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Melody, un film de Bernard Bellefroid : Critique

Commençant comme un film social que Les frères Dardenne auraient pu réaliser, avec une héroïne en proie à une certaine forme de fracture sociale, Melody est un film aux multiples facettes qui se termine en apothéose dans un maelstrom  d’humanité à fleur de peau.

SynopsisMelody, modeste coiffeuse à domicile, est prête à tout pour réaliser son rêve : ouvrir son propre salon de coiffure. Contre une importante somme d’argent, elle accepte de porter le bébé d’une autre et rencontre Emily, riche Anglaise qui cherche désespérément à en avoir un…

Un enfant de toi

Melody est une jeune coiffeuse à domicile que l’on voit dans la première scène chez une vieille dame. Pour un shampoing et une pose de bigoudis, la vieille dame lui donne près de 100 €, geste généreux qu’elle justifie par son « envie que de bonnes choses (lui) arrivent ». Une jeune femme attachante et gentille donc, que l’on retrouve plus tard de porte cochère en porte cochère, son sac au dos, cherchant visiblement un endroit sûr pour dormir un peu.

Ces premières images s’apparentent en effet beaucoup à certains des films des frères Dardenne pour lesquels le réalisateur belge Bernard Bellefroid ne cache pas son admiration (et qui l’ont aidé considérablement pour son premier court-métrage). Une réalité sociale rapportée sans fioritures, mais suffisamment âpre pour qu’au détour d’une discussion avec une amie, Melody lui rétorque : « Faire ça est moins dangereux que d’être pauvre ». Une phrase qui en dit plus long que certains discours pseudo-pédagogiques sur les conséquences néfastes de la précarité.

Melody veut s’extirper de ce danger, de cette précarité, et envisage d’ouvrir un salon de coiffure. Avec les économies glanées euro par euro chez une vieille dame ou l’autre, elle réussit à mettre une option sur un local déglingué. Pour le reste, sans aucun espoir d’accéder à un prêt bancaire, elle se résout à s’inscrire sur un site de GPA (gestation pour autrui) afin de louer son ventre et faire quelques profits. Très vite, son annonce rencontre preneuse.

Le reste du film raconte la rencontre entre les deux femmes, Melody (Excellente Lucie Debay, star montante belge d’un certain cinéma francophone) qui a la jeunesse et la désinvolture, et Emily (Rachael Blake, actrice aguerrie parfaite dans le rôle à tous les stades) qui a l’argent, et au début du film la condescendance qui va avec. Le propos est de ramener le débat sociétal sur la GPA vers une dimension humaine, étoffée par l’histoire personnelle passée et présente de chacune des deux femmes.

Le spectre des différents sentiments qui animent le tandem est très bien décrit : tout d’abord une sorte d’inconscience et de froideur autour du sujet, comme s’il ne les concernait pas vraiment, ni l’une, ni l’autre. La GPA n’est qu’un objet de transaction marchande, un moyen facile et pratique d’arriver à ses fins.  Puis petit à petit, elle sort de ce cadre commercial pour entrer dans la relation intime de deux personnes qui s’apprêtent à partager leur vie et  la vie d’un individu en devenir, depuis sa mise au monde jusqu’à son éducation. Petit à petit, leur relation se modifie et s’enrichit.  Elles expérimentent tour à tour la méfiance et la confiance, la bienveillance et le ressentiment, la colère et la complicité joyeuse. Tout est amené assez subtilement par Bernard Bellefroid. Melody et Emily sont deux solitudes meurtries qui se sont trouvées, dans une douceur et une sobriété de mise en scène qui éloignent tout pathos, alors même que le scenario est riche en rebondissements plus ou moins théâtraux.

Melody est un film plus complexe qu’il n’y paraît sur la naissance des sentiments, sur la filiation, ou encore sur la question de la responsabilité. Ces sentiments et situations sont comme mis dans un écrin par un sens magnifique du décor, avec des  tournages en milieu naturel, la forêt qui entoure la très belle maison de la riche Emily, cette mer qui borde l’endroit où elles sont parties ensemble dans une sorte de kidnapping réciproque, en attendant le bébé, et dans une ambiance mélancolique qui sied au propos. C’est un film poignant composé de plusieurs scènes portées par deux actrices vraiment émouvantes, des scènes sans aucun apprêt qui présentent les choses essentielles : le sentiment d’appartenance, enfin, pour la jeune Melody ; le sentiment d’accomplissement, enfin, pour une Emily qui a pourtant l’habitude du pouvoir de vie et de mort sur les centaines d’employés de sa société. 

Rachael Blake confirme ce qu’on a vu d’elle dans Sleeping Beauty, le film de l’australienne Julia Leigh : une actrice peu exubérante qui habite intensément des rôles qui semblent taillés sur mesure pour elle. Lucie Debay, qui a le rôle titre, n’est pas en reste, malgré son plus jeune âge, elle impressionne dans le registre de ce qu’elle sait montrer (et jouer, n’ayant pas eu peur depuis Melody d’interpréter le rôle de Corinne, la femme néo-nazie du « Français » du récent film de Diastème). Elles ont reçu conjointement le prix de la meilleure actrice à la session 2014 du Montréal World Film Festival, ce qui vient valider à raison le travail en commun qu’elles ont fourni sur le film de Bernard Bellefroid.

Melody : Bande annonce

Melody : Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 6 Mai 2015
Réalisateur : Bernard Bellefroid
Nationalité : Belgique, Luxembourg, France
Genre : Drame
Année : 2014
Durée : 90 min.
Scénario : Bernard Bellefroid, Carine Zimmerlin, Anne-Louise Trividic
Interprétation : Rachael Blake (Emily), Lucie Debay (Melody), Don Gallagher (Gary), Laure Roldan (Marion), Clive Hayward (Norman), Lana Macanovic (Dr. Sirenko)
Musique : Frédéric Vercheval
Photographie : David Williamson
Montage : Jean-Luc Simon
Producteur : Patrick Quinet,  Claude Waringo,  Gilles Padovani, Serge Zeitoun
Maisons de production : Artémis Productions, Liaison Cinématographique, Mille et une Films, Samsa Film
Distribution (France) : Damned Distribution
Récompenses : Prix de la meilleure actrice partagé par Rachael Blake et Lucie Debay en 2014 au Montréal World film Festival
Budget : NR

 

6 Desires, un film de Mark Cousins : disponible cet été en “Festival-to-Date”

6 Desires, sélectionné pour le 26ème Festival International de Cinéma de Marseille et bientôt disponible en VOD

Mark Cousins est un réalisateur britannique, occasionnellement présentateur et critique de cinéma. IL a interviewé des cinéastes célèbres comme David Lynch, Martin Scorsese ou encore Roman Polanski pour l’émission TV Scene by Scene.

Pour sa troisième année d’expérimentation en partenariat avec The Festival Agency, The TIDE Experiment lance son nouveau format de sortie vidéo, « Festival-to-date ». Le concept est simple : les films dévoilés lors des festivals sont aussi disponibles en Vidéo à la demande (VoD), leur permettant de toucher un public plus large. The TIDE Experiment est un projet soutenu par la Commision européenne engagée dans l’innovation de la distribution.

6 Desires de Mark Cousins, est lancé cet été en “Festival-to-Date” tandis qu’avec les deux autres volets de la trilogie, il sera montré au Festival International de Cinéma de Marseille, le 3 Juillet prochain.
La trilogie entière sera ensuite disponible sur iTunes et Google Play.


Here Be Dragons
Mark Cousins va en Albanie pendant cinq jours, et filme ce qu’il voit. Il découvre que les posters dans les archives des films du pays sont en décomposition. En menant des investigations, Cousins commence à se poser des questions plus approfondies à propos de l’histoire et de la mémoire du lieu. Influencé par l’oeuvre de Chris Marker, le film de Cousins considère davantage l’architecture des dictateurs, l’Albanie du 20ème siècle ayant été marquée par son dirigeant autoritaire Enver Hoxha ; et les grandes peintures icônes d’Onufri.

Dans le passé, les pays peu connus des cartographes étaient estampillés « ici des dragons ». L’Albanie est restée pendant des décennies, l’un des pays les plus fermés du monde. Le film de route, méditatif, de Cousins suit le conseil de Goethe : « si vous voulez comprendre le poète, vous devez aller sur le territoire du poète. »


6 Desires

En 1921, DH Lawrence part sous le soleil de Sardaigne, à la recherche d’un mode de vie plus simple. Son livre, qui décrit son voyage, fait partie des œuvres les plus éclatantes de la littérature.

Lawrence voulait échapper au 20ème siècle, mais il n’y est pas parvenu. La maladie le rattrapa et Mussolini arrivait au pouvoir.

Le film retrace le périple de Lawrence et nous emmène au cœur de sa passion.


Life May Be

Un long métrage épistolaire : un échange cinématographique entre Mark Cousins et l’actrice, artiste et réalisatrice Iranienne Mania Akbari, qui étend la notion du «film d’essai» avec des confrontations surprenantes sur fond de questions culturelles, de politique des genres et des différentes sensibilités artistiques.

Un voyage unique dans l’esprit de deux cinéastes exceptionnels qui devient une histoire d’amour sur le cinéma.

The Mark Cousins Hibrow Trilogy : Trailer

Interview de Mark Cousins :

Everly, un film de Joe Lynch: critique

Si Everly est un cas intéressant dans l’évolution artistico-commercial du cinéma moderne, c’est qu’il est typiquement ce genre de films qui n’a rien à faire en salles mais est, au contraire, le parfait descendant des séries B que l’on louait pour une soirée « bière et pizza devant la télé ».

Synopsis : Retranchée dans un appartement, Everly, une ancienne prostituée devenue fiancée du caïd local puis indic pour la police, doit faire face aux tueurs envoyés par son ex, tout en tentant de protéger sa fille.

Le nanar à l’état pur

Ce genre de plaisir coupable qu’on regarde une fois mais que jamais on achèterait. Le fait qu’il soit distribué directement en VOD sans passer ni par la case grand écran ni même par les rayons de DVD est symptomatique de la nouvelle logique qu’ont les sociétés de distributions (en l’occurrence TF1 Vidéo) d’atteindre directement leur public.

Mais, en fait Everly, c’est quoi ? Des prostitués adeptes d’arts martiaux, des yakuzas surarmés, des tueurs adeptes de séances de torture… Voilà qui donne l’air d’une parodie outrancière du cinéma de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, et c’est exactement ce qu’est le film. Avec une bonne dose d’hémoglobine et d’explosion, de fusillades et de combats aux sabres, ce huis-clos réunit tous les gimmicks du cinéma d’exploitation populaire. Entre les mains de Joe Lynch, un spécialiste du divertissement nanardesque (à qui l’on doit l’impardonnable Détour Mortel 2 et le non moins surprenant Knights of Badassdom), ce mélange donne un résultat qui tient ses promesses en termes d’action telles que peuvent le concevoir les fans de Liam Neeson. Si l’on veut lui trouver des arguments positifs, on peut toujours affirmer que le rythme est relativement soutenu, et que –hormis certaines touches de pathos aussi incongrues que sous-exploitées– le calvaire de cette victime devenant une redoutable tueuse peut s’avérer assez drôle… à condition de le regarder au second degré.

Tant de stéréotypes orduriers (en particulier pour ces pauvres japonais réduits à la caricature de tueurs tatoués) et de situations déjà vus mille fois donnent rapidement un profond sentiment d’indigestion cinématographique. Une heure vingt-cinq qui, malgré quelques poussées d’adrénaline, sont même difficilement supportables tant le scénario est insipide et déborde d’incohérences. Autant en rire alors, en essayant de se dire que le réalisateur ne se prend pas au sérieux. Autre approche pour regarder le film sans risque l’overdose : Profiter du charme de son actrice. Dès le plan d’ouverture, où l’on découvre Salma Hayek, de dos, en petite culotte, il est difficile de résister à la plastique de la belle mexicaine. Et tout ce qui va suivre va faire d’elle une héroïne digne des plus grands films d’action. Ou, plus exactement, d’une héroïne de jeux vidéo. La narration, en faisant se suivre l’un après l’autre des méchants improbables toujours plus dangereux (et, bien souvent, de plus en plus grotesque), est typiquement calquée sur un vieux modèle du Shoot’Em Up.

Il y a peu d’autre intérêt à investir dans le visionnage de ce nanar tourné en Europe de l’est que de voir un actionner ultra-testostéroné mené par un personnage féminin et recyclant tous les effets se voulant les plus funs du genre. Mais, même ça, d’autres films le proposent de façon bien plus réussi… donc, à moins de tenir absolument à voir Salma Hayek en flingueuse badass, Everly sera une pure perte de temps.

Everly : Bande-annonce

Everly : Fiche Technique

Réalisation : Joe Lynch
Scénario : Joe Lynch, Yale Hannon
Interprétation : Salma Hayek, Hiroyuki Watanabe, Akie Kotabe, Togo Igawa, Jennifer Blanc, Caroline Chikezie, Masashi Fujimoto…
Musique : Bear McCreary
Photographie : Steve Gainer
Décors : Ondrej Nekvasil
Montage : Evan Schiff
Production : Luke Rivett, Adam Ripp, Andrew Pfeffer, Rob Paris
Sociétés de production : Crime Scene Pictures, Vega Baby!, Anonymous Content
Société de distribution : TF1
Genre : Action
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 17 juillet 2015 (en e-cinéma)

Etats-Unis – 2014

Découvrez la bande-annonce du film Love & Mercy au cinéma le 1er juillet

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Love & Mercy : dans la peau de Brian Wilson

Sorti le 15 juin 2015 aux USA et ce mercredi 1er juillet en France, Love & Mercy dresse le portrait de Brian Wilson, le chanteur, compositeur et leader des Beach Boys, responsable de la grandeur et du déclin de ce groupe adulé des années 60′ et 70′. Plus qu’un biopic, Love & Mercy est une étude approfondie de la vie de Brian Wilson, de son génie artistique à ses souffrances intérieures en passant par Mélinda (Elizabeth Banks, Hunger Games saga), l’amour de sa vie qui lui a permis de rester en vie.
Pour interpréter le rôle du chanteur schizophrène et dépressif, le réalisateur Bill Pohlad (producteur de Wild, The Runaways, Into the Wild) fait appel à Paul Dano, qui a tourné auparavant dans sa production 12 Years a Slave, ainsi qu’à John Cuzack (Le Majordome, Suspect, Identity). Dans Love & Mercy, les deux artistes interprètent Brian Wilson, avec justesse, à différentes périodes de sa vie, dans les meilleurs et les pires moments…dans le succès, la déchéance et la rédemption.
Passionné de cinéma et de musique, Bill Pohlad, au départ moins fan des Beach Boys que des Beattles, est littéralement tombé amoureux de l’album « Pet Sounds ». Alors, lorsqu’il reçoit le scénario de Oren Moverman (I’m not There, The Messenger), c’est juste une évidence.

Pour Love & Mercy, le réalisateur a étudié à fond le personnage de Brian Wilson et en parle encore avec beaucoup d’émotions :
« Comme je devais connaître un peu Brian, il fallait que je comprenne comment fonctionnait son cerveau. Il avait des hallucinations mais elles n’étaient pas visuelles, elles étaient auditives. Cela m’intriguait beaucoup. Qu’il entende des arrangements complexes, des harmonies et des mélodies que nul autre ne pouvait concevoir (…). C’est une partie de son génie… »

Love & Mercy : bande annonce et featurette

Love & Mercy de Bill Pohlad, Scénario de Oren Moverman et Michael Alan Lerner
Avec John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Kenny Wormald
Produit par Battle Mountain Films et River Road Entertainment

Tale of tales, un film de Matteo Garrone: Critique

Tale of tales, une peinture baroque grandiose mais chargée d’un profond désespoir

Synopsis : Adaptation de trois des cinquante chapitres qui forment le roman Le Conte des Contes (ou Pentamerone) de Giambattista Basile: Celui d’une reine que l’envie d’enfanter pousse à tous les sacrifices, celui d’un roi charmeur tombant amoureux d’une inconnue au simple son de sa voix et celui d’une princesse qui souffre du manque d’affection de son père obsédé par un étrange insecte.

Il n’y a rien d’étonnant que Tale of tales ait à ce point divisé la critique à Cannes tant le virage opéré par Matteo Garonne est radical. Celui qui s’est fait connaitre du public international avec son excellent Gomorra (qui, pour rappel, donnait une image de la mafia napolitaine avec un réalisme proche du documentaire) signe à présent une fable fantastique aux allures gothiques qui, de plus, est tourné en anglais. De quoi désarçonner certains spectateurs qui y verront un retournement de veste à des fins purement commerciales. Et pourtant, le réalisateur défend une certaine continuité : Celle de confronter le réel et l’irréel, la vérité au mythe. Si cette velléité de décortiquer ce qui peut être réaliste dans cette adaptation de contes fantasmatiques est un argument difficile à défendre, le second est davantage recevable. Avant de s’essayer au cinéma, Garonne était féru de peinture. En réunissant une équipe technique composée d’amateurs de tableaux, il s’est assuré de mettre au point une fresque d’une qualité picturale remarquable.

Dès lors que l’on se laisse absorber par cet univers onirique, on plonge dans des aventures, plus ou moins abouties, portées par un excellent casting international. Dans trois royaumes, trois histoires de femmes (de trois âges différents) sont la base d’une narration qui prend la forme d’un film choral. Dans le rôle de la reine tourmentée par sa stérilité, Salma Hayek est impressionnante de froideur. A ses côtés, on remarque un John C. Reilly qui offre une scène de combat maritime impressionnante. Le récit qui va découler de la naissance de leur fils, qui rencontrera ses sosies, est sans conteste le segment le plus flou de l’ensemble du scénario. De son côté, Vincent Cassel réussit à donner à son personnage un charisme que l’on avait plus vu chez lui depuis longtemps. Son histoire, qui le lie à une femme à la double apparence, est incontestablement la partie la plus drôle du film. Enfin, la fable concernant la princesse délaissée par son père, elle profite du physique toujours dérangeant de Toby Jones dont la folie est palpable. Mais plus que les prestations de ce casting de stars, ce qui rend Tale of Tales hypnotique c’est la sophistication avec laquelle Garonne filme ces mythes et légendes, faisant de certains plans des images qui nous scotche à la rétine, tels qu’ Elisabeth Keanner nue dans les bois ou bien encore Salma Hayek dévorant un cœur de dragon.

Mais si le film est si dérangeant, c’est que son irréprochable direction artistique est mise au profit d’un monde où, derrière un certain faste monarchique, tout est laid et parfaitement amoral. Alors que le fait de voir princes et princesses, fées et sorcières, ogres et monstres, donne l’impression d’assister à un Disney, tout dans ce scénario à priori enfantin se fait rapidement rattrapé par sa dimension érotique et malsaine. Et c’est là que l’argument de la confrontation entre le réel et l’irréel que défendait son réalisateur prend tout son sens. En effet, si les premières minutes du film posent les bases de ce monde féérique, en se risquant à rendre certaines scènes fantastiques lourdaudes, voire franchement grotesques, dès lors que les conséquences que vont avoir ces actions sur les personnages va prendre une tournure plus terre à terre, on passe clairement du rêve éveillé au pur cauchemar. C’est parce que la conclusion est, pour chacun des protagonistes, assimilable à un drame aux antipodes du happy-end auquel il semblait prédestiné, que l’on peut affirmer que la thématique principale est la désillusion.
Même s’il est scénaristiquement inégal, Tale of tales est une œuvre d’une qualité visuelle absolument bluffante, qui profite de la présence d’acteurs parfaitement dirigés. Mais, plus une peinture baroque ou un banal conte de fées, Tale of tales est avant un film déroutant qui nous démontre que, quelque soit les apparats oniriques qu’il puisse prendre, l’espoir est toujours rattrapé par un certain fatalisme.

Tale of Tales : Bande-annonce

Tale of tales : Fiche technique

Titre original : Il Racconto dei Racconti
Réalisateur : Matteo Garrone
Scénario :
Interprétation : Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, John C. Reilly, Shirley Henderson, Hayley Carmichael, Stacy Martin, Kathryn Hunter…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Peter Suschitzky
Montage : Marco Spoletini
Producteurs : Matteo Garrone, Jeremy Thomas, Jean Labadie, Anne-Laure Labadie
Maison de production : Archimède
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : 14 500 000 $
Genre : Fantastique, Drame
Durée : 133 minutes
Date de sortie : 1er juillet 2015
Italie – 2015

Haramiste, un film de Antoine Desrosières : Critique

Mercredi 1er Juillet sortait sur Grand-écran Haramiste, un moyen-métrage de Antoine Desrosière (Banqueroute, À la Belle Étoile), une comédie vivante, nature et moderne, un film sur la liberté.

Synopsis : Après avoir mis fin à un bref échange entre sa sœur de 17 ans et un garçon, Rim (Inas Chanti), jeune musulmane de 18 ans ouvre un débat sur les relations entre hommes et femmes, les interdits, la morale et la religion. Le soir-même, la curiosité l’emporte sur l’interdit et Rim s’inscrit sur un site de rencontres. Choquée mais intriguée, sa sœur Yasmina (Souad Arsane) la sermonne à son tour. Commence alors ce qui sera une très longue nuit pour l’une comme pour l’autre…

Une lecture ouverte

Accueilli un peu violemment au moment du tournage dans l’enceinte d’une Cité de Châtellerault, Haramiste a reçu en juin le Prix du Public au Festival Côté Court de Pantin 2015. C’est avant tout dans sa liberté d’interprétation que le film interpelle le plus grand nombre car il y a plusieurs lectures possibles. Le spectateur peut adopter le point de vue de l’adolescence ou de la femme, celui de la religion ou plutôt de la morale. Mais on peut surtout aborder cette oeuvre dans sa configuration artistique et philosophique. Car le vrai sujet de l’histoire n’est pas la religion en soi mais bien l’interdit et, par opposition, la liberté.
Au départ, Antoine Desrosières et Anne-Sophie Nanki cherchaient une idée dans le registre de l’amour moderne pour la chaîne Arte. Le scénario d’internet s’est imposé rapidement et la possibilité de mettre en scène ces deux contemporaines musulmanes est venue tout naturellement.
À ce propos, Antoines Desrosières s’explique :

« Nos personnages sont donc, à dessein, des jeunes femmes portant le voile, sans que jamais dans le film ce voile ne fasse débat parce qu’il nous semble que le voile n’est pas le débat ; le débat, c’est l’interdit qu’il implique. Ces jeunes femmes incarnent ainsi de manière extrême l’éternelle contradiction entre la culture-culpabilisante et la nature-désirante. C’est en cela que quelles que soient notre culture, notre sexe et notre âge, nous sommes tous des jeunes femmes portant le voile. »

De même, la structure narrative est laissée libre. Le scénario et les dialogues d’Antoine Desrosières et Anne-Sophie Nanki ont été écrits en collaboration avec les deux comédiennes à partir de leurs improvisations. Ce qui peut expliquer certains accrocs dans les répliques, certaines imperfections. Le sujet reste brut, telle une matière première qui caractérise la jeunesse, d’où son naturel et sa fraîcheur.

Une échappée belle :

« Échappée belle : escapade, virée dans un endroit agréable que l’on découvre ; fait d’avoir évité de justesse un danger, de l’avoir échappé belle ; incursion surprenante d’une personne dans un domaine, qui révèle un monde, une atmosphère peu connu… »
La liberté d’expression, la liberté de choisir, le pouvoir décisionnel et l’émancipation caractérisent le genre humain en particulier durant l’adolescence. À ce moment de la vie, interviennent des changements physiques et psychiques qui marquent le passage à l’âge adulte. Et dans cette contrainte culturelle, le corps est l’unique objet sur lequel ces jeunes ont un pouvoir. Dans Haramiste, l’émancipation passe donc en toute logique par le corps : d’abord avec cette photographie « sans le foulard » puis par la gestuelle avec le pouce et, enfin par la fugue et l’acte sexuel.

Dès le début, le langage moderne des sœurs va lui-même créer une rupture avec leur apparence classique. De la même manière, le modernisme de la société, via la bande-originale symbolisant la libération sexuelle des années 60 (Dans ses yeux de Marjorie Noël et Maman Laisse-moi aller Twister), via internet et le portable, vient contrebalancer l’aspect ancestral et traditionaliste de la religion. Les propos conservateurs se mélangent aux expressions et aux gestes familiers et vulgaires comme la démonstration de leur rébellion. Haramiste joue avec les oscillations, les hésitations des deux jeunes filles qui sont tour à tour actrices, observatrices, moralisatrices.
Haramiste décrit deux jeunes femmes qui manquent encore d’assurance dans ce qu’elles disent ou ce qu’elles font. Le rythme est rapide, saccadé, comme leurs flots de paroles dites à la va-vite pour être aussitôt contredites. Elles tentent de réfléchir par elles-mêmes malgré le poids de la culture et l’influence de la modernité. Rim et Yasmina s’interrogent, débattent puis expérimentent. En cela, le film est une véritable situation d’apprentissage de la vie.
À la fin du film la fuite vers cette liberté n’est plus seulement suggérée, elle est vécue. La grande sœur, Rim, s’échappe par la fenêtre de la chambre et, en parallèle, la petite sœur, jalouse, s’échappe aussi par des fenêtres virtuelles : celles des conversations sur internet. Enfin, Rim revient au petit matin, tout en gardant un pied « chaussé » dans la liberté. Une vraie Cendrillon du 21ème siècle.

Haramiste : bande annonce

Haramiste : Fiche technique

Réalisateur : Antoine Desrosières
Acteurs : Inas Chanti et Souad Arsane.
Scénario : Souad ARSANE, Inas CHANTI, Antoine DESROSIERES et Anne-Sophie NANKI.
Casting : Johanna LECOMTE
Image : George LECHAPTOIS
Son : Jules POTTIER
Decors : Laurent LE CORRE
Montage : Simon THORAL
Produit par Annabelle BOUZOM « Les films de l’autre cougar », Jules POTTIER et William ROUGIER « Hybrid Films »
Genre : Comédie
Durée : 39 minutes
Date de sortie: 1er juillet 2015, le 3 juillet en VOD
France – 2015

Festival du cinéma américain de Deauville : Présentation de l’édition 2015

Présentation de la 41ème édition du festival du cinéma américain de Deauville :

A precious moment for all cinema lovers

Le cinéma, quand il est associé à la notion de festival, rime souvent avec des dates et lieux symboliques. Mais il ne s’agit pas ici d’énumérer nombres d’évènements qui célèbrent la pellicule à travers le monde, plutôt de mettre en lumière la prochaine édition du Festival du cinéma américain de Deauville. L’année dernière la croisette normande soufflait déjà ses 40 bougies, 40 ans de films, d’hommages, et de découvertes autours d’Hollywood et de ses acteurs. Marqués par un passé récent connu de tous, les États-Unis sont ancrés dans l’histoire normande, la région et la nation sont intimement liées, un attachement réciproque qui se manifeste par le succès que connait le festival depuis sa création : les plus grands ont foulé son sol, des films mythiques ont éclairés ses toiles, de jeunes réalisateurs prometteurs sont sortis primés de ses salles. Autant de signes qui attestent de sa santé éclatante. La crise de la quarantaine ? Deauville ne la connait pas.

Fondé en 1975 par Lionel Chouchan et André Halimi, guidé par le maire de l’époque Michel d’Ornano, puis par sa femme Anne, qui déclarera « Hollywood s’est trouvé un verger en Normandie » ; le festival du cinéma américain de Deauville, connait un rapide succès  sous l’impulsion financière de Lucien Barrière : Dès la 3ème édition, Gregory Peck est présent sur les planches, tout comme Sean Connery (en 1981), Harrison Ford (en 1982) ou Elisabeth Taylor, dix ans seulement après sa création. Se succède alors chaque année, les grands noms, aimantés par la fête qui leur est faite outre Atlantique ; le début septembre devient une date incontournable pour les têtes d’affiches: Robert De Niro, Clint Eastwood, George Clooney… Fort du rayonnement, sans doute inégalable, du cinéma populaire hollywoodien, les classiques parmi les classiques sont présentés aux spectateurs français, d’Indiana Jones à Star Wars, d’E.T. à Jurassik Park, Deauville assiste la naissance du blockbuster. La mythologie du cinéma américain y est également présentée ; c’est Annie Hall en 77, Grease l’année suivante ; c’est Top Gun en 86 ou Forrest Gump 8 ans plus tard. Parallèlement, fidèle à sa volonté d’honorer les figures tutélaires du grand cinéma US, des hommages et des rétrospectives sont organisés pour des Stanley Kubrick, Billy Wilder, Francis Ford Coppola, Elia Kazan, Sidney Lumet…

En 1995, le festival s’ouvre à la compétition et éclaire le cinéma indépendant ; chaque année un jury présidé en majorité par des réalisateurs français décerne le Grand prix : Vincent Lindon en 2013, Jean Pierre Jeunet en 2009, ou Roman Polanski pour l’édition 2003.  Des présidents toujours bien accompagnés : on recense dans ce même jury des artistes tel que Anouk Aimée, Abderrahmane Sissakho, ou encore Ewan McGregor. Par le prisme de cette compétition, ont été découvert certains des cinéastes les plus talentueux de leur génération, certains ont confirmé depuis comme Spike Jonze (primé en 1999) ou Jeff Nichols (2011), d’autres ont tout simplement continué leur route jusqu’aux Oscars, comme Paul Haggis (primé pour Collision en 2005) et tout récemment Damian Chazelle avec la claque Whiplash.

La particularité du festival réside également dans ses « nuits américaines », avec des projections diurnes comme nocturnes. Des films sont présentés 24h sur 24, une opportunité unique au monde pour les spectateurs ! Une célébration qui s’érige autant en musée qu’en vitrine, honorant les gloires et les espoirs d’un cinéma titanesque. Mais peu d’informations ont filtré sur la 41ème édition, si ce n’est que l’on sait déjà que Benoît Jacquot la présidera, et que la sélection officielle sera annoncée courant août. Rendez-vous du 4 au 13 septembre 2015 pour découvrir les films mis à l’honneur pour ce nouveau festival du cinéma américain de Deauville.

 

Ballers, saison 1: critique série des deux premiers épisodes

Ballers = Entourage + Friday night lights ?

Première série diffusée à la suite de True detective sur HBO et OcsCity, Ballers s’inscrit dans une toute autre dynamique  : pas de nuit, pas de policier corrompu, mais le milieu en apparence beaucoup plus heureux des stars du football américain avec leurs maisons de rêves, les femmes qu’ils attirent et l’argent qui coule à flot.

Plus qu’au sport, la série s’intéresse à ses coulisses : agents, gestionnaires de patrimoine financier, familles, et problèmes de reconversion. Cette orientation n’est pas surprenante : la série est crée par Stephen Levinson, producteur  d’Entourage qui retrouve à cette occasion Mark Wahlberg, encore une fois associé à la production.   Ils se sont associés à Peter Berg, qui quand il ne réalise pas des films patriotico-virils comme Battleship ou Du sang et des larmes, est le créateur de Friday Night Lights, qui traite du football américain universitaire.

On retrouve dans ces deux séries l’idée que ce qui compte n’est pas ce qui se passe sur le terrain mais autour : un public français peut donc a priori regarder la série et avoir une chance de comprendre quelque chose. Car ce qui les intéresse est : que se passe-t-il quand on donne la célébrité et l’argent à des hommes très jeunes et pas préparés à cela ? Et que se passe-t-il quand l’argent ne rentre plus dans les caisses ?

Mo Money Mo Problems

The Rock sert de lien entre les différents joueurs pour lesquels il travaille. La série navigue entre deux types de personnages : soit les joueurs à la retraite qui ont plus ou moins bien géré leur argent mais se trouvent dans une impasse « existentielle » : plus de challenge, pas de travail, une vie de famille morne, soit les joueurs en activité dont le comportement met en danger la carrière : trop grande agressivité en dehors des terrains, entourage trop nombreux et trop gourmand qui met en danger leur sécurité financière. Spencer va devoir les aider à garder le bon cap, mais lui-même ne sait pas très bien où il va, et les bêtises de ses poulains peuvent potentiellement le mettre dans l’embarras (il est obligé dès le pilote de prêter 300 000 dollars à un de ses clients). De plus il est poussé par un supérieur hiérarchique qui ne l’a engagé que pour ses contacts, et n’est lui-même pas complètement insensible à l’appel des sirènes du bling bling.

Tout dans la série semble tourner autour de l’idée qu’aucun des personnages n’a lu l’ouvrage de Marion Montaigne et des sociologues Pinçon Charlot : Riche, pourquoi pas toi ? et donc ne semble préparé à gérer sa vie. Ceci s’inscrit dans un problème très réel : on pense évidemment à l’idole du basket américain Allen Iverson qui fait face à de très graves problèmes financiers alors qu’il vient de prendre sa retraite, et il n’est pas le seul : un article publié dans le magazine Sports Illustrated avait fait sensation en annonçant en 2009  que 78% des joueurs de NFL étaient en banqueroute personnelle ou en difficulté financière deux ans après leur retraite faute d’avoir retrouvé du travail ou à cause d’un divorce mal géré (les chiffres semblent avoir évolué entre temps, mais resteraient à près de 16% de banqueroute dans les douze ans qui suivent leur retraite).

Surtout, le problème réside dans la question de l’argent au quotidien : les dépenses de luxe, l’addiction au jeu mais aussi les investissements ratés. En se plaçant du point de vue d’un ancien joueur devenu gestionnaire de patrimoine, la série se dote d’un angle d’attaque potentiellement passionnant.

Si cette question est très sérieuse, le traitement ne l’est évidemment pas complètement, la mise en scène faisant preuve de flamboyance : si tout ce petit monde risque la ruine, c’est sous le soleil, au milieu des groupies et des voitures de luxe. Le show est à la fois comique et dramatique, car les personnages ne se rendent pas compte des problèmes dans lesquels ils se mettent.

Est-ce qu’on regarde la suite ?

Le gros problème de Ballers tient en sa programmation : après une série aux enjeux aussi dramatiques que True Detective (le cliffhanger du deuxième épisode a dû couper la chique de plus d’un téléspectateur), il est difficile d’éprouver de l’empathie pour ces enfants gâtés de joueurs de football américain. Si les enjeux sont réels, tant pour les clients que pour un the Rock prêt à investir gros pour gagner plus, et si le rythme est vif, épisodes de trente minutes oblige, il manque un petit quelque chose pour que l’on arrive pleinement à se passionner pour ces pauvres riches.

Synopsis : Spencer Strasmore (Dwayne « The Rock » Johnson) est une ancienne vedette du football américain dont la carrière s’est brutalement arrêtée suite à une blessure. Il pâtine gentiment dans sa reconversion en gestionnaire de biens. Quand l’un de ses meilleurs amis meurt de manière stupide, laissant sa famille sans ressources, il comprend qu’il est temps de s’investir dans son travail.

Ballers : Fiche Technique

Réalisation : Peter Berg (premier épisode), Julian Farino (deuxième épisode)
Scénario : Steve Levinson (créateur), Steve Sharlet, Evan T. Reilly
Distribution : Dwayne « The Rock » Johnson, Rob Corddry, Omar Benson Miller, John David Washington, Donovan Carter, etc.
Musique : NR
Photographie : Jaime Reynoso
Décors : Chase Harlan, Kevin Kavanaugh
Montage : Jeffrey M. Werner, Colby Parker Jr.
Production : Bret Slater, Spencer Strasmore (impossible de trouver l’information si la série est inspirée de son parcours, ou si le nom du personnage de The Rock est simplement un hommage), Joseph Krutel
Sociétés de production :  Closest to the Hole productions, Film 44, Leverage management
Sociétés de distribution : Home box office distribution
Budget : NR
Genre : Comédie, sport.

Tsili, un film de Amos Gitaï : Critique

Le Poids des mots.

Après avoir décortiqué le conflit israélo-palestinien, dénoncé les ravages de la guerre du Kippour ou du Liban, le réalisateur israélien controversé Amos Gitaï s’attaque aujourd’hui au lourd sujet de la déportation.
Tsili s’ouvre sur une formidable séquence où l’héroïne danse sous un fond noir sur la musique au violon qui rythmera tout le film. C’est hypnotique et la signification de cette scène d’ouverture se fera naturellement plus tard. La Tsili du titre est une jeune juive échappée de la déportation qui se cache dans la forêt près du camp où est détenue toute sa famille. Ici elle se fabriquera un petit cocon et sera rejointe par un autre juif en cavale. Bien que rescapés de l’horreur des camps de concentration, les deux personnages n’en ont pas moins perdu leur condition humaine, vivant terrés comme des animaux et restant quasi-muet tout au long du film.

Les films d’Amos Gitai sont souvent caractérisés par des plans longs et une réalisation méticuleuse. On retrouve la même recette ici et c’est paradoxalement par le langage quasi-absent que prend sens la mise en scène. Dans Free Zone une palestinienne disait à un israélien ce qu’un juif aurait pu dire à un nazi : « Dommage que les Israéliens ne parlent pas l’arabe comme les Palestiniens parlent l’hébreu, parce que je crois que ça changerait la face des choses ». Une phrase qui résume l’importance de la communication lors d’un conflit aux yeux du cinéaste. C’est par le langage, ces quelques mots prononcés en yiddish, que Tsili accorde la confiance à cet homme et lui ouvre la porte de son cocon. Et c’est par cette absence de parole, qu’il remplace par des bruits incessants d’obus, qu’Amos Gitaï rend compte du caractère inénarrable de la situation, et de l’atmosphère oppressante qui englobe les personnages.

Ainsi vont se substituer à la parole des gestes bien humains. La course incessante de Tsili vers davantage de liberté, les gestes tendres de la jeune femme envers son nouveau compagnon et la musique, ce violoniste qui rassemble tous les rescapés vers un même but, celui d’une quête vers un nouveau monde. La scène d’ouverture prend alors tout son sens. Sans moyen d’expression, muselée, Tsili danse. Et danse. Comme si sa vie en dépendait.

Film court, peu coûteux mais pas sans ambitions, Tsili nous offre un beau moment de cinéma. Rarement le sujet de la déportation, qui trouve de nombreux échos aujourd’hui, n’a été traité avec autant de subtilité et de poésie. Avec Tsili, Amos Gitaï revient à ses thèmes les plus chers et à la quintessence de son cinéma.

Synopsis : Tsili, une jeune juive part se cacher après que sa famille entière ait été déportée dans des camps de concentration. Réfugiée dans une forêt, la jeune fille tente de survivre par ses propres moyens pour échapper à l’enfer qui règne dans la vallée.

Fiche Technique : Tsili

Titre original : Tsili
Date de sortie : 12 Août 2015 (France)
Nationalité : Israélien, français , italien , russe
Réalisation : Amos Gitaï
Scénario : Amos Gitaï, Maire-José Sanselme
Interprétation : Sara Adler, Meshi Olinski, Lia Koenig, Adam Tsekhman, Natalia Voitulevitch-Manor, Andrei Kashkar, Yelena Yaralova
Musique : Alexej Kochetkov, Amit Poznansky
Photographie : NR
Décors : Andrei Chernikov
Montage : Yuval Orr, Isabelle Ingold
Production : Michael Tapuach, Laurent Truchot, Yury Krestinskiy, Pavel Douvidzon, Denis Freyd, Amos Gitaï, Carlo Hintermann, Gerardo Panichi, Luca Venitucci, Leon Edry, Moshe Edry
Sociétés de production : Agav Films, Archipel 35, Hamon Hafakot, Trikita Entertainment, Citrullo International.
Société de distribution : Epicentre Films
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 88 mins
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

Critique: Indian Palace – Suite royale, un film de John Madden

Sorti en 2012, Indian Palace, de John Madden (le réalisateur Shakespeare in love) constituait une agréable surprise dans l’univers de la comédie britannique. En faire une suite n’était absolument pas nécessaire, et pourtant cette seconde partie reste au même niveau que le film original et en possède les mêmes qualités.

Synopsis : à Jaipur, en Inde, des retraités anglais continuent à mener leur vie et à se retrouver au « Best Marigold hotel ». Le propriétaire, Sonny, rêve de s’agrandir et d’ouvrir un second hôtel.

Huit personnages en quête d’hôtel
Un petit rappel s’impose, histoire de ne pas se perdre dans les multiples personnages. Indian palace nous racontait l’histoire d’une poignée de retraités britanniques s’ennuyant à mourir dans leur Albion natale et se retrouvant dans le même hôtel plus ou moins délabré à Jaipur, en Inde. Se liant d’amitié avec le propriétaire, ils vont l’aider à retaper l’établissement et vont s’y installer à demeure.
Nous les retrouvons donc, ces personnages qui nous avaient émus ou fait sourire trois ans plus tôt. Muriel Donnelly (Maggie Smith, l’actrice qui tenait le rôle du professeur MacGonagall dans la série des Harry Potter) assiste Sonny dans la direction de l’hôtel et cache sa fierté et son affection sous des apparences très froides. Evelyn (Judi Dench) devient négociante en tissus, sous le regard amouraché d’un Douglas (interprété par l’excellent Bill Nighy) qui n’ose pas lui faire part de sentiments pourtant évidents. Madge (Celia Imrie) hésite entre deux hommes alors que la vie sentimentale de Norman et Carol est plus que mouvementée.

Et Sonny (Dev Patel, vu dans Slumdog Millionaire et Chappie) ? Le seul Indien de l’équipe navigue entre deux projets de rêve. Tout d’abord, il prépare son mariage avec la belle Sunaina (Tina Desai, que l’on peut admirer aussi dans Sense8, la série des Wachowski, où elle tient un des rôles principaux). Le film est d’ailleurs structuré en fonction des préparatifs du mariage et il est divisé en deux parties : La fête des fiançailles (engagement party) et la fête de famille (family party).

Mais Sonny a un deuxième projet, et les deux ambitions vont se télescoper, voire se percuter frontalement le long du film. Il veut racheter un autre hôtel en ruine pour en faire un Second Best Marigold Hotel. Mais les obstacles vont se cumuler : un inspecteur doit venir à l’hôtel en se faisant passer pour un client ordinaire, pour évaluer la capacité de gestion de Sonny. Et un concurrent fait surface, un proche de Sunaina, activant à la fois la rancœur et la jalousie de Sonny.

Un film en équilibre
Le film reprend les mêmes qualités que la première partie : tout d’abord c’est le plaisir de suivre des personnages qui sont très sympathiques, drôles, parfois touchants, et en tout cas loin des héros habituels des comédies romantiques. Dans ce second épisode, le casting est complété par la présence d’un habitué du genre, Richard Gere.
Bien entendu, nous n’échappons pas à la mode des « héros sur le retour ». Il s’agit de montrer que les vieux savent aussi bien y faire que les jeunes. Là où Expendables nous prouvait que les retraités savent encore se battre, Indian Palace nous montre qu’ils peuvent encore être romantiques. Que nous soyons dans un effet de mode cinématographique ne gâche pas le plaisir que nous avons à retrouver cette bande d’acteurs.

D’autant plus que John Madden parvient à établir un équilibre intéressant. Son film reste constamment dans les demi-teintes, échappant à toute forme d’excès qui serait forcément regrettable. L’humour reste généralement subtil, cherchant les sourires plus que les éclats de rire, et toujours respectueux de ses personnages. Il ne s’agit pas de ses moquer de quelqu’un, mais d’accompagner des personnes que l’on apprécie.

De même, les passages plus émouvants ne sont pas non plus dans l’excès. Le cinéaste joue sur l’absence de pathos, voire même une certaine sérénité. Il aime bien aussi lancer de fausses pistes, nous faire croire à l’imminence d’un drame en approche pour mieux pouvoir l’esquiver.
Tout cela n’empêche pas le film d’avoir des défauts. D’abord, il y a des scènes qui sont déjà vues depuis fort longtemps, des passages obligés que l’on se lasse un peu de revoir pour la énième fois. Ainsi, le fameux discours de mariage qui s’adresse à quelqu’un du public…
Enfin, l’Inde présentée dans ce film n’esquive pas les vues de cartes postales. Alors, certes, cela nous donne de belles images, mais le cinéaste évite soigneusement de parler de la réalité sociale indienne. Peut-être est-ce ce qui manque au film, en définitive. Ce qui aurait pu lui faire dépasser le stade du divertissement agréable et en faire un vraiment bon film.

Indian Palace – Suite Royale : Bande annonce

 Indian Palace – Suite Royale : Fiche Technique

Titre original : the second best exotic Marigold Hotel
Date de sortie originale : 1er avril 2015
Nationalité : Royaume-Uni
Réalisation : John Madden
Scénario : Ol Parker
Interprétation : Maggie Smith (Muriel Donnelly), Judi Dench (Evelyn Greenslade), Bill Nighy (Douglas Ainslie), Celia Imrie (Madge Hardcastle), Ronald Pipckup (Norman Cousins), Diana Hardcastle (Carol Parr), Dev Patel (Sonny), Tina Desai (Sunaina), Richard Gere (Guy Chambers), David Strathairn (Ty Burley).
Musique : Thomas Newman
Photographie : Ben Smithard
Décors : Ed Turner
Montage : Victoria Boydell
Production : Graham Broadbent, Peter Czernin
Société de production : Babieka, Blueprint Pictures
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 10 000 000,00 de dollars
Genre : comédie, romance, drame
Durée : 122’

Macbeth, un film de Justin Kurzel : Critique

Ce n’est une surprise pour personne, William Shakespeare est l’une des plus grandes influences de toute l’Histoire de la Littérature. C’est peu dire qu’il en a inspiré des cinéastes puisque le British Universities Film & Video Council a recensé plus de 420 adaptions cinématographiques de ses pièces, d’Othello à Richard III en passant par la relecture de Roméo et Juliette avec West Side Story.

Avec Macbeth, le dramaturge anglais est à l’origine de l’une des pièces qui symbolisent le plus la tragédie de l’ascension et de la chute d’un homme. Un matériau théâtral fort qu’Orson Welles et Akira Kurosawa ont réussi à transposer au cinéma, en captant avec brio toute son ampleur. Mais nombreux sont les auteurs à s’y être cassé les dents, payant le prix d’avoir voulu flirter avec l’audace et le talent de Shakespeare. Même Roman Polanski et Béla Tarr se sont prêtés à l’exercice, en vain. Alors en ce troisième millénaire, l’une des œuvres fondamentales de Shakespeare est adaptée pour la quatrième fois au cinéma par un obscur cinéaste australien dont il s’agit seulement du deuxième long-métrage. Etait-ce nécessaire ? Oui, assurément oui. Car derrière une retranscription très textuelle de l’œuvre, Justin Kurzel fait preuve d’une vraie proposition de cinéma et offre à cette pièce une modernité insoupçonnée par le biais d’une photographie comme on en a rarement vu dans une œuvre shakespearienne. Le Macbeth de Justin Kurzel atteint la noirceur et la grandeur du texte, tout simplement.

A feu et à sang

La Croisette a un petit penchant pour Justin Kurzel, c’est certain. Macbeth a beau être son second long métrage, c’est la troisième fois que le cinéaste australien revient à Cannes. Après y avoir présenté son court métrage Blue Tongue en 2005, puis le très remarqué Les Crimes de Snowtown en 2011 à La Semaine de la Critique (Prix FIPRESCI et Mention spéciale du Jury), le réalisateur est directement propulsé dans la compétition officielle aux côtés des plus grands. Cinéaste radical, Justin Kurzel pousse toujours ses personnages dans leurs derniers retranchements et n’hésite pas à être constamment dur avec ce qu’il filme. Le sang s’y entremêle souvent aux larmes, à la poussière et la chair y est souvent mise à mal. Macbeth n’y fera pas exception. Et qui de mieux que l’impressionnant Michael Fassbender pour camper ce personnage extrême. Un excellent choix que cet acteur, après sa performance monstrueuse d’un homme rongé par le sexe dans Shame de Steve McQueen. Salué par la critique avec son premier long métrage, Justin Kurzel est rapidement contacté par la Weinstein Company pour mettre en scène cette adaptation. C’est l’implication de l’acteur germano-irlandais qui le convaincra de se lancer dans ce projet. Une collaboration assurément fructueuse puisque c’est Michael Fassbender qui a suggéré le réalisateur australien pour prendre les rênes de l’adaptation cinématographique d’Assassin’s Creed, devenant par ailleurs l’un des projets les plus excitants de 2016.

Dès les premières séquences, Justin Kurzel ne lésine pas sur les moyens et enchaîne les plans larges d’une beauté hallucinante. Les vastes paysages britanniques sont les terrains de batailles entre la Norvège et l’Ecosse. Macbeth et ses hommes se tartinent le visage de boue, devenant plus bestiaux que jamais. Du haut des plaines, des petits hommes hurlent et se battent à l’épée dans la brume. Un fils meurt et au-milieu de tout ce vacarme, un homme se tient droit, le regard perdu, amené à devenir un grand homme. Toutes les intentions de l’australien sont là. En quelques instants, il crie à qui veut l’entendre que ce Macbeth ne sera pas tendre et qu’il se jouera dans la crasse. Le cinéaste privilégie la direction artistique à la réécriture de la pièce de Shakespeare. Il ne s’en cache pas et ne cherche jamais à se démarquer du matériau originel. Ce qui l’intéresse surtout, c’est placer ce récit dans un univers radical et perfide. Prédestiné à un grand et sombre destin par trois sorcières croisées au cour d’une bataille, Macbeth apprendra rapidement que la quête du pouvoir ne peut s’effectuer qu’en faisant couler le sang de ceux qui se mettront en travers de son chemin. Charismatique meneur, ses alliés l’abandonneront progressivement, de ses plus fidèles hommes à sa femme, hantée par le remords. Justin Kurzel conserve donc les vers fort bien écrits du dramaturge anglais pour privilégier un véritable travail de mise en scène. Dès les premières minutes du film, il témoigne d’un parti-pris esthétique singulier par le biais d’une lumière ensorcelante. A plusieurs reprises, la photographie deviendrait presque outrancière tant le réalisateur pousse le style jusqu’à employer des ralentis troublants mais dispensables.

 

On reconnaîtra que l’ensemble du casting, qu’il soit originaire du Royaume-Uni ou non, parle dans un anglais soutenu, à l’accent bien identifiable. Il aurait été fort offensant qu’une adaptation de Shakespeare ait perdu son caractère local au profit d’une logique mondialisée. A ce petit jeu, Michael Fassbender était le candidat idéal pour interpréter ce Roi déchu, confirmant son statut de meilleur acteur de sa génération. Il a la carrure, le mental et la démence en lui pour exprimer la vaste palette d’émotions de ce personnage autodestructeur. Il incarne tour-à-tour un homme déterminé, un machiavélique stratège, un paranoïaque halluciné et un monstre humain. A ses côtés, si elle offre une merveilleuse interprétation, Marion Cotillard n’a malheureusement pas l’étoffe du rôle de Lady Macbeth, jugé comme étant l’un des rôles les plus difficiles du répertoire occidental. Non pas qu’elle soit mauvaise, bien au contraire, mais parce que l’équipe de scénaristes ne lui accorde pas le temps nécessaire pour étoffer ce personnage qui passe de la tentatrice démoniaque à l’hystérique aux tendances suicidaires en l’espace de quelques plans. Son suicide tombe presque comme un cheveu sur la soupe. C’est par le biais de Macbeth que l’on verra le corps sans vie de son épouse. Justin Kurzel est sans doute plus séduit par le personnage de Macbeth que par la démence et le remords de Lady Macbeth, pourtant tout aussi incontournable que son mari. C’est regrettable d’autant plus qu’il s’agit d’un de ces rôles qui marquent durablement une carrière et Justin Kurzel ne laisse que peu d’occasions à Marion Cotillard pour briller. Aux côtés de ce couple shakespearien, on notera également la présence d’un fort beau trio d’acteurs britanniques composé de David Thewlis, Sean Harris et Paddy Considine. Ces deux derniers sont tout simplement magistraux dans leurs rôles respectifs de Macduff et Banquo.

Si le texte est conservé et respecté, c’est donc du côté de la texture visuelle que Justin Kurzel offre une proposition de cinéma à la hauteur de la tragédie shakespearienne. Sa présence dans la compétition à Cannes n’est pas anodine. Des relectures shakespeariennes, il en sort régulièrement mais jamais elles n’avaient atteint la noirceur et la primitivité propres à la démence d’un tel homme. Le cinéaste australien ne lésine pas sur les filtres couleur, à juste titre. La destruction progressive du personnage s’accomplit en même temps que les couleurs deviennent de plus en plus explosives. La bataille finale est en ce sens un modèle de direction artistique avec des nuances d’orange déchaînées et paradoxalement envoûtantes. L’Enfer semble s’abattre à mesure que la bataille fait rage. A cet instant, Macbeth et Macduff s’affrontent dans le sang et la boue alors qu’autour d’eux les hommes se sont tus et le chaos règne silencieusement. Ce n’est plus une guerre, c’est le combat de deux hommes déterminés prêts à assouvir une vengeance ou à conserver un trône. Justin Kurzel saisit toute l’essence et l’ampleur dramaturgique d’un tel affrontement. De par sa mise en scène, il illustre au sens le plus littéral du terme l’expression « à feu et à sang ». Si le jury cannois a laissé de côté Macbeth dans son palmarès, le directeur de la photographie Adam Arkapaw (True Detective, Animal Kingdom) sera sans doute salué dans les mois à venir pour son travail d’orfèvre qui donne à Macbeth toute la grandeur de cette tragédie. Mais derrière ce que l’on pourrait juger comme une couche de vernis se cache une volonté inexorable de moderniser cette tragédie tout en la conservant dans son époque d’origine. Même si ce sont les Weinstein qui sont à l’origine du projet, connus pour être des compétiteurs acharnés aux Oscars, Justin Kurzel évite l’académisme et le formatage propre à leur studio en réalisant un vrai film d’auteur dans la juste continuité des Crimes de Snowtown. Peut-être qu’à travers cette patte graphique appuyée, les sceptiques jugeront cette relecture comme un pur exercice de style sans fond. Mais il faut reconnaître que la dernière séquence percute littéralement la rétine et touche du doigt un climax sensoriel enivrant, laissant le spectateur durablement marqué par un affrontement remarquable. Shakespare disait qu’« une chute profonde mène souvent vers le plus grand bonheur ». C’est ainsi que l’on peut prendre ce dernier acte où Macbeth, éreinté par ces luttes constantes, aussi bien physiquement que mentalement, est libéré de ses démons par la mort.

A travers cette nouvelle lecture de l’œuvre de Shakespeare, Justin Kurzel propose un film captivant qui pousse ce leader charismatique dans ses derniers retranchements. Oublié à Cannes, le film est assurément l’un des prochains candidats aux Oscars. Le Macbeth de Justin Kurzel n’est pas qu’une simple relecture, c’est une œuvre qui trouve toute sa résonance à travers la représentation intérieure de ce Roi maudit dans cette photographie qui progressivement fait déchaîner les Enfers sur la Terre. Ce Macbeth atteint une véritable sensibilité moderne qui rend hommage à la pièce de Shakespeare et à son personnage charismatique et haut en couleur, à l’image de ce film intense et viscéral.

Synopsis: Lecture viscérale de la tragédie la plus célèbre et captivante de William Shakespeare, celle d’un vaillant guerrier autant que chef charismatique, plantée sur les champs de bataille au milieu des paysages de l’Ecosse médiévale, Macbeth est fondamentalement l’histoire d’un homme abîmé par la guerre qui tente de reconstruire sa relation avec son épouse bien-aimée, tous deux aux prises avec les forces de l’ambition et du désir.

Macbeth – Bande-annonce

Fiche Technique: Macbeth

Royaume-Uni
Genre: Drame historique
Durée: 113min
Sortie en salles le 18 novembre 2015

Réalisation: Justin Kurzell
Scénario: Todd Louiso, Jacob Koskoff et Michael Lesslie, d’après l’œuvre de William Shakespear
Distribution: Michael Fassbender (Macbeth), Marion Cotillard (Lady Macbeth), Jack Reynor (Malcolm), David Hayman (Lennox), Paddy Considine (Banquo), David Thewlis (Duncan), Sean Harris (Macduff), Elizabeth Debicki (Lady Macduff)
Photographie : Adam Arkapaw
Décors : Fiona Crombie
Costume: Jacqueline Durran
Montage: Chris Dickens
Musique : Jed Kurzel
Producteurs : Emile Sherman, Laura Hastings-Smith, Iain Canning, Rosa Romero, Andrew Warren
Sociétés de Production: See-Saw Films
Distributeur: StudioCanal
Budget : NC
Festival: Compétition Officielle au Festival de Cannes 2015

Entourage, un film de Doug Ellin : Critique

4 ans après la fin de la série, Entourage le film débarque sur nos écrans. L’attente est immense pour les fans de ce show culte HBO de Doug Ellin, surtout qu’elle s’est achevée au bout de huit années, laissant le spectateur sur sa faim. Le film est-il à la hauteur de la série ? S’adresse-t’il seulement aux fans où chacun y trouvera son bonheur ? La réponse n’est pas ailleurs, mais dans les prochaines lignes.

La consécration finale

La transposition d’une série du petit au grand écran, n’est pas un exercice facile. On dénombre de nombreuses victimes parmi les tentatives d’adaptations, dont Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Wild Wild West ou The Green Hornet. Il y a aussi des réussites, comme Mission Impossible, 21 Jump Street ou Le Fugitif. Entourage se situe entre les deux cas, ni bon, ni mauvais, il saura surtout satisfaire les fans de la série.

6 mois plus tard, on retrouve Vincent Chase (Adrian Grenier); dont le mariage n’aura tenu que 9 jours; sur un yacht du côté d’Ibiza entouré d’une horde de playmates. Il est rejoint par Eric Murphy (Kevin Connolly) qui s’est de nouveau séparé de Sloan (Emmanuelle Chriqui), Turtle (Jerry Ferrara) a minci et Drama (Kevin Dillon) reste le même, un éternel loser. En tant que grand enfant, Vince n’aime pas s’ennuyer et pour remplir ses journées, il va de nouveau tenir le premier rôle dans un grand film de studio, dont Ari Gold (Jeremy Piven); son ancien manager; vient d’être nommé directeur. A la différence, que Vince veut aussi en être le réalisateur et c’est là que les ennuis commencent….

Le scénario est un prétexte pour nous permettre de suivre à nouveau le quatuor, mais surtout la vraie star du show, l’immense Ari Gold. La mise en place est laborieuse, on retrouve dans le film tout les défauts des dernières saisons, à savoir un défilé de guest-stars au détriment de l’histoire. On peut s’amuser à les pointer du doigt en criant leurs noms : Pharrell Williams, Russell Wilson, Jon Favreau,Mike Tyson, T.I., Baron Davis, Gary Busey, Rob Gronkowski, Bob Saget, etc….mais cela devient vite ennuyeux, donnant l’impression d’être dans un long clip où des potiches se déhanchent aux sons de morceaux hip-hop et pop.
Mais, il y a Ari Gold, personnage haut en couleur à la verve légendaire. C’est lui qui donne le rythme du film, en reprenant les mêmes ingrédients que dans la série, avec ses envolées verbales à la poésie pas vraiment accessible à tout les publics. Dans un monde où le politiquement correct est devenu la norme, son langage détonne et lui vaudrait surement les foudres des Femen, où d’autres militants aussi exaspérants que leurs modes opératoires pour faire entendre leurs « bonnes paroles ». Il n’a pas changé, le temps ne l’a pas assagit, même sa nouvelle position au cœur de la machine hollywoodienne, en devenant directeur de studio et c’est tant mieux. On se régale de ses pétages de plombs, surtout que le quatuor marche dans ses pas et rend enfin le film drôle et fun, comme lors des premières saisons de la série. Les scènes d’anthologie s’enchaînent jusqu’au générique final et même pendant, vous êtes donc priés de rester bien sagement dans vos fauteuils.

Il y a un vrai plaisir à retrouver les personnages de cette série culte, même si le ressort dramatique est mince : après Vince acteur, puis scénariste, il veut devenir réalisateur, dans la suite il sera producteur….Le créateur, réalisateur et scénariste Doug Ellin, rend une copie sans génie, en ne réussissant pas à se renouveler, tout en ne sachant pas surprendre, surtout visuellement. On peut déplorer son côté clipesque et cette sale manie de vouloir à tout prix caser des « stars », même si cela n’apporte rien au récit, comme peut en témoigner Thierry Henry. Pour attirer un public plus nombreux que les fans de la série, on a droit à un portrait de chacun, à travers l’émission de Piers Morgan, journaliste de CNN, au début de l’histoire. C’est intéressant pour ceux qui ne connaissent pas encore les personnages, moins pour les autres. Le temps semble long et ne permet pas au film de décoller.
On peut aussi déplorer l’absence de certains personnages récurrents, comme Scott Caan ou le rôle mineur de Rhys Coiro dans l’intrigue. Certes, il est difficile de contenter tout le monde en seulement 104 minutes mais était-ce vraiment une bonne idée de ressortir Haley Joel Osment des bas fonds de Los Angeles ? L’ancien enfant star révélé dans Sixième Sens, souffre d’un manque de charisme flagrant, comme Adrian Grenier, ce qui explique en partie le fait de ne pas le voir dans d’autres rôles. Leurs regards sont aussi inexpressifs que ceux d’un poisson rouge, surtout quand ils ont en face d’eux Billy Bob Thornton, peu présent mais bien plus imposant.

Entourage est un agréable divertissement, mais cela s’adresse surtout à ceux qui ont vu la série. Les liens entre chaque personnage ne peuvent être racontés brièvement, comme la relation qu’entretient Eric Murphy avec Sloan ou Billy Walsh avec Vince, entre autres. Mais on prend plaisir à découvrir la légendaire pub Mentos, tout comme la série Vikings Quest. Au final, on passe un bon moment, Ari Gold confirme sa place au panthéon des plus grands personnages de l’histoire de la comédie et l’aventure se conclut avec réussite.

Synopsis : Star hollywoodienne, Vincent Chase et ses potes, Eric, Turtle et Johnny, sont de nouveau dans la course, et en pleine négociation avec Ari Gold, ancien agent devenu patron de studio. Si leurs ambitions ont un peu évolué, les liens qui les unissent sont toujours aussi forts. Tant mieux car ils vont devoir se frayer un chemin dans le monde impitoyable d’Hollywood.

Entourage : Fiche Technique

Titre original : Entourage
Date de sortie : 24 juin 2015
Nationalité : USA
Réalisation : Doug Ellin
Scénario : Doug Ellin et Rob Weiss
Interprétation : Adrian Grenier, Kevin Connolly, Jeremy Piven, Kevin Dillon, Jerry Ferrara, Perrey Reeves, Rex Lee, Constance Zimmer, Emmanuelle Chriqui, Billy Bob Thornton, Nora Dunn, Rhys Coiro et Haley Joel Osment
Musique : Scott Vener
Photographie : Steven Fierberg
Décors : Jill Sprayregen Henkel
Montage : Jeff Groth
Production : Wayne Carmona, Stephen Levinson, Mark Wahlberg et Rob Weiss
Sociétés de production : Warner Bros, Home Box Office, RatPac Entertainment, Leverage Entertainment et Closest to the Hole Productions
Sociétés de distribution : Warner Bros
Budget : 30 000 000$
Genre : Comédie
Durée : 104 minutes