Accueil Blog Page 743

Pacte avec un tueur, un film de John Flynn : critique du DVD

John Flynn, qui avait déjà réalisé Echec à l’organisation et Légitime Violence (deux films qui, comme celui-ci, sont disponibles en DVD aux éditions Wild Side), signe ici un polar tendu, remarquablement interprété, et plus profond qu’il n’y paraît.

James Woods et Brian Dennehy
D’abord, c’est un véritable plaisir de voir réunis ici deux acteurs habitués aux seconds rôles et qui débordent de talent et de charisme. D’un côté James Woods, acteur découvert par Elia Kazan dans Les Visiteurs, et qui a joué chez Sergio Leone (Il était une fois en Amérique), David Cronenberg (Videodrome) ou Oliver Stone (Salvador) (et qui jouera plus tard dans Casino, de Scorsese).
Son personnage est vraiment entouré de mystères. Mystères d’abord autour de son nom, qui ne sera dévoilé que tard. Mystère autour de son apparition aussi : il arrive en plein milieu d’une course-poursuite, d’abord à peine une image aperçue à travers le passage d’un train, puis un personnage plus consistant mais énigmatique.
Quelles sont vraiment les intentions de Cleeve ? Pourquoi fait-il tout cela ? Est-ce un jeu pervers ? Est-ce une vengeance personnelle ? Est-ce simplement le goût de tuer ? Le personnage garde jusqu’au bout sa part de mystère.
Et il reste aussi totalement imprévisible. Tour à tour drôle, agréable, menaçant ou sadique, il est impossible de savoir ce qu’il va faire dans la minute qui suit. Du coup, cela permet au cinéaste d’instaurer un véritable suspense, grâce à un personnage que l’on sent capable de tout. Cette ambiguïté est résumée en une scène : il abat froidement un homme puis fait gentiment signe à des enfants en train de s’amuser.
À ses côtés (ou face à lui, comme on veut), il y a donc Meechum, interprété par Brian Dennehy, acteur impressionnant dont le rôle le plus célèbre reste celui du shérif dans Rambo. Exemple du flic à l’ancienne, n’hésitant pas à secouer ses témoins ou suspects s’il le faut, il garde, lui aussi, une part d’ambiguïté. Cleeve affirme qu’entre flic et tueur, la frontière est extrêmement mince, et ce sera un des thèmes principaux du film.

Un film de l’ambiguïté
« Ambiguïté » est un des maître-mots du film. Ambiguïté des personnages, donc, mais, encore plus, ambiguïté de leur relation. Une relation en dents de scie, comme une montagne russe. De temps en temps, le film semble pencher du côté d’un « buddy movie », un « film de copains », cette catégorie où deux personnages apparemment opposés s’associent dans une enquête (l’exemple le plus fameux reste L’Arme Fatale). Dans certaines scènes, Pacte avec un tueur prend ces aspects. Les deux personnages, le flic et le tueur, s’allient dans un élan presque symbiotique. Pour s’en assurer, il suffit de voir la fusillade dans la blanchisserie, où les deux hommes se complètent. Cette alliance offre même certains moments plus légers, comme la scène du bar où Cleeve présente Meechum comme son frère.
Mais Flynn est trop singulier pour s’enfermer dans un genre. Son film dépasse largement le cadre du « buddy movie ». L’ambiguïté des deux personnages principaux et la violence inhérente à l’histoire entraînent des moments plus tendus entre Meechum et Cleeve. La méfiance règne de chaque côté, méfiance entretenue par l’aspect énigmatique du tueur.

Un film policier ?
Pacte avec un tueur est donc un film policier. Sa réalisation évite les pièges tendus en se libérant des poncifs du genre. Ici, pas de bons et de méchants, chaque personnage ayant sa part sombre et brutale. À l’inverse, même Madlock, présenté comme le grand méchant du film, n’arrête pas de faire des œuvres de bienfaisance.
La réalisation maintient un rythme rapide en éliminant tout ce qui est strictement inutile à l’histoire. La tension va croissant. La mise en scène évite les boursoufflures inutiles : pas de musique grandiloquente, une maîtrise technique discrète visant avant tout l’efficacité.
Mais Flynn ne se contente pas de faire un simple polar. Il y a un aspect politique dans son film, qui se veut une vision très sombre du rêve américain. Flynn décrit une société où on honore ceux qui réussissent, quels que soient les moyens employés pour cela. Le meurtre est facilement pardonné s’il permet d’atteindre le sommet.
L’ensemble constitue un film très plaisant, remarquablement interprété, sombre, tendu, rapide, parfois brutal, et réussi.

Synopsis : en 1972, trois voleurs portant un masque de Richard Nixon cambriolent le dépôt de la police de Los Angeles. Ils tuent deux policiers et en blessent grièvement un troisième, Dennis Meechum (Brian Dennehy). 15 ans plus tard, Meechum, policier modèle et auteur d’un livre à succès, est contacté par un tueur professionnel.

Pacte avec un tueur >> Bande-annonce

Pacte avec un tueur : Date de sortie du DVD/Blu-Ray : 8 juillet 2015

Pacte avec un tueur : Fiche Technique

Titre original : Best-seller
Date de sortie originale : 13 janvier 1988
Nationalité : USA
Réalisation : John Flynn
Scénario : Larry Cohen
Interprétation : Brian Dennehy (Dennis Meechum), James Woods (Cleeve), Paul Shenar (David Madlock), Allison Balson (Holly Meechum),
Musique : Jay Ferguson
Photographie : Fred Murphy
Décors : Chris Butler
Montage : David Rosenbloom
Production : Carter DeHaven
Société de production : Hemdale Film
Société de distribution : Orion Pictures
Editeur du DVD/Blu-Ray : Wild Side Video
Budget : NR
Genre : Policier
Durée : 95’

Orgueil et Préjugés et Zombies : cast et images

0

En attendant la bande-annonce prévue pour la semaine prochaine, Orgueil et Préjugés et Zombies livre ses premières photos :

On connaissait le roman de Jane Austen, Orgueil etorgueil-et-prejuges-et-zombies-bella-heathcote Préjugés, grand classique de la littérature anglaise. Voici quelques images du prochain film de Burr Steers (Igby Goes Down, Le Secret de Charlie, 17 Ans Encore), Orgueil et Préjugés et Zombies, tirée du roman de Seth Grahame-Smith, l’auteur d’Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires.

Dans cette version épique et horrifique dont la sortie est prévue pour le 16 février 2016, la famille Bennet doit affronter des zombies au temps de la Régence Anglaise.

Pour Orgueil et Préjugés et Zombies, un casting de choix. Charles Dance (Game of Thrones) interprète le patriarche de la famille Bennet, expert en arts martiaux qui va entraîner ses filles au combat, tandis que Sally Phillips (Le Journal de Bridget Jones et Bridget Jones : L’âge de raison) campe son épouse, Mrs Bennet et que Matt Smith (Doctor Who) joue le cousin, Mr Collins.

Lily James (Cendrillon, Downtown Abbey) tient le rôle de la jeune héroïne, Lizzy Bennet, amoureuse d’un chasseur de zombies qui n’est autre que Mr Darcy, interprété par Sam Riley (Maléfique, The Dark Valley). Le casting des séduisantes filles Bennet est complété par Bella Heathcote (Dark Shadows), Ellie Bamber (The Falling), Millie Brady (Mr. Selfridge), Suki Waterhouse (Divergente 2: l’insurrection).

Interrogée sur les personnages, Lily James assure qu’elle préfère jouer les jeunes filles de bonne famille en train de polir des armes plutôt que de broder ou tricoter. Pour le rôle, elle s’est elle-même rebaptisée « la plus exceptionnelle chasseuse de zombies qui existe » !

Pour Ellie Bamber, Orgueil et Préjugés et Zombies est un film sur le « Girl Power », une œuvre féministe qui met en scène cinq puissants personnages féminins aussi forts que les hommes et très représentatifs de notre génération.

Selon le réalisateur Burr Steers, le film est plus qu’une simple parodie :

« L’idée était qu’Orgueil et Préjugés se déroule dans un monde alternatif et que tout le monde l’interprète sérieusement. Le gros « sous-entendu » du film, c’est qu’il n’y a pas de sous-entendu. Ce n’est définitivement pas le but. »

Free Party, un film de Fred Gélard : critique

Free Party, moyen métrage réalisé par Fred Gélard (Le Soyeux de la Belette, Microclimat), est une immersion dans le milieu des « teufeurs » et des « rave parties » à la sauvage, autrement dit : « free parties ».

Synopsis : Après une visite imprévue chez son grand-frère Max (Pierre Lottin, Des Morceaux de Moi, Les Horizons Perdus), musicien et marginal vivant dans un camp de « travellers » installés en pleine forêt, Julien (Martin Combes, Paris Je t’aime, Papa, Les Enfants), un jeune homme propret de 18 ans, décide de s’y installer pour un temps. Attiré par cette vie de bohème et par l’impudique Lise (Marion Frizot, Julien va peu à peu adopter leur mode de vie, leur apparence et consommer des hallucinogènes pour accéder à une liberté encore inconnue.

Une mutation physique et sociale :

Après le choc culturel du départ, rencontre entre la norme et l’anti-conformisme, on assiste à une véritable transformation de l’adolescent conventionnel en un jeune fêtard contestataire et libéral. Julien coupe et tond ses beaux cheveux, troque ses vêtements classiques pour un treillis et une veste militaire, bois et se drogue jusqu’à l’excès, jusqu’à la perte de conscience, jusqu’à perdre l’innocence de la jeunesse et la naïveté.

Le film relate une période difficile de l’adolescence, une quête d’identité du jeune avant de prendre définitivement son envol et de quitter un environnement confortable et protecteur. Le jeune Julien va passer par une étape expérimentale, une étape où il « se cherche», où il apprend à s’endurcir par la fugue, le rejet et la douleur (physique et morale). Dans cet apprentissage, il choisit pour modèle son grand-frère, qu’il tente d’imiter par l’allure physique et dont il prend la place de musicien et d’amant auprès de Lise pour s’intégrer à cette communauté.
Avec Free Party, on découvre un système social inhabituel et mystérieux, libre et généreux. Pas étonnant donc qu’il représente pour Julien un fantasme de vie et qu’il réponde à un besoin d’appartenance, un substitut de famille d’accueil temporaire dans cette quête de liberté.

Une quête de liberté

Les mouvements marginaux de nomades et routards symbolisent parfaitement cette vie autre, cette fuite de la société au sein d’un groupe d’individus hors-norme. Free Party est une transition vers l’âge mûr et l’autonomie à travers le rejet de l’autorité.
Julien rejette l’autorité parentale, celle de la mère dont on parle peu et qu’il a choisi de quitter. Il ne lui donne plus de nouvelles mais profère un mensonge à Max concernant un soi-disant message maternel. Car malgré ce besoin grandissant d’évasion, Julien garde un pied dans cette société qu’il peine à abandonner et reste auprès de son frère. Par le biais de la communauté de fêtards, le jeune homme tente de s’échapper, de fuir la réalité de ce monde qui ne lui correspond pas, en consommant toutes sortes de psychotropes, en s’oubliant dans une musique bruyante ou dans les plaisirs de la chair.

 

À l’intérieur du groupe, il trouve un semblant de liberté, un fantasme d’indépendance puisque finalement, Julien dépend encore d’une société de consommation, une micro-société régie par ses règles propres et idéalistes (écologiques), par l’argent et par le matériel moderne (musique, véhicules…). Il dépend des drogues et de l’alcool nécessaires à son escapade artificielle, dangereuse et dont on revient dans la douleur.

Ainsi, ce mode de vie ne semble pas le satisfaire ni lui ressembler. De ce retour, il ne veut pas. Julien veut encore s’échapper mais en restant au plus près de la nature comme le suggère la scène finale.
Il refuse l’autorité au sens large, à travers les infractions multiples et la vie de nomade, de traveller. Il refuse l’aide et le rôle de tuteur ou de protecteur que veut prendre son frère. Il veut choisir. Librement. Seul. C’est véritablement une quête utopique que cette recherche de liberté dans un monde où l’on évolue et duquel on dépend malgré nous.
Bien sûr, après ce passage difficile et formateur, ce parcours initiatique, le jeune Julien a mûri. Il est prêt à s’assumer, à partir seul à l’aventure, ou peut-être accompagné d’un chien… Il garde toutefois son portable comme le suggère son numéro de téléphone laissé à Max. La route est longue vers l’El Dorado mais est-ce que vivre c’est être libre ou est-ce que « l’homme est libre mais partout il est dans les chaînes » ?
Sélectionné dans de nombreux festivals de courts métrages nationaux et internationaux, Meilleure Fiction et photographie au Médiawave Film & Music Festival 2015, Free Party aborde un sujet très actuel qui touche particulièrement le jeune public de 18 à 30 ans. Le film traite aussi des dangers des excès, de l’abandon de soi et surtout du déni de la société qui n’apporterait plus à certains ni rêve, ni espoir. Peu de place pour le rêve en effet quand on vit dans la réalité.

Fiche Technique : Free Party

Titre original : FREE PARTY
Date de sortie : 19 juin 2015 en vod sur https://vimeo.com/ondemand/freeparty
Nationalité : Française
Réalisation : Fred Gélard
Scénario : Fred Gélard & Sabine Cipolla
Interprétation : Martin Combes, Pierre Lottin, Marion Frizot, Jeannick Gravelines
Musique : Greg Corsaro
Photographie : Jean Philippe Bouyer
Décors : Daniel Koson
Montage : Elif Uluengin
Production : Dante Desarthe
Sociétés de production : Les Films du Bois Sacré
Budget : 100 000 euros
Genre : Drame
Durée : 37 min
Récompense(s) : Festival International de Contis, ShortShorts Film Festival Mexico, Golden Orchid International Animation & Film Festival U.S.A, Les Pépites du Cinéma, Le Jour le Plus Court Paris, Festival International CinemAvvenire Rome, Médiawave Film & Music Festival Komarom Hongrie Cayman Islands Film festival, Jecheon International Film & Music Festival Corée du sud

Victoria, un film de Sebastian Schipper : critique

Les superlatifs pleuvent sur Victoria. Le plan-séquence le plus long, le scénario le plus mince, des répétitions de plus de deux mois, et tutti quanti.

Synopsis5h42. Berlin. Sortie de boîte de nuit, Victoria, espagnole fraîchement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par la fête et l’alcool, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper…

Broken English

Le quatrième long métrage de l’allemand Sebastian Schipper est une expérience nouvelle de cinéma, par la performance déployée, 2H14 d’un film sans aucun cut, sans aucun montage, avec une part substantielle d’improvisation de la part des acteurs, le scénario ne faisant que 12 pages.

Les tous premiers plans du film font furieusement penser à Gaspar Noe, aux longs plans-séquence de ses films, mais également à la couleur psychédélique et sensorielle du début d’Enter the void.

Mais très vite, le flou se dissipe, les « beats » se précisent, et le point se fait sur une jeune fille, belle et souriante, qui danse dans un club, semble se donner contenance en entortillant ses cheveux dans un sens, puis dans l’autre, puis à nouveau dans le premier sens ; très vite, on s’aperçoit qu’elle est seule, elle se dirige vers le bar pour commander un shot qu’elle boit en même temps qu’elle avale sans grande conviction une petite pilule. L’idée est visiblement de s’amuser, mais lorsque même le barman à qui elle propose un verre reste indifférent, il ne reste plus qu’à partir.

Fraîchement débarquée de Madrid, Victoria ne comprend pas un mot d’allemand, encore moins de dialecte berlinois. C’est donc en « broken english » qu’elle va communiquer avec cette bande qu’elle rencontre à la sortie de la boîte. Une belle idée qui a une sorte de portée politique en relation avec cette Europe qui a du mal à se faire, avec une jeune migrante espagnole et de joyeux drilles allemands qui parlent tous en globish, voire en gloubi-boulga, tant il faut admettre que la diction de certains acteurs est approximative. Une belle idée également pour l’image fidèle qu’elle donne du melting-pot berlinois et des 450 000 étrangers qui y vivent, des jeunes pour la plupart.

Le parti pris est de suivre Victoria dans le moindre de ses déplacements. Les contraintes du plan-séquence ininterrompu et du temps réel étant ce qu’elles sont, le film de Sebastian Schipper souffre de quelques longueurs, notamment dans la première partie où le dispositif se met en place. Les acteurs secondaires sont assez mauvais, leurs improvisations sont assez médiocres cependant qu’ils doivent meubler les laps de temps qui leur sont impartis. Heureusement, les deux acteurs principaux, Sonne (Frederik Lau, plus subtil qu’il n’y paraît) mais surtout Victoria (interprétée magistralement par la jeune Catalane Laia Costa) portent le film à bout de bras.

Avec très peu de matière, mais sans doute beaucoup d’indications de la part du réalisateur, Laia Costa réussit la caractérisation de cette jeune Victoria, opiniâtre et idéaliste, en mal d’amitié dans une ville étrangère, prête à suivre une bande de jeunes gens inconnus sur le point de voler une voiture. Elle arrive à faire ressentir le trouble érotique qui s’installe entre elle et Sonne, le magnétisme qu’il exerce sur elle, les provocations qu’elle lance vers lui. L’apothéose de cette sensuelle partie de séduction intervient exactement au moment où le film bascule dans sa phase moins désinvolte, un moment très fort et inattendu autour d’une brillante exécution d’une Méphisto-Valse de Liszt. Un moment tellement intense, tellement sincère, que l’on ne sait plus distinguer la frontière entre les personnages et les acteurs.

Le film ne manque pas de scories, celles d’une œuvre qui se sait unique et quasi-expérimentale. La prouesse coûte que coûte prévaut par rapport à une vraisemblance et une crédibilité, et la naïveté de Victoria qui est prête à aller très loin pour un jeune homme qu’elle connaît depuis moins d’une heure fait sourire. Certaines situations frisent le rocambolesque, mais Sebastian Schipper est suffisamment habile pour nous avoir harponnés depuis belle lurette.

Le film est également une ode à Berlin, un personnage à part entière, une ville reconstituée sur la longueur d’une rue : Friedrichstraße, entre les quartiers de Mitte et de Kreuzberg, sur un périmètre réduit centré sur Checkpoint Charlie. Tout un symbole. La caméra du norvégien Sturla Brandth Grøvlen semble poursuivre à la fois Victoria et Berlin, mais un Berlin inhabituel, loin des clichés : une boîte de nuit, un toit, un café bio, un parking souterrain, une banque, un hôtel de luxe, le tout dans le clair-obscur du petit matin. Totalement neutre donc, mais totalement Berlin. Comme disent les personnages du film :

« nous sommes le vrai Berlin ».

Fascinant par son dispositif technique, Victoria est un film empreint de vérité. Pour arriver à son résultat, Sebastian Schipper et sa très grande équipe n’ont tourné « que » trois fois, la troisième prise étant évidemment le film. C’est très peu, et laisse la place encore à beaucoup de fraîcheur de la part de ces jeunes acteurs. Comme tous les cinéastes, comme tous les artistes, Schipper a cherché à produire quelque chose de nouveau, et on sent nettement que son but n’est pas d’être cité dans le livre des records, mais d’expérimenter cette chose nouvelle, ce « one take » que personne n’a encore réussi à réaliser dans ces proportions, et que l’allemand par l’habileté de sa mise en scène a maîtrisée sans roublardise aucune, tout en réussissant à mettre de la vie dans ce récit. Un film plutôt réussi donc, qui pourrait bien devenir l’outsider de cet été…

Victoria – Bande annonce

Victoria – Fiche technique

Titre original : Victoria
Date de sortie : 1er Juillet 2015
Réalisateur : Sebastian Schipper
Nationalité : Allemagne
Genre : Drame, thriller
Année : 2014
Durée : 134 min.
Scénario : Olivia Neergaard-Holm, Sebastian Schipper, Eike Frederik Schulz
Interprétation : Laia Costa (Victoria), Frederick Lau (Sonne), Franz Rogowski (Boxer), Burak Yigit (Blinker), Max Mauff (Fuß)
Musique : Nils Frahm
Photographie : Sturla Brandth Grøvlen
Montage : Olivia Neergaard-Holm (pour le scénario)
Producteur : Catherine Baikousis, Christiane Dressler, Jan Dressler, David Keitsch, Anatol Nitschke, Sebastian Schipper, (Producteurs), Barbara Buhl, Andreas Schreitmüller (Co-producteurs)
Maisons de production : MonkeyBoy, Radical Media (Production) ,Deutschfilm, Westdeutscher Rundfunk,  ARTE (Co-production)
Distribution (France) : Jour2fête, Version Originale
Récompenses :
Prix du film allemand : meilleur réalisateur, meilleure photo, meilleure actrice, meilleur acteur, meilleur film, meilleure musique
Berlinale : Ours d’argent de la meilleure contribution artistique pour Sturla Brandth Grøvlen
Budget : NR

Un remake pour Cujo

0

Une nouvelle version de Cujo de Stephen King est en préparation :

Les fans de films d’horreur vont être ravis : une nouvelle adaptation pour le film Cujo de 1983, adapté du roman de Stephen King, est en création.

L’information vient du site Film School Rejects qui a annoncé récemment que l’acteur DJ Perry (Le Miracle de Noël, The Science of Cool) avait signé pour tourner dans le film C.U.J.O. réalisé par Lang Elliott (Cage, Cage II). Lang Elliott dirige la compagnie Sun Classic Pictures et produira donc le film. Cette version de Cujo sera toutefois assez éloignée de l’histoire de départ centrée sur une mère et son fils aux prises avec ce chien géant.

Dans la version de Lewis Teague, Cujo, un gentil St Bernard, est mordu par une chauve-souris qui lui transmet le virus de la rage. Le chien devient fou et tue un voisin ainsi que son maître qui est garagiste. Lorsque Donna et son fils Tad arrivent en voiture, ils se retrouvent piégés par l’animal sur le parking du garage sans eau ni nourriture. La mère fera tout pour sauver son enfant des crocs du chien géant.

Quelle sera donc l’histoire de la nouvelle version ? Le nouveau titre C.U.J.O. signifie « Canine Unit Joint Operations », c’est-à-dire « Unité Canine d’Opération Conjointe », ce qui laisse entendre que le St Bernard serait plutôt un dangereux chien issu de quelque expérience militaire et autre manipulation génétique. Un nouveau sujet qui modernise l’histoire et présage beaucoup d’actions et d’effets spéciaux pour le film !

The Brink de Kim et Roberto Benabib, épisodes 1 à 3 : critique

La comédie politique : un genre typiquement américain

The Brink s’inscrit dans une longue lignée de comédies sur le monde politique. Si les américains sont fiers de leur démocratie, ils savent se montrer impitoyables envers leurs hommes politiques : on se souvient de Will Ferrell et Tina Fey imitant respectivement George W. Bush et Sarah Palin pour le Saturday Night Live. On se souvient aussi de l’excellent des Hommes d’influences où le président demandait la mise en scène d’un faux conflit pour couvrir un énième scandale sexuel, ou même de Primary colors, inspiré de Bill Clinton, avec John Travolta en candidat priapique.

Mais la référence la plus évidente de The Brink est évidemment le Docteur Folamour de Stanley Kubrick : même situation de crise, adaptée à notre époque, même militaires belliqueux, mêmes politiciens médiocres.

La série arbore un aspect choral séduisant, proposant des personnages très divers et typés : aux côtés de Jack Black et de Tim Robbins, on retrouvera un pilote de chasse obligé de trafiquer des amphétamines pour payer sa pension alimentaire, une famille Pakistanaise particulièrement érudite et férue de civilisation anglaise ou un méchant ravi de pouvoir appeler n’importe qui à n’importe quel moment.

Pour fonctionner, ce type de série a besoin de trois éléments : construire une intrigue qui accroche le spectateur, proposer une satire politique crédible et enfin faire rire le spectateur. On verra que The brink a du mal à tenir tous ces objectifs.

Une série courte au rythme élevé

Série composée de 10 épisodes de 30 minutes, The Brink annonce ses intentions dès le titre, que l’on pourrait traduire par « sur la corde raide ». Le point de départ de crise nucléaire amène une action rapide, dans la lignée de 24 heures chrono. De plus, la diversité des personnages fait que l’on file d’une intrigue à l’autre, chacune ayant son centre d’intérêt. On sent le savoir faire HBO avec ses scènes de nudité gratuite (avec, rareté, un énorme sexe masculin visible à l’écran), son cliffhanger en fin d’épisode, et ses personnages qui chacun suivent leur propre agenda, avec toutes les fourberies qui peuvent en découler. Cependant, format court oblige, ne vous attendez pas à des personnages aussi fouillés que Game of Thrones. Surtout, le format comédie amène les personnages à peu se développer : s’ils prennent bien des décisions qui vont les faire progresser dans l’intrigue, leur caractère reste toujours le même tout au long de la série. Contrairement à une série de type Sense8, The Brink est donc bien plus une série d’intrigue qu’une série de personnages.

Une satire politique qui manque de profondeur

L’un des gros problèmes de la série est de ne pas savoir sur quel pied danser, à l’image de son casting.

D’un côté Tim Robbins est connu pour avoir réalisé dans les années 90 deux films politiques intéressants : Bob Roberts, documenteur suivant l’ascension d’un sénateur américain chanteur de folk réactionnaire, et La dernière marche, plaidoyer anti-peine de mort qui a permis à Susan Sarandon de remporter l’oscar de la meilleure actrice. Sa présence donne à penser que la série va aborder en profondeur et de manière critique les thèmes de la politique étrangère américaine au moyen-orient. D’un autre côté Jack Black, spécialiste de l’humour un peu lourdingue qui amène l’histoire dans un comique de situation avec son rôle d’abruti gentiment égoïste. D’un côté la série parle de tensions diplomatiques, d’un autre côté elle confie la réalisation de son premier épisode à Jay Roach, l’homme derrière Austin Power.

Résultat, non seulement The Brink reste en surface, mais elle égratigne de plus finalement assez peu le pouvoir. Tout d’abord parce qu’elle est politiquement assez floue : en se situant sur un président imaginaire dont on ne sait s’il est démocrate ou républicain, la série s’oblige à avoir une approche assez peu tranchée de la situation, là où l’on sait que les deux camps n’auraient pas forcément la même approche de la diplomatie.

Ensuite parce qu’elle réduit complètement la diplomatie à des histoires de coucheries et d’ambitions personnelles. Ces motivations ont bien sûr de l’importance, mais en ne s’attachant qu’à elles, on n’oublie les enjeux géopolitiques bien réels et qui les dépassent. L’intrigue entre Walter Larson et sa femme est certes intéressante, mais on aurait aussi aimé avoir des références aux théories de l’axe du mal ou aux principes qui ont conduit les Etats-Unis à leur ligne diplomatique.

De plus, si les américains soient présentés comme des personnages égoïstes et imbéciles, on sent que le bien viendra quand même d’eux : Walter Larson, même s’il couche avec ses secrétaires, et accumule les gaffes diplomatiques, reste le seul personnage suffisamment intelligent pour éviter la catastrophe, et Alex Talbot, aussi incompétent soit-il, reste un diplomate dont le principal but est d’aider la construction de stations d’épurations d’eau.

Enfin, surtout, la série reste assez inoffensive car l’on n’apprend pas grand chose sur le sujet en regardant The Brink. Là où John Oliver dans son émission arrive non seulement à être hilarant mais à présenter de manière limpide un grand nombre d’informations sur un sujet, The Brink reste très en surface. Pourquoi les Pakistanais en veulent aux américains et à Israël ? Essentiellement parce que leur nouveau chef d’Etat est un fou paranoïaque. De manière intéressante, le drone abattu par le pilote de chasse dans l’épisode 2, déclenchant une crise politique entre l’Inde et le Pakistan, n’est pas américain, comme si la présence des Etats-Unis dans la région se limitait à une ambassade déconnectée du monde, dirigée par un fou de Dieu attendant l’apocalypse le sourire aux lèvres. De sorte que The Brink, tel un chat domestique, griffe beaucoup mais mord peu, et n’égratigne qu’en surface là où l’on n’aurait souhaité une vraie critique intelligente de la politique extérieure américaine.

Une comédie moyennement drôle

Dernier critère de réussite : la série fait-elle rire ? Malheureusement, The Brink ne déclenche qu’assez peu de grands éclats de rire. Est-ce dû au sujet ou aux personnages assez peu sympathiques ? Pas nécessairement, quand on repense à un Mars Attacks ! qui était vraiment drôle, sarcastique et méchant. On sent les scénaristes un peu piégés entre leur volonté de ne pas raconter quelque chose de stupide, leur volonté de quand même présenter des personnages caricaturaux, et la volonté de placer de nombreux gags à base de vomi et de grimaces d’un Jack Black plus énervant que drôle.

Résultat, on sourit assez souvent, mais on n’est pas franchement emporté par la série.

Faut-il regarder The Brink jusqu’au dernier épisode ?

Des trois séries des lundi HBO d’OCS, The brink est certainement celle qui a le moins de potentiel, et il n’est pas étonnant qu’elle passe en dernier. Pour autant, et malgré les nombreuses critiques que l’on peut trouver dans cet article, tout n’est pas à jeter : si l’on aurait voulu que la série aille plus loin et surtout aille plus en profondeur, elle se permet tout de même quelques impertinences qui font du bien. De plus elle bénéficie de son petit format : avec des épisodes d’une demi-heure au rythme vif, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Une série mineure, donc, qui nous laisse avec un sentiment mitigé : celui d’un divertissement de fin de soirée honnête, mais qui aurait pu être tellement plus ambitieux.

Synopsis : Soir d’élection au Pakistan : le candidat malheureux n’accepte pas sa défaite et provoque un coup d’état. Dès son premier discours, le général Umair Zaman menace d’attaquer Israël. Pour faire face à cette menace potentiellement nucléaire, le président des Etats-Unis hésite entre la voie militaire et la voie diplomatique. Le succès de cette dernière repose sur le secrétaire d’Etat, très porté sur les stagiaires, Walter Larson (Tim Robbins), et sur Alex Talbot (Jack Black), sous-fifre de l’ambassade américaine au Pakistan que le hasard va mettre au cœur de l’action.

The Brink :  Fiche technique

Titre original : The Brink
Date de sortie : 2015
Nationalité : Américaine
Création : Kim et Roberto Benabib
Réalisation : Jay Roach, Tim Robbins, Jon Poll, Scott Winant
Scénario : Kim Benabib, Roberto Bebabib, Dave Holstein, Sam Forman, Wes Jones, Jack Kukoda, Aasif Mandvi
Interprétation : Tim Robbins, Jack Black, Pablo Schreiber, Maribeth Monroe, Carla Gugino …
Musique : David Robbins
Photographie : James M. Muro, Todd dos Reis
Décors : Jessica Kender
Montage : David Helfan, Jon Poll, Kheireddine El-Helou
Production : Jack Black, Tim Robbins, Dave Holstein, Aasif Mandvi, Jon Poll
Sociétés de production : Everymen pictures, Home Box Office (HBO), Jerry Weintraub productions
Distribution : Home Box Office
Budget : NR
Nombre d’épisodes : 10
Genre : comédie, politique

Légitime Violence, un film de John Flynn : critique du DVD

[Critique DVD] :  Rolling Thunder/Légitime Violence

Synopsis : le commandant Charles Rane (William Devane), de retour du Viêt-Nam, voit sa femme et son fils assassinés devant ses yeux par des cambrioleurs.
En 1995, Quentin Tarantino crée une société de distribution de films qu’il appelle Rolling Thunder Pictures. Ce nom n’est pas donné au hasard : le réalisateur a voulu alors rendre hommage à un film culte et essentiel selon lui, Légitime Violence (Rolling Thunder dans son titre original), film encore peu connu en France mais qui a un statut culte outre-Atlantique.
La parution en DVD et Blu-Ray, chez Wild Side, de trois films de John Flynn (Légitime Violence, Pacte avec un Tueur et Échec à l’organisation) nous permet de redécouvrir ce cinéaste, décédé en 2007, et dont la filmographie passe encore trop inaperçue.

Retour au foyer
Sorti en 1977, Légitime Violence se situe dans le cadre du retour difficile des vétérans du Viêt-Nam. Cela montre une fois de plus cette capacité du cinéma américain à réagir très vite face à l’actualité de son pays. Les premiers films mentionnant (de près, comme Les Visiteurs, d’Elia Kazan, ou de loin, comme M.A.S.H., de Robert Altman) le conflit en Extrême-Orient sont apparus dès le début des années 70, alors que la guerre n’était pas encore finie.
Légitime Violence se déroule en 1973. Charles Rane et quelques autres, comme John Vohden (interprété par Tommy Lee Jones), ont été retenus prisonniers et torturés par le Viêt-Cong pendant plusieurs années. Libérés, ils sont accueillis comme des héros à leur retour au Texas. On organise des fêtes pour eux, on leur donne de nombreux cadeaux, etc. Mais la mise en scène nous fait vite comprendre que derrière les figures héroïques se cachent des fêlures profondes, voire des traumatismes.
D’abord, dès la sortie de l’avion, il y a la différence de posture entre Rane et Vohden. Autant le commandant parvient à donner l’image du héros tel que l’Amérique le veut (costume aux multiples médailles, allure fière, lunettes de soleil), son subalterne paraît plus cassé, plus renfermé.
Puis, il y a le retour dans la famille. La première nuit est significative : Rane s’enferme dans une pièce à peine plus grande que sa cellule et revoit, en boucle, les images traumatisantes de sa détention. Le traumatisme qu’il parvenait à cacher en public remonte à la surface quand il est seul.
Dans cette première partie de film, le cinéaste insiste sur la distinction public/privé. Outre l’image du héros, il montre aussi une version critique de l’idéal américain. La famille, parfaitement unie devant les caméras, se délite littéralement dans le cadre du foyer, où Rane apprend que sa femme a une liaison et qu’elle songe à divorcer. On peut sentir là, finement inscrite entre les lignes, une critique d’un certain culte des apparences ainsi que du modèle de vie proposé par la société américaine.

Vengeance et héroïsme
Légitime Violence change littéralement de trajectoire avec la scène du cambriolage. Le film devient alors une œuvre sombre et violente, un film de vengeance désabusé à la réalisation sèche et directe. C’est là que le film perd un peu de sa tension et de son originalité, mais il reste quand même une belle œuvre.
Là encore, le personnage de Rane reste marqué par son traumatisme. Lors du cambriolage, il se replonge dans les souffrances subies au Viêt-Nam et fait donc l’assimilation entre les criminels qui l’attaquent et les ennemis du conflit. Du coup, lorsqu’il se lance à leur recherche, ce n’est pas seulement dans une idée de vengeance : c’est une véritable guerre qu’il veut mener.
Le film permet alors de poursuivre le portrait contrasté de Rane. Aveuglé par sa haine, le personnage devient violent et ne prend plus en compte aucune autre considération. Pire, il va même entraîner d’autres personnes avec lui.
Une fois de plus, c’est le statut du héros qui en prend pour son grade ici. Peut-on être un héros en s’affranchissant ainsi des lois ? Pour bien saisir ce changement du personnage, il faut voir ce qu’en pense Linda. Au début du film, elle est évidemment attirée par Rane, séduite par sa virilité, son statut de héros, etc. C’est à cause de cette attirance pour lui qu’elle va le suivre dans sa quête morbide. Mais plus le temps va passer et plus elle va s’éloigner de lui, comprenant qu’elle est simplement utilisée, manipulée par quelqu’un qui a un but personnel.
Le film va se terminer dans la violence et le bain de sang. Une violence qui est filmée sans fard, sans effets stylisés. Pas de musique, pas de ralentis, pas de trucs divers : la violence n’est pas esthétique, elle n’est pas agréable, elle n’est pas belle. Elle est montrée dans toute sa crudité.
La réalisation sait rester sobre. Le scénario, signé Paul Schrader (romancier, qui écrira par la suite le scénario de Taxi Driver), ne va pas toujours au bout de son idée directrice et se perd un peu dans la facilité d’un film de vengeance. Mais l’interprétation est excellente et l’ensemble se laisse voir avec plaisir et intérêt.

Légitime Violence : Bande-annonce

Légitime Violence : Fiche Technique

Titre original : Rolling Thunder
Date de sortie originale : 14 octobre 1977
Date de sortie du DVD/Blu-Ray : 8 juillet 2015
Nationalité : USA
Réalisation : John Flynn
Scénario : Paul Schrader, Heywood Gould
Interprétation : William Devane (Charles Rane), Linda Haynes (Linda Forchet), Tommy Lee Jones (John Vohden), Lisa Richards (Janet), Dabney Coleman (Maxwell), Luke Askew (Automatic Slim).
Musique : Barry De Vorzon
Photographie : Jordan Cronenweth
Décors : Steve Berger
Montage : Frank P. Keller
Production : Norman T. Herman
Société de production : American International Picture
Société de distribution : American International Picture
Editeur du DVD/Blu-Ray : Wild Side Video
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 96’ (version courte), 100’ (version longue)

Les Minions, un film de Pierre Coffin et Kyle Balda : Critique

Ce n’est pas vraiment la banana…

Prendre part au succès de la franchise Moi, moche et méchant pour ensuite envahir notre quotidien sous forme de divers produits dérivés… les Minions sont décidément partout ! Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que les petites gélules jaunes s’offrent un film rien que pour elles, pour le plus grand plaisir des fans. Mais des personnages connus pour leurs petites apparitions et leurs gags cartoonesques de courte durée peuvent-ils tenir la distance sur un long-métrage faisant 1h30 ? C’est la grande question que tout le monde doit se poser, surtout après être passé par Les Pingouins de Madagascar qui n’est clairement pas resté dans les mémoires malgré l’aura de ses protagonistes. Et malheureusement, c’est la même chose qui se produit ici avec ces chers Minions…

Après, il faut faire la part des choses : les Pingouins de la trilogie Madagascar ont beau être appréciés, ce sont tout de même les Minions qui l’emportent, leur célébrité ayant eu un plus grand impact dans la culture populaire. En effet, il est désormais impensable de rencontrer quelqu’un dans la rue qui ne les connaisse pas, la Terre entière ayant littéralement succombée à leur charme fou. Une simplicité apparente (question look), une personnalité bien à eux (une maladresse et un langage caractéristiques), un humour universel qui fait mouche… voilà d’où ces petits personnages tirent leur charisme sans faille que le public espère retrouver dans ce long-métrage. Si le charme opère toujours au point que Les Minions se présente tel un divertissement sympathique et plaisant à regarder (le rendu visuel se révèle encore plus élaboré que pour Moi, moche et méchant 2), la sauce a tout de même du mal à prendre.

Pourtant, le film avait une base scénaristique plutôt solide (la quête d’un super-vilain à seconder) qui reflétait à merveille l’esprit des Minions. Mais une fois ce postulat posé, le film ne fera qu’enchaîner les séquences sans aucune imagination, ayant l’impression de constamment tourner en rond. La faute étant que Les Minions ne propose aucune trame secondaire digne de ce nom, ne se concentrant que sur ses trois personnages principaux qui ne répondent présents que pour amuser la galerie. De ce fait, le long-métrage livre des protagonistes de seconde zone (Scarlett Overkill, son mari Herb, la famille Nelson…) sans saveur ne parvenant pas à égaler ceux de Moi, moche et méchant. Un constat qui empêche donc le spectateur de se plonger pleinement dans l’aventure et de suivre bêtement (mais non sans plaisir) les situations rocambolesques de ses stars qui manquent d’émotion et de fantaisie.

Mais même du point de vue humoristique Les Minions déçoit. Non pas que le film ne soit pas drôle : l’ensemble peut se vanter d’avoir des séquences totalement loufoques et réussies qui sauront arracher quelques sourires voire de franches rigolades. Mais si ces dernières marchent, c’est parce qu’elles sont à l’image des gags propres aux Minions : courtes et cartoonesques. Malheureusement, pour justifier sa durée de 1h30 et afin de toucher un plus large public (alors qu’il n’en avait franchement pas besoin), le film étire la plupart de ces situations comiques sans exprimer la moindre folie pourtant si caractéristique aux personnages au point d’avoir des airs de déjà-vu. Si les petits gags sont présents, ils ne sont pas assez nombreux pour effacer ce sentiment d’ennui qui s’installe au fur et à mesure que le visionnage s’approche du générique de fin. Un sentiment qui plus est accentué par cette impression d’avoir un film sans queue ni tête, semblant longuet par moment et ne se montrant jamais aussi imprévisible que les scènes de Moi, moche et méchant. D’autant plus que les bandes-annonces se sont montrées un peu trop généreuses, dévoilant la quasi intégralité des scènes dont les plus marquantes. À la limite, les spectateurs riraient plus avec la dose d’humour référentielle livrée dans ce divertissement (la culture hippie, les clichés anglais…). Mais comme Les Minions s’adressent avant tout aux plus jeunes, il est vraiment dommage de remarquer pendant la séance que ce sont plus les adultes qui s’amusent (à cause de cette surabondance de clins d’œil culturels) et non les enfants, ces derniers se plaignant que le spectacle soit « trop long ». Un comble !

La messe est dite : les Minions, comme la plupart des personnages de leur espèce, ne peuvent tenir la distance sur une durée plus conséquente qu’à l’accoutumée. Si le long-métrage se montre sympathique, jamais il n’arrive à retrouver la folie et l’imagination qu’usaient les créateurs pour rendre ces gélules jaunes si attachantes et hilarantes, se contentant de leur charisme populaire et de rien d’autre. Fort heureusement, un troisième opus de Moi, moche et méchant serait actuellement en préparation. Et même si la qualité de cette suite ne soit pas assurée d’avance, il est déjà certain que les Minions sauront retrouver toute leur fantaisie absente de ce spin-off/préquelle. Comme quoi, ce sont les plaisanteries les plus courtes qui sont les meilleures.

Synopsis : Depuis la nuit des temps, les Minions, petit êtres jaunes et maladroits, sont en quête du méchant le plus ambitieux de l’histoire afin de le servir. Mais après des siècles d’isolement et de dépression pour avoir détruit par leur incompétence leurs maîtres, trois d’entre eux appelés Kevin, Stuart et Bob décident de partir à la recherche d’un nouveau méchant. Leur route va ainsi croiser celle de Scarlet Overkill, une élégante et ambitieuse femme qui projette de dominer le monde et devenir la première femme super-méchante…

Les Minions : Bande-annonce

Les Minions :Fiche technique

Titre original : Minions
États-Unis – 2015
Réalisation : Pierre Coffin et Kyle Balda
Scénario : Brian Lynch, d’après les personnages créés par Ken Daurio et Cinco Paul
Doublage : Pierre Coffin (les Minions), Sandra Bullock (Scarlet Overkill), Jon Hamm (Herb Overkill), Michael Keaton (Walter Nelson), Allison Janney (Madge Nelson), Steve Coogan (le professeur Flux et le garde de la Tour de Londres), Jennifer Saunders (la Reine), Geoffrey Rush (le narrateur)…
Date de sortie : 8 juillet 2015
Durée : 1h31
Genre : Animation
Direction artistique : Olivier Adam
Montage : Claire Dodgson
Musique : Heitor Pereira
Producteurs : Janet Healy et Chris Meledandri
Production : Illumination Entertainment
Distributeur : Universal Pictures International

Les Deux amis, un film de Louis Garrel : critique

L’amitié fait partie intégrante du cinéma de Louis Garrel, dont le premier court métrage, Mes Copains, célébrait sa bande de potes. En 2011, il réalisait La Règle de trois avec son complice Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani. Habitué de la Croisette, Louis Garrel était donc tout naturellement présent cette année à Cannes avec son premier long métrage, Les Deux amis, sélectionné pour la Semaine de la critique.

Synopsis : Clément, figurant de cinéma, est fou amoureux de Mona, vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord. Mais Mona a un secret, qui la rend insaisissable. Quand Clément désespère d’obtenir ses faveurs, son seul et meilleur ami, Abel, vient l’aider. Ensemble, les deux amis se lancent dans la conquête de Mona.

A trois on y va

Il y réunit à nouveau le trio de La Règle de trois pour un badinage amoureux et amical, inspiré de Marivaux. Ici pourtant, plus que l’amour, c’est l’amitié, et sa rupture, entre deux hommes, loin de la franche camaraderie, qui domine. Clément admirait Abel, jusqu’à ce que son égoïsme lui devienne insupportable. Épaulé par Christophe Honoré, dont on sent la plume dans chaque dialogue, Louis Garrel réalise une comédie amoureuse, qui se veut à la fois légère et rythmée, avec comme point d’orgue, le sentiment et sa retranscription à l’écran. Dans le film de Louis Garrel, on court beaucoup, on se parle aussi, sans vraiment s’écouter, le tout dans un chassé-croisé de près de 48 heures dans les rues de Paris. Vincent Macaigne y joue (encore) un paumé envahissant et attachant, écarté de la société par son statut d’intermittent alors que Louis Garrel est (encore) un dandy blasé et charmeur. Golshifteh Farahani y est solaire et plus libre, malgré son statut de prisonnière, que les deux amis, enfermés dans une relation d’amitié qui ne fonctionne plus.

On a failli rester amis

Louis Garrel parle de sentiment, mais sans s’appesantir. C’est certainement ce qui le distingue, dans ce film du moins, de son père Philippe Garrel, pour lequel l’amour est toujours un grand drame bourgeois et théâtral. La musique de Louis Garrel est plus légère, faite de petits mensonges, de piques et d’un corps à corps très chorégraphique entre le trio filmé. Ce que Clément demande, c’est de l’affection, une attention particulière et du temps alors que Mona n’en a précisément pas à offrir, puisqu’elle doit retourner chaque soir dans sa cellule. Le secret qu’elle garde donne lieu à un quiproquo et à une scène de train assez hilarante. Abel, quand à lui, cherche à tout maîtriser et prend les choses en main, quitte à s’approprier les mérites d’une réussite. C’est un papillon, il vole de femmes en femmes comme l’insecte ailé vole de fleurs en fleurs. Louis Garrel tente de filmer l’impalpable, le sentiment et sa lenteur, sa décantation, sa naissance et son explosion. Pourtant, son film semble rapide, dès le prologue, expédié en quelques minutes, là où de nombreux films prennent beaucoup (trop) de temps à psychologiser et contextualiser leurs histoires. Le feu de l’action démarre assez vite, tout comme la fin de l’amitié d’Abel et Clément. Ainsi, cette fin est filmée comme une rupture amoureuse, dans les mots et dans les gestes. Mona déclenche cette crise du sentiment, c’est d’ailleurs toujours elle qui marche en avant quand le trio est réunit. S’il va vite, Louis Garrel s’accorde aussi des pauses à l’aide de ralentis plus ou moins bien sentis. Il montre aussi que le sentiment, l’amour comme la colère, est un combat. Ce n’est ainsi pas anodin si quand Abel et Mona accompagnent Clément sur un tournage d’u film où il fait de la figuration, c’est de mai 68 qu’il est question (thème très cher à Garrel père), avec cette phrase « ça ne fait que commencer, continuons le combat », soit cette lutte pour conquérir l’autre, faire durer un sentiment aussi fort et complexe que l’amitié. Les trios sont légions dans le cinéma, la troisième entité venant toujours relancer un couple en fin de course, tout en en brisant finalement la structure. Si le film sonne parfois faux c’est qu’il est filmé et joué comme un hors temps irréel, loin des conventions sociales, tous les personnages étant coupés de la société par leur statut : prisonnière, écrivain sans projet littéraire et acteur-figurant. Avec beaucoup de déjà-vu, baigné dans une sensibilité particulière, Louis Garrel réalise un film triangulaire, élégamment mis en scène, sans pour autant marquer durablement les esprits. Les deux (ex) amis semblent démunis à la fin, avec comme seule perspective, l’amour à venir et qu’ils vivront pour eux-mêmes, en solitaire.

Les Deux amis : bande annonce

Les Deux amis : Fiche technique

Titre original : Les Deux amis
Date de sortie : 23 septembre 2015
Nationalité : Française
Durée : 100 minutes
Réalisation : Louis Garrel
Scénario : Louis Garrel et Christophe Honoré
Interprétation : Louis Garrel, Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Claire Mathon
Décors : Jean Rabasse
Montage : Joëlle Hache
Production : Olivier Père, Anne-Dominique Toussaint
Sociétés de production : Les Films des Tournelles, Arte France Cinéma
Sociétés de distribution : Ad Vitam
Budget : NR
Genre : Comédie dramatique
Récompense(s) : Sélection Semaine de la critique Festival de Cannes 2015.

Pour une Poignée de dollars, un film de Sergio Leone : critique

C’est après avoir réalisé des péplums dont la qualité n’est pas flagrante que Sergio Leone s’attaque à un western. Et c’est là que le modeste réalisateur va devenir, progressivement, une des figures maîtresses du cinéma. Car, honnêtement, ses premières réalisations sont loin de rendre hommage à son talent. Les Derniers Jours de Pompéi ou Le Colosse de Rhodes sont des productions engoncées qui doivent respecter un cahier des charges trop strict pour laisser la moindre liberté au cinéaste. Et c’est justement là le maître mot de Pour une Poignée de dollars : la liberté.

Synopsis : un cavalier inconnu arrive dans un village où deux familles s’opposent en un conflit mortel.

La Naissance d’un cinéaste

Quand on revoit ce film de nos jours, notre regard est forcément faussé, parce que l’on connaît la suite de la carrière de Sergio Leone. On cherche dans ce film ce qui sera la marque de fabrique du réalisateur, et on trouve bien souvent que Pour une Poignée de dollars est un film bien timide comparé au Bon, la Brute et le Truand. Et pourtant, tout est déjà là : les personnages dignes d’une Commedia Dell’arte macabre ou d’un roman picaresque délirant, la théâtralisation à outrance unie à un ultra-réalisme quasi-documentaire, un aspect parodique évident, l’étirement du temps, et un incroyable mélange de références culturelles qui renvoie aussi bien à l’opéra qu’au film de sabre japonais. Tout est déjà ici, à des degrés divers et avec un dosage qui rend l’œuvre encore inégale et inférieure à ce qui viendra par la suite, mais qui permet quand même de faire de Pour une Poignée de dollars un film qui marque l’histoire du cinéma.

Le Garde du Corps

Pour une Poignée de Dollars est l’adaptation (sauvage, car non revendiquée comme telle) d’un film de sabre japonais, Le Garde du Corps (Yojimbo), sorti en 1961 et réalisé par Akira Kurosawa. Le film asiatique multipliait déjà les références au western. Leone va garder la trame du film (l’affrontement de deux clans dans un village) mais aussi le personnage principal. Le cinéma de sabre japonais est rempli de ces personnages de samouraï errants allant de ville en ville et louant leurs services aux plus offrants. Le cavalier solitaire n’est que le même personnage, adapté à l’ouest américain.
On trouve également d’autres allusions, sous forme de clins d’œil, une armure ou une machette qui peut être un rappel du katana.
Mais croire que Leone s’est contenté d’adapter le film de sabre au décor de l’ouest, c’est minimiser la portée du film. Les références sont nombreuses et dépassent le cadre du seul film de Kurosawa. Le film se déroule aussi dans un contexte politique particulier, celui d’un conflit opposant les USA et le Mexique. Et la guerre des clans qui divise le village est une version réduite et symbolique de la guerre transfrontalière. En effet, nous avons d’un côté les Baxter (nom typiquement anglo-saxon) et, de l’autre, les Rojo (Rodos en Version Française). L’emploi par le Cavalier Sans Nom de la même phrase pour désigner les deux guerres renforce encore le parallèle que l’on peut établir. Il y a bel et bien un aspect symbolique dans ce qui se déroule à l’écran.

Immoralité

Et forcément, le contexte de la guerre permet de montrer l’être humain dans toute son horreur. Pour une Poignée de dollars est un film très désenchanté concernant la morale. Le monde appartient à ceux qui tirent le plus vite ou qui sont les plus fourbes. L’univers décrit par Leone est un univers d’intrigues, de trahisons, de violence, de haine et d’appât du gain. Point de morale, sinon celle de l’argent et du plomb.
Certains ont pu voir là une opposition directe au genre du western hollywoodien qui serait enfermé dans l’optique manichéenne d’un bon contre un méchant. Mais affirmer ceci, c’est oublier que le genre du western, aux USA même, avait beaucoup changé à la fin des années 50 et au début des années 60. Le personnage de John Wayne dans La Prisonnière du désert, Gary Cooper et Burt Lancaster dans Vera Cruz (dans un contexte similaire à celui du film de Leone), ou Coups de feu dans la Sierra, le second film de Sam Peckinpah, avaient déjà amorcé ce retournement et cette désillusion morale. Le mérite de Leone est de la rendre plus flagrante, d’en faire un opéra de violence quasi apocalyptique.

Références religieuses

Car les référnces religieuses abondent aussi dans ce film. Le Cavalier Solitaire apparaît vite comme un ange exterminateur indestructible (voir le combat final, où il semble résister aux balles, mais aussi son incroyable capacité à guérir à une vitesse impressionnante après son passage à tabac) venu rétablir une certaine justice. À l’inverse, la famille Rojo, et en particulier Ramon (incarné à merveille par l’excellent Gian Maria Volonté, un des acteurs les plus marquants du cinéma italien, que l’on retrouvera dans Et pour quelques dollars de plus, mais aussi Le Cercle rouge, de Melville), semblent renvoyer à une personnification du Mal. Il faut voir la scène apocalyptique où les Rojo mettent le feu à une maison et tuent tous ceux qui sortent. La façon dont c’est filmé renvoie directement à une sorte d’enfer sur terre. Le nom même de la famille (Rojo, Rouge en espagnol) peut faire directement référence à la couleur du sang et de la violence (voir le générique de début, qui se déroule sur fond rouge).

Le seul personnage féminin, Marisol, apparaît comme l’innocence persécutée et avilie. Retenue contre son gré par Ramon, qui est tombé amoureux d’elle, elle est séparée de sa famille et en particulier de son enfant pour pouvoir assouvir les bas instincts d’un tueur. Elle est au cœur de la seule scène vraiment émouvante et apporte une touche d’humanité au milieu d’un monde de dépravations.

Western spaghetti

Mélangeant toutes ces diverses influences, Sergio Leone pose les fondations du western spaghetti (même si, en grand artiste, il a su à la fois établir le genre et en sortir grâce à l’ampleur de son talent et de son originalité). On y trouve une attention particulière au réalisme d’un décor de poussière et de rocaille assommé par le soleil ou aux personnages crasseux. Puis ce réalisme vole en éclats, à coups de scènes baroques fondées sur l’exagération, des réactions outrées, une théâtralisation excessive et assumée. L’aspect parodique est évident lorsque le Cavalier, seul, parvient à descendre cinq personnes d’un coup.
Le film montre aussi cet étirement du temps qui semble caractéristique au genre du western spaghetti mais qui, en fait, trouve son origine, là aussi, dans les films de sabre. Les scènes de duel sont typiques : on se regarde un long moment, on prend place, on attend, on attend, on attend… Le cinéaste fait des plans de plus en plus rapprochés, insistant sur les regards. Le temps semble suspendu avant que les armes ne parlent, d’un coup, brutalement.
Faut-il, là aussi, préciser l’importance capitale de la musique ? Cependant, dans le cas de la partition d’Ennio Morricone comme pour la mise en scène, on est ici face à quelque chose qui n’est pas encore totalement abouti. Trop bavard, le film ne laisse pas encore suffisamment de place aux silences éloquents que l’on trouvera dans Il était une fois dans l’ouest. La musique, elle, ne parvient pas encore à faire naître ce lyrisme des futures partitions du maestro.
Mais ne boudons pas notre plaisir : Pour une Poignée de dollars est un film jouissif, presque cathartique, les véritables premiers pas d’un maître de la mise en scène, et le film a permis aussi de faire connaître à l’internationale le nom de Clint Eastwood, lançant une des carrières les plus exceptionnelles du cinéma contemporain.

Pour une Poignée de dollars : Fiche Technique

Titre original : per un pugno de dollari
Date de sortie originale : 16 mars 1966
Date de sortie de la copie restaurée : 1er juillet 2015
Nationalité : Italie
Réalisation : Sergio Leone (crédité sous le nom de Bob Robertson)
Scénario : Víctor Andrés Catena, Jaime Comas Gil, Sergio Leone
Interprétation : Clint Eastwood (Le Cavalier Sans Nom, Joe), Gian Maria Volonté (crédité sous le nom de Johnny Wels) (Ramon Rojo), Marianne Koch (Marisol), Wolfgang Lukschy (John Baxter), Joseph Egger (Piripero).
Musique : Ennio Morricone (crédité sous le nom de Dan Savio)
Photographie : Massimo Dallamano, Federico G. Larraya
Décors : Carlo Simi
Montage : Roberto Cinquini, Alfonso Santacana
Production : Arrigo Colombo, Giorgio Papi
Société de production : Jolly Film, Constantin Film Produktion, Ocean Films
Société de distribution : Unidis
Budget : $ 200 000
Genre : western
Durée : 99’

Natür Therapy (Out of Nature), un film de Ole Giæver : Critique

Deuxième long-métrage du réalisateur et acteur norvégien Ole Giæver, Natür Therapy (Out of Nature) nous embarque dans une randonnée spirituelle durant laquelle Martin (interprété par Ole Giæver lui-même) va enchaîner prises de conscience et réflexions sur lui-même.

Synopsis : Martin entame une randonnée solitaire dans les montagnes norvégiennes. Il se laisse aller à ses pensées à la fois fantaisistes et profondes, infantiles et existentielles, et, surtout, il porte un regard sans concession sur lui-même et sur ceux qu’il a laissés derrière lui.

Pensées abjectes

Durant 80 minutes, Martin est le personnage unique, même si sa famille ainsi que ses amis sont présentés. Et s’il est amené à faire des rencontres, jusqu’à assouvir des fantasmes tordus – bien qu’inaboutis – avec des inconnues, il est le pivot de ce long métrage qui le cloisonne dans une remise en question sans réel fond, ne relevant que d’un simple psychotique, d’une simple envie de tout envoyer balader. Cette randonnée, Martin la transforme en thérapie, là où le côtoiement de la nature serait davantage l’occasion d’imaginer des fantasmes morbides, obscènes ou toutes sortes de pulsions qu’il ne peut satisfaire dans la vie. Tout cela sans que personne ne puisse le voir, ni l’entendre.

En réalisant Natür Therapy (Out of Nature), Ole Giæver n’a pas fait les choses à moitié, se retrouvant devant et derrière la caméra. Défi risqué et à moitié réussi. Malgré un jeu nuancé offrant une palette variée d’émotions, avec une voix off tantôt chevrotante, tantôt confiante, Martin apparait comme un personnage ingrat, désagréable et macho, aux tendances exhibitionnistes (nous sommes amenés à zieuter à plusieurs reprises son sexe). Impossible d’éprouver une quelconque empathie pour lui. Mais ne serait-ce pas ce qu’il est vraiment ? Son mépris assumé dans ses réflexions ne ferait-il pas de lui un salopard ? Ne se dévoilerait-il pas sous sa vraie personnalité lorsque personne ne le regarde ? Ainsi, Natür Therapy (Out of Nature) est également un film sur la reconstruction d’un homme, sur la quête de soi.

L’image bleutée, plutôt pâlotte, ne déroge pas à l’image que l’on se fait du cinéma nordique où un certain esthétisme est de mise, doublé d’une propension à la contemplation. Entre deux prises de conscience, viennent s’immiscer divers plans de la nature, à la manière d’un documentaire sur les grandes prairies qui couvrent les pays scandinaves. On peut ainsi se demander si 80 minutes, ce n’est pas trop long et si le film n’aurait pas été plus intense réduit à un moyen métrage d’une cinquantaine de minutes. Natür Therapy (Out of Nature) est en effet très lent, il multiplie les plans-séquences en une continuité temporelle suivant en temps réel cette randonnée. Les nombreux gros plans qui le jalonnent enferment Martin dans sa quête de soi et dans sa constante interrogation sur lui-même. Les plans plus larges, quant à eux, l’isolent au sein d’un monde vide, aussi bien d’humains que de sens. Mais cette randonnée a-t-elle réellement un sens ? N’est-elle pas que le déni d’une vie dans laquelle son héros ne se retrouve pas ? La randonnée est une boucle, un cercle vicieux, autant pour Martin que pour les spectateurs. Le jeune marcheur se remet sans cesse en question et ne cesse de s’interroger sur sa sexualité et sur une vie passive dans laquelle il ne semble pas se retrouver. Martin est un personnage moribond, lassé, qui se voit voué à l’échec, à la recherche d’une échappatoire qui le ferait quitter une routine qu’il considère nauséeuse mais qu’il affectionne pourtant. Natür Therapy (Out of Nature) nous livre ainsi les ressentis de son personnage, principalement sexuels, simultanément à de nombreuses mises à nu physiques de celui-ci.

Ce deuxième film de Ole Giæver ne peut que rappeler Near Death Experience, film français réalisé en 2014 par le duo fantasque Gustave Kervern/Benoit Delépine dans lequel Paul, interprété par Michel Houellebecq, fait également le choix de quitter son logis. S’en suivent des réflexions et interrogations personnelles plus abouties et convaincantes.

Natür Therapy (Out of Nature) : Fiche technique

Titre original : Mot Naturen
Date de sortie : 9 septembre 2015
Nationalité : Norvège
Réalisation : Ole Giæver
Scénario : Ole Giæver
Interprétation : Ole Giæver, Rebekka Nystabakk, Marte Magnusdotter Solem
Musique : Ola Fløttum
Photographie : Oystein Mamen
Décors : NR
Montage : Frida Eggum Michaelsen, Ole Giæver
Production : Maria Ekerhovd
Sociétés de production : Mer Film
Sociétés de distribution : Epicentre Films
Budget : NR
Genre : Drame, comédie.
Durée : 80 mins.
Récompense(s) : NR

 

 

Terminator Genisys, un film de Alan Taylor : Critique

La franchise Terminator est donc de retour et cette fois-ci elle a des idées précises sur où elle veut aller. D’habitude plusieurs années séparaient les nouveaux opus de Terminator, car les suites n’étaient pas nécessaires ni acquises. Sauf que là avant même la sortie de ce nouvel épisode, une trilogie fut annoncée et cette trilogie ne prendrait visiblement pas en compte ce qui avait été entrepris par Terminator Salvation et marquerait le retour d’Arnold Schwarzenegger.

Aberration

Après un premier film très réussi et paranoïaque sur fond d’électro punk qui interrogeait la déliquescence de la société, puis d’un deuxième qui réinventait sa formule dans un semi-remake inventif et prenant allant beaucoup plus loin dans ses réflexions et sa vision sombre et mécanique du monde, tout deux dirigés par James Cameron, la saga s’est empêtrée dans des suites plus discutables. Le troisième était une mauvaise réitération du 2, il reprenait beaucoup de scènes du 2 et plongeait dans le « toujours plus » mais pas le « toujours mieux » avec en plus un humour beauf et un méchant ridicule. Le quatrième film était déjà plus intéressant, malgré ses nombreux défauts, il faisait attention à ce qu’il touchait et comment il le touchait tout en élargissant la mythologie de l’univers et créant des personnages solides. Injustement mal aimé le film fut renié au profit de ce tout nouveau Terminator qui s’impose comme un reboot/remake de la saga. Mais est-ce que Terminator Genisys arrivera à faire mieux que ses prédécesseurs et à s’imposer comme la digne suite de Terminator 2 ? 

Alors la réponse est tout simplement non. Pour développer cet avis il faudra spoiler mais étant donné que la promotion catastrophique du film a déjà bien mâché le travail cela ne devrait pas être un souci. On ne doit pas toujours rabaisser une suite en la comparant sans cesse à ses aînés mais étant donné que ce film repompe allègrement des passages entiers des anciens films, la comparaison est inévitable. Le principe ici est de reprendre les événements du premier opus et de les modifier pour amener à une nouvelle timeline. Et au passage il va tout simplement faire insulte à la saga et la dénaturer complètement. Ce que l’on a appris au bout de quatre films n’a strictement servis à rien, John Connor n’est plus le sauveur de l’humanité mais son plus grand ennemi, Skynet n’est plus Skynet, le T-800 emblématique fini par devenir un T-1000 et etc. Le film enchaîne insultes sur insultes, dénaturant l’essence de la saga même dans ses dialogues, le T-800 répétant sans cesse qu’il est vieux pas obsolète alors que l’on nous disait bien dans un film précédent qu’il était obsolète, c’est ce qui faisait sa saveur.  L’ancien contre le nouveau mais le film renonce d’une certaine manière à ce principe. D’ailleurs il en fait des caisses sur la vieillesse de sa star multipliant des blagues sur son âge qui alourdissent l’ensemble surtout que ça revient sans cesse. De plus le film nous montre bien que les événements des anciens films étaient inutiles car John Connor tente de tuer ses futurs parents et quand un des personnages lui fait remarquer que si il tue ses parents il ne viendra pas au monde, lui explique dans une phrase stupide et qui ne veut rien dire que si, il peut naître sans ses parents… Voilà où se pose la stupidité du film car non John, si tu veux naître tu as besoin de tes parents et il y a pas d’histoire d’évadés du temps qui tienne. Techniquement John Connor ne devrait même pas être présent car dans cette réalité il n’est pas encore né car lorsque l’on retourne dans le passé le futur se modifie en fonction, donc John Connor ne devrait pas être ou pas de la même manière car le passé à été drastiquement modifié. Parce que le film ne se passe pas entièrement en 1984, Sarah Connor et le T-800 on créée une machine à voyager dans le temps ( si si ) et ils iront avec Kyle Reese en 2017, dans une réalité où John n’est pas encore né donc on ne devrait pas le retrouver à l’identique qu’au début, il a le même âge et le même passif alors que ses changements aurait dû l’influencer. Terminator Genisys se base donc sur de très grosses incohérences et il semble juste stupide à cause de ça. Passons aux autres défauts du film car si l’on continue sur les incohérences temporelles on pourrait écrire un livre et surtout que même le deuxième film, qui est le meilleur de la saga, n’en n’est pas exempt. On pourrait aussi s’étendre sur les nombreuses facilités scénaristiques, comme le fait que les héros on réussi à faire une machine à voyager dans le temps en 1984 mais que celle-ci n’a pu être entièrement faite en 2017 malgré la technologie et le savoir du méchant ou encore qu’à la fin Genisys décide de faire baisser le compte à rebours de son lancement de 10min ( compte à rebours qui symbolise le début de l’apocalypse ) au lieu de se lancer directement et ainsi de contrecarrer le plan des héros.  Mais ici un des défauts les plus abjectes du film c’est son opportunisme, ré-exploitant de manière gratuite des éléments de premier film, mettre le T-1000 dans la réalité de 1984 est inutile car le personnage ne sert à rien à part faire du fan service, il ne présente aucunes menaces et sa présence est anecdotique.

Même l’humour du film est repompé sur les anciens avec la fameuse scène du sourire qui est ici exploité à l’extrême devenant bien rébarbative. Le film veut trop flatter le fan de Terminator mais il n’a pas compris l’essence de la saga donc il la bafoue mais met suffisamment de fan service pour faire effet de poudre aux yeux même l’intro, qui est le passage le plus réussi, est tiré de storyboards non utilisé de James Cameron, donc même les bonnes choses du film ne proviennent pas d’idées propres au film. Surtout que cette intro réutilise la photo de Sarah Connor de Kyle Reese en changeant Linda Hamilton par Emilia Clarke, déjà c’est assez mal fait mais en plus c’est incohérent car la photo a brûlé avant que Kyle retourne dans le passé. A croire que ces soi-disants amoureux des anciens films qui ont fait Genisys ne les ont finalement pas vus… On peut d’ailleurs constater ça en voyant la caractérisation catastrophique des personnages. Kyle Reese n’a plus rien à voir avec le héros torturé, perdu et paranoïaque du premier film, il n’est qu’un héros lisse et lambda qui fait des blagues pas drôles tuant ainsi le personnage, Sarah Connor n’est ni charismatique ni badass, elle passe son temps à pleurnicher et à se faire aider par les autres plutôt que de faire des trucs intéressants et digne du personnage tandis que le T-800 ne fait que de l’exposition et de l’humour bien lourd tout le long du film. Ne parlons même pas de John Connor ni des personnages secondaires totalement sous-exploités.

Après plus que de gros problèmes dans la caractérisation des persos, c’est aussi de grosses erreurs de casting qui sont à déplorer. Que ce soit Jai Courtney, ici très plat comme à son habitude, Emilia Clarke, mauvaise tout simplement, ou Jason Clarke, en roue libre et peu convaincant, aucun n’a le charisme ni la carrure nécessaire pour incarner de tels personnages. Ils sont totalement lisses, aucun n’a la gueule de l’emploi. C’est juste les acteurs beaux mais fades pour plaire aux jeunes publics. Sinon Arnold Schwarzenegger s’amuse et ça se voit, mais malheureusement son rôle n’est pas à la hauteur. Il arrive néanmoins à nous amuser à quelques reprises. Et puis il faut aussi parler de J.K. Simmons qui en impose malgré un personnage sous écrit et mal exploité, si il avait eu un personnage intéressant il aurait fait des étincelles, dommage de l’avoir employé pour si peu. Il est aussi regrettable d’avoir employé Alan Taylor pour la réalisation tellement celui-ci est inapproprié pour un tel film. Il préfère l’efficacité plate aux coups de génies. Ici c’est maîtrisé mais c’est tout ce que l’on peut dire de la mise en scène. Surtout que le film reprend à l’identique des scènes des précédents films et se montre assez fade dans la construction de ses scènes d’actions. Les effets spéciaux sont tantôt réussis tantôt gerbant ( le combat final est hideux et la scène en hélicoptère est une aberration ) et les compostions musicales sont impersonnelles et pompeuses. C’est juste une réalisation fonctionnelle qui ne prend jamais aux tripes, qui n’est absolument pas iconique et qui est juste oubliable.

En conclusion Terminator Genisys est un très mauvais film. Non seulement il n’arrive pas à être une suite viable mais en plus il vient dénigrer toute la saga rendant même les premiers opus absolument inutiles alors qu’il voulait leurs rendre hommage. Alors tuer le père c’est une chose mais il faut aussi être en mesure de pouvoir prendre la relève. Ici c’est juste stupide et le film s’impose comme la suite la plus honteuse de la saga car elle est emprunt d’opportunisme et d’irrespect. Elle a beau repomper les autres pour flatter le fan mais elle dénature totalement l’esprit de la saga et fait ce qu’avait déjà fait Jurassic World mais en pire ( oui c’est possible ). Maintenant il ne nous reste plus qu’à espérer que les autres anciennes franchises qui sont récupérées pour connaître une nouvelle jeunesse seront traitées avec plus de respect que ça. Car mis à part le récent Mad Max on n’a pas été gâtés.

Synopsis : Le leader de la résistance John Connor envoie le sergent Kyle Reese dans le passé pour protéger sa mère, Sarah Connor et préserver l’avenir de l’humanité. Des événements inattendus provoquent une fracture temporelle et Sarah et Kyle se retrouvent dans une nouvelle version du passé. Ils y découvrent un allié inattendu : le Guardian. Ensemble, ils doivent faire face à un nouvel ennemi. La menace a changé de visage.

Terminator Genisys : Bande-annonce

Terminator Genisys : Fiche Technique

Titre original : Terminator Genisys
Réalisé par : Alan Taylor
Avec :Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke, Jason Clarke , Jai Courtney, J.K. Simmons, Dayo Okeniyi, Lee Byung-hun, Sandrine Holt, Michael Gladis, Matt Smith
Genre :Science-fiction, Action, Thriller, Aventure
Date de sortie :01/07/2015