficile à cerner. Presque vu de manière inhumaine et mécanique, il va jusqu’à encenser la souffrance physique du jeune Andrew. Avec des plans serrés sur ces visages crispés, ces muscles tendus et ces gouttes de sueurs que l’on ne peut discerner de ces larmes, le spectateur ressent la douleur autant que la fierté d’Andrew.

Quant à Miles Teler, jeune révélation depuis Divergente et The Spectacular Now, il se surpasse pour Whiplash. Pratiquant la batterie depuis ses 15 ans, il joue réellement lors des scènes de solo. C’est donc bien son sang qui est versé et de véritables ampoules que l’on voit crever sous nos yeux. Le personnage d’Andrew, en recherche désespérée d’attention et d’approbation, rentre alors dans ce cercle pervers d’humiliation et de torture physique pour se faire accepter par Fletcher. Il s’impose d’être le meilleur, dans une cadence inhumaine de répétition, prêt à mourir pour mériter sa place de batteur officiel. Dans la scène de performance finale, les deux personnages sont en osmose dans le cadre, avec un jeu d’échange de regard, digne d’un match de tennis qui décrit parfaitement leur relation compétitive. Ils deviennent également liés dans le récit, à travers leur montagne russe, du succès à la déchéance.

Le succès au gout du sang
On adhère, ou pas, face à ce discours sur la réussite, prouvant qu’en nous donnant corps et âme dans notre but, notre passion, jusqu’à même sacrifier notre entourage, on parvient au succès. Mais ce mérite reste tout de même fragile, comme le montre le film dans un véritable jeu du chat et la souris entre Fletcher et Andrew. Avec l’intérêt du professeur qui peut alors passer d’un élève à l’autre, dans un but de stimulation de la compétition chez Andrew. Le récit dépeint cruellement la réalité du milieu du show business où le succès est éphémère. Au bon vouloir, de ce Dieu du Jazz, Andrew détient les baguettes, comme objet de torture, puis perd ce titre.

Film de Jazz moderne
Au delà du discours sur le succès, le film nous plonge dans l’univers doucereux et rythmé du Jazz. Avec cette esthétique dorée, brune et noire, la lumière donne aux instruments dorés un contraste avec le fond obscur des salles de concert, ce qui augmente cette ambiance à la fois électrique et rassurante.

Avec un regard très actuel, la question de l’héritage du jazz se pose face au désenchantement de ce genre musical. Le film alors prend notre âme musicale aux tripes, accélère notre rythme cardiaque vibrant au tempo des caisses. Jusqu’à la dernière scène, d’apothéose, on est soulevé. Le rythme de notre souffle se fait en accord avec celui du montage. Tout du long, on est mené à la baguette, sans jamais être confortablement installé. On finit à bout de souffle et c’est ce qui fait la beauté du film.

Le film est un une réussite tant filmique que musicale, réinventant le film sur le jazz. Avec une performance merveilleuse des acteurs, et une œuvre étonnamment bien orchestrée par Damien Chazelle, Whiplash sublime nos sens et désynchronise notre myocarde.

Whiplash : Bande-annonce (VOSTFR)

Whiplash : Fiche Technique

Réalisateur : Damien Chazelle
Scénariste : Damien Chazelle
Interprétation : Miles Teller (Andrew), J.K. Simmons (Fletcher), Paul Reiser (Jim), Melissa Benoist (Nicole), Austin Stowell (Ryan), Nate Lang (Carl)
Directeur de photographie : Sharone Meir
Musique : Justin Hurwitz
Montage : Tom Cross
Producteurs : Jason Blum, David Lancaster, Helen Estabrook…
Production : Bold Films, Blumhouse Productions, Right of Way Films
Genre : Drame, Musicale
Durée : 1h 47min
Date de sortie : 24 décembre 2014

Etats-Unis – 2014

Comment tuer son boss 2 : critique du film

Critique Comment tuer son boss

Synopsis : Lassés de devoir se plier aux consignes de leurs supérieurs, Nick, Dale et Kurt décident de monter leur entreprise pour ne plus avoir de patrons. Mais un investisseur habile les prive soudain de capital. Sans ressources, ni recours juridique, nos trois apprentis entrepreneurs mettent au point un plan foireux, consistant à kidnapper le fils de l’investisseur et à exiger une rançon afin de pouvoir reprendre le contrôle de leur entreprise.

Un bon trio dans une suite financière

Après Dumb and Dumber De, la comédie US nous livre une nouvelle suite, Comment tuer son boss 2, à la différence qu’il ne s’est pas écoulé 20 ans pour qu’elle voit le jour, mais seulement 3 ans. Comment tuer son boss avait surpris en s’imposant au box-office, mais à première vue, une suite n’avait pas lieu d’être. De ce fait, l’inévitable question se pose: cette suite est-elle artistique ou financière ?

La réponse est facile, la motivation est purement financière. Le film a peu d’ambition et ressemble à un copier/coller. Les différences sont minimes, on remplace Colin Farrell par Chris Pine, Kevin Spacey par Christoph Waltz et le meurtre, par un kidnapping. La recette marchait bien dans le premier épisode, beaucoup moins cette fois-ci.

La principale qualité du film est son casting. Le trio Jason Bateman, Charlie Day et Jason Sudeikis, fonctionne toujours aussi bien. Mais c’est aussi son défaut. La faute à la trop grande liberté qui leur est offerte, en improvisant régulièrement sous la caméra de Sean Anders, le point très faible de l’ensemble.

Sean Anders remplace Seth Gordon à la réalisation, on lui doit le long et ennuyeux Crazy Dad avec Adam Sandler et Andy Samberg en 2012. C’est aussi un scénariste peu inspiré, ne faisant jamais preuve de finesse et se contentant de taper sous la ceinture. On lui doit aussi le scénario de Dumb and Dumber De, dont on retrouve les mêmes faiblesses : manque de rythme, de personnages forts et de scènes inoubliables.

Même si Jennifer Aniston est toujours aussi irrésistible, Sean Anders a surtout eu envie de lui faire dire le plus d’insanités possibles, sans penser à construire, à justifier ses envolées verbales, certes jouissives, mais tombant au final à plat. Il en est de même avec Kevin Spacey et Christoph Waltz, deux personnages pour un même rôle. En n’innovant pas, on se retrouve avec ces deux acteurs talentueux sous-utilisés, devant se débrouiller avec des miettes. Pire encore, le cas Jamie Foxx, n’apportant plus grand chose, semblant être juste là pour cachetonner. Enfin Chris Pine, digne successeur de Colin Farrell, mais qui a plus d’importance, transformant le trio en quatuor, le seule vraie nouveauté d’un film qui ronronne et se regarde le nombril, en espérant que le tiroir-caisse se remplisse sur le souvenir du premier épisode.

Comment tuer son boss 2 tente d’écorner le rêve américain, avec le mythe du self made man, en faisant preuve de cynisme. Mais cela reste léger et surtout, en prenant l’apparence de Christoph Waltz, un acteur allemand naturalisé autrichien, elle n’assume pas jusqu’au bout, son semblant de critique sur le capitalisme sauvage américain. Ce semblant de critique sociale, sert juste d’excuse pour lancer le trio dans une nouvelle aventure rocambolesque, qui était inévitable et donc trop prévisible.

Ce fameux trio, a beau resté l’attraction principale du film, ils n’en restent pas moins en deçà, de leurs performances dans le premier épisode. Jason Sudeikis étant la principale victime de la présence de Chris Pine, qui vampirise la complicité de ces trois-là. Ils sont en roue libre, Charlie Day enchaînant les crises et les bourdes avec talent, entraînant avec lui ses deux acolytes, dans un concours de stupidités, parfois amusantes et souvent fatigantes. Il n’en reste pas moins, que son abattage permet de rendre l’ensemble moins indigeste, sauf si on est allergique à son talent comique, mais si vous en êtes fan depuis It’s always sunny in Philadelphia, il continuera de vous enthousiasmer. Il en va de même pour Jason Bateman, plus sobre, dans un rôle proche de celui dans Arrested Development, en étant celui qui semble être un peu plus réfléchi, mais juste un peu.

Après son succès surprise, une suite était inévitable. la réussite n’est malheureusement pas au rendez-vous, en n’offrant qu’une resucée sans originalité, le film y perd de sa folie et spontanéité. C’est un film de potes, à voir entre potes, comme Dumb and Dumber De, This is the end ou 22 Jump Street, ce n’est pas désagréable, on passe malgré tout un bon moment, juste un bon moment.

Bande annonce VOST Comment tuer son boss 2

Fiche technique : Comment tuer son boss 2

Horrible Bosses 2
USA – 2014
Réalisation : Sean Anders
Scénario : Sean Anders et John Morris
Distribution : Jason Bateman, Charlie Day, Jason Sudekis, Jennifer Aniston, Chris Pine, Jamie Foxx, Christoph Waltz, Kevin Spacey et Jonathan Banks
Musique : Christopher Lennertz
Photographie : Julio Macat
Montage : Eric Kissack
Producteurs : Brett Ratner et Jay Stern
Sociétés de production : New Line Cinema et Rat Entertainment
Société de distribution : Warner Bros
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie française : 24 décembre 2014

Charlie’s Country, un film de Rolf de Heer : Critique

Critique Charlie’s Country:

 Synopsis : Charlie est un ancien guerrier aborigène. Alors  que le gouvernement amplifie son emprise sur le mode de  vie traditionnel de sa communauté, Charlie se joue et déjoue des policiers sur son chemin. Perdu entre deux cultures, il décide de retourner vivre dans le bush à la manière des anciens. Mais Charlie prendra un autre chemin, celui de sa propre rédemption.

This land is mine  

Dans la lignée de Ten Canoes, un autre film de Rolf de Heer présenté à Cannes en 2006, Charlie’s Country est un film thématique sur les aborigènes d’Australie qui ne va pas dévier de son propos du début à la fin. C’est sa force et sa faiblesse. Lorsqu’ils sont dans le bush, les aborigènes sont silencieux, taiseux, en communication profonde avec la nature, et si l’on veut comme Rolf de Heer, raconter une fiction sur cette base, l’aventure peut devenir rapidement compliquée.

Retrouvant David Gulpilil une nouvelle fois, l’iconique aborigène qui a joué dans certains de ses films, Rolf de Heer co-écrit cette fois-ci avec lui le scénario : cette histoire de Charlie, dans laquelle l’acteur a mis beaucoup de sa propre histoire. Cette histoire relate la difficulté de Charlie et de son peuple à trouver leur place dans une société anglo-australienne qui n’est pas la leur, alors que leur mode de vie ancestral n’est plus accessible.

Charlie vit seul, ne souhaitant pas se soumettre à la promiscuité engendrée par l’indigence des logements octroyés par le gouvernement. Il ne semble pas avoir d’activité connue, si ce n’est d’être « tracker » pour le compte de la police locale, en mettant sa connaissance parfaite du bush au service de la loi pour traquer les délinquants de tous genres. Il est même vaguement ami avec Luke, l’un de ces policiers, dans une sorte de relation d’amour haine, d’incompréhension mutuelle, (le « Black bastard » répondant à un « White bastard » en guise de salutations en disant peut-être plus long qu’une simple blague potache).

Vivant en marge de la société, il fait l’effort de s’y conformer en demandant un logement qu’on lui refuse, sur sa propre terre comme il dit. Partant à la chasse avec son ami, il se fait confisquer armes et gibier. Se sentant pris au piège de cet entre-deux inconfortable, dans ce no man’s land peu accueillant, il se radicalise et retourne vivre dans le bush comme ses ancêtres.

Présenté dans la section « Un Certain Regard » du festival de Cannes 2014, Charlie’s Country est porté par l’interprétation de David Gulpilil, récompensé du prix du meilleur acteur. Dans quasiment tous les plans, il a le regard intense et mystérieux d’une personne habitée. Habitée dans le début du film par l’indignation et la colère, la colère face à ce qu’il vit comme une spoliation de sa terre et de ses droits. Quand il part dans le bush au contraire, le voilà, seul, semblant en paix avec lui-même, avec les chants des oiseaux et des insectes comme seul environnement sonore, pêchant le barramundi à la lance et le cuisant au feu de bois, dans une sorte d’allégresse qu’il souhaite partager avec le poisson lui-même. Le regard d’un personnage et surtout d’un acteur qui semble nous inviter à pénétrer à travers lui dans une partie enfouie de lui-même.

Le film met clairement en exergue le point de vue des aborigènes, la condescendance des blancs à leur égard, et les ravages de l’assimilation forcée dont ils font l’objet depuis 200 ans. Avec l’alcool, cette « rivière d’alcool » comme disent les politiciens australiens en place,  l’alcool comme origine et finalité de tout. Charlie lui-même y succombe au soir de sa vie, comme un pied-de-nez adressé à ces « autres » australiens qui veulent le dépouiller de sa vie, de lui-même. Ces autres australiens, qui prennent soin de lui aussi, quand c’est nécessaire.

Charlie’s Country est simple et linéaire. La nature même de l’histoire de Charlie veut ça, une vie sans histoire, une vie comme en sidération, due à un choc violent pour cet homme issu d’un peuple tribal et pluri-millénaire, jeté violemment dans une culture occidentale incompréhensible, dont à ce jour les aborigènes ne se remettent toujours pas. De là résulte une certaine langueur qui nuit au rythme du film. Il n’est pas non plus filmé de la manière la plus adroite : ainsi, des scènes se répètent en boucle sans apporter la moindre plus-value au déroulement de l’histoire. Plutôt que de rehausser son propos, ces scènes répétitives au contraire affadissent et diluent le contenu de son film.

Mais au-delà de la forme, le fond de Charlie’s Country incite le spectateur à se poser au moins le temps du film, pour épouser les difficultés de cette communauté aborigène dans sa vie quotidienne. Rolf de Heer montre les blancs et les noirs dans leurs conditions respectives, sans animosité ni envers les uns, ni envers les autres, tel ce médecin de Darwin qui soigne Charlie d’un problème pulmonaire, et qui lui demande la permission de l’appeler uniquement Charlie, car dit-il, il n’a pas l’habitude avec « ces noms étrangers », en parlant du patronyme aborigène de l’autochtone Charlie… Une scène qui résume tout, la bonne et la mauvaise foi dans la même personne, l’incompréhension qui ne peut qu’exister entre deux parties de la population qui se sentent autant australiennes l’une que l’autre.

Charlie’s country est un film émouvant qui pêche cependant par un manque de nerf dans la mise en scène. La performance de son acteur principal qui parvient à nous emmener dans son univers aborigène mérite pourtant plus qu’un détour.

Charlie’s Country de Rolf de Heer – bande-annonce

Fiche Technique : Charlie’s Country

Titre original : Charlie’s Country
Réalisateur : Rolf de Heer
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 17 Décembre 2014
Durée : 108 min.
Casting : David Gulpilil (Charlie), Peter Djigirr (Black Pete), Luke Ford (Luke)
Scénario : David Gulpilil, Rolf de Heer
Musique : Graham Tardif
Chef Op : Ian Jones
Nationalité : Australie
Producteur : Peter Djigirr, Rolf de Heer, Niels Erik Nielsen
Maisons de production : Bula’bula Arts Aboriginal, Vertigo Productions
Distribution (France) : Nour Film

 

Kingdom, saison 1 : critique de la série

Critique Série Kingdom

Synopsis : L’histoire de la famille Henderson qui tient un club de karaté mixte dans le quartier de la Navy à Venice en Californie.

De bruit et de fureur 

En 2011, FX lance Lights out, une série avec en toile de fond, l’univers de la boxe, annulée au bout d’une saison, malgré sa qualité, mais l’audience n’était pas au rendez-vous. En 2013, Showtime mettait à l’antenne, une série fortement influencée par Lights out, avec de nouveau la boxe, une famille dysfonctionnelle, mais avec en tête d’affiche Liev Schreiber, plus charismatique et reconnu que Holt McCallany. Le succès est cette fois-ci là, ouvrant la porte à Kingdom, la première série originale de Direct TV.

Kingdom reprend les mêmes ingrédients : un univers viril et violent; mais avec le MMA (Mixed Martial Arts) à la place de la boxe, dans un contexte familial compliqué. Mais à première vue, le casting est moins impressionnant. Dans Lights out, Stacy Keach était la figure paternelle, un homme veuf, en proie à l’alcool. Dans Ray Donovan, on retrouve Jon Voight sortant de prison, un arnaqueur dénué de conscience, honni par son fils Liev Schreiber.

Ici, on retrouve Frank Grillo, découvert dans le film Warrior (2011), au sujet similaire à la série. Un acteur physique, ancien boxeur amateur, une gueule que l’on retrouve dans Captain America 2 et American Nightmare 2 (2014). Il est plus proche d’Holt McCallany, que de Stacy Keach et Jon Voight. Un nom pas encore reconnu, mais qui porte sur ses épaules cette création de Byron Balasco.

Le créateur Byron Balasco a déjà plusieurs séries à son actif, en tant que scénariste : Huff, FBI-portés disparus, FlashForward, Happy Town et Detroit 1-8-7, puis en tant que créateur : Westside et donc Kingdom. C’est fort de ses nombreuses expériences, qu’il se lance dans ce drame familial.

Une série à l’atmosphère sombre, aux personnages torturés, où les corps sculptés cachent des blessures plus profondes, que la violence des coups reçus, à l’entrainement, et dans la cage. Cette cage, élément central ou la rage et frustration de chacun s’exprime, tels des animaux emprisonnés attendant que le gibier y pénètre, pour une mise à mort digne d’un corrida. Cette violence contenue, refoulée, ressortant parfois sous l’influence de l’alcool, délie aussi les langues, et est souvent plus percutante, qu’une droite à la mâchoire.

C’est dans cet univers, que débarque Ryan Wheeler (Matt Lauria), ancienne star de MMA, avant de péter les plombs et de passer 4 ans en prison. Un homme plus proche de l’animal, le loup dans la bergerie, celui qui va mettre à mal l’équilibre fragile dans la salle, mais surtout dans le couple Alvey Kulina (Frank Grillo) et Lisa Prince (Kiele Sanchez), son ex. Alvey Kulina devant aussi composer avec sa difficulté d’être père, auprès de ses deux fils Jay Kulina (Jonathan Tucker) et Nate Kulina (Nick Jonas). Le premier est un talentueux combattant de MMA, mais une tête brûlée, tout le contraire du second, en pleine ascension, au calme apparent. Ils suivent les pas de leur père, ancien champion de MMA. Un héritage lourd à porté, surtout avec un autre retour, celui de leur mère Christina Kulina (Joanna Going), devenue une prostituée et toxicomane.

La qualité de la série, tient par sa réalisation, caméra à l’épaule, collée aux visages et aux corps, en style documentaire, avec une lumière et une photographie réussies. A son casting, où chacun semble porté l’autre vers le haut, d’abord par le biais d’une métamorphose physique impressionnante. Matt lauria en tête, inoubliable Luke Cafferty dans Friday Night Lights. Jonathan Tucker, un habitué des séries avec The Black Donnellys, Ro et Parenthood. Nick Jonas, ancien membre du groupe de pop-rock Jonas Brothers. Ces trois acteurs réussissent à faire oublier leur passé et à camper des combattants de MMA crédibles. Leurs performances sont impressionnantes, mais elles ne sont pas seulement physiques, Kingdom reste avant tout un drame, même si des combats réalistes et bien chorégraphiés, ponctuent certains épisodes. Dans ce monde d’hommes, o* règne aussi Frank Grillo. les femmes ne sont pas en reste, Kiele Sanchez faisant doucement oublier son joli minois, devenant tout aussi dure, qu’eux. Joanna Going, en mère démissionnaire, aux rapports ambigus avec son mari et ses enfants.

Une famille qui semble emprisonnée dans ce milieu, comme Matt Lauria, passant de sa cellule, à la salle de sport, puis à la cage, toujours enfermé, dont le seul exutoire est le combat. Kiele Sanchez, victime consentante, aussi en rupture avec son père. Cette figure du père, qui dicte les actes de chacun, hommes comme femmes. Une influence néfaste, où le bien semble avoir disparu de cette salle vétuste de Venice Beach.

Kingdom est une bonne surprise, un drame réussi, aux dialogues épurés, évitant les artifices, mais sombrant parfois dans la facilité, pour mieux rebondir, en prenant des chemins insoupçonnés. Un pari osé et réussi, mais surtout, la série est renouvelée pour deux saisons, face au succès critique.

Kingdom TV Série – Trailer

Fiche technique : Kingdom

Créateur : Byron Balasco
Réalisateurs : Gary Fleder, Adam Davidson, Dennie Gordon, Tim Iacofano et Michael Morris
Scénaristes : Byron Balasco, Tom Garrigus, Ryan Farley, Alex Metcalf, Fernanda Coppel et Vladimir Cvetko
Distribution : Frank Grillo, Kiele Sanchez, Matt Lauria, Jonathan Tucker, Nick Jonas, Joanna Going, Paul Walter Hauser, Ronnie Gene Blevins, Marc Brandt, Mario Perez, Bryan Callen, Jai Rodriguez, Jamie Harris, Phil Abrams, Jared Ward, Bruce Davison et Andre Royo
Musique : Tyler Bates
Photographie : Sidney Sidell
Producteurs : Byron Balasco, Lynn Stevenson, Vanessa Hayes et Tim Iacofano
Production : Endemol USA
Chaîne de diffusion : Direct TV
Nombres d’épisodes : 10 de 45 minutes